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| Publié le : 5 décembre 2004
2. Astrologie conditionaliste et spiritualité
Acte du colloque "Astrologie et spiritualité" en 1992
Le squelette planétaire et l’inconnu de l’Ame Tout comme on ne saurait confondre le Sujet avec son horoscope, on ne saurait confondre I’astral avec I’astrologie. Ce que l’on appelle l’astral n’est rien d’autre que l’organisation mouvante qui résulte du réseau des relations et interactions entre les astres du système solaire. Sans Homme pour intercepter et intégrer et traduire sous forme de comportements, de sensations, de mots, d’images, de symboles ou de théories la réalité extra-personnelle, externe, objective que constitue l’astral, il n’y aurait pas d’astrologie. Le ciel n’est donc pas symbolique... mais c’est l’Homme qui symbolise le ciel en lui donnant un langage, I’astrologie. C’est pour tenter de comprendre à la fois la nature de la relation que 1’individu entretient avec son horoscope natal, et la nature de l’influence astrale et les racines de la symbolique astrologique, que Jean-Pierre Nicola a imaginé le modèle S.O.R.I., initiales des quatre référentiels Sujet, Objet, Relation, Intégration. L’Homme-Sujet sur Terre se caractérise, d’un point de vue énergétique objectif, par ses niveaux d’excitabilité, qui sont essentiellement au nombre de trois. Au plus haut niveau d’excitabilité, nous sommes sensibles au court terme, au connu, aux images, au paraître, au langage, aux informations conscientes, aux signaux les plus simples, et qu’y-a-t-il de plus simple qu’un signal unique ? Le plus bas niveau d’excitabilité concernera, lui, notre sensibilisation au long terme, à l’inconnu, à l’invisible, à l’être, à l’indicible, aux informations inconscientes, aux signaux les plus complexes, c’est-à-dire multiples. Enfin, entre ces deux extrêmes, le niveau d’excitabilité moyenne nous sensibilisera plutôt au moyen terme, à l’expérimental, au vécu, à la dimension concrète et sensible, à I’existence, à ce que les sensations brutes permettent de ressentir et d’éprouver. Dans l’optique conditionaliste, nous l’avons vu, le Ciel, qui est un Objet extérieur pour I’Homme-Sujet, est un émetteur de signaux concrets, physiques, non-verbaux et non-symboliques (gravitation, pesanteur, rythmes, cycles, fréquences). Ces signaux peuvent être simples, composés ou complexes. Jean-Pierre Nicola a formellement démontré, dans ses "Eléments de cosmogonie astrologique", que les astres centraux du système solaire (Soleil, Mercure, Vénus) émettaient des signaux simples, les autres médians (Mars, Jupiter, Saturne) des signaux moins simples ou composes et les astres les plus excentriques (Uranus, Neptune, Pluton) les signaux les plus complexes. Homme-Sujet avec un "S" majuscule, Ciel-Objet avec un "O" majuscule... vous me suivez ? Reste ensuite à se demander quelles sont les effets de la Relation - avec un "R" majuscule - entre Sujet et Objet, I’Homme et les planètes. Vous l’avez compris : les planètes qui envoient les signaux les plus simples sont en relation avec le plus haut niveau d’excitabilité nerveuse, celui qui nous sensibilise au monde des Representations (les codes, les images, les symboles, le visible, le connu, le conscient, l’unique) ; les planetes à signaux composés, en relation avec le moyen niveau, celui qui nous sensibilise à l’Existence (l’éprouvé, le vécu, les faits, le concret, le duel) ; enfin, les planetes émettrices de signaux complexes nous sensibilisent à la Transcendance (l’invisible, le subtil, l’inconnu, l’inconscient, le multiple). De la qualité de la Relation qu’entretient l’individu-Sujet avec les planètes-Objets - c’est-à-dire de la facilité ou de la difficulté avec laquelle il communique avec son ciel, compte tenu de tous les paramètres extra-astrologiques qui le conditionnent, dépend la manière dont il va réussir ou non son Intégration - avec un "I" majuscule - dans le milieu dont il est le fruit et l’habitant. L’être-en-soi, l’Ame d’un être et la manière dont les cycles, rythmes et structures du système solaire charpentent sa psyché ne sauraient, selon I’astrologie conditionaliste, être confondus, même s’ils entretiennent d’étroites relations. L’Ame, l’être-en-soi est un profond mystère qu’aucun discours ne saurait cerner, pas même un discours astrologique. Dans I’optique conditionaliste, le thème natal constitue une "proposition de fonctionnement" dont l’Homme hérite à