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LE BÉLIER Vous êtes ici : Accueil Le zodiaque Portraits zodiacaux Le zodiaque de "La Condition solaire"
Publié le : 30 avril 2004
LE BÉLIER
Texte original de Jean-Pierre Nicola paru dans "La Condition solaire" en 1964.

Type fort

Force d’excitation (excitation dépense)

L’excitabilité Bélier est naturelle. Le meneur du Zodiaque obéit à la nécessité de l’acte pur, non pas "acte gratuit", la gratuité étant devenue une fin intellectuelle, mais acte-réflexe, réponse spontanée, indifférente à la qualité de la stimulation. Initialement, pour le type Bélier, le but à atteindre importe peu, pourvu qu’il soit dans une lancée, à l’impact de sa trajectoire il reconnaîtra son destin ; à la violence du choc il mesurera sa volonté. L’élan dans le brouillard va vers la découverte ; d’un télescopage à l’autre l’expérience se construit, les formes du monde s’affirment, mais il est parfois des collisions sans lendemain et le Bélier est de ceux qui périssent en se mesurant de trop près avec la vie.

L’absence d’objectif préalable caractérise la structure du Signe. Empreinte sociale nulle, préméditation indigente, à chaque Printemps la Nature réédite Adam et Eve. Il est cet homme, porteur de générations futures, prêt à un nouveau combat, prêt à d’autres erreurs. Du fait de son pouvoir de régénération nerveuse qui l’entretient dans un climat de jamais-vu, le Bélier remet en cause les acquisitions de sa civilisation. Sa jeunesse assimile mal l’éducation, triste testament des ancêtres. Sa liberté implique un devoir de création, et sa révolte sauvegarde l’originalité de chaque naissance en brisant le danger d’une collectivisation uniformément plane. La Sensation, au stade d’éveil, porte des témoignages exagérés sur un monde ressenti comme une cuisante insolation. Extrêmement sensible aux effleurements de l’ambiance - tout ce qui l’entoure le touche à vif - il a de lui-même et des autres une extraordinaire notion de présence.

Les réalités le défient ; s’il répond à leur insolence par de la surenchère, le même élan en fait un héros inattendu, un paladin redressant les situations désespérées lorsque la provocation est un appel de détresse. Aucune perspective morale ne sous-tend son abnégation. Il donne toujours plus qu’on ne lui demande, parce que la réponse est la preuve fondamentale de l’existence.

Le sacrifice n’est qu’un aspect de sa dépensivité, il consomme aussi bien son patrimoine vital dans une suite d’exploits où seule domine la satisfaction de s’exténuer à vivre : marcher jusqu’au record de la fatigue, aimer jusqu’aux confins de l’amour, vider ses joies jusqu’au dégoût.

La volonté d’abnégation devient facilement intrusive (tel l’apostolat du "nous vous sauverons malgré vous"). Les exégètes du sacré placent le Christ rédempteur sous le symbole du Bélier. L’holocauste du Dieu fait homme pour racheter une humanité qui ne lui demandait expressément rien épouse un schéma Bélier, tant il est vrai que ce Signe est peu soucieux de réciprocité. En dehors de sa signification religieuse, l’offrande du Christ à une valeur allégorique : se donner revient à échanger I’avoir contre l’Être, Passé contre Avenir, quantité contre qualité. Le troc, après coup, se révèle avantageux. II est rarement accepté de prime abord : on sait ce que l’on quitte, dit le proverbe des enracinés, sait-on ce que l’on prend ? Combien se récusent devant le danger de n’être qu’eux-mêmes. En dépit des réticences jamais démodées de l’espèce, l’évolution se réalise, irrésistible ; elle nous vaut aujourd’hui la qualité d’homme, à charge de la dépasser.

Ainsi le sacrifice, forte notion du Bélier, tient à la fatalité de toute ascension : il faut payer en souffrance ou en absurdités l’accession à un ordre meilleur, à une vision plus haute du monde. Pour un vrai Bélier ce tribut est chose légère compte tenu de sa volonté d’Être.

La sensation au stade Bélier émerge de l’indifférencié pour prendre les commandes de l’adaptation. Les premiers pas sont grinçants, la conscience est braquée sur la cruauté du réel et la notion physiquement tragique de l’existence entraîne une césure entre Moi et Autrui ; il n’est rien de moins cessible que sa propre douleur. Dans ses relations avec autrui, relations amoureuses notamment, le Bélier est évidemment enclin à marquer son partenaire ; un amour sans stigmates n’est qu’une pâle attirance. Le réalisme du Bélier repose sur des perceptions fortes, globales, assez synthétiques et frustes. Son naturalisme est une interprétation animale des données du sensible ; tout conscient qu’il soit de ses privilèges d’homo sapiens il reste attaché aux lois de l’instinct.

