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Témoignage astro de Jean-Pierre Nicola

Parmi les motivations de l’adolescence (dont la solitude), l’intérêt pour l’inconnu, l’attrait du fantastique, et le goût de résoudre une énigme comme une équation ont prédominé. À 15–16 ans, un livre, au hasard des lectures, m’a branché sur l’astrologie.

Une Côte d’Azur plutonienne

En novembre 1942, à la suite d’une primo-infection, après un traitement aux injections de calcium, j’ai été expédié dans un préventorium, à Lacaune (Tarn). Déracinement d’un jeune niçois adapté au ghetto du vieux-Nice, leader d’un petit groupe, enfant de la mer et du soleil. Arrivée sinistre. Neige, nuit, faim. Une Côte d’azur plutonienne.

J’allais, le lendemain, découvrir le café au lait à l’eau, le pain noir gluant, les potages aux bestioles flottantes, les siestes interminables, et dans le courant du mois, de découverte en découverte, les promenades où on ne pensait qu’aux rapines, aux baies ou aux délices de betteraves fourragères crues à consommer… sur le champ. Autre vision préventoriale : celle, à dix heures du matin, de la queue à l’infirmerie. On voyait, dans un genre différent des salons de mode, défiler les plus beaux spécimens de furonculoses. J’ai eu ma part de boutons.

De nos jours les propriétaires d’un tel établissement seraient mis en examen… (à moins que les enfants ne soient condamnés pour famine médisante). À l’époque, la gestion avait l’agrément de la Sécurité Sociale et bénéficiait de la panique des parents. Il valait mieux manger n’importe quoi en sécurité que ne rien manger du tout sous un bombardement. La preuve ? Le bon air, les siestes de trois heures, les larcins, les colis partagés, suffisaient à donner du gras aux boutonneux. Les moins atteints de ce paradis étaient mêlés à des adultes tuberculeux. Qui s’en plaindrait, à moins de paranoïa infantile ?

Mon séjour était fixé à trois mois. Comme pour la majorité des pensionnaires, il a été prolongé en deux minutes expéditives par le docteur attaché — je ne sais par quoi — à l’officine de l’établissement. Il décidait des prolongations par la palpation d’un volume de ganglions sous la gorge. De trois mois en trois mois, les prolongations engendraient des séjours indéfinis… et des entrées assurées pour les tenanciers du Préventorium à l’enseigne de Saint-Michel.

Le surveillant général, chef scout, célibataire, la quarantaine, empêchait le scandale. S’il conduisait les révoltes épisodiques contre la Direction et un Économat très économe (Lacaune est connu pour ses cochons), il n’allait jamais jusqu’au bout. Les colères tombaient. On restait sur sa faim. Cette personnalité a pris place dans ma mémoire comme exemple d’épreuve à juger un être, et comme thème de réflexion sur l’importance de l’ambiguïté dans les comportements humains. (Dans le R.E.T. les fonctions planétaires, du Soleil à Pluton, vont du clair à l’obscur, de la définition solaire d’une unité de mesure, au flou-impeccable plutonien. Le zodiaque est également un étalonnage de jour et de nuit, d’évidence et non-apparence pour les Signes, de différenciation et indifférenciation par synthèse ou bric-à-brac pour les phases internes à chaque quarte).

Pour nos plèvres-à-sous, le surgé aurait du défendre les affamés qui osaient dévaliser (1) quelques villas de résidents secondaires pourvus en cochonnailles. Le pouvait-il ? Le préventorium comptait un effectif de 150 pensionnaires de moins de 15 ans. En cas de liquidation, où serions-nous allés, loin de l’oxygène, des betteraves et des chardons comestibles (2) ?

À la première palpation des ganglions j’écopais de trois mois de bon air supplémentaire. Il valait mieux s’adapter. J’ai demandé mon admission à la troupe des scouts. Plus exactement, j’ai fait connaître mon accord aux copains qui m’y attendaient. Les scouts, une trentaine de gamins en trois ou quatre patrouilles, encadraient les pensionnaires qu’ils soumettaient parfois à des rackets alimentaires. C’est avec les scouts que le surgé gouvernait en leur inculquant un minimum de dévouement chrétien. Tout donne à penser qu’il y croyait. Sa foi faisait taire les critiques. Elle forçait d’autant au respect qu’il s’appelait Dhieu. Si ce n’est pas un nom d’emprunt, ce devait être lourd à porter. À l’arrière plan de ce « pourquoi l’Astrologie », j’ai rencontré Dhieu, de prénom Maurice Je n’en ai pas retiré beaucoup de lumière mais une perception de ses relations avec les ténèbres. C’était un Sagittaire.

