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Plutonmania

La « Plutonmania », c’est le règne absolu de l’ambiguïté, le triomphe du « jésuite, j’y reste ». En savant manipulateur, patient stratège et habile gestionnaire des échéances finement graduées, Tonton-Pluton, semblant s’amuser comme un f(l)ou, alterne à loisir les « petites phrases » à double ou triple sens : « Toutes les raisons subjectives que je pourrais avoir seraient celles de ne pas me représenter. Mais il peut exister quelques raisons objectives que je ne prévois pas… Deux mandats, ce ne serait pas sage. C’est trop pour un seul homme… Cela ne veut pas dire que je ne me représenterai pas, je peux reconnaître la force des circonstances ». Personne ne sait, donc tout le monde se demande ; l’énigme devient fascinante. Lui ne s’en amuse qu’à moitié : en bon politicien, il surveille avec attention les manœuvres de ses adversaires.



Jésuite, j’y reste…

« On ne sort jamais de l’ambiguïté qu’à son détriment » (Cardinal de Bernis).

En ce début d’année 1987, François Mitterrand a-t-il fait le choix de se représenter aux élections présidentielles ? Réponse plutonienne, floue-impeccable, en clair-obscur : oui et non. Tout l’art de ce Scorpion-Balance sera alors de parvenir, à la fois stratégiquement et tactiquement, à doser et marier ces contraires en une subtile et variable combinaison. Ce qui plaide pour le « oui » : il a envie d’en découdre une dernière fois avec cette droite qui a toujours tout fait depuis les débuts de la Ve République pour l’humilier et le marginaliser ; si Chirac est son challenger au deuxième tour, il est pratiquement sûr d’être réélu : il a complètement usé le Premier Ministre de la cohabitation, qui ne fait plus le poids face à lui et de plus, il se refuse à reconnaître au président du RPR l’envergure d’un homme d’État ; pour lui, à tort ou à raison, Chirac Président, c’est « la République en danger », et cela, l’homme d’État avéré et républicain qu’est Mitterrand ne saurait l’accepter. Et enfin, on n’abandonne pas aussi facilement un pouvoir si laborieusement conquis. Ce qui plaide pour le « non » : sans doute le littéraire, l’homme méditatif en lui a-t-il sérieusement et profondément envie, depuis le très désimpliquant « transit » Pluton-Soleil, de prendre ses distances vis-à-vis du combat et des responsabilités politiques ; il est âgé et le sait : peut-être même rumine-t-il cette phrase de De Gaulle « la vieillesse est un naufrage » ? Enfin, il risque fort d’être battu dans le cas de figure où Raymond Barre serait son challenger au deuxième tour.

Bref, il existe pour lui autant de bonnes raisons de se représenter que de ne pas le faire. Fin 87, il confie à ses proches qu’il n’est « pas encore temps d’en faire état, je vous demande de garder ça pour vous, mais à vous, je peux bien le dire : je serai candidat » ; mais à la même époque, il rappelle à Séguéla : « N’oubliez pas que je dois pouvoir sortir de cette campagne ; il faut que vos thèmes continuent à fonctionner si je ne suis pas candidat ». Il garde bien les deux fers au feu et reste partisan, comme d’habitude, du double-jeu. Le paradoxe des paradoxes est sans doute qu’il fait de ses réelles hésitations une stratégie politique volontaire et délibérée : encore une illustration du « flou impeccable ». En maintenant systématiquement une très plutonienne ambiguÏté, il se laisse le choix de la porte de sortie quoi qu’il arrive, tout en plongeant ses adversaires dans un flou, impeccable et confortable pour lui, et stressant, angoissant, traumatisant pour eux. Brouillant les cartes, rendant la situation complexe, accumulant le poids des inconnues dans la donne politique, il se sait maître du jeu : le brouillage, la complexité et l’inconnu relèvent de Pluton, et il est le plus plutonien des candidats « sérieux » à la Présidence : Chirac ne l’est pas du tout, Barre et Rocard — ce dernier étant encore candidat hypothétique — le sont moyennement.

