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1. "L’expérience de Carlson" Vous êtes ici : Accueil Documents L’anti-astrologisme
Publié le : 1er septembre 2005
1. "L’expérience de Carlson"
Un exemple de charlatanisme anti-astrologique
L’une des "expériences" favorites (et selon eux décisive) qu’aiment à citer les anti-astrologues scientistes est celle réalisée avec le concours de statisticiens et d’astrologues au milieu des années 1980 par Shawn Carlson, physicien à l’université de Berkeley en Californie, USA.

Hypothèse de travail

L’astrologie est incapable d’analyser la personnalité humaine et ses traits de caractère. Il s’agit de démontrer la validité de cette hypothèse par une "expérience scientifique" décisive.

Méthode et conditions de l’expérience

Carlson décide de constituer une équipe de travail composée de trois groupes :

- des statisticiens utilisant des tests psychologiques ;

- des astrologues consentants ;

- des "cobayes" d’accord pour participer à cette expérience.

Ces groupes ont été recrutés de la manière suivante :

- les statisticiens ont été choisis par Carlson ;
- 2 astrologues ont spontanément demandé à participer à cette expérience, et 26 autres ont reçu pour le faire l’aval du NCGR (National Council for Geocosmic Research - Conseil National pour la Recherche Géocosmique), l’une des principales associations astrologiques étasuniennes ;

- les "cobayes", majoritairement des étudiants, ont été recrutés par petites annonces.

L’expérience s’est basée la technique de l’expérimentation en "double aveugle", couramment utilisée en pharmacologie. Cette technique est la suivante :

- on fait administrer à deux groupes de personnes malades, soit le médicament à tester, soit un placebo, par un personnel ignorant le produit qu’il donne à chacun des deux groupes.

- afin que le plus total anonymat soit respecté, les produits administrés et les personnes malades reçoivent un numéro de code que seuls connaissent ceux qui organisent mais ne participent pas à l’expérience. Seul ce numéro de code sera pris en compte lors de l’analyse statistique qui permettra de déterminer si le médicament peut être efficace ou non reconnu comme efficace par la médecine officielle.

Exposé simplifié de l’expérience :

1) Un physicien rassemble des astrologues, des statisticiens et une population de "cobayes".

2) Les "cobayes" sont invités à passer un test de personnalité standard. Ils sont tenus dans l’ignorance des résultats.

3) Chaque "cobaye" doit choisir l’interprétation de son thème natal parmi trois interprétations de thèmes qui lui sont proposées, le sien et deux autres tirés au hasard dans le groupe, et attribuer une note de satisfaction de 1 à 10 aux trois interprétations.

4) Les astrologues se voient confier le thème d’un "cobaye" et trois tests psychologiques. Il leur est demandé de reconnaître le test qui correspond au thème et de noter les trois tests de 1 à 10 en fonction du degré de correspondance estimé.

5) Si l’astrologie est une réalité, les "cobayes" et les astrologues doivent faire le "bon choix" dans une proportion supérieure à "un sur trois" (loi du hasard).

Première partie de l’expérience :

Les astrologues volontaires ayant été recrutés, il faut sélectionner parmi la population des "candidats-cobayes" ceux qui, du point de vue des "scientifiques" qui organisent cette "expérience", ne peuvent être susceptibles d’en altérer les résultats.

Rappelons (c’est important) que la majorité de ces candidats sont des étudiants. Il est décidé d’éliminer :

- les moins de 17 ans (les raisons qui ont déterminé le choix de cet âge - pourquoi pas 16 ou 18 ? - n’ont pas été précisées) ;

- les "sceptiques extrémistes" à l’égard de l’astrologie (leurs degrés respectifs de scepticisme et d’extrémisme n’ont nulle part été quantifiés ni précisés dans le compte-rendu de cette "expérience" qui se veut pourtant quantitative) ;

- ceux qui avaient déjà "fait faire leur horoscope, parce que leurs réponses futures risquaient d’être influencées par le souvenir de ce qui leur avait été dit". Il n’est nulle part précisé dans le compte-rendu de l’expérience le pourcentage de menteurs, de blagueurs, de manipulateurs et de filous figurant parmi cette population ;

