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| Publié le : 8 septembre 2003
07. Mitterrand gêne et râle
Au fond du couloir à gauche... "Lorsque deux tours de table sont passés sans gouvernement ou lorsque les deux derniers gouvernements n’ont pas dure un tour de table chacun, un joueur peut à son tour abattre la carte "HOMME PROVIDENTIEL". Grâce à cette carte un joueur, même minoritaire, peut devenir, Premier ministre et jouir des avantages suivants : aucun vote d’investiture n’est nécessaire, il gouverne pendant deux tours SANS ETRE ATTAQUE : s’il constitue une coalition, ses membres jouiront de la même impunité pendant deux tours" Extrait de la règle du jeu Politico, JEUX T’M éditeur. Printemps 58 : la plupart des hommes politiques et parlementaires de la IVe République agonisante reconnaissent leur impuissance, leur incapacité à faire face à la grave situation que vit la France. Des décisions radicales s’imposent : les demi-mesures ont fait leur temps et démontré leur inefficacité. Les socialistes de la S.F.I.O. se sont déshonorés et discrédités dans leur conduite de la guerre d’Algérie, en dépit de belles avancées sociales en politique intérieure. Tout va alors très vite. René Coty, président de la République, fait appel à de Gaulle, qui demande la confiance à l’Assemblée Nationale. Il l’obtient et devient ainsi le dernier et éphémère président du Conseil de la IVe République. Pour une période de six mois, les pleins pouvoirs lui sont accordés, à charge pour lui et son gouvernement de soumettre au pays une nouvelle Constitution. "Dire que j’allais enfin être président du ConseiI !", soupire, marri et révolté, François Mitterrand. Une fois encore, son destin bascule. Et bien entendu, les planètes occupent, clans leur incessante ronde autour du zodiaque, des positions particulièrement importantes. Il a 42 ans. Comme les 29-30 ans, un âge-clef en astrologie. La planète Uranus, qui met 84 ans pour faire un tour complet autour du Soleil, en est alors à son demi-cycle, c’est-à-dire en opposition à sa position natale. L’homme entre clans la quarantaine, et les psychologues parlent à ce sujet d’une "crise du midi de la vie", qui, sur un mode négatif, est une "période souvent instable de remise en question des objectifs antérieurs, de perte de ses amarres dans la vie", tandis que, positivement, l’on se met en quête d’objectifs nouveaux : "A la fin de la trentaine, beaucoup des premiers objectifs d’un individu ont été atteints. Mais les gens ont un besoin de nouveauté et de défis, et c’est pourquoi ils inventent des défis quand il n’y en a pas... les énergies des gens sont à ce moment polarisées vers la recherche de ce qu’ils veulent obtenir de la vie... ils s’interrogent sur la conformation de leur vie et agissent souvent en vue d’en changer la structure". Plus généralement, le "stade uranien" (30 à 84 ans), tel qu’il est défini par la théorie des âges planétaires, concerne la "phase des valeurs extrêmes et optimales qui peut inclure le terme naturel de I’existence. De 30 à 84 ans, I’Homme joue son va-tout. Il passe des ambitions personnelles (...), de ses luttes pour l’indépendance, la maîtrise, la domination (30 à 42 ans) à la "méditation sur le sens de sa vie". On comprend ainsi que la "fonction uranienne", contemporaine de nos apprentissages adultes, se caractérise psychologiquement par "originalité, aplomb, indépendance, pleine autonomie". Voici donc François Mitterrand parvenu au midi de sa vie. Nous l’avons vu, Uranus est l’une des deux planètes les plus faibles dans son ciel natal. En cette année 1958, Uranus forme en outre, par "transit", un angle de 90° (carré, relation dissonante) avec le Soleil en Scorpion. Dans ce genre de période, l’astrologie pronostique et diagnostique "les virages en épingle à cheveu, les volte-face dans la conduite d’affaires ou le statut social que l’on veut acquérir ou défendre est en cause... vous pouvez vivre cette période par des engagements de franc-tireur incompris se démarquant ouvertement de ses guides en dévoilant leurs faiblesses". Soleil et Uranus ont en commun leur goût de