En un an de ganglions prolongateurs, de grands liens s’étaient noués avec l’aumônier qu’on appelait le « Père ». Docteur en théologie au séminaire de Nîmes, il parlait de ses connaissances religieuses d’une façon ésotérique qui accrochait mon intérêt… Son caractère puéril, chez un homme aux cheveux blancs, prêtait aux farces. C‘était sa façon involontaire d’enseigner la force des naïfs.

Ex-leader en exil

De retour à Nice, en novembre 43, ceux que j’avais quittés m’ont réservé une fête qui me sera plusieurs fois rendue par la jeunesse. Rarement par des adultes enclins à transformer leur gratitude en trahison pour se délester d’une dette imaginaire. Imprégné de scoutisme catho, pour les amis du quartier j’avais changé. La bande et ma petite amie m’ont plaqué, sans se concerter. Ex-leader, en « exit » pour cause de changement de référentiel. Remontée de l’ombre petit ‘e’ : une cuirasse forgée dans un chagrin d’amour.

J’ai surmonté l’isolement grâce aux nouveaux camarades du secondaire. Les cours se tenaient, suivant une organisation imprévisible, dans un superbe hôtel désaffecté, Le Majestic. Avec mes notes et l’estime du professeur principal, un prestige reconquis rendait ma solitude soutenable, prometteuse (bonheur de l’inadapté qui pressent sa solitude féconde).

Pour raison de guerre, les cours ont cessé. Dans la zone à évacuer, Nice offrait un spectacle de ville morte. Incertains de survivre, les parents laissaient leurs enfants se débrouiller. J’étais volontaire déménageur d’un organisme de secourisme et d’aide à l’évacuation. On recevait, tôt le matin, une mission de déménageurs. Une équipe s’improvisait, rémunérée, à midi, par la gratuité d’un repas dispensé dans des cantines de fortune. Quelquefois, un évacué nous donnait un peu de monnaie. Seul responsable de mes actes dans une aventure chaque jour différente, j’ai vécu la guerre comme un état d’équilibre parfait, au paradis du rien à penser. Une vie active. Elle m’a procuré, pendant quelques mois, un sentiment de liberté jamais retrouvé (3). Ce n’était pas un sentiment. Une adéquation entre ce que l’on est et ce que l’on fait. La trace inconsciente de cette période a probablement contribué à ma recherche des solutions positives d’un thème de naissance à partir des « fonctions de fonctions » et du « Héros et son Ombre ».

Ma plénitude indécente aurait pu se prolonger jusqu’à la fin des hostilités, mais il y avait mon jeune frère (8 ans) de chétive santé. Il fallait s’en occuper. J’ai été réexpédié, avec lui, à titre d’enfants réfugiés, à Lacaune. Sachant où j’allais, après les retrouvailles avec le Père et les moniteurs (non diplômés, mal payés ou au pair), l’enthousiasme est retombé. La liberté m’avait re-changé ; pas dans le sens de la bondhieuserie. On m’en fit reproche… en me ménageant, avec un petit boulot de vaguemestre, une indépendance qui me comblait. Je fuyais tous les rassemblements, les mises en rang, les ordres. Régulièrement, un surveillant s’acharnait à me remettre sous la règle commune. J’attendais qu’il se lasse pour reprendre mes habitudes.

Autre dérivatif en avant-signe de l’astrologue : l’apprentissage des techniques scoutes. Cette année-là, le mouvement national des Scouts de France lançait un concours inter-patrouilles sur le thème de La technique ou la mort. Choisissant la technique, j’ai appris à lire des biographies, faire des enquêtes de milieu, tenir un journal, reconnaître les arbres, les oiseaux, et les constellations. Tous les bonus que j’ai apporté à ma patrouille l’ont fait gagner… mais afin d’illustrer la parole évangélique « les premiers seront les derniers », je n’ai pas été nominé chef de patrouille comme la logique du mérite le laisse supposer. Ma technicité sentait le souffre ; chez les cathos la punition passe avant la justice. Ou alors, il est probable que le chef de Troupe et ses assistants avaient compris que le scoutisme n’était pour moi qu’un passe-temps. En forçant sur les techniques, je ne visais aucun grade supérieur. J’agissais en déménageur. Au moment du classement des équipes et de la distribution des félicitations j’ai quand même enregistré, pour comprendre plus tard que l’importance d’un titre ne tient pas à la valorisation de celui qui le reçoit, mais à celle de celui qui en décide. On sait maintenant que le niveau ‘R’ de la représentation dispose d’un pouvoir éventuellement opposé à celui de l’Existence (‘E’) qui désigne les faits, et à celui de la Transcendance associée aux valeurs (‘T’).

