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Jean d’Ormesson, le Gémeaux immortel

Le Soleil venait tout juste de se lever sur Paris, ce 16 juin 1925, lorsque Jean Lefèvre, comte d’Ormesson est né. Rejeton d’une illustre famille française issue de la magistrature, les innombrables fées qui entouraient son berceau ne lui voulaient que du bien. Elles firent donc de lui un aristocrate beau, riche, brillant, séducteur et intelligent, voué au plaisir, au bonheur et au succès. Après l’École Normale et des études de philosophie, ce surdoué dilettante se lance dans le journalisme et la littérature. Évidemment, il réussit dans tout ce qu’il fait. Académicien insouciant des conventions, l’astrologie ne lui fait pas peur…



Micro-portrait théorique de Jean d’Ormesson

Ce micro-portrait ne fait qu’esquisser une interprétation très simplifiée des configurations zodiaco-planétaires dominantes et de la planète la plus faible de ce Thème natal. Excluant par exemple l’interprétation des Aspects, cette étude succincte ne saurait remplacer une véritable analyse approfondie, mais elle en ouvre quelques-unes des pistes principales.

La configuration dominante du Thème natal de Jean d’Ormesson est une conjonction de Soleil-Mercure en Gémeaux à Vénus en Cancer, qui se trouve au double sextile-trigone d’un trigone de Neptune en Lion à la Lune en Bélier et au carré d’Uranus en Poissons (configuration sous-dominante). Saturne en Scorpion est la planète la plus faible.

Ses réponses aux questions devraient donc refléter les pôles hyper-dominants de sa personnalité :

Gémeaux sociable-communicatif

- Vos qualités : vous êtes spontanément et naturellement ouvert à tous les contacts, prêt à toutes les séductions, disponible pour toutes les curiosités. Extrêmement éclectique dans vos goûts, vos passions, vos centres d’intérêts variés, formidablement ouvert à toutes les sollicitations du monde extérieur, à l’écoute des autres, vous vous faites facilement admettre grâce à votre gentillesse joyeuse et décontractée, votre sens de la fête et du spectacle, votre art de ne jamais rien prendre au sérieux. Expert en communication et en échanges tous azimuts, vous mettez les gens dans votre poche avec brio, aussi doué pour les charmer que pour les amuser. Vous êtes gai, malin, tolérant, immédiatement prêt pour toutes les rencontres.

- Vos défauts : vous risquez de souvent pécher par désinvolture, légèreté, insouciance. Vous avez un peu trop tendance à considérer le monde qui vous entoure comme un aimable et divertissant spectacle où il vous suffit de jouer votre rôle papillonnant. Dispersé, émietté, instable caméléon virevoltant d’une rencontre, d’une curiosité, d’un intérêt ou d’un désir à un autre, vous donnez trop souvent de vous-même une image superficielle, désincarnée qui nuit à votre crédibilité. Vous manquez de sélectivité et de discrimination, fréquentez n’importe qui n’importe quand et tenez des discours saugrenus et contradictoires pour justifier votre impuissance à faire des choix clairs, profonds et sensés.

Cancer affectif-sensoriel

- Vos qualités : vous avez une nature sensible, affectueuse, sentimentale, introvertie, que vous cherchez à contrôler et à protéger du monde extérieur. En vous s’agitent de riches multitudes d’émotions, de sensations, de désirs que vous explorez avec ravissement. Fidèle et tenace dans vos affections, votre émotivité puissante, tendre, délicate et parfois violente vous dicte le chemin à suivre. Quand vous aimez et êtes aimé, quand vous vous attachez, et dieu sait si vous avez besoin de vous attacher, vous avez au plus haut point besoin de vous sentir sécurisé. Pour vous rien n’est vrai que ce que vous ressentes, percevez, éprouvez, à la fois à fleur de peau et dans le secret de votre cœur frémissant, palpitant et compatissant.

- Vos défauts : votre affectivité intense et délicate a trop tendance à vous isoler du monde extérieur. Ainsi vivez-vous trop souvent dans votre cosmos personnel traversé d’humeurs changeantes, de caprices, d’envies, de désirs que vous du mal à partager avec ceux qui n’ont pas la même sensibilité subjective que vous. Vous êtes sans cesse sur le qui-vive, anxieux de savoir si vos sentiments ou ceux qu’on vous porte sont vrais ou non, réagissez vivement et parfois agressivement à la moindre blessure sentimentale. Rien d’autre ne compte pour vous que les méandres touffus de votre cœur, que l’exploration narcissique de vos propres perceptions et sentiments, que vous idéalisez d’ailleurs à l’excès.

