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Un Scorpion sur l’échiquier

On retrouve là le Mitterrand philosophe, métaphysicien, sceptique désabusé. La politique, dans cette optique, est mise en perspective, à sa juste place : « J’ai évoqué […] la présence insistante des siècles. Fou qui croirait lui échapper ». Si les civilisations sont mortelles, que dire des idéaux et organisations politiques qui les structurent brièvement ? François Mitterrand, plutonien, vit en son for intérieur sur une étoile lointaine et froide, où la seule atmosphère qu’il respire est celle du scepticisme.

EN AVANT… MARGE !

Pluton : « laisser le temps au temps… »

« Celui qui est convaincu qu’il ne s’effondrera pas si le monde, jugé de son point de vue, est trop stupide ou trop mesquin pour mériter ce qu’il prétend lui offrir, et qui reste néanmoins capable de dire « quand même ! », celui-là seul a la « vocation » de la politique » (Max Weber).



Pluton, la planète la plus lointaine du système solaire, gravite en moyenne à 5946 millions de kilomètres du Soleil, soit environ 39,75 fois la distance Terre-Soleil. Ce qui lui vaut une durée de révolution sidérale de 248,42 ans. Selon la « théorie des âges » développée par l’astrologue J.-P. Nicola, les modulations et échéances du développement humain sont synchronisées avec les cycles planétaires, dans l’ordre croissant des durées de révolutions sidérales. Ainsi les cycles planétaires, en résonance avec nos horloges biologiques internes, donnent — ils naissance à des « fonctions psychologiques ».

Comprendre la « fonction plutonienne » demande ainsi d’analyser l’intervalle de 164 ans (durée de la révolution sidérale de Neptune) à 249 ans, fin du premier cycle de Pluton. À ce stade, l’individu a disparu en tant qu’existence biologique, au terme d’une courte trajectoire terrestre. Ne restent plus de lui que quelques ossements blanchis dans une tombe… et, éventuellement, la mémoire de ce qu’il a ou n’a pas accompli du temps de son vivant. On comprendra que les longues durées incitent aux longues mémoires. Dans cette optique temporelle, à Pluton est dévolu le très long terme : « il faut laisser le temps au temps », belle formule plutonienne qu’aime à répéter François Mitterrand…

De 164 à 249 ans, c’est l’inconnu. Que se passe-t-il après le mourir biologique ? La mort meurt-elle, elle aussi ? S’il est une âme, survit — elle à la désagrégation des cellules, à leur retour au pluriel des atomes ? Les individus fortement marqués par la fonction plutonienne sont hantés, habités par l’inconnu. Le plutonien Mitterrand n’y échappe pas, qui écrit : « L’inconnu n’est pas tout à fait inconnu quand je l’aborde. Quelque chose en moi m’avertit, qu’on appellera intuition, très vieille science transmise depuis que le monde est monde et qui s’inscrit dans un recoin du code génétique… ». L’inconnu fascine, inquiète, dérange, déroute, déstabilise. Sur son tableau noir nous nous efforçons inlassablement d’écrire à la craie nos friables certitudes, que le temps impitoyablement remet en question. Sait-on jamais ? Quand on est « plutonien », obscure mais essentielle certitude, on ne sait jamais… et on sait qu’on ne sait jamais. Froide distance, lucidité, sens de la complexité caractérisent l’être plutonien : « Pluton gouverne un pluriel qui rejoint l’inconnu. Le Sujet multiple est en peine d’identité si le double jeu de la duplicité l’incommode. Les plus doués choisiront un métier d’insaisissable, de personnalité à facettes, qui peut s’offrir plusieurs vies et plusieurs rôles sans trahir ses énigmes ». Presque un portrait parfait de François Mitterrand. L’inconnu abolit les points de repères, les théories, les modèles, la mort inverse le regard. Toute chose est vraie ou fausse, toute chose peut être son contraire. La transparence masque l’obscurité, l’obscur recèle d’invisibles transparences. Pour le Mitterrand plutonien, « il n’y a pas de dualité, l’unité est naturellement composite… à d’autres modes de perception, Pluton paraît synonyme de duplicité, confusion, incohérence ». Ses ennemis politiques ne se sont jamais privés d’insister sur cet aspect de sa personnalité… peut-être parce que le plutonien a la duplicité transparente, parce qu’il revendique et entretient la confusion, et parce qu’il préfère souvent laisser s’auto-organiser l’apparente incohérence des choses, alors que d’autres masquent leur duplicité, leur confusion et leur incohérence fondamentales et structurelles derrière l’étendard de conceptions et slogans non-binaires, lumineusement unitaires. Cachez ce sein que je ne saurais voir !

De 164 à 249 ans, c’est l’inconnu de la mort… qui n’est peut-être qu’un changement de mémoire. Vue de la mort, l’existence paraît bien illusoire, provisoire, dérisoire. Pluton invite au détachement, à la lucidité, au dépouillement : « Il me semble qu’une société qui dérobe la mort au regard des vivants, qui la maquille, comme un mensonge, qui l’ôte du quotidien, de la vie, la corrompt. La naissance et la mort sont les deux ailes du temps. Comment l’homme irait-il jusqu’au bout de sa recherche s’il ignorait cette dimension ? » a écrit François Mitterrand ; mais aussi au désabusement de qui n’oublie jamais sa condition de mortel (tout est vain, à quoi bon ?), et encore au cynisme (puisque rien au fond n’a d’importance, tout est permis). La mort, « biosphère de la vie », est tapie dans notre inconscient, et Pluton gouverne ainsi notre vouloir le plus profond, le plus inconscient : une sourde et insidieuse pression intérieure, par — delà tous nos choix, buts et délibérations conscients. On ne sait pas où on va — sinon à la mort, seule certitude — mais on y va. Pluton reconnaît les siens aux carrefours flous mais impeccables du destin, au terme d’improbables itinéraires. Plus que d’autres, le plutonien a le sens du fatal, de l’inéluctable.

