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Association pour la Recherche et l’Information
en Astrologie Naturelle

Statistiques, “effet Mars” et tricheries anti-astrologistes
Un siècle d’expériences & de recherches

La nature des effets astrologiques est avant tout conjecturale, stochastique et chaotique. Il n’existe par conséquent pas de déterminisme astrologique mécanique dont une étude statistique pourrait montrer, et non démontrer, la probabilité ou l’improbabilité. Ce fait n’a pas empêché partisans et adversaires de l’astrologie de s’y livrer pour le meilleur (rarement) et le pire (presque toujours). Pourtant, des études statistiques sérieusement conduites pourraient mettre en relief et détecter quelques-uns des effets astrologiques les plus saillants et donc les plus visibles. Mais celles-ci n’ont encore jamais été réalisées, bien que tous les éléments soient réunis pour qu’elles puissent être faites. Pour des chercheurs audacieux, un vaste territoire inconnu reste donc à explorer, sachant qu’il se limiterait à la partie émergée de l’iceberg astrologique, dont environ 90 %, en filant cette glaciale métaphore, resteraient donc hors de portée de toute statistique…

“Effet Mars” et tricheries anti-astrologistes

“Plus ou moins avoué, le scientisme implique les postulats suivants : que le monde est un tout donné, que le jeu phénoménal est compris dans un circuit fermé, que tout est donc calculable, que l’esprit scientifique ne doit pas désespérer de capter dans ses formules l’énigme apparente de l’univers, qu’il n’y a pas d’inconnaissable” (Jules de Gaultier, philosophe).

“Un champion, c’est fait pour être battu. Quelqu’un qui est au sommet, c’est fait pour tomber. C’est ça, le mythe d’Icare” (Louis Hamelin, écrivain).

“On peut passer pour un honnête homme et tricher au jeu sans que nul vous soupçonne” (Tristan Bernard, écrivain & dramaturge iconoclaste).

Avertissement : presque tous les liens permettant de sourcer les informations de cette section aboutissent sur des sites anglophones. La plupart de ces sites sont scientifiques, donc peu suspects d’être pro-astrologie. En effet, les sites d’anti-astrologie francophones traitant d’astro-statistiques sont presque tous lacunaires en informations sérieuses. Ils sont par contre très riches en désinformations et mensonges, puisqu’ils évitent presque tous de faire état des tricheries et falsifications systématiques et avérées dont nous allons maintenant raconter l’histoire édifiante. Désolé donc pour les lecteurs non-anglophones. Par ailleurs, les rares citations dont la source n’est pas indiquée ou ne fait pas l’objet d’un lien sont extraites du livre de Michel Gauquelin La Vérité sur l’astrologie.

Les tricheries du Comité PARA

La publication des premiers travaux de Michel Gauquelin fit l’effet d’une bombe dans la communauté scientifique, qui en fut scandalisée. Leur auteur dut traité “d’astrologue” ou de “para-astrologue” (parmi les pires insultes qu’affectionnent les scientistes) et leurs résultats furent passés par des spécialistes au crible d’une critique d’autant plus impitoyable qu’il s’agissait de rien moins qu’une possible influence des astres, que la science officielle considère comme une impossibilité biophysique. En dépit de l’agressivité, du mépris et de l’incompréhension dont il faisait l’objet pour ses recherches aux résultats hérétiques, Michel Gauquelin accepta en 1960 de collaborer avec les statisticiens du Comité Belge PARA, un aréopage de scientistes rationalistes voués à la critique impitoyable et au rejet de toute manifestation de ce qu’ils considéraient comme “paranormal”. Ceux-ci contrôlèrent pendant des années la validité de ses calculs, méthodes et résultats concernant exclusivement “l’effet Mars” qui devint ainsi un emblème. Ces experts en anti-astrologie furent contraints de reconnaître, après avoir multiplié les contre-expériences, que les résultats obtenus par Michel Gauquelin étaient corrects : ils obtenaient sensiblement les mêmes, et par conséquent le Comité PARA se devait de confirmer et d’avaliser la corrélation entre les angularités de Mars et la profession de champion sportif !

L’anti-astrologisme n’étant pas une science, ces scientistes ne purent admettre que Mars ouvre une brèche combative et réaliste dans le mur de leurs aveuglements et préjugés. Pour ne pas reconnaître la réalité de “l’effet Mars”, ils allèrent jusqu’à remettre en question les formules statistiques en usage et se gardèrent bien de publier les conclusions de leurs contre-expertises. Il y eut néanmoins des fuites : certains membres du Comité PARA, plus honnêtes intellectuellement que la majorité de leurs confrères, étaient révoltés par cette tentative désespérée de masquer ces faits. Rémy Chauvin, biologiste et entomologiste réputé, directeur du Laboratoire de psychologie animale à la Sorbonne et très ouvert aux inconnu(e)s de la science officielle, eut vent de ces fuites. Dans la section consacrée à “l’affaire Gauquelin” de son livre Certaines choses que je ne m’explique pas (éd. Retz) paru en 1976, il fait mention avec stupéfaction de la réponse qu’il a reçue d’André Koenigsfeld, alors président du Comité PARA, lorsqu’il lui avait demandé des explications au sujet de cette censure. Voici le texte surréaliste de cette réponse : “Nous avons en effet vérifié les calculs de M. Gauquelin et nous sommes d’accord avec ceux-ci… Mais là où nous ne sommes pas d’accord, c’est sur ses conclusions que nous ne pouvons pas admettre”. À propos de la même “affaire Gauquelin”, le biologiste Jean Rostand, rationaliste enragé, se montrait encore plus ubuesque dans une déclaration parue dans les Nouvelles Littéraires du 27/11/1969 : “Si maintenant la statistique se met à prouver l’astrologie, alors je ne crois plus à la statistique”. Ce qu’on pourrait traduire par “Quand on veut tuer son chien, on dit qu’il a la rage”… et ce qui n’est pas du tout un raisonnement scientifique, et prouve une fois de plus que l’anti-astrologisme n’est pas une science, mais une vulgaire opinion.

Devant ce refus de publication des résultats de cette contre-expertise, Michel Gauquelin prit la décision de les révéler lui-même lors d’un congrès scientifique, provoquant ainsi un tollé quasi général parmi les membres du Comité PARA, dont les manœuvres dilatoires éclatèrent ainsi au grand jour. L’un d’entre eux, l’astronome Jean Dommanget, écrivit alors à Gauquelin que “puisqu’il en est ainsi, nous ne voulons plus rien avoir avec vous”. Mais du coup, le Comité PARA, par crainte du scandale que son attitude pourrait provoquer, a fini à reculons par mettre en chantier un compte-rendu des contre-expertises où il s’efforça de noyer le poisson marsien dans un épais brouillard de phrases creuses et de formules mathématiques agitées comme des hochets d’enfant. Il en ressortit grosso modo que les calculs des Gauquelin étaient justes mais faux, et que les résultats positifs obtenus en toute indépendance par le Comité PARA lui-même seraient le fruit d’erreurs de Gauquelin, ce qui est un comble de mauvaise foi et d’irrationalisme.

Révolté par ces comportements et réactions anti-scientifiques et irrationnels (attitudes bizarres quand on prétend comme le Comité PARA combattre les fausses sciences et le paranormal au nom de l’idéologie scientisto-rationaliste...), le professeur de statistiques et statisticien Luc de Marré, qui faisait partie du PARA, en démissionna. Les magouilles du Comité PARA au sujet de “l’effet Mars” le firent passer du camp des sceptiques à celui des pro-astrologie. Il fit paraître en 1982 un article intitulé “Comments on research on Mars effect by P. Curry(“Commentaires à propos de la recherche sur l’effet Mars de P. Curry”) dans la revue Zetetic Scholars, qui a pour vocation de critiquer rationnellement le pseudo-scepticisme du scientisme rationaliste. Le P. Curry dont il est question dans le titre est Patrick Curry, un philosophe des sciences qui a réalisé une enquête exhaustive et très critique sur le traitement qu’avaient réservé les scientifiques aux astro-statistiques. Luc de Marré, qui fut fortement impliqué dans les contre-expertises de “l’effet Mars” du Comité PARA, livre dans ce texte le témoignage suivant :

“En réalité, le Comité a été incapable de découvrir la moindre erreur dans les calculs de M. Gauquelin, pas plus d’ailleurs que dans tous les résultats qu’il avance (…). Les résultats de toutes les contre-expériences tendent à confirmer l’hypothèse de M. Gauquelin. En particulier, un glissement des heures de naissance, en fonction de l’ordre alphabétique des champions, révéla sans conteste que les fréquences théoriques calculées de Gauquelin étaient correctes. En septembre 1976, le Comité publia un rapport de 17 pages relatif à son travail concernant cette recherche. Il est étonnant de constater qu’il ne mentionne aucune de ces contre-expériences ; bien au contraire, il accuse M. Gauquelin d’erreurs démographiques imaginaires. Ce dernier point est d’autant plus surprenant que c’était M. Gauquelin lui-même qui avait attiré l’attention de M. Dommanget, un membre du Comité, sur l’existence d’un problème démographique ; il avait, en outre, fourni à ce dernier les moyens de le résoudre”.

Non seulement l’anti-astrologisme n’est pas une science, et le Comité PARA composé de scientifiques ou se prétendant tels l’a prouvé expérimentalement, mais en plus les scientistes pseudo-sceptiques et pseudo-rationnels qui s’adonnent à cette pseudo-science n’hésitent pas à recourir aux pires crapuleries intellectuelles pour ne pas avoir à remettre en question leurs préjugés anti-astrologiques.

Les tricheries de l’astronome Paul Couderc

L’effet Mars” produisit aussi un effet certain sur Paul Couderc, astronome, vulgarisateur scientifique, membre de l’Union Rationaliste et féroce militant anti-astrologiste. Il est notamment l’auteur des premières éditions du volume L’astrologie de la collection Que sais-je (éd. P.U.F.). Ces opuscules étaient bien entendu de piètres ouvrages de propagande et de désinformation scientiste anti-astrologiste. La première édition datait de 1951 : Michel Gauquelin n’ayant pas encore publié ses travaux, Couderc se contentait de casser du sucre frelaté sur le dos de l’astrologie traditionnelle sans se fatiguer. Mais après 1955-56, il fut mis au courant des études statistiques de Gauquelin. Comme aucune réédition de son livre n’était prévue à brève échéance, il dut se contenter de publier en 1968, histoire de marquer quand même le coup, un court texte dans un obscur opuscule intitulé “Catholiques d’aujourd’hui et sciences occultes”, ce qui ne manque pas de sel pour un scientiste, dans lequel il déclarait que “les résultats de M. Gauquelin n’ont pas de valeur, ses méthodes sont confuses, aucun scientifique digne de ce nom ne les avalise”. Aucun, sauf les scientifiques du Comité PARA qui les ont bel et bien avalisées à reculons, mais en refusant d’en tirer comme Michel Gauquelin la conclusion majeure et hérétique, à savoir qu’il existait petite probabilité d’influences planétaires.