l’unique, du paraître, du pouvoir. Mais tandis que le Soleil est en relation avec la permanence d’une autorité, d’une image de marque, d’un pouvoir reconnus, la fonction d’Uranus est de vouloir imposer d’autres modèles. Conflits de représentativité, de pouvoir, de modèles donc. Mettons-nous à la place de Mitterrand : il est au faîte de sa carrière publique, au bord de conquérir le pouvoir suprême dans les institutions de la IVe République. Une situation tout à fait "solaire", c’est-à-dire assurée, enviable, gratifiante narcissiquement et apparemment stable et indéboulonnable, basée sur un sens des combinaisons à toute épreuve. Et tout à coup, c’est la brutale découverte d’Uranus, "pouvoir, puissance verbale, force des images, expression sociale fondés sur le collectif, l’inconnu, l’invérifiable : porte-parole d’une classe, d’une époque, d’une nation, d’une mentalité répandue ; missionné, prophète, idole, sauveur, meneur de foules", un Uranus incarné par de Gaulle... lui-même en plein "transit" d’Uranus : en cette année 1958 en effet, Uranus dans le thème du General forme un angle de 180° (aspect d’opposition) avec Mars et Jupiter, deux autres de ses planètes dominantes. Le précédant "temps fort" astrologique de de Gaulle se situait dans les années 1940-1942, qui avait vu la première apparition de l’"homme providentiel" par l’appel de Londres, marquée du sceau bien uranien de l’indépendance et de l’intransigeance rebelle. Sous une opposition Uranus-Jupiter, "l’heure des bilans sonne... On sent alors confusément le tribut lourd que les compromis en tout genre nous font payer... le risque est ici de prendre des décisions aussi énergiques que déplacées... on se refuse à de nouveaux compromis, pour jouer la carte du chemin solitaire, aussi âpre qu’authentique". Objectivement astrologique, c’est là un portrait tout craché de la période et du rôle qu’y tient de Gaulle. Dans le même temps, Mitterrand est "aveuglé" par cette brusque irruption d’Uranus, à la fois dans ses paysages psychiques et dans la vie politique française. "Tout m’invitait à consentir la liquidation de la IVe République, de ses rois fainéants, de ses maires du palais. Cette grisaille pour agonie. Tout m’éloignait de cette dictature visible à l’œil nu, sous son masque bonasse", écrit-il quelques années plus tard, féroce et injuste, en invoquant cette époque. Mais aurait-il été capable, sous la dissonance d’un Uranus faible à un Soleil fort, de mener à bien cette radicale liquidation ? Astrologiquement, on peut en douter sérieusement... François Mitterrand, homme politique-type de la IVe et donc expert dans l’art des "compromis en tous genres", ne pouvait, vue la faiblesse d’Uranus dans son thème, que s’insurger contre ce qui lui apparaissait comme "des décisions aussi énergiques que déplacées". L’aventure uranienne de de Gaulle, dans ce contexte, ne lui apparaissait que dans ses aspects les plus négatifs : les "dérèglements de la volonté de puissance : pronunciamiento de dominateur forcené, bluffs tendus vers un but d’omnipotence auquel il faut tout sacrifier... raideur, rigidité mentale, obstruction par orgueil, fixation à son image de puissance", bref, comme un "coup d’Etat permanent". Eut-il été moins aveuglé par cette faiblesse d’Uranus, sans doute eut-il mieux perçu les qualités de son rival : "En Uranus positif on voit l’accomplissement de l’individu, sa raison d’être qui est la puissance sans domination, sa possibilité de changer les choses non pas pour laisser sa marque mais pour renverser les modèles culturels qui n’ont abouti qu’a de plus grands déséquilibres collectifs". A de Gaulle, uranien mystique de l’unité considérant le multipartisme comme une "chienlit", s’oppose le Mitterrand plutonien, à l’aise dans les interactions complexes de la multiplicité des courants reflétés par les partis politiques. François Mitterrand est l’un des politiques qui détonne le plus en 1958. II refuse de donner sa caution au Général, faisant entendre une voix grinçante et dissonante dans le concert unanimiste donné en l’honneur du "sauveur". Lorsqu’il rencontre une troisième