C.C. : Le découvreur dérange, pourquoi ? Est-ce parce que nous ne disposons d’aucun critère pour certifier qu’un découvreur vaut mieux qu’un autre ? D’entre tous, lesquels sont recevables ? Nul ne peut en juger sans être lui-même un découvreur de découvreurs, c’est-à-dire partisan. Qu’en pensez-vous, COMAC, prince du réponse à tout ?
COMAC : Ne mélangeons pas les problèmes, c’est la règle du conditionaliste averti. Avant de parler de- C.C. : ... le macro-R.E.T...

COMAC : ... qui va nous permettre d’affiner le Soleil, d’en montrer les secrètes ambiguïtés et, par là, ses relations avec Pluton. Prenons une image : le macro-R.E.T. est une maison à 3 étages, et nous avons parlé, jusqu’à présent, du 2e étage. Le "haut" ou pôle solaire de cet étage communique avec le "bas" plutonien du 3e étage, et le "bas" plutonien du 2e étage communique avec le "haut" solaire du 1er étage... Multiple et unique sont des termes relatifs... ils dépendent du référentiel choisi. Le Soleil et Pluton ont les ambiguïtés des limites que sont les seuils et les frontières. Bien qu’imparfaite, l’image se passe de discours sur la dialectique pour illustrer l’interaction des extrêmes. Elle permet aussi de concevoir cette interaction comme le temps fort et particulier d’une évolution propre au récepteur et non aux planètes. Les astres ne se multiplient pas. Ce sont les fonctions qu’ils éveillent qui, en se complexifiant chez l’homme, appellent plusieurs référentiels d’application. Le Soleil en tant qu’astre est d’une simplicité apparente manifeste. Son énergie est la source inépuisable de nos homéostasies ou forces auto-conservatrices. La laitue change le Soleil en laitue, l’homme change la laitue en homme. Chaque espèce vivante, chaque membre de cette espèce - à quelques exceptions près ? - se nourrit d’énergie solaire pour la convertir en auto-portrait, conserver sa spécificité dans l’échelle biologique. Les symbolo-magistes réagissent en éblouis : le Soleil est un dieu rayonnant, sacré et inviolable. Chacun traite dans son coin un signal particulier qu’il privilégie. Lorsqu’on aborde l’étude physique et réelle du Soleil par les moyens d’une raison qui a aussi des droits, l’unicité solaire vole en éclats. Sous sa belle simplicité apparente, le monstre cache on ne sait combien d’inconnus. Nous avons parlé des "centres de masse", ce n’est rien à côté des mystères de l’activité solaire, de ceux de la matière en fusion, des cycles de régulation, etc.
C.C. : Le Soleil est plutonien par les complexités qui l’habitent...
COMAC : Disons que le Soleil, étant ce qu’il est, éveille électivement notre fonction simplificatrice ; il devient plutonien lorsque nous dépassons nos schémas réducteurs. Pluton, en tant qu’astre, a, dans le système solaire, plusieurs bizarreries apparentes : sa masse infime succède aux planètes les plus massives. Il paraît si différent de son groupe que l’on hésite à le considérer comme une planète. Ne serait-il pas quelque astéroïde ou satellite en cavale ?
C.C. : Pluton nous cache son Soleil...
COMAC : C’est-à-dire la planète dont il s’est échappé, à ce que l’on en dit... Mais Pluton redevient élément simple lorsque l’on traite l’ensemble du système solaire. L’étude du n° 2 des Cahiers sur l’ordre solo-planétaire montre l’unité du système solaire. Pour ce qui est des distances moyennes ou demi-grands axes, impossible d’exclure Pluton. Lui qui paraissait briser l’unité de la famille planétaire par ses infractions et irrégularités, n’en est plus étranger lorsqu’on adopte des critères mesurant la cohérence d’un ensemble plutôt que les singularités successives de chacune de ses parties.
C.C. : Ou voulez-vous en venir ?
COMAC : A préciser un point de doctrine sur le R.E.T., ses différents référentiels d’application, et sur les planètes, objets célestes incitateurs de nos fonctions mais non identifiables à elles. Et ensuite au fait que le champ de nos connaissances, quel que soit son extensibilité, implique toujours deux limites. Au-delà règne l’inconnu des 1er et 3e étages : la foi, le pari, l’indémontrable certitude, les lendemains des découvreurs. Dans le consensus du 2e étage, la hiérarchie s’ordonne comme un alphabet. Il vaut mieux être A, B, C,... que X, Y, Z. Comme dans toute famille bien-pensante, le consensus hiérarchise. Et lorsqu’on occupe le bas de l’alphabet, les mots n’ont pas le même sens que vu d’en haut.
