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| Publié le : 13 octobre 2004
1. Formes de l’inhibition
Le processus d’inhibition est l’une des clés d’accès au zodiaque réflexologique. Que l’inhibition dominante soit lente (Capricorne, Verseau, Poissons) ou rapide (Balance, Scorpion, Sagittaire), qu’elle soit “naturelle” (Taureau), “bloquante” (Cancer, Vierge), “différentielle” (Scorpion) ou “extinctive” (Capricorne, Poissons), elle constitue une réponse constante du vivant aux signaux reçus de l’environnement (1). Sa résultante fonctionnelle (sa finalité ?) est le découplage entre le comportement de l’individu concerné et les incitations à l’action que l’on peut percevoir dans le milieu : on dit non, on s’arrête, on n’en veut plus, on coupe le contact, on débranche ; ceci afin d’éviter les erreurs, les surchauffes, les dangers, les menaces, l’exténuation, et in fine l’autodestruction. C’est dire si l’inhibition joue un rôle vital. Toute inhibition a sa raison d’être : l’auto-conservation, et ce, même dans les cas pathologiques d’inhibition excessive, où l’individu se protège grâce à elle de la survenue d’expériences vitales majeures qu’il redoute : s’adapter, se transformer, se révéler différent de ce que l’on croyait être. Si l’excitation induit chez le sujet une densification de la dépense d’énergie, et, sous cet aspect, se manifeste comme consentement à s’inscrire dans le temps qui passe, l’inhibition fait divorcer la dépense d’énergie de l’évènementiel (ensemble des modifications de perceptions couplées à l’écoulement du temps), recherche la stabilisation de cette dépense au niveau le plus bas et le plus durable possible, et tend ainsi à nier le temps qui passe et les vicissitudes qui en découlent. Objectif : éternité. Echelles et niveaux des processus inhibiteurs Complexe dans ses modalités d’actualisation réflexologique, l’inhibition l’est également par la gamme des niveaux du vivant où elle intervient : depuis les modifications de spin liés aux échanges de “couleur” par l’intermédiaire des gluons entre les quarks qui constituent la structure la plus fine actuellement connue au sein des protons et des neutrons agencés en atomes dont nous sommes constitués, jusqu’aux problématiques collectives de fermeture à l’autre, à l’inconnu, qui se manifestent dans les sociétés humaines quand elles ont le sentiment d’avoir déjà (et trop) donné. En passant par les modulations électromagnétiques de la réactivité entre atomes, les variations fines des échanges d’ions intracellulaires ou transmembranaires, les conjonctures métaboliques pouvant affecter le nombre ou la capacité de réponse des récepteurs cellulaires, les conversions de méthylation/acétylation des histones au niveau de l’ADN, les louvoiements de l’efficacité des contrôles post-transcriptionnels ou post-traductionnels des protéines, les hauts et les bas de concentrations plasmatiques de telle ou telle hormone, les délibérations internes de tel neurone sur le déclenchement ou non d’un potentiel d’action, les caprices de la coopérativité synaptique à se révéler plus ou moins efficace et donc à activer ou non tel circuit neurophysiologique, le poids de la mémoire dans la prise de décision chez les individus dotés d’un psychisme... sans compter les facteurs exogènes variables comme les apports de nutriments, les agressions virales ou bactériennes, les conditions physico-chimiques de l’atmosphère... Une étude sérieuse du pourquoi et du comment de l’inhibition devrait prendre en compte - au moins - l’ensemble de ces facteurs. L’objet de cet article est plus modeste : mettre en valeur le caractère transversal de l’inhibition par rapport aux divers référentiels astrologiques. Plus clairement, montrer que l’inhibition n’est pas une réponse exclusivement affectée au référentiel “zodiaque réflexologique”, mais qu’elle peut être induite par des signaux planétaires dans le cadre du R.E.T. et - aggravons notre cas - par des signaux planétaires entre lesquels les mécanismes communs ne sautent pas vraiment aux yeux. I - Saturne ou les infortunes de l’inhibition cognitive“Le raisonnement par analogie ainsi que le mimétisme sont caractéristiques de l’homme, mais ne sont pas exempts de toute erreur. Liés