Les Français chérissent la cohabitation. En cette période préélectorale, il s’agit donc pour Mitterrand de jouer à la perfection son rôle d’arbitre et de resserrer les chaînes qui l’unissent à Jacques Chirac — le « baiser de la mort » — pour mieux réserver ses critiques et attaques à Raymond Barre qui, lui, a toujours été contre la cohabitation. C’est ce qu’il fait : il multiplie les amabilités et compliments à l’égard des membres du gouvernement, vampirisant sans complexes leurs réussites et critiquant mezzo voce leurs échecs : un Scorpion doit quand même se différencier, que diable ! A droite, bien évidemment, on se déchire allègrement. Chirac et Barre sont à couteaux tirés, obligés de se combattre et de s’affronter en public pour assurer leur prééminence, ce qui fait très mauvais effet. Plus ça va, et plus les électeurs font les yeux doux à François l’arbitre planant au-dessus de cette misérable empoignade politicienne. Barre, qui n’a pas de parti, donc pas de véritables troupes politiques militantes pour partir à l’assaut du pouvoir, est en outre « soutenu » par le Parti Républicain de François Léotard comme la corde soutient le pendu, ce qui arrange bien l’arbitre suprême.



Il est temps de brosser, à grands traits, le portrait astrologique de Raymond Barre. Né le 12 avril 1924 à 6 h 30, à Saint-Denis de la Réunion, il est Bélier ascendant Bélier et ses planètes dominantes sont Soleil, Mars, Saturne, Lune et Pluton. Solaire du Bélier, c’est un homme de fortes convictions, d’inébranlables certitudes, de vérités absolues, péremptoires et sentencieuses « et moi je vous dis que » et « je vous l’avais bien dit » comptent parmi ses expressions favorites. Il se veut simple, clair, transparent, honnête, bref un modèle, un exemple pour tous. Marsien du Capricorne, il est aussi pourvu d’un réalisme sans faille, rugueux, basique, essentiel, d’un franc-parler sans concessions. Le carré du Soleil à Mars en fait un têtu, un obstiné coléreux et vindicatif, n’aimant guère que les faits (Mars) résistent à ses arguments (Soleil). En bon Bélier, il est nanti d’un sens des contraires sans ambiguïté, dans le style « qui n’est pas avec moi est contre moi ». Il sera donc agressivement contre la cohabitation et toute forme, si minime soit-elle, de compromis et de compromission. C’est un opposant dans l’âme, qui a toujours besoin de réagir contre quelque chose. Avec l’opposition de Saturne au Soleil, se découvre un autre aspect du personnage : celui d’un solitaire dubitatif, inquiet et perfectionniste, masquant ses fêlures, ses interrogations et ses incertitudes derrière la muraille protectrice d’affirmations catégoriques. Le duo Mars-Saturne signe le technicien froid, réfléchi et rigoureux de l’économie (même type de configuration chez Rocard) ; la conjonction Lune-Pluton en Cancer désigne l’intimiste secret et discret, la « tortue » lente et énigmatique cultivant son quant-à-soi, ses ombres et ses mystères ; enfin, le couple Saturne-Pluton fait de lui un homme froid, adepte de l’humour noir, s’efforçant à un maximum de distance et de lucidité et capable, parallèlement à son légendaire narcissisme auto-satisfait, de manier l’auto-dérision et le plus profond scepticisme. Pour finir, sa planète la plus faible est Vénus : comme Chirac, il ne saurait jouer la carte de la séduction, de l’affectivité dans son combat politique. Les thèmes astrologiques de Mitterrand et de Barre ont beaucoup de points communs. Ce qui peut susciter entre les deux hommes une sourde compréhension en même temps qu’une forte rivalité : astrologiquement, ils ont un « terrain de chasse » très proche. Et politiquement aussi : Mitterrand sait qu’il ne pourra gagner « à gauche » qu’en conquérant le centre, et Barre, « à droite », a exactement le même raisonnement.

