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1. Saturne et le système osseux Vous êtes ici : Accueil Documents Pour connaisseurs Réflexions conditionalistes
Publié le : 14 octobre 2004
1. Saturne et le système osseux
De l’analogie à la biologie



L’astrologie conditionaliste est naturelle dans la mesure où elle se réfère à des explicatives en prise sur les sciences de la nature. Son vocabulaire, profondément original, a pour avantage d’établir de ponts directement franchissables pour accéder à la science “officielle” la mieux établie. Ceux qui pratiqueraient cette astrologie dans le but, plus ou moins conscient, de satisfaire un besoin de marginalité engendré par leur économie psychologique, en seraient pour leurs frais : loin de considérer le monde des sciences naturelles comme un stupide discours borné, acharné à dépoétiser ce qui peut encore rester de l’enchantement du monde, l’astrologie conditionaliste a déjà construit des passages permettant aux astrologues de sortir de leur ghetto.

Comment ? En avançant des propositions fondées sur ses approches propres de la réalité, et en acceptant de les soumettre à la seule loi qui soit source de vrai progrès : l’expérience scientifique.

Alors même que la question reste largement posée de ce que la science peut apporter - ou expliquer - en matière d’astrologie, il n’est pas interdit de tenter une exploration de l’autre versant de cette relation : ce que l’astrologie peut apporter - ou expliquer - en matière de science.

Saturne et les os dans la tradition

Pour expliciter une telle démarche, rien de tel qu’un exemple où l’un et l’autre se rejoignent :

- côté astrologique, les effets attribués à l’“influence” de la planète Saturne ;
- côté scientifique, l’évolution des tissus osseux dans l’organisme humain.

Et, en guise d’entrée en matière, des citations d’astrologues pas vraiment conditionalistes :

- “Saturne régit : les os, les genoux (dans leur ensemble), les cartilages, le squelette (dans son ensemble), les sels minéraux, la peau, les ongles et les dents”. (Hadès, Manuel complet d’astrologie médicale, Ed. Niclaus, Bussière successeur, 1970, p. 55).

- “Saturne en conjonction et en mauvais aspect à Mars : [...] Il y a notamment danger de chutes entraînant des fractures compliquées avec hémorragies”. (p. 75-76)
- “Saturne en transit par conjonction sur Saturne natal : [...] Le squelette se renforce par apport de matières calcaires [...]” (p. 78)
- “Neptune en mauvais aspect à Saturne : [...] Le sujet est prédisposé aux rhumatismes (...) Son organisme subit un processus de déminéralisation et de malformation osseuse (...)” (p. 39)
- “Uranus en mauvais aspect à Saturne : [...] il y a risque de chutes assez graves pouvant entraîner des fractures. L’endroit de l’ossature qui est le plus exposé à ce danger est indiqué par le signe dans lequel Saturne se trouvait au moment de la naissance. Par exemple, si c’est dans le Bélier, c’est le crâne ; si c’est le Sagittaire, ce serait le fémur, etc. (...)” (p. 60)
- “Mars en conjonction et en mauvais aspect avec Saturne : [...] Les blessures et contusions reçues alors sont souvent graves, profondes, et l’ossature est parfois même endommagée [...]" (p. 104)

(Georges Antarès, Transits planétaires et destinée, Ed. Flandre-Artois, 1972, pour l’ensemble des cinq extraits qui précèdent).

Et Jean-Pierre Nicola résume la tradition à ce sujet :

“Saturne. Tradition : [...] Pour les parties corporelles : il règne sur le squelette, les os, les dents, l’ouïe, la rate, la vessie” (Jean-Pierre Nicola, Le Grand Livre de l’Astrologue, Ed. Sand & Tchou, 1983, p. 48).

Des cailloux aux vertèbres...

