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Astrologie, fonctions planétaires et politique

“Des historiens sérieux étudieront un jour pourquoi et comment les petites gens s’inventent les grands. Ils découvriront ces joyaux que sont les bons et les modestes. Ce sont eux, et leurs orgueils nostalgiques compressés qui appellent à la folie des grandeurs l’homme qu’ils investissent. L’idolâtrie est la faiblesse des humbles. Lorsqu’on songe à l’aveuglement des masses dans leurs besoins serviles, l’on ne peut que se réjouir du nombre raisonnable de tyrans. N’avez-vous jamais ressenti le bonheur d’une foule à se doter d’un crétin, d’un escroc ou d’un névropathe, si la chose est présentée comme “il faut” ? Ces êtres figurent parmi les plus aptes à provoquer l’applaudissement qui est, pour le modeste, un geste de puissance permise. (…) Nous avons des “guides” à la mesure de nos suffisances. Quel peuple voudrait d’un sage ou du meilleur ? L’image unique qui émerge du miroir à plusieurs est celle de nos traits convergents. Le chef est le portrait-robot d’une communauté.“Dites-moi qui vous dirige, je vous dirai qui vous êtes”. Les marxistes assurent qu’un politique n’est que l’émanation d’un groupe d’intérêts. Ce n’est pas une très grande trouvaille. Élargissons le sens d’intérêts : nous aurons toutes les émanations. Les plus généraux étant passionnels, vous comprendrez pourquoi le groupe ne supporte pas qu’on touche aux divinités qu’il a enfantées… surtout lorsque ces dieux sont des hommes habiles à déclencher l’ivresse de l’applaudissement” (Psykott show, Soleil-Pluton, Jean-Pierre Nicola).

Politikos, politeia & politikè

La politique est une notion polysémique qui recouvre différentes significations. Dans son acception la plus large, la politique (du grec “politikos”, “de la cité”) concerne le cadre général dans lequel s’inscrit toute société organisée. En ce sens, “tout est politique” (slogan de mai 1968 !), au sens où tout citoyen est partie prenante, dominante ou dominée, active ou passive, représentative ou non, de la société organisée à laquelle il appartient.

Dans une acception plus restreinte, au sens grec de “politeia” (en latin “res publica” qui est à l’origine du mot “république”), la politique est la fonction dont l’objet est tout ce qui a trait à la théorie et à la pratique du gouvernement d’une communauté ou d’un État, ce qui comprend l’organisation, l’équilibre, la conquête et le maintien des pouvoirs, la définition des cadres, règles, normes et lois, la conduite des affaires publiques, les actions organisées en vue d’atteindre des objectifs définis.

Dans une acception encore plus restreinte enfin, la politique, au sens grec de “politikè” désigne la pratique et la gestion du pouvoir ainsi que les luttes de représentativité entre les différents acteurs (individus et/ou partis) en vue de conquérir ce pouvoir individuellement ou collectivement.

Le pouvoir du politique

Dans l’acception la plus large et quel que soit le type de gouvernement (chefferie, royauté, dictature, oligarchie ou démocratie de “droite” ou de “gauche”), la politique est fondée sur l’idée et la réalité de la Représentation : il y a toujours un ou plusieurs individus ou groupes, élus ou non, qui parlent, agissent et décident au nom d’un collectif (et en particulier au nom du plus large d’entre eux : le “peuple”) dont ils sont ou s’estiment être les Représentants. Ce ou ces individus ou groupes représentatifs sont en principe les garants ou promoteurs des systèmes de Représentation que sont les cadres, règles, normes et lois qui définissent les permis et interdits de la vie en société. Pour conquérir ou maintenir leur pouvoir, ils usent de tous ses attributs Représentatifs : prestige, apparences, emblèmes, symboles qui les distinguent de ceux qu’ils représentent ou sont censés représenter. Car la politique induit toujours une hiérarchie entre les citoyens : il y a ceux qui ont le pouvoir et dirigent et ceux qui ne l’ont pas et sont dirigés. Les sociétés basées sur l’anarchie, donc sur l’absence de pouvoir hiérarchique, ne durent jamais que le temps de l’illusion sur lesquelles elles se fondent.

Représentativité, autorité et hiérarchie sont ainsi structurellement liés. Enfin, la politique implique la recherche de l’unité ou de l’unicité : il s’agit toujours, quelque soit le régime, de trouver le plus petit ou plus grand dénominateur commun.

Dans l’acception plus restreinte, la notion de Représentation s’applique en démocratie aux acteurs individuels, appartenant le plus souvent à un parti ou mouvement dépositaire d’une idéologie, élus dans un cadre institutionnel et constitutionnel bien défini par des citoyens qui les mandatent pour être leurs porte-paroles, leurs délégués ou leurs incarnations au sein d’une structure organisationnelle forte, le Parlement officiel. Ce faisant, ils se livrent à une “servitude volontaire” (La Boétie) : ils acceptent par ce vote d’être dirigés par leurs Représentants. La crise de représentativité que subissent les partis politiques classiques au XXIe siècle et l’apparition des réseaux sociaux sur Internet a favorisé l’émergence de nouveaux mouvements socio-politiques qui se veulent anti-autoritaires et anti-pyramidaux et préfèrent les décisions prises par “consensus apparent” que par vote. Cependant la réalité de la chose politique qui est pouvoir, représentation, hiérarchie et domination finit toujours par s’imposer à ces groupes, d’où émergent des porte-parole cooptés ou autoproclamés qui en deviennent les figures symboliques, les icônes et très vite les dirigeants de facto… lesquels, dans la plupart des cas, se convertissent rapidement en Représentants politiques institutionnels classiques, car il est dans la logique de ceux qui détiennent un pouvoir d’aller là où ils peuvent l’exercer le plus pleinement.

Chef d’une tribu, roi, empereur, dictateur, président, ministre ou député, la logique du politique est donc toujours une logique de Représentation. Le fait de parler et d’agir au nom d’un collectif implique nécessairement une production de représentations valorisantes de ce collectif et de son Représentant, ce qui aboutit à une… “Représentation de Représentation” (formule de la fonction solaire dans le système R.E.T.) : images, discours, récits, mises en scène, rites, objets et dispositifs symboliques, communication et propagande permettent à des groupes ou à la multitude ces citoyens de forger une unité réelle ou illusoire autour d’un parti, d’un mouvement et/ou d’un individu. Compétent ou non, pour réussir, la femme ou l’homme politique doit savoir raconter et faire voir une histoire intéressante et persuader ses mandants ou sujets d’y croire et de la visualiser. Il y a de ce fait toujours un hiatus entre le politique, qui ressort du réel de la Représentation, qui peut faire rêver ou fantasmer mandants et mandataires, et le monde concret, qui ressort du réel de l’Existence où rêves et fantasmes n’ont pas cours et où se dissolvent images et discours. “Une politique qui se borne à brasser les rêves les trompe tous. Une politique qui les ignore se trompe sur la nature de ceux qu’elle prétend conduire”, écrivait François Mitterrand, très fin politicien. Dans l’idéal, faudrait ainsi trouver un juste milieu entre les promesses “qui n’engagent que ceux qui les écoutent” (Henri Queuille, autre artiste de la politique) et les programmes que l’on peut vraiment appliquer et qui souvent sont à tort ou à raison impopulaires. Mission quasi-impossible et néanmoins indispensable… Si l’homme ou la femme politique ne parvient pas à réaliser ce tour de force ou de passe-passe, lorsque la “Représentation de Représentation” ne fonctionne pas comme prévu ou espéré donc, le représentant se voit accuser de “trahison” par le représenté.

Car la politique étant affaire de Représentation, elle est aussi affaire d’unicité et d’identification. Le mandant veut au minimum pouvoir se reconnaître un peu dans le mandataire, qui doit ainsi donner de lui-même une image forte, idéale, valorisante, prestigieuse pour plaire au mandant qui ne saurait s’identifier à un loser au look déplorable. Le Représentant doit “être à la hauteur”, c’est-à-dire tutoyer si possible les sommets. Dans les pires des cas, une telle attitude aboutit à l’idolâtrie, à l’ivresse des foules acclamant aveuglément un unique Représentant, un “Homme providentiel”, un “Sauveur suprême” auquel chacun des individus qui les composent s’identifie servilement. Le “miroir à plusieurs” (expression forgée par Jean-Pierre Nicola pour désigner l’un des aspects majeurs de la fonction solaire “Représentation de Représentation”) agit alors à plein régime… dictatorial en général. Pour garder un langage propre à l’histoire de l’art, l’idéal serait de pouvoir faire disparaître ces figures “idolâtriques” pour les remplacer par des figures “iconiques” de la Représentation : des identifications “soft” comme celles qui apparaissent dans les mouvements politiques anti-autoritaires et alternatifs où les leaders qui émergent ne font généralement pas l’objet d’une idolâtrie irraisonnée… très probablement parce que les individus qui composent ces mouvements sont généralement plus jeunes, plus cultivés et plus critiques vis-à-vis des pouvoirs autoritaires que le reste des citoyens. Mais qu’elles soient “idolâtriques” ou “iconiques”, ces figurent appartiennent toujours au monde de la Représentation, qui est celui de la politique.

