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Keren Ann Vous êtes ici : Accueil Pratique Les astro-entretiens de Françoise Hardy Chanson
Publié le : 29 octobre 2003
Keren Ann
Une Poissons sur le fil
"Je voudrais du soleil vert, des dentelles et des théières, des photos de bord de mer dans mon jardin d’hiver...". Qui n’a pas entendu cette splendide chanson interprétée par Henri Salvador et qui a permis au vieux chrooner de quatre-vingt trois ans de faire un foudroyant come-back ? Elle a été écrite et composée par Keren Ann et Benjamin Biolay, deux étoiles montantes de la chanson française. Née d’un père russe israélien et d’une mère hollandaise-javanaise, la sombre et mélancolique Keren Ann a enregistré un premier album, La biographie de Luka Philipsen, qui a rencontré un grand succès : c’est l’album-découverte de l’année, tandis que Jardin d’hiver, chanté par Henri Salvador et que Keren chante également sur son album, est chanson de l’année des Victoires de la Musique. On la compare à Suzanne Vega et à... Françoise Hardy !

Une heure de naissance problématique

Dès que Keren Ann nous a communiqué ses coordonnées natales, Françoise et moi-même avons monté son Thème. Surprise : d’après l’heure qu’elle nous a donnée (15h30), Keren a pour planètes dominantes Mercure et Jupiter en Verseau, ce qui correspond à une nature sociable, joviale, décontractée, optimiste, ludique et extravertie. Cela ne correspond guère à l’atmosphère qui se dégage de ses chansons intimistes, secrètes, mélancoliques, dont les thèmes tournent autour de la solitude.

Nous avons donc demandé à Keren de vérifier l’exactitude de son heure de naissance. Son père comme les services de l’Etat-Civil israëliens ont confirmé qu’elle était bien née à 15h30 (13h30 TU) le 10/03/1974 à Haïfa, Israël (32N49, 35E00). Nous nous sommes alors retrouvés devant un abîme de perplexité. Notre longue expérience en matière d’astrologie nous a en effet appris qu’en général, quand le Thème d’un individu ne "colle" pas avec son profil psychologique, c’est que les coordonnées natales qu’il nous a transmises sont inexactes.

Dans le cas de Keren Ann, tous les renseignements se recoupaient. Ce n’était donc pas sans une certaine appréhension que Françoise a abordé cet entretien. Appréhension qui se révéla justifiée : Keren Ann s’est davantage sentie concernée par les questions portant sur les configurations non-dominantes de son ciel de naissance que par celles portant sur les dominantes. Ce qui signifie qu’elle n’est probablement pas née à 15h30, et que l’Etat-Civil n’est pas toujours une source sûre. Nous avons gardé l’interview en l’état : à vous de vous faire votre opinion. Richard Pellard.

Françoise Hardy : Calculé pour 15h30, votre ciel natal correspond assez peu à l’univers mélancolique de vos chansons et en partie seulement à votre personnalité apparemment très réservée. Si votre Signe solaire, les Poissons, vous prédisposait à être introvertie, autrement dit à être plus repliée sur votre monde intérieur qu’ouverte aux sollicitations extérieures, l’angularité de la conjonction Mercure-Jupiter mise en valeur par l’heure que vous donnez, favorise la communication, l’ouverture au monde, aux rencontres nouvelles. Vous sentez-vous autant intro- qu’extravertie, aussi sociable que solitaire, ou l’une des attitudes prévaut-elle nettement sur l’autre ?

Keren Ann : Je me sens nettement plus introvertie. Je ne me permets une certaine ouverture qu’en terrain connu. À côté de ça, j’aime découvrir le monde, je voyage beaucoup, mais en solitaire. Même entourée, je n’arrive à découvrir et apprécier les choses qu’ainsi. Je me repère mieux dans la solitude.

Une dominante Mercure-Jupiter porte à aimer jouer avec les mots dans la mesure où Jupiter concerne le langage descriptif, alors que Mercure en multiplie les significations possibles...

