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Frédéric Beigbeder, Vierge pas si folle…

Tout d’abord, ne prononcez pas son nom « Beigbédère », mais « Beigbédé », sinon, ça l’énerve, et il ne faut pas énerver les « marsiens » comme lui. Surnommé le « Che Guevara du Flore », Frédéric Beigbeder est né à Neuilly-sur-Seine, une banlieue pas franchement galère, d’une mère traductrice de romans et d’un père chasseur de têtes. À son palmarès, études classiques dans les meilleurs lycées, Science-Po. À vingt-cinq ans, ce fêtard notoire organise des soirées branchées chez Castel et publie son premier roman Mémoires d’un jeune homme dérangé. Collaborateur de différents journaux (Globe, Elle, Voici), concepteur de slogans pour l’agence de publicité Young & Rubicam, animateur à la télé, il a fait un scandale et un best-seller en publiant 99 F, un violent réquisitoire contre la pub racoleuse et décerveleuse.



Micro-portrait théorique de Frédéric Beigbeder

Ce micro-portrait ne fait qu’esquisser une interprétation très simplifiée des configurations zodiaco-planétaires dominantes et de la planète la plus faible de ce Thème natal. Excluant par exemple l’interprétation des Aspects, cette étude succincte ne saurait remplacer une véritable analyse approfondie, mais elle en ouvre quelques-unes des pistes principales.

La configuration dominante du Thème natal de Frédéric Beigbeder est une conjonction Vénus-Mars-Neptune en Scorpion, qui se trouve au sextile-trigone d’une opposition de Saturne en Poissons à Soleil-Mercure-Uranus-Pluton en Cancer et au carré de la Lune en Lion (configuration sous-dominante). Jupiter en Cancer est la planète la plus faible.

Ses réponses aux questions devraient donc refléter les pôles hyper-dominants de sa personnalité :

Scorpion affectif-sensoriel

- Vos qualités : les liens affectifs et sensoriels que vous tissez avec ceux qui vous entourent sont particulièrement étroits, sélectifs, exigeants. Vos amours et vos haines, vos tendresses et vos révoltes sont absolus, irrémédiables, parfaitement séparés. Dans votre univers où seul compte ce que vous ressentez, ce que vous percevez, ce que vous vivez intensément, on se lie et se délie sous la foi du serment implicite ou de la trahison. Vos désirs intenses et urgents ont pour vous force de loi naturelle à laquelle nul et surtout pas vous même ne saurait déroger ; vous les imposez avec une telle intensité que rares sont ceux qui sont capables de résister à votre charme insistant, à votre sensibilité puissante et exacerbée.

- Vos défauts : vous éprouvez les plus extrêmes difficultés à trouver des solutions pour vous libérer de vos réactions viscérales, de vos sentiments dictatoriaux, de vos états d’âme affectifs obsédants. Pour vous singulariser, vous vous croyez obligé de systématiquement réagir avec votre cœur et vos tripes, comme si le fait de prendre des distances réfléchies vis-à-vis de vos humeurs était une insupportable acceptation du sens commun. Vos passions affectives semblent indécrottables, fatales, ineffaçables. Envoûté par vos affects, souvent soumis au délire d’influence, vous vous attachez excessivement à ceux que vous aimez en les soupçonnant toujours de noirs desseins et dramatisez à outrance les sentiments les plus bénins.

Vierge sociable-communicatif

- Vos qualités : vous disposez d’une sociabilité ultra-sélective et très particulière. Ouvert, disponible et charmant à l’adresse de ceux qui vous intéressent et surtout vous trouvent intéressant, vous savez vous fermer opportunément et efficacement à ceux dont vous pensez qu’ils n’ont rien à vous apporter. Vous percevez d’instinct que toute communication entre les êtres est obligatoirement inscrite à l’intérieur de certaines limites auxquelles vous vous pliez volontiers : si vous savez faire assaut de charme, de curiosité et d’intérêt pour ceux qui vous correspondent le mieux, vous savez aussi vous protéger par des refus fermes, opportuns et précis des intrus avec lesquels vous êtes d’emblée persuadé de n’avoir rien à voir ni à dire.