Précocement vacciné, j’étais tout désigné pour supporter les représailles des bondhieusards astrologisants envers la technique. Celle-ci exige un effort frustrant, plus pénible que l’abandon à sa propre écoute, et ceux qui n’ont pas la capacité intellectuelle ou le désir de cet effort, se justifient en l’assimilant à un matérialisme mineur. Ce qui peut se produire mais appartient au caractère du technicien, pas à la nature de la technique. Les techniciens étant, de leur côté, aussi paresseux à l’égard d’un référentiel différent du leur, j’ai énoncé avec les référentiels Sujet — Objet-Relation-Intégration (S.O.R.I.) les catégories principales de l’incommunicabilité.

Géographiquement, le bourg de Lacaune (Tarn) est situé à quelque mille kilomètres de Nice. Le Docteur ganglions ne pouvant pas s’y opposer, en cet été 44, je suppliais mes parents de nous rapatrier. D’autant plus vite que le surgé et les surveillants s’agaçaient de mon impatience à les quitter. Dans une longue lettre que, sur un autre sujet, j’aurais admirée, mon père évoquait tous les ennuis de mon appel. Ma mère n’écrivait pas très bien : plutôt que de faire des fautes d’orthographe, elle est venue nous chercher. C’est le meilleur souvenir — peut-être le seul — que je garde d’elle. Le plus exemplaire de son courage à attendre les correspondances de trains, à passer des gués, s’obstiner trois jours durant à voyager sans être sûre d’arriver. Le spectacle des infortunes du rapatriement, des ponts coupés, trains arrêtés, attentes angoissantes… celui de la fermeté maternelle contre toute résistance à sa volonté de nous rendre à notre pays et notre foyer, est une leçon de force de caractère… aussi utile à retenir que celle de la naïveté dans une destinée de marginal chez les marginaux (expression, à mon sujet, d’un conformiste des grenouilles qui ont choisi un Roi).

L’aumônier m’avait donné des cours de latin. Soucieux de mes études, il avait rédigé une lettre de recommandation pour qu’on me dirige dans le classique Secondaire. Ma mère, à notre rentrée tardive de novembre 44, sensible au message d’un homme d’Église, s’est dépensée au-delà de ses moyens socialement possibles pour mon inscription dans un lycée. Mes origines modestes m’ont permis de connaître les palinodies de l’assistance sociale… celle d’un organisme officiel d’Orientation Professionnelle touchait au comble de l’impéritie. Après trois jours de tests, les effectifs des lycées étant complets, il fut décidé, par une illumination de testeurs digne du Docteur Ganglions, que j’irais dans un Collège de formation Commerciale, puisqu’il y avait une place libre.

Au violon !

Entrée au collège, fin 44, avec deux mois de retard. Nouvelle épreuve d’insertion dans un milieu où les enfants du vieux-Nice étaient considérés (parfois, à juste titre) comme des voyous. Après des leçons particulières pour rattraper le niveau de la classe en première langue vivante (anglais), le trimestre suivant j’étais dans les premiers, et ensuite « major ». Raison supplémentaire de ne pas me fréquenter. Inquiète de mon ennui, croyant m’en distraire, ma mère m’a fait donner des cours de violon. Pour aller chez mon professeur, à pied le trajet demandait près d’une demi-heure. Je m’y rendais et revenais dans un état voisin du somnambulisme. Plus tard, les formulations pavloviennes sur le conditionnement ne pouvaient pas m’étonner… (elles restent d’un enseignement inépuisé, à condition de ne pas les déformer au nom de la sacro-sainte lutte contre la technique et son matérialisme supposé).

Je lisais abondamment, sans idée précise, en me fiant à l’impression que me donnait un titre, un nom d’auteur, quelques lignes, la qualité du papier, l’aspect des caractères, la date d’édition. En flânant, je n’ai pas mis la main sur un traité d’astrologie, mais les yeux sur un texte qui parlait d’astrologie judiciaire. Intrigué par la tournure de mots inconnus, j’ai cherché ce qu’il pouvait y avoir d’astrologique et de judiciaire dans les rayons spécialisés d’une librairie niçoise (Le Nain Bleu). Je n’ai trouvé qu’un manuel d’astrologie ésotérique, un autre d’onomantique fondée sur des tables de correspondances entre les chiffres et les lettres.