On retrouve là le Mitterrand philosophe, métaphysicien, sceptique désabusé. La politique, dans cette optique, est mise en perspective, à sa juste place : « J’ai évoqué […] la présence insistante des siècles. Fou qui croirait lui échapper ». Si les civilisations sont mortelles, que dire des idéaux et organisations politiques qui les structurent brièvement ? François Mitterrand, plutonien, vit en son for intérieur sur une étoile lointaine et froide, où la seule atmosphère qu’il respire est celle du scepticisme. Les sociétés humaines, vues depuis la dernière planète du système solaire, ne sont jamais que des agrégats d’individus transitoires et éphémères que le vent de l’Histoire traverse, manipule et emporte. Comment, dès lors, se prendre vraiment au sérieux et tirer gloire d’être un meneur d’hommes ? Vanité, tout est vanité. Poussière, tout retournera à la poussière : la lucidité plutonienne et la religion chrétienne dont a hérité François Mitterrand convergent étroitement en ce domaine. « Laisser du temps au temps » n’est pas du fatalisme, mais une humble sagesse : le temps a tout son temps. La conscience plutonienne est conscience de l’éternité. Philosophe, Mitterrand ? Sans doute. Mais il n’en n’a pas moins choisi la politique, c’est-à-dire l’action. D’où la tentation de l’aventure. Dans un univers obscur dont on ne sait s’il est gouverné par l’absurde ou par un sens discret mais impénétrable, pourquoi ne pas jouer le jeu de la destinée, de SA destinée, sans trop se soucier des conformismes ambiants ? Les conformismes passent, l’éternité demeure. La « morale » — comme le chante le plutonien Léo Ferré, « ce qu’il y a d’encombrant dans la morale, c’est que c’est toujours la morale des autres » — exige l’adéquation vertueuse des fins et des moyens. Mais la morale et l’éthique ne sont jamais que des conformismes. Plus que d’autres, les « plutoniens » s’en libèrent aisément. On retrouve là le Mitterrand machiavélique tireur de ficelles dans l’ombre, manipulant sans vergogne les passions humaines, trop humaines ; sans oublier le subtil funambule de la politique, l’alchimiste des rapports de forces, l’architecte de la complexité qui parfois se perd dans ses propres labyrinthes.

Un « flou d’état » permanent…

« Cet homme complexe paraît se protéger en embrouillant les choses », note C.Nay. Pluton à sa naissance se trouvait en Cancer, signe d’auto-protection. D’un point de vue astrologique, nous dirions plutôt que François Mitterrand cherche, avec constance, anxiété et obstination, à protéger, coûte que coûte, la complexité de son être comme celle des choses. Dans une optique plutonienne, rien n’est jamais simple, évident, aucune idée, aucun fait ne tombent jamais sous le sens : le réel dans sa diversité impose une multiplicité de grilles de lecture, souvent contradictoires entre elles. l’Histoire montre inlassablement à quel point la réalité, floue et impeccable, se rebelle contre nos conceptions claires et nettes, contre nos théories univoques, contre nos modèles unificateurs. Plutonien, François Mitterrand en est, plus que d’autres, très conscient. « Embrouilleur de choses » ? Les « choses » ne sont — elles pas, au fond, profondément « embrouillées » ? Le désordre apparent des choses ne cèle-t-il pas un ordre caché, que l’on ne saurait découvrir si l’on cherche à tout prix à « plaquer » un ordre clair mais artificiel sur l’opacité du monde ? Pluton, en astrologie, est en relation avec la « transcendance de la Transcendance », c’est-à-dire le maintien et le renforcement de la multiplicité, de la complexité. Dans la complexité, les bipolarités s’annulent, disparaissent ou révèlent une mystérieuse unité. Que deviennent le haut et le bas, la gauche et la droite, concepts éminemment subjectifs, lorsqu’on change radicalement de points de repères, que l’on s’ex-centre ? Les concepts d’ordre et de désordre eux-mêmes deviennent des notions relatives et permutables. Dans le système solaire, le Soleil est au centre, et Pluton est le plus « excentrique ». Ex-centricité plutonienne de Mitterrand : « Nous sommes peut-être là au plus mystérieux de cet étrange personnage : à peine a — t — il formulé une thèse qu’il soutient à sa manière l’antithèse. « Il est à la fois le Yin et le Yang, mais les deux à la fois et en même temps… dès que François Mitterrand prend une décision, c’est aussitôt pour vanter les avantages du choix qu’il n’a pas fait ». Avec un Pluton dominant, il ne peut s’empêcher d’accorder autant d’importance à l’envers qu’à l’endroit. Pensée sur le fil du rasoir, où chaque chose implique toujours et nécessairement son contraire solidaire, triomphe de l’ambiguïté et… humble respect de la complexité.

Le « flou impeccable » de Pluton se retrouve aussi dans la hiérarchie des pouvoirs élyséens depuis la prise de pouvoir de Mitterrand, en mai 81. Du temps de de Gaulle, de Pompidou et de Giscard d’Estaing (qui n’étaient pas plutoniens), les hiérarchies étaient nettement établies, les compétences de chacun parfaitement définies. À présent, « moins qu’une succession de cercles les collaborateurs du chef de l’État dessinent une sorte de toile d’araignée qu’un souffle distend ici ou là. Tout le monde est là, enchevêtré, plus ou moins proche du centre, avec des passerelles connues de certains mais pas de tous sauf de Mitterrand ». L’organisation n’est plus verticale, pyramidale, (sans jeu de mot), évidente : elle est horizontale, aléatoire, mouvante. Géographie complexe… Pluton désigne la limite du système solaire, et par là une fonction d’« ambiguïté aux limites ». Il appartient encore au système, tout en en étant l’élément le plus lointain, le moins central, donc le plus ouvert sur l’inconnu du cosmos environnant. Thierry Pfister a bien analysé ce fait : « la géographie du monde mitterrandien est dure à cerner et les cartographes y perdent leur compas. François Mitterrand a déclaré aimer « le mouvement qui déplace les lignes », et les frontières oscillent en effet : autour du président, tout bouge toujours tout le temps, selon les lieux, selon même la présence de l’un ou de l’autre qui peut entraîner rapprochements insolites ou exclusions surprenantes ». Chacun de ses collaborateurs a une fonction floue qui lui permet de penser qu’il peut influencer Mitterrand. Tout le monde croit donc ainsi pouvoir l’influencer… donc personne, en bonne logique plutonienne. Idem en ce qui concerne les multitudes de notes écrites dont il abreuve ses collaborateurs : « précises dans l’imprécision, ces annotations plongent les collaborateurs dans la perplexité et nécessitent de leur part un véritable décryptage ». Des commentaires qui veulent subtilement dire une chose et son contraire et qui, en maintenant l’ambiguïté, permettent à leur auteur, non seulement de ne jamais se renier, mais aussi de parer à l’avance à toute métamorphose possible de la situation qui demandait commentaire ou décision. Le flou est impeccable, et Pluton règne au cœur du subtil et arachnéen réseau qu’il a créé autour de sa personne. Évidemment, « avec ses équivoques et ses mystères, François Mitterrand n’inspire pas tout à fait confiance » (F.O. Giesbert). On ne sait jamais qui est qui et qui fait quoi dans le réseau occulte des relations mitterrandiennes. D’autant plus que Mitterrand a pour habitude de confier les mêmes tâches ou dossiers à des gens différents, sans les en avertir. « Ceux qui ne l’aiment pas assurent reconnaître dans une telle attitude de la méfiance, la marque d’un esprit tortueux et retors, l’attirance pour l’intrigue et la diversion. Les autres y voient la preuve d’une fantastique liberté, le désir effréné et presque orgueilleux de n’être pas enchaîné par l’écoute d’un seul son de cloche ».