Avant d’aborder plus directement les rapports entre astrologie et politique, reste à définir les rapports qu’entretient le politique avec le pouvoir. Dans l’acception courante de ces deux notions, il est d’usage de les confondre (et je ne m’en suis d’ailleurs pas privé depuis le début de cet article) : qui veut le pouvoir fait de la politique, qui fait de la politique veut le pouvoir, comme s’il n’y avait aucune différence entre les deux. Il y en a pourtant une, et elle est de taille : il existe d’autres pouvoirs que ceux du politique et qui ont leur autonomie par rapport à lui.

Le pouvoir de l’économique

Le pouvoir économique a sa propre réalité, son propre domaine d’activité et sa propre dynamique qui convergent ou divergent d’avec celles du pouvoir politique. Ces deux pouvoirs sont en relation et en interaction selon des proportions variables selon que le pouvoir politique est libéral ou dirigiste : le pouvoir politique peut dicter ses lois au pouvoir économique, et inversement, le pouvoir économique peut faire valoir ses intérêts auprès du pouvoir politique afin qu’il modifie les lois dans un sens qui lui soit favorable. En général, les deux pouvoirs s’entendent comme larrons en foire, le pouvoir économique pouvant permettre d’accéder au politique si l’on fait partie des grands possédants, et le pouvoir politique pouvant favoriser l’économique lorsque tous deux sont des adeptes de l’idéologie capitaliste-libérale. L’échec du communisme soviétique, de son côté, a démontré que le politique ne saurait se substituer à l’économique sans que celui-ci le devienne complètement inefficace dans la production de biens satisfaisant leurs consommateurs.

Le pouvoir du scientifique

De même, le pouvoir scientifique a aussi sa propre réalité, son propre périmètre et sa propre dynamique qui convergent ou divergent eux aussi d’avec celles du pouvoir politique : les découvertes qui émergent de la recherche fondamentale (dont la vocation première est de faire reculer les frontières de l’inconnu), par exemple, sont le plus souvent imprévisibles. Elles n’ont a priori pas de finalités économiques ou politiques… sauf quand les relations et interactions entre les pouvoirs scientifique, économique et politique incitent les deux derniers à privilégier et financer des recherches qui vont dans le sens d’objectifs prédéfinis pour des raisons de prestige (pouvoir politique) ou de profit (pouvoir économique). Inversement, des découvertes scientifiques fortuites (qui ne relèvent par conséquent que du pouvoir scientifique et de lui seul, indépendamment des crédits que le politique et l’économique ont affecté à la recherche) ou volontaires (comme celles qui ont présidé à la naissance d’Internet) peuvent modifier plus ou moins fortement les activités économiques et demander au pouvoir politique de produire de nouvelles règles, lois et normes (par ex. dans le domaine de toutes les nouvelles techniques néonatales).

Le pouvoir du religieux

Le pouvoir religieux a lui aussi une autonomie relative par rapport au pouvoir politique, même s’il tend à se confondre avec lui dans les sociétés archaïques ou traditionalistes. Pour faire court : les religions ont longtemps été à la base (et le sont encore pour certaines, comme l’Islam par exemple) du contrat socio-politique, en ce qu’elles étaient la source des des normes, des règles et du droit et que les Représentants politiques ont longtemps été des élus de droit divin ou des dirigeants religieux. Dans les sociétés modernes, sécularisées qui se sont développées en Occident après le Siècle des Lumières, le pouvoir religieux et le pouvoir politique ont progressivement divorcé, jusqu’au moment où le pouvoir religieux n’a plus exercé qu’un lointain magistère moral ne concernant que ceux qui croyaient encore en un dieu des totems et des tabous, de la rédemption et de la consolation. Le pouvoir politique avait pris le relais, en sécularisant ce qui pouvait l’être des commandements bibliques et évangéliques et en reléguant le reste dans le domaine des antiquités et des superstitions archaïques. Le politique n’était plus l’affaire d’un dieu organisateur, mais d’hommes qui s’auto-organisaient. L’espace d’un siècle, l’Occident européen politico-rationnel a ainsi pu croire que le pouvoir religieux n’était plus qu’un épiphénomène en voie de disparition. Cela n’a jamais été le cas dans les autres parties du monde, et le réveil de l’Islam est venu témoigner du fait que le pouvoir religieux était toujours présent et vivace.

En quoi consiste exactement le pouvoir religieux ? En quoi se différencie-t-il fondamentalement du pouvoir politique ? Disons d’abord que les religions sont des idéologies de très longues durées, alors que les idéologies politiques ont des durées d’existence beaucoup plus brèves. Primauté temporelle oblige, les idéologies religieuses traversent les millénaires sans avoir à évoluer en profondeur quand les idéologies politiques ont du mal à persister plus d’un siècle ou deux avant de devenir obsolètes et de devoir se réformer ou disparaître. Notons aussi que toutes les tentatives du pouvoir politique visant à éradiquer les religions pour se substituer à elles ont été des échecs, que ce soit dans la Chine maoïste, la Russie soviétique ou la Turquie kémaliste. Le pouvoir religieux résiste.

- En Chine, le taoïsme, le confucianisme et le bouddhisme ont continué de perdurer et d’imprégner les mentalités collectives sous le règne en principe matérialiste de Mao et sont réapparus en pleine lumière dès que le pouvoir politique chinois a compris qu’il ne pouvait rien contre ces croyances et, mieux, qu’il pouvait les utiliser pour asseoir son pouvoir et son emprise sur ses citoyens : il fallait bien remplacer l’idolâtrie maoïste par quelque chose, et ce quelque chose était déjà là depuis des millénaires.

- Idem en Russie : Marx avait affirmé que “La critique (de la religion) a dépouillé les chaînes des fleurs imaginaires qui les recouvraient, non pour que l’homme porte des chaînes sans fantaisie, désespérantes, mais pour qu’il rejette les chaînes et cueille la fleur vivante. La critique de la religion détruit les illusions de l’homme pour qu’il pense, agisse, façonne sa réalité comme un homme désillusionné parvenu à l’âge de la raison, pour qu’il gravite autour de lui-même, c’est-à-dire de son soleil réel. La religion n’est que le soleil illusoire qui gravite autour de l’homme tant que l’homme ne gravite pas autour de lui-même.” Le régime soviétique a eu beau tenter d’extirper le christianisme orthodoxe en rasant ses églises ou en les convertissant en usines ou entrepôts et en expédiant ses prêtres au goulag, il a échoué. Et dès que le communisme s’est écroulé, l’orthodoxie slave est réapparue, le pouvoir religieux s’est réimposé, remplaçant le culte idolâtrique de Staline et l’idéologie marxiste-léniniste avec la bénédiction du nouveau pouvoir césaro-poutinien.

- Même schéma ou presque en Turquie : imprégné de la philosophie des Lumières occidentales, le premier dirigeant post-Ottoman Mustafa Kemal Atatürk, autocrate athée, a essayé de limiter l’influence néfaste de l’Islam dans son pays en supprimant le califat, en donnant le droit de vote aux femmes et en instaurant la laïcité à la française, selon laquelle la religion n’est pas contestée, mais doit strictement se limiter à la sphère privée. Il n’avait pourtant pas de mots assez durs contre l’Islam : “Depuis plus de cinq cents ans, [...] les règles et les théories d’un vieux cheikh arabe, et les interprétations abusives de générations de prêtres crasseux et ignares ont fixé, en Turquie, tous les détails de la loi civile et criminelle. Elles ont réglé la forme de la Constitution, les moindres faits et gestes de la vie de chaque citoyen, sa nourriture, ses heures de veille et de sommeil, la coupe de ses vêtements, ce qu’il apprend à l’école, ses coutumes, ses habitudes et jusqu’à ses pensées les plus intimes. L’Islam, cette théologie absurde d’un Bédouin immoral, est un cadavre putréfié qui empoisonne nos vies”. Atatürk (qui faisait l’objet d’une véritable idolâtrie !) a échoué. L’Islam est resté vivant et présent en Turquie, qui est aujourd’hui redevenue une dictature islamique.

Le pouvoir religieux a donc la vie dure et longue. Ce n’est pas seulement parce qu’il repose sur une idéologie très persistante. C’est aussi parce qu’il remplit une fonction que le pouvoir politique ne peut pas remplir totalement lui-même : le besoin archaïque et irrationnel de croire en une Transcendance divine absolue qui échappe aux vicissitudes de l’Existence et aux artifices de la Représentation et en même temps en est la créatrice, de pouvoir penser que l’univers et la vie ne se réduisent pas à leur simple matérialité. Il est possible, sinon probable, que dans un futur très lointain les grandes religions finissent par disparaître progressivement, comme le font les autres idéologies. Mais ce besoin archaïque et irrationnel continuera à habiter l’espèce humaine et à se manifester sous d’autres formes qui continueront à échapper aux lois de la politique, de l’économie, de la science et de la raison, parce qu’il nous relie au temps long si ce n’est à l’éternité et à l’intemporalité.