- enfin, ceux qui, entre le début du recrutement et celui de l’expérience, "avaient changé d’avis sur l’astrologie" ou "cessé se s’intéresser" à l’opération ont aussi été impitoyablement éliminés. Les recruteurs "scientifiques" sont ainsi parvenus à sélectionner un groupe "homogène" d’individus qui ne seraient "ni pour ni contre l’astrologie", qui ne changent pas d’avis et persistent donc dans leur désir de participer à cette "expérience". Dans le compte-rendu de celle-ci, il n’est nulle part fait état des mesures statistiques objectives et rigoureuses ayant permis d’évaluer "scientifiquement" et rationnellement le fait d’avoir un avis parfaitement équanime sur quelque chose dont on est censé tout ignorer dans une population majoritairement composée d’étudiants du sud-ouest des USA.

On ne trouve pas non plus, dans le compte-rendu, de protocole d’expérimentation annexe visant à valider ou réfuter scientifiquement le proverbe "Seuls les imbéciles ne changent pas d’avis" (lesquels ont changé d’avis ? Dans quel sens ? Pour quelles raisons ou déraisons ? Quel est leur "profil" psychologique de groupe s’ils en ont un et s’ils n’en n’ont pas, pourquoi ?), pas plus que de recherches psycho-statistiques avec pourcentages à la clé sur les motivations de ceux qui ont "cessé de s’intéresser" à cette expérimentation, toutes choses pourtant éminemment intéressantes pour qui se pique de psychologie expérimentale...

Bref, suite à cette très vigilante mais guère rationnelle application du "principe de précaution", il ne resta plus que 177 candidats sur les 256 initialement retenus, les 79 éliminés étant définitivement "morts pour la science" pour des raisons ou déraisons que nous ne connaîtrons malheureusement et probablement jamais.

Ces 177 candidats furent divisés en deux groupes de 83 et 94 sujets, soit respectivement 46,89 % et 53,11 %. Etant donné que 177/2 = 88,50, il aurait été plus "scientifique" de faire un groupe de 88 et un autre de 89, mais bon, c’est comme ça que ça c’est passé, et c’est tant mieux pour le malheureux candidat qui n’a pas été coupé en deux sur l’autel de la Science à cause d’un sélectionneur qui n’a pas pensé à constituer un nombre pair de "cobayes".

Par ailleurs, on assista au désistement de "quelques" astrologues entre le début du recrutement et le début de l’expérience, mais "suffisamment peu" pour que celle-ci puisse se poursuivre. Les pourcentages de "suffisamment peu" ne figurent pas dans le compte-rendu de "l’expérience", pas plus que les raisons de ces désistements.

Enfin, il n’est pas fait mention de désistements au sein de l’équipe des scientistes expérimentateurs, ce qui ne signifie pas qu’il n’y en a pas eu, mais que de telles peccadilles ne sauraient intéresser le profane. L’Expérimentateur Scientifique n’a de Mesures et de Comptes à rendre qu’à lui-même.

Les personnages de cette comédie, pardon, de cette "expérience scientifique" sont maintenant tous réunis dans les coulisses : un nombre indéterminé de scientistes anti-astrologues persuadés qu’elle est inutile tant ils en connaissent d’avance les résultats, entre 25 et 28 astrologues (mettons) représentant le courant dominant de l’astrologie made in USA (comme partout ailleurs, l’astrologie magico-symboliste), et 177 "cobayes" n’ayant selon les critères des scientistes aucune opinion tranchée sur l’astrologie. Le rideau peut se lever sur le premier acte de la représentation - pardon, de "l’expérience scientifique".

Premier acte :

1) Les 177 "cobayes" fournissent leurs dates ("à 15 minutes près", est-il précisé dans le compte-rendu d’expérience !), heures et lieux de naissance.

2) Un logiciel astrologique commercial calcule la carte du ciel natale de chacun des "cobayes" et réalise son interprétation ; l’identité des "cobayes" est réduite à un numéro de code et les textes ne comportent aucune mention de sexe ou de Signes.