Inversement, les réponses de Jean D’Ormesson aux questions devraient montrer qu’il ne correspond pas du tout au portrait suivant :

Vous êtes un réaliste du long terme. Patient, prudent, sceptique, réfléchi, vous n’agissez qu’après avoir exploré tous les possibles, étudié sérieusement toutes les hypothèses et soigneusement évalué les conséquences lointaines de vos actes. Les situations complexes, ingrates, difficiles, les obstacles que le réel place en face de vous ne vous font pas peur. À jamais insatisfait par les certitudes acquises et les explications admises, vous aimez par-dessus tout approfondir vos expériences, chercher les mécanismes secrets qui déterminent êtres, choses et situations. Votre scepticisme expérimental vous incite à vérifier et revérifier, tester encore et encore le monde extérieur avant d’émettre quelque opinion que ce soit. Pour vous l’existence est un inépuisable réservoir d’interrogations fructueuses, une matière à triturer pour en extirper des vérités enfouies. Économe, méticuleux et méthodique, votre bon sens est dubitatif : votre observation attentive et approfondie des choses de la vie vous incite à penser que jamais rien n’est acquis, garanti, définitif.

Vous n’êtes jamais satisfait de rien ni de personne. Méfiant, grave, introverti, méditatif, vous tenez par-dessus tout à prendre de la distance par rapport aux événements, à maintenir le recul nécessaire à la réflexion. Fondamentalement, vous restez rétif aux opinions communes, aux lois admises et aux certitudes simples. La solitude ne vous fait pas peur, elle vous permet de prendre le temps de s’interroger, de vous remettre en cause, de vous poser des questions essentielles. Retiré, sagace, philosophe, taciturne, vous êtes en quête d’un ailleurs et vous vous abstrayez facilement des situations. Réservé, pudique, scrupuleux, il est difficile de vous arracher un acquiescement immédiat. Profond, sérieux, un brin pessimiste, vous avez soif de comprendre pour cesser de vous faire des illusions. Vous cultivez avec soin les vertus de la lucidité, de la profondeur, du détachement, de l’indifférence. Modeste, impénétrable, sans emphase, vous cultivez en vous-même un fond d’insatisfaction chronique qui vous incite à vous montrer perfectionniste et exigeant, à ne jamais négliger l’avenir et l’inconnu.

Françoise Hardy. Le signe des Gémeaux qui domine votre ciel est celui de la liberté tous azimuts…

Jean d’Ormesson. Je souffre de toute entrave à la liberté, surtout la mienne…

Ce besoin de liberté est amplifié par votre dominante mercurienne : Mercure est ce lutin facétieux qui vole d’un point à un autre — puisqu’il a des ailes aux talons —, transmet les messages en s’amusant, comme et quand ça lui chante. Vous reconnaissez-vous dans ce personnage ?

Tout à fait. Quand je suis allé voir le médecin hier, en partie à cause de notre rendez-vous parce que je me remets d’une grippe, il m’a assuré que je n’étais plus contagieux et que j’avais un virus « farceur »

Votre besoin de liberté, votre côté ludique, pourraient être gênés par une dominante solaire qui incite à avoir un système de valeurs en rapport avec l’éducation reçue et à s’y tenir avec autant de discipline, d’exemplarité que possible.

Je ne puis vous dire à quel point ça me paraît juste. Il y a au fond une sorte d’anarchie morale en moi et, en même temps, un surmoi très fort dû sans doute à mon éducation. Je n’aime pas beaucoup qu’on se moque du sacré, des valeurs etc., alors que, paradoxalement, je n’en suis pas moi-même un représentant très farouche. Je suis plein de contradictions : je ne suis pas sûr de rechercher les gens qui me ressemblent puisque j’admire les révolutionnaires, les saints et les gens qui ont une grande rigueur.

Diriez-vous que l’un de vos plus grands atouts est l’adaptabilité ?

C’est évident : il y a des situations que je préfère à d’autres, mais je peux m’adapter à peu près à tout…

Si les Gémeaux favorisent l’adaptation au changement, le Cancer, votre signe ascendant, est connu au contraire pour sa résistance au changement…

C’est curieux pour quelqu’un d’aussi adaptable : j’ai découvert également en moi une grande soumission à l’habitude. Je suis obsessionnel au point d’entraver la liberté à laquelle j’aspire. Pour écrire il me faut certaines conditions : je peux écrire n’importe où, mais une fois que j’ai commencé un livre dans un cadre, il faut que je le finisse dans ce cadre précis. Je pourrais facilement changer de cadre, mais alors ce serait un autre livre…

Votre dominante Soleil-Mercure-Vénus vous prédisposait à être naturellement sociable et à mal supporter l’indifférence, l’antipathie, l’hostilité d’autrui.

