
Force d’excitation (excitation dépense)
L’excitabilité Bélier est naturelle. Le meneur du Zodiaque obéit à la nécessité de l’acte pur, non pas "acte gratuit", la gratuité étant devenue une fin intellectuelle, mais acte-réflexe, réponse spontanée, indifférente à la qualité de la stimulation. Initialement, pour le type Bélier, le but à atteindre importe peu, pourvu qu’il soit dans une lancée, à l’impact de sa trajectoire il reconnaîtra son destin ; à la violence du choc il mesurera sa volonté. L’élan dans le brouillard va vers la découverte ; d’un télescopage à l’autre l’expérience se construit, les formes du monde s’affirment, mais il est parfois des collisions sans lendemain et le Bélier est de ceux qui périssent en se mesurant de trop près avec la vie.
L’absence d’objectif préalable caractérise la structure du Signe. Empreinte sociale nulle, préméditation indigente, à chaque Printemps la Nature réédite Adam et Eve. II est cet homme, porteur de générations futures, prêt à un nouveau combat, prêt à d’autres erreurs. Du fait de son pouvoir de régénération nerveuse qui l’entretient dans un climat de jamais-vu, le Bélier remet en cause les acquisitions de sa civilisation. Sa jeunesse assimile mal l’éducation, triste testament des ancêtres. Sa liberté implique un devoir de création, et sa révolte sauvegarde l’originalité de chaque naissance en brisant le danger d’une collectivisation uniformément plane. La sensation, au stade d’éveil, porte des témoignages exagérés sur un monde ressenti comme une cuisante insolation. Extrêmement sensible aux effleurements de l’ambiance - tout ce qui l’entoure le touche à vif - il a de lui-même et des autres une extraordinaire notion de présence.
Les réalités le défient ; s’il répond à leur insolence par de la surenchère, le même élan en fait un héros inattendu, un paladin redressant les situations désespérées lorsque la provocation est un appel de détresse. Aucune perspective morale ne sous-tend son abnégation. II donne toujours plus qu’on ne lui demande, parce que la réponse est la preuve fondamentale de l’existence.
Le sacrifice n’est qu’un aspect de sa dépensivité, il consomme aussi bien son patrimoine vital dans une suite d’exploits où seule domine la satisfaction de s’exténuer à vivre : marcher jusqu’au record de la fatigue, aimer jusqu’aux confins de l’amour, vider ses joies jusqu’au dégoût.
La volonté d’abnégation devient facilement intrusive (tel l’apostolat du "nous vous sauverons malgré vous"). Les exégètes du sacré placent le Christ rédempteur sous le symbole du Bélier. L’holocauste du Dieu fait homme pour racheter une humanité qui ne lui demandait expressément rien épouse un schéma Bélier, tant il est vrai que ce Signe est peu soucieux de réciprocité. En dehors de sa signification religieuse, l’offrande du Christ à une valeur allégorique : se donner revient à échanger I’avoir contre l’Être, Passé contre Avenir, quantité contre qualité. Le troc, après coup, se révèle avantageux. II est rarement accepté de prime abord : on sait ce que l’on quitte, dit le proverbe des enracinés, sait-on ce que l’on prend ? Combien se récusent devant le danger de n’être qu’eux-mêmes. En dépit des réticences jamais démodées de l’espèce, l’évolution se réalise, irrésistible ; elle nous vaut aujourd’hui la qualité d’homme, à charge de la dépasser.
Ainsi le sacrifice, forte notion du Bélier, tient à la fatalité de toute ascension : il faut payer en souffrance ou en absurdités l’accession à un ordre meilleur, à une vision plus haute du monde. Pour un vrai Bélier ce tribut est chose légère compte tenu de sa volonté d’Être.
La sensation au stade Bélier émerge de l’indifférencié pour prendre les commandes de l’adaptation. Les premiers pas sont grinçants, la conscience est braquée sur la cruauté du réel et la notion physiquement tragique de l’existence entraîne une césure entre Moi et Autrui ; il n’est rien de moins cessible que sa propre douleur. Dans ses relations avec autrui, relations amoureuses notamment, le Bélier est évidemment enclin à marquer son partenaire ; un amour sans stigmates n’est qu’une pâle attirance. Le réalisme du Bélier repose sur des perceptions fortes, globales, assez synthétiques et frustes. Son naturalisme est une interprétation animale des données du sensible ; tout conscient qu’il soit de ses privilèges d’homo sapiens il reste attaché aux lois de l’instinct.