Pluton et son principal représentant, François Mitterrand, dicteront alors d’un bout à l’autre la règle du jeu de cette étrange campagne électorale. Dans un premier temps, c’est, chez le chef de l’État, la « campagne implicite », selon l’expression de Lionel Jospin. Comme Hadès, la personnification mythologique, dans l’antiquité grecque, de la « fonction plutonienne », Mitterrand s’avance, coiffé d’un casque qui lui garantit l’invisibilité. Dans le même temps, commence la « Tontonmania »… qu’il serait sans doute plus juste d’appeler la « Plutonmania », exemplaire entreprise d’information-désinformation. Les affiches imaginées par Séguéla maintiennent soigneusement l’ambiguïté : la « Génération Mitterrand », ce n’est pas Mitterrand. Cela pourrait même, le cas échéant, servir à une campagne de Rocard… mais c’est Mitterrand quand même. Parallèlement ont lieu une foule d’initiatives « spontanées » (!) et privées : « Tonton, laisse pas béton », « ne nous quitte pas », etc. Une presse toute à sa dévotion (le magazine Globe, le quotidien Libération entre autres) se chargent de relayer dans l’opinion publique ce message à contenu essentiellement affectif.

La « Plutonmania », c’est le règne absolu de l’ambiguïté, le triomphe du « jésuite, j’y reste ». En savant manipulateur, patient stratège et habile gestionnaire des échéances finement graduées, Tonton-Pluton, semblant s’amuser comme un f(l)ou, alterne à loisir les « petites phrases » à double ou triple sens : « Toutes les raisons subjectives que je pourrais avoir seraient celles de ne pas me représenter. Mais il peut exister quelques raisons objectives que je ne prévois pas… Deux mandats, ce ne serait pas sage. C’est trop pour un seul homme… Cela ne veut pas dire que je ne me représenterai pas, je peux reconnaître la force des circonstances ». Personne ne sait, donc tout le monde se demande ; l’énigme devient fascinante. Lui ne s’en amuse qu’à moitié : en bon politicien, il surveille avec attention les manœuvres de ses adversaires.

Chirac démarre tambour battant une campagne électorale à la hussarde, une belle mécanique huilée, démagogique sans subtilité, soutenu par un parti puissant, motivé et riche en militants dévoués, et reprend bientôt à Raymond Barre des points dans les sondages. Ce dernier, piégé par l’attentisme de Mitterrand qu’il considère comme son challenger le plus sérieux et dont il attend impatiemment l’irruption « explicite » sur la scène électorale pour enfin pouvoir se mesurer directement à lui, diffère encore le choix du moment où il va se lancer dans la course. Il attend trop longtemps : Chirac le dépasse désormais largement dans les sondages. Et François Mitterrand qui, au cours de l’année 1987, celle de sa « vraie vraie-fausse » période d’hésitation, « dans son interminable balancement intérieur, sa croyance dans les vertus d’une macération prolongée des situations délicates », avait soigneusement analysé la campagne de Barre, voit enfin le bout du tunnel : « J’ai compris à l’évolution des sondages que Barre avait perdu. Il aurait dû s’avancer beaucoup plus tôt. Quand à la mi-décembre j’ai vu qu’il ne se décidait toujours pas, j’ai su qu’il était condamné », commente-t-il quelques mois plus tard. Il est quasiment certain que Mitterrand ne se serait pas représenté contre Barre : à tous les coups, il était battu. Contre Chirac, il est absolument confiant et sûr de lui : l’adversaire est à sa portée. Commence alors la dernière et courte période de la « campagne explicite », celle de la « fausse vraie-fausse » hésitation. François Mitterrand confie à Serge July qu’il s’est « vraiment » décidé à être candidat peu avant le 23 janvier 88, juste avant le début de la campagne de Raymond Barre. Mais, à F.O. Giesbert qu’il croise, précisément le 23 janvier, dans un escalier de l’Elysée, et qui lui demande s’il est candidat, il confie : « Vous n’y êtes pas. Je ne suis qu’un vieux bonhomme. Je n’ai plus d’avenir. Regardez-moi : le suis sur la fin. Il ne me reste que la vieillesse ». Dans cette campagne de « teasing », du style de ces affiches qui promettent « demain, j’enlève le bas », il faut à tout prix maintenir le suspense et le mystère, ne pas dévoiler, non pas le « bas », mais ses arrières… pensées. D’autant plus que pendant ce temps, les deux candidats de droite se déchirent à belles dents.