Un de mes grands défauts, dont je me suis un tout petit peu guéri avec les années, c’est cette manie de vouloir plaire. Je veux plaire à ceux que j’aime, mais pire encore, je veux plaire surtout à ceux qui ne m’aiment pas. J’ai lutté contre ce désastreux penchant que je méprise quelque peu. Il est vrai que je suis extraordinairement sociable : je suis beaucoup sorti, j’ai beaucoup voyagé, ce qui fait que l’on me croit mondain alors que je n’ai pas mis les pieds dans un cocktail depuis 10 ou 15 ans et ne dîne dehors qu’une fois par mois…

Sur la longueur, on peut dire que vous avez plus souvent été mondain que retiré !

Naturellement… Mais plus maintenant, j’ai même démissionné de tous les jurys littéraires…

De l’avis général, il serait plus facile de plaire quand on est intelligent, célèbre, riche qu’en cas contraire. Il y aurait donc, en l’occurrence, convergence entre votre bagage terrestre — être bien-né et fortuné — et votre bagage céleste : besoin de plaire et de briller dans le cadre de contacts sociaux aussi variés que possible. Qu’en pensez-vous ?

J’ai été extraordinairement privilégié. Mon seul mérite, peut-être, est d’avoir infléchi ces privilèges qui, au lieu de me mener sur les champs de course ou dans les salles de jeux, m’ont conduit dans les bibliothèques et aux livres. Comme en témoignent d’innombrables exemples pourtant, être privilégié est le plus souvent une source de sottise, d’incompréhension, de manque de générosité… Il me semble aussi que la sympathie va plus facilement à celui qui a des difficultés et fait des efforts pour s’en sortir qu’à celui qui a tous les avantages sociaux. Je ne suis pas sûr que les avantages sociaux soient des atouts.

Dans quelles circonstances, à quel propos pouvez-vous perdre votre suavité naturelle et vous montrer intransigeant (carré Soleil-Uranus) ?

Je supporte très mal l’intolérance, la haine, la violence. Par ailleurs, tout ce qui est pompeux, officiel, solennel me hérisse. Si on défend des idées auxquelles j’adhère sur un certain ton, ça me rend fou !

L’ensemble Gémeaux-Bélier qui marque votre ciel prédispose non seulement à avoir horreur des contraintes…

Horreur !!! Je ne peux pas avoir de contraintes. L’idée par exemple d’accepter une invitation à dîner dans trois semaines, même venant d’amis chers, m’est odieuse… Dans trois semaines je serai peut-être en Inde, vous comprenez ?

En bon Gémeaux mercurien vous êtes disponible à tout ce qui peut arriver d’imprévu, d’intéressant dans l’instant…

Absolument… Autre chose : moi qui suis un homme de « papier », j’ai la haine de la paperasse administrative : ça me rend fou ! Je vous jure que je suis disposé à payer ce qu’on veut, du moment que je ne m’en occupe pas.

Les Gémeaux ont du mal à couper le contact…

En effet, j’établis facilement des contacts avec les gens, j’aurais probablement pu faire une carrière dans des métiers de communication, être un bon voyageur de commerce, mais j’ai du mal à rompre…

D’une manière plus générale, quand vous devez couper le contact avec le monde extérieur parce que vous devez vous isoler pour écrire, comment cela se passe-t-il ?

Assez bien. Il m’arrive pour écrire un livre de partir pendant six semaines seul, sans téléphone ni courrier. Il faut dire que le danger qui me guette est l’éparpillement et que je dois lutter contre, mais je le fais sans difficulté : je suis sûr que je pourrais rester seul trois mois ! On ne me croit pas, mais je vous jure que c’est vrai !

En fait, vous n’avez pas peur de vous ennuyer…

(Sursautant) Qu’est-ce que vous avez dit ? Je ne sais pas ce que c’est que m’ennuyer seul, je ne m’ennuie jamais seul… J’ai une capacité à ne rien faire qui est… stupéfiante ! Je vais vous dire quelque chose de surprenant pour un Gémeaux : je ne détesterais pas être en prison… À condition évidemment que ce soit extraordinairement confortable. (Éclat de rire général)

Auriez-vous dit ça il y a 20 ans ?

