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Maurice Maupilier, le prêtre cancérien du Christ

Prêtre catholique et orientaliste, figure dissidente, marginale et hors-norme au sein de l’Église, écrivain passionné par toutes les spiritualités, Maurice Maupilier ne cachait pas son intérêt pour l’astrologie.



Françoise Hardy : Le Cancer, ton Signe solaire, et le Sagittaire, ton Signe Ascendant et lunaire, sont l’inverse l’un de l’autre. En effet, la fonction d’auto-protection du Cancer incite à fixer des frontières, alors que la fonction associative du Sagittaire incite à les abolir. Tu as su, apparemment, bien concilier ces deux fonctions en explorant le monde et les autres religions, tout en restant fidèle à ta Vendée natale et à ta religion d’origine. N’as-tu pas cependant été tiraillé toute ta vie entre un démon qui te poussait à t’en tenir à ce que tu connaissais et reconnaissais, et un autre qui te poussait à aller voir ailleurs les façons de penser à priori étrangères aux tiennes ?

Maurice Maupilier : Le fait est constant chez moi. Mais le mot tiraillé est faible. Aussi loin que je remonte, il y a toujours eu cette espèce de tension entre deux aspirations contradictoires : d’une part, l’aspiration au confort — tu parles de protection et c’est exact dans des limites bien déterminées où l’on ne viendra pas m’embêter et où je pourrai être moi-même, comme je l’entends, en toute tranquillité, peut-être même « en paresse » — il m’est arrive d’avoir la réputation d’un type qui, au fond, ne travaillait pas assez. D’autre part, l’aspiration fondamentale à aller au bout du monde, pas seulement au sens propre du terme, au bout de l’univers : pour savoir ce qu’il y a derrière et « y être avec »… Cette question s’est posée à moi dès ma huitième année. En même temps, il y a le goût du confort agréable, de l’amitié tranquille, le besoin de choisir ce qui me va… en tout… mais en posant moi-même mes propres limites au-delà desquelles je n’admets personne ou simplement les quelques personnes qui me conviennent. C’est plus qu’un tiraillement. Dans certaines circonstances c’est un déchirement.

Le Soleil et Jupiter, qui concernent la socioculture, se heurtent dans ton ciel à la Lune qui a trait à la nature, à ce qui est instinctif, ainsi qu’a Mars qui a trait au monde des faits, des réalités brutes. En conséquence de quoi tu aurais pu te sentir, plus souvent et plus fortement que la moyenne, en contradiction avec ton éducation ou les valeurs admises.

J’ai fait mes études secondaires sans problème. Mais à partir de la deuxième année d’études supérieures de théologie catholique, ce que l’on nous enseignait sur le contenu de la foi et de la conduite de la vie équivalait pour moi à des « comprimés » tout à fait insuffisants. Seulement ça n’a pas été tragique. Quand j’ai été au Maroc, à vingt-trois ans, j’ai eu l’occasion de lire les auteurs grecs ecclésiastiques des premiers siècles et je me suis libéré là-dedans. Mais c’était là une rupture avec pas mal de valeurs qu’on m’avait enseignées comme très fermes et qui m’apparaissaient parfaitement discutables. Il était d’ailleurs hors de question que j’en parle à qui que ce soit. À peu près à la même époque, j’ai du faire des choix déchirants qui allaient contre toute une série de valeurs et qui remettaient en cause tout le monde qu’on m’avait enseigné et ou je me sentais confortable, mais avec lequel réel me forçait à rompre.

Rien à signaler avant tes études supérieures ?

J’ai senti une contrainte intolérable au collège. J’étais interne et je me souviens avoir été absolument sidéré, stupéfait, qu’on nous réveille tous les jours, à 5 h 30–6 heures du matin, pour nous imposer la messe. J’avais treize-quatorze ans, et je me disais qu’a force de nous gaver « ils » nous en dégoûteraient. Je réagissais pratiquement contre tout ce qui était réglementation de collège, sans m’en rendre compte rationnellement. J’avais d’ailleurs une réputation d’élève difficile. J’étais très indépendant.

J’avais justement prévu de te demander à partir de quand tu avais commence à refuser l’autorité et les modelés imposés, ce qui est typique d’un Soleil en conflit tant avec la Lune, qu’avec Mars et Pluton.