Le pouvoir religieux a donc son autonomie, et il est irréductible aux autres pouvoirs… tant qu’il se contente de régner sur les âmes. Quand il prétend régenter tous les aspects de la politique, de l’économie et de la spiritualité dans leurs moindres détails comme le fait l’Islam, alors il se confond avec un régime politique dictatorial. Or il n’y a pas dans le Coran ou dans les Hadith une phrase telle que “Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu”, qui figure dans les Évangiles chrétiens, qui implique une nette séparation du pouvoir religieux et du pouvoir politique et qui a conduit le christianisme à devenir la religion de sortie de la religion (Marcel Gauchet). L’islam est et à toujours été une religion politique. C’est ce qui la différencie de toutes les autres.

D’une manière plus profonde, le pouvoir religieux est censé être le dépositaire absolu des valeurs morales considérées comme de pures réalités transcendantes. Pour comprendre ce que signifie cette notion de “valeur”, il faut soigneusement la différencier de la notion de “norme”. Dans une optique religieuse ou spirituelle, les “valeurs” sont des entités métaphysiques qui préexistent aux “normes”, lesquelles n’en sont que la traduction politique, philosophique ou morale ; il peut ainsi exister des “normes” profanes qui ne reposent sur aucune “valeur” spirituelle. Pour un esprit profane et rationnel, les notions morales de “bien” et de “mal”, par exemple, sont le produit normatif primaire d’interactions sociales basées sur un intérêt mutuel bien compris visant à une coexistence aussi pacifiée que possible entre membres d’une même communauté - en l’occurrence la tribu primitive. Mais pour un esprit religieux, le “bien” et le “mal” sont des “valeurs” transcendantes, sacrées, préexistantes aux pactes normatifs entre membres de cette même tribu. Il se trouve que la plupart des membres de l’espèce humaine a encore besoin de croire que le “bien” et le “mal” sont des “valeurs” transcendantes sorties de la cuisse de Jupiter, de Mahomet, de Bouddha, de Yahvé ou de Vishnou. Tant que ce besoin de croire en cela persistera, le pouvoir religieux durera.

Enfin, le pouvoir religieux s’estime aussi dépositaire de l’eschatologie (du grec “eschatos”, “dernier” et “logos”, “parole”, ce qu’on peut traduire par “l’ultime discours” ou, dans un registre ironique, “Rira bien qui rira le dernier”.) L’eschatologie collective concerne les discours qu’on peut tenir sur la fin du monde et l’ultime destinée du genre humain, tandis que l’eschatologie individuelle recouvre tout ce qui a trait à notre condition de mortels : survie ou non de l’âme après le trépas, problématique de l’après-vie, résurrection des corps ou, réincarnation ou transmigration des âmes, etc. L’eschatologie échappe par définition à toute rationalité : impossible de savoir avec une certitude expérimentale ce qui se passe après la mort - mais aussi avant la naissance. Sur le tableau noir de cet insondable inconnu, chaque religion a écrit avec une craie plus ou moins friable, mais qui semble être tracée d’une encre indélébile pour des êtres qui ne vivent qu’un siècle, sa propre partition métaphysique post-mortem.

Quelle qu’en soit la musique, l’eschatologie pose le problème des fins dernières et de la valeur ultime de la vie et plus généralement de l’existence éphémère des choses matérielles : pourquoi y-a-t-il quelque chose plutôt que rien ? Quel est le sens d’une vie si courte et si tributaire d’événements imprévisibles ? La philosophie ne répond pas à ces questions. La politique, l’économie et la science non plus. Seules les religions ont des réponses certaines, uniques et définitives sur ces sujets, et il faut les croire sur parole (c’est étymologique !). Là encore, le pouvoir religieux a une totale autonomie et une profonde influence Transcendante. Toute une vie de croyant (ou d’une collectivité de croyants) peut être déterminée par sa foi eschatologique, ce qui est un bel exemple de causalité non-linéaire qui échappe à la rationalité officielle selon laquelle un effet ne saurait précéder une cause. Pour le non-croyant athée, toutes ces questions sans réponse rationnelle possible sont aussi absurdes qu’il croit que l’est l’existence. L’agnostique, de son côté, préfère dire qu’il ne sait rien et qu’il ne saurait donc juger de l’absurde et du non-absurde en ces matières. Mais les vrais athées et agnostiques (c’est à dire ceux qui ne le sont pas par matérialisme à courte vue) ne sont qu’une infime minorité. L’espèce humaine dans son ensemble a archaïquement et irrationnellement besoin de réponses à ces questions métaphysiques. Et quand sonne l’heure de sa mort, aucun individu ne peut s’empêcher d’y être confronté, qu’il soit croyant, athée ou agnostique.

Le pouvoir religieux est lui aussi en relation et interaction avec les autres pouvoirs politique, économique et scientifique. Le religieux peut être manipulé par le politique, et inversement. On peut sans être croyant s’appuyer sur le pouvoir religieux pour conquérir ou renforcer son pouvoir politique, (comme par ex. Poutine en Russie, ou la plupart des politiciens étasuniens) et l’inverse est aussi vrai (voir le cas de Erdogan en Turquie par exemple). Les prescriptions morales religieuses peuvent influer sur la vie économique (par ex., théorie du capitalisme né du protestantisme selon Max Weber, ou encore les problèmes que pose la finance “islamique”), et le pouvoir économique agir sur le pouvoir religieux lorsque ses prescriptions morales empêchent de faire des affaires profitables. Les relations et interactions entre pouvoir religieux et pouvoir scientifique sont plus complexes. Ils sont en principe totalement antagonistes, l’un régnant sur la sphère du rationnel-matériel alors que l’autre a la main-mise sur l’irrationnel-spirituel. Tout dépend du pouvoir du religieux dans une société donnée. S’il est très fort, il peut empêcher ou retarder la science au prétexte que celle-ci fait des découvertes allant à l’encontre de la volonté divine ou des “valeurs” sacrées. Moyennement fort ou faible, il tente d’intervenir dans les comités d’éthique pour essayer d’imposer ses normes. De son côté, le pouvoir scientifique n’a que mépris ou indifférence pour le pouvoir religieux qui échappe totalement à son dada, la rationalité matérielle et quantifiable. Il y a quand même des exceptions, par exemple quand des chercheurs en neurologie étasuniens fixent des électrodes sur le corps de moines bouddhistes pour prouver que la méditation profonde a d’indéniables effets mesurables, ce qui ne prouve rien au sujet de la métaphysique bouddhiste ni de la doctrine de la réincarnation propre à cette religion. Et aucune expérimentation scientifique sérieuse n’a jamais permis de démontrer que la prière faisait des miracles contre le cancer ou que le suaire de Turin avait véritablement enveloppé le corps du Christ.

Le système R.E.T. & les quatre pouvoirs

La présentation de ces types de pouvoirs a été un peu longue, surtout celle du pouvoir religieux, qui est de loin le plus complexe, le plus sous-estimé et le plus méconnu dans l’Occident européen devenu mécréant. L’irruption brutale et très violente d’un Islam que l’on considérait comme une curiosité archaïco-exotique rétrograde vient de lui rappeler l’existence de ce pouvoir… en attendant, en réaction, la résurgence probable du christianisme en réaction (le XXIe siècle sera vraiment très très religieux, et ça ne sera pas tous les jours la joie). En cela, de longs développements sur le pouvoir religieux étaient indispensables.

L’être humain est indissociablement régi par ces pouvoirs : il est à la fois politique, économique, scientifique et religieux, le tout se mêlant indissociablement en lui. Il est vain de vouloir le réduire à une seule de ces dimensions à la fois différenciées, antagonistes et coopératives, et dangereux de vouloir le mutiler de l’une d’entre elles sans être sûr d’en avoir une de rechange pour la remplacer aussitôt, tant son équilibre général est fait de la solidarité de ces éléments.

Si l’on se réfère à l’acception la plus large de la notion de “politique” (du grec “politikos”, “de la cité”), quels que soient le milieu, l’époque et la culture, trois questions essentielles se posent : “Sur quel type de savoir et de valeur repose telle société (Pluton : “transcendance de Transcendance”) ? Sur quelles forces productives et sur quel rapport de production (Mars : “existence de l’Existence”) ? Sur quel maintien des modèles et des normes (Soleil : “représentation de Représentation”) ?” (Max Lejbowicz). Et si l’on se réfère à l’acception plus restreinte (celui du grec “politeia” ou du latin “res publica”), la focale est mise sur le niveau “Représentation” pour définir le politique. Le niveau “Existence” concerne alors l’économique, et le niveau “Transcendance” le scientifique et le religieux, auxquels on peut ajouter le pouvoir de la Globalité (4e pouvoir de la fonction lunaire).