Probablement pas. Cela me fait penser à cette formidable réflexion de Sainte-Beuve à propos de Chateaubriand : « Il aimerait bien une cellule, mais dans un théâtre ».

Au contraire des Gémeaux, le Cancer prédispose à aimer les milieux clos et protégés…

Contre moi-même et mes tentations… Je ne voudrais pas dire de choses sacrilèges susceptibles de se retourner contre moi, mais j’aimerais mourir d’une maladie très douce, très agréable, qui ne ferait aucun mal et me tiendrait à l’écart…

Être à l’écart n’est pas très Gémeaux en effet…

La contradiction est très Gémeaux… La Rochefoucauld pensait que l’amour propre mène le monde et qu’il est si fort qu’il se retourne contre lui-même mais que pourvu qu’il soit, il veut bien être son ennemi… C’est magnifique !

Les signes de solstice qui dominent votre ciel, incitent à tout embrasser sans rien éliminer, à englober les oppositions dans une dynamique totalisante…

On ne peut pas mieux dire ! Je vous rappelle que Gide… Je ne crois pas qu’il était Gémeaux ?

Il était Sagittaire, autre signe solsticial…

Gide disait : « Tout choix est un suicide ». Ce que vous dites à propos des contraires non seulement me paraît tout à fait vrai, mais est une des clés de ce que j’écris.

Bien qu’il y ait d’autres facteurs dans votre ciel qui vous incitent à faire des choix clairs (Soleil carré Uranus), les positions trop unilatérales vous dérangent sûrement beaucoup ?

On pourrait presque dire que je suis plus souvent d’accord avec mes adversaires qu’avec moi-même et en même temps, bien que je sois extraordinairement désordonné sur le plan matériel — il suffit malheureusement de voir ma voiture —, mes idées sont claires, mais je me jette pourtant volontiers de l’autre côté…

On ne trouve pas dans votre ciel les dominantes (Saturne, Pluton, Uranus) que l’on rencontre généralement dans les thèmes de philosophes…

Ça ne m’étonne pas…

Votre ciel est plutôt celui d’un esthète épicurien et curieux, d’un dilettante plein d’humour…

C’est tout à fait vrai, je n’essaie pas de lutter contre la curiosité mais j’essaie de lutter contre l’amateurisme et le dilettantisme… J’ai essayé par exemple d’être un écrivain à part entière et d’écrire des gros livres, pour qu’on ne me reproche pas d’écrire des petites choses…

Comment vous voyez-vous en tant que philosophe ?

… Pas ! C’est clair. Quand j’étais étudiant, mon maître, Althusser, m’avait dit que je pouvais préparer n’importe quelle agrégation sauf celle de philosophie, pour laquelle il me jugeait trop faible. Il ne m’en a pas fallu davantage pour que, alors que j’avais déjà préparé les agrégations d’histoire et de lettres, je veuille m’attaquer à celle de philo : j’aurais été affreusement tourmenté si j’avais échoué. J’ai adoré la philosophie, c’est elle qui ne m’aimait pas beaucoup : je n’étais pas fait pour elle, je ne suis pas assez sérieux, je ne crois pas assez à ma propre vérité…

Neptune qui sensibilise à l’irrationnel, à l’invisible, fait également partie de vos dominantes. Avez-vous une ouverture sur l’irrationnel ?

Assez faible. L’irrationnel ne me tente pas beaucoup. Je crois davantage aux micro-processeurs qu’à la télépathie ou aux tables tournantes…

Neptune favorise l’humanisme…

Je ne supporte pas ceux qui dénoncent la bêtise ou l’immoralité des hommes. La bêtise qui me frappe le plus, c’est la mienne. Il me semble que les reproches que je pourrais faire aux autres, je dois me les faire à moi-même d’abord. Je répugne profondément à juger qui que ce soit. C’est pourquoi je ne suis pas resté directeur de journal : je ne veux pas donner d’ordres, je ne veux pas juger, j’aspire plutôt à être jugé, mais pas par les hommes car j’espère qu’il y a autre chose. Sans être pratiquant, je suis finalement plutôt religieux. J’ai follement aimé la vie — ce qui est très Gémeaux non ? — mais si on me proposait de la recommencer, je ne voudrais pour rien au monde. L’idée de ne pas mourir me paraîtrait une horreur !