fois de Gaulle, il instruit ouvertement le procès d’Uranus : "Vous êtes ici, mon Général, à la suite d’un concours de circonstances peu ordinaire, mais vous pourriez tout aussi bien ne pas être la. Vous auriez pu ne pas naître, ou encore mourir plus tôt (...) Voilà, nous sommes entrés depuis peu dans la voie insolite et périlleuse des pronunciamentos, réservés jusqu’ici aux républiques sud-américaines. Hors, d’après vous, nous n’aurions pour faire face à ce genre de tragédie, qui risque d’entraîner la ruine de la France, qu’un seul recours : vous-même, mon Général. Mais vous êtes mortel". Décidément, François Mitterrand ne comprend rien, ou vraiment pas grand-chose, à la "fonction uranienne", et, pour démontrer la relativité extrême du rôle de l’homme providentiel, il ne peut que faire appel à des instances marquées du sceau de son Pluton dominant : "Vous pourriez tout aussi bien ne pas être là. Vous auriez pu ne pas naître, ou encore mourir plus tôt... vous êtes mortel". Le thème de Charles De Gaulle :
Mais le "transit" d’Uranus n’est pas le seul à "signer" cette période majeure du parcours politique de Mitterrand. Dans le même temps, il enregistre le retour de Jupiter sur la position natal du Soleil en Scorpion... exactement le même "transit" que lors de sa première élection à la députation, en 1946. Un cycle complet de Jupiter (12 ans) est boucle. Et les problèmes de représentativité recommencent : "les ambitions sociales sont d’autant plus exaspérées que l’on bute à des événements contrariants, à des situations rebelles au désir d’un succès prompt et éclatant". C’est le cas de dire... Enfin, cette période voit le début du "transit" de Pluton au carré (angle de 90°) de son Mars natal : "Si un événement vient à marquer cette période, il confinera bien sur à l’absurde et vous semblera un coup du destin, l’expression d’une fatalité qui vous laisse impuissant. Toutes vos valeurs pourraient en être dévastées, et plus encore vos convictions, vos projets, votre vision de la vie... c’est un peu comme si le sol s’effondrait sous vos pas : la situation concerte n’offre plus de prises sûres, plus de points d’appui". C’est bien ce qui arrive à François Mitterrand. Tous ses scénarii de conquête de pouvoir sont bouleversés par l’irruption uranienne de de Gaulle sur la scène politique française. Son parti, l’U.D.S.R., est laminé : 10 de ses 14 députés ont rejoint le camp gaulliste. Quelques mois plus tard, outrage suprême, il sera battu aux élections législatives et perdra totalement le contrôle de sa formation. C’est peu de dire que la situation concrète (Mars) lui échappe totalement. Il se retrouve "plutonisé", renvoyé au rien, anéanti, incapable de réagir vigoureusement d’une manière adaptée (Mars faible). Sous un "transit" dissonant Pluton-Mars, "il arrive que pour se distancier de la vie réelle, celle des efforts quotidien au succès incertain, l’on se replie de soi-même dans un camp de persécutés, se faisant fort, sournoisement, d’être agressivement insolite". Effectivement "le Non de Mitterrand (à de Gaulle) est coléreux, teigneux même". Tout au long de son itinéraire politique, il a toujours oscillé entre le centre-droit et le centre-gauche, au gré des opportunités et en fonction de sa boussole idéologique au magnétisme instable et étrange. Cette fois, par son opposition résolue, aveugle et systématique au régime gaulliste, il se retrouve violemment déporté à gauche : il n’a pas le choix s’il veut continuer à exister - donc à se situer - politiquement. Son avenir se présente comme un long tunnel obscur. Il n’est pas près d’en voir le bout et, en plutonien habitant-habitué de la fatalité, il le sait, malgré sa rage et son humiliation. De toutes manières, il n’a plus le choix : la sortie est au fond du couloir, à gauche. Et désormais, quoi qu’il arrive, François Mitterrand gêne et râle. Attentat à la dupeur... "Duperie : 1° Action de duper (qqn) ; son résultat. 