J’aime bien que les phrases aient un double sens. J’aime bien aussi placer dans une phrase un mot qui, à priori, n’a rien à voir avec le reste, non pour faire un jeu de mots mais pour jouer avec les mots.

Etes-vous plus attirée par le langage et les jeux qu’il permet ou par la musique ?

Je compose toujours avant d’écrire : il faut qu’il y ait une mélodie assez belle pour m’amener des mots.

Si vous étiez née une demi-heure plus tôt, Vénus et Uranus seraient plus valorisés que Mercure et Jupiter : vous considérez-vous comme une sentimentale ?

D’un côté, j’ai besoin que les choses soient très rationnelles, précises, de l’autre, l’imaginaire a une importance fondamentale...

On peut privilégier l’imaginaire sans être sentimental. L’état amoureux est-il votre moteur, votre source d’inspiration numéro un ?

Mon inspiration n’est pas forcément déclenchée par ce que je vis sur le moment, elle peut l’être par quelque chose du passé qui repose en moi et que je ressors pour décrire une situation, éventuellement un amour que j’ai connu ou pas, ou que j’aurais voulu connaître... Je n’ai pas besoin d’être amoureuse pour écrire des chansons. C’est plutôt le contraire. Si j’arrive à écrire, il s’ensuit une libération, une ouverture à partir desquelles je vais éventuellement pouvoir vivre quelque chose... Bien qu’à la réflexion, le sentiment d’euphorie me soit nécessaire pour créer. Or, je trouve cette euphorie dans l’état amoureux aussi, quand bien même je le vis douloureusement.

Le vénusien a besoin de se sentir attiré sensoriellement et sentimentalement. Avez-vous besoin d’être attirée de cette façon aussi souvent que possible ?

Non, c’est plus virtuel. Je peux être attirée par une histoire d’une autre époque que la mienne. Quand je finis un livre et que je suis complètement dans l’histoire qu’il raconte, elle devient un moteur. Si certaines de mes chansons sont liées à quelqu’un, ce que mon imaginaire en fait n’a parfois aucun rapport avec la réalité. Je suis très émotive, très vite sensible à des histoires qui ne m’atteignent pas directement, qui ne sont pas ma propre histoire - ce qui est une forme de protection -, bien que je les vive à fond dans mon imaginaire.

Une dominante Vénus-Uranus fait les grandes amoureuses, passionnelles, exclusives. Cela vous correspond-il ?

Je suis ainsi quand je vis une histoire mais j’ai eu des périodes très longues où je ne vivais aucune histoire.

Mais quand vous avez une histoire, est-ce que vous focalisez tout dessus ?

Beaucoup de choses mais pas tout. Tout, c’est difficile pour moi parce que je suis assez absente et toujours en retrait et il y a des choses que je suis obligée de vivre seule. Je ne peux pas tout partager, même si je suis prête à faire n’importe quoi pour quelqu’un que j’aime.

Etre songwriter, est-ce avant tout vous toi raconter des histoires ?

Oui, c’est exactement comme écrire des nouvelles, sauf que j’aime être limitée par la nécessité d’un couplet et d’un refrain. J’aime concentrer les histoires, être obligée d’avoir un début, un milieu et une fin. J’ai besoin de la recherche consistant à décrire une histoire qui peut durer une heure, une an ou une vie, en une phrase avec le moins de mots possible. Le problème est aussi : comment dessiner la forme pour qu’elle exprime la profondeur.

La configuration harmonique Mercure-Jupiter/Saturne/Uranus qui associe le fond, la forme et l’efficacité, facilite la possibilité d’y arriver. Quand vous devez choisir entre la sonorité et le sens, qu’est-ce qui l’emporte ?

Les sonorités sont très importantes et je peux passer à côté de ce que je veux décrire si ça sonne mieux, même s’il m’en coûte beaucoup. Mais les deux sont liés pour moi.