Certes, « on ne sort de l’ambiguïté qu’à son détriment », comme aimait à le dire le cardinal de Bernis, l’une des références politico-littéraires de Mitterrand… Mais, en politique, il faut bien en sortir quand même un jour ou l’autre. C’est ce qu’il fait le 22 Mars 1988. Participant à une émission, on lui demande s’il est candidat. Réponse claire, nette, précise et courte (une exception rarissime chez lui !) : « Oui ».

Dans le ciel, Jupiter boucle alors son sixième tour de zodiaque, et revient exactement à la position qu’il occupait dans le thème natal de François Mitterrand qui, à 72 ans, abandonne pour l’occasion, « le « tonton » patelin et un peu irresponsable de la cohabitation pour investir le statut sévère et grave du « Père de la Nation ». À titre d’information astrologique, rappelons cette citation, qui décrit ce qu’un « transit » de Jupiter peut produire sur le mode le plus positif : « l’on ne se contente plus d’être présent, on s’implique, on s’engage le plus souvent dans une aventure ou une expérience socio-professionnelle mettant en cause son image de marque, le modèle plus ou moins conventionnel par lequel on agit sur les autres… Jupiter peut se manifester aussi par l’élection d’un but dominant, un projet, un plan ». Dès ce moment « jupitérien », le candidat-président passe d’une mystérieuse distance soigneusement mise en scène (Pluton) à une totale implication (Jupiter). Et comme par hasard, la configuration de « transit » dominante dans le ciel de François Mitterrand était… une opposition Jupiter-Pluton. Ses « experts en communication », Colé et Pilhan étaient-ils au courant de ce fait ? Suivaient-ils les conseils d’un astrologue ? Il est permis de se le demander, si l’on en croit les faits tels que Serge July les relate : « Jupiter », cette référence ne doit rien au hasard, elle est signée du duo Colé-Pilhan qui anime la communication présidentielle. Pour crédibiliser cette prétention, ils lui conseillent de « jupitériser » son entrée en scène : François Mitterrand surgit protecteur et menaçant à la fois ». Mais après tout, ce n’est peut-être qu’une grosse coïncidence : on n’a besoin, ni d’y croire, ni de l’utiliser sciemment, pour que cette science naturelle méconnue qu’est l’astrologie soit efficiente…

Michel Rocard, qui a cru que son heure était peut-être venue pendant la « campagne implicite », doit une fois de plus faire le deuil de ses ambitions présidentielles. Bon « prince noir » et fin stratège, Mitterrand va l’associer étroitement à sa campagne explicite, pour deux raisons majeures. La première : Rocard est toujours extrêmement populaire, et cette popularité ne pourra que rejaillir sur lui ; la seconde : Rocard, positionné au « centre-droit » du PS, est très apprécié des centristes. Justement, le thème majeur de la campagne est l’ouverture au centre. Les centristes et la frange modérée de la droite sont tétanisés : il est d’ores et déjà certain que Mitterrand sera réélu. Faut-il se laisser séduire par le chant de la scorpionnesque sirène ? Nombreux sont ceux qui se pâment, se tâtent et succombent déjà, prêts à signer des chèques en blanc avant même que la bataille n’ait commencé. Et notre Scorpion, après le vrai-faux suspense et contre l’avis de ses conseils en communication, n’écoute que sa nature et son instinct et se dit que, pour se différencier à outrance, il vaut mieux créer une authentique et absolue surprise pour achever de désarçonner l’adversaire : « Tout le monde était à l’affût du président bénisseur. Ce sera le candidat pourfendeur. On l’imaginait déjà cauteleux et compassé, descendant pas à pas de son piédestal, au milieu des odeurs d’encens. Il s’est jeté dans l’arène et il a le couteau. Tant il est vrai que Mitterrand n’est jamais où on l’entend. Ni où on l’attend. ». Tout va alors très vite. Au premier tour des présidentielles, Barre, marginalisé, doit se retirer et se désister pour un Chirac qu’il hait, exècre et méprise autant, sinon plus que ne le fait Mitterrand. À tout hasard, ce dernier promet d’une manière ambiguë qu’il ne dissoudra pas l’Assemblée s’il est élu, afin de rendre possible, dans la sérénité, la constitution d’un grand rassemblement pour la « France Unie ».

