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08. Mitterrand gêne et râle Vous êtes ici : Accueil Pratique Astro-portraits de célébrités Astrobiographie de François Mitterrand
Publié le : 8 septembre 2003
08. Mitterrand gêne et râle



Parti de rien...

"Patience et longueur de temps [lien vers font plus que force ni que rage" (Jean de La Fontaine).

François Mitterrand, en 1960, est un homme amer, humilié, vaincu. Rares sont, au cours de cette année, ses interventions sur la scène politique : il vaut mieux laisser "le temps au temps" pour que vienne l’oubli. Il a pu faire le compte de ses véritables amis : ils ne sont guère nombreux. Le "gang" scorpionnesque des ultra-fidèles, comme d’habitude. Il aborde une nouvelle traversée du désert et profite de cet intermède pour écrire, flâner, voyager, notamment en Chine. En 1962, de Gaulle propose un référendum sur l’élection du président de la République au suffrage direct. Mitterrand, redevenu depuis 1961 l’opposant systématique, implacable, insupportable, irréductible de la Ve République et de son fondateur, refuse bien entendu avec la dernière virulence ce nouveau "coup d’Etat légal". Les Français ne l’entendent pas de cette oreille, accordant 62,5 % des suffrages à de Gaulle.

Un mois plus tard, aux législatives, il est néanmoins réélu à l’Assemblée. De sa tribune, il dénoncera et critiquera systématiquement toutes les décisions du gouvernement. Il devient l’orateur de l’opposition le plus sectaire, le plus redouté, le plus enflammé : c’est simple, rien ne trouve grâce à ses yeux. Une attitude dans le droit fil d’un Scorpion plutonien : "C’est plus fort que vous, vous voyez d’abord et en toute chose ce qui cloche, la faille, le défaut. Sceptique, méfiant, soupçonneux... vous êtes plus à l’aise dans l’ironie, la moquerie, la démystification, la critique". Sans aucun doute, nous sommes encore là dans l’univers du double-jeu : François Mitterrand doit absolument, après s’être violemment fait "déporter" (sic) à gauche, se forger une image et un discours adéquats, pour lever les soupçons que nourrissent à son sujet les socialistes de la S.F.I.O. et se faire reconnaître et accepter de la famille. Nul doute que, pour atteindre cet objectif, il force le trait, outre ses discours et exagère ses prises de position souvent extrémistes et caricaturales : après tout, quand on est dans l’opposition et qu’on sait très bien que la reconquête du pouvoir prendra de très longues années, il n’y a pas de raisons de se gêner. C’est également une plutonienne stratégie à long terme : face à l’unanimisme récupérateur du gaullisme triomphant, on ne saurait exister politiquement qu’en se démarquant à outrance. C’est précisément la finalité de "l’inhibition différentielle" caractéristique du Scorpion. C’est en même temps une tactique du court terme, pour gagner le plus vite possible ses galons d’homme de gauche. Et c’est aussi complètement sincère : François Mitterrand vomit ce pouvoir qui lui en a fait voir de toutes les couleurs depuis la fin de la IVe République, vomit ces institutions "uraniennes", ne saisissant que trop bien le peu de distance qu’il y a entre le pouvoir et la puissance absolue d’un seul homme et la dictature. Tant pis ou tant mieux pour lui s’il fait l’amalgame : la fin justifie les moyens. Comme le note justement J.-M. Borzeix, Mitterrand "doit son salut personnel et politique à l’insolence de son refus".