De ces extraits, il ressort plus ou moins qu’une relation est établie entre Saturne et le système osseux de l’homme : Saturne harmonique consoliderait les os par apport de matières minérales, Saturne dissonant les mettrait en péril par déminéralisation ou par d’autres voies non précisées.

Rendons à Paul Couderc, auteur d’un défunt Que sais-je ? sur l’astrologie, la paternité d’évidences incontestables : Saturne est un caillou ; gros certes, mais enfin un caillou quand même, comme les autres corps célestes compacts non gazeux ni liquides. Circonstance aggravante : il est loin. Alors que les premiers touristes argentés commencent à partir en week-end dans des stations en orbite circumterrestre, ce n’est pas demain la veille qu’on pourra ramener de vacances des objets de l’artisanat saturnien, vendus dans les boutiques duty-free des nombreux astroports de cette planète. Et, si Saturne est si loin, honnêtement, on voit mal quelle relation il pourrait entretenir avec quelque chose d’aussi minuscule, personnel et intime que notre tibia ou nos vertèbres, pourtant si précieux.

Alors quoi ? N’y aurait-il plus qu’à se débarrasser du problème en jetant cette relation cosmique supposée dans l’énorme poubelle des superstitions anthropocentriques et narcissiques, héritage de tant de siècles de fantasmes et d’illusions ? Pas si sûr.

Dans le système R.E.T., Saturne part du niveau-source “E” pour tendre vers le niveau-but “t”. Jean-Pierre Nicola, à la suite d’un travail considérable, a dégagé des données quantifiées - donc scientifiquement utilisables, et pour cause, puisque ces données sont issues d’études scientifiques - qui caractérisent les niveaux astronomiques du R.E.T. Nous allons donc voir quelles données correspondent au niveau “E” et au niveau “t”.

Comme, dans le cadre de cet article, je me borne à tenter de donner une idée du fonctionnement saturnien, je m’autorise d’outrageuses simplifications. Par exemple, il ne sera guère tenu compte d’un facteur aussi énorme que la distance de Saturne à la Terre et au Soleil.

La gravité du squelette

Dans une approche très sommaire, on peut retenir deux valeurs essentielles dans l’évaluation du signal astrologique.

Gravité moyenne d’une planète à sa surface - extrait de : Jean-Pierre Nicola, Eléments de cosmogonie astrologique. Ed. COMAC, 1992, p.89

Parmi les constats spécifiquement effectués par l’astrologie conditionaliste, la valeur de la gravité à la surface de la planète au sein de chaque groupe “R”, “E” et “T” est corrélée à la régulation du comportement de l’individu dont on étudie le thème.

Lorsque la valeur de la gravité est élevée au sein d’un de ces trois groupes, l’individu est porté vers des conduites régulées, contrôlées par les interactions sociales dont il intègre aisément les leçons et conditionnements ; son besoin d’échanges sociaux est élevé, et son identité se constitué par rapport au regard de l’autre sur lui. Conduites bien définies, organisées, élaborées, moralisées. Maintien du modèle en tant que tel ; en pratique : sauvegarde du génome en l’état actuel. Opérations de sélection génétique. Tendance à l’expression de soi, à la mise en relation, à la synthèse, à la conscience rationnelle. Prise en considération de la norme. Cérébralement, on peut en inférer une sollicitation soutenue des aires d’intégration : thalamus, hippocampe, cortex préfrontal.

A l’opposé, les faibles valeurs de la gravité à la surface de la planète au sein de chaque groupe “R”, “E” et “T” sont corrélées avec des conduites déstructurées, dérégulées, floues, instables, individualistes, primitives, réfractaires aux normes sociales, inspirées par des pulsions irrationnelles. Esprit d’analyse, de démontage, de décomposition du composé. Diversifications et mutations au sein du génome ou de son expression. Processus aléatoires, aveugles à toute finalité.