Mon thème onomantique n’était pas brillant mais, ayant plusieurs prénoms, surnoms et diminutifs, j’avais l’embarras du choix. La méthode onomantique conseillait de se fabriquer un nom, ou de chercher par quel ajout ou soustraction de lettre(s), on pouvait se donner un horoscope sur mesure. Ainsi, avec un « s » à Nicola, ma destinée aurait été socialement plus facile… moins marginale chez les marginaux. Il va de soi que ces calculs kabbalistiques ne collaient pas à mon esprit… judiciaire. À côté d’une astrologie sans éphémérides, je lisais : théosophie, spiritisme, graphologie, marxisme, chiromancie, etc. Mon père se demandait comment je faisais pour m’y reconnaître.

À la rentrée suivante (octobre 45), le temps de solitude était terminé. J’avais de nouveaux copains qui me recevaient. J’étais le « non-voyou », intégré à un noyau de fils de commerçants. La réputation locale de mon père et mon oncle, connus comme « bardes niçois » a peut-être contribué à cette ouverture d’une classe bourgeoise, semi-bourgeoise qui pour moi, fondamentalement « hors-classe », n’avait pas plus de sens que d’être d’un ghetto ou d’un autre… sauf lorsque, à ma plus grande confusion, les filles osaient me faire des confidences. Un moyen de définir les classes sociales pourrait être la différence des rapports filles-garçons. Au vieux-Nice, un groupe se formait avec des adolescents en relation normalisée avec la Ville neuve. Comme la nuit du Capricorne infiltrée par la lumière renaissante, le ghetto prenait eau. On ne prévoyait pas qu’il deviendrait le souk d’un tourisme bigarré.

Sans position dominante, au collège j’impulsais, avec trois amis, la création d’un petit cercle dénommé « Cénacle cacophonique » en raison de la diversité de nos caractères et de nos querelles. Poursuivant mes fouilles chez les bouquinistes, au printemps 46, je découvrais L’Encyclopédie Astrologique de Janduz en deux volumes onéreux. Mon père, heureusement, rémunérait les menus travaux qu’il me demandait (toilettage de sa bicyclette, tâches comptables mineures) et les copains du cénacle se sont solidarisés pour une avance de fonds. En même temps, le commis de la librairie où je laissais mon argent de poche, se décidait à m’indiquer l’adresse de Volguine, résidant niçois, directeur des Cahiers Astrologiques.

Les yeux écarquillés d’Alexandre Volguine

Alexandre Volguine, d’une silhouette surprenante par sa conformité avec le profil que l’on fait d’un astrologue m’a reçu, les yeux écarquillés, comme un confrère de passage. Il m’a vendu un tas d’ouvrages inutiles. Dans le lot, outre ses éphémérides annuelles, celles (de 6 jours en 6 jours) allaient me permettre de calculer des thèmes sur des bases astronomiques, théoriquement moins manipulables que les noms et prénoms. Naïveté, car les astrologues ne se privent pas d’inventer des planètes ou de puiser tantôt dans la réserve des astéroïdes (3 000), tantôt dans les points vides. J’ignorais « l’immensité de leurs pouvoirs ».

Mon thème construit, en feuilletant Janduz pour l’interpréter selon le procédé inchangé des planètes en Signes et Maisons, aspects et trictracs des Maîtrises, j’ai connu le vertige du vide. Certains traits me ressemblaient, d’autres moins, ou pas du tout parmi les radicalement contraires. Que pouvait-il ressortir d’une telle bouillie ? Normalement, j’aurais dû décrocher. Mais, comme Pavlov et La condition solaire l’expliquent, la phase ultra-paradoxale m’a piégé. Derrière autant d’obscurités, il ne pouvait y avoir qu’un ordre difficile à déceler parce que facile à déguiser. Il ne me restait qu’à chercher à l’aveuglette, comme pour mes lectures, le sens de l’apparence. Cette réaction que j’appelle d’auto-conditionnement, n’a aucun rapport avec les jugements réductionnistes sur la réflexologie. J’en avais l’intuition : à ceux qui n’en font pas leur support de manipulation et de camouflage, l’astrologie offre la possibilité de découvrir une réalité plus riche que celle des dogmes scientistes, psychistes, spiritualistes, dont le trait commun est de rester dans un référentiel anti-relationnel.