Il faut dire, à sa décharge publique, que quand Paul Couderc a écrit ces sornettes, euh, pardon, ce credo anti-astrologique dans cet opuscule catholique (ça ne s’invente pas !), le Comité PARA n’avait pas encore terminé ses contre-expertises. Couderc finit par prendre connaissance de la première mouture de celles-ci, qui se contentait d’exposer la confirmation expérimentale de la validité des travaux de Gauquelin en refusant frileusement d’en tirer la moindre conclusion pouvant apparaître comme une quelconque caution d’un fait astrologique. La Sainte Chapelle scientiste du Comité ayant donné son onction, Couderc se comporta en bon clerc de son église lors de la réédition, en 1974, de son opuscule de la collection Que sais-je ?. Tout en y réitérant, imperturbable, son entreprise de propagande et de désinformation anti-astrologique, il osa évoquer le “cas M. G.” (il vaut mieux ne pas appeler le diable par son nom, ça pourrait porter malheur même à un prétendu rationaliste). Il reconnaissait en Michel Gauquelin “un chercheur sincère, cultivé, d’une grande activité” et mentionnait la vérification de “l’effet Mars” par le Comité PARA comme “un succès pour M.G.”.

Le notoire anti-astrologue Paul Couderc aurait-il été soudain frappé par le virus de l’honnêteté intellectuelle ? Pas du tout. Il n’avait tout simplement pas été informé des non-conclusions tardives du Comité PARA qui avait décidé que finalement, en dépit de ses propres contre-expertises qui toutes confirmaient les résultats obtenus par Gauquelin, celui-ci avait tort étant donné que ses conclusions n’étaient pas anti-astrologiques. C’était évidemment un raisonnement “rationnel” difficile à comprendre, mais quand on aime l’anti-astrologie, on ne compte pas ou plus. C’est une sorte “credo quia absurdum” à l’usage des pseudo-sceptiques.

À la décharge (toujours publique bien entendu) de Paul Couderc, il faut savoir que l’ultime rapport du Comité PARA sur “l’effet Mars” n’a fait l’objet d’une publication confidentielle que 16 ans après les contre-expertises, soit en 1976, afin que cette forfaiture soit aussi peu révélée que possible. Il s’agissait d’un texte de 17 pages absconses d’où il ressortait que “Le Comité conteste la validité des diverses formules adoptées par M. G… Elles ne tiennent pas compte correctement de la probabilité théorique d’arrivée des configurations (…). Le Comité ne peut donc accepter les conclusions de M. G. aussi longtemps qu’elles seront basées sur les méthodes et les formules que celui-ci préconise”. Cette critique ne portait en fait que sur des irrégularités séculaires mineures des mouvements de Mars, qui ne remettaient en rien en question les statistiques de Gauquelin. Mais il fallait bien trouver quelque chose pour soulager “tous ceux que les propositions de M. G. ont alarmés”. On remarquera dans le paragraphe suivant que Couderc, en clerc obéissant, servile et zélé, s’est contenté de platement paraphraser et même de copier-coller les conclusions mensongères du Comité. Gauquelin rejeta bien entendu les conclusion tendancieuses et de mauvaise foi de ce Comité bouffon.

On imagine sans peine la tête que Couderc fit quand il réalisa que dans la réédition de son opuscule mensonger, il avait laissé passer une maigre bribe de vérité, qui plus est condamnée par le Comité PARA ! Coup de chance, il fut procédé en 1978 à une nouvelle réédition de L’astrologie, toujours dans la collection Que sais-je ?. Sans craindre de passer pour un ignare, un imbécile et un vulgaire mouton, Couderc y opéra un virage sur l’aile à 180° en écrivant cette fois que “M. G. a certainement sous-estimé la complexité des questions astronomiques qu’il a cru représenter par des formules élémentaires. Les astronomes et les statisticiens du Comité PARA, après une consciencieuse étude, déclarèrent ces formules inadéquates. Cette conclusion soulagera tous ceux que les propositions de M. G. ont alarmés”.

Notez que vous n’aurez aucune connaissance de ces volte-faces opportunistes et pseudo-rationnelles de Couderc en consultant sur ce sujet le site de l’AFIS (Association Française pour l’Information Scientifique), une officine de l’Union Rationaliste. Pas un mot de ces retournements de veste d’une édition à l’autre sous la plume de Jean-Paul Krivine, un forcené de l’anti-astrologisme primaire. Le rationalisme a des déraisons que la vraie raison ignore… On peut pourtant supposer qu’il a lu les différentes éditions. Sinon, on ne s’explique pas ce pieux silence pseudo-zététique. Le livre L’astrologie de Que sais-je ? a connu par la suite d’autres tribulations, au gré des changements d’auteurs de cet opuscule, qu’il est inutile d’exposer ici.

Le manifeste anti-astrologiste des prix Nobel ignares

Après cette brève expédition coudercienne dans l’année 1978, revenons à 1975, soit un an avant la parution confidentielle du rapport mensonger du Comité PARA. Cette année-là vit la publication sensationnaliste, dans la revue étasunienne The Humanist, d’un manifeste anti-astrologique contresigné par 192 “savants” dont 19 prix Nobel. Ce médiocre texte de propagande et de désinformation était accompagné de l’article d’un obscur “écrivain scientifique”, Lawrence Jerome qui, avec la bénédiction d’un astronome, y démolissait les travaux des Gauquelin d’une manière si simpliste et ridicule qu’il était absolument évident qu’il n’était qu’un ignare. Mais ce faisant, il les fit connaître outre-Atlantique, ce qui suscita des controverses et débats publics grâce auxquels Michel Gauquelin obtint un droit de réponse dans le numéro suivant de The Humanist. Il n’eut aucune difficulté à mettre en pièces les arguments de Lawrence Jerome.

L’éditeur de la revue était Paul Kurtz, un philosophe soit-disant sceptique à la botte de l’idéologie scientisto-rationaliste. Suite à la réplique de Gauquelin dans les colonnes de sa revue, il contacta le Comité PARA qui lui débita ses bobards, mais sans toutefois oser passer sous silence le fait que ses propres contre-expertises avaient validé les résultats des Gauquelin : s’ils le faisaient, ils risquaient d’être l’objet d’un scandale mondial. Perplexe, Kurtz demanda alors son avis à Marvin Zelen, professeur de statistiques à Harvard. Celui-ci lui confirma que les arguments de Lawrence Jerome ne valaient rien, mais qu’il ne pouvait ni confirmer ni infirmer l’avis du Comité PARA étant donné qu’il n’avait pas les connaissances en démographie et en astronomie pour trancher. La curiosité de Zelen était pourtant piquée, et il proposa à Gauquelin de mener une nouvelle expérimentation statistique.

Les tricheries de “l’expérience Zelen

L’hypothèse de Zelen était la suivante : si c’est d’une loi démographique, et non d’une loi astronomique dont “l’effet Mars” est une conséquence, alors il suffit de collecter les données de naissance de tous les champions sportifs et des non-champions nés à la même date, à la même heure et au même endroit. Si les angularités de Mars n’apparaissent comme statistiquement significatives que chez les champions sportifs, l’expérience montrera qu’aucune loi démographique ne peut justifier ce résultat, qui sera par conséquent obligatoirement l’effet d’une loi astronomique… et donc astrologique. Dans le cas contraire, c’est-à-dire si l’on ne constate pas de différence entre la fréquence des angularités de Mars chez les champions et les non-champions, “l’effet Mars” sera statistiquement invalidé. Le Comité PARA fut informé de cette nouvelle expérimentation. Loin de se montrer enthousiastes, ses membres préférèrent garder un mutisme prudent, attentiste et embarrassé. Ils ne pouvaient en effet pas ne pas savoir que les résultats de ce nouveau test valideraient probablement une fois de plus les résultats précédents des Gauquelin.

Sûrs de leur fait, les Gauquelin acceptèrent sans hésiter la proposition de Zelen. Ils parvinrent à réunir 16000 horoscopes natals de champions et non champions, et il fut procédé au test. Les résultats de celui-ci furent sans ambiguïté : seuls les champions étaient concernés par “l’effet Mars, selon des fréquences telles qu’aucun doute n’était permis. Le compte-rendu de l’expérience fut publié dans The Humanist en 1977. Ses résultats positifs firent sur Zelen et Kurtz l’effet d’une douche glacée : ils étaient persuadés que le test échouerait et clorait définitivement, pensaient-ils, le gênant chapitre de “l’effet Mars”. Ils ne voulaient par ailleurs pas voir leur réputation de rationalistes universitaires chasseurs de sorcières ternie par ce qui s’approcherait dangereusement d’une reconnaissance d’un fait astrologique qui aurait reçu leur caution. Ils s’adjoignirent alors la collaboration d’un astronome anti-astrologiste, George Abell, et se livrèrent à de basses manœuvres de tripatouillages des données afin d’éliminer un maximum d’individus considérés comme “champions”… alors que de toute évidence le test portait sur les “non-champions”. Ils parvinrent ainsi à faire baisser sérieusement la fréquence de “l’effet Mars”… mais pas au point de le faire disparaître par ce tour de passe-passe crapuleux.

Les conclusions qu’ils ont tiré de cette tricherie manifeste ont été publiées par les trois larrons en 1977, toujours dans les colonnes de The Humanist sous le titre “Y-a-t-il un effet Mars ?”. Les voici : “Que devons nous croire ? Si l’on croyait a priori en l’existence de l’effet Mars, les données de Gauquelin tendraient à confirmer cet a priori. En revanche, si cette croyance a priori en un effet Mars est faible, ces données seraient susceptibles d’engendrer une croyance a posteriori mais de manière insuffisante pour que l’on accepte l’existence de l’effet Mars”. C’est du grand n’importe quoi chèvre-chou et faux-cul au dernier degré. Il faut vraiment être d’une mauvaise foi sans bornes et d’une crapulerie intellectuelle insondable (les deux peuvent se cumuler) pour parler de “croyance” quand il s’agit de validation expérimentale d’un phénomène, certes très dérangeant pour l’establishment scientiste.