3) Les expérimentateurs remettent ensuite à chacun des "cobayes" censé être capable de "savoir quelque chose sur lui-même" trois de ces interprétations, toujours anonymes : celle qui le concerne, plus deux autres qui ont été tirées au sort parmi celles des autres "cobayes". Il lui est demandé de les classer dans l’ordre : en premier choisir celle qui lui parait "coller" le mieux à sa personnalité, puis attribuer aux deux autres les deuxième et troisième place. De plus, il lui est demandé de donner une note de 1 à 10 à chacune des interprétations en vue d’un traitement statistique plus sophistiqué.

4) Enfin, les "cobayes" sont divisés en deux groupes : dans le premier, ils sont soumis à l’expérience dans les conditions ci-dessus décrites ; dans le second, les "cobayes" ne reçoivent que des interprétations qui ne les concernent pas. Ultime raffinement, "pour concéder plus de chances aux astrologues volontaires", "les membres des deux groupes relevant du même "Signe" astrologique recevaient, sans le savoir évidemment, le même jeu d’interprétations".

Dans ces conditions "rigoureuses" et dans l’esprit de ces "expérimentateurs scientifiques", si l’astrologie est un savoir réel, le pourcentage de "bonnes" réponses dans le premier groupe devrait être nettement supérieur à celui du second. Selon les lois officielles des probabilités en effet, les "cobayes" du premier groupe devraient choisir le profil astro-psychologique qui leur correspond au minimum plus d’une fois sur trois ("prudents" les astrologues étasuniens testés ne prévoyaient que 50 % de "bonnes" réponses), tandis que les "cobayes" du second groupe devraient faire des choix conformes aux "lois du hasard".

Résultats pour le 1er groupe

- Choix n° 1 : 33,7 %
- Choix n° 2 : 39,8 %
- Choix n° 3 : 26,5 %

1) le résultat du choix n° 1, celui qui est censé être "correct" (le "cobaye" a dans ce cas sélectionné l’interprétation de thème qui lui correspondrait le mieux) est très proche du "un sur trois" dicté par le hasard. Il n’est donc pas significatif d’un "effet astrologique".

2) le résultat du choix n° 2, celui qui est censé être "moyennement correct" (le "cobaye" a dans ce cas sélectionné l’interprétation de thème qui lui correspondrait moins bien) est significativement supérieure au "un sur trois" dicté par le hasard. Mais étant donné qu’il n’est pas n° 1, il ne saurait être significatif pour les "expérimentateurs scientifiques".

3) le résultat du choix n° 3, celui qui est censé être "non correct" (le "cobaye" a dans ce cas sélectionné l’interprétation de thème qui ne lui correspondrait pas) est significativement inférieur au "un sur trois" dicté par le hasard. D’une manière statistiquement très significative, les "cobayes" ont donc nettement classé en dernière position l’interprétation dans laquelle ils se reconnaissaient le moins.

Commentaires :

L’analyse des "expérimentateurs scientifiques" est lapidaire : étant donné que seul environ un peu plus d’un "cobaye" sur trois (proportion conforme aux lois du hasard) a su identifier l’interprétation qui lui correspond, la prétention des astrologues à faire des profils psychologiques réalistes serait invalidée par cet implacable verdict des statistiques concernant le choix n° 1 du premier groupe.

Curieusement (mais est-ce vraiment curieux ?), les "expérimentateurs scientifiques" n’ont pas poussé plus loin leurs investigations du côté des choix n° 2 et 3, comme si le n° 1 tranchait de tout. Avant de faire plus loin une critique impitoyable de cette expérience-bidon, amusons-nous donc un peu avec les statistiques qu’ils chérissent, mais, contrairement à eux, en traitant l’ensemble des choix du groupe n° 1.

Pour cela, il suffit de procéder à deux petits calculs facétieux :

- (33,7 % + 39,8 %) /2 = 36,75 %
- (39,8 % + 26,5 %) /2 = 33,15 %

Résultat : la moyenne des totaux des choix "corrects" et "médians" est supérieure (et statistiquement signifiante !) à celle des totaux des choix "médians" et "incorrects" (qui est conforme aux lois du hasard). En pourcentages, 52,58 % se seraient plutôt reconnus dans des interprétations "plus ou moins correctes", contre 47,42 % qui ne se seraient plutôt pas reconnus dans des interprétations "plus ou moins incorrectes". Des chiffres statistiquement significatifs, et plaidant plutôt en faveur de l’astrologie... mais qui n’ont pas semblé intéresser nos "expérimentateurs scientifiques".