- Vos défauts : en dépit de votre ouverture aux autres, vous êtes trop souvent fine bouche au niveau des contacts sociaux. Vous n’admettez que ceux qui vous admettent et ne comprenez que ceux qui vous comprennent. Aimable, intéressant, drôle et enjoué avec les uns, vous vous montrez effacé, compressé, ultra-limité ou à tout le moins complètement indifférent avec les autres. Quand vous vous sentez incompris, vous ne faites aucun effort pour y remédier et paniquez lorsqu’on fait appel à vous. Votre principal problème est d’être totalement allergique à ce et ceux qui ne vous disent rien d’emblée, de vous demander au-delà de toute raison si vous ne vous trompez pas en jouant le rôle qui est étroitement le vôtre.

Inversement, les réponses de Frédéric Beigbeder aux questions devraient montrer qu’il ne correspond pas du tout au portrait suivant :

Vous êtes avant tout un pragmatique organisé. Dynamique, jovial, bon vivant, entreprenant, vous prenez tout à fait au sérieux les réalités de l’existence dont vous n’entendez perdre aucune opportunité. Vous avez du savoir-faire, du bon sens, une logique pratique qui vous permet de prendre les problèmes concrets à bras-le-corps et de les orienter au mieux de vos intérêts. Empirique et raisonnable, soucieux de prospérité économique, vous savez tirer de vos expériences des leçons simples, utiles et rentables. Vous savez mettre de l’ordre dans votre ressenti des choses, discipliner votre vécu, hiérarchiser vos envies et besoins, réguler votre activité en fonction de normes précises. Confiant, sûr de vous, vous vous sentez à l’aise dans le monde des réalités matérielles dont vous faites le tremplin de vos ambitions. Expansif, enjoué, plutôt optimiste, vous vous donnez les moyens de pouvoir jouir sainement et en abondance des bonnes choses de la vie sans jamais perdre de vue vos intérêts pratiques. Chacun de vos actes est utile, productif, organisé, orienté vers une finalité précise.

Vous savez ce que vous voulez, et vous vous donnez les moyens qu’il faut pour l’obtenir. Ambitieux, plein d’autorité, impérieux, soucieux de votre impact social, vous entendez pleinement jouer le rôle qui est le vôtre dans la société à laquelle vous appartenez. Vous êtes toujours prêt à prendre l’initiative pour échanger, négocier, coopérer avec autrui, vous rendre utile pour vous mettre en valeur. Vous avez des talents de pédagogue, d’avocat, de diplomate, de meneur d’hommes et possédez au plus haut point l’art du langage : vous savez avec aisance et clarté communiquer vos volontés, expliquer vos intentions, convaincre vos interlocuteurs du bien-fondé de votre vision du monde. Vos jugements sont impérieux, frappés au coin du bon sens. Travailleur, gestionnaire, volontaire, doué du sens de l’organisation, vous vous imposez comme homme d’expérience et êtes doué pour mettre du classement, de la logique et de l’ordre dans tout ce que vous faites. Vous voulez être reconnu pour vos compétences concrètes, pour votre aptitude à vous plier à la règle du jeu social, à vous rendre utile si ce n’est indispensable.

Françoise Hardy : Ressentez-vous les tendances contradictoires à l’ouverture tous azimuts et à la bougeotte de votre Signe Ascendant, le Gémeaux, et celles à la fermeture par esprit critique et besoin de contrôle de vos deux signes dominants, la Vierge et le Scorpion, comme conflictuelles ou complémentaires ?

Frédéric Beigbeder : Je suis sans doute un peu schizophrène puisque dans mon travail je suis d’une maniaquerie maladive, obsessionnelle, tout en faisant des tas de trucs à la fois. Je passe ma vie à zapper, à faire un peu de critique littéraire, de télévision, de journalisme, d’écriture de bouquin, etc. À vrai dire, j’ai beaucoup de mal à faire des choix. Je déteste ça. J’ai toujours peur de passer à côté de quelque chose d’intéressant… Je suis donc quelqu’un d’ouvert.