Bien que les Gémeaux ne soient pas à une contradiction près, ressentez-vous comme contradictoires votre sociabilité tous azimuts qui vous incite à sortir, à vous montrer, à vous raconter (Soleil-Mercure) et votre extrême pudeur, votre besoin de vous protéger et de vous cacher sur le plan sentimental (Vénus-Cancer) ?

Les hommes politiques parlent de transparence, moi je parle d’opacité. Ma vie est opaque. Ce n’est pas très Gémeaux…

C’est davantage cancérien en effet…

Connaissez-vous ces vers de Toulet : « Si vivre est un devoir, quand je l’aurai bâclé, que mon linceul au moins me serve de mystère ». J’essaye de rendre ma vie aussi opaque que possible et je m’en veux chaque fois que j’accorde une interview.

Vous n’êtes pas obligé de répondre à mes questions indiscrètes. Votre conjonction Vénus-Pluton vous prédisposait à être attiré par des situations sentimentales complexes…

Certainement ! Mais attendez : m’auriez-vous posé cette même question si vous ne me connaissiez pas ?

Évidemment, puisque je ne sais rien sur votre vie privée…

J’ai cherché à multiplier les difficultés… Volontairement. Vous savez bien que l’amour et la passion ne marchent que grâce aux obstacles ! Il faut donc recréer les obstacles.

La conjonction Vénus-Pluton prédispose à être attiré par la transgression. Avez-vous plus que la moyenne eu besoin d’interdits pour pouvoir aimer ?

Je n’aime que dans la transgression ! C’est effrayant ! La transgression est mon moteur. C’est pour ça que je ne suis pas un homme de droite typique : je n’aime l’ordre que pour pouvoir le piétiner. S’il n’y a pas d’ordre, pas d’obstacles, où est l’intérêt ? Puis-je vous citer à nouveau Chateaubriand, ce grand poète catholique et monarchiste : « L’amour est trompé, fugitif, ou coupable ». N’est-ce pas magnifique ? Je vous assure que je ne comprends presque pas l’amour sans transgression. Je suis peut-être un peu tordu…

Que faites-vous quand, la transgression accomplie, la situation se normalise ?

Je m’en vais… (Éclat de rire général)

Vénus-Pluton, c’est aussi l’introduction du pluriel dans la dualité, les situations triangulaires par exemple. On retrouve la transgression…

La jalousie me paraît inséparable de l’amour… et pas seulement en tant que conséquence mais en tant que condition…

Vous n’iriez tout de même pas mettre vos amis dans le lit de votre femme ?

Je ne mettrais pas mon meilleur ami dans le lit de ma femme, mais je ne déteste pas prendre la femme de mon meilleur ami… Voilà ma formule ! (Éclat de rire général)

L’ambivalence attraction-rejet à laquelle prédispose Vénus-Pluton peut inciter à ressentir l’objet du désir fondamentalement étranger à soi dès qu’il est proche…

Hélas ! La formule de Montherlant est parfaite : « Tout ce qui est conquis, est détruit ».

Les cages qui font le plus fuir les Gémeaux mercuriens sont celles des responsabilités…

(Il pousse un cri d’horreur au mot de « responsabilité ») Ca choquait beaucoup mon père et je n’en suis pas très fier, mais j’ai toujours fui les responsabilités : je n’en veux pas. Je ne voulais pas être chef d’entreprise. J’ai été directeur du Figaro, c’était bien, j’étais content, mais au fond je n’aimais pas beaucoup les responsabilités qui allaient avec. J’aurais accepté d’être ministre si on me l’avait proposé mais, en même temps, j’aurais détesté cela. J’aime ma fille, évidemment, mais la responsabilité de l’avoir m’a beaucoup tourmenté. Il m’est plus facile de me laisser aller à l’immense tendresse que j’éprouve pour ma petite fille, simplement parce que je n’en suis pas responsable. J’aime tellement l’indépendance que je fuis les responsabilités.

L’engagement à long terme…

Je le vomis !

Les Gémeaux mercuriens sont toujours jeunes, au moral comme au physique…

Hélas !

C’est un atout !

Ils doivent se méfier, ça a peut-être des avantages, mais de graves inconvénients aussi : comme ils ne savent pas qu’ils vieillissent, ils s’imaginent qu’ils sont jeunes et le ridicule les guette. Le drame de vieillir c’est qu’on ne sait pas qu’on vieillit et je me suis souvent dit que j’étais ridicule. Grâce à Dieu, je n’en suis pas encore à courir après une fille de 20 ans ! Mais même une femme de 30 ans, c’est ridicule. Il faut se méfier.