Cette histoire invraisemblable ne s’arrête pas là, pas encore. Plusieurs statisticiens de très haut niveau ont participé à la commission de contrôle de l’expérience Zelen. Aucun d’entre eux ne pouvait ignorer que Zelen, Kurtz et Abell avaient tripatouillé ensuite les données pour en modifier substantiellement les résultats. À une exception près, tous observèrent un silence parfait et zélé. L’exception s’appelait Elisabeth L. Scott, professeur de statistiques à l’université de Berkeley. Pire encore, elle faisait partie de ceux qui avaient signé le “manifeste anti-astrologique” de 1975. Cette honnête rationaliste, scandalisée par le déni de réel qui caractérisait la tricherie des trois larrons et leur conclusion filandreuse, leur adressa en 1978 une lettre au ton diplomatique mais très ferme. En voici le contenu relaté par Michel Gauquelin dans son livre La Vérité sur l’astrologie :

“Michel Gauquelin est venu à Berkeley la semaine dernière et nous avons eu plusieurs discussions intéressantes. L’une portait sur votre article paru récemment dans The Humanist. Vous m’en aviez fait parvenir une copie avant parution et j’ai téléphoné à chacun d’entre vous, ayant eu le sentiment que votre analyse pouvait être trompeuse. Il semble que votre article ait été publié sans modification majeure. J’aimerais donc faire paraître une brève note, voire une lettre, dans laquelle j’exposerais clairement ce que je considère comme étant votre erreur. Est-ce possible ? Publieriez-vous une telle note ?”. Qu’en termes modérés ces choses sont dites… Résultat : Kurtz refusa toute publication et pria Scott de s’occuper d’autre chose que de “l’effet Mars”. Le rideau tombe sur le premier acte ce cette sinistre comédie.

Les tricheries du CSICOP

Si Kurtz a envoyé balader Scott, ses critiques, son indignation et ses scrupules, c’est pour une excellente raison : il veut ouvrir le deuxième acte par un coup d’éclat. Il lui faut pour cela des statisticiens à sa botte, c’est-à-dire de purs exécuteurs de ses basses œuvres anti-astrologiques. Kurtz vient en effet en 1976 de créer le CSICOP (“Comité pour l’Investigation Scientifique des Prétentions du Paranormal”), un machin étasunien qui ressemble comme deux gouttes d’eau au Comité PARA belge, et il a annoncé qu’un de ses premiers travaux sera de s’occuper de “l’effet Mars” pour le démolir.

Sans demander son avis à Gauquelin, Kurtz fait collecter des données de naissance de champions sportifs aux U.S.A. Leur traitement statistique est terminé en 1978. Il en communique les résultats aux Gauquelin, qui constatent avec satisfaction que “l’effet Mars” est manifeste chez les grands champions mais qu’il disparaît chez les autres. Pas du tout, rétorquent Kurtz et son gang : tous les champions sont de grands champions, donc il n’y a pas “d’effet Mars”. Michel Gauquelin doit leur démontrer qu’il existe des critères parfaitement objectifs permettant de faire la différence, comme la célébrité en rapport avec la haute fréquence de grands exploits sportifs. Il leur fait aussi remarquer que la collecte en grand nombre de données de naissance fiables est extrêmement difficile aux U.S.A. étant donné l’absence de service d’État-Civil central et fiable, et que l’échantillon récolté par le comité anti-astrologique du CSICOP était trop réduit. Il proposa de l’augmenter en faisant appel à des données de sportifs européens et leur donna les sources nécessaires pour se les procurer.

Peine perdue : Kurtz et son gang arguèrent de cette proposition pour accuser Gauquelin de vouloir trafiquer les données, ce qui est un comble quand on sait de quoi ils avaient été capables et se allaient à nouveau se rendre coupables. En effet, Gauquelin leur avait alors dès le début précisé que sa théorie ne s’appliquait pas à certains types d’athlètes, en particulier aux joueurs de basketball qui, à l’époque, n’étaient choisis que pour leur grande taille et non pour leurs prouesses sportives. Le gang de Kurtz passa outre en toute connaissance de cause et incorpora un maximum de données de basketballeurs connus et inconnus dans celles de Gauquelin, ce qui évidemment fit très fortement chuter les fréquences marsiennes dans les “secteurs-clés”.

Pour faire bonne mesure (si l’on peut dire), Kurtz et son gang de tricheurs sélectionnèrent avec un si grand soin les champions sportifs qui ne se conformaient pas aux résultats européens de Gauquelin que le résultat de leurs propres statistiques fut que les fréquences angulaires de Mars étaient très souvent très inférieures à la moyenne théorique attendue, donc statistiquement significatives. Cette manipulation frauduleuse des données pour éliminer “l’effet Mars” aboutit ainsi paradoxalement à une confirmation en négatif de celui-ci. Kurtz et son gang de tricheurs étaient donc très nuls. Ces tricheries énormes n’empêchèrent pas le CSICOP de décider que ses conclusions étaient sans appel : “l’effet Mars” avait été invalidé pour sa plus grande gloire, et en dépit de résultats qui le validaient ! Rideau sur le deuxième acte.

Kurtz et son gang de tricheurs croyaient avoir définitivement enterré “l’effet Mars” dans les catacombes des données statistiques traficotées. Le démon astrologique était terrassé. Ils pouvaient savourer leur victoire qu’ils ont annoncée dans un grand tintamarre médiatique. Elisabeth L. Scott ayant été écartée de cette expérience et gardant le silence sur cette affaire, ils se croyaient tranquilles et se voyaient déjà se lancer dans de nouvelles aventures donquichottesques contre les moulins à vent réels ou illusoires du paranormal. Ils pouvaient ignorer les quelques rares critiques qui s’élevaient contre leurs méthodes de voyous, et en tout cas se permettre de ne pas les publier dans The Humanist, la revue de Kurtz toute entière à sa dévotion et à celle du scientisme le plus borné. Leur satisfaction fut pourtant de courte durée.

“Un groupe de pseudo-justiciers falsificateurs”

Ce fut l’astronome Dennis Rawlins qui déclencha l’ouverture du 3e acte dans un article qu’il publia en 1981. Rawlins était un sceptique endurci et un rationaliste extrêmement virulent qui ne peut être suspecté de pro-astrologisme. À ce titre il fit partie du conseil exécutif du CSICOP depuis sa fondation jusqu’en 1979, année lors de laquelle il en fut exclu par Kurtz et son gang parce qu’il refusait de cautionner leurs tricheries et leurs magouilles dans le cadre des contre-expertises sur “l’effet Mars”. Comme Elisabeth L. Scott, son rationalisme critique était incompatible avec la malhonnêteté intellectuelle et la manipulation de résultats expérimentaux pour la “bonne cause” scientiste. Mais contrairement à Scott, Rawlins n’usait pas d’euphémismes pour qualifier les méthodes scandaleusement frauduleuses du CSICOP.

Voici comment commençait son brûlot : “Ils se sont baptisés Comité pour l’Investigation Scientifique des Prétentions du Paranormal. Il s’agit en fait d’un groupe de pseudo-justiciers qui se sont fourvoyés dans leur principale enquête, qui ont falsifié les résultats, masqué leurs erreurs et chassé un de leurs collègues qui menaçait de divulguer la vérité. Le collègue en question était évidemment Rawlins, et son texte n’était pas le fruit de l’amertume ou d’une volonté de se venger de son éviction brutale du CSICOP. En effet, c’était depuis le début de l’expérience Zelen que Rawlins manifestait son désaccord avec les méthodes de Kurtz et de son gang. Et au début, Rawlins pensait seulement qu’ils se trompaient, cela d’autant plus qu’il avait été le seul à s’occuper des calculs astronomiques nécessaires à l’expérience, Kurtz et son gang en étant incapables. Le seul domaine sur lequel il n’avait pas de prise était celui de la récolte et de la sélection des données, sur lesquelles Kurtz exerçait une totale mainmise et ne partageait rien. Devant cette attitude, Rawlins se mit à suspecter Kurtz de honteux tripatouillages.

Ses soupçons se transformèrent en quasi-certitude lorsque Kurtz lui envoya “en secret le premier ensemble de données, expliquant qu’il désirait un regard préalable privé sur la façon dont se présenteraient les résultats”. Nul besoin d’être le plus perspicace des détectives pour en déduire que Kurtz ne voulait surtout pas voir rendues publiques des données qui risquaient de valider “l’effet Mars”… et que de telles préconisations n’avaient strictement rien à voir avec une authentique démarche scientifique. Après traitement statistique, Rawlins informa Kurtz du fait que ces données confirmaient “l’effet Mars”, ce qui déplut fortement à Kurtz, qui fit parvenir très rapidement à Rawlins, et cette fois sans aucune recommandation de discrétion, le même ensemble de données auxquelles il en avait ajouté de nouvelles. Évidemment, ces données ajoutées ad hoc faisaient spectaculairement chuter les fréquences de Mars.

Kurtz essaya de faire gober à Rawlins qu’il s’agissait d’une simple erreur de sa part, qu’il n’avait fait qu’oublier de lui transmettre ces données dans son premier envoi. Mais Rawlins ne fut pas dupe : il était bien le complice involontaire d’une énorme tricherie exécutée au nom sacré de la Science. Refusant de s’y plier, il finit par être exclu du CSICOP par Kurtz et son gang. Si ces derniers ont cru un instant que cette exclusion les laisserait enfin tranquilles pour continuer à tricher, ils se sont lourdement trompés : les critiques dont ils étaient l’objet étaient jusqu’à présent le fait de scientifiques extérieurs au CSICOP et d’autres qui en faisaient partie mais n’avaient pas directement participé aux manipulations frauduleuses de données à propos de “l’effet Mars”. Cette fois, elles venaient de quelqu’un qui avait été à son insu à l’intérieur de leur machine à fraudes et avait refusé d’en être le complice.

“Le plus grand scandale de l’histoire du rationalisme”

Les révélations de Rawlins firent mouche. Quelques scientifiques atteints d’honnêteté intellectuelle maladive ou craignant simplement pour leur réputation démissionnèrent à grand bruit du CSICOP, tels Persi Diaconis, professeur de statistiques à Stanford. D’autres, qui ne faisaient pas partie du groupuscule malfaisant de Kurtz, ne ménagèrent pas leurs critiques, tels R.A. Mac Connell, professeur de biophysique à l’université de Pittsburgh, qui adressa une lettre ouverte aux membres du CSICOP où il leur écrivait que “Sur la base d’une connaissance personnelle auprès des membres présents et passés du conseil exécutif du Comité, je suis convaincu que le rapport Rawlins est certainement véridique dans les grandes lignes, et probablement véridique dans ses moindres détails. Le récit de Rawlins laisse peu de place à l’imagination. Il a créé un document capital pour l’histoire et la philosophie de la science (…). Un scientifique l’a résumé en ces mots : ‘Rawlins a dévoilé le plus grand scandale de l’histoire du rationalisme’. Ce qui n’a nullement empêché Kurtz de continuer à passer pour un grand humaniste séculier et un sceptique au crâne ceint d’une auréole de majesté scientiste jusqu’à sa mort en 2012, ni le CSICOP de poursuivre son existence avec la bénédiction d’une majorité de scientifiques soit-disant sceptiques, tant il est vrai que l’anti-astrologisme n’est pas une science.