Plus intéressant : d’une manière statistiquement significative, les "cobayes" ont nettement "mis de côté" (c’est-à-dire classé en n° 3), l’interprétation dont ils estimaient qu’elle leur correspondait le moins. Les "expérimentateurs scientifiques" n’ont pas paru intéressés par ces "non-choix" pourtant très nets selon leurs propres critères...

Rassurez-vous, je n’en tire aucune conclusion. Ce n’est qu’un jeu de calculette. Cela d’autant plus que les résultats obtenus par le 2e groupe de "cobayes" sont, eux, beaucoup plus stupéfiants.

Résultats pour le 2e groupe

- Choix n° 1 : 44,7 %
- Choix n° 2 : 36,2 %
- Choix n° 3 : 19,1 %

Commentaires :

Les résultats sont clairs : presque la moitié des "cobayes" de ce groupe se sont reconnus dans un portrait qui ne pouvait en aucun cas leur correspondre, étant donné qu’aucune des interprétations parmi lesquelles ils avaient à choisir n’était celle de leur thème. Résultat apparemment impitoyable pour l’astrologie...

On peut pourtant encore objecter avec raison qu’il est difficile de se "connaître soi-même" avec assez d’objectivité pour ne pas se tromper sur la description de sa propre personnalité, surtout lorsqu’on est un jeune étudiant comme l’est la très grande majorité de ces "cobayes". Il est donc très probable, voire inévitable, que les "cobayes" soient conduits à choisir un portrait erroné d’eux-mêmes. De ce point de vue, la tragédie anti-astrologique du premier acte n’aurait aucune signification, sinon qu’il est plus facile de se reconnaître dans n’importe quel portrait sélectionné au hasard que dans une gamme de portraits parmi lesquels un d’entre eux est censé vous correspondre. Ce ne serait donc pas l’astrologie qui serait en cause, mais le manque d’objectivité des "cobayes".

Les "expérimentateurs scientifiques" ont bien entendu pensé à ce problème. Conscients de cette objection, ils ont imaginé une deuxième phase expérimentale, afin d’essayer d’éliminer ce facteur subjectif : pour le 2e acte, les "cobayes" ont été priés de quitter la scène, l’abandonnant aux seuls astrologues et statisticiens. Le deuxième acte peut commencer...

Deuxième acte

Chacun des astrologues reçoit un certain nombre d’enveloppes contenant chacune :

- l’interprétation du Thème d’un sujet tiré au hasard ;

- un profil psychologique établi selon le test C.P.I. (California Personality Inventory), "réputé fiable, d’usage courant chez les psychologues américains depuis 1958..." ; ce profil est celui du sujet dont le Thème a été interprété par le logiciel ;

- deux autres profils psychologiques du même type, tirés au sort parmi ceux des étudiants-cobayes.

Les astrologues doivent dire auquel des trois profils psychologiques déterminés par le C.P.I. correspond le mieux à l’unique interprétation de Thème. Comme dans la première phase, ils doivent classer les trois profils psychologiques selon leur plus ou moins grande correspondance avec l’interprétation astrologique, en les notant de 1 à 10.

Comme dans la première phase de l’expérience, si l’astrologie est valide, les astrologues devraient dépasser le "un sur trois" du pur hasard dans leur choix n° 1. Notons que les tests C.P.I. n’intervenant pas dans la première phase, il n’est pas question pour les astrologues d’arguer de leur peu de fiabilité, cela d’autant plus qu’ils les ont d’emblée acceptés. De ce fait, dans l’idée des concepteurs de cette expérience, la seconde phase élimine les objections que la première pourrait susciter et vice-versa.

Résultats

- 34 % pour les profils classés au 1er rang ;
- 40 % pour ceux du 2e rang ;
- 25 % pour ceux du 3e rang.