Pluton gouverne bien le multiple… D’ailleurs, qui est-il lui-même et que fait-il, au fond ? Sempiternelles, traditionnelles questions d’identité que (se ?) pose le personnage : est-il vraiment « de gauche » ? N’a—t—il pas plutôt « appris à parler socialiste », comme le notait cruellement Guy Mollet ? Est-il sincère, ou n’est-ce qu’un politicien madré prêt à tout pour conquérir et garder le pouvoir ? Interrogations bipolaires qui ne signifient rien pour le très plutonien Mitterrand, qui marie sans (trop) d’états d’âme le flou idéologique et l’impeccable stratégie… et vice-versa, en bonne logique plutonienne : son opposition idéologique « de gauche » aux différents pouvoirs « de droite » était impeccable (elle a quand même duré 23 ans, ce qui exclut toute démarche opportuniste à court terme et implique de solides et durables convictions), et ses stratégies pour le moins floues (s’allier avec l’extrême-gauche communiste en évitant les alliances avec les « centristes » dans le but de créer un gouvernement du « centre » n’a rien d’évident a priori !). Comme le note justement Serge July, François Mitterrand est le « roi de la politique aléatoire ». Une parfaite association du flou (l’aléatoire) et de l’impeccable (le « roi »).

Le profane, le critique, ou les partisans acharnés du manichéisme ou du volontarisme ne manqueront pas de détecter les travers du flou impeccable. À trop envisager la complexité des êtres, des choses et des situations, François Mitterrand se verra alors taxer d’indécision. C’est effectivement l’un des travers du personnage… vu sous un certain angle, l’angle de ceux qui savent, de ceux qui ne perçoivent pas l’arbitraire de décisions impérieuses qui tranchent autoritairement et aveuglément dans l’écheveau emmêlé, le labyrinthe énigmatique de la réalité. « Patience, humble patience, la plus terrible des vertus », répond Mitterrand. Laisser les situations se décanter, mesurer soigneusement l’impact sur le long terme de ses décisions, est-ce de l’indécision ? Le plutonien décide comme tout le monde, en son âme et conscience… dans une perspective de 250 ans minimum. Il n’est pas pressé. Mais à trop bien savoir gérer le « flou impeccable », c’est-à-dire en préférant la ruse à la force ouverte, les subtiles et insidieuses pressions sur le cours des choses aux déclarations d’intention fracassantes, il sera accusé de machiavélisme : il joue sur tous les tableaux sans jamais dévoiler son projet, en avançant toujours masqué. Mais, comme disait Machiavel, justement, « Je ne crois pas qu’il y ait jamais eu d’homme qui d’une condition obscure soit parvenu à une grande puissance en n’employant franchement que la force ouverte, mais j’en ai vu réussir par la ruse seule ». La condition sociale d’origine de Mitterrand n’était pas complètement obscure, et il a su habilement gérer et prolonger de ses efforts personnels cet avantage, cet « héritage », et se servir de ce tremplin pour se forger les armes de la force ouverte — indispensables à qui veut le pouvoir politique. En sus de ce bagage terrestre, il a hérité du ciel la ruse — d’aucuns parleront de fourberie — plutonienne, que son éducation chez les Jésuites n’a pu qu’affiner et renforcer.

La mort sûre…

Flash-back : lors de son élection à la présidence de la République, Giscard d’Estaing remontait triomphalement les Champs-Élysées jusqu’à l’Étoile. On ne saurait être plus clair… La symbolique est celle d’un pouvoir clair, visible, lisible, au grand jour, à la surface. Le nouveau Président, lui, choisit l’obscurité. « A peine hissé au faîte du pouvoir, François Mitterrand choisit de descendre solitaire au tombeau ». Démarche bien plutonienne, que d’inaugurer son septennat par un voyage dans les catacombes du Panthéon, ce temple des morts illustres, pour y fleurir d’une rose les tombes des « grands ancêtres » du socialisme. Pluton oblige, le chef de l’État est en effet un passionné des choses de la mort. Ses intimes connaissent bien son attirance et son inclination naturelles pour les sépultures. Il connaît quasiment par cœur tous les cimetières où sont enterrés les poètes et écrivains ! Anecdotes trop plutoniennes pour être vraies ? L’erreur, ici, serait de faire de François Mitterrand un « morbide ». Bien plutôt, c’est un homme politique qui se sait mortel, ce qui est finalement plutôt rare. Ainsi la politique, activité du court terme, se trouve-t-elle toujours chez lui resituée dans son contexte historique. Homme de mémoire et de longue durée, il n’ignore rien de l’aléatoire et du tragique de l’histoire.