L’histoire ne s’arrête pas là. Nous avons déjà évoqué l’étude épistémologique de Patrick Curry à propos du témoignage de Luc de Marré, l’ex-membre du Comité PARA qui en avait dénoncé les méthodes malhonnêtes dans son un article intitulé “Comments on research on Mars effect by P. Curry” (“Commentaires à propos de la recherche sur l’effet Mars de P. Curry”) dans la revue Zetetic Scholars, dont le créateur et directeur est Marcello Truzzi (son cas sera évoqué plus loin). Voici ce qu’écrit Patrick Curry quelques mois avant la parution de l’article de Rawlins sur le traitement de “l’effet Mars” par le CSICOP : “Il me paraît inutile d’insister sur le fait que le Comité a mal mené l’enquête sur l’effet Mars ; (…) Son travail peut au mieux servir de modèle et d’avertissement pour la manière dont il ne faut pas conduire une telle investigation. Compte tenu des multiples mises en garde tant internes (Rawlins) qu’externes (Gauquelin) qui furent supprimées ou ignorées, il est même difficile d’accepter les protestations de ’bonne foi’ et de naïveté (Abell). Rawlins et Gauquelin sont en fait les deux seuls personnages principaux dont la crédibilité scientifique sort intacte de cette affaire. Il me semble que cette situation doit proscrire toute implication ultérieure du CISCOP dans la recherche relative à l’effet Mars, voire dans tout autre secteur relevant du ‘paranormal’.

Patrick Curry est aussi modéré, onctueux et utilisateur de litotes qu’Elisabeth L. Scott. Il est évident qu’il évoque des tricheries, qu’il ne croit en rien aux regrets tardifs de l’astronome professionnel Abell, qui évoquait sa “bonne foi” et sa “naïveté” pour se dédouaner de sa complicité dans cette entreprise de falsification. La conclusion de Perry est d’ailleurs sans appel. Pour le plaisir, on peut la traduire en un langage plus direct et moins policé : Le Comité a mené cette investigation avec un total et inexcusable manque de rigueur et de probité en falsifiant ou ignorant des données afin d’obtenir le résultat qu’il désirait, sans tenir compte des avertissements des experts. Le Comité est aux mains d’une clique de bouffons malhonnêtes qui n’a aucune compétence pour procéder à des enquêtes sur des sujets concernant des faits échappant à la grille de lecture de la science officielle.

Le directeur de Zetetic Scholars a envoyé une copie de cet article au gang de Kurtz six mois avant sa publication afin de leur permettre de répondre aux critiques de Curry, de se justifier et éventuellement de le contredire s’ils estimaient que les faits qu’il reportait étaient faux. Ni Kurtz, ni Zelen, ni Abell n’ont répondu, et ce silence en disait long sur le caractère indéfendable de leurs méthodes et pratiques.

L’effet Mars entraîne les rationalistes dans l’irrationnel

Les pseudo-sceptiques et falsificateurs du CSICOP n’en avaient pas encore fini avec les critiques. L’attaque en piqué vint cette fois de Richard Kammann, professeur de psychologie dans une université de Nouvelle-Zélande et accessoirement… consultant scientifique du CSICOP. Il n’avait pas participé à l’expérience bidouillée sur “l’effet Mars”. C’était évidemment un scientiste sceptique a priori contre l’astrologie en particulier et le paranormal en général (sinon, il n’aurait pas été membre du CSICOP). Par pure curiosité, il décida de se pencher sur le dossier Gauquelin et constata rapidement des “erreurs plus ou moins innocentes” commises par le gang de Kurtz. Il les leur signala, pensant qu’ils étaient peut-être de bonne foi. Il s’aperçut rapidement qu’il se trompait en constatant que le gang de Kurtz se contrefichait de ses avertissements.

Ne voulant pas être complice de cette mascarade, Kammann démissionna alors de son titre de consultant scientifique et publia en 1982 (comme Perry) un résumé de son étude sur cette affaire intitulé “Ceux qui ne croient pas à la vérité : comment l’effet Mars entraîne les rationalistes dans l’irrationnel” dans Zetetic Scholars. Lui non plus n’est pas tendre avec le gang falsificateur et il est beaucoup moins diplomate que Scott et Perry : “Mis en présence de la preuve irréfutable d’une relation entre la position de la planète Mars à la naissance et la réussite sportive, les sceptiques professeurs Kurtz, Abell et Zelen publièrent à plusieurs reprises des remarques fallacieuses pour refuser ne serait-ce qu’un rayon d’espoir à l’astrologie. Ils supprimèrent les résultats les plus favorables à l’effet Mars, divisèrent les groupes de naissance en tout petits morceaux, se servirent de tests statistiques erronés. Mais tout cela ne suffit pas pour se débarrasser de l’effet Mars. Ils donnèrent alors comme ultime argument que la découverte de Michel Gauquelin ne pouvait s’expliquer que par la tricherie ou l’incompétence dans le choix des données de naissances”. Kammann récuse ces accusations contre Gauquelin et atteste que “l’effet Mars” est irréfutable.

Le dénouement de cette affaire est plutôt étrange. En 1982 toujours, Kammann, Abell et Gauquelin se rencontrèrent brièvement dans un aéroport en attendant le départ de leurs avions. Il s’ensuivit une très franche explication au cours de laquelle Abell, semblant retrouver quelques bribes d’esprit scientifique et d’honnêteté intellectuelle, admit que le CSICOP avait failli dans sa contre-expertise de “l’effet Mars”. Éprouva-t-il des remords ? On ne le saura jamais. Étant donné sa totale implication dans la falsification des données, l’hypothèse de son innocence, de la “bonne foi” et de la “naïveté” dont il aurait selon lui fait preuve ne tenait pas la route. En tant qu’astronome professionnel aguerri, il ne pouvait que savoir ce qu’il faisait.

L’hypothèse la plus probable expliquant ce revirement était son implication dans un scandale scientifique qui éclaboussait sa réputation et dont il avait la possibilité de sortir, si ce n’est par le haut, du moins en limitant la casse en procédant à ce piteux aveu. Mais il faut aussi savoir qu’Abell avait écrit la préface du livre de Gauquelin Dreams and Illusions of Astrology, publié en 1979, donc probablement écrit en 1976-1977 au début de l’affaire des tests Kurtz-Zelen. Voici ce qu’il y écrivait : “Je ne peux pas imaginer un mécanisme permettant de produire l’effet Gauquelin. S’il était réel, il constituerait une nouvelle frontière passionnante pour la science”. Abell, natif de la côte ouest des USA, aurait-il retrouvé le mythe de la frontière après des années d’égarements ?

La fin de cette sinistre comédie a tout d’un “happy end” comme ceux qu’affectionne le cinéma étasunien sur fond de mythologie de la rédemption chrétienne, très étasunienne elle aussi. Abell le repenti convainquit Kurtz et Zelen qu’ils n’avaient pas d’autre solution que de reconnaître, non pas leurs forfaits (faut pas exagérer, quand même !), mais leurs “erreurs”. Pris comme ils l’étaient sous le feu impitoyable des critiques de multiples scientifiques et de témoignages accablants, ils n’avaient pas d’alternative à ce choix pour essayer de sauver ce qui restait de leurs réputations. Et c’est ainsi que le trio falsificateur fut contraint en 1983 dans sa propre revue, le Skeptical Inquirer (“L’Enquêteur Sceptique”), de publier un très court articulet intitulé “L’effet Mars selon Abell-Kurtz-Zelen : une réévaluation”. Après quelques balivernes du genre “la recherche scientifique est une constante remise en question, blablabla” destinées à piteusement se justifier a minima, ils écrivaient en toutes lettres que finalement, après mûre réflexion, ils estimaient que “Gauquelin a su calculer de façon correcte les fréquences de Mars à la naissance en tenant compte des facteurs démographiques et astronomiques du ‘problème’". Fin du 3e acte de cette tragi-comédie... qui sera suivit 14 ans plus tard par un très discret 4e acte quand Kurz reviendra une dernière fois à la charge, avec un culot monstre, pour tenter de faire oublier ses aveux de 1983... auxquels il se garde bien de faire la moindre allusion.

Profitons de ce baisser de rideau pour faire le point sur ces tribulations de l’astro-statistique au pays de la science officielle. Celle-ci aime à donner d’elle-même l’image d’un savoir majestueux, austère, rigoureux, humble, objectif, au-dessus des passions humaines et n’ayant pour finalité que la découverte de la Vérité. On voit ici que la réalité de la science est toute différente dès qu’elle est confrontée à des faits qui dérangent ou questionnent ses a priori, préjugés et certitudes. Elle peut alors afficher alors un tout autre visage, celui du mépris, du rejet intolérant et montrer qu’un grand nombre de scientifiques sont prêts à tout pour maintenir le statu quo de leurs savoirs, y compris à tricher, frauder, mentir, travestir les faits. Et en même temps, la plupart des scientifiques qui ne vont pas jusque là, prisonniers du consensus cognitif qui est le leur, ne réagissent pas devant ces pratiques honteuses et s’en font objectivement les complices - car dans ce genre de domaine comme dans d’autres, qui ne dit mot consent.

Le scandale dans le scandale

Vous avez trouvé cette histoire extraordinaire, incroyable, scandaleuse ? Attendez, ce n’est pas fini. Si l’on prend un peu de recul et de hauteur par rapport à ces événements et si l’on gratte pour voir ce qui se cache sous leur croûte peu ragoûtante, on s’aperçoit que ce qui s’est passé est encore plus extraordinaire, incroyable et scandaleux.

Résumons brièvement la situation. Un couple de chercheurs en astro-statistique obtient des résultats qui montrent qu’au moins trois planètes du système solaire exercent très probablement une influence sur les comportements humains à travers le critère de la profession. Ces résultats scandalisent les scientistes sceptiques et rationalistes qui y voient une réhabilitation de l’astrologie, ce qui est pour eux un crime contre la raison. Les chercheurs en question acceptent de soumettre leurs résultats à une contre-expertise qu’ils proposent à un comité de scientifiques belges de réaliser lui-même. L’un des deux chercheurs, qui est un sportif et s’est par conséquent entre autres penché sur les corrélations entre Mars et les horoscopes des champions, et qui a de plus un sens certain de la publicité et de l’auto-promotion, met en vedette ses statistiques marsiennes. Sans chercher plus loin, les scientistes acceptent de tester ce qui devient dès lors “l’effet Mars”, sans s’intéresser le moins du monde à Jupiter et à Saturne, planètes pour lesquelles les corrélations statistiques sont également positives. Tout ce qu’ils veulent en répliquant les expériences des deux chercheurs, c’est en démontrer les insuffisances et erreurs pour réaffirmer doctement à peu de frais l’inanité de l’astrologie.