2° Etat de celui qui est dupe" Dictionnaire Robert, 1976. Battu aux élections législatives, donc sans salaire de député, François Mitterrand se voit contraint de débuter dans ce que l’on appelle la "vie professionnelle" (comme si la politique n’était pas une profession un peu spéciale certes, mais à part entière !). Il a une formation d’avocat... va pour avocat. "II va passer sans joie des palais nationaux aux Palais de justice. S’étant inscrit au barreau en 1954, il avait accompli son stage dans des conditions très spéciales : alors ministre de l’intérieur, puis Garde des Sceaux, il lui avait fallu s’excuser chaque semaine auprès du Bâtonnier d’absences répétées dues à ses obligations ministérielles". Il est oblige de réviser ses cours de droit, de trouver causes et clients à défendre, et choisit le droit civil. Nombreux seront les procès qu’il gagnera. Anecdote bien signifiante : entre autres, il défendra le metteur en scène Roger Vadim, qui avait adapté à l’écran "Les liaisons dangereuses" de Choderlos de Laclos, un ouvrage réputé sulfureux et licencieux... bien dans la ligne de Pluton et Vénus. En 1959, il parvient à se faire élire maire de Château-Chinon, puis sénateur de la Nièvre : le voilà de nouveau le pied à l’étrier de la politique. Son parti, l’U.D.S.R., est réduit à la portion congrue à l’ère du gaullisme triomphant. Son image de marque est au plus bas ; il n’a plus qu’un rôle de marginal... qu’il mène à un "train de sénateur" : "j’ai travaillé, rêvé, flâné, réappris à aimer les choses et les êtres... j’ai voyagé aussi", confie-t-il à propos de cette époque. Bref, il s’est davantage consacré à cette part de lui-même faite de volupté, d’esthétisme, de jouissance de la vie, de curiosités gratuites, de dilettantisme, de paisibles rencontres !... tout en rongeant son frein et en pestant contre l’ingratitude du sort. Mais après tout, sous un carré de Pluton fort à un Mars faible, il est toujours possible de prendre un extrême recul (Pluton) vis-à-vis de la situation présente (Mars), de se perfectionner "dans l’art de ne pas coller à l’événement. Distance et relativisation permettent des résultats plus aisés". Philosophie et épicurisme redécouverts ne l’empêchent pas de rester un pur politicien, et de surcroît, bon gré mal gré, un politicien classé à gauche. Mais les socialistes de l’époque se méfient de cet homme ondoyant et incertain. Quant aux communistes, n’en parlons pas : Mitterrand a toujours été, non pas un anticommunisme primaire, mais secondaire. Alors, fidèle à sa vocation scorpionnesque et plutonienne, il essaie de se faire admettre "à gauche", "cherchant à tisser des liens, à explorer le terrain, se faire de nouveaux amis, à jeter discrètement les fondations de nouveaux réseaux", selon un de ses fidèles, Gilles Martinet. La tactique du noyautage subtilement affectif, affectivement subtil, comme toujours... la stratégie du gang marginal, comme d’habitude : "il démarchera le moindre club, la moindre association : tout ce qui porte, fièrement ou frileusement, les couleurs de la gauche non-communiste mais se situe en dehors des appareils traditionnels (S.F.I.O. et Parti Radical) sera pour lui terrain de chasse". Nous y reviendrons. En 1962, il parvient enfin à être élu député de la Nièvre. Retour au Parlement. A l’égard du gouvernement, il a adopté la politique du "non" systématique. Ce Scorpion n’oublie pas que pour exister, il faut se différencier à tout prix. Et bien entendu, il ne change guère : compensant sa quasi-totale ignorance des mécanismes économiques, expert en déstabilisation langagière, "il pose les questions les plus clairement économiques en termes institutionnels. Car là, il est plus à l’aise. là, il peut critiquer". Mais focalisons-nous maintenant sur le 16 octobre 1959 à 0h 45. C’est à ce moment précis qu’a lieu un incontournable et ultra-significatif "marronnier" de la biographie de François Mitterrand : l’affaire de l’attentat de l’Observatoire. Elle illustre à merveille le fonctionnement complexe de notre homme. Au cours de cette nuit, des inconnus auraient essayé de I’assassiner près du jardin de l’Observatoire, à Paris, et il n’aurait du la vie sauve qu’à un réflexe qui l’aurait fait sauter par-dessus les grilles du jardin, tandis que sa voiture se faisait