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Billie Holiday et ce maudit Bélier blues…

Dans un club enfumé, la clameur des voix des ivrognes recouvre un moment une voix qui s’élève lentement, puis transperce la nuit sans âme de ces bouges new-yorkais… Tout à coup, une chanteuse étrange, une hybride de tout ce qui peut nourrir le malheur de notre ici-bas, une femme qui a vécu toute sa vie à mi-chemin entre le paradis et l’enfer, se met à chanter… Les voix se taisent, les mots s’étranglent, on est ailleurs.



« Lady in satin »

Cette femme chante comme personne, c’est comme si elle donnait un micro à ses larmes. Un ange est là, au milieu de la scène et on a l’impression qu’un oiseau s’est posé au milieu de tout le monde, que le charme va bientôt tomber. Mais non, l’émotion dure, il y a quelque chose de suspendu dans l’air. Dans un halo de lumière grisée par la fumée des clopes, une femme chante qu’elle trouve décidément la vie impossible, qu’elle ne sera jamais faite pour cette ânerie-là. Quelque part, des idiots se mettent à crier et des jurons racistes se mettent à pleuvoir. Mais la dame s’en fout, elle est encore et toujours ailleurs. Elle chante pour elle-même et pour sa douleur. Avec un peu de chance, son cachet lui permettra de se payer un peu de dope, assez en tout cas pour tenir jusqu’à la prochaine fois.

Billie Holiday était cette femme, mi-ange, mi-démon qui vécut sa vie en se mettant en permanence en danger. Elle fut cette folle pour qui le simple fait de vivre représentait l’erreur la plus absolue. Une chanteuse, une vraie.

Née le 7 avril 1915, à Philadelphie, à 7 h 30 TU, Billie Holiday (Eleanora Holiday, pour l’état-civil) connut très vite les affres de l’exil, de la solitude et du manque d’amour. Son père ne voulut jamais l’accepter et elle était condamnée à suivre sa mère, Sadie, au gré d’une vie pour le moins instable, entre prostituées et camés. Quand d’autres enfants sont choyés, chouchoutés, dorlotés, Billie fut au contraire un enfant non-désiré, parachuté dans l’existence pour on ne sait quelle obscure raison, qui traînera toute sa vie sa douleur de n’appartenir à rien ni personne et qui cherchera toute sa vie à se raccrocher à quelque chose. Un cordon qui la relie à du tangible, un amour qui lui permette de se sentir en vie, protégée, dépendante…

« God bless the child »

À 11 ans, Billie, qui rentre à peine d’une maison de correction, est violée par un voisin. Le 24 décembre 1926, le soir de Noël. Dans la biographie que Luc Delannoy a signé sur Billie Holiday, on peut lire que cet épisode marque la naissance d’un « état de dépendance ». « A peine sortie de cette maison de correction, persuadée qu’elle est rejetée parce qu’elle porte en elle la semence qui provoque le péché, sentant le poids de la culpabilité pour une faute qu’elle pense être condamnée à commettre perpétuellement, jetée aux portes de l’âge adulte avant même d’avoir connu la moindre adolescence, Eleanora abandonne définitivement l’école. Dès lors, en proie à un sentiment récurrent de manque de confiance en soi, chacun de ses actes sera motivé par un profond désir de se sentir à tout prix acceptée par son entourage. Elle développe une personnalité dépendante. Tout au long de sa vie, pour se décharger, se libérer de sa culpabilité, Billie se mettra en état de punition, la punition étant pour elle un facteur de rédemption. Elle cherchera donc des durs à cuire, des hommes tyranniques qui lui administreront volontiers cette sanction punitive — autrement dit des raclées. Elle relâchera ses frustrations, ses tensions mentales et nerveuses à travers le masochisme… Adulte, Billie prendra conscience de cet état de dépendance, mais elle n’en sortira jamais. Au contraire, elle développera ce phénomène à travers une terrible polytoxicomanie qui lui sera fatale ».