« On peut donc distinguer dans la finalité du politique trois niveaux : le niveau proprement téléologique qui détermine le but spécifique de la politique ; le niveau qu’on pourrait appeler technologique, caractérisé par la réalisation d’objectifs concrets, limités et à reprendre sans arrêt ; le niveau eschatologique des fins ». On aura reconnu, dans l’ordre, le niveau ‘R’ (Représentation) du système R.E.T., celui des buts et finalités ; le niveau ‘E’ (Existence) du matériel, du concret et enfin le niveau ‘T’ (Transcendance) : l’eschatologie est l’étude des fins dernières de l’homme et du monde. Plutonien, François Mitterrand est, plus que d’autres politiciens, sensible à la dimension transcendante, métaphysique, ultime de la politique, c’est-à-dire à son rapport avec la mort, cette caricaturale « fin dernière ». N’oublions pas qu’il a reçu une éducation profondément catholique, qu’il était franchement mystique dans ses jeunes années et que, même s’il n’est plus un croyant orthodoxe et pratiquant, son humanisme politique puise ses sources dans la religion. Car Mitterrand est un être religieux, sensible au sacré. Politicien transcendental ? L’expression est outrée, et pourtant pas si loin de la réalité. Mais son Dieu est plutonien : mystérieux, insaisissable, énigmatique. C’est « l’être en soi » de Schopenhauer. « On n’a pas de mal à reconnaître le bon dieu sans sa barbe », le Dieu du pluriel et de l’universel, tapi dans l’inconscient de l’homme subjectif et objectivement supraconscient. Pour le croyant, ce Dieu-là est le socle, la base de toute valeur. « Aspirer à la liberté pure, à l’égalité, à la justice et à la paix pures, indépendamment des conditions historiques et sociales contingentes, c’est poursuivre des fins », note Julien Freund à propos de la dimension eschatologique, et donc transcendentale de la politique. Des fins et valeurs bien marquées du sceau du message évangélique, et que François Mitterrand fait intimement siennes. C’est, entre autres, sans doute pour cette raison qu’il se révèle un aussi piètre économiste… (et qu’il s’est retrouvé affublé du surnom de « Dieu » ?). Et la mort dans tout ça ? Justement, le règne des fins est bel et bien celui de la mort. N’est-ce pas au-delà de la vie que se trouvent la liberté, l’égalité et la justice pures, pour peu que l’on fasse siennes ces valeurs, comme le fait le très chrétien François Mitterrand, pourtant toujours hanté par cette « nuit de la foi » bien plutonienne, qui l’oblige à s’interroger : « Y-a-t-il une fin dernière ou bien plusieurs ? Quelle est — elle dans le premier cas ? Et s’il y en a une pluralité, quelles sont leurs rapports entre elles ? Sont-elles toutes sur le même plan ou bien existe-t-il un ordre de subordination ? ». Mystique et sceptique à la fois… et l’inconnu de la mort, seul est susceptible de nous révéler les fins dernières, s’il en est. On ne comprendra rien à François Mitterrand si l’on fait l’économie de cette étroite association entre volonté de pouvoir, mysticisme et scepticisme — qui, d’ailleurs, dans une optique plutonienne, ne sont nullement contradictoires. Ils forment une unité réelle dans un « flou impeccable », douloureuse pour la conscience éprise de certitudes, mais fertile et créatrice pour qui sait, comme Mitterrand, faire son miel du mystère — et l’au-delà de la vie est bien le plus mystérieux des mystères. Ce politicien ambitieux, aux dents longues — moins depuis qu’il s’est fait limer de trop carnassières canines pour moins effrayer et davantage séduire ses électeurs de 1981 — n’est certainement pas mû que par l’ambition personnelle. Et une fois de plus, le « flou impeccable » de Pluton associe étroitement ambition personnelle et sens des fins dernières dans une occulte et déroutante unité, l’une étant le moyen de l’autre et vice-versa.

Plus concrètement, l’amour (et non pas la fascination) de la mort allant de pair avec celui de la vie, ce plutonien, lorsqu’il dirigeait un réseau de résistance pendant la deuxième guerre mondiale, s’est toujours refusé au meurtre : « quand on lui disait qu’il fallait exécuter quelqu’un, il nous en dissuadait toujours. Il avait chaque fois des raisons ». Entre 164 et 249 ans, la mort de la mort est-elle le prélude à une autre vie ? C’est en outre sous son septennat qu’a été abolie la peine de mort, et c’est un autre plutonien, Robert Badinter, ministre de la justice, qui a fait voter cette loi… Une trop belle — pour être vraie — illustration de la très plutonienne mort de la mort. Faut-il en déduire que tous les plutoniens sont ainsi ? Certainement pas. Son éducation chrétienne est aussi de la partie… mais il fallait être plutonien pour se polariser à ce point là sur le problème de la mort. Dans la logique et la continuité de son comportement pendant la résistance, il a refusé de donner son aval aux opérations « homicide » des services secrets. Durant l’occupation toujours, il s’est forgé une solide réputation de « trompe — la — mort » — ce qui est bien plutonien ! — : « on peut parier sans crainte que… le côtoiement de la mort, loin de l’intimider, lui convenait assez ». D’un point de vue plutonien, la vie et la mort se ressemblent : les deux sont synonymes d’inconnu, donc d’aventure… Et c’est sans doute encore Pluton qui fait de Mitterrand un « increvable » de la politique, doué pour mettre à mort toutes les mises à mort dont il a été l’objet ou la victime, doué pour toujours renaître, car « que faire, en effet, que de renaître lorsque la mort est finie ? »

Homme du long terme et de longue mémoire, le Mitterrand plutonien n’oublie jamais le lourd héritage dont l’histoire nantit la politique : « C’est en vain que l’homme cherche parfois à rompre avec le passé […] malgré toutes les révolutions, les actes des vivants restent soumis à l’impérieuse volonté des morts ». L’inertie du collectif impose ses contraintes aux désirs de changement individuels, les morts gouvernent, au fond, les vivants. Pluton sait les limites de tout volontarisme pressé.

