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| Publié le : 1er février 2002
R.E.T. et politique
Braquons le macroscope R.E.T. sur les structures et fonctionnements de nos sociétés. Quels que soient le milieu, l’époque et la culture, trois questions essentielles se posent : "[Sur quel type de savoir et de valeur repose telle société (Pluton : "t de T") ? Sur quelles forces productives et sur quel rapport de production (Mars : "e de E") ? Sur quel maintien des modèles et des normes (Soleil : "r de R") ?") (Max Lejbowicz). N’oublions pas, dans cette optique, la théorie des trois pouvoirs définie par Montesquieu : le législatif dicte les normes et lois (niveau "R"), l’exécutif les met en application (niveau "E") et le judiciaire "juge des crimes et des différents entre particuliers", autrement dit se charge d’adapter les lois à la multitude (niveau "T"). Dans la même veine, le niveau "R" est de type monarchique ou despotique (maintien du pouvoir de l’unique), le "E" de type aristocratique ou oligarchique (maintien du pouvoir d’un petit groupe) et le "T" de type démocratique ou anarchique (maintien du pouvoir du collectif). Et ce n’est pas que de la théorie ou des vues de l’esprit. Les Thèmes des grands dictateurs (Napoléon, Hitler, Mao Dzedong, etc.) font apparaître une nette dominante "r intensif" (maintien du pouvoir de l’unique, rappelons-le).
Parmi les penseurs et théoriciens de multiples disciplines, nombreux sont les "bourgeois gentilshommes" qui font de l’astrologie sans s’en apercevoir. La différence entre eux et le parvenu de Molière, c’est qu’ils ne se rendent en général pas compte - et ne sauront ou n’admettront peut-être jamais - qu’ils font de la poésie. La matrice du R.E.T., silencieusement tapie dans leur organisation cérébrale branchée sur celle du système solaire, n’en n’est pas moins efficace et opérante. A qui cherche à penser le Réel global à travers ses différents niveaux d’organisation, le R.E.T. s’impose objectivement. R.E.T. et politique donc. Je suis tombé sur un petit bouquin très intéressant : Qu’est-ce que la politique, de Julien Freund, aux éditions Points-Seuil. C’est de cet ouvrage que sont tirées toutes les citations qui suivent. Tout d’abord, en toute rigueur, définissons notre référentiel d’application : la politique n’est, ni une philosophie, ni une morale, ni une science, "c’est dire que le but de la politique ne saurait être la connaissance. Elle reste ce qu’elle a toujours été : action. C’est comme telle qu’il faut la comprendre (...) la politique est un art et non point seulement un métier". Pour être plus précis, la politique en soi est avant tout une action finalisée. Sa nature serait donc "rE", donc jupitérienne. Ceci dit, Julien Freund distingue, dans la finalité de la "chose" politique, trois niveaux différents. Vous voyez où je veux en venir... :
Il n’est pas difficile de repérer, dans l’ordre, les niveaux Représentation, Existence et Transcendance du R.E.T. Dans une autre optique et en réintégrant la politique dans un "macro-R.E.T.", la politique relève bien entendu du niveau "R", celui des finalités évidentes, du sens imposé, de l’ordre visible ; l’économique se verrait gratifier du niveau "E", en tant que le commerce, l’artisanat et l’Industrie, activités de production concrète, sont relativement indépendants des slogans politiques ("R") et des démarches de connaissance ("T"). Le niveau "T" reviendrait alors à la religion, à la philosophie, à la recherche scientifique fondamentale. Zoomons sur le niveau "R" du "macro-R.E.T.", et nous découvrons le "micro-R.E.T." de la politique, tel qu’il est défini par Freund. 1. Le niveau "R" Freund évoque un "niveau téléologique" du politique. La téléologie, discipline bien "R", est la "théorie qui applique la finalité à l’étude d’un problème particulier" (1). Finalité est un mot ambigu, qui ne doit être utilisé qu’avec un maximum de précision et de précautions ; en effet, l’eschatologie (niveau 3 du politique chez Freund) est aussi une "croyance ou doctrine qui concerne les fins dernières du monde et de l’humanité" (2). Décidément, le "R" et le "T" sont dialectiques, "en boucle", l’un concernant le sens évident, le sens connu, ("R") et l’autre le sens discret... ou encore le non-sens ("T"). Bref, le niveau "R" de la politique concerne le "bien commun" ou encore le "bien public", dont le contenu et les définitions sont hyper-variables en fonction des lieux, des époques, des socio-cultures. Monde de représentations idéales qui jugent arbitrairement du juste ou de l’injuste, du licite et de l’illicite, du socialement normal et de l’anormal. Le plus doux des démocrates comme le plus sanguinaire des dictateurs oeuvrent identiquement, chacun à leur manière, pour le "bien commun", cette chatoyante image à laquelle il est valorisant de s’identifier, à un ou à plusieurs, dans un narcissisme éthique qui n’est pas sans rappeler la fonction solaire. Les valeurs n’entrent que très peu, et pas directement en ligne de compte à ce niveau : l’important est de garantir la sécurité extérieure (par la paix, la diplomatie ou la guerre) et l’ordre intérieur (par les mêmes moyens). L’ordre, quelqu’il soit, s’impose ; il est "la condition élémentaire de l’unité et de la stabilité d’une collectivité. En tant que telle celle-ci aspire naturellement à être une communauté (une nation par exemple) formant un moi commun et possédant un intérêt commun sur la base de la langue, de la race, de la tradition historique ou d’une simple volonté commune". Un langage de l’unité, de l’identification bien solaire, un "miroir à plusieurs" (J.P. Nicola). Et peu importe le miroir (entendez : les contenus, en termes de valeurs, du "bien commun"), pourvu qu’on aie l’ivresse de cette identification collective, d’une ligne directrice claire et nette, d’une boussole sécurisante pour le Moi social collectif qui craint par-dessus tout le manque de repères et les démons de l’anarchie. 