Commentaires

L’échec est à nouveau patent pour les astrologues : ils ne font pas mieux que le hasard.

Cerise sur le gâteau :

Il a été demandé aux "cobayes" de reconnaître leur propre profil psychologique parmi trois profils issus du test C.P.I., le leur et deux autres tirés au hasard. Là encore, ce sont les "lois du hasard" qui ont joué : ils n’ont pas fait mieux que les astrologues...

En résumé :

- 177 "cobayes" majoritairement étudiants sont statistiquement incapables de se reconnaître dans leur portrait astro-psychologique dressé par un logiciel d’astrologie ;

- 25 ou 28 "astrologues" sont statistiquement incapables de faire une relation entre l’interprétation du thème d’un individu et son profil psychologique établi par un test ;

- 177 "cobayes" sont statistiquement incapables de reconnaître leur profil psychologique établi par un test reconnu comme efficace par la science officielle.

Avant de passer aux critiques de fond contre cette pseudo-expérimentation, je vous livre les conclusions du rapport de Shawn Carlson : "Une expérience utilisant les méthodes en double-aveugle a démontré que les prédictions des astrologues sont fausses. La corrélation prédite entre la position des planètes et autres objets astronomiques à l’heure de naissance, et la personnalité du sujet, n’existe pas. L’expérience réfute clairement l’hypothèse astrologique".

C’est parfaitement faux, et cela va être démontré.

Critique de la pseudo-expérience

1) Science "dure" et sciences "molles"

- Observation :

Il est pour le moins curieux et paradoxal qu’un physicien, représentant des "sciences dures" ou "exactes", fasse appel à des statisticiens et à un test psychologique, représentants des sciences "molles" ou "humaines", pour tenter de démontrer expérimentalement la fausseté de l’astrologie.

- Question :

Carlson douterait-il de la capacité expérimentale de la physique à démontrer la fausseté de l’astrologie ?

- Critique :

Le protocole et le compte-rendu de l’expérimentation n’apportent aucune réponse à cette question. Si Carlson argue de son statut de physicien pour faire de l’anti-astrologisme, qu’il expose des arguments physiciens pour réfuter l’astrologie. S’il est sûr qu’ils sont valables, il n’a pas besoin de demander à des statisticiens et à un test psychologique de confirmer sa certitude quant à l’impossibilité d’existence physique du fait astrologique. En effet, du point de vue de la science officielle, seul est considéré comme réel ce qui obéit aux lois de la physique actuellement connues. Ce qui signifie que les réalités statistiques ou psychologiques doivent obéir aux lois de la physique ou ne pas être. De la part d’un physicien, le recours à la statistique et à la psychologie pour démontrer la fausseté du fait astrologique est donc une démarche inutile.

Quelle est donc sa motivation ? Selon ses déclarations drapées de noble "objectivité scientifique", Carlson aurait douloureusement constaté que les scientifiques contestaient les résultats empiriques que les astrologues prétendaient obtenir et que les astrologues déniaient toute validité aux arguments et tests anti-astrologiques. "Les deux critiques peuvent être valables", feint-il d’admettre, et il continue : "Mon intention a été d’éviter ces critiques par l’organisation d’une expérience qui pourrait réunir les spécifications des deux communautés scientifique et astrologique". Une noble et objective intention ? Non, évidemment. Son but est d’invalider définitivement l’astrologie au moyen d’une "expérience" qu’il voudrait décisive (voir plus loin ses déclarations en 1988).

Etant donné qu’on ne saurait suspecter d’irrationalisme un vénérable physicien de l’université de Berkeley (celà ne se fait pas), ont est contraint de rechercher quelles autres obscures et hypothétiques "raisons" moins avouables ont pu l’amener à de telles extrémités. Aurait-il réalisé et fait connaître à grand tapage cette "expérience" pour se faire à bon compte un peu de publicité personnelle sur le dos de l’astrologie ? Pas impossible : dans cette hypothèse, des pourcentages statistico-psychologistes sensationnalistes habilement mis en scène passent mieux auprès des médias que d’austères équations physiciennes, et il faut reconnaître qu’il a acquis une grande célébrité grâce à son initiative. Ou bien cultiverait-il un affreux, inconscient et inavouable doute quand à ses a priori anti-astrologiques physiciens, et aurait-il cherché à les conjurer par le biais de l’utilisation des sciences humaines ("on ne sait jamais...") ? La suite montrera que c’est peu probable.