Pas avant ma quatorzième année. Je n’ai rien à reprocher à ma famille, au contraire. Avec le recul j’ai été très impressionné par la sagesse avec laquelle mon père, qui était considéré comme un homme exceptionnel, nous a laissés vivre notre enfance, mes frères et moi. Je n’ai jamais eu à me révolter contre lui, alors que j’ai toujours, à partir de l’âge de quatorze ans environ, mis en question les autorités personnalisées que j’ai eu à subir.

Une Lune qui se lève à l’opposé d’un Soleil qui se couche, peut prédisposer à s’identifier davantage à la figure maternelle qu’à la figure paternelle.

Comme mon père, ma mère avait beaucoup de personnalité. Elle aimait ses enfants mais elle n’était pas une femme tendre et je me suis toujours senti en manque sur ce plan.

Ce devait être un manque d’autant plus éprouvant que ta dominante lunaire te prédispose à être plus « féminin » que « masculin », autrement dit à avoir d’importants besoins de tendresse et d’affection.

C’est ce que ceux qui m’ont le mieux connu ont noté chez moi, et je n’ai aucun complexe à ce sujet. Je me souviens que l’un de mes profs de fac me disait à propos d’un autre professeur qui me reprochait d’être tortueux : « ce type est un dictionnaire ambulant, mais le cœur et l’intuition n’existent pas pour lui. Quant à vous, vous avez de la vivacité intellectuelle, de la vivacité réflexe, le goût de la méthode dans l’action et un peu d’aventurisme : c’est votre côté mâle. Mais quand il s’agit de vos études, vous rentrez dans les questions à la façon des femmes. Tous vos modes d’intuition sont féminins, c’est ce qui fait qu’il n’a rien compris à votre exposé. Vous êtes chrétien, disait-il encore, et vous êtes tout à fait arme pour nous donner ce qui nous manque du point de vue de la théologie chrétienne : la théologie de la féminité de Dieu. Non seulement vous avez des dons masculins, mais je ne serais pas étonné qu’entre les femmes et vous il y ait une autre complicité ».

La question suivante consistait justement à te demander si tu ne te sens pas plus proche des femmes que des hommes ?

Très fréquemment. Si je me retourne en arrière, je constate que mes plus grandes amitiés, les plus chaleureuses, ont toujours été spontanément féminines. Parallèlement il y a des femmes que j’irrite. Un psychologue, qui avait assisté à mon altercation avec l’une d’elles, attribuait cela au fait que, leur ressemblant trop, je les devinais trop vite. J’ai une sorte de communion dynamique avec mes amitiés féminines. Ma Ananda Mayi, la solitaire indienne, par exemple : au bout d’un certain temps de correspondance épistolaire, les présences, qui ne sont pas affaire de kilomètres, étaient à ce point établies dans le réel, que nous avions jugé d’un commun accord que ce n’était plus la peine d’écrire.

Une composante « féminine » — lunaire — forte comme la tienne, indique la primauté de l’affectivité, de l’imagination et du rêve sur le reste.

Oui. Je n’ai pas de réticence vis-à-vis de toi ni de tes questions, mais cette forme de sensibilité dont tu parles m’a contraint à me réfugier dans un immense silence, chaque fois que l’environnement, trop masculin, me paraissait, à tort ou à raison, manquer de délicatesse. Je sentais qu’il valait mieux ne pas répondre, me taire, m’écarter… ou rompre.

Le Lunaire « sent » mieux qu’un autre si les vibrations de l’ambiance sont en accord, en harmonie, ou non, avec les siennes.

II y a la quelque chose de fondamental dont les autres se sont rendu compte avant moi. C’est très curieux, parce que sur le plan de l’action j’étais décidé, parfois même brutal, mais, à plusieurs reprises, des hommes d’un âge avancé m’ont déclaré que derrière cette attitude, qui révélait que je n’étais pas encore parvenu à l’épanouissement voulu, j’étais quand même beaucoup plus féminin que je ne paraissais.

Une Lune dominante et en Sagittaire prédispose à caresser des rêves d’amour et d’harmonie universels ainsi qu’a s’oublier dans la contemplation des grands espaces où tout semble se confondre. Mais Pluton qui s’oppose à ta Lune natale, donne un sens aigu de l’inanité de ce genre de rêve, ou, sinon, provoque des chocs en retour qui obligent à redescendre brutalement sur Terre.