Répartition de l’énergie radiative pour les longueurs d’onde de O,48 à 66 microns d’un corps noir émissif à la température de 300° L, soit, en moyenne, à celle de l’épiderme (30° Celsius) - extrait de : Jean-Pierre Nicola, Eléments de cosmogonie astrologique, Ed. COMAC, 1992, p. 74

Intensité radiative et activité corporelle

Deuxième constat effectué par l’astrologie conditionaliste : l’intensité radiative du rayonnement optique/thermique des planètes sur des longueurs d’onde d’émission spécifiques est corrélée à l’intensité de restitution énergétique, et donc au métabolisme du corps humain.

Ainsi, lorsque l’intensité radiative est élevée (partie haute de la figure 2), le corps humain active des systèmes de production/consommation intensives d’énergie : élévation de la consommation de glucose, déstockage du glycogène, élévation du niveau d’activité des muscles, du cerveau pris dans son ensemble ; choix de conduites propres à dépenser intensément de l’énergie : dépense physique accentuée, passions en tout genre (irritabilité, luttes, engouements, risques, sensations fortes, érotisme, surmenages...), états fébriles, réactivité accrue du système immunitaire, etc.

A l’opposé, lorsque l’intensité radiative est faible (partie basse de la figure 2), le corps cherche à tourner au ralenti, et y parvient par des voies qui différent selon que la planète est porteuse d’un signal gravitationnel fort ou faible. Pour Saturne (élément faible du groupe “E” dès que l’on prend en considération les modulations apportées par la distance), il y a lieu de considérer ce dernier cas : les organes gros consommateurs d’énergie prennent des vacances : calme, inertie, toute la gamme des conduites réfractaires à l’action, depuis la Sagesse flirtant avec le non-être, jusqu’à la démotivation dépressive radicale (qui va parfois jusqu’à opter pour le repos éternel pour obtenir enfin la paix désirée), en passant par les tâches automatiques, les conduites non planifiées par soi-même, la recentration exclusive sur les besoins indispensables à la survie, la remontée plus ou moins désirable de certains contenus inconscients que la conscience lucide n’a plus les moyens de réguler, etc. Correspond à l’état basal en physique et en biologie.

Saturne tombé sur un os ?

Tout cela est bien joli, dira-t-on, mais on ne voit toujours pas pourquoi, lors de l’établissement des correspondances planètes-organes, Saturne est tombé sur un os.

Un astrologue symboliste vous expliquerait cela à grand renfort d’analogies acrobatiques : l’os est ce qu’il y a de plus dur et de plus stable dans le corps humain ; or, Saturne fait les caractères durs et stables, donc Saturne régit les os. Faut-il en conclure que chez les sujets mous et versatiles, les os sont en gélatine, ou plus fragiles que chez les durs de durs ? On irait bien chercher le long terme, certes : Saturne ayant le cycle le plus long des planètes connues dès l’Antiquité, il est “logique” qu’il “gouverne” les parties du corps qui durent le plus longtemps après la mort. L’ennui, c’est qu’Uranus, Neptune et Pluton, dont les cycles sont beaucoup plus longs que celui de Saturne, n’ont rien reçu à la distribution des prix analogistes ; que va-t-on leur donner ? Les calculs rénaux ? Les verrues ? Les embarras intestinaux ?

Plus sérieux, le système R.E.T. établit ici un pont direct entre l’astrologie et la science officielle. En fait, le R.E.T. est tellement objectif qu’il a été reconnu en tant que tel par le génome lui-même.

Vous devez en effet savoir que, à l’origine de notre propre vie, peu de temps après que se soient unis le spermatozoïde et l’ovule qui ont engendré notre précieuse personne, l’œuf dont nous sortons se différencie en deux parties : la partie somatique, qui va donner naissance à l’ensemble de nos organes (soma = corps) ; et la partie germinale, qui est à l’origine de nos propres cellules sexuelles (spermatozoïdes et ovules).