Il peut sembler surprenant de rassembler pouvoir scientifique et pouvoir religieux sous la même houlette de la “Transcendance”, tant tout paraît fondamentalement les opposer. Quelques précisions s’imposent donc pour éviter tout amalgame.

“Transcendance”, science & religion

La notion de “science” est tout aussi polysémique que celle de “politique”. Chez les anciens Grecs, la “science” se confondait avec la philosophie, et parmi eux très nombreux étaient ceux qui considéraient astrologie et astronomie comme des sciences jumelles. Ce n’est que vers le XIIe siècle, lors de la création en Europe des premières universités que la science commença à s’institutionnaliser comme objet de savoir spécifique, tout en restant hyper-liée à la sphère religieuse : seuls les clercs de l’Église ou presque étaient intellectuellement formés, et ce sont d’ailleurs eux qui ont assuré la traduction et la redécouverte des textes antiques grecs ayant trait aux disciplines scientifiques.

Ce n’est qu’au cours de la Renaissance (XVe-XVIe siècles) que la “science” commença à se détacher nettement de la religion et de la philosophie, avec laquelle les points de désaccords devenaient de plus en plus nombreux. En effet, alors que la philosophie classique procédait par intuition et que la religion se fondait sur d’invérifiables révélations divines, le philosophe anglais Francis Bacon développa les prémices d’une théorie empiriste de la connaissance selon laquelle l’acquisition des connaissances pouvant être considérées comme réellement scientifiques devait respecter une séquence de quatre étapes : 1) observation, expérimentation et vérification ; 2) théorisation ; 3) reproduction et prévision et 4) résultats. Les bases de la méthode scientifique moderne étaient ainsi jetées.

Elles amenèrent, au XVIIe siècle (celui des “Lumières” de la raison), au divorce complet entre science et religion, la première, arrogante et ingrate, prétendant désormais à l’hégémonie absolue des savoirs au détriment de la seconde, dont les connaissances propres étaient dorénavant taxés de superstitions et d’obscurantisme. Dès lors, la “science” se donna une nouvelle finalité : remplacer purement et simplement la religion pour assurer sa mainmise et son pouvoir absolu dans le référentiel “Transcendance”. Elle devint ainsi une nouvelle sorte de religion, le scientisme, avec sa mystique matérialiste et rationaliste prétendant tout expliquer, et ses marabouts, saints, martyrs et prophètes comme il se doit.

Quand on évoque la notion de “science” depuis, on a tendance à confondre la techno-science et la recherche scientifique fondamentale. La techno-science a une vocation purement utilitaire et ne concerne que les applications technologiques des découvertes scientifiques au monde des objets physiques (en cela, elle relève du référentiel “Existence”), alors que la finalité de la recherche scientifique fondamentale est de faire reculer les frontières de l’inconnu du monde physique (ce qui relève du référentiel “Transcendance”). Certes, techno-science et recherche fondamentale sont unies par de multiples relations et interactions (la première se nourrit des avancées de la seconde, laquelle peut utiliser les outils techniques mis au point par la première pour avancer dans ses découvertes).

C’est donc la science dans sa dimension de recherche fondamentale de savoir qui relève du référentiel “Transcendance” du système R.E.T.. Les points communs avec la religion apparaissent ainsi plus précisément : les deux se réfèrent au mystérieux, à l’invisible, aux structures cachées de l’univers et se réfèrent à des savoirs ultimes, occultés ou diffractés par les trompeuses apparences, dont elles se prétendent les seules et uniques dépositaires légitimes, dans le réel physique pour la science et dans le réel métaphysique pour la religion. On comprend ainsi mieux la lutte à couteaux tirés à laquelle elles se livrent dans le champ de la “Transcendance”, telle celle de deux crocodiles dans le même marigot. Notons quand même qu’une caractéristique fondamentale différencie les crocos en question : la science se limite à essayer de faire reculer les frontières de l’inconnu sans prétendre (depuis le XXe siècle seulement) accéder à l’inconnaissable, tandis que la religion prétend, non seulement couvrir le champ de l’inconnu, mais aussi celui de l’inconnaissable.

Un peu de lumière S.O.R.I. pour l’éclairage

Pour montrer autrement, et par une voie spécifiquement conditionaliste, que science et religion ne sont pas mises dans le même sac, même Transcendant, il convient d’utiliser le système S.O.R.I. (initiales de “Sujet”, “Objet”, “Relation” et “Intégration”). Ces quatre référentiels définissent autant de champs d’application du système R.E.T.. L’objet de cet article n’étant pas de tous les passer en revue, on se contentera de préciser que la science opère dans le référentiel “Transcendance de l’Objet” (les mystères des choses mesurables et quantifiables) alors que la religion relève de la “Transcendance de l’Intégration” (les mystères non-mesurables et non-quantifiables de l’appartenance à l’univers), ce qui n’est pas du tout la même chose. Science et religion travaillent au même étage “Transcendance”, certes, mais pas du tout dans les mêmes domaines. Leurs originalité et intégrité respectives sont donc nettement délimitées et préservées. Ouf.

Dans le même registre, l’économie pure appartient à “l’Existence de l’Objet” (univers technique de la production matérielle et des rapports de production), et la politique au sens restreint de “politeia” à la “Représentation de la Relation” : la société étant un être de Relation(s), le politique en est la face normative, organisée, hiérarchisée… ce qui le différencie de “l’Existence de la Relation” (les relations et interactions directes, informelles, vécues à bout portant entre citoyens) et de la “Transcendance de la Relation” (les relations et interactions subtiles, complexes et/ou secrètes qui se tissent entre citoyens, lesquelles échappent par définition au politique… sauf que c’est dans cet alambic discret et séditieux que se forgent les nouveaux pouvoirs politiques, mais c’est une autre histoire).

Système R.E.T. & politique

Pour être tout-à-fait complet et revenir au R.E.T., précisons aussi que la “Représentation” concerne les signaux simples de forte intensité (immédiatement perceptibles, ils s’imposent d’emblée) et du court terme, “l’Existence” les signaux composés de moyenne intensité (leur perception est plus lente) et du moyen terme et la “Transcendance” les signaux complexes de faible intensité (quasi imperceptibles au risque d’être négligés) et du long terme. Vous comprendrez ainsi mieux pourquoi la politique a du mal à ne pas être court-termiste et pourquoi elle passionne en priorité le plus grand nombre, alors que l’économie se situe davantage dans le moyen terme (il faut plus de temps pour produire et avoir des retour sur investissement que pour faire un grand discours) et pourquoi elle provoque nettement moins d’intérêt massif que la politique, et enfin pourquoi une véritable connaissance des sciences et religions, qui se situent dans le long terme, ne motive en général pas les foules.

Dans les registres relevant du politique que le macroscope R.E.T. permet de décoder, signalons la théorie des trois pouvoirs définie par Locke puis Montesquieu : le législatif dicte les normes et lois (niveau “Représentation”), l’exécutif les met en application (niveau “Existence”) et le judiciaire “juge des crimes et des différents entre particuliers”, autrement dit se charge d’adapter les lois à la multitude (niveau “Transcendance”). Dans un autre, le niveau “Représentation” est de type monarchique ou despotique (maintien du pouvoir de l’unique), le niveau “Existence” de type aristocratique ou oligarchique (maintien du pouvoir d’un groupe) et le niveau “Transcendance” de type démocratique ou anarchique (maintien du pouvoir du collectif). Et ce n’est pas que de la théorie ou des vues de l’esprit.

Les trois finalités du politique

Dans son livre Qu’est-ce que la politique (éd. Points-Seuil), Julien Freund résume bien (sans l’avoir voulu bien entendu : il n’a rien à voir avec l’astrologie) les rapports entre le système R.E.T. et les trois niveaux du politique au sens large de ce terme. C’est de cet ouvrage que sont tirées toutes les citations qui suivent, sauf mention contraire. Tout d’abord, en toute rigueur, Julien Freund définit le référentiel d’application de la politique qui n’est, ni une philosophie, ni une morale, ni une science, “c’est dire que le but de la politique ne saurait être la connaissance. Elle reste ce qu’elle a toujours été : action. C’est comme telle qu’il faut la comprendre (…) la politique est un art et non point seulement un métier”. Ceci étant précisé, Julien Freund distingue, dans la finalité de la “chose” politique, trois niveaux différents : 

“1. le niveau proprement téléologique qui détermine le but spécifique du politique ; 
 2. le niveau qu’on pourrait appeler technologique, caractérisé par la réalisation d’objectifs concrets, limités et à reprendre sans arrêt ; 
 3. le niveau eschatologique du règne des fins”.

Il n’est pas difficile de repérer, dans l’ordre, les niveaux “Représentation”, “Existence” et “Transcendance” du R.E.T.