C.C. : Pour nous résumer, l’extension du R.E.T. en trois étages ne multiplie pas les astres mais étend nos possibilités de réponse sans modifier les significations fondamentales. Le R.E.T. étant, par lui-même, en affinité avec le référentiel "Relation", sa multiplication nous renvoie, par exemple, à une affinité avec la Maison III qui concerne : les inconnus de la Relation ou la Relation dans ses manifestations multiples.

COMAC : Et l’on pourrait finement en déduire que ce sont les marginaux d’un référentiel qui ouvrent la relation avec les autres plans de manifestation. L’opération "Maison III" (démultiplication des relations) conduit à placer les extrêmes en communication. Dans notre image des 3 étages, le Soleil est pris entre deux Pluton. N’oubliez pas, sauf précision, que nous désignons ainsi les fonctions et non les planètes...
C.C. : Je n’oublie pas... Que se passe-t-il pour ce Soleil aussi mal entouré ?
COMAC : C’est selon le contexte et le pouvoir de réponse... En soi, nous avons une incitation aux phénomènes frontaliers où les guerres sont latentes, les équilibres précaires, les ambiguïtés et permutations fréquentes entre gendarmes et voleurs. Ce Soleil, mis à mal par le Pluton d’en haut qui crée son inconnu, peut être d’autant plus tenté de s’en prendre au Pluton de son étage.
C.C. : Si le Soleil ne s’occupe que de son fief, il réagit à l’inquiétude secrète de ses inconnus dans la maison par une sur-simplification persécutrice des doutes, approximations, approches relatives impropres à son unité victorieuse. Il conquiert cette unité en étant le plus fort plutôt que le meilleur. C’est le Soleil du dogme implacable, celui du gorille universitaire, chasseur de sorcières et de manquements à l’étiquette, pourfendeur d’idées folles ou académiste glacé.
COMAC : Oui, et cette solution, probablement fréquente, explique les crises de fanatisme d’un consensus. Le narcissisme à plusieurs se change en cocorico géant. L’être pris dans ce miroir s’aveugle par une certitude panique. Il conjure l’impuissance par la tyrannie. A un degré moins violent, l’éblouissement collectif se traduit par les modes, les poncifs, les pétitions de principe, que personne ne songe à écorner du bout des lèvres de crainte de tomber dans le Pluton du bas...
C.C. : ... au rang des débiles, des parias, des méconnus, indifféremment mêlés car ne pas être de son temps c’est, de toute façon, ne pas exister.
COMAC : Que se passerait-il pour un savant en pleine ascension qui oserait dire chemin faisant : "J’ai hâte d’arriver pour m’occuper du problème de l’astrologie". Censuré, coupé, rejeté... ainsi que la part de l’astrologie dans nos dictionnaires où nos Petit Robert n’ont vraiment aucune gêne à éliminer des biographies des grands découvreurs l’intérêt qu’ils portaient à cette connaissance. L’Inquisition était moins hypocrite. Les racismes reposent sur la peur d’être bâtard. On ne peut certes pas chanter la Marseillaise en Espéranto. Raciste et bâtarde est cette science qui trahit son histoire, méprise la mémoire des morts, trompe effrontément et se flatte de rigueur, voir de liberté, sinon de tolérance ! Le consensus s’incline, tenant son ignorance pour un savoir officiel. Vous remarquerez, sur ce point, que nous nous estimons particulièrement originaux lorsque nous exprimons des idées toutes faites. Ainsi, en notre époque de conformisme général, à en-tendre tout un chacun, il n’y a que des individualistes... et des libres penseurs.
C.C. : Est-ce un effet de paradoxe ?
COMAC : Pas du tout, plutôt un autre effet du miroir à plusieurs. Le modèle du héros étant individualiste, on ne compte plus que des héros individualistes. Faites comme moi : soyez individualiste. Pour parler de ce temps, nous constatons aussi que l’exaspération du référentiel "Sujet" et du niveau "Représentation" nous vaut des réductionnismes de plus en plus aveugles à la complexité et, partant, l’aventure spirituelle n’est crédible que par la recette de l’acteur principal. L’importance d’une découverte est proportionnelle au nombre d’exemplaires vendus. L’astrologie n’a pas échappé à cette mode de la quantité et de la réduction au one man show. A entendre nos débiles tout est dans l’horoscope, harmonieusement concentré. Les grandes batailles se perdent sur un complexe d’échec et si votre vérité ne se fait pas entendre chez les sourds, vous donnez bien la preuve de votre désir de ne pas être entendu, probablement à cause d’un mauvais scénario hérité de vos relations parentales. Changez de scénario et les sourds auront des oreilles, changez de complexe et vous gagnerez vos guerres. Quoi de plus simple ? ! Oseriez-vous dire que la psychocratie est devenue autre chose qu’une maladie du référentiel "Sujet" ?