à la négligence et à l’étourderie, ils finissent par égarer l’historien et le détourner de son but. Il se peut que l’historien en possession de beaucoup de faits ne se rende pas compte des changements et bouleversements qui interviennent ; il confronte alors ses faits, sans hésiter, avec le présent qu’il connaît et les compare à ce qu’il voit. Donc la différence qui sépare le raisonnement du mimétisme est parfois si grande qu’elle induit dans de graves erreurs". IBN KHALDÛN, Muqadimma (Prolégomènes), traduit par Mohamed-Aziz Lahbabi, in IBN KHALDÛN (Collection Philosophes de tous les temps, Ed. Seghers, 1968, p. 123) Ce qui est inhibé : l’identification à l’image Dans la théorie des âges, le développement psychologique de l’enfant et sa prise de conscience de soi en tant qu’individu ont partie liée avec le traitement des informations perçues comme provenant de l’environnement. Notons tout de suite que, lors du stade lunaire, cette prise de conscience n’a pas encore commencé, dans la mesure où l’environnement n’est pas alors perçu comme distinct de soi-même. Mais, au stade mercurien, le système nerveux a poursuivi sa maturation suffisamment loin pour que l’enfant ne s’identifie plus radicalement aux signaux qu’il perçoit ; il aspire alors à en expérimenter la variété et donc, déjà, à se constituer une mémoire de la gamme d’interactions possibles avec cet environnement. L’image et l’imitation jouent un rôle majeur dans cette évolution. Le sens de la vue - et les fonctions de stockage mnésique qui lui sont associées - devient le support essentiel des interactions sociales et émotionnelles de l’enfant. Aux stades vénusien, puis solaire, c’est en fonction de perceptions visuelles décisives que l’enfant structure son rapport au monde et à ses congénères. Formes, couleurs, expériences sensorielles et émotionnelles vécues en présence des objets et des personnes qui sont les véhicules de ces formes et de ces couleurs structurent les processus de prise de conscience de soi. Dans les mémoires, l’image perdure en-dehors de sa perception dans l’instant, et se trouve associée aux émotions qui ont contribué à son ancrage mnésique. Ces expériences premières avec les images, une fois mises en mémoire, constituent une résultante d’apprentissage, dont la cohérence permettra une réutilisation en cas d’occurrence future d’images comparables. En attendant, la convocation de telles mémoires, requérant de moins en moins d’énergie au fur et à mesure que le processus devient habituel (cf. infra) et bien câblé (neuronalement parlant), se fait à partir des aires perceptives du cerveau, majoritairement situées vers l’arrière de ce dernier. La pensée hypothético-déductive : une acquisition conditionnée A l’adolescence, vers 14-15 ans, se met en place la pensée logique ou formelle, dite hypothético-déductive, "qui déduit" avec rigueur les conclusions de prémisses dont la vérité "n’est admise d’abord que par hypothèse et relève ainsi du possible avant de rejoindre le réel” (2). “L’enfant devient apte à raisonner à partir d’énoncés, d’hypothèses abstraites, de propositions, d’éventualités à peine esquissées, de probabilités, bref de diverses cérébralisations aigues à partir de ce qui pourrait être vrai. Alors que jusqu’à douze ans il ne pouvait développer sa logique qu’à partir de l’idée figée qu’il se faisait de sa situation concrète, en essayant par exemple de classer et répertorier des objets visibles ou immédiatement représentés, sa pensée peut maintenant se développer à partir d’éléments verbaux ou symboliques”. (3) Cette approche psychologique est fondée sur les travaux de Jean Piaget et Bärbel Inhelder, qui en ont donné des exposés célèbres mais méthodologiquement incomplets : “Si Piaget, biologiste de formation, mais psychologue de profession, envisageait bien une réalité cérébrale correspondant au stade des opérations formelles, il lui manquait les méthodes d’imagerie cérébrale pour l’observer” (4). L’intérêt de cette remarque est de mettre en question le caractère spontané et automatique de l’apparition de la pensée formelle. En effet, elle semble ne se développer que de manière conditionnelle, à savoir si, et seulement si elle est effectivement exercée sur des problèmes posés par l’environnement (5). Chez beaucoup d’adolescents et d’adultes, (dotés de pensée formelle selon Piaget), on repère lors de situations expérimentales des erreurs de déduction, nommées biais de raisonnement (4) :