Le niveau “R” et l’ectoderme

Laissons de côté la partie germinale, qui n’est pas utile à notre sujet, et ne considérons que la partie somatique.

Tableau des organes issus des feuillets embryonnaires , extrait de : D.Huchon, Eléments d’embryologie animale, in Grande Encyclopédie Alpha des Sciences et des Techniques, volume Biologie II, p. 96, éd. Grange Batelière, 1974).

Cette “partie” ou “lignée” somatique (on dit le “soma” pour faire plus court) se différencie, à un stade précoce, en trois “feuillets” ; chaque feuillet peut être cavalièrement défini comme une “couche” de cellules qui se différencie des deux autres “couches” par l’activité biochimique qui s’y déroule. Par exemple, dans la couche A, certains gènes contenus dans le noyau des cellules s’expriment fréquemment, alors que l’expression d’autres gènes est bloquée, ou à peu près. Si vous passez à la couche B, ce ne sont pas les mêmes gènes qui sont activés : ceux qui étaient actifs dans la couche A peuvent très bien être “au repos” dans la couche B (pas forcément, d’ailleurs), tandis que d’autres gènes, assez muets dans la couche A, se révèlent très volubiles dans la couche B.

En biologie, on ne parle pas de couche A ni de couche B, d’autant que les “couches” prennent assez vite des formes bizarres que n’évoque guère ce terme simplet.

On parle d’ectoderme, de mésoderme et d’endoderme.

Pendant que nous sommes dans le ventre de notre maman, l’ectoderme se différencie en de nombreuses structures (voir figure 3) : l’épiderme et ses revêtements (poils), les glandes, les zones sensorielles de l’épithélium nasal et auriculaire, le cristallin : il s’agit donc des zones périphériques du corps (“ecto” = externe) , chargées du contact immédiat avec le milieu, et élaborées en vue de ce contact ; tout cela est au centre de la fonction Représentation, jouant sur l’extériorité, l’image sociale, l’apparence, mais aussi sur le dialogue-socialisation avec le milieu. Chez les animaux, qui n’ont pas tous des poils, mais parfois des plumes ou des écailles (également issues de l’ectoderme), ces parties du corps jouent un rôle majeur dans les interactions sociales : rites nuptiaux, conduites d’agression, de soumission, d’alerte ou de fuite.

De plus, ces revêtements individualisent le sujet, lui confèrent une identité : couleurs de la peau, des poils ; épaisseurs et particularités de l’implantation de ces derniers ; épaisseurs différenciées des revêtements dermiques ; souplesse et dureté, tension et laxité différenciées des téguments. Par conséquent, les gènes actifs dans l’ectoderme ont intérêt à voir leur expression stabilisée, voire figée, si l’identification de l’individu a quelque utilité pour sa survie (et c’est le cas !) ; c’est pourquoi il est bien rare qu’un blond devienne spontanément brun s’il ne se teint pas les cheveux, qu’un chauve précoce retrouve spontanément ses cheveux sur le tard, qu’un Asiatique aux yeux bridés se débride en quelques mois sans le secours d’un artefact quelconque...

On en retiendra l’idée que l’ectoderme fonctionne préférentiellement sur un régime d’expression génique qui conserve les structures, combat les mutations, recopie les modèles à chaque renouvellement cellulaire. pour garantir la fidélité de ces copies à l’original, l’ectoderme doit maîtriser au mieux les informations qui risqueraient de la mettre en péril.

Qu’à cela ne tienne ! Puisqu’il faut surveiller, réguler, intégrer de manière cohérente les informations reçues, ordonner de corriger les écarts et dysfonctionnements, sauver sa peau au sens le plus littéral, l’ectoderme a inventé le cerveau, la super-centrale de régulation de l’organisme ! Le système nerveux dans son ensemble (ainsi que l’un de ses prolongements les plus sophistiqués : la rétine) prend naissance dans une sous-partie de l’ectoderme, qu’on appelle le neurectoderme.