En 1963, il fonde le C.A.I. (Centre d’Action Institutionnel), un organisme frappé du sceau de la multiplicité plutonienne, puisqu’il est constitué d’une myriade de micro-clubs para-socialistes. Pas vraiment un parti mais une nébuleuse floue. Parti de rien, il devient le président d’un para-parti de presque rien. Un peu plus tard, d’autres clubs et associations s’agrégeront, sous sa houlette, au C.A.I., pour devenir la C.I.R. (Convention des Institutions Républicaines), son premier vrai parti. Un parti illustrant parfaitement les mécanismes Scorpion-Pluton de son fédérateur : plus qu’un mouvement soudé par une forte idéologie et un projet commun, c’est plutôt une réunion d’individualités diverses et marginales, que le "gang" mitterrandien va s’efforcer de noyauter et de structurer en sourdine, avec la puissance feutrée de qui sait créer des réseaux occultes. "Avec son habituelle opiniâtreté, sa rare capacité à concevoir des plans subtils, complexes et secrets, il s’est attelé à la tache des le début de 1963... il va utiliser son habituelle tactique d’investissement par les marges". Toute société humaine est structurée à l’instar du système solaire : au centre (solaire) se trouve le pivot, les éléments stables et institutionnels, les modèles dominants, le pouvoir visible et centralise. Et lorsqu’on a, comme François Mitterrand, perdu ce pouvoir central, il faut le reconquérir depuis les confins du système... solaire ou politique. Donc en "investissant par les marges", celles du système solaire ou du système politique. Né sous un rapport harmonique et dominant entre Soleil (le centre, organe du Pouvoir représentatif) et Pluton (les marges, lieux des contre-pouvoirs possibles), Mitterrand est naturellement doué pour conquérir le pouvoir par les marges... tout en restant en marge du pouvoir une fois qu’il l’a conquis. Voici ce que dit l’astrologue Jean-Pierre Nicola à propos de celui qui incarne, à l’intérieur d’un système quelconque, cette relation Soleil-Pluton : "Marginal instable... qui ne demande qu’à être récupéré mais qui, gloriole conquise, n’en continue pas moins à demeurer réfractaire à demi. Il oscille sur les frontières, tantôt dedans, tantôt dehors. Les plus doués finissent par réussir au-delà de toute espérance". On ne saurait mieux décrire, en un raccourci saisissant, notre personnage en quête "d’hauteur".

Il faut bien le reconnaître, jamais François Mitterrand n’est aussi lucide et pugnace que lorsqu’il a "touché le fond", qu’il se retrouve contraint d’oeuvrer aux marges : "Hadès-Pluton désigne aussi le fond, le fin fond, le plan de sustentation... c’est un dieu fondamentaI". C’est en touchant le fond qu’on peut rebondir. Les plutoniens sont plus doués que d’autres pour ce genre de rétablissement. Logique : une fois qu’on a touché le fond (du désespoir, de la révolte, de l’indignation), il ne reste plus qu’à remonter à la surface... Mitterrand s’en occupe activement. Les législatives ont vu le laminage électoral de la S.F.I.O., le P.S. d’alors. Les leaders socialistes sont dans leur ensemble décrédibilisés, démonétisés, usés jusqu’à la corde par leur passage dans la IVe République. C’est le vide. Le pouvoir est à prendre au sein de la gauche non-communiste. Le futur leader du P.S. se fait humble, silencieux et tout petit et, invité à participer aux débats de la S.F.I.O., il y est aussi assidu que discret : il s’agit avant tout de se faire reconnaître comme appartenant à la famille de la gauche. Il y parvient, fort de l’appui des réseaux de complicités personnelles qu’il contrôle clans ce parti.

En 1965 auront lieu les premiers élections présidentielles au suffrage universel. Mitterrand se verrait bien en challenger du Général. Nous sommes en 1963, et la gauche non-communiste doit se préparer et choisir un candidat unique. Finalement, Gaston Defferre est désigné candidat de la S.F.I.O. François Mitterrand le soutient de loin mais réellement : Defferre, trop ouvertement et visiblement anti-communiste "primaire", n’est pas capable de réunir toutes les voix de gauche sur son nom au deuxième tour. Et déjà François Mitterrand plaide pour l’union de la gauche... sans se faire entendre à cette époque. La candidature Defferre fait long feu, et Mitterrand parvient à s’imposer. A contrecoeur, les partis de gauche se voient contraints de l’accepter : il n’existe pas de solutions de rechange. "II n’a pas de parti ? La belle affaire ! Les partis encombrent ses rivaux. Et puis, il a ses amis et aussi les anciens prisonniers. Ils lui tiendront lieu d’appareiI." "Déporté" à gauche !