L’astrologie permet de préciser la nature des problèmes de choix. Les Gémeaux ont besoin de rester disponibles pour, comme vous dites, ne rien rater d’intéressant, ils préfèrent garder toutes les portes ouvertes…

C’est ça…

… alors que la Vierge — votre Signe dominant — sensibilise aux contraires et rend indécis par tendance à peser indéfiniment le pour et le contre…

J’ai fait Sciences-Po où l’on vous apprend à défendre l’opinion inverse de la vôtre. Je ne dirais pas que je n’ai aucune colonne vertébrale dans la mesure où j’ai des convictions et où je suis sincère : il y a des choses qui me révoltent, d’autres auxquelles j’adhère, dans le domaine artistique certaines choses me plaisent, d’autres me déplaisent fortement… mais je suis toujours capable de comprendre mon pire ennemi. Je peux être d’accord avec deux personnes qui se haïssent. J’aime bien faire le casque bleu et réconcilier des gens qui ne sont pas du tout d’accord. C’est mon côté Kofi Annan, j’essaie toujours de faire le diplomate. Je voudrais que les Palestiniens et les Israéliens arrêtent de se foutre sur la gueule et se mettent à danser ensemble…

Autant les Gémeaux peuvent prédisposer à ce que vous dites, autant la Vierge et le Scorpion ont vite fait de repérer les incompatibilités, les différences qui empêchent radicalement de danser ensemble…

Quand je fais de la critique j’ai, comme tout le monde, une sorte de subjectivité qui me pousse à trouver un truc génial ou complètement nul ainsi qu’à l’exprimer mais je pense qu’une des règles de base dans ce type de métier est d’être capable de changer d’avis : si on n’a pas du tout aimé le dernier livre d’X ou Y., cela ne doit pas empêcher d’adorer le prochain, sinon on est un idiot fermé. Beaucoup de critiques décident une fois pour toutes que quelqu’un est nul. Moi, j’adore changer d’avis. C’est comme dans la vie : ce n’est pas parce qu’on n’est pas en forme aujourd’hui qu’on ne le sera pas demain.

Bien que votre vie socioprofessionnelle semble plus remplie que la moyenne, n’êtes-vous pas tiraillé entre ce qui vous pousse à agir (Mars dominant) et ce qui vous pousse à ne rien faire ou à vous laisser vivre selon votre bon plaisir (Lune/Neptune). Êtes-vous parfois paresseux ?

Roland Topor, à qui l’on demandait comment il s’y prenait pour faire à la fois des dessins, des films, des romans, des pièces de théâtre etc., a répondu qu’il était paresseux et travaillait plus vite que la moyenne pour être débarrassé. Je pense qu’on peut très bien faire des tas de choses par paresse…

Pour travailler vite, il faut être doué…

Peut-être bâclait-il…

Mais vous, vous ne bâclez pas !

En fait, je suis assez pour le bâclage.

Ça ne colle pas avec ce que vous dites sur votre côté maniaque, obsessionnel dans le boulot !

C’est assez compliqué… Je me demande si c’est compatible. Il m’arrive de penser qu’on peut bâcler méticuleusement. (Rires)

Peut-être bâclez-vous vos articles de journaux et êtes-vous maniaque pour vos livres ?

La différence entre un livre et un article est que l’on relit le livre plus souvent. Mais le style est parfois meilleur quand on écrit vite que quand on revient quarante fois sur son texte.

Ça vous arrive de vous relire autant de fois ?

Vous pouvez être très rapide, très vif un jour et le jour d’après avoir plus de mal, devenir « besogneux » et relire votre truc jusqu’à le rendre hermétique.

La Vierge prédispose à être lent et laborieux alors que la connexion entre la pensée et son expression est bien plus rapide pour les Gémeaux signe qui donne une grande mobilité…

Ce que vous appelez « mobilité », j’appelle ça « flemme ». C’est peut-être la même chose… c’est l’envie d’aller vite… À l’école, j’avais toujours sur mes copies « Peut mieux faire ». Ça me résume. (Rires) « Élève doué. Peut mieux faire. Doit donner un sérieux coup de collier pour passer en classe supérieure ». L’histoire de ma vie était déjà résumée par mes profs en classe de 3e. C’est triste.