Le niveau “Représentation”

Freund évoque un “niveau téléologique” du politique. La téléologie, discipline bien “R”, est la “théorie qui applique la finalité à l’étude d’un problème particulier” (Dictionnaire de philosophie, Bordas). Finalité est un mot ambigu, qui ne doit être utilisé qu’avec un maximum de précision et de précautions ; en effet, l’eschatologie (niveau 3 du politique chez Freund) est aussi une “croyance ou doctrine qui concerne les fins dernières du monde et de l’humanité” (ibid.). Décidément, le “R” et le “T” sont dialectiques, “en boucle”, l’un concernant le sens évident, le sens connu, (”R”) et l’autre le sens discret… ou encore le non-sens (”T”).

Bref, le niveau “R” de la politique concerne le “bien commun” ou encore le “bien public”, dont le contenu et les définitions sont hyper-variables en fonction des lieux, des époques, des sociocultures. Monde de représentations idéales qui jugent arbitrairement du juste ou de l’injuste, du licite et de l’illicite, du socialement normal et de l’anormal. Le plus doux des démocrates comme le plus sanguinaire des dictateurs œuvrent identiquement, chacun à leur manière, pour le “bien commun”, cette chatoyante image à laquelle il est valorisant de s’identifier, à un ou à plusieurs, dans un narcissisme éthique qui n’est pas sans rappeler la fonction solaire. Les valeurs n’entrent que très peu, et pas directement en ligne de compte à ce niveau : l’important est de garantir la sécurité extérieure (par la paix, la diplomatie ou la guerre) et l’ordre intérieur (par les mêmes moyens). L’ordre, quel qu’il soit, s’impose ; il est “la condition élémentaire de l’unité et de la stabilité d’une collectivité. En tant que telle celle-ci aspire naturellement à être une communauté (une nation par exemple) formant un moi commun et possédant un intérêt commun sur la base de la langue, de la race, de la tradition historique ou d’une simple volonté commune”. Un langage de l’unité, de l’identification bien solaire, un “miroir à plusieurs” (J.P. Nicola). Et peu importe le miroir (entendez : les contenus, en termes de valeurs, du “bien commun”), pourvu qu’on aie l’ivresse de cette identification collective, d’une ligne directrice claire et nette, d’une boussole sécurisante pour le Moi social collectif qui craint par-dessus tout le manque de repères et les démons de l’anarchie.

En “Représentation extensive” (Soleil-Vénus-Mercure), le “but spécifique” du politique s’impose d’emblée comme une évidence absolue qui s’auto-entretient et rayonne en faisant assaut de séduction et de communication pour assurer la propagation des idées-forces, slogans et images : c’est le règne de la propagande, de la persuasion décontractée et attractive, du ruissellement des mots d’ordres du haut de la pyramide sociale vers ses étages inférieurs.

En “Représentation intensive” (Soleil-Jupiter-Uranus), le “but spécifique” du politique s’élabore dans les matrices technologiques (les hiérarchies économiques) et eschatologiques (les hiérarchies des valeurs) d’où il émerge pour forger un des normes unificatrices qui auto-entretiennent leur périmètre par l’affirmation de leur autorité qui se veut indiscutable, incontestable, indéboulonnable du haut en bas des étages de la pyramide sociale.

À l’intersection de l’extensif et de l’intensif se trouve la fonction solaire “Représentation de Représentation” qui figure le pouvoir en principe absolu d’un individu unique, monarchique ou despotique.

Le niveau “Existence”

Quel que soit le but “R” du politique, il ne saurait se passer de moyens “E” (Existants) pour le réaliser concrètement, “par des moyens économiques déterminés qui ont pu être ceux de l’économie domestique, du pillage, du simple mercantilisme, du colonialisme, du capitalisme et qui peuvent être ceux du socialisme ou de toute autre formule économico-sociale encore à venir”. Pour Freund, le niveau “E” du politique est celui des objectifs : “nous appelons “objectif” la substance matérielle d’une action empirique visant à réaliser le but spécifique du politique in concreto. Il s’agit donc chaque fois d’une action limitée, particulière, contingente et empirique, telle qu’une dévaluation monétaire, un traité d’alliance, un relèvement de salaire, etc. on ne peut agir avec des instruments possibles ou éventuels, mais uniquement avec ceux qui sont donnés matériellement”. Une description qui ressemble à s’y méprendre à celle de la fonction marsienne et du niveau “E”. Le réel tangible impose ses contraintes propres, rétives aux mots d’ordres téléologiques et au volontarisme du niveau “r” du politique, “aussi un programme politique n’est-il qu’un ensemble de préférences : le choix est ailleurs, et il arrive parfois qu’il intervienne contre le programme”. l’Existence et les choix inévitables qu’entraîne le duo-duel est bien souvent rebelle aux préférences idéales qu’impliquent nos Représentations, et choisir, au fond, “ce n’est pas simplement se donner des raisons ou des motifs ni préférer, mais c’est porter sa volonté sur un objet, résoudre ou plutôt essayer de résoudre un embarras, c’est à proprement parler agir”. Sans commentaires…

Au sein de “l’Existence Extensive” (Mars-Jupiter-Saturne), le politique au sens restreint est avant tout concerné par la fonction jupitérienne “Représentation de l’Existence”, en ce qu’elle est définit les normes, règles et et lois qui régulent les activités concrètes de production matérielle et les rapports de production. Le pouvoir politique, donc représentatif, issu du niveau “Existence” est de type aristocratique ou oligarchique (pouvoir politique exercé par un groupe ou le représentant d’un groupe détenteur d’une puissance économique suffisante pour “jouer dans la cour des grands”).

Le niveau “Transcendance”

C’est le règne des “valeurs ultimes que l’homme se propose d’accomplir par son activité individuelle ou bien par l’action des collectivités et des groupements, en vue de donner un sens à la vie et à l’histoire… aspirer à la liberté pure, à l’égalité, à la justice, et à la paix pures, indépendamment des conditions historiques et sociales contingentes, c’est poursuivre des fins”. Ça ressemble au “R”, ça a le goût du “R”… mais ce n’est pourtant pas du “R”, même si, comme nous l’avons vu, “R” et “T” ne peuvent être compris qu’ “en boucle”, dialectiquement liés. L’inconnu d’un lieu ou d’une époque est le connu d’un autre lieu et d’une autre époque. Julien Freund a parfaitement saisi la dimension subtile et mystérieuse du “T” de la politique. L’attente de ces fins aussi idéales qu’inévidentes pose des problèmes bien plutoniens : “Y-a-t-il une seule fin dernière ou bien plusieurs ? Quelle est-elle dans le premier cas ? Et s’il y en a une pluralité quel est le rapport entre elles ? Sont-elles toutes sur le même plan ou bien existe-t-il un ordre de subordination ? (…) La discussion de ces questions est, indépendamment de la réflexion métaphysique, à l’origine de la diversité des philosophies, des conceptions du monde et des idéologies politiques. Il n’y a guère d’espoir de leur trouver une solution positive et définitive puisqu’il s’agit de notions absolument transcendantes qui dépassent les possibilités et les limites de l’expérience et de l’action humaine qui restent toujours conditionnelles”. On le voit, le multiple et l’incertitude règnent et, bien entendu, niveau “T” oblige, Freund souligne à quel point ces “fins dernières” sont l’objet de pulsions irrationnelles ou à rationalité étrange (foi, pari, croyance, prophétisme). Mieux encore, il évoque leur utilité : même si “elles ne se réalisent jamais comme telles dans une œuvre phénoménale et empirique, elles ordonnent l’activité, l’orientent et lui donnent un sens”. Un sens profond pourrait-on ajouter, puisque ces fins “supposent par leur nature même des valeurs transcendantes bien qu’indéterminées”. Le portrait tout craché du “flou impeccable” plutonien. Peu importe à ce niveau quelles définitions de ces obscures vérités éternelles, intuitivement formulées et subjectivement perçues, on inscrit à la craie friable sur le tableau noir de l’inconnaissable, “sans la foi, sans la croyance en des vérités éternelles ou des fins ultimes, l’activité ne serait autre chose qu’un labeur de Sisyphe. Il est donc faux de ne voir dans la foi qu’une consolation, elle est le ferment de toute création”. En termes astrologiques, et pour serrer de plus près la réalité plutonienne par-delà tout spiritualisme, on pourrait parler de “foi dans la fécondité et le pouvoir de transformation de l’encore inconnu et de l’à jamais inconnaissable”. Les valeurs spirituelles, quelles qu’elles soient, sont de la partie, et charpentent occultement, puissamment et irrationnellement la chose politique. Les idéologies intégrant les valeurs spirituelles, n’en déplaise aux chantres actuels de leur mort, ne sont pas près de disparaître. Elles puisent leur sens dans une indéchiffrable et aléatoire éternité dont la politique, qu’on en soit conscient, convaincu ou pas, se nourrit aussi.