Manque de pot pour eux, le résultat de leur contre-expertise est de confirmer cet “effet Mars”. Ils trichent et manipulent alors les données pour le faire magiquement, euh pardon, “scientifiquement” disparaître. Mais leurs magouilles s’avèrent inefficaces. D’autres scientistes aussi pseudo-sceptiques, pseudo-rationalistes et aussi intellectuellement malhonnêtes qu’eux, mais cette fois étasuniens, prennent leur relais et procèdent exactement de même. Mais cette fois, de nombreux scientifiques honnêtes dénoncent le scandale de ces manipulations de données, fraudes, mensonges et tricheries manifestes. Drapé dans sa dignité outragée de scientifique au-dessus de tout soupçon, l’un d’entre eux va jusqu’à déclarer que ces manœuvres anti-astrologiques ne sont rien d’autre que “le plus grand scandale de l’histoire du rationalisme”.

Et il a raison. Mais ce scandale en masque un autre, qui lui est corollaire et qui est peut-être encore plus grand du point de vue de l’épistémologie et de l’étude de la connaissance. Cet autre scandale, c’est le manque absolu, affligeant de curiosité dont tous ces scientifiques universitaires sur-diplômés qui représentent en principe l’élite de la science ont fait preuve dans cette affaire pour l’objet fondamental de ces controverses : l’astrologie. Ce sur ce quoi ils se sont focalisés au point d’en être aveuglés, ce n’est pas sur la planète Mars, et certainement pas toute la complexité du problème que pose sa possible sinon probable influence astrologique incompatible avec l’état actuel des lois et connaissances physico-biologiques, et encore moins le cadre conditionnel, contextuel extra-astrologique à l’intérieur duquel cette influence pouvait s’exercer et se modifier. Ce sur ce quoi ils se sont focalisés, ce n’est pas sur Mars, mais sur “l’effet Mars”, Jupiter et Saturne les ayant laissés de marbre. “L’effet Mars“ leur suffisait. C’était un dragon incongrûment surgi de la préhistoire de la science qu’il s’agissait de terrasser par tous les moyens possibles pour sauvegarder le savoir officiel actuel, et non un objet de curiosité quelconque.

Le constat est flagrant : les rares scientifiques intellectuellement honnêtes qui se sont rebellés contre les turpitudes de leurs confrères ne l’ont fait que pour des raisons internes à la science officielle. Aucun d’entre eux n’a témoigné d’aucun intérêt, d’aucune curiosité exploratoire, d’aucun désir de recherche expérimentale ou fondamentale pour l’hypothèse et les faits astrologiques qui étaient pourtant les objets qui se trouvaient au cœur de ces controverses, qui en étaient la raison objective même. Non : pour eux, “l’effet Mars” n’était qu’un énorme et cruel révélateur de ce que la science ne devrait jamais faire, ne devrait jamais avoir le droit de faire pour rester digne d’elle-même et de la déontologie, de l’éthique et de la morale dont elle s’estime dépositaire par définition.

Dans les manœuvres frauduleuses auxquels se sont livrés leurs collègues scientistes pour conjurer “l’effet Mars”, ils n’ont pas vu un déni de réel, ils ont vu un déni de science. Quand R.A. Mac Connel écrit à propos du témoignage de Rawlins qu’il s’agit là d’un “document capital pour l’histoire et la philosophie de la science” - et c’en est effectivement un - il rend hommage à un confère qui a eu l’audace de révéler au grand jour des pratiques frauduleuses d’une ampleur considérable qui déshonorent la science, il ne fait pas allusion au fait que ces pratiques avaient pour finalité de travestir des faits qui, en validant la réalité d’influences planétaires, mettaient en péril les fondations des connaissances biophysiques sur lesquelles est bâti l’édifice de la science. “L’effet Mars” n’était qu’un pion saugrenu et indésirable brusquement apparu dans un jeu scientifique dont R.A. Mac Connel ou Rawlins pensaient qu’il ne se jouait qu’entre compétiteurs honnêtes et qui a fait apparaître que parmi eux il existait des tricheurs de la pire espèce.

Aucun des scientifiques qui ont critiqué les pratiques abjectes de leurs collègues du Comité PARA ou du CSICOP n’a manifesté la moindre curiosité pour l’objet Mars, la planète Mars, la fonction marsienne en astrologie à la notable exception de Luc de Marré. S’ils se sont retrouvés contraints de défendre “l’effet Mars”, ce n’était pas pour ouvrir de nouvelles et révolutionnaires perspectives de recherches qui valideraient le fait astrologique en enrichissant en même temps le champ des connaissances biophysiques ; c’était parce qu’ils ne voulaient pas se trouver assis sur le même banc d’infamie à côté de tricheurs appartenant au même bord qu’eux. C’était pour eux une affaire interne à la science close sur elle-même, contractée autour de ses certitudes dogmatiques, prisonnière de ses a priori. Et c’est là que réside le plus gros scandale, encore pire que ces tricheries qui font après tout partie du triste lot commun de l’humanité, scientifique ou non. Contrairement à l’autre, “l’effet Mars” n’a pas fait éclater ce scandale-là, et pour cause : il n’était tout simplement pas possible et pas question qu’il éclate. S’il l’avait fait, “le plus grand scandale de l’histoire du rationalisme” qu’était celui des agissements du CSICOP aurait eu l’air d’une paisible tornade à côté de l’ouragan déchaîné qu’aurait constitué l’irruption du réel astrologique dans le champ de la science officielle. Heureusement pour celle-ci, les vertueux contempteurs des fraudes scientifiques relatives à “l’effet Mars” veillaient consciemment ou inconsciemment au grain en ne cherchant pas plus loin.

“The show must go on”

D’ailleurs, dès que la poussière est retombée après le passage du mauvais vent de “l’effet Mars”, tout est rentré dans l’ordre. Les pécheurs et tricheurs se sont fait sermonner, pas excommunier et ont continué de vaquer à leurs petites affaires “scientifiques” en évitant désormais comme la peste les “effets Mars”. La science imperturbable a suivi son cours dans le lit majestueux de ses aveuglements. On a fini temporairement, et avec soulagement, par oublier l’horrible mésaventure causée par ce satané “effet Mars”. On a oublié ou feint d’oublier le corps marsien du délit, qui n’était après tout qu’un prétexte aux empaillages entre le vice et la vertu qui ont troublé le silence studieux des laboratoires, observatoires et académies. Et puis au bout d’un moment, le temps passant, on a même fini par ne plus se souvenir qu’il y avait eu des controverses au sujet d’un “effet Mars”. The show must go on. La science ne peut pas se permettre de perdre exagérément son temps avec des billevesées genre du genre “le plus grand scandale de l’histoire du rationalisme” ou à tirer toutes les conséquences d’un “document capital pour l’histoire et la philosophie de la science”. Elle doit être disponible pour de nouvelles découvertes qui font avancer le Progrès, car il faut à tout prix éviter qu’il ne recule. Ce serait insensé, et la science a horreur de l’insensé. Et l’astrologie dans tout ça ? Eh bien quoi, l’astrologie ? Ce n’est pas le problème. On a évité de justesse de se la prendre en plein dans les dents avec cette affaire de “l’effet Mars”. On a eu chaud, sur ce coup-là. On croise les doigts pour que ça ne se reproduise pas.

D’ailleurs, c’est grâce aux controverses autour de cet “effet Mars” qui avait débuté en France, puis essaimé en Belgique et aux U.S.A., que le tricheur Paul Kurtz a pu donner une envergure internationale au “mouvement sceptique contemporain” en recréant le “Comité pour l’Enquête sceptique” (ex CSICOP !) qui jouit d’une très grande réputation auprès des scientifiques anti-astrologistes pseudo-rationalistes de tout poil. On se demande bien pourquoi, et on salue bien bas leur bienveillance intellectuelle : ce n’est pas donné à tout le monde de savoir faire mine d’ignorer les agissements d’un escroc et de lui accorder une confiance aveugle pour défendre le rationalisme scientiste.

Mais revenons au CSICOP. Il a donc juste eu un petit problème après l’exclusion de Rawlins et la démission de quelques-uns de ses membres les plus éminents. Son cofondateur avec Kurtz, le professeur de sociologie Marcello Truzzi, a fini par en s’en exclure et en être exclu après le scandale de “l’effet Mars”. Non seulement parce qu’il désapprouvait les tricheries de Kurtz, mais aussi et surtout parce qu’il estimait que les rationalistes qui se prétendent “sceptiques” sont en fait de faux sceptiques (et non des fosses septiques, quoique…). Truzzi voulait que le CSICOP ait un rôle de véritable enquêteur du “paranormal”, alors que Kurtz était d’avis que sa vocation était uniquement de réfuter les discours qualifiés de “parascientifiques”, ce qui se conçoit aisément venant d’un honnête homme comme lui. Les critiques acerbes de Truzzi à l’encontre des pseudo-sceptiques et vrais fraudeurs comme Kurtz lui valurent d’être qualifié de “sceptique des sceptiques” par Kurtz.

Truzzi n’était pas tendre non plus envers les agissements de Kurtz et de son gang de fraudeurs : “Selon moi”, écrivit-il, “ils ont tendance à bloquer les investigations honnêtes. La plupart d’entre eux ne sont pas agnostiques face aux affirmations paranormales ; ils sont là pour les démolir. […] Lorsqu’une expérience paranormale rencontre ses objectifs, ils redéfinissent ces derniers. Et après, si l’expérience est fiable, ils diront que c’est une simple anomalie”. Ce qui est quand même un tout petit peu mieux que de tricher… Le même Truzzi décrivit aussi en 1987 les pseudo-sceptiques scientistes (quand ils ne sont pas tout simplement des falsificateurs comme Kurtz et son gang) :

“En science, le fardeau de la preuve revient à celui qui affirme et plus une affirmation est extraordinaire, plus grand est le fardeau de la preuve demandé. Le vrai sceptique a une attitude agnostique, c’est-à-dire qu’il considère une affirmation non-prouvée plutôt que démontrée fausse. Il prétend que l’affirmation n’a pas été prouvée et que la science doit continuer à construire ses cartes conceptuelles cognitives d’analyse de la réalité sans tenir compte de l’affirmation. Tant que le vrai sceptique ne fait pas d’affirmation, il n’a rien à prouver. Il ne fait que continuer à utiliser les théories scientifiques établies par les sciences conventionnelles. Cependant, si le critique affirme que l’affirmation a été démontrée fausse, qu’il a une hypothèse négative - disons, par exemple, qu’un résultat d’un test psi est dû à un artefact, il fait une affirmation et doit alors fournir la preuve de son assertion”.

Dans le cas de “l’effet Mars” l’affirmation était extraordinaire (rien moins que la réhabilitation de l’astrologie et sa réinsertion dans le champ des sciences), le fardeau de la preuve demandée avait été apporté, et il était grand, et il ne s’est rien passé. La preuve a été faite que le monde scientifique est surpeuplé de pseudo-sceptiques qui se contrefichent du “fardeau de la preuve”.