Dans une perspective astrologique, cela ne peut que confirmer l’existence d’un “travail” progressif au sein de la personnalité tout au long d’un cycle planétaire dont les aspects peuvent cristalliser les points forts : on n’acquiert les vertus saturniennes qu’en vivant un certain nombre d’“étapes critiques” au cours desquelles il convient d’apporter de nouvelles réponses à des problèmes jamais approchés, ou bien jamais sous cet angle. On remarquera que rien, jusqu’ici, ne justifie concrètement le rôle des significations saturniennes dans l’acquisition de la pensée formelle : si on reconnaît sans peine la sémantique saturnienne dans l’approche psychologique présentée (hypothèses, questionnement, maîtrise d’instruments formels abstraits), les supports physiques de ce rôle de Saturne ne sautent pas aux yeux, d’autant que le caractère non automatique de la construction de la pensée formelle vient compliquer les choses. Comment y voir plus clair ? Les appariements perceptifs impulsifs En combinant l’approche psychologique et l’analyse physiologique que permettent les techniques récentes d’exploration de l’activité nerveuse. Suivons les travaux d’Olivier Houdé et de ses collaborateurs (4) :
Cette erreur provient d’une carence d’inhibition. En effet, qu’est-ce qui conduit à cette erreur ? Le fait de se focaliser spontanément sur la force du percept : carré rouge, cercle jaune : le sujet est pour ainsi dire hypnotisé par ces deux figures qui combinent toutes les séductions de l’image : simplicité des couleurs, perfection des formes ; le sujet ne se pose pas assez de questions : à ses yeux, de toute manière il faut qu’il y ait au moins un carré rouge ou un cercle jaune quelque part. On appelle cela un appariement perceptif impulsif. L’angoisse saturnienne : perte de contrôle du réel et remise en question de soi Vient le moment douloureux où le sujet de l’expérience constate son erreur, en éprouve du désarroi, se remet en question, conteste les schémas de pensée auxquels il s’identifiait jusqu’ici : c’est lors de ce moment difficile de décentration par rapport à soi-même que l’on est au cœur de la problématique saturnienne : on perd pied, une angoisse plus ou moins forte se met à sourdre, même si c’est pour peu de temps (les corrélats biologiques de cette angoisse ne seront pas étudiés ici). Pour les phobiques des maths, ils reconnaîtront sans peine le sentiment qui les assaille lorsqu’ils sont astreints à pratiquer cette discipline. La prise de conscience des erreurs se manifeste au niveau cérébral par une activité du cortex préfrontal ventromédian et le cingulum antérieur : ce dernier engendre une émotion négative associée à la perception de conflits entre les réponses possibles. Le point central de cette remise en cause, du moins pour un sujet qui ne se décourage pas d’office et qui cherche à dépasser cette erreur, c’est ce qui se passe dans son cerveau à ce moment-là : la technique employée pour explorer l’activité cérébrale est ici la tomographie par émission de positons (dont le mécanisme ne sera pas non plus étudié ici) : Physiologie de l’inhibition cognitive (I) : les cibles de l’inhibition Dans l’activité cérébrale, on constate une reconfiguration des réseaux cérébraux, de la partie postérieure du cerveau à sa partie antérieure, préfrontale : cette modification est corrélée avec une procédure psychologique d’inhibition des appariements perceptifs impulsifs, au cœur de la problématique saturnienne : mettant en valeur les régions préfrontales, elle correspond à une inhibition cognitive déclenchée par un apprentissage expérimental. Qu’est-ce qui est alors inhibé au juste ? L’activité de la partie postérieure des gyrus temporaux moyen et supérieur gauche (aire de Wernicke, liée au langage) et du gyrus angulaire gauche : en lisant la règle, le sujet se focalise trop sur les mots qui évoquent les formes colorées (carré rouge, cercle jaune) : ces aires sont moins actives après l’apprentissage qu’avant. L’aire visuelle V4 sur la voie