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La « Lolita » de Nabokov, une Taureau-trivialité transcendante

L’aspect de la Transcendance dont je vais parler ici concerne la planète Mercure, dont la fonction est Transcendance de la Représentation. Le thème de Vladimir Nabokov et la lecture de « Lolita » m’ont permis d’étudier de quelle manière cette planète transfigure nos représentations simplistes pour leur faire accéder à une dimension supérieure : celle du merveilleux.



Le mercurien par qui le scandale arrive…

En 1959, Vladimir Nabokov défraya la chronique en publiant Lolita, roman aujourd’hui salué comme l’un des plus audacieux et les plus incontournables de la littérature mondiale. Son propos fut à l’époque jugé scandaleux et immoral. Le livre est en effet le récit de l’amour impossible entre un homme d’âge mûr, Humbert Humbert, et une jeune fille américaine de douze ans, Lolita. Mais plus profondément, il s’agit surtout d’une confession aussi bouleversante qu’ironique, et de l’aveu d’un homme pour qui aimer signifie d’une manière ou d’une autre transgresser la norme, quelle qu’elle soit.

Vladimir Nabokov est né le 22 avril 1899, à Saint-Petersbourg, à 4 h 26 HO. Dominé par Mercure, son thème renvoie à la nécessité absolue de transcender la représentation que l’on peut se faire de la vie, pour tenter de « l’enchanter » et de dépasser sa trivialité inhérente. L’amour absolu qu’éprouve le narrateur pour sa Lolita lui permet d’affirmer sa liberté et donc, de vivre sa vie dans une forme de perpétuel raffinement esthétique.

« Lolita ne contient aucune leçon morale. À mes yeux, un roman n’existe que dans la mesure où il suscite en moi ce que j’appellerai crûment une volupté esthétique, à savoir un état d’esprit qui rejoint, je ne sais où ni comment, d’autres états d’esprit dans lesquels l’art — c’est-à-dire la curiosité, la tendresse, la charité, l’extase — constitue la norme ». C’est ainsi que Nabokov résume la raison d’être d’une œuvre artistique : un jeu mercurien qui transfigure la réalité, la dépasse, la transcende pour mieux révéler son absurde cruauté. Marqué par le ‘R’, le thème de Nabokov renvoie principalement au souci d’inventer une représentation du monde qui ne soit pas aveuglément assujettie à une soi-disant « réalité ». La transcendance mercurienne ne vise pas seulement à créer de l’illusion en perturbant nos représentations ou en les distordant, elle répond plus exactement au désir de révéler à quel point ces représentations sont limitées, relatives ou incomplètes. Le ludion, l’électron libre, le bouffon permettent au roi de rire de lui-même et donc au bout du compte, de se connaître.

Derrière les barreaux

Au travers du récit d’une « perversité », Nabokov nous donne à ressentir de la manière la plus raffinée et la plus profonde qui soit, le non-sens absolu qui se cache derrière la prétendue « normalité ». Et c’est la passion, l’amour fou, l’obsession, sentiments par définition irrépressibles, qui révèlent le mieux la nature subjective de toute vérité, de toute réalité. Pour Nabokov, finalement, le fou, le pervers, l’obsédé, ne sont que des variations extrêmes de l’hyper-lucidité. Comme si l’aboutissement inéluctable de cette lucidité passait par la reconnaissance d’une folie constitutive. Le véritable amour conduit le sujet à se mettre inévitablement en porte-à-faux vis-à-vis des lois et des normes.

L’aspect dominant du thème de Nabokov est une opposition Soleil-Taureau à Jupiter-Scorpion. À ce titre, il me semble intéressant de noter en quelles circonstances Nabokov eut l’idée de ce roman. « C’est à Paris, à la fin de 1939 ou au début de 1940, alors que j’étais terrassé par une attaque de névralgie intercostale, que je sentis la première petite palpitation de Lolita. Autant qu’il m’en souvienne, ce frisson avant-coureur fut déclenché, je ne sais trop comment, par la lecture d’un article de journal relatant qu’un savant avait réussi, après des mois d’efforts, à faire esquisser un dessin par un grand singe du Jardin des Plantes ; ce fusain, le premier qui eût été exécuté par un animal, représentait les barreaux de la cage de la pauvre bête. Il n’y avait aucun lien défini entre le choc que je ressentis alors et les pensées qu’il mit en branle ; celles-ci, néanmoins, se traduisirent par une nouvelle d’une trentaine de pages, qui fut le prototype de Lolita (L’enchanteur) ».