2) Le choix des 177 "cobayes"

- Observation :

Le compte-rendu de l’expérimentation signale que "on" a "vérifié avant qu’elles n’étaient ni pour ni contre l’astrologie et qu’elles ne savaient pas grand-chose sur elles-mêmes à part leur Signe".

- Questions :

a) Comment et par qui ont été sélectionnés ces 177 "cobayes" ?

b) Qui est ce mystérieux "on" capable de savoir infailliblement qu’ils "n’étaient ni pour ni contre l’astrologie" ?

c) Quelle rigoureuse et objective expérimentation scientifique a permis d’éliminer les candidats-"cobayes" qui avaient un a priori favorable ou défavorable à l’égard de l’astrologie ? Selon quels critères ?

d) Quelle rigoureuse et objective méthode scientifique a permis de déterminer que les "cobayes" retenus "n’étaient ni pour ni contre l’astrologie" ? Selon quels critères ?

e) Quelle rigoureuse et objective méthode scientifique a permis d’évaluer que les "cobayes" sélectionnés ne savaient "pas grand-chose sur eux-mêmes" ?

f) Quelle rigoureuse et objective méthode scientifique a permis de discriminer parmi les candidats-"cobayes" ceux qui "ne savaient pas grand-chose sur eux-mêmes" par rapport à ceux qui en sauraient "plus" ?

g) Que signifie "pas grand-chose" ? Comment évalue-t-on rigoureusement et scientifiquement cette quantité floue ? Cela signifie a priori qu’on peut aussi savoir "un peu", "moyennement", "beaucoup" sur "soi-même" ; comment évalue-t-on rigoureusement et scientifiquement ces quantités floues et ce concept non-évident ?

h) Que signifie "savoir (ou ne pas savoir) quelque chose sur soi-même" ? Quels sont les critères rigoureux et scientifiques permettant d’évaluer une telle connaissance, si tant est qu’elle soit possible ?

i) Que signifie "connaître son Signe" ? Quels sont les critères rigoureux et scientifiques permettant d’évaluer une telle connaissance et son degré de profondeur ? Le fait de "connaître quelque chose sur soi-même" a-t-il une relation rigoureusement et scientifiquement démontrée avec le fait de "connaître son Signe" ?

j) Le fait de ne pas "connaître son Signe" a-t-il été un critère de sélection positif ou négatif des candidats-"cobayes" ?

k) Pourquoi n’avoir retenu que le critère de "connaissance" de son Signe solaire pour chaque candidat-"cobaye" ou "cobaye" sélectionné ? S’agit-il d’un critère scientifique ? Si la réponse est "oui", lequel est-ce ?

l) Quel est le niveau socioculturel et intellectuel de chacun et de l’ensemble des candidats-"cobayes" ou "cobayes" ?

- Critique :

Le protocole et le compte-rendu de l’expérimentation n’apportent aucune réponse à ces questions pourtant fondamentales. Il n’y a aucune rigueur scientifique dans le processus et les critères de sélection des cobayes. On nage dans l’arbitraire, l’à-peu-près, le bricolage.

3) Le test C.P.I.

- Observation :

Le compte-rendu de l’expérimentation signale que "On leur fit (aux "cobayes") passer un test de psychologie classique aux USA, appelé C.P.I.".

- Questions :

a) Pourquoi un physicien, dont la fonction est de mesurer du quantitatif, fait-il appel à un test psychologique qui ne peut mesurer que du qualitatif ?

b) En quoi un test de "psychologie classique aux USA" a-t-il une valeur objective et scientifique ? Que mesure ce test ?

c) Le "classicisme" d’un test psychologique est-il un critère de rigueur et d’objectivité scientifique ? Si la réponse est oui, comment peut-on le prouver scientifiquement ?

d) Le fait que ce test soit utilisé aux USA a-t-il une valeur objective et scientifique ? D’autres tests utilisés dans d’autres pays ou cultures auraient-ils donné des résultats identiques ou différents ?

e) Pourquoi ne pas avoir testé des tests "non-classiques" pour confronter leurs résultats avec ceux du test "classique" qui a été retenu ? Quels sont les critères objectifs et scientifiques qui permettent de distinguer le "classique" du "non-classique" ?