Or le système nerveux cumule les caractéristiques du niveau Représentation : prévision et planification (stockage mnésique dans les réseaux de neurones), répulsion vis-à-vis des risques de mutations lors du renouvellement cellulaire (non-renouvellement quasi-total des populations neuronales), pouvoir et hiérarchies (traitements emboîtés et filtrés des informations pertinentes dans des modules lourdement asservis à l’autorité centrale : pour les messages sensoriels (vue, ouïe...), hiérarchies d’aires primaires (décodage physico-chimique et premier classement de l’information), secondaires (construction de semi-représentations cohérentes aptes à être mémorisées), et d’intégration (souvent dans les parties frontales du cerveau : élaboration au niveau de la conscience de délibérations sur la conduite à tenir), réciprocité de la représentation (se représenter l’autre, se représenter à l’autre), représentation de représentation (création d’une fonction exclusivement consacrée à la représentation, même d’objets imaginaires : l’imagerie mentale, résultant d’une haute intégration de la messagerie neuronale). Si l’ectoderme n’a rien à voir avec le niveau “R”, alors il trompe bien son monde.

Coïncidence ? Il suffit de considérer les autres feuillets.

Le niveau “E” et le mésoderme

Le mésoderme (“méso” = milieu) se différencie en appareil locomoteur (squelettique et musculaire), système circulatoire, une partie du système uro-génital. Tous ces systèmes sont très gourmands en protéines, car leurs dépenses en protéines et leurs dépenses métaboliques sont élevées ; ce sont ces systèmes qui consomment et fournissent de l’énergie avec le plus d’intensité (activité musculaire, maîtrise de l’espace, activité rénale du tri des déchets, renouvellement constant des cellules sanguines et immunitaires) ; le génome doit donc travailler à plein régime s’il veut pourvoir à tous ces besoins en protéines. De plus, les tissus dérivés du mésoderme consomment avec prédilection de l’énergie sous ses formes les plus concentrées, donc les plus rentables : glucose, cycle ADP-ATP.

Fixation de l’oxygène sur les cellules sanguines, distribué ensuite aux mitochondries (centrales d’énergie cellulaires), structuration et mise en mouvement des masses molles de l’organisme (macrosquelette : nos os ; microsquelette : cytosquelettes, actine et myosine, microtubules), donc résistance aux forces d’inertie engendrées par la gravité ; l’intensité des combustions met en valeur les processus de mobilisation non seulement spatiale, mais aussi chimique : la dualité des protéines kinases (en gros, activatrices) et phosphatases (en gros, démobilisatrices) constitue l’un des outils majeurs de ce niveau.

Génétiquement, les tissus dérivés du mésoderme répondent à la nécessité de mouvement, de maîtrise corporelle de l’espace, d’action physique sur le milieu, de maintien de la chaleur corporelle, d’interaction concurrentielle avec le milieu (chasser, attaquer, se défendre, fuir), de chambre de combustion des sources d’énergie, d’auto-défense au niveau macroscopique (la lutte pour la vie, la bagarre, tuer pour ne pas être tué, prendre ses jambes à son cou, être vigilant vis-à-vis de tout danger éventuel) et microscopique (les armées du système immunitaire, toujours en escarmouche quelque part, entre deux conflits majeurs lors d’infections ou de mutations dangereuses).

Si ce ne sont pas là du duo (pour l’énergie) - duel (pour les luttes) avec l’environnement qui caractérisent le niveau “E”, alors cela y ressemble. Comme y ressemble bien le haut niveau de dépenses énergétiques que cela représente.

Notons que ce niveau “E” est moins regardant que le niveau “R” sur la conservation de la configuration génique des cellules. Le niveau “E” est celui des accommodements, des adaptations, des vrais apprentissages : ceux qui modifient l’identité par actions-réponses, par expériences-bilans. Par exemple, certaines cellules immunitaires se reconfigurent génétiquement pour conserver la mémoire d’un envahisseur contre lequel elles ont appris à lutter : c’est le principe de la mémoire immuntaire. Les anticorps, champions du duo-duel, sont d’ailleurs une classe de protéines bien caractéristiques du niveau “E”.