La valorisation dans votre ciel de Mars, Neptune, Vénus et Lune devrait vous faire réagir davantage — ou d’abord — à l’instinct, selon vos attirances épidermiques que de façon intellectuelle…

Je trouve ça bien d’avoir des préjugés, des a priori

Rationnels ou irrationnels ?

Il ne faut pas avoir honte de se fier à sa première impression. Il n’est pas interdit de marcher au feeling.

Votre ciel vous prédispose à marcher au feeling.

Le feeling c’est très bien mais peut-être qu’après coup il faut analyser, essayer de comprendre pourquoi on est attiré par telle personne ou telle œuvre. Peut-être faut-il être irrationnel d’abord et rationnel ensuite. Il y a des gens qui ne marchent qu’à l’instinct. Moi j’aime bien décortiquer et faire à posteriori de grandes analyses qui ne tiennent pas forcément debout mais qui me rassurent. Par exemple, si j’ai un coup de foudre, je vais passer six mois à essayer de comprendre par des lectures ou autrement, pourquoi, comment il a eu lieu. C’est peut-être inutile, mais ça m’amuse beaucoup.

Le Signe de la Vierge incite à vouloir comprendre le pourquoi du comment pour mieux contrôler la situation et se protéger, tandis que vos planètes fortes vous font rechercher les sensations fortes…

Vous avez l’air de dire que je suis toujours une chose et son contraire… C’est un peu compliqué…

Il en va ainsi pour la plupart d’entre nous et l’astrologie permet de préciser de quels contraires il s’agit. Chez vous, il y aurait le besoin de garder la tête sur vos épaules tout en étant attiré par ce qui peut vous la faire perdre.

Comment vous dire ? Je suis un gros fêtard, j’aime sortir, boire des coups, rigoler, je suis de toute évidence un hédoniste et en même temps mon hédonisme est teinté d’ironie, de recul, assez froid en fait. Ce qui expliquerait pourquoi j’écris beaucoup. Un véritable hédoniste ne va pas s’emmerder à rester chez lui pour écrire des livres, il préfèrera faire l’amour avec des mannequins. Par ailleurs, Jean-Paul Sartre a dit que l’appétit d’écrire implique un refus de vivre et je trouve ça très con. Je vis d’abord, je dissèque ensuite. Première étape : le cœur, deuxième étape : la tête. Les deux sont indissociables, un peu comme un rasoir Gillette G2 avec la première et la deuxième lame.

Une forte composante lunaire prédispose à être gentil, tendre, féminin…

À être une énorme tapette… (rires)

… alors que votre dominante martienne favorise la combativité, l’agressivité, la franchise brutale …

(Sur un ton ironique) Ce paradoxe, cette ambiguïté font toute ma richesse… C’est banal d’aimer séduire, d’avoir besoin de baisers, de caresses etc. En même temps, j’aime bien provoquer, faire l’intéressant parfois au détriment de quelqu’un avec qui j’aurai ensuite envie de me réconcilier. Et puis pour draguer, l’agressivité est probablement la méthode la plus efficace.

Par la Lune on est dans sa subjectivité et dans ses rêves, alors que par Mars on est dans les réalités basiques, au ras des pâquerettes…

Comme beaucoup de pessimistes, je suis plein d’espoir… un espoir un peu refroidi, déçu, désabusé… Je pense que toute personne qui affiche un certain nihilisme est en réalité un romantique frustré. Je suis un romantique frustré qui est devenu un vieil aigri, ronchon et cynique. Sans me comparer au Valmont des Liaisons dangereuses qui est à la fois un monstre calculateur très dangereux et un romantique tout à fait sensible et capable de tomber amoureux, j’ai tendance dès que quelque chose de positif m’arrive, à imaginer immédiatement le négatif pour ne pas tomber de haut… Le pessimisme est un bouclier qui sert à ne pas être déçu puisqu’on s’attend toujours au pire.

L’autoprotection de la Vierge, Signe où le jour, qui dominait depuis six moi,s court aussi rapidement que sûrement à sa perte, porte à s’attendre au pire. L’attaque n’est-elle pas une autre forme d’autoprotection pour vous ?

M’attaquer moi-même. L’autodénigrement permet de précéder la critique. Je pratique l’autodérision bien qu’il y ait quelque chose de lâche, de douillet à dire du mal de soi avant les autres.