De loin en loin…

Pluton est la planète la plus marginale et la plus excentrique, la plus distante du système solaire. Marginalité, excentricité, distance : nous sommes en plein cœur du fonctionnement mitterrandien. Le Mitterrand plutonien évalue glacialement êtres, choses et situations. C’est un animal à sang froid. Dans ses plus puissantes implications, il maintient une totale distance… Marginal : l’un des plus jeunes ministres de la IVe République, promis à une belle carrière, à un glorieux avenir, il abandonne tout cela lors de la prise de pouvoir de de Gaulle, pour devenir un implacable opposant pendant vingt — trois ans, avant de revenir en force et d’être deux fois sacré président de la Ve République. Excentrique : François Mitterrand a toujours fait de la politique en dilettante. Lorsqu’il était secrétaire du Parti Socialiste, il n’était pas rare de le voir s’absenter et disparaître plusieurs jours, simplement parce qu’il… avait autre chose à faire que de la politique : lire un livre, faire un petit voyage, cultiver un amour. Distant : l’homme ne se laisse pas aisément approcher. Par son silence, par sa réserve, il intimide, voire terrorise son entourage… et sait user, et même abuser de ce trait de caractère. Et Mitterrand Président de la République n’apparaît que rarement dans les médias, sauf lors des échéances majeures, lorsqu’il est obligé de s’impliquer et de s’expliquer ouvertement. Le pouvoir plutonien est bien le pouvoir de l’invisible et du lointain, du secret et du mystère.

Par ailleurs, rarement un Président de la République français n’a été aussi voyageur. Encore une manière d’être loin… Là encore, ses influences terrestres et célestes ont interféré : il doit à son enfance bordelaise un contact permanent avec l’étranger, du fait de la richesse du commerce entre cette région et les Amériques au début du siècle ; ce qui n’a pu que renforcer le goût de l’inconnu qu’il doit à sa dominante plutonienne, qui s’est ainsi, et entre autres, traduit par l’amour des voyages. Et ses proches remarquent qu’au retour de ses voyages, il est comme rajeuni, galvanisé d’une énergie neuve qu’il a puisée aux sources de l’ailleurs, du lointain, de l’inconnu…

Soleil/Pluton : le « prince de l’équivoque »

Dans le thème natal de François Mitterrand, Pluton est au trigone du Soleil. De ce fait, le Soleil fait lui aussi partie de ses « dominantes planétaires ». Un Soleil fort implique un puissant besoin de se mettre en représentation, de devenir une référence, un exemple, un modèle. La théorie des âges précise que c’est entre huit mois et un an que s’acquiert la fonction solaire : c’est, selon le psychanalyste Lacan, le « stade du miroir », au cours duquel l’enfant reconnaît son image dans le miroir. À cet âge, l’enfant apprend à manœuvrer les permis et les interdits, aspire à être le centre d’attraction du groupe familial et fait tout ce qu’il peut pour y parvenir, de préférence en imitant aussi parfaitement que possible les modèles de comportement que lui propose son entourage, et vit une relation puissante, transparente, absolue avec sa mère : il se veut unique objet d’amour. La fonction solaire sensibilise donc à la représentation de Représentation, c’est-à-dire à la permanence des modèles, des buts, des images.

Le Soleil faisant partie de ses planètes dominantes, François Mitterrand a gardé une mémoire vive des apprentissages relatifs à cette période de son enfance. Tandis que Pluton joue à fond la carte de l’obscur, de l’incertain, de l’indéchiffrable, le Soleil mise sur le transparent, le clair, le certain. L’antagonisme entre ces deux planètes est à la fois absolu et ambigu. Concrètement, Soleil et Pluton semblent s’exclure radicalement : comment le Mitterrand solaire, royal, impérial, hyper-sensible à sa cote d’amour, ouvertement dominateur peut-il cohabiter avec le Mitterrand plutonien contestataire, comploteur, ténébreux ? Cela fait partie des paradoxes du personnage : ombre et lumière chez lui se côtoient sans s’exclure, s’entremêlent sans se mélanger. En fait, dans le système solaire, Soleil et Pluton occupent des positions extrêmes, et, c’est bien connu, les extrêmes s’attirent… surtout lorsqu’ils sont harmonieusement reliés entre eux, comme c’est le cas dans le ciel de naissance de François Mitterrand. Ainsi n’est-il jamais aussi clair, transparent, évident dans ses motivations (Soleil) que lorsqu’il est obscur, opaque, tortueux dans ses stratégies souterraines (Pluton), et vice-versa : on le croit complexe alors qu’il est simple, on lui suppose de noires arrière-pensées alors que son discours est évident.

Un être doué pourvu d’un trigone Soleil/Pluton dominant — et nul doute que François Mitterrand le soit — sait à merveille jouer du clair et de l’obscur, du simple et du complexe, du dit et du non-dit. Un Soleil dominant donne de puissantes motivations conscientes, l’envie de compter sur et pour quelqu’un ou quelque chose. Pour un Pluton dominant, les motivations sont inconscientes, subtiles, non-évidentes : « avec François Mitterrand, c’est le triomphe du non-dit, de l’à peine suggéré » ; comme le note B. Blanchet à propos de la consonance Soleil/Pluton, « ainsi, au moment même où vous jouez le jeu de la transparence, le grand jeu de la vérité, sans doute vos ombres vous fascinent-elles encore, et sans doute vous plaît-il d’être déconcertant, insaisissable ». Sous un trigone Soleil/Pluton, on use de l’équivoque (Pluton) avec un plaisir régalien et absolu (Soleil). On joue et incarne les anti-modèles avec assez de véracité et de vérité (Soleil) pour être convaincu et convaincant (élu… approuvé !), avec assez d’inconnues et d’ambiguïtés aussi (Pluton) pour rester inquiétant, dérangeant. Terrible paradoxe de cet aspect : le masque que l’on affiche (Soleil) reflète fidèlement ce que l’on est au fond (Pluton), parce que le masque est trouble et le fond limpide… et vice-versa, encore une fois ! Un Soleil/Pluton dominant est parfaitement conscient de la « comédie du pouvoir » (titre d’un livre de Françoise Giroud, dont les planètes dominantes sont… Soleil et Pluton) : « le pouvoir est invisible. Logique des structures : quand on rêve de puissance, on se rêve invisible. On voit sans être vu, on sait sans être su » (J.-P. Nicola). Le « must » du pouvoir est de tenir le devant de la scène tout en tirant les ficelles dans les coulisses, d’accumuler les satisfactions narcissiques de qui est reconnu, et même sanctifié et déifié (voir la « Tontonmania »), et celles, souterraines, de manipuler les clefs occultes…

« J’insisterai pour ma part sur une discipline propre à toute une tradition intellectuelle française et que l’on ne devrait pas négliger présentement : celle de la précision sémantique : trop de quiproquos, d’ambiguïtés, de confusion entretenues ou non, sont bien souvent véhiculées dans le langage politique, et plus généralement dans tout ce qui se rapporte aux conceptions que l’on a du devenir des sociétés humaines » a dit F. Mitterrand. Suprême ambiguïté du Prince sous le trigone Soleil/Pluton : les concepts flous, les équivoques dont il use et parfois abuse à loisir sont aussi le fruit d’une recherche de précision sémantique. Toujours le clair dans l’obscur, toujours le « flou impeccable »