cribler de balles. Emotion clans l’opinion publique et la classe politique. La gauche s’indigne. Mais peu après, l’hebdomadaire d’extrême-droite "Rivarol" fait paraître un article qui "démonte" l’attentat et prétend que Mitterrand a organisé de bout en bout cette mise en scène pour faire remonter une cote de popularité alors au plus bas, en se faisant passer pour un martyr, une victime. Tout le monde de l’extrême gauche à l’extrême-droite - rares seront ceux qui ne prendront pas part à la curée - se déchaîne alors contre cet homme complexe et secret, dérangeant et fuyant. Pensez donc : un plutonien marginal et inclassable, un ringard, un combinard rescapé-éclopé de la IVe République vouée aux gémonies par le gaullisme triomphant et la bonne conscience de gauche cherchant à se refaire, après sa pitoyable gestion de la guerre d’indépendance algérienne, une vertu sur le dos d’un mouton noir bien commode. Le bouc émissaire idéal. Mitterrand sortira de cette affaire blessé, humilié, plus amer et solitaire que jamais. Mais quels sont les faits relates par Rivarol ? L’auteur de l’article, un certain Pesquet, obscur et louche politicien naviguant dans le marigot séparant-unissant la droite et l’extrême-droite, affirme qu’il a secrètement rencontré François Mitterrand à plusieurs reprises dans les jours précédant le pseudo-attentat, afin d’en mettre au point le scénario et les modalités concrètes. Mieux, Pesquet a des "preuves" : "quelques heures avant le faux attentat (les cachets de la poste font foi), il (Pesquet) s’est adressé à lui-même deux lettres (...). Elles ont été ouvertes par huissier : or, elles décrivaient par le menu la machination". Mitterrand, qui était resté imprécis clans ses premières dépositions auprès des policiers, doit cette fois reconnaître qu’il avait bel et bien rencontré ce Pesquet avant l’attentat. Mais il affirme que Pesquet avait été chargé de l’assassiner, et que ce dernier, pris de scrupules et de remords, souhaitait seulement l’en avertir pour faire échouer la tentative. En demandant bien évidemment à Mitterrand d’accepter la mise en scène d’un faux attentat et le secret sur cette traîtresse révélation, afin de ne pas risquer d’encourir les représailles des commanditaires du meurtre, des gens d’extrême-droite liés aux milieux antiindependantistes algériens. Un flou vraiment pas impeccable. Malaise : "s’il n’a pas menti, au moins a-t-il caché l’essentiel"... fidèle en celà à lui-même et à la vocation du secret, du non-dit, de la dissimulation ou plus simplement de discrétion extrême qu’il doit à son Pluton dominant. Le doute s’installe, même chez ses amis - nombreux sont ceux qu’il perdra en cette occasion -, même chez les esprits les mieux disposés son égard. Chez les autres, c’est la curée. Que se passait-il du côté du ciel à cette époque ? Des "transits planétaires" importants, on s’en doute. Rappelons que parmi les configurations fortes du thème astrologique natal de François Mitterrand, figure un carré Soleil-Neptune. En 1959 précisément, cette relation dissonante entre les deux planètes était réactualisée par le fait que Neptune passait sur la même longitude zodiacale qu’occupait le Soleil 43 ans plus tôt, au tout début du Signe du Scorpion. Selon l’astrologie, lors d’une telle période et d’un tel transit, "on se fourvoie, on se débat, on promet et on se dédit" dans un climat de "complications absurdes, comme si l’irrationnel de la vie s’ingéniait à perturber nos besoins de clarté, de simplicité, de logique". Mitterrand était en prise avec une baisse de lucidité : "Dérapages, illusions, confusions... Boussole folie et paquets de mer. La maîtrise de votre trajectoire vous échappe... Plus réceptif aux sollicitations subtiles, vous êtes devenu plus suggestible... Sous ce transit, le miracle tient souvent du mirage". Miracle : son meurtrier vient le prévenir, repentant, de l’attentat qu’il projetait contre lui. Mirage : c’était un complot ourdi par l’extrême-droite pour Ie discréditer. Trop suggestible, trop secret, il est tombé dans Ie panneau. Mais cernons de plus près encore la situation astrologique