Une dominante jupitérienne porte à être pragmatique, organisé. Est-ce votre cas ?

Je gère ma vie sans gérer les papiers, je fais tout à la dernière minute, je suis très tête en l’air. Depuis que j’ai davantage de rendez-vous professionnels, je dois tout noter, sinon j’oublie des rendez-vous.

Quel rapport avez-vous à l’argent ?

Quand j’ai de l’argent, je le dépense. C’est mon manager qui doit aller à la banque mettre de l’argent de côté pour que je puisse payer mes impôts. Je ne sais jamais ce qu’il y a sur mon compte... Je peux faire les comptes pour quelqu’un d’autre alors que pour moi je suis assez bordélique. J’ai un blocage administratif. Même poster une lettre me pose problème, c’est mon manager qui s’en occupe.

Si votre heure de naissance est la bonne, elle met aussi en valeur la planète Mars qui fait les réalistes purs et durs, capables de franchise brutale. À votre naissance, Mars faisait un angle dissonant à votre conjonction Mercure-Jupiter : bien que vous n’évoquiez en rien une "Martienne" au sens astrologique du terme, êtes-vous souvent partagée entre le besoin de dire aux autres - à l’autre - ses quatre vérités sans y mettre les formes, et celui de rester diplomate ?

Je n’ai pas envie de faire du mal gratuitement mais je ne me contrôle pas toujours et je suis capable d’asséner certaines vérités. Récemment, j’ai dit à un chanteur connu qui insistait pour avoir mon avis sur son spectacle, que c’était très bien sauf que je n’avais pas été touchée.

C’est un bon exemple... Les Poissons préfèrent la fuite, le Martien attaque, il y va...

J’y vais par besoin de clarté. Le fait que ce soit dit me soulage. Je laisse faire quand je suis fatiguée... Dans le rapport amoureux, je ne cherche pas à savoir ce que je n’ai pas besoin de savoir mais s’il m’arrive d’en savoir une partie, je peux devenir brutale pour connaître l’autre moitié. J’irai jusqu’au bout ne serait-ce que par égoïsme, pour que cela m’aide à en vouloir assez à la personne pour me rendre la rupture plus facile.

Vous reconnaissez-vous dans la sociabilité insouciante de Mercure et dans la convivialité jupitérienne ?

C’est tout sauf moi. Je me perds très vite dès qu’il y a trop de monde. Je suis quand même une adepte de l’analyse. Malgré mes affinités avec de nombreux amis, le côté sociable est très loin de moi. Je suis quelqu’un de plutôt discret.

C’est tout à fait ainsi que l’on vous perçoit, d’où les doutes à propos de votre heure de naissance.

Dans le travail, malgré tout, je suis constamment en train d’essayer de persuader les autres de la direction dans laquelle je souhaite aller. J’ai peut-être une conviction qui me permet d’aller au bout de ce que je souhaite...

Cela peut tenir à la grande ténacité des Poissons quand ils ont trouvé leur objectif. Revenons à Mercure : quand elle domine, cette planète incite à aimer la plaisanterie, la fantaisie, la dérision. On ne vous imagine pas trop ainsi non plus.

La promotion de mon album et les obligations publiques qui vont avec, m’ont fait développer un certain cynisme afin d’acquérir le recul nécessaire. Mais ce n’est pas mon trait de caractère dominant, c’est plutôt une manière de me protéger d’un malaise plus ou moins important que je suis portée à ressentir dans ce genre de situation.

La faiblesse (hypothétique) de votre Soleil est aggravée par une dissonance de Saturne : l’ensemble incite à avoir une confiance en soi fluctuante, à être facilement mécontent de ce que l’on fait, à mettre la barre un peu trop haut...

Ça c’est totalement vrai , surtout dans le travail et dans mes rapports amoureux, j’ai une sorte de sentiment d’insatisfaction...

Une mauvaise image de vous-même...