Le pire, et le plus amusant, c’est que les centristes, partants pour une telle coalition et sûrs dans cette hypothèse de conserver quoi qu’il arrive leurs sièges de députés, le croient ! Peut-être auraient-ils dû, pour agir en meilleure connaissance de cause, demander à un astrologue ce qu’il pensait d’un être particulièrement retors et subtil comme François Mitterrand, faisant des promesses sous une opposition Jupiter-Soleil. Ils auraient alors su que le sujet en question, lorsque cela lui est nécessaire, « dispose d’une ambition despotique énorme et d’appréciables moyens d’atteindre ses buts en manipulant les uns comme les autres. Il sait flatter les intérêts divers en feignant d’oublier momentanément les siens. Dans sa sphère d’influence, il crée les besoins et les concepts qui préparent son sommet de carrière ». Ce portrait — purement astrologique et donc objectif — est sans doute sévère, mais pas si loin de la réalité. En fait, toujours aussi roublard, le président-candidat s’est dit que, s’il gagnait avec une petite majorité, des élections législatives anticipées seraient risquées : il devrait alors accepter un gouvernement de coalition socialiste-centriste. Par contre, s’il gagnait largement les élections, il pourrait sans trop de crainte dissoudre l’Assemblée et former un gouvernement homogène, avec un meilleur rapport de force et une plus grande marge de manœuvre pour procéder à « l’ouverture ». Bien évidemment, il gardait les deux fers au feu, tout en préférant exhiber le plus rassurant pour les centristes indécis.

Lors du traditionnel face-à-face télévisé qui oppose les challengers du deuxième tour des présidentielles, Mitterrand, ironique, désinvolte, caustique, ne fait qu’une bouchée du pauvre Chirac qui sait déjà qu’il a perdu. Cette scène est d’ailleurs l’occasion d’une anecdote qui reflète bien les différences astrales — pour ne pas dire astronomiques ! — entre les deux hommes. Nous l’avons vu, Jacques Chirac est un « marsien », c’est-à-dire un être franc, direct, capable d’établir avec autrui des relations immédiates, sans artifice ni arrière-pensée, sur un pied d’égalité. Chez Mitterrand au contraire, Mars est faible. Et tout au long de cette rencontre, justement, Mitterrand, utilisant délibérément et cyniquement leur inégalité de statut, appellera son interlocuteur « Monsieur le Premier Ministre », refusant en quelque sorte de se battre à armes égales avec son rival, lequel, pathétiquement « marsien », s’efforcera au début de lui rappeler que, devant le suffrage universel, ils sont égaux, privés de titres… Le preux, valeureux, rassembleur, transparent et naïf chevalier Sagittaire-marsien-solaire de la Corrèze, Jacques Chirac, dut s’incliner devant l’adroit, perfide et séduisant escrimeur Scorpion-vénuso-plutonien de Jarnac, François Mitterrand. Et le 10 mai 1988, triomphalement réélu avec 54 % des voix après une campagne « solitaire, flottante et très politique », il retrouvait le palais de l’Élysée pour un deuxième septennat.

Pluton trop que moins

« Erreurs aberrantes sur la masse, le demi-grand-axe, l’excentricité, la longitude du périhélie, la durée de révolution… À tel point qu’on crut un moment avoir découvert un astre différent » (J.-P. Nicola).

