|
|
|
||||||
| Publié le : 2 octobre 2003
2. Le zodiaque et la précession des équinoxes
Signes et symboles Une spécialisation poussée nuit à la communication quand elle n’exclut pas tout simplement l’ouverture d’esprit. Les astromètres partisans des étoiles et de la précession comme de bons moyens de réfuter les Signes n’ont pu jeter qu’un œil distrait sur les publications de leurs confrères historiens. Dans La Science des Chaldéens, Marguerite Rutten (conservateur adjoint honoraire des Musées nationaux), en citant Diodore de Sicile, rappelle quelles étaient les théories astrologiques des Chaldéens sur le zodiaque : "Parmi les dieux conseillers il y a douze chefs dont chacun préside à un mois de l’année et à un des douze Signes du zodiaque. Le Soleil, les planètes et la Lune passent par ces Signes". Sur les étoiles : "En dehors du cercle zodiacal, ils déterminent la position de 24 étoiles, dont une moitié est au nord et l’autre au sud ; ils les appellent "juges de l’Univers" : les étoiles visibles sont affectées aux êtres vivants, les étoiles invisibles aux morts". Et à nouveau le zodiaque selon Marguerite Rutten : "Les Babyloniens ayant reconnu très anciennement que les planètes, le Soleil et la Lune, suivent un parcours qui est sensiblement dans la même région céleste, ont réalisé le ’zodiaque’, ou plan de l’écliptique qu’ils ont divisé en 12 ’bèrou’ (secteurs de 300). Ils avaient du, pour déterminer la trajectoire du Soleil, établir des points, pris parmi les étoiles les plus brillantes, qui formèrent les 12 signes du zodiaque". A moins de contester les traductions, les traducteurs, le sens mathématique des Babyloniens, leur esprit d’observation, et de ne retenir que leurs pratiques magiques, il est assez clair que, sans connaître le phénomène de précession, ils ne prenaient pas les mois pour des Signes, les Signes pour des étoiles et que celles-ci leur ont surtout servi de repères pour tracer le chemin du Soleil. Par ailleurs, en raison même de leur sens religieux comme de leur attachement à la magie des noms, il est impensable que les Sumériens aient pu designer n’importe quoi par n’importe quoi. En ce temps-là, avant de voir une table ou un chat dans le ciel comme les astronomes. du XVlIIe siècle, il fallait s’y prendre à plusieurs et à plusieurs fois. Seuls des technocrates du XXe siècle peuvent se permettre de marginaliser dans une ethnie homogène leurs fantasmes anti-astrologiques. Leurs procédés de chirurgiens pathologiques s’étend d’ailleurs au cerveau des créateurs et penseurs qui ont eu quelque faiblesse pour l’astrologie. Les Babyloniens distinguaient parfaitement le jour et la nuit... bien qu’ils prissent des étoiles pour une chèvre. Les constellations viennent des observations faites la nuit, conformément à la vision humaine... ou bien avant que le Soleil se lève, ou après son coucher, ce qui permet de le situer dans son décor par les étoiles qui lui succèdent et le précèdent. De jour, son éclat, la diffusion de sa lumière dans notre atmosphère, cachent l’arrière-plan. II n ’y a plus que lui. En contrepartie des constellations qui se montrent la nuit, les Signes concernent ce qui se montre le jour : les hommes, les activités sociales, les saisons, les mois, les bêtes, choses et gens, le Soleil en personne. Bref, la marche humaine, sociale, cosmique du temps et de ses rythmes. Alors qu’il est difficile de discerner une écrevisse ( autre nom ou nom d’origine du Cancer) dans la disposition d’étoiles peu originale, au solstice d’été (21-22 juin) n’importe quel incrédule de notre hémisphère constatera que le jour, ayant cesse de croître, reculera dans sa durée comme une écrevisse recule dans son espace. Un autre incrédule qui perdrait la raison à chercher une balance dans la constellation de ce nom pourra admettre que le symbole de l’équilibre convient, non pas aux étoiles de cette région, mais au mois de l’année où la durée du jour et de la nuit s’égalisent. Dans sa Tetrabible, Claude Ptolémée qui avait compilé Hipparque, le découvreur de la précession, explique les dénominations des Signes par les phénomènes solaires (année tropique) et non par les arrangements stellaires. Le texte suivant du lIe siècle après J.