La Vierge sensibilise à ses propres limites…

Vous insinuez que quand je dis du mal de moi, je dis la vérité ? Merci beaucoup, c’est sympa ! Dire du mal de soi est une coquetterie, c’est ce qu’on appelle le « fishing for compliments », on espère toujours être démenti…

Pas forcément, on peut être sincère…

Je suis sûr que François Nourrissier qui a écrit « À défaut de génie » s’entendait dire : « Oui, c’est vrai, vous n’avez aucun génie », il serait furieux. Je préfère les compliments moi aussi.

Je vous lis quand même cette question à laquelle vous avez en quelque sorte répondu avant que je vous la pose : « Les gens qui comme vous sont très facilement émus, touchés — vous reconnaissez que vous êtes émotif ? »

Oui…

Ça ne saute pas spécialement aux yeux quand on vous voit… (Éclat de rire général : Frédéric est affalé sur son fauteuil d’une façon hyper-décontractée et sa façon de répondre a quelque chose de vaguement ennuyé et condescendant, en rapport probable avec son peu d’intérêt pour l’astrologie). Je reprends : les émotifs ont tendance à se protéger en développant une fausse froideur, un faux cynisme surtout quand le groupe Saturrne-Pluton-Mercure-Uranus est en aspect de la dominante affective de Vénus-Mars-Neptune. Ce cynisme, que vous nous avez confirmé, est-il seulement défensif ?

À vrai dire, je n’aime pas les cyniques, je les combats. Mon bouquin sur la pub, c’est un livre pour dire qu’il y en a marre du pouvoir des crétins cyniques, méprisants qui gouvernent le monde d’aujourd’hui. Je n’aime pas ces gens-là. Je suis pour l’enthousiasme, l’innocence, la naïveté, l’émotion. Mais là où vous avez un peu raison… ce n’est pas que j’ai un cœur de pierre mais j’ai quand même ce bouclier, cette carapace, cette volonté de m’éviter par l’humour ou autre d’être ridicule dans la mesure où les gens purs, innocents, naïfs se font avoir. Peut-on être à la fois ému et ricanant ?

Le ricanement est un mécanisme de défense de l’émotion. L’enthousiasme, l’innocence, la naïveté dont vous parlez — et qui sont à mettre sur le compte de votre forte composante lunaire en Lion — ne sont-ils pas contrariés en permanence par une certaine attirance pour ce qui est négatif et trouble (Lune en Lion dissonante à Mars-Neptune-Vénus en Scorpion) ?

L’éducation catholique qui a été la mienne, attire forcément vers l’interdit, le péché, la fange etc. tout en sensibilisant à l’absolu, à la pureté. C’est aussi très masculin d’aimer la sainte et la diablesse, la déesse et la souillon, la maman et la putain. Quoique depuis que grâce au féminisme, les femmes sont comme les hommes, elles ont la même ambivalence. L’expression : « le papa et le gigolo » devrait être aussi courante que « la maman et la putain ». Les femmes recherchent un homme rassurant qui gagne bien sa vie, qui ait une grosse voiture et soit prêt à leur faire des enfants. En même temps, elles ont besoin d’un jeune homme fougueux, un peu voyou sur les bords. Le problème, c’est que nous sommes en train de mélanger des choses qui ne vont pas ensemble. Vous connaissez le vers d’Aragon : « Il n’y a pas d’amour heureux », ou la fameuse phrase : « En amour, il y en a toujours un qui souffre et l’autre qui s’ennuie ». Eh bien, il vaut mieux être celui qui souffre parce que celui qui souffre ne s’ennuie pas. La souffrance est tellement plus créative, riche, dense que l’ennui ! Pour être heureux, on a besoin de sécurité mais pour être amoureux on a besoin d’insécurité.

La dissonance Lune-Vénus accentue cette dissociation affective courante chez les hommes — et qui est peut-être en train de le devenir chez les femmes — entre l’amour tendre qui sécurise et le désir qui met en danger. Vous semblez actuellement avoir trouvé un équilibre mais n’avez-vous pas beaucoup de mal à vivre l’amour au quotidien ?