sa naissance, proposition dont I’actualisation sera facilitée ou contrariée par I’ensemble des conditionnements de son environnement naturel et culturel... et peut-être aussi d’une "qualité d’Ame", d’une "envergure spirituelle" dont nul ne saurait préjuger. Le thème natal se présente ainsi comme une sorte de structure vide à laquelle milieu se chargera de donner un contenu, un squelette articulant la vie biophysique et structurant la manière dont I’Ame sera susceptible de s’exprimer. De ce point de vue, on pourrait dire que ce squelette sculpté par les gravités planétaires met en forme l’Ame sans en changer la nature. Le thème astrologique natal exprime un ensemble de tendances, de potentiels à la recherche d’un objet ou les investir et les actualiser. Chaque être habite les structures de son thème comme il le peut et, dans une moindre mesure, comme il le veut. Nombreux parmi nous sont ceux, c’est un fait et non un jugement, qui restent leur existence durant dans les limbes de la vie psychique, et se contentent d’exprimer leur vitalité et la puissance de leurs besoins et désirs aveugles à travers le prisme de leur organisation zodiaco-planétaire, indifférents au mystère de l’incarnation, insoucieux de l’infini, de l’universel, de l’éternel. Une minorité d’hommes se sentent interpellés par une dimension plus vaste que la satisfaction narcissique et égocentrique des désirs et besoins primaires. Ceux-là investissent leurs tendances et potentiels au plus haut niveau, dans un objet que l’on peut qualifier de mystique ou spirituel. Entre ces deux extrêmes, la plupart d’entre nous s’efforcent, cahin-caha, de concilier, selon des proportions variables en fonction des individus, satisfaction des besoins et désirs élémentaires et aspiration à une complétude de l’être. Cela me rappelle la "parabole des Talents" de Jésus-Christ, relatée dans l’évangile de Matthieu : "C’est comme un homme qui partait en voyage : il appela ses serviteurs et leur confia ses biens. A l’un il donna une somme de cinq talents, à un autre deux talents, au troisième un seul, à chacun selon ses capacités. Puis il partit". (Parabole des Talents, Matthieu 25/2-18). A son retour, le maître put juger de ce que les serviteurs avaient fait de leurs talents... Le juste rapport à l’astrologie est parfaitement défini dans cette parabole des Talents attribuée à Jésus-Christ : nous sommes tous des êtres différents et singuliers, inégaux dans nos humeurs, nos actions, nos rêves et nos pensées. Chacun vit sa problématique existentielle propre, sa vocation unique et ontologiquement irremplaçable, structurée par ses héritages terrestre et céleste. Mais l’essentiel, pour prendre un exemple concret, n’est pas d’être "solaire", "marsien" ou ["plutonien>56]" - c’est-à-dire d’avoir telle ou telle somme de "talents" -, l’important n’est pas ce que nous avons reçu, mais ce que nous en faisons. Dans la parabole des Talents attribuée à Jésus-Christ, le maître (entendez Dieu) finit par revenir de voyage. L’un de ses serviteurs avait dilapidé les talents qui lui avaient été confiés et n’avait plus rien à restituer à son maître ; un autre s’était contenté de garder passivement ses talents ; le troisième, au contraire, restitua à son maître plus de talents que ceux qui lui avaient été confiés, car il les avait investis. C’est évidemment ce dernier qui fit la joie du maître. Les mauvais serviteurs de la parabole ne sont pas d’affreux criminels. Pour en revenir au conditionnement astrologique, le premier s’est contenté de vivre les tendances exprimées par son horoscope natal au mieux de ses besoins vitaux immédiats, tandis que le second a refusé d’exploiter, avec le risque de tout perdre, sa proposition d’être astrale. L’eut-il osé, peut-être serait-il parvenu à convertir un capital vital et psychique en profondeur spirituelle ? Il faut insister sur le fait que la connaissance de l’astrologie ne donne à l’astrologue aucune compétence pour juger et discourir des mystères de l’Ame et de l’incarnation. Par contre, elle peut donner son avis éclairé sur la manière dont chacun dilapide, thésaurise ou exploite les "talents" que représentent les tendances zodiaco-planétaires exprimées par l’horoscope natal. Ce qui, si l’on en croit l’évangile, n’est pas sans importance dans les relations entre I’Homme et Dieu. . . Quant aux réponses que chacun apporte à la question de la réalité de Dieu... outre qu’elles sont conditionnées par