Par ailleurs, en ce jour fatidique du 24 décembre 1926, Uranus transitait son Mercure natal et passait au carré de son Saturne natal. Pluton passait lui au carré de son Soleil natal. Ce triste soir de Noël marque donc pour Billie le passage brutal de l’enfance vers l’âge adulte sans passer par la case « adolescence ». D’un seul coup, les illusions sont tombées et l’innocence de l’enfance est morte…

« It’s like reaching for the Moon »

La configuration dominante du thème de Billie Holiday est une opposition Lune-Neptune qui sonne comme la lutte permanente que cette femme a vécu pour pouvoir vivre ses rêves sans que ceux-ci ne la tirent vers le bas. Quand d’autres ont besoin de leurs rêves pour les aider à vivre, Billie ne suivait le cours de ses aspirations que pour mieux quitter ce monde. Les seuls moments où ses rêves se mettaient un tant soit peu en adéquation avec le monde réel étaient ceux où elle chantait et où le cœur du public était au diapason de sa douleur, de sa peine, de son « blues ». Hors de la musique, le monde n’était qu’enfer, dépravation, soumission, humiliation, dope. En bonne junkie marquée au fer rouge du manque d’amour et de l’envie de se faire mal, Billie vivait de musique et de beauté. Mais pour combler le vide de ces trop longs moments de la vie qui se déploient sans musique et sans beauté, Billie avait besoin de ce bonheur en seringue qu’est la drogue.

Lune et Neptune sont deux planètes qui aspirent au bonheur, mais qui ont toutes les deux des moyens très différents pour y parvenir. La Lune veut le calme. Le calme de la mer ou de la mère. Billie vivra toute sa vie une relation fusionnelle et passionnelle avec sa mère, qui nourrira d’ailleurs sa nature bisexuelle. Si les choses n’en avaient pas décidé autrement, elle serait encore enterrée près d’elle, dans une tombe commune…

La mère de Billie, Sadie Fagan, est décédée le 7 octobre 1945, des suites d’une attaque d’apoplexie. À cette date, Saturne passait exactement à l’opposé de la Lune natale de Billie et Uranus passait au carré de ses planètes en Poissons

Mais l’aspiration au calme lunaire n’a qu’un temps, et par Neptune, on a besoin de fuir tout sentiment de satisfaction. On fuit constamment le bonheur, « de peur qu’il ne se sauve ». On est perpétuellement en quête d’autre chose, d’un indéfinissable qu’on ne peut jamais vraiment trouver « en l’état » dans le monde réel. Et comme Dieu ne s’injecte pas, on prend des substituts qui n’ont jamais le même nom (coke, LSD, héroïne, brandy, amants et amantes divers et variés) mais à qui on attribue toujours le même rêve, la même illusion. Billie était cet enfant malheureux pris au piège entre elle-même et son âme désorientée, égarée sur terre. Comme tous les vrais génies, Billie aura surtout éclairé de son vivant tous ceux qui comme elle ont l’impression que leur corps les ampute pour toujours de leurs rêves et de leurs émotions de gamins. Tous ceux qui pensent que si Dieu existe, il fait tout pour nous dégoûter de ce monde et rien pour qu’on ait envie de s’y faire aimer…

« Day in, day out »