de François Mitterrand en ces noires et glauques journées : à cette époque, une autre planète, Mercure, passait également, en compagnie de Neptune, sur son Soleil natal. Sous le régime d’un transit Mercure-Neptune dissonant, les astrologues "insistent sur les tromperies, duperies, malversations, calomnies et trahisons qui se déroulent dans l’ombre"... objectivement ou subjectivement, clans le réel ou dans un imaginaire fantasmatique. Mitterrand aurait-il été victime d’un attentat "à la dupeur" ? L’enquête semble avoir clairement établi qu’effectivement, cette pseudo-tentative d’assassinat était une machinerie montée par l’extrême-droite colonialiste pour définitivement discréditer Mitterrand aux yeux de l’opinion publique. Pesquet aurait joué auprès de sa vraie-fausse victime le rôle d’un vrai-faux traître. L’excès de suggestibilité et la baisse de vigilance relatives à cette période très "neptunienne" aurait fait le reste, et Mitterrand serait triplement tombe clans le piège : premièrement, en prêtant une oreille trop peu méfiante et trop attentive aux sirènes de la désinformation. Deuxièmement, en restant trop évasif, imprécis et obscur clans sa relation des événements. Et troisièmement... en profitant après l’attentat de ce concours de circonstances assez trouble et ambigu pour exciter un Pluton dominant et lui donner des idées particulièrement machiavéliques. Et nous rentrons probablement à nouveau clans l’univers du double-jeu et du billard à trois bandes cher à notre personnage. C’est en tout cas l’hypothèse forte qui permettrait de comprendre, d’éclairer et d’élucider cet épisode embrouillé à souhait. Récapitulons. Un : il est vraiment contacté par Pesquet - c’est un fait indubitable - et croit vraiment à la tentative d’attentat. Deux : il accepté de se prêter à la mise en scène pour dédouaner Pesquet auprès de ses employeurs, et, à moitié desinformé, se dit que, Pesquet reconnaissant gardant le silence, il pourra toujours profiter de ce vrai-faux attentat pour augmenter sa notoriété en passant pour un martyr de la gauche. Dans ce contexte, le dupé profite sournoisement de ce qu’il ne sait pas être une duperie pour devenir dupeur à son tour. Trois : c’est le cas de figure de l’arroseur arrosé, en plus complexe : le dupé-mais-ne-le-sachant-pas, devenu dupeur, se rend compte avec effroi qu’il à bien été dupe, et que la relative duperie qu’il a volontairement greffée sur l’absolue duperie dont il était au départ la victime inconsciente se retourne contre lui. Cette hypothèse a l’immense avantage d’expliquer les silences, les non-dits et les ambiguïtés dont il a fait preuve, tant dans sa relation des faits auprès de la police qu’auprès de ses amis les plus intimes. Plus que d’autres, un Scorpion plutonien aime bien jouer le jeu tortueux du "à malin, malin et demi". C’est également ce que pensent Catherine Nay et ses amis : "Sans doute... a-t-il voulu utiliser à son avantage et au détriment du pouvoir une menace à laquelle il a vraiment cru. Et en s’empêtrant dans les mailles d’un filet trop étroitement tissé, il aura payé cher d’avoir voulu se montrer trop habile." François Mauriac, alors éditorialiste à L’Express, sera un des rares à courageusement prendre sa défense. Certes, il ne se fait pas d’illusion : "Je ne l’ai jamais pris pour un petit saint ii, confiera le romancier catholique clans une interview à "L’Aurore". Il faudrait effectivement être singulièrement naïf pour donner à François Mitterrand le bon dieu sans confession. Et même pendant et après confession. Mauriac est, comme celui qu’il défend, un natif de l’Aquitaine. Comme lui, il est marque par une puissante et profonde empreinte catholique. Et comme lui enfin, il est né aux heures fortes de Pluton et de Vénus, tandis que le Signe du Scorpion est très valorisé clans son thème astrologique. L’écrivain métaphysique du péché et de la Rédemption ne pouvait que comprendre ce qui est entre autres l’un des fins fonds de cette histoire, vrai "Nœud de vipères" ! Voici ce qu’il écrivait clans son "Bloc-Notes" : "Mitterrand aura payé cher d’avoir été moins fort que ses