Les observations que tu fais sont quand même curieuses. Je devais avoir entre quatre et six ans, lorsqu’au cours d’une promenade ou je montais en haut d’une côté, j’ai eu une intuition de… oui, ce que tu dis, de l’harmonie universelle. Je me trouvais harmonieusement bien avec tout. Il y avait du soleil et des nuages — j’ai toujours beaucoup aimé les nuages et les grands ciels — et l’impression de Dieu vivant. J’étais formidablement et indéfiniment bien. Ça ne m’est jamais sorti de la tête. Ce rêve d’harmonie universelle a pris pour moi différentes formes, mais j’ai toujours vécu avec et il a pris de la solidité au fur et à mesure que j’entrais dans la vie. L’éveil qu’a été pour moi Teilhard de Chardin était de ce type. Également certains mystiques musulmans ou indiens ainsi que l’interrogation humaine indienne, lorsqu’elle est en dehors des systèmes et englobe toute la question de la vie, des autres vies, du monde… Tu as évoqué la contemplation des grands espaces. le me suis toujours trouvé en accord avec la mer. Plus encore avec l’océan qu’avec la Méditerranée, l’océan vibrant, immense, sous toutes ses formes et sous toutes ses couleurs… Maintenant il y a l’autre partie de ta question. Là oui. je vais encore te raconter une histoire d’enfance, une histoire d’hiver. Je regardais les oiseaux et j’avais envie de toucher un rouge-gorge. J’attrape le rouge-gorge à l’aide d’un piège et je constate avec stupeur qu’il ne bouge plus. C’était ma première rencontre avec la mort et c’était un choc extraordinaire : je ressentais cette rupture comme énigmatique et inadmissible à la fois. J’avais huit ans. Ce choc est revenu chaque fois que je me suis, par la suite, trouve confronté à la mort. La mort est pour moi injustifiée et injustifiable.

C’est inattendu dans la bouche d’un prêtre mais pas d’un lunaire.

Pour moi la prêtrise chrétienne ne ressemble à aucune autre et la prise de position chrétienne est libre, en particulier à l’égard de ces mystères. Je ne vois pas pourquoi j’admettrais facilement la mort ou des catastrophes de ce genre, parce qu’il y aurait un dieu qui l’impose. S’il impose la mort, Dieu n’est plus qu’une idole pas meilleure que Moloch ou autre. Je trouve que la souffrance et la mort, ou le fait que ça puisse servir à quelque chose de mieux — c’est ce qu’ont ajouté les hommes pour défendre Dieu — sont quelque chose d’inadmissible et d’incohérent. le reste donc en point d’interrogation là-dessus. Je suis en face d’un fait qui est là et auquel je dis non. J’irais même jusqu’à dire que Dieu est en dette à l’égard de tout homme sur ce plan-là, qu’il en doit, de quelque façon que ce soit, l’illumination et l’explication définitives. Si c’est Lui qui donne la vie, il est en dette à l’égard de tout être qui vit dans une condition aussi imparfaite que celle-là. Mais au fond je suis convaincu qu’en toute vie il y a un « plus » qui se réalise même en dehors de la conscience claire de ce vivant. C’est ce qui forme l’essentiel de cette vie, qui la « réalise » secrètement, dès avant la mutation qu’est la mort et, sûrement et en continuité pour moi, au-delà de cette mutation qui est grand X pour l’instant.

N’a-t-on pas la foi parce que c’est le seul moyen de vivre moins difficilement la réalité de la mort ?

Je n’admets pas que la foi soit une résignation…

Une compensation…

J’ai besoin que les choses soient réelles d’un bout à l’autre et si, non pas l’irrationnel, mais l’au-delà du rationnel existe, autrement dit Dieu, il faut que ce soit non une compensation, mais la révélation dynamique de la réalité telle qu’elle est. Chaque être qui s’est trouvé dans une réalité imparfaite, doit avoir accès à cette réalité parfaite.

Comment ce qu’il y a en toi de besoin d’harmonie par la Lune, s’accommode-t-il de ce qu’il devrait y avoir en toi de contestataire et d’intolérant par Mars-Pluton ?

La façon même dont je parle de Dieu est une forme d’intolérance. En ce qui concerne les hommes, j’ai été profondément indigné par l’intellectualité administrative et théoricienne des hommes de pouvoir à l’intérieur d’une communauté comme l’Église, qui devrait se présenter comme accueillante à toutes les cultures et à tous les hommes, même s’ils ne viennent pas vers elle : une intellectualité qui rejette, anathématise, fixe, et qui est froidement inhumaine, tout en présentant, à coup de prédications, la grande face de Dieu qui est la face de l’amour. J’ai mis des années à m’en rendre compte et cette découverte m’a stupéfié, renversé…

Une dominante lunaire favorise une certaine naïveté. Te considères-tu comme naïf ?