Solaro-plutonien, à n’en pas douter, François Mitterrand est homme de pouvoir. Réfractaire royal aspirant à une royauté réfractaire, doué pour opérer des mutations, assurer les changements de références. De tout cela il peut découler une certaine mégalomanie… à laquelle, apparemment, il n’a pas su échapper : c’est le « piège » de ce genre de configuration planétaire. Parce qu’il maîtrise le visible et l’invisible, il se croit infaillible. Ses opinions (Soleil) sont les seules qui comptent et vaillent, même s’il en connaît secrètement la relativité (Pluton) ; dans ses comportements les plus aventureux, ses choix les plus aléatoires, ses décisions les plus incertaines (Pluton), il se veut toujours, infaillible, net, sûr de lui (Soleil). La lucidité (Pluton) devient source d’orgueil et de vanité (Soleil) : souvent et à tout prix, François Mitterrand se veut hors du commun, quitte à auréoler de gloire ses échecs : dans l’optique Soleil/Pluton, il vaut mieux être détesté et reconnu qu’adulé et méconnu… Au-delà des indéniables aptitudes à l’autosatisfaction trouble et narcissique qu’implique souvent une consonance Soleil/Pluton, ne sous-estimons pas sa puissance d’intégration des éléments inassimilables : « J’ai souvent remarqué que la bonne gestion d’une erreur valait mieux que certains succès. L’art du jeu des échecs nous l’enseigne qui consiste à tirer avantage des fautes qu’on commet. Elles déroutent l’adversaire plus qu’elles ne vous égarent » confie volontiers Mitterrand.

Soleil en Scorpion : subtiles combinaisons…

La fonction solaire est celle de la conscience réflexive : elle permet d’avoir une image nette de l’image nette qu’on a, de maintenir coûte que coûte ses buts, objectifs, idéaux, de ne pas « perdre le nord ». Le Signe du Scorpion se caractérise, lui, par l’inhibition différentielle, c’est-à-dire par l’aptitude à distinguer, séparer, discriminer. Avec un Soleil en Scorpion, l’on est toujours en état d’alerte vigilante quant au maintien des différences, et, plus précisément, de SA différence. Pluton dominant sensibilise François Mitterrand à la marginalité, au maintien d’une identité multiple, le Soleil en Scorpion à la différenciation systématique et délibérée, à l’affirmation d’un moi qui ne se mélange pas. Sous le trigone de Pluton/Cancer au Soleil/Scorpion, François Mitterrand se veut unique et spécifique en même temps qu’il protège les multiplicités qui l’habitent ; le Soleil en Scorpion lui permet de se démarquer sans jamais perdre de vue ses orientations majeures, tandis que Pluton en Cancer l’incite à ne jamais oublier qu’en dépit des objectifs clairs que l’on s’assigne, l’inconnu toujours demeure, susceptible de les remettre radicalement en question. Serge July a parfaitement analysé le côté Scorpion-Pluton du personnage : « pratiquant la « différenciation marginale », il est par excellence l’homme politique multidirectionnel… « Prévoir en politique est une erreur » aime à répéter ce charmeur de circonstances, ce slalomeur d’imprévus »

En Automne, saison dominante chez François Mitterrand, les nuits croissantes sont plus longues que les jours. L’astrologie moderne a mis en évidence le fait que la croissance (du jour ou de la nuit), impliquait chez l’homme des réponses vives, immédiates, variées aux sollicitations du monde extérieur. Ce qui signifie un art certain des tactiques changeantes, diversifiées, aléatoires : il faut s’adapter à ce qui croît, se diffuse, est en devenir. Les récentes découvertes en astrologie ont en outre permis d’établir une corrélation entre le jour dominant en durée et les processus d’« excitation » (s’ouvrir, acquiescer, ajouter), la nuit dominante et les processus d’« inhibition » (se fermer, refuser, retrancher). En Scorpion, la nuit croissante (mobilité des réponses) domine en durée (inhibition). Lorsque les mécanismes Scorpion sont très valorisés chez un individu, on peut donc parler d’une grande mobilité, ou vitesse, de l’inhibition : « les réactions d’inhibition (se fermer, se désintéresser,, refuser, couper le contact, séparer, s’abstenir, éviter…) sont immédiates, opportunes,, rapides, mobiles, variées, non systématiques, non définitives ». Ainsi François Mitterrand pratique-t-il l’art de l’évitement en virtuose. Sa vigilante conscience réflexive (Soleil) lui permet de manœuvrer finement entre les obstacles, de zigzaguer en fonction des circonstances, de s’adapter avec opportunisme aux modifications — éclair des situations… sans jamais perdre de vue ses stratégies à très long terme (Pluton toujours). L’association Pluton/vitesse d’inhibition signe sans ambiguïté l’être rusé et changeant, privilégiant l’habileté manœuvrière aux affrontements directs.