On peut donc supposer que le moteur initial de Lolita fut le thème de l’aliénation sous toutes ses formes. L’idée fut certainement pour Nabokov de parvenir, par le biais de l’art, à libérer toute représentation des barreaux qui l’entravent. À l’image des papillons dont Nabokov était amoureux et collectionneur, ces chenilles que sont par la force des choses nos représentations, doivent parvenir à se libérer de leur chrysalide pour pouvoir prendre leur envol et s’épanouir pleinement. L’individu solaire a fort à faire avec les cadres, limitations et règles restrictives de Jupiter : « Ma tragédie personnelle est qu’il m’a fallu troquer mon idiome naturel, mon vocabulaire russe si riche, libre de toute contrainte et si merveilleusement docile, contre un mauvais anglais de remplacement dépourvu de tous les accessoires — le miroir surprise, le rideau de fond en velours noir, les traditions et associations tacites — que l’illusionniste de terroir, queue-de-pie au vent, manipule avec une aisance magique afin de transcender à son gré l’héritage national ». On a là une très belle illustration de l’art mercurien de Nabokov qui consiste à résoudre le conflit Soleil-Jupiter par la magie des mots et grâce aux sortilèges d’une langue affranchie de la pesanteur de ses codes.

Si j’osais un rapprochement audacieux, il me semble que le conditionalisme, dans son essence, obéit aux mêmes principes. Jean-Pierre Nicola, très mercurien lui aussi, et qui compte dans son thème une configuration Soleil-Jupiter, a su créer un système qui obéit à des règles, des codes et des représentations, mais qui contient en même temps sa part de jeu, qui lui permet de se transcender dans une perpétuelle et vivante mobilité. Cette mobilité est la garantie de sa survie puisque seules les représentations figées, incapables de se renouveler, sont condamnées à mourir.

Le romantisme à l’épreuve de la société

L’aliénation et l’emprisonnement sont constitutives de l’esprit du roman puisque le livre n’est en fait que la longue confession d’un condamné à mort. Mis en prison pour avoir tué son rival, Clare Quilty, dont Lolita était en fait amoureuse, Humbert Humbert se sait coupable : « Si je devais me juger moi-même, j’infligerais à Humbert Humbert au moins trente ans de bagne, pour viol, et je rejetterais tous les autres chefs d’accusation ». Cependant, l’aliénation proprement dite est ailleurs. Paradoxalement, la nature d’Humbert est profondément romantique alors que Lolita se révèle au fur et à mesure de l’histoire, véritablement perverse. Aliéné par sa passion (elle-même bridée par la morale et la société), Humbert sera dévoré par elle, et c’est Lolita qui le tuera implicitement, en le trahissant pour un autre. À vouloir vivre son fantasme et son obsession dans la réalité, il finira par découvrir que sa soif de volupté ne peut s’accommoder des mesquineries et de la vulgarité du réel. Les hommes qui condamnent et qui jugent l’amateur de nymphettes Humbert Humbert se trompent de crime car le vrai drame réside dans le récit de cet amour impossible passé à tabac et dans l’impuissance d’un homme à supporter la réalité, et l’absence de l’amour véritable…

Je cite un passage de Lolita : « Aujourd’hui, qui veut se faire assassin doit être homme de science. Non, non, je n’étais ni l’un ni l’autre. Messires les jurés, la quasi-totalité de ces schismatiques de l’amour, ardents à nouer avec des petites filles des relations palpitantes, tendrement plaintives, physiques certes, mais n’allant pas nécessairement jusqu’à la fornication, sont des êtres sans malice, inadéquats, timorés et passifs, qui ne demandent rien à personne, sinon la permission de poursuivre leurs activités, prétendument criminelles mais en réalité bien inoffensives, la possibilité de se livrer à leurs humbles ébats, obscurs et moites et brûlants, sans encourir les foudres de la police et de la société. Nous ne sommes pas des démons obsédés de luxure ! Nous ne violons point comme les vaillants militaires ! Nous sommes des êtres mélancoliques et doux, au regard de caniche, assez bien acclimatés pour savoir refouler nos désirs en présence des adultes, mais prêts à sacrifier des années de notre vie contre une chance de toucher une nymphette. Je le répète catégoriquement, nous ne sommes pas des tueurs. Les poètes ne tuent point ».