C.C. : C’est du psykottisme...
COMAC : Psykott n’est pas une satire de la psychanalyse, mais de ce que la mode a fait de Freud, Jung, Bern et les autres. Tous les procédés de sur-simplification, en sciences physiques comme en sciences humaines, tous les refus de complexité, aboutissent à des raisonnements psykottiques. En astrologie, le destin, l’infini des subtilités d’une personnalité, tout ce réseau de finesses, se réduiraient, selon des fatalistes inavoués, à une heure de naissance indépendante, voyez-vous, de la mère, de l’époque, de la société... Le pire n’est pas le petit nombre pour le dire, mais le grand nombre pour le croire.
C.C. : D’après le miroir à plusieurs, il ne faut dire que ce qui demande à être entendu...
COMAC : Du moins pour les consensus en inflation de "R" et "Sujet". Dans cette pathologie, les psychologismes en vogue nous valent des Diafoirus et non des médecins. Ce qui n’empêche pas la psychologie d’avoir un grand avenir, lorsqu’elle se dégagera du psykottisme pour comprendre l’homme dans tous ses référentiels, de l’atome à l’étoile, et non du berceau au jardin d’enfants. Et voyez, comparativement, tout ce qui se dévoile à l’astrologie depuis la rupture des conditionalistes d’avec le Sujet sans Objet, sans Relation, ni Intégration.
C.C. : Après le Soleil réagissant à l’inconnu d’en haut par une idéologie gendarmeuse, que peut être le Soleil sensible à sa multiplicité ?
COMAC : Il faut concevoir plusieurs degrés. Celui de l’instabilité du niveau "R" correspond à la fonction perturbée d’un être cherchant l’approbation d’un consensus par la critique qu’il en fait. Il grimace dans le miroir à plusieurs, brade ses admirateurs ou les incite à contester mais juste à la mesure qu’il souhaite. Il est fort et fragile, désireux de puissance pour y échapper, mal à l’aise dans ses masques, trop grands ou trop petits. Il ne renonce pas à paraître mais il veut paraître tel qu’il est. L’inconnu d’en haut a la voix assez forte pour l’empêcher de se prendre au sérieux, elle ne l’est pas assez pour le décourager à être des premiers. Il risque d’encaisser des mécomptes sur bien des fronts mais il est un ferment de progrès, il entraîne son monde hors des frontières sans l’effaroucher. Ni d’ici, ni d’ailleurs, il a la solitude du passeur.
C.C. : A un degré de plus ?
COMAC : Le consensus est lâché, avec le narcissisme à plusieurs. Soleil prophétique ou simple clairvoyant... il ne fonde plus sa puissance au présent. Primitif ou déclassé d’un référentiel supérieur, il perçoit surtout en quoi et comment un consensus engendre ces déchets qui sont, à ses yeux, les véritables valeurs. Celui-là est un inadapté irrécupérable, ou un révolutionnaire, créateur de nouvelles tables ou doué pour renverser celles qui sont établies...
C.C. : Les premiers seront les derniers... et mon référentiel n’est pas de ce monde.
COMAC : Réelle ou romancée, il est vrai que la vie du Christ illustre parfaitement un Soleil-Pluton investissant tout l’inconnu hors des frontières et bouleversant de ce fait le connu inclus dans ces frontières. Si pour certaines exégèses le Christ est le mythe d’un Soleil non moins mythique, notre Soleil réel lui donne une autre trempe. Déjà, être ou se dire Fils de Dieu, revenait à rompre le consensus conservateur, toujours imposé par le modèle familial. L’autorité n’est pas inévitablement celle du géniteur : sortez de vos modèles, sortez de votre chair, votre Père est au ciel... c’est à dire dans votre inconnu. Vous pensez bien qu’on s’est vite inquiété du côté du pouvoir-consensus en place. Le pouvoir se veut éternel... Voilà un homme qui parle éternité sans avoir ni vouloir la puissance. Que se passe-t-il donc ? Et de l’interroger - tout petit qu’il était - et de se le coincer... Et lui, jamais pris, réponse à tout... Il y a une éternité qui n’a pas le pouvoir dans votre consensus, ne gagne pas, ne perd pas, mais est la meilleure. Imaginez l’agitation...