Je ne sais pas si j’interprèterais ça en termes d’image de soi. C’est davantage l’impression de ne pas avoir fait assez bien... Cette question se pose souvent...

Un Soleil faible et affligé - surtout dans le signe de retrait des Poissons - va souvent de pair aussi avec un inconfort majeur dès qu’on est le centre des regards, il rend plus voyeur qu’exhibitionniste...

Absolument...

Un tel Soleil est problématique à partir du moment où l’on fait des chansons et où cela amène à être en représentation ...

C’est le grand problème de mon rapport avec la scène... En ce moment, je me pose d’autres questions qu’au tout début où j’en voulais presque aux gens dans la salle du simple fait qu’ils me regardaient. J’en étais venue à rêver d’un concept où les spectateurs liraient des journaux ou autre, pendant mon passage sur scène... La seule fois où j’ai chanté à un mariage - celui d’un ami qui me l’avait demandé -, c’est passé comme une lettre à la poste car les gens dansaient ou dînaient, ils ne s’occupaient pas trop de moi ...

Votre Soleil/Poissons dissoné par Saturne pourrait vous valoir un certain défaitisme, alors que votre heure de naissance, si elle est la bonne, met en valeur l’axe Lion-Verseau qui donne le goût des défis...

Je joue de la clarinette sur scène. Pour moi qui ne suis pas une bonne musicienne et qui souffre beaucoup du trac, c’est un vrai défi puisque quand je joue chez moi de cet instrument, c’est mauvais une fois sur deux. Mais l’obligation de me concentrer sur cet effort particulier, m’enlève une partie du trac que, sans cela, je polariserais trop sur la voix. Mon besoin de ce défi-là n’est au fond qu’une forme de protection. J’ai peut-être à me prouver des choses aussi... ... Par ailleurs, je suis capable de partir très loin sur un coup de tête...

Pouvez-vous vous sentir aussi volontaire, déterminée par l’axe Lion-Verseau qui ne vous ressemble pas vraiment, qu’indécise, fluctuante par les Poissons ?

Ça dépend de mon état. Il y a des périodes où je me sens très fragile et d’autres où je me sens en sécurité. Quand je me sens forte parce que je prends des vitamines, que je me lève tôt, que je fais tout de façon professionnelle, je peux alors faire preuve de détermination et arriver à gérer tant mon rythme que mon "planning". Mais il y a d’autres moments où je n’y arrive pas, où je me sens complètement perdue. L’hiver par exemple, je suis beaucoup plus déterminée que l’été parce que je me sens plus protégée, je suis chez moi, à l’intérieur, dans des ambiances que je connais, celles du nord, de la mélancolie qui s’y rattache et qui me sécurise parce qu’elle m’est familière. Alors que l’été, quand il y a beaucoup de gens à l’extérieur et une sorte d’étouffement général mais que tout le monde a l’air heureux sans raison, ça me déstabilise complètement...

Ce que vous dites évoque les signes de la Vierge ou du Cancer plus que celui du Lion... C’est difficile en astrologie d’avoir des formulations précises : on peut attribuer aux Poissons une grande détermination qui n’est pas le volontarisme affirmé, autoritaire du Lion, mais la faculté de s’abstraire de tout ce qui est sans rapport avec ce qui intéresse...

Je l’ai très fort... Je sais être absente pour vivre quelque chose jusqu’au bout.

L’absence est un trait propre aux Signes d’hiver. Le Verseau porte toutefois à avoir davantage besoin de renouvellement que les Poissons.

Là encore, ça dépend des périodes. Encore une fois, ma vie est très différente l’hiver de l’été. Je change avec le temps. J’aime partir, j’aime revenir aussi. Je suis très attachée à Paris. J’y passe des hivers extraordinaires qui me donnent bien plus d’énergie que l’été où je m’ennuie beaucoup plus à cause de mon inactivité, à moins de partir en Hollande où il y a un peu plus de vent.