En progressant vers le Taureau, la fonction prend du métier. Nous aurons alors le type Bélier chercheur de sensations, parfaitement rompu aux prouesses sportives.

Vitesse (labilité) d’excitation

Les Signes du Printemps ont en commun une excitabilité mobile et expressive. Cet élément sous-dominant dans les Signes d’Hiver devient à partir du Bélier et jusqu’aux Gémeaux un facteur de force tendant à briser l’équilibre par surtension. Selon I.P . Pavlov, la manie, la cyclothymie, la faiblesse excitable dérivent d’une labilité pathologique de l’excitation.

Les composantes de la constitution "maniaque" sont effervescentes chez le type Bélier : goût prononcé pour les ornements chamarrés, les teintes violentes, les modes scandales. L’inclination aux éclats se reflète dans l’attrait du baroque, le burlesque et le mélodrame. La versatilité d’humeur défraye l’entourage : une gaieté tapageuse cède place à l’intermède mélancolique. Le milieu participe contre son gré à ces retournements d’âme : dans la phase triste, le Bélier se fait trouble-fête, dans la phase hilare il improvise quelque festin inconvenant.

Dans un registre normal la mobilité d’excitation accorde la plurivalente, une irrésistible fascination pour l’inédit, l’ambiance des départs et des changements. Les imprévus mettent en relief les qualités de riposte et d’organisation éclair.

Nous pouvons transposer la vitesse d’excitation sur le plan intellectuel (second système de signalisation). Elle convient à l’inventivité, au génie spontané, mais aussi aux pures associations verbales et à la fuite des idées. Style : discussion, déclamation, description pittoresque, images contrastées.

Sens des contraires

Si l’intellect se fourvoie aisément dans les finesses de la dialectique, le besoin de synthèse absolue constitue son plus grand danger. Combien d’idéologies abondent dans un monisme naïf par souci d’expliquer le monde plutôt que d’en témoigner. Monisme et dualisme partagent les philosophes, pratiquement leur rapport harmonique favorise une adaptation souple et solide de l’individu. Savoir ce que l’on veut est bien, savoir ce que cette même volonté doit refuser est mieux.

Le sens des contraires n’est qu’un membre d’équation, nous verrons à quel point sa combinaison avec les différentes formules saisonnières nuance sa destination. Pour le Bélier la nuance est hors de mise. La vitesse d’excitation entraîne une exclusion immédiate. La division est nette, sommaire : tels sont mes amis, tels mes ennemis, vous ne servirez pas à la fois Dieu et Mammon. Il est possible qu’il y ait une alternance transformant le reniement du premier choix en une réaffirmation fanatique. Ce mécanisme (induction réciproque) se traduirait ouvertement par des voltes-face successives, aspects explicites du réajustement de la conduite.

Phase égalitaire forte

La perte d’équilibre se manifeste ici par la confusion des polarités. Puisque nous sommes dans le cas d’une hausse de susceptibilité nerveuse la réaction au milieu devient unilatéralement positive. Les situations exigeant une retraite provoquent une imprudente et vaine offensive. Lorsque menaces et suppliques produisent le même effet, nous avons affaire au Bélier aveugle, prenant les conseils pour des intimidations, les gestes d’amitié pour des manœuvres hostiles. Ce comportement, linéairement agressif, n’épargne pas les intimes, encore moins le secteur public.

La phase égalitaire ne représente souvent qu’une poussée fiévreuse au cours d’une conduite normale. La fréquence de ses irruptions ou leur durée peuvent correspondre à un type dérivé, susceptible d’une intégration sociale particulière (corps francs, légions, etc.). Ces modulations nous entraîneraient trop loin. La personnalité se constituant par une originale économie des valeurs composantes, nous ne tiendrons compte que des économies-types.

Type faible

Faiblesse d’inhibition (manque d’inhibition extinctive)

La faiblesse d’inhibition suscite imprécision, dissolution des normes régulatrices. Sous le flux de l’excitation relâchée, le désordre emporte la conduite : impulsivité, révolte, fantaisie, sans-gêne. Ce jaillissement d’irretenues, très éloquent chez le type Bélier, à conduit l’astrologue Krafft à placer Uranus, (planète dite "explosive"), comme gouverneur du Signe.