En progressant vers le Taureau, la fonction prend du métier. Nous aurons alors le type Bélier chercheur de sensations, parfaitement rompu aux prouesses sportives.
Force d’excitation (Excitation dépense)
En élargissant la formule du Bélier nous obtenons le type Gémeaux. L’excitabilité est diffuse, peu apte à une concentration durable (mots-clés du troisième Signe zodiacal : nervosisme, dispersion, cosmopolitisme). L’intensité s’est étendue : pour le symboliste il y a transition entre l’Énergie et l’Espace. Si la surface des océans a ses degrés de profondeur, il arrive à l’épidermique Gémeaux de recouvrir aussi des abîmes, mais par tendance l’excitabilité doit aplanir les reliefs, détruire les îlots d’inhibition, submerger les barrières du Taureau. Mercure, dieu des Airs, Maître traditionnel des Gémeaux est le centre de la précieuse notion d’ouverture. II est l’aspect omniprésent de l’énergie, l’éther des anciens, la lumière des modernes et la conscience divine des catéchumènes. En somme : une généralité primordiale, une toile de fond sur laquelle nous nous détachons en amours, en actes, en intentions.
La dispersion des Gémeaux à pour unité un mouvement créateur de métamorphoses : mouvement semblable à l’onde d’excitation qui dégèle les stéréotypies et les inductions tenaces. Mais cette unité n’a pas de centre stable, le Moi est en expansion, éparpillé comme une brassée de moineaux et volatilisant les formes qu’il voudrait fixer. La carence saisonnière réapparaît dans sa pleine évidence au stade de l’excitation totale. Un pur Gémeaux échappe à l’attraction d’un point dominant, il pèche par son impossible incrustation dans les êtres et les choses, car si le nomade suit une courbe sans fin, lui s’abandonne aux lignes brisées. II a surtout le goût des carrefours.
L’excitabilité diffuse, réfractaire aux conduites excessives, comprend la liberté comme une éternelle levée d’écrous (contraste avec le Taureau, type à entraves), comme une amnistie permanente coupant court aux obligations prolongées. Liberté de se renier, de se démettre, liberté de se refaire une personnalité après l’autre : chance inestimable de l’homme.
Avec l’élargissement de l’excitation nous nous éloignons des perceptions brutales du Bélier. Le monde parvient aux Gémeaux comme une polyphonie, il ne s’en dégage pas de ces tonalités criardes qui dictent au Bélier une conduite inflexible. L’acuité du premier Signe s’est convertie en un sens averti des ensembles. L’esprit de découverte s’est due en curiosité, celui d’innovation en ingéniosité et le milieu, devenu familier, a perdu ses inflexions provocantes. Avant le processus de réaction qu’ouvrira le Cancer, il reste au Gémeaux de tirer profit du commerce des choses. II puise ce profit psychologique dans le sens des correspondances naturelles, lesquelles entraînant la personnalité à devenir complice du milieu. L’individu est alors associe à son entourage, dans l’acceptation la plus large, qu’il s’agisse de ses vêtements ou des étoiles témoins de nos pas.
Sur le plan de l’action, la force d’excitation des Gémeaux exprime le pouvoir naturel de généralisation ; par conséquent, la communication ou conversion d’influences étrangères en données familières. La Tradition accorde aux Gémeaux tout ce qui implique un trait d’union et sous-entend une intelligence pré-adaptée. Paroles, signes, gestes, sont autant de moyens d’échanges. lIs supposent réceptivité et "consonance" de part et d’autre du dialogue. Théoriquement, le type Gémeaux réussit dans l’art délicat de la transmission ; il vulgarise l’inspiration, lui donne les formes propices à sa diffusion, réglées sur les possibilités de l’interlocuteur (don de persuasion, maîtrise des codes).
L’intuition est considérée comme sa faculté maîtresse, mais suivant notre optique cette fonction répond des valeurs archaïques ou moindrement adaptées. Le pôle fort du Signe dépend plutôt de la sensation parvenue au stade abstrait. L’utilité productive du Taureau est ici dépassée, le monde sensible est un spectacle pour l’esprit ; ni le commerce, ni l’activité pratique ne sont exclus, mais l’art pur peut en bénéficier. De même, le positivisme du Signe se soucie d’une formule digne et se prend à des apprêts esthétiques.
Le type Gémeaux se préoccupe de l’enveloppe des choses en donnant aux apparences une vie propre. On imagine bien la sensation abstraite au départ de son sens décoratif, de son intelligence adaptative, de son habileté à définir un personnage, un comportement, un problème en quelques traits stylises.