- Critique :

Le protocole et le compte-rendu de l’expérimentation n’apportent aucune réponse à ces questions pourtant fondamentales. Il n’y a aucune rigueur scientifique dans ce processus de sélection du test que l’on a fait passer aux "cobayes", test qui n’a pas été préalablement testé et confronté à d’autres tests.

Il existe en effet une énorme quantité de tests psychologiques visant à détecter les multiples fonctionnalités d’un individu. En éliminant tous ceux qui concernent les enfants de moins de 17 ans, environ 50 tests basiques sont couramment utilisés par les psychologues occidentaux. Ils se répartissent en deux grands groupes :

- Tests de personnalité concernant la "sphère affective" (ils ciblent le comportement de l’individu par rapport à ses divers groupes d’appartenance) ;

- Tests de personnalité concernant la "sphère cognitive" (ils ciblent le Q.I. de l’individu et les modalités de son fonctionnement intellectuel).

Le C.P.I. n’est qu’un test parmi d’autres visant à évaluer la "sphère affective" d’un individu. Il est reconnu comme étant une "bonne mesure" du comportement social ou antisocial. Il est couramment utilisé en recrutement. Il vise à évaluer un certain nombre de traits de personnalité et/ou de qualités propres, soit sous forme de tendances purement psychologiques, soit sous forme de préférences de comportement en situations professionnelles.

Il est composé de 400 à 500 questions supposées mesurer 20 dimensions de la personnalité, lesquelles permettent de dresser trois échelles structurelles appelées "Vecteurs" :

- Vecteur 1 : l’internalité (introverti/extraverti) ;

- Vecteur 2 : acceptation ou non des normes ;

- Vecteur 3 : évaluation des sentiments de réalisation de soi et d’intégration psychologique.

Le C.P.I. ne vise donc pas à cerner le fonctionnement psychologique de l’individu en soi, mais fondamentalement à tester son adaptation ou son inadaptation à son milieu social et professionnel ainsi que son aptitude à acquérir un certain épanouissement de sa personnalité. Or si un thème natal peut donner des informations fortes sur le Vecteur 1, il ne donne que des informations partielles sur le Vecteur 2, et ne peut en donner aucune sur le Vecteur 3. En effet,

- "l’acceptation ou non des normes" ne dépend pas exclusivement du ciel de naissance, mais de la manière dont l’individu en négocie ou non les potentialités en fonction de son milieu social. Exemple caricatural : soit un individu né sous une forte dominante jupitérienne consonante. Il est a priori plus apte que d’autres à "accepter les normes" de son milieu... mais tout dépendra de ce milieu. S’il naît à l’intérieur d’une famille et d’un milieu socioculturel "normal", les probabilités pour qu’il soit bien ou très bien adapté en général sont très grandes. A contrario, s’il naît dans une famille et un milieu socioculturel criminogène, genre mafiosi, il aura la même forte tendance à en "accepter les normes", ce qui n’aura pas les mêmes résultats en termes de sociabilisation. Le C.P.I. ne semble pas avoir intégré ce genre de paramètre pourtant essentiellement conditionnel.

- l’"évaluation des sentiments de réalisation de soi et d’intégration psychologique" sont des notions extra-astrologiques et des résultantes d’interactions psychosociales (et probablement aussi spirituelles) multifactorielles. Avec le même thème natal, on peut se réaliser ou ne pas se réaliser, parvenir à son intégration psychologique ou ne jamais y arriver.

Conclusion : ce que teste le C.P.I. et les informations que peut fournir un thème astrologique n’ont pas grand-chose en commun. C’est une faute déontologique et une erreur scientifique que de faire de leur comparaison la base et l’étalon d’une expérimentation. SUITE

Cet article vous a été proposé par : Richard Pellard



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