Sa victoire est nette, et donc, dans la foulée, il dissout l’Assemblée, au grand dam des centristes et autres tourneurs de veste qui l’ont cru sur parole. Comme si l’on pouvait croire sur parole un plutonien nanti d’une opposition Soleil-Jupiter dominante et d’un Mars faible ! Un jour proche, l’astrologie retrouvera droit de cité… entre autre parce que la politique est l’art et la manière de gouverner la cité. Ce qui ne signifie nullement, après analyse et verdict des astres, qu’il faut élire les hommes politiques les plus francs, décidés, transparents, et refuser son suffrage aux ambigus, ondoyants et incertains, loin de là… La qualité première des premiers est la clarté, certes… mais cela ne veut jamais dire qu’une chose : ils sont généralement mieux adaptés que les seconds aux situations claires, nettes et sans histoires (sans Histoire ?). Les seconds gèrent mieux, eux, les situations de crise, incertaines, mouvantes et complexes. On ne leur sait en général gré que rétrospectivement. Sans aucun doute, François Mitterrand relève de la deuxième catégorie.

Le Parti Socialiste n’obtient que de justesse la majorité à l’Assemblée : « Les résultats sont illisibles. Mitterrandiens, en somme ». Michel Rocard, l’ennemi de gauche de toujours, est nommé Premier Ministre. Le duel Scorpion-Lion bascule dans le duo complémentaire. À Mitterrand-Scorpion la subtilité politicienne nuancée et matoise, à Rocard-Lion le réalisme décoinçeur, ouvert et dynamique. Les deux hommes qui s’opposaient en tout, dans la logique d’un destin qui leur échappe, sont devenus complémentaires en tout, symétriques l’un de l’autre pour le meilleur et pour le pire, quasiment inséparables. La politique d’ouverture est menée dans le flou plutonien, parfois impeccable, parfois moins. En tout cas, l’Union de la Gauche appartient désormais au passé : le Parti Communiste est laminé. L’extrême-droite, privée de toute représentation parlementaire par le retour au scrutin majoritaire décidé sous le gouvernement Chirac, est en pleine ascension, ainsi que les écologistes, nouvelle force montante du paysage politique français. La droite modérée est atomisée, anéantie, privée de tous repères, tétanisée par la montée du Front National et divisée au sujet des alliances électorales avec celui-là : les socialistes au pouvoir appliquent, à peu de détails près, un programme on ne peut plus libéral ! Ce n’est pas mieux du côté du PS, qui ne sait plus à quel saint idéologique se vouer et dévouer. Le paysage politique est comme saccagé, dévitalisé, anéanti. Il avait besoin d’être désenchanté, et le désenchanteur plutonien du Scorpion est passé par là.

Sans faire de lui un démiurge — ce qu’il n’est pas — on ne peut sous-estimer la part et la responsabilité de François Mitterrand, médium politique d’une société et d’une époque en crise, dans ce « déréférencement » plutonien général. S’il est arrivé au pouvoir en 1981, c’est parce que la société française, lassée des modèles politico-économiques « de droite » qui la régissaient depuis 1958, avait décidé d’en changer. Très rapidement, dès 1983, elle rejette à son tour — et à raison — le nouveau modèle « socialiste » pour son inefficacité économique. La gauche au pouvoir se verra contrainte de mener une politique libérale. Trois ans plus tard, les libéraux reviennent au pouvoir, mais les électeurs ne croient plus non plus à ce modèle, et, au bout de deux ans d’une cohabitation très populaire parce qu’elle mariait libéralisme et socialisme, ils redonnent une majorité à des socialistes qui n’en sont plus, ou presque. Tous les partis politiques ont ainsi perdu leurs points de repères, leurs a priori idéologiques, leurs références — sinon l’extrême-droite, qui les puise dans un glauque passé, faute de s’interroger sur les modèles du présent et d’imaginer les voies de l’avenir. Sous la pression d’un pétainisme montant et d’un communisme déclinant, les reclassements politiques s’opèrent rapidement autour de ce que l’on appelle à tort le « centre mou ». En fait, il n’existe plus que des centres de références à construire, vouloir et imaginer : Pluton, qui gère et éveille notre sens du multiple et de la complexité du réel, triomphe.