Une autre caractéristique essentielle du Scorpion est le sens des combinaisons : « il s’agit d’unir en une seule conduite deux choses opposées, et non d’osciller d’un pôle à l’autre… nous voilà dans l’univers du double jeu, avec une composition parfois si étroite que notre Scorpion s’y reconnaît de justesse ». L’alliance qu’a contractée François Mitterrand avec le Parti Communiste dès les débuts de la Ve République est, à cet égard, bien révélatrice de ce mécanisme. Dans un premier temps, son sens aigu des différenciations lui permet de distinguer sans ambigu¨té son adversaire : ce sera la droite gaulliste. L’hyper-différenciation du Scorpion l’invite par la même occasion à « diaboliser » ses adversaires : ce Signe exagère volontiers, et délibérément, les défauts de similitude. À ce stade, l’ennemi est clairement désigné. Deuxième stade : évaluer le rapport de force. Au milieu de l’automne, la durée de la nuit l’emporte sur celle du jour ; le Scorpion réagit à ce phénomène par un sens très vif des dosages et proportions : « il y a trop de ceci, pas assez de cela »… Au début des années 60, la droite gaulliste est nettement dominante, la gauche minoritaire. S’il veut faire basculer le pouvoir pour s’en emparer (rien de tel pour motiver une dominante Pluton/Soleil !), il doit tenir compte réalistement de ce rapport de force, et le faire évoluer. Il y a trop de gaullistes, pas assez de gauche. De surcroît, la gauche est désunie : le Parti Communiste domine largement, les socialistes sont réduits à la portion congrue. Trop de communistes, pas assez de socialistes ! Une seule solution pour battre la droite : opérer l’union des forces de gauche, ce qui implique le « pacte avec le diable » communiste. Lucide et déjà profondément social-démocrate, Mitterrand n’ignore rien du stalinisme et du totalitarisme du P.C.F. Il n’a pourtant pas le choix de ses alliances… Dès lors, il va s’inscrire à la F.G.D.S., une sorte de regroupements de clubs de « centre-gauche » (mais pas à la S.F.I.O, qui tenait alors lieu de parti socialiste), puis ensuite créer le P.S., en prônant l’union de la Gauche, sans jamais cesser ni oublier de se différencier nettement du Parti Communiste et de changer le rapport de force au sein de la Gauche. Un sens des dosages, des proportions et des combinaisons hypocrito-réalistes bien Scorpion. En vingt ans, c’est chose faite : la proportion dosage P.C./P.S. s’est inversée, et les communistes, après s’être laissés séduire par ce séducteur diabolique, se sont rendus compte de ce que signifiait l’expression « baiser de la mort ». Double jeu en fait limpide et lucidement orienté : dès ses débuts en politique, François Mitterrand ne s’était-il pas donné pour objectif de réduire l’influence communiste à son étiage le plus bas ?

Combinaisons froidement mises en œuvre, toile d’araignée méticuleusement tissée : le Scorpion a maintenant son « allié » à sa merci. Duplicité, sournoiserie, rouerie ? Bien sûr ! Mais pour un Soleil Scorpion trigone à Pluton, la fin justifie les moyens… La suite s’est déroulée sur le même modèle : désormais à la tête de l’union de la gauche, il va enfin pouvoir s’attaquer à la droite. À l’intérieur de cette droite des années 70, ce fin analyseur de la chose politique n’a pas de mal à discerner deux camps : les gaullistes affairistes et les républicains modérés. Il évalue correctement le dosage, la proportion, le rapport de force : pour vaincre, il lui faut convaincre et attirer dans ses rets les « centristes » et autres modérés. Et pour cela, accuser et aggraver les différences et dissensions au sein du camp adverse. Il s’y emploie, avec toute la subtilité, la patience et le cynisme d’un Scorpion plutonien doué. Et parvient à inverser, encore une fois, le rapport de force : il est élu en 1981.

La période dite de « cohabitation » (1986/88) relève des mêmes mécanismes. En 1986, sa côte de popularité est au plus bas, le P.S. a perdu le pouvoir, la droite gagne les élections législatives. Rien de tel pour le galvaniser et le pousser à mettre en œuvre, encore une fois, son sens des combinaisons. Il s’associe délibérément à ses adversaires en restant au pouvoir et en nommant Jacques Chirac premier ministre… tout en s’en différenciant soigneusement. Puis, à force de patience, d’astuce et de ruse, il parvient une fois de plus à vaincre l’ennemi, non pas en l’attaquant de front, mais en tirant profit de ses propres faiblesses, ce qui est bien Scorpion et qu’analyse bien Serge July en évoquant « l’escrime mitterrandienne, dont la « botte de Nevers » consiste à attendre en déséquilibre la charge offensive de l’adversaire, à prendre appui sur elle et à capter toute l’énergie ». Et le scénario désormais bien connu se répète implacablement en 1988, lors de l’élection présidentielle. Il sait que la gauche seule ne peut gagner les élections… Il fait donc un appel du pied à l’électorat centriste : c’est « l’ouverture »… qui est en fait la fermeture des mâchoires du piège mitterrandien sur la droite.

Le sens des dosages et proportions est évidemment présent dans l’habile utilisation de la… proportionnelle par ce Scorpion infernal. Elle lui sert en 1986 à déstabiliser et faire éclater les différences au sein de la droite en faisant pénétrer le Front National dans l’hémicycle de l’Assemblée Nationale, et en évitant en même temps le naufrage électoral socialiste qu’une élection au scrutin majoritaire aurait provoquée : gestion des rapports de force toujours : « praticien en politique du billard à trois bandes avant, il trouve le moyen de faire d’une pierre trois coups : ce mode de scrutin dope le score du P.S., donne satisfaction aux communistes tout en créant aux portes de la coalition RPR/UDF un groupe parlementaire d’extrême-droite ». Sens des combinaisons, toujours et encore. Pour l’expliquer, nous avons beaucoup fait référence au Ciel, au Signe du Scorpion. N’oublions pourtant pas la Terre. François Mitterrand au cours de ses très jeunes années a été éduqué chez les jésuites, qui se sont rendus célèbres pour leur casuistique. Ainsi « jésuitisme » est-il devenu synonyme d’extrême sophistication et… d’hypocrisie. Précisément, un célèbre adage jésuitique affirme : « laissez — nous éduquer votre enfant pendant ses sept premières années ; après, qu’il fasse ce qu’il veut ». Nul doute que le jeune Scorpion Mitterrand ait parfaitement su mémoriser ce type d’enseignement : le Ciel l’y prédisposait puissamment.

Enfin, l’une des forces essentielles du Scorpion réside dans son aptitude à gérer le Temps : « L’intégration du Temps lui donne une permanence d’intentions et de sentiments qui le classe à la tête des opiniâtres, inflexibles têtus poursuivant la lutte dans l’ombre en attendant leur Soleil ». Mieux que d’autres, les individus fortement marqués par le Scorpion savent exploiter optimalement les échéances temporelles ; ils perçoivent avec acuité les moments critiques : « L’ancien leader socialiste a la réputation… d’apprécier ce qu’il avait lui-même appelé la « gestion paroxystique des crises »… lorsqu’il réagit, l’inévitable est déjà en cours. Parfois son talent l’entraîne à dénouer les crises qu’il a lui-même provoquées ou qu’il jugeait inévitables ». Un Scorpion solaire et plutonien perçoit avec acuité les lignes de forces invisibles du Temps. Il fait son miel des moments critiques, et sait profiter efficacement des délais qui lui sont impartis. C’est le cas de François Mitterrand, en cela très comparable à de Gaulle, l’homme du 18 Juin et de la crise de 1958, gestionnaire d’échéances historiques majeures s’il en est… (et lui aussi Scorpion ascendant Balance).