Il semble possible de réduire la formule du Bélier à un manque d’inhibition extinctive. Le type faible ne se possède pas ; son pouvoir de refouler le monde tant extérieur qu’intérieur est quasi nul. II manque de méfiance à l’égard des signaux que lui communique l’entourage ; d’où ses naïvetés, ses emballements enthousiastes, d’où également le crédit qu’il accorde aux inspirations de sa sensibilité. Ses premières impressions sont décisives, parce que pour revenir sur un premier mouvement il faut en détruire quelque chose. Pour des raisons semblables l’élaboration des habitudes, la systématisation adaptée du comportement lui sont difficiles. Comment saurait-il éliminer la spontanéité ? Il ignore ce qui assure le confort : savoir perdre ; abandonner une partie compromise ; rester de marbre face à l’iniquité ; s’esquiver, ne pas relever les offenses ; jouer opportunément le sourd, l’aveugle et le muet.

L’astrologue Wilczkowski a souligné le danger d’une fixation à l’adolescence, elle procède du manque d’inhibition extinctive : les impressions d’enfance restent vives et présentes au cœur du Bélier. Il a de l’enfant les rêves, la candeur, la logique, la bonne conscience, l’agressivité, les querelles d’honneur. Cette jeunesse entêtée a ses revers : la réalité l’emporte tôt ou tard, et l’acceptation d’une défaite n’est pas une petite affaire pour l’équilibre du Bélier. Le manque d’extinction correspond aussi au jusqu’au-boutisme, à l’engagement dans des voies chimériques. Il se soumet parfois à des idéaux rococo, quand il ne défend pas franchement l’impossible.

L’Intuition tient une place de choix dans la psychologie du Bélier en faiblesse d’inhibition. Fonction minoritaire, elle tend à se confondre avec la pensée ou le sentiment. Le premier cas explique le côté impératif, arbitraire des jugements qui servent surtout à protéger un a priori affectif. La révélation intime d’un devenir par voie intuitive équivaut dans l’esprit du Bélier à une démarche raisonnée, clairement démontrée. Il peut y avoir intellectualisation de l’imaginaire, la pensée donnant ses formes à ce qui vient uniquement du sens poétique. La confusion intuition-sentiment concernera plutôt les aspects mystiques du Bélier, amoureusement attaché aux symboles collectifs (symboles que le Sujet supposera éventuellement incarnés par à des personnalités de son époque - depuis les artistes de cinéma jusqu’aux hommes politiques). Dans la rencontre intuition-sentiment, nous verrons en bref une fascination sentimentale pour des êtres auxquels on prête une envergure mythologique.

Inertie d’inhibition

Comprise dans son rôle négatif, l’inertie se traduit par la persistance ou l’imprégnation d’éléments rebelles à l’adaptation. Le refus obstiné de s’intégrer à un groupe, le refus de plier, d’assimiler, de recevoir le milieu, sont des comportements inertes. Ils se caractérisent extérieurement par la raideur, l’intolérance. Dans les représentations intérieures, l’inertie maintient, semble-t-il, l’attrait du rêve. L’imagination séduire par des valeurs mortes (civilisations antiques, philosophies occultes ou souvenirs personnels) éloigne le Sujet des progrès de son temps. Tandis qu’un Bélier fort réagit contre le Passé par sa puissance novatrice, le Bélier faible est envoûté par le romantisme de l’autrefois.

Rappelons que l’inertie d’inhibition correspond pour Pavlov à la schizoïdie. Le Bélier traduirait cette tendance par ses discordances d’humeur, ses bizarreries, ses actes immotivés, ses impulsions. Au stade Gémeaux la tendance tournera à l’ambivalence et à la suggestibilité.

La formule du Bélier faible : faiblesse d’inhibition, inertie d’inhibition ("f-L-") énonce d’une part : l’irretenue, l’explosivité ; d’autre part : l’état de prostration consécutif à une decharge brutale. Elle suggère l’impétuosité destructrice, les coups d’éclat, les scandales, actes absurdes, sans autre mobile que celui de fuir l’impasse de l’ennui. SUITE

Textes extraits de La Condition solaire, éd. Traditionnelles, 1964.

Voir aussi :

 Bélier R.E.T.

Cet article vous a été proposé par : Jean-Pierre Nicola



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