la société et la culture dans laquelle nous voyons le jour, ces réponses sont de l’ordre du pari intime, de la conviction personnelle, de la foi. Et n’en déplaise aux religions, chacun a le droit d’écrire ce qu’il veut sur le tableau noir de l’inconnu de l’Ame, de croire en un sens ou un non-sens, en un dieu unique ou de multiples dieux, à l’absurde ou au néant. Le fait de ne pas prendre parti pour une forme de spiritualité ou une autre n’empêche pas l’astrologie conditionaliste de se présenter comme un outil extraordinairement profond et performant pour comprendre quelle est la relation que l’être, corps-âme-esprit confondus, entretient avec l’universel à travers la matrice de son thème natal, et approcher cette unité centrée que Carl Gustav Jung appelle le "Soi". Le "Soi", selon Jung, "est une entité sur-ordonnée au moi. Le Soi embrasse non seulement la psyché consciente, mais aussi la psyché inconsciente et constitue de ce fait pour ainsi dire une personnalité plus ample, que nous sommes aussi... Le Soi est non seulement le centre, mais aussi la circonférence complète qui embrasse à la fois conscient et inconscient ; il est le centre de cette totalité comme le moi est le centre de la conscience. . . Le Soi est aussi le but de la vie, car il est l’expression la plus complète de ces combinaisons du destin que l’on appelle un individu"... L’expression la plus haute et la plus parfaite de ce que I’on appelle la spiritualité n’est-elle pas, en fin de compte, de devenir pleinement "Soi-même" dans une âme, un esprit et un corps structurés par le cosmos ? L’astrologie, selon l’école conditionaliste, offre une voie royale pour parvenir à être pleinement Soi-même. En effet, le thème natal est probablement l’une des "expression les plus complètes de ces combinaisons du destin que l’on nomme un individu", et c’est pourquoi les conditionalistes ont développé de performantes techniques pour évaluer comment s’organisent et se hiérarchisent les différentes tendances qu’exprime la structure du système solaire au moment de la naissance. D’une manière symbolique, on pourrait aussi comparer le thème natal au visage que revêt l’âme, les techniques d’interprétation conditionalistes ayant essentiellement pour finalité de parvenir à dresser de ce visage un portrait aussi fidèle que possible. Jean-Pierre Nicola note, je le cite, que "l’individuation, au sens jungien, consiste donc à découvrir son propre visage et à comprendre que cet ensemble est bien à soi, mais qu’il n’est qu’un visage". Au niveau spirituel, I’interpretation d’un thème selon les méthodes conditionalistes consiste ainsi à découvrir son propre thème et à comprendre que ce thème est bien à soi... mais qu’il n’est que I’expression des structures planétaires de l’être-en-soi, et non le Soi. "L’horoscope n’est pas le Sujet", avons-nous coutume de dire. C’est pourquoi Jean-Pierre Nicola a pu écrire que, pour ceux qui ne réduisent pas le soi à un caractère fige pour l’éternité dans un chimérique horoscope absolu déniant à l’être la possibilité de se transformer, - je cite Jean-Pierre Nicola - "la hiérarchisation des puissances planétaires est l’approche par étapes sur le chemin que suggère le ciel pour conquérir la totalité de leur être. Leur voie d’individualisation suit leur calendrier d’évolution, des dominantes aux planètes faibles (d’où l’importance des aspects et de toute recherche de hiérarchisation des facteurs astrologique)". Etre soi-même au sens jungien, réussir son individuation, c’est-à-dire essentiellement à réaliser totalement la proposition d’être et de fonctionnement représentée par le thème de naissance, c’est finalement réussir son Intégration. Là est sans doute l’ultime finalité de ce que I’on peut appeler la vie spirituelle. Et être astrologue, au sens condiionaliste, c’est tout simplement parvenir à communiquer rigoureusement la nature de la Relation entre l’espèce humaine et le système solaire en général, et la nature de la relation qu’a établi chaque individu avec son propre thème en particulier . Quant à l’Intégration, qui est peut-être le niveau de réalité qui ressemble le plus au spirituel, ce n’est pas du ressort ni de l’astrologue, ni de l’astrologie... mais c’est l’affaire de chacun, en tant qu’être pleinement réalisé, en son âme et conscience comme on dit. Ce n’est donc certainement pas par obsession technicienne ou rationaliste et encore moins par matérialisme maniaque que les