Pseudo-sceptiques et zététiciens

En passant, une précision s’impose. Les pires scientistes-rationalistes anti-astrologistes français se font appeler les “zététiciens” et la zététique se traduit selon Henri Broch, qui est leur gourou, par “l’art du doute”. Il faut savoir que le terme de “zététique” a d’abord été utilisé par Kurtz et Truzzi. Le titre de la revue du CSICOP était d’ailleurs The Zetetic. Lors de la rupture entre Kurtz et Truzzi suite à l’affaire Gauquelin, Truzzi a contesté à Kurtz le droit de se désigner comme “zététicien”, étant donné qu’il ne pratiquait pas un doute ouvert et systématique, mais qu’au contraire Kurtz, son gang et leurs épigones étaient barricadés derrière une muraille de certitudes scientistes qui pour eux ne faisaient l’objet d’aucun doute, ce qui faisait d’eux, non des zététiciens, mais des pseudo-sceptiques.

Dans un but de clarification sémantique, Truzzi décida que les vrais “zététiciens”, définis comme des chercheurs sans aucun a priori, ne sauraient être confondus avec les “pseudo-sceptiques”. Il faut donc savoir que les pseudo-zététiciens anti-astrologistes qui sévissent en France sont des usurpateurs : ce sont en fait de vulgaires pseudo-sceptiques dont le scepticisme en peau de lapin ne s’exerce jamais contre le scientisme et la science officielle, dont ils sont de zélés zélotes. Le vrai zététicien se différencie donc du pseudo-sceptique par sa totale ouverture d’esprit vis-à-vis de l’inconnu (qui inclut le “paranormal”) et de ses manifestations. Le pseudo-sceptique (c’est-à-dire le français qui se prétend zététicien par exemple, si vous suivez bien) est, lui, un être bardé de certitudes et un faux démystificateur qui ne critique que les savoirs qui n’entrent pas dans le cadre des dogmes scientifiques dominants. J’espère avoir été assez clair…

La miraculeuse dissolution du CFEPP

Revenons aux mésaventures des Gauquelin dans les contrées frauduleuses de l’anti-astrologisme pseudo-sceptique. L’épisode CSICOP étant proche de sa fin, l’intrépide Michel Gauquelin, pas dégoûté ni découragé, décida en 1981 de soumettre ses astro-statistiques aux critiques du CFEPP (Comité Français pour l’Étude des Phénomènes Paranormaux). Échaudés par l’affaire du CSICOP, les anti-astrologues du CFEPP acceptèrent publiquement le protocole d’expérience proposé par les Gauquelin et l’idée d’un contrôle de “l’effet Mars”, tout en critiquant le fait que les données sur lesquels il reposait manquaient de critères objectifs de sélection quant à la différence entre grands champions sportifs célèbres et moindres champions peu connus.

Le protocole d’accord entre les Gauquelin et le CFEPP est publié en 1982 dans la revue Science & Vie. Il mentionne que les résultats de l’expérience seront publiés dans la même revue dès que les vérifications statistiques auront été réalisées. On peut imaginer que les anti-astrologues français de ce Comité brûlaient de faire leurs preuves de pseudo-sceptiques comme ceux du CSICOP étasunien et du Comité PARA belge et qu’ils allaient donc se mettre au travail sans tarder. Eh bien pas du tout. Pendant 3 ans Gauquelin chercha vainement à les contacter pour savoir comment se déroulait l’expérimentation. Il ne sut jamais si elle avait eu lieu. Si elle a été faite, il est probable que ses résultats ont confirmé “l’effet Mars”. En effet, Gauquelin finit par apprendre en 1984, et par des voies détournées, que le CFEPP n’existait plus. L’annonce de cette dissolution non publiée a été faite lors d’un congrès d’astrophysique par l’astronome Evry Schatzman, un enragé de l’anti-astrologisme qui était membre à la fois du CSICOP et du CFEPP. “Le CFEPP n’existe plus. Quant à l’effet Mars, il a été démontré qu’il ne s’observe de façon significative que pour les sportifs nés sur le XIVe arrondissement de Paris”, aurait déclaré Schatzman dans une tentative humoristique désespérée. Il mentait, bien sûr : il ne pouvait ignorer l’ouragan épistémologico-moral qui s’était abattu sur le CSICOP, obligé de piteusement reconnaître la réalité de “l’effet Mars”. Cette très... paranormale évaporation du CFEPP était un aveu.

Cette disparition stratégique n’a pas duré. Le CFEPP renaît miraculeusement de ses cendres en 1990 et il est proposé à Gauquelin de tenter à nouveau l’expérience de confirmation de “l’effet Mars”. Michel Gauquelin étant mort peu de temps après, en 1991, on ne connaît pas sa version de ce qui s’est passé. D’après les affirmations du CFEPP (qu’on ne peut que mettre en doute, étant donné le manque total d’impartialité de ses membres et le mensonge du principal d’entre eux, Evry Schatzman), ce test qui portait toujours sur des champions sportifs aurait miraculeusement invalidé “l’effet Mars”, mais de très peu. On sait seulement que Gauquelin est plusieurs fois intervenu pour contester la sélection des données faites par le CFEPP, qui ne respectait pas les protocoles de l’accord signé en 1982 concernant les critères de sélection permettant de différencier les super-champions des hypo-champions. Bref, on peut à bon droit soupçonner le CFEPP, comme les autres Comités anti-astrologistes avant lui, d’avoir manipulé lui-même les données.

Le CFEPP a accusé Gauquelin de l’avoir fait… ce qui est peu probable, étant donné que les contre-enquêtes menées suite à l’affaire du CSICOP ont amplement démontré qu’il ne jouait pas à ce jeu-là, contrairement à ses adversaires. Tous ceux qui ont sérieusement étudié le dossier ont conclu que l’attitude de Gauquelin dans ce domaine était irréprochable et d’une fondamentale honnêteté. “L’effet Mars” ayant fini par être reconnu par le CSICOP, Gauquelin n’avait aucune raison valable de tricher, bien au contraire : ce nouveau test ne pouvait que confirmer les résultats antérieurs. On est donc fondé à se demander si les anti-astrologues du CFEPP n’auraient pas eux-mêmes manipulé les données pour parvenir à leurs fins, ce qui n’aurait absolument rien d’étonnant si l’on considère les précédents du Comité PARA et du CSICOP. De cette affaire on ne connaîtra jamais que la version que le CFEPP en a donnée, et dont on peut remarquer qu’il n’a pas cherché à lui donner une quelconque publicité, ce qui est étrange tant sa satisfaction aurait du être grande d’avoir réussi à terrasser le dragon astrologique après que les autres comités se soient cassé les dents dessus.

Au terme de ce festival de tricheries pseudo-sceptiques, “l’effet Mars”, qui n’a qu’un lointain rapport avec le fait astrologique, a fini par provisoirement s’éteindre. Le tremblement de Terre qu’il avait provoqué chez les scientistes n’a depuis eu que quelques rares et très faibles réplications.

L’expérience de Carlson, un “cas d’inconduite scientifique” majeur

En 1980, échaudé par le scandale que la révélation de ses tricheries avait provoqué dans le monde scientifique et jusque dans ses propres rangs, le CSICOP décida d’abandonner ses propres tests anti-astrologiques. Mais Kurtz et son gang devaient quand même trouver un moyen de contrer l’impact positif de la confirmation de “l’effet Mars” et donc de continuer par d’autres moyens de discréditer l’astrologie, sans que le CSICOP paraisse associé à cette démarche. La bande de tricheurs pseudosceptiques délégua sournoisement cette tâche à un jeune étudiant en physique de l’Université de Californie, Shawn Carlson, dont le mentor était le physicien Richard Muller, lui-même membre du CSICOP. C’est ainsi que naquit ce qui fut appelé “l’expérience de Carlson”, un superbe exemple de pure charlatanerie anti-astrologiste qui fut publié en 1985 dans la revue scientifique Nature et remporta aussitôt un vif succès chez les pseudosceptiques et dans la sphère médiatique. On peut en connaître le résumé et la version officielle sur le Wikipedia francophone.

Shawn Carlson, qui mena cette “expérience” en 1980-1981, n’avait alors que 21 ans, et tout comme Kurtz aucune compétence ni connaissances sérieuses en astrologie, en psychologie et en statistiques. Adolescent, il se passionnait pour l’occultisme de pacotille, les sorcières et s’adonnait en expert de rue au jeu de bonneteau. C’est dire s’il avait le profil du candidat idéal pour imaginer et piloter avec une mæstria sabbatique ce jeu de dupes et cette chasse aux sorcières en forme d’escroquerie intellectuelle.

Il est impossible d’en trouver une étude universitaire critique argumentée ailleurs que dans des publications anglophones. Suitbert Ertel, pro-Gauquelin mais anti-astrologiste, en fit une implacable critique statistiquement et factuellement argumentée en 2009 dans le Journal of Scientific Exploration : “Les résultats sont considérés comme insuffisants pour considérer l’astrologie comme vérifiée empiriquement, mais ils sont suffisants pour considérer le verdict négatif de Carlson sur l’astrologie comme intenable”. Joseph E. Vidmar, professeur de psychologie (Université d’État McNeese, Lac Charles, Lousiane, USA) comme Ertel, mais lui pro-astrologiste, est tout aussi impitoyable dans sa critique de cette pitoyable pseudo-expérience : “L’étude Carlson n’est pas le premier cas d’inconduite scientifique de l’histoire, mais elle est unique en ce sens que, contrairement à la croyance scientifique dominante, elle a impliqué beaucoup plus qu’un seul individu. Elle a impliqué une organisation avec une influence puissante prétendant parler au nom du corps politique de la science. Il s’agissait, pour la première fois connue, du journal scientifique dans lequel elle a été publiée. [La revue] Nature est aussi responsable que l’auteur. L’impact publicitaire de cet article reposait sur le prestige et la puissance du journal dans lequel il était imprimé, et non sur le mérite de l’expérience”.

Ce n’est que 19 ans plus tard, dans l’édition de septembre 2006 célébrant les 30 ans du Skeptical Inquirer, la revue à sa botte, que le tricheur Kurtz “admit” officiellement que le CSICOP avait encouragé Carlson à se lancer dans ce projet.

En 1997 et en toute mauvaise foi éhontée, le tricheur Kurtz a officiellement répété encore une fois que les Gauquelin avaient biaisé leurs échantillons en jouant sur la notion de célébrité, faisant comme si ses propres magouilles n’avaient pas été éventées, décortiquées et dénoncées jusqu’au sein même du CSICOP. Paul Kurtz est mort neuf ans plus tard, et les pseudo-sceptiques français se sont associés à leurs collègues étasuniens pour rendre un vibrant hommage à son œuvre, sans bien entendu faire mention de ses tricheries anti-marsiennes.