Puisque Julien Freund fait explicitement mention des “valeurs” à propos de l’aspect eschatologique, et donc “Transcendant” de la chose politique, il apparaît nécessaire de définir très précisément le rapport entre les valeurs et la temporalité. Nous avons déjà noté que la “Transcendance” se caractérisait par le règne du long terme, et que les longues durées sont en rapport avec les idéologies, religieuses ou non, qui structurent en profondeur et pour longtemps, les sociétés humaines, mais nous n’avons pas encore abordé un autre aspect de la temporalité de la “Transcendance” : sa relation avec le passé et l’avenir. La temporalité de la “Représentation” est celle de l’hyper-court terme et donc de l’instant qui se veut éternel ; celle de “l’Existence” du moyen terme et donc du présent chronologique ; enfin, celle de la “Transcendance” est celle du temps simultané qui brasse à la fois le passé et l’avenir, qui sont toujours de plus longues durées que le présent. La “Transcendance” est ainsi la mémoire vive du long terme déjà advenu (le passé) et celui du long terme non-encore advenu (le futur), qui précèdent et encadrent le temps présent de “l’Existence” et le temps instantané de la “Représentation”.

Ces corrélations demandent quelques précisions à propos de ces diverses notions temporelles :

- Court terme : cette notion désigne un bref intervalle de temps qui n’a pas de durée précisément définie. L’usage commun est de lui attribuer, à partir du moment présent (celui de l’action-perception immédiate) un horizon temporel (un avenir porteur de projets, de craintes ou d’espoirs) d’environ un an, soit le temps d’une rotation de la Terre autour du Soleil. Dans un esprit de symétrie absent de l’usage commun mais cher à l’astrologie, cet horizon temporel peut être étendu à l’année précédent le moment présent, cette période recouvrant le passé récent porteur de mémoire (souvenirs récents porteurs de nostalgie, de remords ou de regrets). Notons qu’en économie, domaine où la temporalité donne le “la” dans la “lutte contre la rareté” (Raymond Barre), le court terme temporel se définit par des choix et décisions contraints qui “s’opèrent à l’intérieur d’un domaine d’activité, caractérisé par un cadre technico-social qui ne peut être changé” (Wikipedia). Traduction : à court terme, on n’a pas le temps d’avoir beaucoup de nostalgie, mais quelques regrets et parfois des remords en se souvenant de l’année qui vient de s’écouler. Et si l’on se projette dans l’avenir proche, il semble tracé d’avance tant il sera probablement la poursuite prévisible de ce qui se passe au moment où on l’envisage, à moins qu’un événement imprévisible et totalement indépendant de la situation présente ne vienne modifier rapidement ou interrompre le cours des choses. L’acmé du court terme, c’est “l’instant”, c’est-à-dire la plus courte unité abstraite de temps.

- Moyen terme : cette notion recouvre le “temps présent”, dans son acception courante “d’époque actuelle” caractérisée par ses circonstances concrètes. Le moyen terme n’a lui non plus pas de durée précisément définie. Les économistes estiment que la temporalité de moyen terme recouvre une période à venir de 1 à 5 ans environ pendant laquelle, “dans une activité déterminée, le cadre technico-social peut être amendé. Possibilité ouverte principalement par le renouveau périodique du complexe technico-social représenté par ses produits, ses technologies, ses équipements ou infrastructures considérés comme majeurs. Dans certaines activités (activités dites “lourdes”, par ex la sidérurgie, le pétrole ...), le renouveau de moyen terme s’exprime en dizaines d’années, dans d’autres (activités dites “émergentes” ou “organiques”, par ex composants électroniques, biologie…), le renouveau de moyen terme s’exprime plutôt en mois” (Wikipedia). Comme nous ne sommes pas dans le domaine de l’économie (qui n’est pas une science exacte), prisonnier du monde décimal défini par les 5 doigts d’une main d’homme préhistorique commençant à compter, nous garderons une durée moyenne maximale de 5 ans que nous étendrons à 6 ans, soit environ un demi-cycle de Jupiter. Et toujours esprit de symétrie, on étendra à 1 à 6 ans la période concernant le passé à moyen terme, ce qui nous donne un horizon passé-présent-avenir du moyen terme d’un maximum de 12 ans, qui est presque celle d’un cycle jupitérien. Traduction : à moyen terme, on dispose déjà de suffisamment de temps pour cultiver une certaine nostalgie, et éprouver remords et regrets, mais aussi pour qu’une mémoire plus longue apprenne à tirer profit des expériences positives ou négatives en se souvenant des six ans qui viennent de s’écouler. Et si l’on se projette dans l’avenir moyennement lointain, il apparaît comme plus ouvert, plus riche de perspectives variées qu’on a suffisamment de temps de prévoir et d’élaborer avec patience et méthode, sans être trop prisonnier des contingences immédiates, en s’adaptant aux inévitables modifications progressives de la situation à laquelle on est confronté. Cela toujours, comme pour le court terme, dans l’hypothèse où aucun événement imprévisible et totalement indépendant de la situation présente ne viendrait modifier inopinément ou interrompre le cours des choses.

- Long terme : cette notion désigne un intervalle de temps dont la durée est elle aussi indéfinissable. Si l’on se réfère toujours aux temporalités prisées par les économistes, le “long terme” commencerait à partir d’un horizon futur d’environ 5 ans en moyenne. Dans une perspective économiste en effet, “le long terme fait plutôt référence à l’évolution d’un domaine d’activité ou de l’économie globale. On constate en effet sur longue période que les choix et les réalisations de court ou de moyen terme “s’enroulent” autour de tendances qui caractérisent une évolution, une vision plus “longue” de la réalité analysée. La dimension du long terme - compte tenu de l’incertitude naturelle attachée au futur - est relativement peu prise en compte (“dans le long terme, nous sommes tous morts…”, John Maynard Keynes), sauf par les prévisionnistes et/ou quelques hommes politiques” (Wikipedia). Cette définition du long terme a l’avantage de mettre l’accent - essentiel d’un point de vue astrologique - sur des “enroulements” et donc sur sur les effets rétroactifs du temps cyclique long et de ses causalités complexes sur le temps apparemment plus linéaire du moyen et du court terme, et sur l’imprévisibilité qui caractérise les longues durées au cours desquelles tout peut arriver, même et surtout l’impensé et l’impensable. Toujours par esprit de symétrie, nous étendrons le long terme au passé : il recouvre ainsi la totalité du temps écoulé et du temps à venir. Traduction : dans le long terme échu, par exemple au soir d’une existence individuelle après l’âge moyen de la retraite professionnelle, on dispose de largement assez de temps pour se faire une idée assez précise, consternée ou sereine, de ce que c’est qu’une vie et de ce qu’on en a fait. Quant aux perspectives d’avenir à long terme, elles apparaissent comme singulièrement contraintes par l’épuisement des ressources physiques et la proximité de la mort. Le très long terme concerne donc les lois de l’espèce dans son passé, son présent et son avenir. Lorsqu’on se réfère au long terme, on se réfère donc à la fois à l’Histoire, qui est la somme connue et rétrospectivement reconstituée du passé de longue durée et mémoire, et à l’avenir, qui n’est rien d’autre qu’une Histoire future qui va exister et qui reste à écrire.

Les “valeurs” qui fondent les idéologies (phénomènes de longue durée) sont généralement des produits de l’Histoire d’un plus ou moins lointain passé. Aussi sont-elles le plus souvent conservatrices (il s’agit alors de sans cesse réinscrire dans le présent une très ancienne mémoire collective) ; mais si le temps présent s’est fait oublieux de ces “valeurs” en leur en substituant d’autres, meilleures, différentes ou tout simplement dans l’air de leur temps, le retour des vieilles “valeurs” peut prendre un aspect révolutionnaire-réactionnaire. Il existe aussi des “valeurs” non-encore advenues parce qu’elles appartiennent à un avenir que seuls pressentent ou fantasment ceux qui ont ou estiment avoir le flair du futur. Ces nouvelles valeurs sont évidemment toujours plus discutables que les anciennes, puisqu’on ne les connaît pas ni n’en a fait l’expérience pendant les longues durées passées nécessaires à leur épanouissement et ancrage dans le réel de l’espèce. Chez ceux qui les incarnent et les véhiculent elles prennent alors la forme d’un prophétisme qui ne soit rien au passé et qui est d’autant plus surprenant et dérangeant.

Ces précisions sur les différents types de temporalité était nécessaire pour bien comprendre les effets de la “Transcendance” et des “valeurs” qu’elle charrie en politique.

Avec la “Transcendance”, l’expression du type de pouvoir concerné par ce niveau du réel se complexifie évidemment. En principe, à sa base, le pouvoir plutonien “Transcendance de la Transcendance” est de type démocratique (au sens grec de “pouvoir du peuple” ou du collectif sur lui-même) s’il est organisé (“un homme, une voix”) et anarchique s’il n’est régulé par aucune autorité. Pour ne pas faire d’anachronisme, rappelons que dans la Grèce antique du Ve siècle avant J.C., la démocratie au sens où nous l’entendons aujourd’hui était un système politique réservé aux “hommes libres”, l’immense population réduite en esclavage en étant exclue, et que le vote était de type censitaire (suffrage dans lequel seuls les citoyens dont le total des impôts directs dépasse un certain seuil sont électeurs), ce qui veut dire qu’en réalité, seules les classes possédantes très riches pouvaient accéder aux pouvoirs politiques suprêmes. Il ne s’agissait par conséquent pas d’un pouvoir démocratique, mais d’un pouvoir oligarchique et/ou aristocratique régulé par le vote censitaire.