Je veux le beurre et l’argent du beurre… Vous dites que c’est Vénus et Lune, je pourrais vous répondre que c’est mon père et ma mère : le premier est très hédoniste, séducteur etc. alors que ma mère, qui m’a élevé, est davantage « ambiance familiale ». Ca peut venir de là : ressembler tantôt à son père, tantôt à sa mère. La grande question de ma vie comme de celle de beaucoup de gens, c’est : comment faire durer la passion ? Comment, tout en vivant avec la même personne, rester étonnant, insaisissable, continuer soi-même d’avoir un peu peur. Je trouve ça beau et en même temps rigoureusement impossible de vouloir garder le désir, cette étoile filante. Connaissez-vous l’étymologie du mot désir ? « Dé- » est un préfixe privatif comme dans « dé-faire », et « sir » vient de « siderere » le mot latin qui a donné sidérant, sidéral, étoile… Le désir c’est la privation d’une étoile, ça consiste à courir après une étoile filante, à vouloir attraper un astre. J’ai sans cesse l’impression de gambader après des chimères. Par exemple, je trouve que l’amour est plus beau quand il n’est pas réciproque, même si par ailleurs mon instinct de survie m’incite à faire ce qu’il faut pour qu’il le soit, mais la vraie passion est à sens unique. Quelqu’un par qui on est attiré et qui n’en a rien à foutre de votre gueule, c’est horriblement douloureux et suicidaire mais c’est beau. Il y a donc quelque chose de rassurant à choisir le plaisir plutôt que le bonheur : au moins on est sûr de ce qu’on a…

À côté de ce qui vous incite à être un jouisseur, un hédoniste, la dissonance Soleil-Saturne-Pluton vous prédispose à avoir un sentiment de votre valeur sociale très fluctuant : quelle que soit la réussite, l’insatisfaction est à la clé…

Le doute est très sain.

Y a-t-il un rapport entre le sentiment inconfortable de soi sur le plan social ou le malaise que le regard des autres peut provoquer — en rapport avec cette dissonance Soleil-Saturne — et votre antipathie affichée pour une Christine Angot à l’égo surdimensionné ? »

On dit souvent que je suis narcissique. Élisabeth Quin m’a d’ailleurs surnommé « Nombril 1er ». Mais je pense que mon narcissisme est compensé par l’autodérision dont j’ai parlé. Je prends la littérature au sérieux mais j’apprécie les gens qui ne se prennent pas trop au sérieux et je ne me prends pas au sérieux non plus. Quelqu’un qui dit « Je suis génial et je vous emmerde » et qui, en plus, écrit à la première personne, m’intéresse moins que quelqu’un qui se demande s’il n’est pas nul, qui ne sait pas, qui n’est pas sûr. C’est une question d’élégance ou de décence quand on parle de soi, de s’en moquer un peu. Je n’aime pas la prétention, ce qui ne m’empêche pas d’être très orgueilleux par ailleurs, mais j’essaye d’y mettre un peu de fausse modestie. (Rires). C’est idiot de dire du bien de soi, il faut attendre que les autres le fassent. Les gens qui disent du bien d’eux-mêmes sont insupportables.

Je n’en connais pas beaucoup…

Oh si, il y en a plein, Christine Angot que vous venez de citer, Marguerite Duras, Philippe Sollers…

L’insatisfaction qui porte à mettre la barre haut ou à relativiser tout succès devrait quand même vous tarauder ?

C’est ça ou il faut renoncer à l’intelligence qui ne peut que rendre triste. La certitude que l’on va mourir, la conscience de l’impossibilité de l’amour à long terme… Dès qu’on réfléchit trois secondes, il n’y a que des raisons d’avoir le cafard. La lucidité rend triste et en même temps c’est la seule forme d’intelligence qui vaille : se connaître soi-même, connaître ses limites et faire avec…

La Vierge a besoin de contrôler un maximum de choses par l’intelligence, de se connaître aussi bien que possible pour avoir une vie en adéquation avec ce qu’elle est… Dans le film « Une autre femme », Woody Allen, Sagittaire Ascendant Vierge, montre de façon magistrale le fossé qu’il y a immanquablement entre l’idée que l’on se fait de soi et celle que les autres, y compris et surtout ceux de l’entourage le plus proche, se font de soi.