Billie Holiday est née à une époque où il fleurait bon être Blanc ou Noir, pour être soit du côté du Bien, soit du côté du Mal. Billie, l’enfant Bélier, n’a pas eu trop le temps de choisir son camp. Ce viol subi à 11 ans comme une deuxième mise au monde (un accouchement pour naître en Enfer), lui a fait oublier d’un coup tous les principes manichéens inculqués à grands renforts de morale judéo-chrétienne et de maisons de correction. Billie n’eut de cesse ensuite de marcher « on the wild side »… (… le rocker Lou Reed a consacré une magnifique chanson-hommage à sa « Lady Day »). Sensible aux rôles qu’on a toujours cherché à lui faire jouer, Billie a su utiliser son sens des contraires (Poissons-Bélier) pour intégrer dans la pleine mesure de son horreur le fait que l’existence nous demande souvent d’être d’un côté ou de l’autre des barrières, des frontières, des codes, des sexes ou des couleurs… S’affichant constamment dans la contradiction, l’opposition nette et franche, Billie ne trouvait le repos lunaire que dans la beauté des paysages illimités, le calme infini suggéré par la musique (carré Soleil Bélier-Lune Capricorne). Fuyant le jour et ses contours crus aux limites durement tranchées, Billie se réfugiait dans la nuit, ce monde où tous les chats sont gris, où tous les cœurs sont bleus et toutes les idées sont noires. Dans ce monde déconnecté du monde, ce temps situé hors du temps, Billie pouvait vivre à fond sa fonction lunaire dominante, en Capricorne (Force d’inhibition-sens des ensembles). « …devant un orchestre légèrement en retrait, Billie paraît seule, prisonnière d’un rond de lumière blanche qui épouse les traits de son visage et la courbure de ses épaules avant d’illuminer le parquet. Toujours impeccablement habillée, digne et sereine, fière de son statut de femme afro-américaine, Billie hypnotise un auditoire qui ne demande qu’à s’identifier à ses chansons. Et au Café Society, le temps s’arrête soudain. Billie devient plus svelte et paraît presque entrer en lévitation. Ses deux bras se replient contre son corps et esquissent de lents mouvements. Ses doigts claquent comme des accents, soulignant ses propos et ponctuant son chant. L’inclination de sa tête, l’expression de son visage s’adaptent à ses textes, et les imperceptibles mouvements de ses lèvres ou de ses paupières renforcent l’atmosphère, légère ou dramatique, que déroule son répertoire. Aujourd’hui, soixante ans plus tard, la plupart des chanteuses de jazz répètent ces mêmes gestes, emprunts d’une liturgie païenne » (Luc Delannoy).

Trop noire pour les blancs, trop blanche pour les noirs, Billie s’est toujours sentie de trop dans la vie, elle qui aurait bien aimé être un jour de quelqu’un ou de quelque part. Ni jazz, ni swing, ni bop, ni pop, Billie a juste tenté d’être un peu elle-même, tant que ses démons lui foutaient un peu la paix, et tant que sa solitude ne lui bouffait pas trop les veines.

« Fine and mellow »

Un seul « ange » véritable semble avoir traversé son existence de comète noire, peuplée de vautours et de rapaces : Lester Young. Son saxophone, dans lequel Billie lovait sa voix, était comme le cocon musical qui cicatrisait ses blessures. Là, tout en finesse, elle explorait tout un univers de nuances et de contrastes (le Poisson : comme un univers de gris qui se dégrade, comme un univers de dégradés de gris…), elle s’emmitouflait dans un rêve qui n’était qu’à elle et qui la vengeait de tout le reste. « Le fruit de cette complicité est aujourd’hui considéré comme l’une des œuvres parmi les plus importantes de la musique du XXe siècle. Jamais on ne retrouvera une telle cohésion, une telle passion partagée par une voix féminine et un saxophone. Lester Young et Billie Holiday avaient un esprit musical économe, concis, et affichaient la même prédilection pour la mélodie. Durant ces quatre années (1937–1941), ces deux artistes exceptionnels devaient révéler leurs mondes secrets, leur humanité fragile et leurs âmes innocentes au gré d’une fabuleuse osmose. Malheureusement, cette fusion ne s’arrêtait pas là : en dehors de la musique, face au monde profane, ils devaient tous deux adopter un système de protection identique, basé sur l’alcool et la drogue… au risque de se dissoudre dans leurs abus ». (Luc Delannoy)