L’astronome Dommanget, dont on a vu le rôle peu reluisant qu’il avait tenu en avalisant les tricheries du Comité PARA, s’est aussitôt inscrit en faux contre l’affirmation mensongère de Kurtz et s’est essayé à une pitoyable conclusion en forme de jugement de Salomon : “Tous ceux qui croient au phénomène proposent des échantillons qui conduisent apparemment à l’existence d’un ‘effet Mars’. Tous ceux qui n’y croient pas proposent des échantillons qui conduisent apparemment à l’absence de tout ‘effet Mars’”. Jean Dommanget est mort à son tour en 2014, ce qui a été l’occasion pour le CSI, successeur du CSICOP, de lui rendre un hommage aussi vibrant que celui auquel Kurtz avait eu droit... sans bien entendu mentionner son rôle de cautionneur de tricheries pseudo-sceptiques.

Puis en 2000, c’est Suitbert Ertel, qui se considérait comme le successeur de Michel Gauquelin, qui réintervient en rejetant le nouveau mensonge de Kurtz et de son gang et l’ultime conclusion cauteleuse de Dommanget, en réaffirmant que “l’effet Mars” est un réel fait statistique méritant d’autres recherches approfondies.

Les charognards pseudo-sceptiques et le suicidé

Il reste à traiter l’épisode du suicide de Michel Gauquelin le 20 mai 1991. Car c’est loin de n’être qu’une affaire privée, étant donné l’utilisation honteuse qu’ont faite de ce tragique événement les anti-astrologues charognards. L’un d’eux est Laurent Puech, “Assistant social” et “Formateur en Secret professionnel et partage d’informations : législation, déontologie, éthique” si l’on en croit son C.V., mais aussi et surtout auteur d’un ouvrage pseudo-sceptique de propagande et de désinformation anti-astrologique intitulé Astrologie : derrière les mots paru en 2004 dans la bien mal nommée collection Zététique dirigée par un enragé de l’anti-astrologisme, Henri Broch. Dans ce livre, le pseudo-zététicien Puech apporte la preuve de ses talents d’informateur objectif en écrivant noir sur blanc que le CSICOP avait “cassé un à un tous les arguments de M. Gauquelin” (p. 136), ce qui est un mensonge éhonté et une désinformation manifeste. Cet exemple suffit à montrer le peu de cas qu’il faut faire de ce que peut écrire ou penser ce désinformateur.

Ces désinformations ne sont pas le plus grave. Après tout, désinformer n’est jamais que la manière habituelle de fonctionner d’un anti-astrologiste en croisade. Non, ce qui est grave, c’est l’immonde petite insinuation charognarde qu’il glisse fielleusement page 137 de son bouquin, à la fin d’un paragraphe où il suggérait que Gauquelin aurait triché sur ses données. Je cite Puech : “Avant son suicide, Michel Gauquelin laissa des instructions à l’un de ses amis pour que toutes ses données soient détruites…”. Tout est dans les points de suspension volontairement elliptiques par lesquels se termine cette phrase. Puech ne fait là que reprendre une vulgaire rumeur dégueulasse colportée par des anti-astrologistes du CFEPP ou d’ailleurs : Michel Gauquelin se serait suicidé parce que ses fraudes sur les données auraient été sur le point d’être révélées au grand jour. Aucune source fiable n’a jamais permis de confirmer cette insinuation digne du pire des complotistes du paranormal. Et de plus les divers comités pseudo-sceptiques qui se sont occupés de "l’effet Mars" ont eux-mêmes utilisé ces sources, que Gauquelin avait mises à leur disposition. Une telle insinuation est donc non seulement charognarde, mais aussi charlatanesque.

Une rumeur destructrice

La seule source avérée de cette rumeur figure dans une publication de Kurtz, Nienhuys & Ranjit Sandhu parue en 1997 dans le Journal of Scientific Exploration :

“Les informations sur les ‘dernières volontés’ de Gauquelin ne sont qu’un récit d’un ami d’un ami : ‘L’un des amis de Gauquelin m’a dit qu’il avait contacté des parents qui lui avaient dit que Michel souhaitait que les données soient brûlées’ (courriel du 14 novembre 1994 de Suitbert Ertel à Jan Willem Nienhuys). La seule chose qui semble certaine, c’est que les fichiers de Gauquelin ont disparu. Ils ont peut-être été détruits par des personnes qui n’étaient pas conscientes de leur valeur et qui en ont parlé plus tard. Il semble y avoir peu de preuves pour justifier la grande image d’un dernier acte désespéré dirigé vers des scientifiques qui n’avaient pas joué loyalement. Tous les chercheurs authentiques espèrent qu’après leur mort, leurs résultats, ou du moins leur honneur, survivront. Ertel attribue à Gauquelin une petite mesquinerie inhabituelle. Si Gauquelin pensait que ses données étaient utiles, n’aurait-il pas dû les mettre à la disposition d’un ami ou d’un collègue qui s’y intéresserait ? Si Gauquelin avait effectivement laissé des instructions pour détruire tout son fichier de données, cela ne pourrait que soulever les questions les plus sérieuses concernant l’intégrité de ses recherches”.

Notons ici que Kurtz attribue la rumeur à Suitbert Ertel (plutôt favorable aux travaux de Gauquelin, dont il a confirmé certains résultats mais aussi infirmé d’autres !), alors que celui-ci se contente de signaler l’existence de cette rumeur dans un courriel, ce qui en dit une fois de plus long sur la fiabilité de Kurtz comme informateur. Le fait que cette information vienne de Kurtz déclenche donc en lui-même un réflexe de... scepticisme absolu, mais elle n’a pourtant pas été démentie par Ertel. Dans la publication qui contient ce texte, Kurtz se livre par ailleurs à nouveau à des manœuvres pour discréditer les travaux de Gauquelin, manœuvres dénoncées 3 ans plus tard par Suitbert Ertel et Kenneth Irving dans un article paru dans la même revue. Et si Kurtz écrit que “Ertel attribue à Gauquelin une petite mesquinerie inhabituelle”, ce qui est un mensonge (Ertel n’attribue rien, il fait simplement écho à une invérifiable information de seconde main), ce n’est que pour ainsi tenter de discréditer Ertel, qui était un adversaire. On notera aussi la tournure alambiquée de ses deux dernières phrases. Si Kurtz fait mine de ne pas adhérer à la rumeur, il l’accueille néanmoins avec une indubitable gourmandise fielleuse. Kurtz était décidément, si l’on en croit les pseudo-sceptiques, un pseudo-très grand humaniste.

La possibilité de fraudes sur les données a été formellement invalidée en 1987 par Geoffrey Dean et Suitbert Ertel, pourtant dans des camps opposés. Dean écrit : “J’ai personnellement visité le laboratoire de Gauquelin à Paris pendant quelques jours en 1981 et de nouveau en 1983 et j’ai été très impressionné par l’excellence et l’organisation de ses dossiers”. Ertel écrit : “L’auteur [i.e. Ertel lui-même] a passé trois jours et nuits dans le laboratoire de Paris. Gauquelin était absent la moitié du temps. Tous les fichiers de données étaient accessibles. Des données additionnelles ont été recherchées en l’absence de Gauquelin, étant donné qu’il ne pouvait lui-même se rappeler de leur emplacement à tout moment. Aucune n’a été trouvée. Les circonstances ont été regardées comme suffisamment sujettes à la découverte de fraudes ou de biais si quelque chose de ce genre s’était produit”.

Enfin, Kurtz lui-même (c’est un comble !) a été obligé d’admettre que tous les fichiers de données étaient accessibles et crédibles au terme d’une inspection qu’il a réalisée en 1983 en compagnie de ses comparses du CSICOP Abell et Zelen : “L’un d’entre nous (Kurtz) a contrôlé les données de Gauquelin présentées pour les champions. Kurtz a trouvé que les fichiers de Gauquelin étaient méticuleux et bien organisés, et le 24 juin 1977 Gauquelin et Kurtz ont signé une déclaration stipulant que les fichiers avaient été examinés et trouvés en bon ordre” (Abell, Kurtz, & Zelen, 1983).

La vraie lettre qui enterre la rumeur mensongère

De plus on a la preuve que cette rumeur est parfaitement infondée. Cette preuve est donnée par Philippe Guillemant, qui fut de 1988 à 1991 un ami très proche et un confident de Michel Gauquelin. Philippe Guillemant est ingénieur physicien, diplômé de l’Ecole Centrale de Paris et de l’Institut de Physique du Globe, docteur en Physique du Rayonnement, spécialiste d’intelligence artificielle, médaillé d’or du CNRS, inventeur d’un détecteur automatique de feux de forêts fondé sur la reconnaissance d’images de fumée et d’un logiciel de reconnaissance visuelle permettant aux robots mobiles d’inspecter et identifier des images en temps réel. Il a donc le profil d’un scientifique irréprochable, inventif et créatif.

Il se trouve que Guillemant a reçu une ultime lettre de Gauquelin le 14/05/1991, soit 6 jours avant son suicide, lettre dans laquelle ce dernier l’informait de ses démêlés avec le CFEPP. Voici le texte complet de cette lettre : “Cher Philippe, Comme promis, photocopies des principaux éléments du dossier CFEPP/effet Mars. À lire dans l’ordre chronologique pour mieux savourer… Tu jugeras si j’ai été trop patient et conciliant avec ces types-là - ou bien si j’ai bien manœuvré au risque - probable - de me faire rouler dans la farine, en finale, par eux. Merci, en tout cas, de ton aide ! Amitiés. Michel”. Suivent 12 pages de photocopies dans lesquelles Gauquelin retrace ses démêlés avec le CFEPP et sa révolte contre leurs tentatives systématiques de manipulations des données. La dernière photocopie est datée du 6/12/1990. Elle est celle d’une lettre envoyée par Gauquelin à Claude Benski, secrétaire du CFEPP. Gauquelin y écrivait ceci : il est “désolant que le CFEPP n’ait pas cru devoir se conformer à la règle fondamentale de notre protocole expérimental, à savoir l’établissement avant toute chose de la liste de champions à retenir, liste ayant reçu mon accord. (…) Cela afin que ne se reproduise pas la mésaventure de l’expérience américaine. Cette mésaventure peut se reproduire, je le crains”.

Ce texte est clair : Michel Gauquelin suspecte des tripatouillages de données de la part du CFEPP, et il en fait part à l’un de ses meilleurs amis quelques jours avant de se suicider. Nulle part il n’est question de détruire des données, bien au contraire : il tient absolument, à l’évidence, à ce qu’elles soient préservées afin que l’expérience puisse se passer dans les meilleures conditions. Conclusion : par l’intermédiaire de ses pointillés allusifs, l’anti-astrologiste ignare Laurent Puech est le colporteur d’une rumeur dégueulasse dont il ne connaît pas la source. Il ne mérite à ce titre, tout comme tous les autres anti-astrologistes pseudo-zététiciens qui ont eux aussi diffusé avec gourmandise cette rumeur, que le profond mépris des astrologues et de tous ceux que ce genre de comportements immondes révoltent.