Au cours de ces années 60-63, qui voient sa sourde, insidieuse mais puissante remontée, Pluton fait un angle de 60° (un sextile, aspect consonant), avec son Soleil natal. Une période idéale pour passer de la marge, de la non-représentativité (Pluton) au centre et à la reconnaissance (Soleil). C’est bien ce qui se passe, en douceur, en profondeur et sans heurts. L’année 1965 voit la création de la F.G.D.S. (Fédération de la Gauche Démocrate et Socialiste), mouvement qui fédère, sous la houlette occulte des "sous-marins" du gang de Mitterrand, tous les partis, clubs et associations de la gauche non-communiste. Bien entendu, le futur candidat est reste tapi dans l’ombre, tirant les ficelles en coulisses pour n’effaroucher personne. Deux jours plus tard, il s’autoproclame candidat unique de la gauche. Mis devant le fait accompli, la F.G.D.S. se voit contrainte de faire de lui son président. Une merveille de "complot" Scorpion-Pluton. "Jean Daniel constate alors que durant toute la campagne, François Mitterrand a violé les appareils de la gauche, "un viol salutaire", écrit-il. Eh bien, il n’a pas fini de les violer... il a peu de troupes personnelles, pas d’élus, ses armes s’appellent l’éloquence, la notoriété, le recours de l’opinion contre les appareils, le noyautage des appareils quand c’est possible et... le chantage permanent. En somme, la manière forte alliée à la ruse".

Commence alors un des "transits" planétaires majeurs de son existence : Uranus et Pluton, en conjonction clans le Signe de la Vierge, sont à deux ou trois degrés près sur la même position que sa Vénus natale. Sont impliqués dans ce "transit" deux de ses planètes les plus fortes (Pluton et Vénus) et l’une de ses plus faibles (Uranus). De quoi subir de profondes métamorphoses. Dans le même temps, Jupiter passe sur son Pluton natal, à 120° du Soleil (trigone, aspect consonant), de quoi aspirer à plus de reconnaissance, de représentativité publique. Il est battu, mais réussit tout de même à mettre de Gaulle en ballottage et devient ainsi, le chef naturel et le représentant incontournable de la gauche. Anti-communiste convaincu, il a su pourtant faire jouer ses amitiés et complicités avec le P.C.F. au cours de la Résistance pour permettre le "désistement républicain" entre les forces de gauche. Le scénario se répétera plus tard... En attendant, le C.I.R., son mouvement au sein de la F.G.D.S., ne compte qu’un seul député. C’est celui de la Nièvre : lui-même ! Il lui faut donc accroître le nombre de ses soutiens au sein de la fédération. Pour celà, rien de telle qu’une bonne vieille magouille scorpionno-plutonienne : il organisait des réunions qui rassemblaient pas mal de monde, demandait aimablement leurs noms et adresses aux participants... qui étaient automatiquement comptabilisés comme des militants de sa cause. A ce petit jeu-là, son mouvement devient très vite prépondérant dans le F.G.D.S. Cette nouvelle traversée du désert est terminée. Le revoilà au premier plan de la scène politique française, encensé et reconnu par une gauche qui reste néanmoins dans sa majorité extrêmement méfiante et dubitative à son égard. On la comprend. François Mitterrand est et reste plutonien. A preuve ce portrait que fait de lui Jean Daniel, directeur du "Nouvel Observateur" : "Cet homme ne donne pas seulement l’impression de ne croire à rien : on se sent devant lui coupable de croire à quelque chose... II insinue comme malgré lui que rien n’est pur, que tout est sordide, qu’aucune illusion n’est permise". Il pointe là un des terribles paradoxes de Mitterrand, que nous avions déjà relevé : même dans ses plus fortes implications, même lorsqu’il donne vraiment l’impression de croire absolument à quelque chose (Soleil) il reste toujours distant, sceptique, désenchanté, désillusionné, Et l’on peut être sr que le soir, après avoir passeé sa journée à lancer quelques tirades socialistes ronflantes et convaincantes et à ourdir des complots dans les coulisses de la scène politique, il se plonge dans l’Ecclésiaste en méditant sur la relativité de ses prises de positions enflammées et de sa volonté de conquérir le pouvoir : "Vanitas vanitatum, et omnia vanitas." SUITE

Cet article vous a été proposé par : Richard Pellard



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