Je crois, oui. De vrais amis me l’ont dit à plusieurs reprises.

Finalement, la réalité extérieure, objectale, a toujours été plus brutale pour toi que pour d’autres ?

Oui, je le crois. C’est très pénible, surtout si ton environnement n’est pas à même de le deviner ou de le comprendre. Dans certains cas, quand tu cesses d’être naïf pour être perspicace, tu ne peux pas exprimer la violence de ton impression, parce qu’il ne convient pas que tu l’exprimes : ce serait mal reçu ou pas reçu du tout.

Parmi les problèmes majeurs que pose ton ciel, on a évoqué celui qui consiste à abolir les frontières tout en en gardant, il y a aussi celui qui consiste à s’opposer, déranger, contester, tout en voulant sauvegarder l’unité.

C’est quelque chose que j’ai toujours éprouvé. Dans 80 % des cas, mes refus se sont faits dans la douleur, et, en certaines circonstances, dans une détresse véritable. Quand j’ai décidé de refuser la succession de mon père pour partir vivre la vie que je souhaitais, je me souviens qu’au moment où j’en ai fait part à mes parents, j’ai eu l’intuition que tous leurs projets pour leur propre vieillesse s’effondraient. C’était comme si j’avais entendu les murailles tomber avec bruit. Mon père a dit : « bien ». Aucun autre mot n’est venu. Comme il était tard, nous nous sommes embrassés, dit bonsoir et, sur le chemin qui menait à ma chambre, j’ai vraiment su ce qu’était la détresse. Le fait d’avoir pris une décision comme celle-là qui écrasait des projets primordiaux, et qui crucifiait une naïveté en m’obligeant à rompre avec l’imagination et le rêve, comme tu dis, m’éveille à la miséricorde, pas la miséricorde au sens de pitié, mais au sens d’affection des tripes. La miséricorde n’est pas ce que la prédication ou la roucoulade ordinaires en disent. C’est la tripe de Dieu comparable à la femme qui enfante et ne lâche jamais son enfant, même s’il s’avère le plus vil de tous, parce que c’est son enfant. En fait, il n’y a pas de miséricorde ni de pitié, il y a la solidarité intensément affective de celui qui est à la fois père et mère. Si Dieu n’est pas à la fois père et mère, Dieu n’est pas.

Ta dominante solsticiale donne, au positif, le goût et le sens des vastes synthèses. De ce point de vue, ton intérêt pour les autres religions que la tienne est révélateur. T’est-il venu de bonne heure ?

Dès l’âge de dix-neuf ans, alors que j’étudiais la philosophie, j’ai été intéressé parce que l’un de mes manuels disait sur le panthéisme : ça me paraissait à la fois curieux et formidable. Puis j’ai trouvé, dans un fascicule sur l’hindouisme traduit par Jean Herbert, tout un schéma sur le mode d’attention méditative progressive indienne, où était rapidement exposé ce que pouvaient être certaines croyances hindoues. Le panthéisme n’y était pas présenté comme caractéristique de toutes les croyances hindoues et il était question d’autres façons de voir, d’autres concepts. À partir de ce moment-là, je n’ai pas cessé de m’interroger sur l’hindouisme.

Tu t’es interrogé sur d’autres religions aussi.

Je suis tombé ensuite sur des extraits de mystiques musulmans déchirés entre leur vie terrestre et l’aspiration à l’union à Dieu. C’était vibrant de poésie, c’était magnifique. Je me suis dit qu’il fallait que j’examine ça aussi. Puis il y a eu le bouddhisme. Paradoxalement je n’ai pas été trop intéressé par la Bible. Ensuite, à partir de ma vingt-cinquième année, j’ai pris des informations sur l’ensemble des autres religions. Là j’étais à mon aise pour voir quelles étaient les tendances fondamentales communes qui pouvaient donner un sens, non pas simplement à ma vie, mais à l’ensemble des vies, y compris la vie de ceux et de celles qui étaient des « brutes », comme les assassins ou les idiots. L’enseignement chrétien sur ce dernier point me paraissait très insatisfaisant. Les vues de l’Islam et surtout de l’Inde m’éclairaient plus sur la foi chrétienne que ce que m’en avaient dit mes professeurs. Cela dit, j’admets les analyses, il faut bien analyser pour agir, mais je ne suis pas à mon aise dans l’analyse seule.