Usé par les polémiques et les basses manipulations des anti-astrologistes mais aussi probablement blessé dans son narcissisme de n’avoir pas été reconnu et encensé académiquement comme le fondateur d’une “néo-astrologie” statistico-scientiste (c’était sa plus grande ambition), Michel Gauquelin a donc fini par se suicider le 20/05/1991. Neo-astrology : a copernician revolution était d’ailleurs le titre de son ultime livre rédigé peu avant sa mort et paru en 1992. Il y écrivait entre autre que : “À la fin du XXe siècle, deux rêves doivent devenir réalité : aller sur les planètes [exploration spatiale], mais aussi savoir ce que les planètes ‘nous font’, de sorte que, comme le dit la Table d’Émeraude, ‘le miracle de l’unité’ peut être perpétué”. Une telle vision ne correspond en rien à celle d’un tricheur honteux brêt à brûler ses vaisseaux (spatiaux bien entendu) derrière lui pour éviter d’être démasqué.

Il est à remarquer que son vieil adversaire anti-astrologiste Geoffrey Dean n’a pas pris part au concert des charognards, tout comme il ne s’était pas rendu complice des divers comités tricheurs. Il apporte au dossier du suicide de Gauquelin une pièce décisive sous la forme d’un témoignage personnel : “Quatre mois avant son suicide, Gauquelin, Ertel et moi avons passé deux jours avec [l’éditeur] Rudolf Smit dans sa Maison aux Pays-Bas. Rudolf et moi étions au courant des affaires privées et personnelles de Gauquelin et il était donc clair pour nous qu’il existait pour le suicide de Gauquelin des raisons plus plausibles que les accusations de tricherie formulées par des sceptiques”.

Ce n’est donc pas à cause des manœuvres déloyales de l’ultime comité anti-astrologiste auquel il a été confronté qu’il a mis fin à ses jours, le contenu et le ton de son ultime lettre à Guillemant en témoignant, et le récent échec de son second mariage étant probablement aussi de la partie. Les causes d’un suicide sont presque toujours multiples et pour certaines à jamais mystérieuses. Sa femme Françoise a continué leur œuvre commune après leur divorce en 1982 jusqu’à sa mort en 2007.

Voici le très beau texte d’hommage que Geoffrey Dean écrivit quand il apprit la mort de Michel Gauquelin : “Comme il sied à son Jupiter culminant, il était philosophe à propos de ses résultats, confiant avec un sourire qu’il pourrait ou non avoir raison, et jamais sûr de vivre assez pour voir les énigmes résolues, mais espérant toujours qu’il le ferait. Mais ce n’est pas ce qui s’est passé. Lorsque la triste nouvelle parvint en Australie, c’était en début de soirée, après une chaude journée d’hiver. L’air parfumé à la gomme était calme et nettement clair. À l’occident, abandonné par les échos décroissants d’un coucher de soleil doré, s’accrochait un rare triangle de planètes écartées de l’épaisseur d’un doigt les unes des autres, une pointe de flèche pointant au-delà de la brillante Lune courbée vers l’est, où Saturne se lèverait. Les cinq planètes Gauquelin dans les secteurs-clés en train d’ouvrir ce nouveau commencement. Si les anges ont des bureaux d’état-civil, ils feraient mieux d’être vigilants”. Comme quoi même les anti-astrologistes pseudo-rationalistes forcenés peuvent parfois avoir une âme de poète. Cette observation reste bien entendu à vérifier statistiquement afin d’avoir la certitude que ce n’est pas l’effet d’un artefact social.

Coïncidence pseudo-signifiante pour pseudo-sceptiques ?

La plupart des anti-astrologistes (Geoffrey Dean est une rare exception) aiment à faire croire que les astrologues et astrologisants sont, non seulement des tricheurs compulsifs comme de vulgaires statisticiens anti-astrologistes, mais aussi des adeptes de la charlatanerie tous azimuts pour mieux décridibiliser l’astrologie. Pour ne pas leur donner ce genre d’infect grain à moudre et leur éviter d’avoir à propager de nouvelles rumeurs infondées, il faut ajouter ici que Philippe Guillemant, tel le dieu Janus de la mythologie romaine, a une tête bien faite mais aussi deux visages opposés.

Depuis 2005 en effet, soit 14 ans après le suicide de Michel Gauquelin (la précision est d’importance), s’est produit chez Guillemant ce qu’il décrit comme un “grand effondrement”. Suite à ce tournant majeur de sa vie personnelle, il a eu comme une sorte d’illumination qui a fait de lui un nouvel homme, branché sur les “synchronicités”, c’est-à-dire les coïncidences qui n’en sont pas mais qui apparaissent comme des “manifestations de futurs potentialisés”. Il va jusqu’à prétendre qu’il est possible à l’être humain de provoquer ces synchronicités grâce à un cocktail de volonté, de passé dont on a fait table rase, de don de soi et, cerise sur ce gâteau, d’amour. Pour y parvenir, il propose rien moins que d’énergétiser ce futur pour qu’apparaissent les voies non causales et les ponts pour l’atteindre”, “danser avec le chaos” et dépasser nos peurs trop rationnelles pour “qu’apparaisse la magie.

Depuis 2005 donc, la vie de Philippe Guillemant a donc basculé du côté obscur de la force de la raison. Tel un techno-prophète post-moderne, il enseigne dans sa nouvelle vie une “théorie de la double causalité, modèle de création de la réalité fondé sur le libre arbitre”, qu’il a présenté dans ses livres La Route du Temps (éd. Le Temps Présent, 2010 & 2014) et La Physique de la Conscience (éd. Trédaniel, 2015). Ce modèle conduit selon lui, “entre autres choses, à une explication rationnelle de la synchronicité qui débouche sur un véritable ‘pont’ entre la Science et la Spiritualité”. Hum...

Le bifurquement irrationaliste de Guillemant s’est produit 14 ans après la dernière lettre que Gauquelin lui a envoyé. Il n’a donc rien à voir avec l’astrologie ni avec la vie et la mort de Gauquelin, et d’ailleurs Guillemant ne croit pas à une explicative causaliste et physique (y compris quantique) de l’astrologie, et encore moins au déterminisme qu’elle supposerait, même si à l’époque de son amitié avec Gauquelin il s’adonnait à des recherches dans ce domaine qu’il a depuis abandonnées. Ce qui ne l’a pas empêché quand même de préfacer élogieusement en 2008 un livre d’astrologie de l’espèce la plus fumeusement spiritualiste. Mais comme il ne fait aucun doute que les anti-astrologistes adeptes des rumeurs infondées se fonderont sur cette échappée de Guillemant dans le quantico-spiritualisme pour faire de la pseudo-zététique rétroactive à la petite semaine, je préfère ici prendre les devants en leur servant directement cette soupe, dont on peut aimer ou pas la recette (personnellement, je la trouve immangeable) mais qui a le mérite d’être vraie.

Et je suis persuadé que ces enragés scientistes seront piteusement conduits à penser que dans cette affaire, “il n’y a pas de hasard” comme le proclame désormais Guillemant. Ils argueront que si ce dernier fut le récepteur de l’ultime lettre de Gauquelin, c’est bien parce que 14 ans plus tard il sortirait de l’ornière de la raison raisonnante pour écouter sans frein le chant des sirènes de l’irrationnel, ce qui prouve bien que 14 ans plus tôt il n’était déjà plus un témoin crédible, même avec des preuves à l’appui. Ces révélations authentiques sont mon cadeau personnel aux pseudo-sceptiques complotistes de tout poil. On dit merci qui ?

Cet article vous a été proposé par Richard Pellard

Voir aussi :

▶ Astrologie, statistiques, balivernes & tricheries
▶ Tests et prétextes
▶ Astrologie canine, astrologie cynique ?
▶ L’expérience de Carlson
▶ L’affaire Petiot et « l’effet Barnum »
▶ Le problème des jumeaux en astrologie
▶ Le signal astrologique
▶ L’anti-astrologisme
▶ Cosmogonie astrologique
▶ Astrologie et astrologies
▶ Astrologie conditionaliste
▶ Astrologie traditionnelle
▶ Bilan de l’astrologie statistique
▶ Le monde selon Claude Ptolémée
▶ Ptolémée et l’erreur des Maisons sénestrogyres
▶ Introduction aux bilans comparés des astrologies
▶ Anar-show en hommage à Paul Feyerabend
▶ Yves Ouatou et l’astro-statistique


Les significations planétaires

par Richard Pellard

620 pages. Illustrations en couleur.

La décision de ne traiter dans ce livre que des significations planétaires ne repose pas sur une sous-estimation du rôle des Signes du zodiaque et des Maisons. Le traditionnel trio Planètes-Zodiaque-Maisons est en effet l’expression d’une structure qui classe ces trois plans selon leur ordre de préséance et dans ce triptyque hiérarchisé, les Planètes occupent le premier rang.

La première partie de ce livre rassemble donc, sous une forme abondamment illustrée de schémas pédagogiques et tableaux explicatifs, une édition originale revue, augmentée et actualisée des textes consacrés aux significations planétaires telles qu’elles ont été définies par l’astrologie conditionaliste et une présentation détaillée des méthodes de hiérarchisation planétaire et d’interprétation accompagnées de nombreux exemples concrets illustrés par des Thèmes de célébrités.

La deuxième partie est consacrée, d’une part à une présentation critique des fondements traditionnels des significations planétaires, d’autre part à une présentation des rapports entre signaux et symboles, astrologie et psychologie. Enfin, la troisième partie présente brièvement les racines astrométriques des significations planétaires… et propose une voie de sortie de l’astrologie pour accéder à une plus vaste dimension noologique et spirituelle qui la prolonge et la contient.

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Pluton planète naine : une erreur géante

par Richard Pellard

117 pages. Illustrations en couleur.

Pluton ne fait plus partie des planètes majeures de notre système solaire : telle est la décision prise par une infime minorité d’astronomes lors de l’Assemblée Générale de l’Union Astronomique Internationale qui s’est tenue à Prague en août 2006. Elle est reléguée au rang de « planète naine », au même titre que les nombreux astres découverts au-delà de son orbite.

Ce livre récapitule et analyse en détail le pourquoi et le comment de cette incroyable et irrationnelle décision contestée par de très nombreux astronomes de premier plan. Quelles sont les effets de cette « nanification » de Pluton sur son statut astrologique ? Faut-il remettre en question son influence et ses significations astro-psychologiques qui semblaient avérées depuis sa découverte en 1930 ? Les « plutoniens » ont-ils cessé d’exister depuis cette décision charlatanesque ? Ce livre pose également le problème des astres transplutoniens nouvellement découverts. Quel statut astrologique et quelles influences et significations précises leur accorder ?

Enfin, cet ouvrage propose une vision unitaire du système solaire qui démontre, chiffes et arguments rationnels à l’appui, que Pluton en est toujours un élément essentiel, ce qui est loin d’être le cas pour les autres astres au-delà de son orbite. Après avoir lu ce livre, vous saurez quoi répondre à ceux qui pensent avoir trouvé, avec l’exclusion de Pluton du cortège planétaire traditionnel, un nouvel argument contre l’astrologie !

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