Le niveau “ T ” et l’endoderme

L’endoderme (“endo” = dedans) se différencie en appareil digestif, appareil respiratoire, et une autre partie de l’appareil uro-génital (la vessie collectrice de déchets à rejeter). Ce prolétariat des organes humains, auquel on ne demande que de travailler en continu en se faisant oublier le plus possible, est bien peu “représentatif”. On peut se vanter de sa belle peau, de son bronzage, de ses cheveux blonds et bouclés, de son intelligence, de ses muscles volumineux, de sa capacité à “tenir” l’alcool, les drogues et les toxiques. Mais qui se vante de son pancréas, de son estomac ou de son intestin ? Et pourtant...

L’appareil respiratoire et l’appareil digestif sont tout simplement la source - inépuisable à l’échelle d’une vie humaine - de notre vie au quotidien. Ces tissus constituent l’interface entre le soi organique (notre corps), et le radicalement étranger dont on doit tirer nourriture, substance, énergie : l’interface pulmonaire nous fournit en oxygène (l’asphyxie, l’anoxie sont un des moyens les plus sûrs et les plus rapides d’endommager irrémédiablement tous les éléments de notre corps en même temps), l’interface digestif nous fournit en nutriments, condition radicale de la survie.

Cela ne va pas sans un ensemble d’opérations physico-chimiques destinées à extraire du milieu ce qui en est utilisable, et à en rejeter ce qui est irréductiblement étranger. ; dans les tissus dérivés de l’endoderme, ce tri s’opère en faisant subir les pires sévices aux molécules gazeuses ou solides : par tous les moyens physiques et chimiques (sur la nature desquels l’endoderme n’est vraiment pas regardant !), les molécules sont modifiées, écrasées, cassées, disloquées, défigurées, décomposées, éparpillées, épurées, filtrées, dissoutes, réduites, brassées, mélangées, exploitées, transformées, déformées... C’est le règne des mutations, des fermentations, des parasitismes, des putréfactions, des tris orientés, des rejets radicaux. Tout un monde grouillant en transformation constante, où l’on met autant de vigueur à récupérer ce qui peut l’être qu’à rejeter ce qui ne sert à rien. Rien à voir avec le monde “R” du dialogue ou le monde “E” de l’apprentissage ; ici, on détruit, on exploite, on rejette. La loi de la jungle permanente. On ne s’étonnera pas de voir les enzymes (classe de protéines activant les désagrégations moléculaires) jouer un rôle majeur dans l’endoderme. Et je fais à peine allusion au sexe, organiquement lié depuis l’œuf aux organes sécrétoires de l’endoderme. Le sexe, à part nous procurer jouissances suprêmes et complications sociales sans nombre, a certes pour fonction de nous multiplier, mais aussi de nous faire muter.

Le processus de diversification génétique (en parfait antagonisme avec le processus de conservation génétique du niveau “R”) sont à l’œuvre dans la méiose (processus d’échanges de segments géniques propre aux cellules germinales). De même que ce sont les cellules germinales qui émettent dans notre corps les signaux qui vont abréger notre propre vie...

Et ce que l’on appelle des mutations génétiques (dont certaines peuvent conduire à des cancers) relève d’un affaiblissement localisé des systèmes de contrôle de l’intégrité génétique face aux moteurs de diversification.

Le complexe endoderme-cellules germinales se révèle bien porteur des incitations propres au niveau “T” : muter, transformer, dépersonnaliser, détruire, tuer, éliminer, exploiter, brasser, rendre flou, multiplier, diversifier... SUITE

Cet article vous a été proposé par : Jean-Paul Citron



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