Force d’Excitation (Excitation déblocage)
Succédant au Cancer, la phase léonine représente l’excitation déblocage, l’élément nouveau qui surmonte l’obstacle (force mieux dirigée, conception moins diffuse de l’impasse).
Hercule, héros léonien, n’a pas d’entraves, des dieux acrimonieux se liguent contre lui, Junon lui dépêche un serpent : il l’étrangle. On espère que les écuries d’Augias viendront à bout de son souffle : rien n’y fait, ni le lion de Némée, ni l’hydre de Lerne, ni les cent vierges ; il mourra des soupçons de sa femme.
Soyons attentif à ce champion du déblocage, il symbolise l’homme tenant en échec les vents contraires, enjambant la fatalité à la surprise des pessimistes. Ce qui était tenu pour immuable se découd. La où se trouvent un rébus, un record censément imbattable, un Rubicon infranchi, tôt ou tard passe Hercule pour congédier l’impossible.
La psychologie du léonien fort est dominée par le mécanisme de déblocage. Le pouvoir doit s’aligner sur le vouloir. Il ne supporte pas les frontières, Il se permet quand on hésite, tranche où l’on tergiverse et commande où d’autres obéissent. Son impulsion désintègre l’ordinaire, c’est l’assaut d’une volonté décidée à briser ses tutelles.
Cependant le caractère léonien ne suit pas exclusivement une politique de hauteur. Les limites du humble, du pauvre, peuvent être franchies par une plus grande indigence. Il n’y a pas de sens unique dans ses prouesses, ce qui importe c’est d’éviter la situation quelconque et d’être épargné par le nombre, le médiocre milieu. Il se trouve donc brave entre les braves, Roi des rois ou premier des gueux : animé par sa volonté de dépassement et de distinction.
Le léonien atteindra la négation de lui-même en se pliant au-dessus de sa passion. Voué à la décristallisation, il en oublie ses propres œillères. Après le Moi conservateur, il combattra le Moi révolutionnaire. Non point pour se tenir en une tiède médiation, mais par réaction contre un rôle définitif. Ce Signe représente la faculté de se régénérer soudainement, de se déterminer au mépris des instincts, des traditions et habitudes, bref, par volonté. Napoléon Bonaparte usait avec la même sérénité des forces du bien et des forces du mal ; il avait surtout le pouvoir d’échapper à sa propre légende.
Celui qui poursuit l’illimité souffre des hommes et de sa condition de semblable, mais un double programme le stimule : s’élever par rapport à la masse, se transformer par rapport ace que l’on est. L’orgueil léonien découle ainsi d’une foi insensée dans le Vouloir. D’ailleurs, s’il est dévot, il suppute en Dieu un pouvoir objectif et serein dans son exercice, nécessairement infaillible, sa qualité d’absolu excluant la moindre visée intéressée. On imagine combien l’émulation léonienne est méritoire : il s’agit d’acquérir un commandement au-dessus de toute comparaison ; de trôner au nom d’une autorité indiscutable. Il y a la un effort d’identification au Surmoi qui met en relief dess valeurs idéales : maîtrise de soi, grandeur, objectivité, conduite exemplaire par le courage physique ou les vertus du caractère.
Ainsi tes traits fondamentaux du Leonien répondent d’une source unique : le déblocage ou liberté de se dépouiller des autres et de soi, faculté de maîtrise et de dépassement. L’Espace est le milieu d’expansion élective du type Lion, il y rayonne ; c’est un spectaculaire, un homme qui se situe dans l’étendue pour la remplir de son importance.
La fonction Sentiment, en poursuivant son processus de concrétisation, prend au Lion des aspects tangibles. Ce Signe est dévolu aux objets de l’amour (concentration du sentiment) : les enfants, les plaisirs, les liaisons, les œuvres d’art, etc. L’adaptation du type Lion se fonde sur les affinités du cœur et l’exaltation de l’âme sensible : culte du beau, apologie du héros et de Ia passion. Le Moi s’efforce d’attiser l’admiration ou ses substituts (considération, dévotion, respectabilité), mais rien ne vaut une passion à laquelle il puis se tout entier se donner (si celle-ci lui retourne un sentiment de puissance). Le type Lion a des atouts pour provoquer, entretenir ou éteindre le climat propice aux desseins du cœur. Il est aussi bien courtisan que diplomate. Au registre supérieur, les thèmes de Devoir et de Religion, issus de la fonction Sentiment, se précisent. SUITE
Textes extraits de La Condition solaire, éd. Traditionnelles, 1964.
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