… et paradoxes infernaux !

Jusqu’à présent, nous avons surtout abordé les points forts du Scorpion, Signe solaire de Mitterrand ; il a aussi, et bien évidemment, ses faiblesses. Au milieu de l’automne, les nuits croissent et dominent en durée, tandis que les jours, minoritaires, décroissent. Au milieu de l’été (donc sous le Signe du Lion), c’est exactement l’inverse : les jours décroissent et dominent en durée, tandis que les nuits, minoritaires, sont en phase de croissance. Ainsi le Scorpion peut-il être défini comme un « anti-Lion » : ce qui est fort chez l’un est faible chez l’autre, et vice-versa.

L’une des qualités majeures du Lion est, selon l’astrologie moderne, « l’excitation débloquante » : l’aptitude à « élargir le champ de son action, de ses capacités, de son pouvoir ». Longtemps — pendant la majeure partie de son parcours politique, Mitterrand l’anti-Lion a souffert de cette carence de « déblocage ». Les vingt-trois ans d’opposition opiniâtre et implacable au régime gaulliste l’ont condamné à la stagnation, à l’impuissance concrète. À la résignation ? La suite a largement démontré que non… Néanmoins, la stratégie adoptée par François Mitterrand illustre bien les faiblesses du Scorpion : « Pour rendre votre réussite future imparable, vous avez multiplié les manœuvres, les ramifications souterraines, cheminements tortueux et savantes chicanes… dans ce dédale, tout est si bien entremêlé que rien ne pourra plus bouger ».

C’est à un Lion, Michel Rocard, qu’il est revenu de dénoncer, en 1980, « l’archaïsme » et l’immobilisme de l’actuel président, empêtré dans ses obscures combinaziones politiciennes. Et à vrai dire — tous les analystes de la politique sont d’accord là-dessus — Mitterrand n’a pas gagné les élections présidentielles de 1981 : en dépit de la « force tranquille » qu’il manifestait sur ses affiches de campagne, l’homme paraissait trop usé, trop rusé, trop retors, trop ligoté par l’irréaliste « programme commun », trop peu digne de confiance, bref trop Scorpion-plutonien pour que les électeurs lui signent un chèque en blanc. C’est Giscard d’Estaing qui les a perdues, par excès de « Verseau », et parce que le français faisaient à cette époque le pari un peu fou que la Gauche parviendrait à venir à bout de la crise économique. Enfin, c’est un autre Lion, Laurent Fabius, que François Mitterrand a choisi pour incarner le grand tournant des années 83/84.

Les mêmes mécanismes incitent le Scorpion à se rétracter dans la forteresse d’un Moi où son ego finit par s’auto-intoxiquer : il vit dans un monde où il y a « moi »… et les autres. Enfermé à l’intérieur de lui-même, « sa conscience est braquée sur la conquête d’une autorité insensée qui lui donnerait le droit de création » : c’est le « Dieu » si bien épinglé par le « Bêbête-Show ». Enfin, le sens des combinaisons se muera, à l’occasion, en erreurs de dosages, en excès de paradoxe. Erreurs de dosage : surestimer des détails anodins pour d’autres, être la victime d’une susceptibilité maladive, ce que note bien D. Plutarque : « Dès qu’ils émettaient un avis contraire au sien, on le devinait soupçonneux, appliqué à juger si le contradicteur — qu’il connaissait depuis des années — ne remettait pas en cause le lien personnel d’absolue soumission ». Le Mitterrand Scorpion et plutonien vit dans le soupçon permanent, à l’écoute du non-dit, souvent exagérément sensible à ce qui se cache entre les lignes ; ce défaut induisant à son tour des qualités : un état de vigilance anxieuse qui, s’il l’incite à craindre sans cesse, et d’une manière fantasmatique, la trahison et le piège imaginaires, lui permet en même temps de saisir le moindre signal précurseur de trahisons et pièges bien réels mais encore virtuels. Sans oublier le fait que ce plutonien est assez sujet aux arrières-pensées pour en suspecter autrui…

Y aurait-il également une erreur de dosage objective : l’attitude de François Mitterrand envers le Front National ? Il a bien perçu que c’était le point faible de la droite. Sans scrupules excessifs apparemment, il a enfoncé le clou, et fait délibérément tout ce qu’il pouvait pour augmenter la dose d’extrême-droite au sein de l’opposition, afin de la diviser au maximum. L’opération, on le sait, a parfaitement réussi. Du même coup d’ailleurs, il forçait, en bon plutonien, ses adversaires à exhumer et assumer leur part « noire », leur inconscient, leur non-dit : si le magicien De Gaulle avait su faire oublier, en la masquant et transcendant sous le masque d’une héroïque épopée, la France vichyste, collaborationniste, antisémite, la « bête immonde » restait bel et bien là. En « forçant la dose », François Mitterrand ne l’a jamais qu’obligée à se découvrir. Mais la subtile alchimie s’est plus ou moins retournée contre l’alchimiste, et le sorcier des rapports de force s’est semble-t-il transformé en apprenti-sorcier : s’il y a « overdose » de Front National en 1990, la responsabilité en revient sans doute largement à la droite, qui pendant les premières années du septennat socialiste a abusivement utilisé les thèmes de l’insécurité et de l’immigration, dont le Front National allait faire son juteux fonds de commerce, mais elle incombe aussi à François Mitterrand, qui a sans doute sous-estimé la puissance du phénomène, et surestimé son aptitude à le contrôler. Mais peut — être, en bon Scorpion plutonien, son fonctionnement l’a-t-il entraîné à précipiter l’apparition du phénomène, en espérant qu’il saurait « dénouer les crises qu’il a lui-même provoquées ou qu’il jugeait inévitables » ? L’avenir dira si le démiurge du Scorpion, le Prince de l’équivoque, l’orfèvre du double-jeu a trop forcé la dose… SUITE

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Cet article vous a été proposé par : Richard Pellard




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