Ça me fait penser à ce qu’Oscar Wilde écrivait dans Le portrait de Dorian Gray : « Je déteste la façon qu’ont les gens de dire dans votre dos des choses absolument vraies ». Dès qu’on a une image publique…

Je pensais surtout à l’environnement proche…

… en même temps, je trouve que c’est un jeu assez intéressant de ne pas être « simple ». J’aime bien les gens compliqués, ceux qui ont une double, triple, quadruple vie. En tant que schizophrène avéré, je trouve ça plus intéressant d’avoir une part de secret…

Le schizophrène ne vit-il pas ans son coin, replié sur ses déconnections par rapport à la réalité ? Ça ne vous ressemble pas !

Pour moi, le schizophrène c’est quelqu’un qui a plusieurs vies. C’est un malade cyclothymique qui change tout le temps…

Jupiter étant votre planète la plus faible, est-ce que malgré le besoin d’ordre, de contrôle de la Vierge, vous avez du mal à planifier, est-ce que vous êtes bordélique ?

Vraiment pas. Je suis hyper-structuré, maniaque… Hormis le gros défaut d’être toujours en retard, je suis très organisé. Je ne pourrais pas faire tout ce que je fais sinon.

Je tente une autre formulation : manquez-vous de pragmatisme ?

Vous voulez avoir raison à tout prix ?

Mais non…

Mai si. Je manque de pragmatisme pour tout ce qui est manuel, je suis désastreux dans ce domaine, absolument pas bricoleur, totalement incapable de réparer quoi que ce soit, je déteste lire les modes d’emploi des machines, je n’utilise qu’un centième des possibilités de mon portable …

Et votre rapport à l’argent ?

Je suis plutôt généreux… Je ne suis pas radin. J’aime bien dépenser…

Sans être prodigue pour autant ?

En fait, jusqu’à présent je n’avais pas grand’ chose à jeter par les fenêtres.

Richard Pellard vous a concocté la question suivante : par la fonction jupitérienne, on insère son vécu dans un cadre normatif, on s’efforce d’avoir une existence-modèle, représentative, médiatisée. Dans votre dernier livre, vous faites justement le procès des côtés les plus négatifs de cette fonction fréquemment dominante chez les grands publicitaires : la réduction du vécu, de l’existence à des images standardisées, à des signes extérieurs de richesse. Comment en étant aussi peu jupitérien, avez-vous pu rester dans un monde qui l’est tellement ?

Quand je suis entré dans la pub, j’étais très jeune et j’avais l’ambition démesurée de tout changer, je me disais que j’allais pouvoir convaincre les gens de faire évoluer ce métier, d’acheter mes idées farfelues etc. J’ai vite déchanté et je me suis échappé quand je me suis rendu compte que c’était un métier très verrouillé, structuré de façon obsolète, dirigé par des gens qui ne pensent qu’à vendre etc. Par ailleurs, il est vrai que ce qui m’angoisse de plus en plus, c’est que la vie des êtres humains dans les pays occidentaux est conditionnée de la naissance à la mort — pas seulement par les astres…

Ça a toujours été. L’être humain est conditionné quelle que soit l’époque…

Nous sommes davantage prisonniers qu’avant d’un système que la société nous impose et qui est aliénant. C’est quelque chose qui m’obsède beaucoup bien que j’y cède. Je ne suis pas assez courageux pour aller vivre dans une cabane au fond des bois alors, comme tout le monde, j’obéis à ce que le système impose tout en ayant au fond de moi une sorte de rébellion… Je ne sais pas si ça vous fait plaisir par rapport à Jupiter ? (Rires)

Avec deux signes du centre saison occupés — Lion et Scorpion — et un Mars dominant, vous devriez être sensibilisé aux rapports de force ?