Un autre grand musicien faisait office de frère pour elle (frère de solitude, frère de déprime) : Charlie Parker. Né le 29 août 1920, à 18 h TU, à Kansas City, Charlie avait comme Billie un thème marqué par une Lune dissonante (c’est un euphémisme…) Artiste du manque, de la frustration, de la peine inconsolable, Parker a créé une musique marquée par un sentiment permanent de fuite, d’abandon, de refus du cocon lunaire. En exil de lui-même, incapable d’assumer une vie entre guillemets « normale », avec maison, femme, enfants, Parker a erré toute sa vie en solitaire et en junky, le cœur en friche, désœuvré, ne nourrissant de vraie passion que pour la musique de son « blues ». Orphelin de tout, Parker a révolutionné la musique en la modelant à son image. Il a traduit en notes et en ruptures de ton l’horreur de devoir être au monde comme un enfant mort-né, comme un être séparé, fendu en mille éclats. Le jazz et le blues sont des styles musicaux qui pleurent toujours une absence tout en implorant, en invoquant la présence d’une transcendance rédemptrice.

« Why was I born ? »

Marqué par l’opposition Lune-Neptune, le thème de Billie Holiday était aussi dominé par Uranus. Ces trois planètes renvoient d’ores et déjà à un manque, à un appel. Pluton n’est pas là, en effet pour compléter la famille ‘T’.

Par ailleurs, avec un carré de Mars-Mercure à Saturne-Pluton, Billie Holiday a répondu à cet appel plutonien en opposant toujours sa joie de vivre, sa nature vivante et combative (Mars-Mercure) aux forces contraires de la fatalité et du malheur (Saturne-Pluton). Billie Holiday vivait la force de caractère et de tempérament de son Uranus dominant en la plaçant toujours en porte-à-faux vis-à-vis du désenchantement plutonien, dans lequel elle ne peut s’empêcher de sombrer, de se vautrer. Les derniers moments de sa vie sont particulièrement émouvants dans le sens où ils illustrent le combat de Billie Holiday pour chanter jusqu’au bout, pour rester droite et digne alors qu’elle ne se nourrit plus que de désespoir.

« Lorsqu’on lui annonce le décès de Lester Young, survenu le 15 mars 1959, Billie est bouleversée, dévastée. Quand elle veut chanter lors des funérailles de son ami, les musiciens l’écartent avec déférence. Un vrai cauchemar.

Une fois encore, une dernière fois, Billie Holiday redeviendra Lady Day, la Première Dame du Jazz. Elle chante au club Storyville à Boston, accompagnée de Mal Waldron, Roy Haynes et Champ Jones, au Flamingo à Lowell et dans un théâtre du Village à Manhattan. Le public découvre alors une chanteuse considérablement amaigrie, qui tient à peine debout. Mais Billie lutte, se bat pour récupérer sa dignité. Dans un sursaut d’indépendance, elle chante Ain’t nobody’s business if I do (ce que je fais ne regarde personne) puis, comme si elle avait compris que la vie lui échappait vraiment, elle entame sa dernière chanson When your lover has gone (quand ton amour est parti). Sa dernière chanson en public. Tout est dit. Cinq jours plus tard, Billie Holiday sombre dans le coma ». (Luc Delannoy)

À ce moment, Uranus est revenu à l’opposé de lui-même dans le thème de Billie : il a accompli sa révolution. Avant de mourir, le 17 juillet 1960, à 3 h 10 du matin, Billie, elle aussi, aura accompli la sienne, de révolution.

Le thème de Billie Holiday illustre une fois encore le problème auquel est confronté l’astrologue conditionaliste quand il veut distinguer les facteurs terrestres des facteurs célestes dans le parcours d’une vie et d’une œuvre. Ici, les deux s’entrecroisent et se sont nourris mutuellement pour créer la réalité et le mythe Holiday. Là encore, les conditions terrestres (la pauvreté d’une enfance livrée à elle-même, un viol à l’âge de 11 ans qui ont en grande partie conditionné tout le reste de la vie de Billie Holiday) ont fortement orienté la chanteuse vers un destin que les planètes n’indiquaient pas forcément.

Quoiqu’il en soit, destin ou non, déterminisme ou pas, le génie de Billie est toujours là et bien là. Et elle continue de chanter pour les âmes perdues, quelque part, « anywhere out of the world »

Article paru dans le n° 17 du Fil d’ARIANA (avril 2002).

Cet article vous a été proposé par : Rémi Valet


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