Tu préfères la vision d’ensemble, la vision globale…

Oui. La plus large possible. Et en même temps, bien qu’il y ait une formidable part de rêve, il faut que cette vision ait une base solide. Ceci dit, je ne cherche pas à faire une synthèse intellectuellement. Ça ne intéresse pas, c’est hors de ma nature. Mais l’interrogation et la recherche sur le mouvement de la réalité qui se fait à travers même les bariolages et les ratages, là, je me sens concerné, je suis dedans. Voilà ce qui est à vivre : la solidarité, même inconnue, avec les autres et le cosmos. Je crois que, pratiquement, j’ai toujours vibré avec ce qui, chez les êtres vivants, dans la nature — nature au sens ou on l’entend, mais aussi nature travaillée par les êtres vivants, autrement dit les arts — me mettait en relation, en acte de relation. Je ne serais certainement pas ce que je suis sans les arts : la peinture, l’architecture, la musique, sous toutes leurs formes, sans hiérarchie ni nationalité, ni culture, pourvu que je respire avec, que je sois dedans. Tout cela relève de l’« union d’amour », de la communion, comme la camaraderie ou l’amitié ou l’union sexuelle ou la passion non exploiteuse. Les différences ? Oui, mais de simples degrés, des nuances. Les nuances de couleur sur la gorge du pigeon. Elles sont, mais il suffit d’un mouvement de l’oiseau pour qu’elles passent de l’une à l’autre, se fondent, disparaissent…

Tu décris là, mieux que ne saurait le faire un manuel d’astrologie, les sensibilisations d’une Lune qui se lève en Sagittaire. Mais avec Pluton, qui se met en travers de ta Lune et de ton Soleil natals, tu devrais être davantage un homme qui doute qu’un homme qui a des certitudes. L’approche d’autres religions n’a jamais ébranlé ta foi chrétienne ?

Ma connaissance des autres religions a été progressive, ce qui a permis à la routine de ma pratique chrétienne de continuer. J’étais éveillé quand même. D’autre part, quelques-uns de mes professeurs provoquaient les interrogations. Or, des lors que tu interroges, tu mets en doute d’une façon ou d’une autre, mais sans forcement passer au doute destructeur et définitif. Je sentais bien que j’étais en doute sur certaines solutions. L’Islam n’a jamais mis en doute mon adhésion chrétienne, dans la mesure ou il me semblait cloisonner l’homme et Dieu au point de rendre toute relation existentielle d’amour impossible entre eux. Les idées indiennes ouvraient beaucoup plus d’horizons, et je m’y suis toujours trouvé très à mon aise. Toute la part proprement théiste de l’hindouisme réveillait certains passages de la révélation chrétienne, en particulier dans l’évangile de Saint Jean et les lettres de Saint Paul, si bien que l’Inde n’a jamais mis en doute non plus mon adhésion chrétienne. En fait, j’ai toujours affirmé Jésus comme vivant hier et aujourd’hui, comme étant l’homme plénier et comme étant Dieu, au-delà de toute dimension de cloisonnement temporel. Il y a là pour moi une évidence. Une évidence terrible, difficile à vivre, redoutable, déchirante, révoltante.,.

Révoltante ?

Je suis un insoumis. Il n’est pas toujours facile d’arriver à être logique par rapport à l’évidence de Jésus qui est existentielle et pas théoricienne ni métaphysique…

Que veux-tu dire ?

Ce n’est pas une évidence pour mon intelligence, comme un théorème par exemple, ce n’est pas une lumière rationnelle, bien qu’elle ne soit pas contraire à la raison. C’est une évidence trans-rationnelle mais qui ne va contre aucune science, aucun art, aucune réalité humaine et qui se moque de l’intelligence philosophique. Ce serait plus facile de vivre sans elle.

Comment cela ?

Quand on a cette référence, on ne peut pas vivre anarchiquement…

Tu aurais été tenté par une façon de vivre anarchique ?

Oui, oui… Je supporte très mal toute législation. Mais je fais la différence entre la législation et la nécessité de se contraindre. L’évidence de Jésus fait corps et âme avec moi et c’est difficile, c’est empoisonnant, parce qu’elle ne résout pas toutes les indignations et les contradictions que je rencontre. En même temps, elle donne un sens et un dynamisme à tout. Je parle de la réalité du Christ à travers les premiers témoignages écrits sur lui, et non de ce que le corps ecclésiastique y a surajouté et que je n’admets pas.

Du point de vue astrologique, il est étonnant, vu ta forte composante féminine et l’importance de ta Maison VII, celle de l’autre et du mariage pour la Tradition, que tu aies opté pour la prêtrise.