Je n’aime pas les luttes de pouvoir… Les milieux littéraire, publicitaire, télévisuel sont des paniers de crabe où les gens ont les dents qui rayent le parquet et font des coups tordus. Je vois tout ça mais ça m’ennuie et j’essaye d’y échapper. Il y a les renvois d’ascenseur qui consistent à dire du bien d’Untel parce qu’il est susceptible de vous aider, j’ai donc tendance à descendre les gens importants — sauf quand ils ne sont pas des imposteurs, ce qui est rare. Malheureusement, on pourrait voir ça aussi comme une forme de calcul à l’envers. Car pour avoir l’air du petit insolent de service, c’est toujours mieux de flinguer les gens qui pourraient être utiles. J’ai tendance à me moquer de l’Académie française, du prix Goncourt, de tout ce qui pourrait me servir dans une carrière littéraire. C’est une pause comme une autre.

On en revient à Jupiter aveugle qui incite à désacraliser les institutions surtout avec un Mars dominant en Scorpion et envoyer promener les opportunités trop faciles.

Sauf qu’aujourd’hui la rébellion, l’insolence, l’impertinence sont des formes d’opportunisme. Il ne faut pas être dupe. L’exemple type en est le succès de 99 F qui a d’abord provoqué mon licenciement pour faute grave et qui bien qu’étant un livre violent et brutal, a pourtant été totalement récupéré ensuite par le système, au point de me rapporter de l’argent, une adaptation cinématographique, au point d’être devenu une vedette qui se fait interviewer par une autre vedette, etc. Dire du mal des gens utiles non seulement n’est pas dangereux mais vous positionne comme un ironiste, un pamphlétaire. Se moquer d’un membre de l’Académie française est devenu aujourd’hui beaucoup plus opportuniste que d’en dire du bien.

La Vierge prédispose à avoir peur de beaucoup de choses en particulier de ce que symbolise la nuit qui, en ce signe, est sur le point d’anéantir le jour. La nuit symbolise l’inconnu, le pluriel, le collectif, la société, les autres par opposition au jour en rapport avec le connu, le singulier, l’individu, soi-même… D’autres craintes que celle de l’hyper-conditionnement social vous tourmentent-elles ?

J’ai peur de la fin du monde tout simplement. J’ai l’impression que nous sommes en train de vivre l’apocalypse : la disparition de l’environnement, la pollution… Chaque matin quand je me lève, je lis les journaux et j’y vois des indices qui conduisent à être très catastrophiste. Sans être Paco Rabanne, on peut se demander si la fuite en avant dans laquelle nous sommes engagés avec notre industrie et qui a d’ores et déjà détruit en partie notre cadre de vie, n’est pas sur le point de détruire l’espèce humaine…

N’est-ce pas paradoxal d’avoir un enfant dans ces conditions ?

C’est très paradoxal.

Est-ce le fait d’avoir un enfant qui vous sensibilise à tout ce qui se passe d’angoissant ?

Je m’interroge et m’angoisse effectivement davantage depuis qu’il est là. Le devoir des parents est de laisser la planète dans l’état où ils l’ont trouvée en y arrivant et ce ne sera pas du tout le cas.

Que faites-vous concrètement pour lutter contre ça ?

Mon livre est une façon de protester…

Et au quotidien ?

Je trie les déchets, je n’ai pas de voiture… mais je ne prétends pas être exemplaire dans ma façon de vivre, loin de là, dans la mesure où mes besoins de confort sont incompatibles avec l’écologie intégriste … Je pense quand même qu’il faut arrêter de critiquer ce monde sans balayer devant sa porte et que le raisonnement correct est : « Ma façon de consommer est coupable, je suis coupable ». C’est trop facile de tout mettre sur le dos des actionnaires américains. Tout le monde est fautif.

Texte paru dans Astrologos n° 7, octobre 2001.

Cet article vous a été proposé par : Françoise Hardy


Le petit livre de la Vierge

par Richard Pellard. 49 pages. Illustrations en couleurs

Ce livre présente et explique les trois zodiaques : celui du décor des constellations, celui de l’astrologie traditionnelle basé sur les Quatre Éléments symboliques (Feu, Terre, Air & Eau) et celui de l’astrologie naturelle basé sur les phénomènes astronomiques objectifs.

Interprétation de la Vierge selon la symbolique classique et selon ses réflexes dans le zodiaque naturel (force, vitesse, équilibre) ; interprétation de la Vierge en fonction des planètes dominantes ; le Signe solaire & le Signe Ascendant. Vous pouvez dès maintenant le commander à la boutique.





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