ventrale (analyse des formes colorées) et les régions occipito-pariétales de la voie dorsale (traitement perceptif de l’espace : ici, distinguer entre la droite et la gauche) sont également plus activées avant l’apprentissage qu’après. Physiologie de l’inhibition cognitive (II) : les agents inhibiteurs Le moteur de l’inhibition provient de la partie antéro-inférieure du gyrus frontal moyen, activé lors de l’apprentissage expérimental, en même temps que le gyrus frontal inférieur gauche, qui recouvre l’aire de Broca (autre aire du langage) : cette activation provient du fait que, même s’il reste muet, le sujet de l’expérience se met à “se parler” intérieurement pour résoudre le problème logique qui lui est posé. La pré-aire motrice supplémentaire est également activée dans un but inhibiteur, car c’est par un acte moteur (manipulation de la souris de l’ordinateur) que l’on va produire une réponse correcte. Physiologie de l’inhibition cognitive (III) : les aires activées Qu’est-ce qui est plus activé après l’apprentissage qu’avant ? Le gyrus frontal moyen (mémoire de travail portant sur la manipulation logique des propriétés des objets et de l’espace : signe que le traitement logique l’emporte sur le traitement perceptif). Le gyrus parahippocampique mémorise les instructions de l’apprentissage ; le pulvinar (une région du thalamus) et le cortex péristrié filtrent les informations visuo-spatiales non pertinentes. Physiologie de l’inhibition cognitive (IV) : l’émotion, moteur des agents inhibiteurs Oui, si l’on met le sujet dans les conditions nécessaires. Il est évident que l’on peut procéder à un apprentissage “froid”, ne suscitant pas d’émotion particulière, du genre : “Voyez, ici, tout le monde a tendance à se tromper parce que personne n’est suffisamment concentré sur tel aspect de l’énoncé ; donc, vous qui êtes prévenus, vous ne ferez pas cette erreur”. Dans ce cas, le sujet n’est pas en situation d’émotion parce qu’il n’a pas été piégé en situation d’erreur : il n’a donc pas à se remettre en question lui-même. Par contre, chez les personnes qui ont commis cette erreur et qui doivent remettre en cause leurs stratégies logiques, on constate une activation spécifique du cortex préfrontal ventromédian droit, de la jonction des gyrus précentral et frontal moyen gauches, du pulvinar droit et du cortex péristrié bilatéral. Selon Antonio Damasio, ce cortex préfrontal ventromédian droit n’est pas spécialement impliqué dans une tâche de pure logique déductive, mais plutôt dans l’émotion et dans le “sentiment même de soi” associés à la prise de conscience de l’erreur de raisonnement, pouvant mener à des risques de dévalorisation sociale de soi. Cette région a donc à voir avec les processus solaires de conscience sociale de soi. L’émotion fournit l’énergie et la motivation indispensables à effectuer un pénible effort d’adaptation pour récupérer une maîtrise du réel qui s’est dérobée. On retrouve ici la formule même de Saturne : utilisation de l’émotion (niveau-source "E") dans une fonction déstabilisatrice (niveau-but "t") de ce qui était acquis et sélectionné jusqu’ici et à quoi on s’identifiait ("non-R"). L’intérêt des recherches d’Olivier Houdé est de donner un fondement anatomique clair à ces mécanismes : pendant l’inhibition cognitive, l’activité cérébrale s’atténue du côté postérieur du cerveau (aires perceptives, spécialement visuelles) et augmente du côté antérieur (pôles frontaux intégrateurs). Saturne relayé par des processus solaires dans l’inhibition cognitive Soulignons que si Saturne remodèle l’activité cérébrale, il ne garantit pas la pérennité de ce remodelage : c’est l’affaire de processus solaires que de procéder à une nouvelle sélection durable par des processus intégrateurs qui ne rendront efficace qu’au bout d’un certain temps - éminemment variable selon les individus - la dure loi répulsive de la restructuration de l’activité cérébrale : cette dernière sera éprouvée comme partie intégrante de la conscience de soi si cette intégration est réussie. On peut douter que ce soit le cas si le sujet est marqué d’une dissonance Soleil-Saturne :