Un charme diabolique…

La jeune fille qui incarne la Lolita du livre constitue une forme de condensé de toutes les valeurs superficielles et creuses que l’on peut attribuer à Mercure : le goût des plaisirs futiles et gratuits, son extrême réactivité (position de Mercure en Bélier) à des signaux sans fondement : publicité, modes, ice-creams, chansons sentimentales à succès, etc. Tous ces attraits ne font que renforcer l’amour de Humbert pour cette jeune fille inconsistante, mais aussi délicieuse, irrésistible qu’une sucrerie ou qu’une bulle de comic-strip… (Le mercurien Gainsbourg a manifesté à plusieurs reprises son intérêt pour le roman de Nabokov). Toutes les choses soi-disant profondes l’ennuient : la culture, la réflexion, les responsabilités, les sentiments. Elle semble traverser la vie du haut d’une gaminerie sans questionnements. Cette légèreté contamine tous les aspects de la vie et de l’amour. C’est ainsi que Nabokov élude ironiquement tout ce que son livre peut impliquer de tendancieux ou de pervers. Je cite :

« …l’acte sexuel était partie intégrante du monde furtif de l’enfance, et les adultes en ignoraient tout. Ce que les grandes personnes faisaient aux fins de procréation ne lui importait point. Et la petite Lo maniait ma vie avec une énergie simpliste, comme elle eût fait d’un engin insensible et étranger à moi… Les problèmes sexuels, puisqu’on les nomme ainsi, n’entrent pas dans mon sujet. Quiconque en a l’envie peut imaginer à sa guise ces éléments de pure animalité. Une ambition plus haute me guide : fixer à tout jamais la magie périlleuse des nymphettes ».

Si Nabokov dynamite ainsi toute interprétation morale de son récit, on comprend également qu’il entend surtout dépasser la notion de morale par la force de son seul style et de son intelligence démoniaque. La vraie force d’un humoriste ou d’un esprit provocateur est de transcender la morale par l’intelligence, démontrant ainsi la relativité de toute norme. Que ce soit par la magie, l’illusion, le jeu ou l’intelligence créatrice, Mercure atomise le trivial, le simple, le banal pour donner à voir quelque chose de plus complexe, d’infiniment vivant qu’on peut appeler le « merveilleux ». Derrière l’image triviale et banale de Lolita suçant un ice-cream, Humbert Humbert perçoit tout un univers fantastique qui lui fait rejeter toute autre réalité. La virtuosité du style de Nabokov s’exerce aussi à la manière d’un démon qui narguerait le puritanisme fade et hypocrite d’une Amérique qui se vautre dans le culte de l’apparence.

Étymologiquement, le mot diable a d’ailleurs le sens très mercurien de « celui qui sépare, qui disperse, qui désunit ». Mercure disperse ce qu’Uranus a rassemblé, Mercure est le vent qui éparpille ce qui n’est pas ancré dans la terre. Le rôle diabolique de Mercure est de révéler ce que les valeurs ‘R’ toutes faites peuvent avoir de ridicules et de figées. Un simple coup de vent et tout s’envole, tout comme une remarque drôle, perfide ou bien placée peut ruiner la confiance ou l’amour-propre d’un être imbu de son importance. Pour miner la réalité, et la conscience forcément biaisée qu’on en a, il faut enchanter la vie et se bercer d’illusions. Pour oublier la vie, le Humbert Humbert de Lolita s’invente un fantasme (le nymphisme) qui lui permet de maintenir son corps et son esprit dans l’éternelle jeunesse et l’éternelle grâce. La trivialité mercurienne est le pendant de la rigueur intellectuelle, morale d’Uranus, qui est d’ailleurs la planète « aveugle » du thème de Nabokov.

La transcendance n’est pas toujours cachée là où l’on croit. Elle n’est en tout cas pas toujours assimilable au mysticisme torturé, sérieux, respectable, « religieusement correct » de Neptune-Saturne ou à la froideur désincarné d’Uranus-Pluton. Il en existe aussi une forme légère, drôle et impertinente. Cette forme anti-dogmatique et véritablement libre s’appelle Mercure. Ou pour dire les choses autrement, pour Nabokov, la transcendance avec un « petit t », c’est l’art, avec un grand ‘A’.

Article paru dans le n° 28 des Cahiers conditionalistes (1993).

Cet article vous a été proposé par : Rémi Valet


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