conditionalistes ont été amenés à développer des méthodes d’interprétation extrêmement sophistiquées. Pour cerner l’existence de ce "soi" objectif, de ce visage de l’âme qu’est le thème de naissance, la seule démarche raisonnable était de commencer par se donner les moyens pratiques et théoriques d’en faire une description fidèle et rigoureuse. En se sens, une astrologie à dimension véritablement spirituelle a moins besoin de prophètes ou de gourous dont les discours sur l’âme épaississent son mystère en prétendant le dévoiler, que d’humbles interprètes capables de brosser le portrait de ce visage de l’âme qu’est l’horoscope natal, visage qui se transforme, se précise et parfois se transfigure avec le temps qui passe. Pour l’astrologie conditionaliste, I’horoscope natal n’est en rien un miroir statique tendu devant la subjectivité de l’individu afin qu’elle s’y reconnaisse narcissiquement, mais la représentation géocentrique des positions planétaires au moment de sa naissance. Cette structure zodiaco-planétaire, nous 1’avons vu constitue pour nous une "proposition de fonctionnement". C’est pourquoi les astrologues conditionalistes estiment qu’il est parfaitement vain et illusoire de rechercher dans le thème natal si un être a ou non une vocation spirituelle, tout comme il est vain de rechercher dans les planètes, signes et maisons l’intelligence, la moralité ou la santé. Le même thème, en fonction des influences extra-astrologiques, peut être vécu sur de multiples plans ou niveaux dont on peut imaginer qu’ils sont hiérarchisés. Au niveau le plus élémentaire, l’individu se contentera de vivre ses humeurs égocentriques à travers la structure zodiaco-planétaire de sa naissance. En montant d’un cran, il vivra cette même structure au niveau d’une action objective sur le monde. Un degré de plus, il intégrera son thème sur le mode de la pensée, de l’abstraction. Enfin, au plus haut niveau, c’est-à-dire au niveau spirituel, il investira les mêmes structures zodiaco-planétaires dans la quête d’une plénitude, dans une recherche de vérité et d’absolu, et ainsi reflétera avec transparence l’ordre du monde tel qu’il s’est incarné en lui, conscient du fait qu’il ne fait jamais que refléter une facette, un visage transitoire et sujet à métamorphoses, d’une réalité qui à la fois l’englobe et le dépasse. Son visage, c’est-à-dire son thème natal, épousera alors les contours de l’Ame universelle dont il sera un représentant parmi d’autres... et donc un humble serviteur. Ce sont là de sublimes sommets... qui demandent de ne pas être aliéné en permanence par la lutte pour la survie, de n’être pas obsédé par le fait de rechercher chaque jour sa pitance comme par exemple dans de trop nombreux pays d’Afrique, de ne pas être traqué par les chiens de garde d’une dictature, ou encore de n’être que l’esclave consentant d’une société mercantilo-scientifique. Ventre affamé n’a pas d’oreilles, même pour écouter les plus beaux cantiques, et l’homme en danger ne pense à rien d’autre qu’à sauver sa peau. Le devenir spirituel de chaque homme est étroitement conditionné par les conditions économiques, sociales, culturelles et politiques dans lequel il est inscrit. Ne se réalise pas pleinement qui veut. Il est certaines conditions de vie qui interdisent totalement de vivre son thème au niveau spirituel. C’est pour cela que nous sommes conditionalistes. Et si vous ne me croyez pas, allez donc dire à un petit somalien mourant d’inanition que son Neptune en Maison IX le prédispose à de beaux voyages dans les territoires de l’Esprit. Pour terminer, je vous propose une citation de Jean-Pierre Nicola, fondateur de l’école d’astrologie conditionaliste, qui résume parfaitement nos positions concernant les rapports entre astrologie et spiritualité : "C’est l’esprit ou le plus haut niveau de l’être qui charpente la personnalité. En cas de cassure ou de fissure dans nos charpentes - ne pas confondre avec nos défenses - le psychisme déborde, démontrant son éternelle enfance". Question hautement spirituelle qui n’est ni spiritualiste, ni matérialiste mais tout-à-fait conditionaliste : le spiritualisme ne serait-il pas qu’un débordement psychique parmi d’autre ? Article paru dans le n° 3 des Cahiers conditionalistes (janvier 1981). Voir aussi à ce sujet :
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article vous a été proposé par :
Richard Pellard
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