L’expression “Vox populi, vox Dei” pourrait faire croire que dans la chrétienté, “la voix du peuple était la voix de Dieu”, ce qui serait l’expression d’une démocratie authentique et foncière au sein de la collectivité des croyants de cette religion. Il s’agit pourtant d’un faux proverbe, d’une expression tirée d’une lettre écrite au VIIIe siècle par le théologien anglais Alcuin à Charlemagne, lettre dans laquelle il dénonçait les dangers de l’élection des saints par acclamation du peuple : “Et ces gens qui continuent à dire que la voix du peuple est la voix de Dieu ne devraient pas être écoutés, car la nature turbulente de la foule est toujours très proche de la folie”.

Probablement mal informé, le théoricien de la politique italien Machiavel a repris cette expression au XVIe siècle en affirmant que “Ce n’est pas sans raison qu’on dit que la voix du peuple est la voix de Dieu. On voit l’opinion publique pronostiquer les événements d’une manière si merveilleuse, qu’on dirait que le peuple est doué de la faculté occulte de prévoir et les biens et les maux”. Un siècle plus tard, le parti politique anglais des Whigs, qui dénonçait l’absolutisme royal et militait pour un régime parlementaire fort, intitula un de ses tracts “Vox populi, vox Dei”… et c’est ainsi que cette expression, détournée de son sens premier, devint un faux proverbe signifiant l’inverse de ce qu’il était censé signifier au départ : le refus de la caste ecclésiastique de laisser le moindre pouvoir au peuple dans la désignation des saints.

La “voix du peuple”, égalitaire (“un homme, une voix”), serait-elle néanmoins quand même la “voix de la Transcendance” et donc l’expression parfaite des “valeurs” ultimes comme semblait le penser Machiavel en faisant peu de cas du caractère émotionnel, irrationnel et volatil des opinions publiques des foules ? Rien n’est moins sûr. La pure démocratie “Transcendante”, d’où toute autorité hiérarchique est absente, finit toujours en dangereuse anarchie. Aucune société complexe et organisée ne peut fonctionner sans autorité hiérarchie.

Au sein de la “Transcendance Extensive” (Uranus-Neptune-Pluton, planètes dont les cycles & intercycles sont de très longues durées), le politique au sens restreint est avant tout concerné par la fonction uranienne “Représentation de la Transcendance”, en ce que celle-ci définit les normes, règles et et lois qui régulent les savoirs et valeurs appartenant à la collectivité d’une société donnée. Dans les sociétés religieuses, ce sont les théologiens et les clercs qui remplissent cette fonction ; et dans les sociétés sécularisées, ce sont aux politiciens qui mettent l’accent sur la prééminence des valeurs spirituelles plutôt que sur l’économie qui l’incarnent. Du côté du pouvoir scientifique, ce rôle est dévolu aux marabouts auto-proclamés de la science officielle, qui décident souverainement de ce qui est réel (entendez : mesurable et quantifiable) ou ne l’est pas.

L’homo politicus et le politique

De tout cela il découle que le politicien (au sens de clerc de la politique) est structurellement, tout comme le comédien, un être polarisé par le niveau-but “Représentation intensive”, ce qui signifie que son ambition fonctionnelle est d’unifier, de légiférer et d’imposer une autorité régulatrice manifeste. Selon le niveau-source auquel il se réfère, on peut le classer en trois sous-types :

type solaire : le politicien de niveau-source “Représentation”. Il veut le pouvoir pour le pouvoir, l’autorité pour l’autorité, la domination pour la domination.

type jupitérien : le politicien de niveau-source “Existence”. Il veut le pouvoir pour avoir les moyens d’exercer une autorité sur les activités économiques, qu’il s’agisse d’en assurer la liberté la plus grande possible s’il est de droite, ou de les réguler pour assurer une plus juste répartition des fruits de la production et du commerce s’il est de gauche.

type uranien : le politicien de niveau-source “Transcendance”. Il veut le pouvoir pour avoir les moyens d’exercer une autorité sur la pérennité de “valeurs” spirituelles, religieuses ou sécularisées, qui sont pour lui les bases fondamentales qui organisent la vie en société.

Bien entendu, chez le même politicien peuvent être associés deux ou trois de ces types, selon des proportions variables chez chaque individu.

Le politicien, au sens où il ne doit pas seulement convaincre (niveau-but “Représentation intensive”), mais aussi séduire, rendre attrayant et intéressant son message et son personnage, est également (toujours comme le comédien) un être qui doit se plier aux règles de la “Représentation extensive”, ce qui aboutit à la définition de trois autres sous-types issus du niveau-source “Représentation” :

type solaire : le politicien de niveau-but “Représentation”. Il veut le pouvoir pour le pouvoir, l’autorité pour l’autorité, la domination pour la domination, mais aussi et surtout pour mettre en scène son personnage, jouer le rôle qu’on attend de lui et/ou qu’il a choisi, “faire sont intéressant”.

type vénusien : le politicien de niveau-but “Existence”. Il veut le pouvoir pour les plaisirs et faveurs qui lui sont liés et qu’il peut octroyer et faire partager au plus grand nombre ses affects, ce qui le touche, le séduit, l’émeut, l’ébranle.

type mercurien : le politicien de niveau-but “Transcendance”. Il veut le pouvoir pour le plaisir absolu de communiquer avec une totale liberté que celui-ci procure et qui lui permet d’utiliser à fond ses talents de propagandiste tous azimuts.

Bien entendu, chez le même politicien peuvent être associés deux ou trois de ces types, selon des proportions variables chez chaque individu. Ajoutons que les types de “Représentation intensive” et de “Représentation extensive” peuvent cohabiter chez le même politicien, ce qui produit une encore plus grand variété de types mixtes.

La fonction de politicien serait-elle réservée aux individus chez qui les fonctions planétaires de “Représentation” intensive et/ou extensive sont dominantes et qui par conséquent correspondent quasi-parfaitement à l’un ou l’autre de ces types ou combinaison de types ? La réponse à cette question est bien entendu négative. Même si les statistiques astrologiques réalisées par Michel Gauquelin ont fait apparaître une sur-représentation des angularités de Jupiter chez les parlementaires les plus en vue (il en est d’ailleurs de même chez les acteurs les plus célèbres), il n’en reste pas moins que l’homo politicus n’est pas un produit standard. Un individu peut devenir politicien pour de multiples raisons. On peut accéder ou vouloir accéder au pouvoir politique par ambition personnelle et/ou collective, par goût de l’aventure ou par héritage familial, pour s’enrichir matériellement ou pour donner une caisse de résonance publique à ses idées ou valeurs, pour faire une révolution ou pour empêcher que celle-ci n’advienne, pour changer les rapports de force sociaux ou pour les maintenir, pour devenir célèbre ou pour pouvoir tirer les ficelles dans l’ombre du pouvoir, etc.

En retenant cette fois les fonctions planétaires “non-R” du R.E.T. on aboutit à d’autres types de politiciens dont la vocation première, psychologique, n’est pas la “Représentation” :

type marsien : le politicien de niveau-but et source “Existence”. Il veut le pouvoir le pouvoir, ce qui pour lui signifie avoir les moyens concrets d’agir directement et concrètement sur le cours des choses. Il a un rapport antagoniste, conflictuel avec toute autorité politique officielle dont il refuse la médiation.

type saturnien : le politicien de niveau-but “Transcendance” et de niveau-source “Existence”. Il veut le pouvoir pour essayer d’y imposer son esprit de sérieux en économie, la rigueur de ses analyses fondées l’étude approfondie des conditions concrètes d’existence, ce qui peut l’amener à être très critique ou rétif vis-à-vis des aspects les plus ostentatoires des jeux politiciens.

type neptunien : le politicien de niveau-but “Existence” et de niveau-source “Transcendance”. Il veut le pouvoir pour essayer d’incarner charnellement son sens des valeurs collectives qu’il entend promouvoir en se situant en-dehors des cadres normatifs qu’il estime trop étriqués pour ses amples visions.

type plutonien : le politicien de niveau-but et source “Transcendance”. Il veut le pouvoir pour le pouvoir, ce qui pour lui signifie être en situation de maîtriser les réseaux discrets qui permettent au pouvoir de se maintenir dans l’ombre s’il est un homme du système ; s’il est hors-système, il veut le pouvoir pour le renverser ou le pervertir insidieusement.

type lunaire : le politicien de la Globalité. Il veut le pouvoir pour arrondir au maximum les angles du collectif, empêcher au maximum l’advenue de situations conflictuelles et assurer sa cohésion organique, l’homogénéité et la solidarité naturelle des éléments qui le composent.