Pour s’attacher un Gémeaux mercurien vaut-il mieux être aussi léger, jeune d’esprit que lui, prendre la vie, l’amour comme un jeu pour mieux rire de tout et pleurer de rien ?

Je n’aime pas la lourdeur mais je n’aime pas non plus le sautillement imbécile qui refuse l’effort. L’effort est nécessaire, ainsi que, peut-être, la douleur, les larmes… Ensuite seulement arrive la légèreté qui n’a d’intérêt que si elle n’est pas au premier degré, si elle est profonde comme la musique de Mozart ou les vers de La Fontaine…

Mars, Jupiter et Saturne qui sensibilisent au concret, au pratique, au tangible, ne sont pas valorisés dans votre ciel, confirmez-vous votre peu de goût pour les contingences trop matérielles ?

L’écriture est une façon d’échapper à certaines réalités. S’il fallait que je m’occupe de planter un arbre ou de réparer l’électricité, je pourrais probablement, mais j’ai décidé de ne pas le faire et je ne le fais pas. En effet, je ne fais rien ! Rien. Je ne m’occupe ni de la voiture, ni des impôts, ni des vins dont les hommes sont censés s’occuper… Je ne m’occupe de rien…

Qui s’en occupe pour vous ?

Ma femme ou personne… À côté du noble art de faire faire les choses par les autres, il y a celui, non moins noble, de les laisser se faire toutes seules.

En 1973, lorsque vous avez été élu à l’Académie Française, un carré Saturne-Pluton transitait votre Soleil natal. Ce genre d’échéance prédispose sinon à l’insatisfaction tout au moins à la plus grande distance vis-à-vis des honneurs en tout genre. Avez-vous vécu cette consécration aussi mal, tout au moins avec autant de recul, de sens de la dérision, que les échéances astrales de cette période le suggèrent ?

La vérité c’est que j’ai parfaitement bien vécu mon entrée à l’Académie. Beaucoup d’auteurs y entrent à 80 ans après avoir juré à 20 qu’ils n’y entreraient jamais. Moi, à 25 ans j’ai décrété que je serais à l’Académie et quand c’est arrivé, j’étais très content. Maintenant que c’est fait, je m’en fiche complètement, alors que si je n’avais pas été élu, ça m’aurait tourmenté toute ma vie. Ma devise est de cueillir les honneurs : si vous voulez me donner le Nobel, je marche. Mais après coup, ça me devient indifférent. En 73, je suis à la fois entré à l’Académie et devenu directeur du Figaro : on ne peut pas appeler ça des sales coups ! Au fond, je n’ai eu dans ma vie que quelques chagrins : la mort de ma mère qui m’a empêché de dormir pendant une semaine, celle de mon père qui s’était produite bien plus tôt et qui a été un moment tragique pour moi parce que, bouleversé par mon comportement sur le plan sentimental, il est parti en pensant que je resterais un bon à rien… J’ai connu également 2 ou 3 crises sentimentales qui m’ont empêché de dormir…

Finalement vous avez eu une vie beaucoup plus riche en bonnes qu’en mauvaises choses.

Incontestablement.

On dit qu’il nous arrive ce que nous sommes…

J’y crois beaucoup. Je me méfie de la haine, je pense qu’on est très malheureux quand on déteste les gens.

Mais vous savez bien que quand on éprouve de la haine c’est parce qu’on a manqué d’amour. Les enfants désirés et choyés éprouvent rarement de la haine.

L’une des clés de ma vie, c’est que j’ai eu une enfance extraordinairement heureuse avec des parents formidables qui aimaient leurs enfants.

Article paru dans le n° 4 d’Astrologie naturelle (juillet 2008).

Cet article vous a été proposé par : Françoise Hardy


Le petit livre des Gémeaux

par Richard Pellard. 49 pages. Illustrations en couleurs

Ce livre présente et explique les trois zodiaques : celui du décor des constellations, celui de l’astrologie traditionnelle basé sur les Quatre Éléments symboliques (Feu, Terre, Air & Eau) et celui de l’astrologie naturelle basé sur les phénomènes astronomiques objectifs.

Interprétation des Gémeaux selon la symbolique classique et selon ses réflexes dans le zodiaque naturel (force, vitesse, équilibre) ; interprétation des Gémeaux en fonction des planètes dominantes ; le Signe solaire & le Signe Ascendant. Vous pouvez dès maintenant le commander à la boutique.





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