ennemis eux-mêmes n’avaient cru. Et moi je lui sais gré de sa faiblesse. Elle témoigne qu’il appartient à une autre espèce que ceux qui font fait trébucher, et qui, sans doute, avaient révélé cette faille secrète... Mitterrand demeure capable de faire confiance à un homme tare qui s’adressait à lui...". Si le Mitterrand politique est sans contestation aucune un manipulateur-né, un homme de vengeances froides et de rancunes tenaces, le Mitterrand métaphysique, chrétien ne se lassant pas de lire et relire "l’Ecclésiaste", visiteur méditatif et recueilli de chapelles, arpenteur infatigable des "lieux qui attirent l’esprit", en dépit de son agnosticisme, ne peut s’empêcher de mystérieusement croire à la Rédemption. Pesquet et ceux qui étaient derrière lui en ont bien profité... Pour finir, laissons la parole au principal intéressé, sincère et authentique sur le fond, mais dissimulateur (quand même !) quant à sa tentative de manipulation : "Oui, j’ai été leur dupe, voilà cinq ans qu’ils me guettent, voilà cinq ans que j’avance entre les pièges et les traquenards. Et le jeudi soir 15 octobre, je suis tombé dans le guet-apens. Cela ne cesse maintenant de me tourner dans la tête et d’oppresser mon cœur... parce qu’un homme vient vers moi, me prend à témoin de son hésitation à tuer, me demande de l’aider à se sauver lui-même. Cinq ans de prudence, d’analyses, de patience cèdent soudain et me laissent devant la solitude et l’angoisse de questions posées". Epilogue de l’affaire : la demande de levée de l’immunité parlementaire de Mitterrand est acceptée. II comparait donc devant le Sénat pour se défendre des accusations portées contre lui. Non seulement il parviendra à faire douter ses contempteurs, mais aussi à (presque) leur prouver son innocence. Détail intéressant, ce Plutonien, pour se défendre, choisira une attaque... bien plutonienne. En effet, le bruit courait que Michel Debré, alors Premier ministre, n’était peut-être pas complètement étranger au vrai-faux attentat en question. Devant le Sénat médusé, François Mitterrand révéla alors que, lorsqu’il était ministre de l’Intérieur, le même Michel Debré, était impliqué dans une sulfureuse affaire de... vrai-faux attentat au bazooka contre un chef militaire à Alger, par l’intermédiaire de personnages naviguant dans les mêmes eaux louches et nauséabondes que Pesquet. Debré avait demandé à pouvoir s’expliquer et justifier son innocence, en dépit de l’existence, dans le dossier instruisant cette affaire, "de pièces accusatrices et d’aveux troublants". Et Mitterrand avait accepté, sur pièces, de croire à son innocence. Pour faire bonne mesure (astrologique), ajoutons que Debré est lui aussi né avec un Pluton dominant. Stratégie implacable : en opposant deux affaires de vrais-faux attentats flous et pas impeccables, il réussit à produire un flou impeccable qui désarçonne complètement l’accusation. Il croit alors être parvenu à se disculper totalement. Mais la droite n’entend pas laisser passer une si belle occasion : elle finit par obtenir l’accusation de la vraie-fausse victime... mais paradoxalement, il n’y aura pas de poursuites judiciaires et l’affaire sera définitivement enterrée. Raison d’Etat ? On peut se le demander. Si c’est bien de cela dont il s’agit, dans ce contexte plutonien obscur, complexe et embrouillé ou tout le monde manipule tout le monde, on peut être sur qu’à la base existe... un vrai-faux secret d’Etat. "L’attentat à la dupeur" est tout de même une réussite pour ses promoteurs : la cote de popularité et la notoriété de François Mitterrand sont en 1959 à leur étiage. "Désormais, il n’est plus le même. II voue aux gaullistes, à ceux qui soutiennent le régime, une haine inexpiable". La vengeance plutonienne étant un plat qui se mange glace, voire même congelé, il lui faudra attendre 22 ans avant de l’exécuter. Apres tout, comparés aux presque 250 ans de révolution sidérale de Pluton, ce n’est pas si long. Et depuis 1981, quelle vengeance ! SUITE Cet
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Richard Pellard
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