Personne ne m’a influencé. Il y a eu une première décision assez confuse vers douze-treize ans, puis un choix vers dix-huit-dix-neuf ans, ratifié à l’âge de vingt-cinq ans. J’avais l’intuition de Dieu, j’avais envie de faire des études là-dessus, pas d’être curé de paroisse. J’avais déjà commencé mes recherches de comparaison des diverses mystiques les unes avec les autres, ça me passionnait. Je suis donc entré dans la communauté religieuse de Chavagnes, parce qu’elle était indépendante de l’évêché et que je pouvais y poursuivre mes recherches, tout en ayant l’opportunité de partir de France. Le seul déchirement dans ce choix de vie, consistait dans l’abandon du féminin, l’abandon de la relation homme-femme. Pas fondamentalement par rapport à l’union sexuelle. Le vrai déchirement aurait été la rupture du contact concret avec le monde féminin. Mais il s’est trouvé que très tôt, dès ma vingt-troisième année, j’ai été désigné d’office, malgré moi, pour aller étudier et régler des questions délicates de relations entre les femmes cloîtrées de certains monastères. Je m’en suis tiré et j’ai été chargé une vingtaine de fois par la suite de ce genre de mission, que ce soit en Afrique, en Europe, et même en Inde. J’ai du également m’occuper pendant dix ans d’inadaptées sociales. Les circonstances ont été telles, que je n’ai jamais rompu avec le monde féminin.

Le Lunaire a plus qu’un autre le sens de ce qui perturbe un groupe et l’art de ramener l’équilibre. La fonction lunaire est une fonction d’homogénéisation et c’est donc très intéressant de voir que tes supérieurs ont su déceler cette aptitude chez toi et faire en sorte que tu l’exerces. Mais revenons à la configuration majeure de ton ciel qui oppose la Lune qui se lève en Maison 1, celle du « moi », à Jupiter, Mercure, le Soleil et Pluton qui se couchent en Maison VII, celle de « l’autre » : est-ce qu’opter, comme tu l’as fait d’une certaine façon, pour les autres en général, ne revenait pas à fuir l’autre en particulier, dans la mesure ou il aurait mis ton intégrité — lunaire — trop en danger ? C’est une question bizarre peut-être ?

Elle n’est pas bizarre du tout. Il s’agit du problème de l’intégrité par rapport à l’autre ?

Oui… Intégrité au sens de rester entier.

Je ne veux pas me dissoudre dans l’autre et pourtant j’ai besoin de l’autre… J’ai la réputation de ne pas être facile dans la relation et de me réserver intensément en certaines circonstances. Je suis incapable d’entrer en contact avec quelqu’un si ce n’est pas de façon naturelle ou suffisamment aisée. Faute de quoi, je m’écarte. Quand je suis pris et que quelqu’un arrive, si c’est un fâcheux, comme dit La Bruyère, je régie la question en deux coups de cuiller à pot, correctement mais froidement. Si c’est quelqu’un de bien, je joue le jeu, mais avec grand-peine. Ta question me fait constater qu’il y a toujours une zone de protection de moi-même.

Comme chez tout cancérien. Renoncer à la sexualité, n’est-ce pas renoncer à la possibilité d’une relation totale à l’autre ?

La sexualité n’est pas réductible à l’acte charnel, que je considère comme une part privilégiée mais non essentielle de la relation réussie homme-femme, et peut se réaliser sous d’autres formes. Alors que je sortais de classe, vers l’âge de treize ans, j’ai entendu deux copains parler d’une fille comme d’une génisse. Ma réaction intérieure a été définitive : « pas ça ! ». Ça me paraissait tout foutre en l’air du point de vue de la relation homme-femme. D’autre part, il n’y a pas de doute que si la cohésion affective qu’il y a toujours eu entre le monde féminin et moi n’avait pas pu exister, je ne serais pas reste dans la fonction sacerdotale chrétienne. Pour moi la relation à l’autre est aussi importante que l’existence de Dieu et si on me prouvait que cette relation ne soit pas de type éternel et ne puisse pas se perpétuer au-delà de l’accident mortuaire, dans un échange, une compénétration sans cesse renouvelés, ce serait aussi fort que si on me prouvait que Dieu n’existe pas : je cesserais d’être chrétien.

Texte paru dans Entre les lignes, entre les Signes, Éd. RMC 1986.

Cet article vous a été proposé par : Françoise Hardy


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