L’axe Lion-Verseau fait positiver quoi qu’il arrive. Si vous étiez Ascendant Vierge ou Cancer, comme certains de vos propos portent à le penser, l’anxiété prendrait le pas sur l’optimisme...

L’anxiété prend le pas.

Un ascendant Lion vous donnerait la volonté de solutionner les problèmes coûte que coûte, de clarifier de même ce qui a besoin de l’être...

J’ai besoin que les rapports humains soient clairs. Je ne supporte pas le mensonge. Mais en ce qui concerne ma vie, je suis loin d’avoir toujours des solutions. Il y a même souvent des moments où je pense qu’il n’y en a pas. Ma forme de positivation consiste à savoir que rien n’est acquis, à être très en réserve, à laisser une marge parce que, par moments, je suis portée au pessimisme...

La conjonction Lune-Pluton sous laquelle vous êtes née, prédispose à ce que rien ne sécurise suffisamment...

Ça, c’est très vrai... Mon problème-clé, c’est d’arriver à me sécuriser par moi-même, de trouver mes propres repères. J’ai du mal à le prendre des autres, je ne sais pas faire ça. J’ai tendance à penser que c’est lié à certaines choses de l’enfance que je n’ai pas encore élucidées. Ou à ma personnalité... C’est pour ça que je m’absente : pour régler certains de mes problèmes... Il y a des nœuds autour de moi en rapport avec des vérités qui n’ont pas été dites et que j’ai besoin de clarifier quand elles concernent mes rapports avec les autres et quand elles risquent de me faire perdre le nord...

La conjonction Lune-Pluton favorise aussi le "complexe du vilain petit canard" et les problèmes d’appartenance...

Le problème d’appartenance, oui... Même si je ne suis pas née en France, j’ai choisi d’y vivre parce que je ne me sens chez moi nulle part ailleurs. En même temps, il y a des moments où je ne me sens pas chez moi à Paris. C’est pour cette raison que mon intérieur constitue mon territoire. Je n’ai pas de maison d’enfance où je pourrais retrouver quoi que ce soit de personnel. Ca n’existe pas dans ma vie. Les seuls objets qui m’appartiennent et qui me sont chers, sont chez moi. Chez moi, ma maison, c’est très important parce que mon enfance s’est passée à déménager d’un pays, d’un hôtel à l’autre sans qu’il y ait un pied à terre qui me donne le sentiment de rentrer à la maison.

Les Signes qui incitent à avoir fondamentalement besoin d’un territoire à soi, sont la Vierge et le Cancer, mais un Ascendant Vierge vus ferait naître plus tard que l’heure donnée et un Ascendant Cancer bien plus tôt... Une dominante lunaire pourrait vous donner le même besoin...

En même temps, c’est une maison ouverte à tous mes amis...

Tout en étant - si Mercure et Jupiter font partie de vos dominantes -, capable de vous intégrer en surface à des communautés, à des groupes divers, l’inconfort du sentiment d’y être étrangère, ne prime t-il pas ?

Mon activité professionnelle m’oblige forcément à aller souvent dans des lieux où je ne connais personne. Il faut bien que je m’y adapte mais je ne me sens pas bien pour autant.

Etes-vous plus sensible que la moyenne aux attitudes excluantes ?

J’ai passé un très mauvais moment lors d’un passage sur scène à Paris, à cause d’insultes en provenance du public, dont j’ai cru, à tort, qu’elles m’étaient adressées. Ce genre de parano me fait perdre mes repères : je n’arrive plus à me contrôler, à m’exprimer correctement...

Votre Lune natale est également conjointe à Uranus et cette dissonance qui associe les valeurs de dépendance de l’enfant avec celles d’indépendance de l’adulte, peut rendre à priori difficile tout laisser-aller en incitant à toujours vouloir contrôler l’enfant qui est en soi, à contrôler l’environnement immédiat aussi. La dépendance, le laisser-aller vous posent-ils problème ?