-C. montre sans contestation possible que les astrologues post-chaldéens, même en usant des étoiles fixes, reliaient le zodiaque aux phases saisonnières : "II existe en effet deux Signes tropiques, d ’une part le premier intervalle de trente degrés depuis le solstice d’été, soit le Signe du Cancer, de I’autre, le premier depuis le solstice d ’hiver, soit le Capricorne. Ces Signes ont reçu leur nom de ce qui se passe en eux. En effet le Soleil, lorsqu’il est entré dans ces Signes, recule en arrière, tournant son cours en une latitude contraire, causant l’été dans le Cancer, et dans le Capricorne, l’hiver". "II y à encore deux Signes équinoxiaux, le Bélier printanier et l’automnale Balance, qui eux aussi ont pris leur nom de ce qui se passe en eux, car quand le Soleil est au début de ces Signes, les espaces du jour et de la nuit sont égaux pour toute la Terre". Plus près de nous dans le temps, au XVIlle siècle, un astronome peu soupçonnable de sentiments pro-astrologiques, François Arago, exprime dans son Astronomie populaire sa compréhension des différences : "II faut donc avoir soin, pour éviter toute confusion, de bien distinguer le mot constellation du mot Signe. Les constellations sont des figures d’hommes ou d’animaux, dessinées dans le zodiaque, et n’ayant, comme nous l’avons déjà dit, aucun rapport avec la disposition des étoiles qu’elles renferment. Les Signes sont des divisions de 30 degrés chacune, sans aucune liaison nécessaire avec les constellations dont ils portent les noms. En vertu de la précession des équinoxes les signes ne coïncident déjà plus avec les constellations". Ptolémée reconnaît la différence en attribuant aux Signes une nature qu’ils tiennent du Soleil au mois le mois. Arago affirme la différence en réduisant les Signes à une division géométrique. Sur cette fin de siècle, les astronomes déclarent, sur leur foi de charbonnier, qu’il n’y a jamais eu de Signes... Où est passée la différence ? Ancien ou moderne, astrologue ou astronome, est-il vraiment possible de nier la source solaire des symboles zodiacaux ? Oui, si, l’esprit de contradiction aidant, on demande à tous les Signes d’être aussi explicites que la Balance et l’Ecrevisse. Or, ce sont des symboles et, par définition, les symboles n’expriment pas directement ce qu’ils désignent, outre le fait qu’ils peuvent désigner plusieurs choses aux fonctions ou structures comparables. Le Poisson-Chévre se comprend mieux par le solstice d’hiver que par un maigre éparpillement d’étoiles, mais il faut faire appel à l’analogie. Alors, dans notre hémisphère, ce monstre n’est qu’un Soleil à l’entrée de l’hiver : poisson de l’arrière parce qu’il a touche le fond de sa descente sous le plan de l’équateur céleste, chèvre au-devant parce qu’il va reconquérir les hauteurs perdues. La logique de cette interprétation n’en exclut pas d’autres. Dans son Uranographie, L.-B. Francœur rapporte ainsi le système explicatif de Pluche. Certains de ses éléments (le Lion aux chaleurs, la Vierge aux moissons...) ont toujours crédit dans I’astro-psychologie contemporaine linéairement symboliste : "Suivant Pluche, le Bélier et le Taureau commençaient le printemps dans l’origine ; et, à cette époque, les brebis et les vaches mettent bas. Le mois suivant, les chèvres en font autant, et les Gémeaux étaient aussi représentés par deux chèvres, ou par deux amants, symbole de fécondité. Le Cancer annonce le solstice d’été par la rétrogradation vers les signes descendants. Le Lion répond aux chaleurs et la Vierge aux moissons, dont son épi est le symbole. La Balance désigne l’égalité des jours et des nuits à l’équinoxe d’automne ; le Scorpion, les maladies fréquentes dans cette saison ; le Sagittaire, les plaisirs de la chasse communs en novembre. Le Capricorne annonce que le Soleil remonte vers les Signes supérieurs. Le Verseau est le temps des pluies et les Poissons celui de la pèche". En évoquant la précession et en prêtant, à tort, l’invention du zodiaque aux Egyptiens, Francœur récuse Pluche pour lui préférer l’explication de Charles-François Dupuis, fondée sur les incidences diverses des fluctuations du Nil. Pour Francœur, qui n’était pas n’importe qui (professeur à la faculté des sciences de Paris), l’origine saisonnière des noms de Signes ne fait pas de doute, et elle est égyptienne, c’est clair comme les eaux du Nil : "Le zodiaque est une invention égyptienne ; il représente trop fidèlement la suite des phénomènes annuels propres au climat d’Egypte pour qu’il ne reste le moindre doute à cet égard : le hasard n’enfante pas de ces réunions prodigieuses de faits qui tous conspirent vers un même but. Les douze principaux actes de la nature ont reçu pour emblèmes les douze signes célestes que parcourt le soleil annuellement. Voila ce qu’il est impossible de nier". Le service de documentation de La Recherche devrait décidément se procurer quelques ouvrages supplémentaires à l’intention des auteurs inquiets de l’excès d’imagination des Chaldéens. Jean-Claude Pecker aurait pu y apprendre qu’un éminent confrère d’un siècle récent referait, de façon indéniable, les Signes au parcours annuel du Soleil en reliant les actes de la nature aux emblèmes stellaires. il en résulte, selon Dupuis, un curieux décodage du monstrueux Poisson-Chévre : "Dupuis admet que, dans les temps reculés, le Soleil était dans la constellation du Capricorne à l’époque du solstice d’été ; l’astre atteignant alors sa limite la plus élevée, était comparé aux chèvres qui se plaisent sur les hauteurs. Le Capricorne est en effet représenté dans l’attitude du repos qui convient au solstice ; sa queue de Poissons se rapporte à l’inondation qui va bientôt commencer (vers le milieu de juillet)". Un scientifique, de la même académie que Pecker, admet tête baissée l’explication d’un autre membre de sa corporation qui, pour justifier sa thèse, décale les signes de 180° afin que les Egyptiens accordent leurs activités journalières aux emblèmes qu’ils voient la nuit. Qui rêve en ce bas monde ? Pas J.-C. Pecker puisqu’il lui suffit de se pardonner les errements au nom des "révolutions scientifiques" qui "considèrent les théories abandonnées comme de nécessaires étapes, comme des réflexions de première approximation... Cette véritable activité scientifique, avec ses remords, ses retours, ses retouches, et quand même sa cohérence efficace, recèle trop de splendeurs pour que I’ on doive avoir besoin des ersatz philosophiquement contradictoires de la magie et de l’astrologie...". Car, sachons-le, la science à retouches n’est pas contradictoire et : "... le monde est beau, tel qu’il est. Il suffit de le regarder et de chercher à le comprendre, sans rêves stériles et sans peurs irrationnelles, et de s’émerveiller...". Comme Francœur. Après Ptolémée, Pluche, Dupuis, Francœur, Arago, tous recalés au baccalauréat du "Touche pas à mes retouches" ou "Avant moi le déluge", une tentative moderne d’explication des dénominations des signes mérite d’être signalée, celle de René Alleau qui figure à I’article "Astrologie" de I’Encyclopadia Universalis. En premier lieu, sur les origines du zodiaque, René Alleau conteste les sources de l’historien Diodore de Sicile. Les Chaldéens qu’il évoque, dit-il, sont "déjà mythiques, et les charlatans qui les remplacent portent seulement leur nom". On ne sait ce qu’en pense Marguerite Rutten... Ensuite, à l’aide des inventaires d’astérismes célestes, il reconstitue "la première structure zodiacale connue" avec les clefs - prises dans les astérismes - de sa "véritable signification historique". Il est évidemment impossible, dans ce tour d’horizon des thèses et antithèses, de reproduire tout le texte de René Alleau. On y apprend des choses inédites, fort intéressantes ou les dénominations stellaires restent liées à des objets terrestres. Toujours selon cet auteur, le zodiaque babylonien ne peut pas remonter à plus de 2160 ans avant l’ère chrétienne, sinon il faudrait faire un tour complet de précession et reculer jusqu’à 25920 ans avant J.