Il fallait qu’un être né sous une configuration planétaire dominante Soleil-Pluton soit à la tête de l’État français pour qu’adviennent de tels changements. Un médium politique, apte à faire basculer les références et changer (Pluton) de modèles (Soleil). La société produit les leaders dont elle estime qu’elle a besoin… François Mitterrand le Scorpion a désormais un modèle économique : celui qu’il exprime très plutoniennement par une double négation : le « ni-ni » (ni nouvelles privatisations, ni nouvelles nationalisations), c’est-à-dire, positivement, l’économie mixte, mariage et combinaison entre ces contraires que furent longtemps en France libéralisme et socialisme. Du même coup, il met objectivement fin à de vieilles guerres, d’antiques affrontements, des duo-duels révolus : justement Mars, la planète de la rivalité et des dualités, est faible dans son thème… Ce qui explique sans doute que, depuis sa réélection, la vie politique soit comme anesthésiée, privée de ressort parce que privée de franches luttes et de diamétrales oppositions. « L’homme aura désenchanté avec acharnement les grandes illusions de ce dernier quart de siècle, chagriné beaucoup de mythologies, épuisé la plupart des modes », note Serge July. En écho, Franz-Olivier Giesbert lui répond : « le Président est devenu le gérant des illusions perdues ». Il entre précisément dans la fonction de Pluton de considérer d’un point de vue froid, distant, critique et sceptique toutes les valeurs et tous les modèles, d’en faire le deuil. Après tout, dans la théorie des âges planétaires, Pluton gouverne la période de 165 à 250 ans. Les vivants sont si peu lucides qu’on ne peut que suspecter les morts de l’être plus. Et François Mitterrand porte précisément, sur les vivants qui peuplent le monde qui l’entoure, le regard désabusé, mystérieux et impénétrable d’un « mort ».

Au terme d’une trajectoire improbable, ce marginal réfractaire sceptiquement converti à un socialisme dont il aura été douloureusement, malgré lui et contre lui, le fossoyeur — une fonction bien plutonienne — est devenu le Président le plus haï et le plus adulé de la Ve République, même s’il persiste à ne renier aucune de ses valeurs : « Je suis resté très fidèle à mes conceptions socialistes et je cherche toujours à les intégrer le plus possible dans la société. Mais à partir du moment où je refusais le choix du léninisme, je renonçais à employer les méthodes d’autorité. J’étais obligé de composer avec la société dominante qui porte si bien son nom. Il faut bien faire avec. Souvent, je suis effrayé de voir tout ce que j’avais accepté comme compromis ».

C’est sous son règne que les mentalités collectives se sont le plus radicalement et profondément transformées. Encore une fois, il n’en est pas le démiurge instigateur, mais l’humble — malgré ses vanités — et pathétique médium, l’énigmatique et déconcertant accoucheur. Si De Gaulle, « uranien », est devenu un véritable mythe, il n’y a pas et il n’y aura pas de mythe du « plutonien » Mitterrand. On glorifie les héros d’épopée, pas les araseurs de certitudes. ’« Ne croyez pas que je m’illusionne sur la postérité, dit-il en riant. Au mieux, c’est la durée de révolution de la planète. Encore suis-je bien optimiste. Les siècles effacent tout ».

Une lucidité décapante, bien dans la veine d’un Scorpion plutonien… mais aussi narcissiquement solaire dans le choix de ses références puisque l’homme de la pyramide du Louvre termine sa phrase en ajoutant : « Sait-on qui a succédé à Toutânkhamon ? ».

P.S. : PS.

« Post-scriptum : Ce qu’on ajoute quelquefois à une lettre après la signature. (s’écrit en abrégé P.S.) (Nouveau Larousse Universel, 1949). SUITE

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Cet article vous a été proposé par : Richard Pellard




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