Un individu peut également devenir politicien par besoin de compenser la conception ou la perception qu’il peut avoir de se ses carences, manques, insuffisances, insatisfactions, faiblesses ou incompétences réelles ou supposées, psychologiques ou physiques, dans le domaine de la “Représentation”. Ces compensations peuvent être de deux types :

- la compensation pure. Les fonctions planétaires de “Représentation” ne sont pas dominantes dans le Thème natal de l’individu, et celui-ci perçoit ou conçoit ce fait comme une carence personnelle qu’il lui faut compenser en jouant un rôle public aussi “Représentatif” que possible. Ce rôle est censé lui permettre de pallier à un problème de confiance en soi, voire à un complexe d’infériorité, en tout cas de difficulté d’affirmation personnelle. Positivement, la compensation pure se signale alors chez lui par un usage modéré de la médiatisation, des artifices de la représentation et de l’autorité. Négativement, le même mécanisme peut aboutir à la surcompensation pure : il surjoue alors ce rôle représentatif sur lequel il n’a plus de prise dans des accès d’autoritarisme impuissant ou contre-productif ou de médiatisation outrancière où le personnage public qu’il a créé lui échappe. Pour ce type de politicien, à la compensation ou surcompensation pure succèdent parfois des phases fortes de décompensation qui peuvent se manifester par une volonté de réussir amoindrie, une perte de motivation et courage qui se traduit par des “actes manqués” plus ou moins volontaires, et s’accompagner parfois de dépression.

- le renforcement compensatoire. Les fonctions planétaires de “Représentation” sont dominantes dans le Thème natal de l’individu, mais celui-ci perçoit ou conçoit ce fait, par exemple du fait de dissonances (carrés, oppositions) de planètes “non-R” à ses planètes “R”, comme insuffisant. L’estime de ses proches et l’autorité qu’il manifeste vis-à-vis d’eux ne suffit pas à satisfaire son narcissisme, son autosatisfaction et son besoin de domination : il lui faut l’élargir à l’estime publique et au commandement du plus grand nombre. Positivement et s’il a les compétences pour jouer son rôle de politicien, il se montre alors excessivement autoritaire, directif et spectaculaire. Négativement, il est lui aussi sujet à la surcompensation : il est alors mûr pour le despotisme et la tyrannie par volonté d’afficher en permanence sa supériorité au risque de ruiner ainsi ses authentiques compétences. La décompensation se traduit chez ce type de politicien par un écroulement total de l’être lorsque les circonstances et ses propres excès finissent par le priver de la seul chose qui compte pour lui : son pouvoir absolu.

Compensation pure et renforcement compensatoire peuvent bien entendu coexister chez le même individu selon des modalités et proportions valables selon la configuration de son ciel de naissance… et des transits planétaires auxquels il est régulièrement soumis.

Le problème central qui se pose au politicien est donc de mettre en adéquation minimale son fonctionnement personnel “naturel” avec celui qu’exige sa fonction. Pour celui qui a une majorité de dominantes planétaires “Représentatives”, cela ne pose pas de problème majeur : il n’y a pas de solution de continuité entre son fonctionnement personnel et son rôle de politicien. Par contre, pour celui qui est en carence moyenne ou forte de planètes “Représentatives”, il y a un hiatus entre fonctionnement personnel “non-R” et fonction politicienne “R”, ce qui demande à l’individu de perpétuels réajustements de conduite, et le danger principal qui le guette réside dans les interactions entre personnage public et personnage privé, surtout s’il se laisse aller à la surcompensation qui creuse le fossé déjà existant entre les deux. On observe des mécanismes identiques chez les comédiens et certains types d’artistes, eux aussi, de par leur fonction représentative, sujets aux surcompensations médiatiques, ce que Julien Freund avait bien compris en écrivant que “la politique est un art et non point seulement un métier”.

De toutes ces considérations il s’ensuit les conséquences suivantes du point de vue des techniques et méthodes d’interprétation de Thèmes natals de politiciens :

- évaluation de la puissance relative des planètes de “Représentation intensive” (Soleil-Jupiter-Uranus) et de “Représentation extensive” (Soleil-Vénus-Mercure). Les Aspects consonants ou dissonants qui les unissent réciproquement renseignent sur l’aptitude innée ou non à se mouler facilement dans la fonction politicienne. Les Aspects dissonants reçus par les planètes de “Représentation” indiquent d’où peuvent venir les compensations pures et les renforcements compensatoires, ainsi que les éventuelles surcompensations.

- dans le cas les Thèmes de politiciens dont les dominantes planétaires sont intégralement “non-R” (Mars, Saturne, Neptune & Pluton) ou dans ceux où les familles R.E.T. dominantes sont “non-R” (Vénus, Mars, Neptune pour la famille “Petit e” et Mercure, Saturne, Pluton pour la famille “Petit t”), repérer comment se situent les planètes “Petit r” (Soleil-Jupiter-Uranus) et “Grand R” (Soleil-Vénus-Mercure), et quels Aspects elles forment entre elles et avec les planètes dominantes. Si le “Petit r” est de force moyenne, que les planètes qui le composent sont liées entre elles par des Aspects consonants et forment des Aspects également consonants aux planètes “non-R” dominantes, il est probable que la compensation pure se passe d’une manière harmonieuse et équilibrée, alors qu’elle sera plus problématique si les mêmes Aspects sont dissonants ; Si le “Petit r” ou le “Grand R” sont de force moyenne, que les planètes qui les composent sont liées entre elles par des Aspects dissonants et forment des Aspects consonants aux planètes “non-R” dominantes, il est probable que la compensation pure ne se fasse pas sans à-coups et dysfonctionnements du point de vue de l’autorité manifeste pour le “Petit R” et de la sociabilité spontanée pour le “Grand R”, alors que celles-ci deviendront très problématiques si les mêmes Aspects sont dissonants (risques élevés de surcompensation pure) ; Si le “Petit r” ou le “Grand R” sont faibles, que les planètes qui les composent soient liées entre elles par des Aspects consonants ou dissonants, il est probable que la compensation pure soit extrêmement difficile à mettre en œuvre. Les risques de surcompensation pure sont alors à leur maximum si l’individu n’est pas parvenu à se construire un personnage public pas trop éloigné de ce qu’il est réellement.

Notons un point essentiel : le fait qu’un politicien soit sensibilisé préférentiellement à la “Représentation”, à “l’Existence” ou à la “Transcendance” n’implique pas qu’il soit particulièrement compétent dans les domaines concernés. Si la sensibilisation est astrologique, la compétence est extra-astrologique. On peut par exemple se sentir hyper-concerné par la chose économique et être un piètre gestionnaire ou économiste. Inversement, on peut avoir acquis de très grandes compétences en économie du fait de ses études et expériences, sans pour cela se sentir prioritairement et spécialement motivé par la chose économique en soi, voire même en mettant les valeurs spirituelles, par exemple, au-dessus d’elle. Dans cette optique et en gardant ce même exemple, il est même possible que la chose économique se transforme en pure idéologie, comme c’est le cas pour le marxisme ou le libéralisme, qui réduisent l’ensemble des mécanismes sociétaux à la production d’objets et aux rapports de production.

Pour terminer, on peut poser une dernière question : le fait que la politique soit une activité essentiellement “Représentative” signifie-t-il que les meilleurs politiciens soient ceux chez qui les planètes de “Représentation” sont dominantes ? La réponse devrait en principe être positive, puisqu’il y a adéquation entre le fonctionnement de l’individu et la fonction sociale qu’il occupe. Mais c’est pourtant loin d’être évident : les défis (problèmes d’environnement, de mutation énergétique, de mutation sociale rendue nécessaire par la robotisation exponentielle des activités préludant à une prochaine fin du travail, explosion démographique africaine, terrorisme sans frontières, etc.) auxquels sont confrontées nos sociétés modernes deviennent de plus en plus complexes et supposent, pour pouvoir être relevés, une vision de long terme étrangère à celle, court-termiste, de la politique traditionnelle. Sans aller jusque là, ont peut simplement penser comme Georges Clémenceau que “La guerre, c’est une chose trop grave pour la confier à des militaires”, et que la politique, ce sont des enjeux trop importants pour les confier à des politiciens.

Cet article vous a été proposé par : Richard Pellard

Voir aussi :

- Astrobiographie de François Mitterrand
- Jacques Chirac
- Roselyne Bachelot
- Françoise de Panafieu
- Dominique Voynet
- Emmanuel Macron
- Les significations planétaires


Élections présidentielles 2017 : des candidats et des astres

par Richard Pellard

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Ce livre passe en revue d’une manière approfondie les rapports entre astrologie et politique, propose les portraits astraux des principaux candidats, ex-candidats, futurs candidats et possibles candidats à l’élection présidentielle française de 2017 et aborde d’une manière inédite la question du mensonge en politique à travers le cas de Donald Trump, 45e président des U.S.A.

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Sous le ciel de Jarnac, un Scorpion nommé François Mitterrand

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