La Théorie des Âges devant l’inhibition conditionnée Dans cette perspective du rôle joué par l’émotion dans l’apprentissage cognitif, Olivier Houdé nous montre les insuffisances de la théorie piagétienne grâce à une expérience qui vaut son pesant d’ironie (8) : selon Piaget, c’est vers l’âge de sept ou huit ans que l’enfant prend conscience du principe de nombre, par abstraction réfléchissante (conscience réflexive). Piaget déduisait ceci d’une expérience où l’enfant devait ne pas confondre la longueur d’une rangée de pions avec le nombre de pions contenus dans cette rangée : on met devant l’enfant deux rangées de pions, mais l’un de ces rangées (de huit pions) est plus longue que l’autre (de douze pions) du fait que les pions y sont plus écartés entre eux. Avant l’âge de sept ou huit ans, l’enfant désigne régulièrement la rangée la plus longue comme celle contenant le plus de pions : preuve, selon Piaget, qu’il n’a pas accès à la notion de nombre abstrait jusqu’à cet âge. Or, les expériences de Jacques Mehler reprennent ce protocole d’expérience, mais remplacent les pions par des bonbons ! Et, comme par hasard, c’est dès l’âge de deux ou trois ans que l’enfant réussit cette expérience. Pourquoi ? Parce que la situation est émotionnellement plus forte : on a promis de donner à l’enfant tous les bonbons de la rangée qu’il désignerait comme contenant les plus d’éléments ! “L’émotion et la gourmandise rendent le jeune enfant “mathématicien” et lui font sauter la marche - ou le stade perceptif !” (8) En fait, il semble que la conscience réflexive du nombre commence avant même l’apparition du langage (expériences de Karen Wynn) (8). Tout cela est bien joli, mais se rendre compte que les enfants sont mathématiciens à l’âge de deux ans, cela ne remet-il pas quelque peu en cause la théorie des âges, où l’émergence de l’abstraction mathématique cadre bien avec l’âge saturnien ? Les tendances liées à une planète donnée sont en fait en cours d’élaboration dès le début du premier cycle de cette planète, c’est-à-dire depuis la naissance. Je vous renvoie à Richard Pellard, Les Significations planétaires, p. 184-185 : “Avant cet âge, ces tendances apparaissent sous la forme d’ébauches plus ou moins réussies, de préfigurations incertaines... Elles n’attendent pas, pour se manifester dans le comportement d’un individu, l’âge où elles vont pleinement se révéler et s’intégrer... Dès que nous naissons, nous sommes prêts pour tous les apprentissages, mais parmi eux il en est que nous ne ferons jamais, faute de temps, de circonstances favorables et de moyens...”. L’enfant mathématicien de deux ans s’est vu offrir les trois : le temps soustrait à ses loisirs pour faire l’expérience, les circonstances favorables (emploi d’un argument émotionnel majeur : les bonbons !) et les moyens (présence d’un expérimentateur qui met au point l’expérience, et des objets constituant le support de l’expérience). Pourquoi la démarche d’inhibition cognitive saturnienne est-elle si répulsive ? Parce qu’elle réclame un effort important. A douze ans, on n’a guère connu, sur ce plan-là, que les appariements perceptifs impulsifs, que toute l’éducation s’ingénie d’ailleurs à renforcer, en encourageant l’enfant à les pratiquer sans cesse (identification constante de l’enfant, positive ou négative, avec des personnages de contes, de films, de dessins, parce que lesdits personnages sont beaux, ronds, colorés, souriants, bardés de fourrures caressantes, caricaturalement agonistes ou antagonistes de l’idéal du bon père ou de la bonne mère...). Même chez les singes, l’apprentissage est essentiellement fondé sur l’imitation de ce qui est vu. Le système nerveux fonctionne essentiellement sur ce rapport-là au monde, et l’activité nerveuse qui sous-tend cette attitude a eu tout le temps d’être très hautement sélectionnée (constitution de graphes neuronaux très intégrés, synapses à haut trafic...). Il est beaucoup plus économique de continuer à fonctionner de la même façon que de se mettre soudainement à restructurer tout cela, pour un profit plus qu’incertain. Nombreux sont les gens qui n’arrivent jamais à intégrer totalement une remise en question aussi dérangeante. SUITE Cet
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Jean-Paul Citron
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