Il est exact que je n’aime dépendre de rien ni de personne. La non-dépendance est liée à l’absence, à une solitude choisie, à l’importance d’un territoire où je me sens indépendante... Cela joue aussi dans ma vie professionnelle. J’ai, entre autre, très mal vécu qu’une trentaine de personnes d’une maison de disques que je ne connaissais pas, travaillent sur mon album. J’avais tendance à tout vouloir contrôler. Mais bien que certains procédés de vente m’aient rendue malade, j’ai dû laisser tomber : ma vie concernant l’album m’appartient quand je suis en studio ou sur scène, et ça s’arrête là sinon je suis trop malheureuse. Par ailleurs, j’ai tendance à me noyer dans des moments d’amitié ou en famille, tout en ne voulant pas en dépendre. Tout en sachant que ce n’est pas toujours un bien de ne pas accepter la dépendance : d’un certain point de vue, ça revient à un manque de confiance dans les autres.

Bien que le conditionnement céleste ne révèle jamais rien du vécu personnel, une conjonction Lune-Uranus peut parfois aller de pair avec une enfance qui confronte prématurément à des réalités adultes ou qui empêche d’une façon ou d’une autre d’être un enfant insouciant...

La non-dépendance vient en partie de ce qu’il a fallu me débrouiller très tôt, mais elle est aussi un choix. Il était inhérent à mon caractère de m’enfermer des heures dans ma chambre ou d’avoir des activités seule, parce que je pensais que ça m’amuserait mieux que d’avoir des activités avec les autres.

La dissonance Pluton/Lune/Uranus prédispose aussi à ce que quelque chose empêche d’être fusionnelle avec la mère ou l’environnement immédiat, sinon à avoir besoin de s’en démarquer...

Ma mère est quelqu’un de formidable avec qui j’entretiens des liens amicaux très forts. J’aime partir en vacances avec elle. Il m’est plus difficile de la voir dans la vie de tous les jours. C’est pareil avec les autres membres de ma famille. J’arrive plus facilement à avoir des liens forts avec les gens quand c’est hors cadre. Parce que j’ai besoin de gérer le temps et l’espace à ma manière.

C’est indiscret de te demander ce qui vous a fait entreprendre une analyse ?

Cette science, car c’en est une, m’intrigue et j’ai toujours lu des livres écrits par des analystes. Je suis très proche du passé et de la mémoire. Toute mon adolescence, toute ma vie en fait, j’ai eu des flash de choses qu’il était impossible que j’aie vécues et que j’ai associées à l’histoire de ma grand-mère maternelle. J’ai mis beaucoup de temps à trouver mon analyste : c’est une artiste qui travaille sur la mémoire héréditaire. J’apprécie beaucoup son travail qui est très personnel, très attaché au passé aussi avec beaucoup d’images évoquant l’avant- ou l’après-guerre : quand j’ai vu ses oeuvres, j’ai su que je pourrais faire mon propre travail avec elle. Un travail qui consiste à chercher à savoir pourquoi je suis si attachée au passé et pourquoi j’ai une mémoire sélective qui a tendance à ne retenir que ce qui est romantique et poétique... Tout ça me passionne et je ne raterais pour rien au monde mes deux ou trois rendez-vous hebdomadaires. Pendant des années, par discrétion, je n’ai pas dit que j’étais en analyse, mais aujourd’hui ça fait tellement partie de ma vie que je n’ai plus de problème à en parler. Les énigmes personnelles auxquelles nous réfléchissons sont l’absence, la non-dépendance, la solitude, la non-confiance aux autres, ainsi que la façon de retrouver le temps dans l’espace pour accorder le temps aux autres mais sans mélanger les choses. Cela correspond en partie aux questions que vous m’avez posées, finalement...

Texte paru dans Astrologos n° 6, août 2001.

Cet article vous a été proposé par : Françoise Hardy



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