2. Le niveau "E" : Quel que soit le but "R" du politique, il ne saurait se passer de moyens "E" pour le réaliser concrètement, "par des moyens économiques déterminés qui ont pu être ceux de l’économie domestique, du pillage, du simple mercantilisme, du colonialisme, du capitalisme et qui peuvent être ceux du socialisme ou de toute autre formule économico-sociale encore à venir". Pour Freund, le niveau "E" du politique est celui des objectifs : "nous appelons "objectif" la substance matérielle d’une action empirique visant à réaliser le but spécifique du politique in concreto. Il s’agit donc chaque fois d’une action limitée, particulière, contingente et empirique, telle qu’une dévaluation monétaire, un traité d’alliance, un relèvement de salaire, etc. on ne peut agir avec des instruments possibles ou éventuels, mais uniquement avec ceux qui sont donnés matériellement". Une description qui ressemble à s’y méprendre à celle de la fonction marsienne et du niveau "E". Le réel tangible impose ses contraintes propres, rétives aux mots d’ordres téléologiques et au volontarisme du niveau "r" du politique, "aussi un programme politique n’est-il qu’un ensemble de préférences : le choix est ailleurs, et il arrive parfois qu’il intervienne contre le programme". l’Existence et les choix inévitables qu’entraîne le duo-duel est bien souvent rebelle aux préférences idéales qu’impliquent nos Représentations, et choisir, au fond, "ce n’est pas simplement se donner des raisons ou des motifs ni préférer, mais c’est porter sa volonté sur un objet, résoudre ou plutôt essayer de résoudre un embarras, c’est à proprement parler agir". Sans commentaires... 3. Le niveau "T" C’est le règne des "valeurs ultimes que l’homme se propose d’accomplir par son activité individuelle ou bien par l’action des collectivités et des groupements, en vue de donner un sens à la vie et à l’histoire... aspirer à la liberté pure, à l’égalité, à la justice, et à la paix pures, indépendamment des conditions historiques et sociales contingentes, c’est poursuivre des fins". Ça ressemble au "R", ça a le goût du "R"... mais ce n’est pourtant pas du "R", même si, comme nous l’avons vu, "R" et "T" ne peuvent être compris qu’ "en boucle", dialectiquement liés. L’inconnu d’un lieu ou d’une époque est le connu d’un autre lieu et d’une autre époque. Julien Freund a parfaitement saisi la dimension subtile et mystérieuse du "T" de la politique. L’attente de ces fins aussi idéales qu’inévidentes pose des problèmes bien plutoniens : "Y-a-t-il une seule fin dernière ou bien plusieurs ? Quelle est-elle dans le premier cas ? Et s’il y en a une pluralité quel est le rapport entre elles ? Sont-elles toutes sur le même plan ou bien existe-t-il un ordre de subordination ? (...) La discussion de ces questions est, indépendamment de la réflexion métaphysique, à l’origine de la diversité des philosophies, des conceptions du monde et des idéologies politiques. Il n’y a guère d’espoir de leur trouver une solution positive et définitive puisqu’il s’agit de notions absolument transcendantes qui dépassent les possibilités et les limites de l’expérience et de l’action humaine qui restent toujours conditionnelles". On le voit, le multiple et l’incertitude règnent et, bien entendu, niveau "T" oblige, Freund souligne à quel point ces "fins dernières" sont l’objet de pulsions irrationnelles ou à rationalité étrange (foi, pari, croyance, prophétisme). Mieux encore, il évoque leur utilité : même si "elles ne se réalisent jamais comme telles dans une œuvre phénoménale et empirique, elles ordonnent l’activité, l’orientent et lui donnent un sens". Un sens profond pourrait-on ajouter, puisque ces fins "supposent par leur nature même des valeurs transcendantes bien qu’indéterminées". Le portrait tout craché du "flou impeccable" plutonien. Peu importe à ce niveau quelles définitions de ces obscures vérités éternelles, intuitivement formulées et subjectivement perçues, on inscrit à la craie friable sur le tableau noir de l’inconnaissable, "sans la foi, sans la croyance en des vérités éternelles ou des fins ultimes, l’activité ne serait autre chose qu’un labeur de Sisyphe. Il est donc faux de ne voir dans la foi qu’une consolation, elle est le ferment de toute création". En termes astrologiques, et pour serrer de plus près la réalité plutonienne par-delà tout spiritualisme, on pourrait parler de "foi dans la fécondité et le pouvoir de transformation de l’encore inconnu et de l’à jamais inconnaissable". Les valeurs spirituelles, quelles qu’elles soient, sont de la partie, et charpentent occultement, puissamment et irrationnellement la chose politique. Les idéologies, n’en déplaisent aux chantres actuels de leur mort, ne sont pas près de disparaître. Elles puisent leur sens dans une indéchiffrable et aléatoire éternité dont la politique, qu’on en soit conscient, convaincu ou pas, se nourrit aussi. Notes : (1) Dictionnaire de philosophie, Bordas. (2) Ibid. Qu’est-ce que la politique, J. Freund, Points-Seuil. Article paru dans le n° 15 des Cahiers conditionalistes (janvier 1990). Voir aussi :
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Richard Pellard
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