-C. Enfin, pour René Alleau, "la concordance de la première date avec l’évolution des techniques divinatoires pratiquées sur les animaux à l’époque de la première dynastie de Babylone permet de comprendre que... la topologie zodiacale a été déduite d ’une topologie anatomique divinatoire, projetée sur des ’animaux célestes’, et non pas de l’observation astronomique". Tout en admirant la recherche originale de René Alleau, nous avouons ne pas très bien comprendre qui sont ces "animaux célestes". Le plus clair de sa pensée que nous traduisons ici librement parait être que les Babyloniens rompus à lire la volonté des dieux par l’examen des entrailles animales (haruspices) ont regardé le ciel des étoiles comme compose d’animaux symboliques. En ce cas, il s’agit encore de porter aux nues ce que l’on porte au cœur, dans ses mœurs, habitudes et préoccupations, en l’occurrence divinatoires. Apparemment quelque peu insatisfait - il y a de quoi - par "le caractère artificiel et conventionnel de la topologie zodiacale babylonienne", donc de cette réduction du ciel à des pratiques divinatoires contingentes, René Alleau trouve finalement que le zodiaque et sa division en douze parts relevant des archétypes du cercle et des nombres. Au fond, il n’est plus besoin d’interroger l’histoire. Il y a des structures éternelles qui s’expriment différemment par le prisme des époques et des ethnies... et le cercle reste un cercle au-dessus du monde des hommes, loin de leurs impérities mais omniprésent dans l’inconscient collectif. Ce qui fait dire à R. Alleau : "Plus durable que la tour de Babel, le zodiaque a résisté à tous les accidents de l’Histoire. Il le doit moins à ses merveilleuses images qu’à la secrète vérité qu’elles dissimulent et que Pythagore, seul, semble avoir découverte et prudemment cachée : celles des structures harmoniques de l’espace et du temps révélées par la géométrie du cercle. Tel est aussi le grand principe scientifique qu’exploite inconsciemment la divination astrologique...". Tout en achevant sa quête sur une apothéose métaphysique (la structure du cercle), Alleau ne commet pas moins la maladresse de prendre, comme la majorité des scientifiques contemporains, les Babyloniens pour des esprits relativement un peu plus arrièrés que ceux de notre époque... puisqu’ils sont en arrière dans notre comptabilité des ans. Or, ne serait-on pas plus près de l’inconscient collectif et, par conséquent, des structures, en étant moins raisonneurs qu’au XXe siècle ? En somme, des anthropoïdes incultes (ou en voie de culture) doivent théoriquement communiquer avec l’inconscient universel mieux que des homo sapiens imbus de néorationalité. Le plus ancien des zodiaques serait le plus pur, le plus proche de l’authenticité, un peu comme il convenait, autrefois, de juger du sauvage "près de la nature" malgré son incivilité. Laissons là, momentanément, ces débats. II ressort du dossier des Signes que leur symbolisme se prête à de multiples lectures. Mais il apparaît que toutes les exégèses sur leurs dénominations ne livrent une logique (interne ou historique) qu’en prenant leurs sources dans l’année tropique organisatrice des activités humaines à tous les niveaux concevables. Pour rendre le zodiaque ridicule, il faut d’une part déprécier ces activités lorsqu’elles remontent aux millénaires révolus, croire ou feindre de croire que les Sumériens - quelque part nos ancêtres - voyaient des graffitis dans les étoiles. Voir aussi : La réalité astronomique du zodiaque
Cet
article vous a été proposé par :
Jean-Pierre Nicola
Répondre à cet article
|
|