C.C. : Le Christ, politicien génial ?
COMAC : Disons stratège de l’esprit, puisque le politicien, lui, veut le pouvoir. Divin stratège, incroyablement lucide. Le diable le tente : vis ton Soleil au 2e étage. Dieu le tente au Golgotha. Pour une volonté de cette espèce, il aurait suffi d’un mot et de victime il devenait bourreau. Il sue son orgueil, sang et eau, mais il n’entrera pas dans le consensus du 2e étage où le plus fort est le meilleur, à ce qu’il en dit...
C.C. : Et la parole "Aimez-vous les uns les autres", est-ce stratégie ?
COMAC : C’est autre chose que le poncif benêt que l’on en a fait, autre chose qu’un cri lamartinien. Une proposition d’antidote radical contre les hiérarchies du pouvoir et de l’alphabet social. Le message est communautaire, égalitaire, donc anti-pouvoir, anti-consensus. Solution chimérique... il n’en est rien sorti. En refusant les règles du jeu du 2e étage, le Christ a échoué du point de vue "Intégration", ce référentiel n’excluant pas la terre pour le paradis. Aussi, les messages post-christiques prétendront-ils résoudre tous les problèmes de la maison à 3 étages en partant, cette fois, du 2e, de notre vécu, de notre concret...
C.C. : Je me demandais à quel moment vous arriveriez à placer Mars, nous y sommes...
COMAC : Il n’y a pas que Mars. Puisque nous nous sommes entretenus des rapports entre les extrêmes...
C.C. : ... Uranus et Mercure sont concernés, le ciel est un tout. Mais de Pluton, pris entre deux Soleils, qu’allez-vous dire ?
COMAC : Le Pluton du 2e étage, rebut des astromanciens, concerne vous le savez la "queue du saurien". Il suffit d’énumérer ce que peut concevoir un astrologue imprégné de Soleil gendarmeur au cocorico répressif-punitif. Pluton est sa poubelle, à l’image de ce qu’il doit écraser en lui-même pour s’imaginer héroïque et sublime dans le miroir à plusieurs...
C.C. : ... miroir de l’aveugle en auto-satisfaction...
COMAC : Et dans ce miroir Pluton est le monstre, l’exutoire, l’image indésirable, l’envers fascinant du décor : le sexe, le noir, l’enfer, l’animalité, l’instinct de mort, sans oublier le diable, la gauche et les chinois.
C.C. : Bon... il suffit de vomir son fiel et de dire qu’il s’agit d’astrologie. Pluton ne peut contredire quiconque... mais que devient-il un peu plus proche du Soleil d’en-dessous...
COMAC : Marginal instable... qui ne demande qu’à être récupéré mais qui, gloriole conquise, n’en continue pas moins à demeurer réfractaire à demi. Il oscille sur les frontières, tantôt dedans, tantôt dehors. Les plus doués finissent par réussir au-delà de toute espérance. Pensez, par exemple, à ce que sont devenus les marginaux d’Hara-Kiri... ou l’évolution d’une muse comme celle qui a inspiré "Le Gorille" à Georges Brassens en ses débuts. Dans cette formule d’entre-deux, toute une existence peut s’écouler en situations ambiguës, ou dans des rôles de marginalité officielle.
C.C. : Et le Pluton devenu Soleil d’en-dessous qui n’est, peut-être, que le foyer de la Terre ?
COMAC : C’est ce foyer secret, le feu des sources qui permet aux découvreurs d’encaisser les avanies dont Psykott énumère les médiocres. Celui qui porte ce Soleil dispose d’un centre indestructible. Il est au midi de l’antipode, au lendemain sous la Terre. Ce n’est pas l’espoir qui le soutient mais la nécessité.
C.C. : Le futur consensus... un autre conformisme ?
COMAC : Le R.E.T. n’a de sens qu’en dynamique évolutive. Je vous enseignerai que pour l’intégration il faut que chaque fonction soit imparfaite et promise à l’échec.
C.C. : Alors le jour succède à la nuit... mais il est des lendemains qui ne verront jamais le jour. Ils resteront dans leur lumière échappée au mouvement de la Terre. Prenons garde à nos choix en tournant sur nous-mêmes. Rien n’est innocent.
Article paru dans le n° 3 des Cahiers conditionalistes (janvier 1981).