Abonné aux Cahiers Astrologiques de Volguine, leur « débondage » de fantasmagories allait décevoir mon attente de réalité inédite. Au-delà du n° 1, n’était-ce ma curiosité maladive (Mercure en Maison XII, dirait Janduz), avant le n° 130 j’aurais pu m’arrêter. Le libéralisme de Volguine avait le double avantage de procurer une réputation de libéral et de remplir les Cahiers d’une quantité de textes variés, souvent avariés.

Pour la gloire ou la honte de l’astrologie (chacun son point de vue) on peut retrouver dans ces Cahiers, toutes sortes de spéculations batifolantes présentées comme des théories, des méthodes ou des révélations. Je cite de mémoire les enquêtes sur les planètes hypothétiques où un Vulcain inexistant dans le ciel donnait des résultats pratiques et statistiques à ses supporters. Il y avait aussi une longue enquête sur les méthodes prévisionnelles comparées : directions symboliques, primaires, secondaires, tertiaires… mais pas d’enquête sur leur absence commune d’explicative rationnelle. Et toute cette astrologie qui, en majorité, se déclarait soit symbolique, soit empirique, opposait le même front à tout autre type de démarche. L’hypothético-déductive qui caractérise l’esprit scientifique correspond, en conditionalisme, à l’âge de Saturne. Elle est toujours mal reçue — comme Saturne — tant par les partisans d’un Gauquelin statisticien-empiriste que par la plupart des écoles d’astrologie.

J’ai vu ainsi naître de prétendus systèmes et découvertes qui font encore l’essentiel des revues et publications héritières des Cahiers de Volguine. Ceux qui me reprochent de ne pas m’intéresser aux élucubrations à la mode n’ont certainement pas lu celles de mon époque. Le problème n’est pas d’être ou non ouvert à la diversité qui alimente des éditeurs à court de textes… Il est dans le fait que cette diversité n’en est pas une, parce qu’elle n’appelle aucune recherche de cohérence, aucune discussion, aucun échange sur les moyens de savoir sur quoi et comment s’entendre. La diversité des astrologues n’est pas celle d’un ensemble d’individualités où chacun vise le profit de tous dans un but impersonnel, mais celle d’un radeau de naufragés où chacun se débat contre tous pour sauver sa peau et savoir qui sera mangé. Le terme de « débat » n’a pas d’autre sens qu’empoignades et courte paille.

En choisissant de revenir, comme visées communes, à des postulats élémentaires et aux fondements astrométriques, j’ai délibérément voulu des possibilités d’échanges qui éliminent ceux qui créent des situations de naufrageurs. Le paradoxe est qu’il faut, effectivement, les jeter à la mer. Ce dont je m’acquitte en toute sérénité sachant que l’autre paradoxe serait, au nom de la liberté des échanges, de prendre des vessies pour des lanternes, et des naufrageurs pour des chercheurs. Toutes les définitions conditionalistes, formules des Signes, des planètes et Maisons, sont faites pour s’y reconnaître en dehors de tout horoscope… Mon père, à propos de mes lectures hétérogènes, a compris qu’il était difficile de m’égarer. Les Cahiers Astrologiques ont failli réussir.

Antidote à l’astrosymbolisme

J’ai eu la chance d’en trouver l’antidote dans l’Introduction à l’Astrologie (éditions Payot) d’Henri Beer, Docteur en Droit et Sciences Politiques. Ce livre est occulté, rarement cité. Son auteur était déjà contesté à l’époque où je l’ai connu, parce qu’il s’écartait de la montée astro-symboliste (dont l’astro-freudisme sera l’apothéose). L’astrologie en vogue, rebelle à son esprit logique, n’arrangeait pas son caractère très judiciaire. Autre chance, qu’en termes conditionalistes l’« Intégration » justifierait, il habitait Nice et Volguine m’ayant donné son adresse j’ai rencontré, un soir d’hiver, un gros monsieur sympathique, pas du tout méditerranéen, soufflant et pestant contre le laxisme des Cahiers de Volguine. En moins d’une heure, il m’a appris comment se débarrasser des spéculations douteuses par un test expérimental élémentaire. Un échantillon réduit à une vingtaine de cas représentatifs lui suffisait à juger de la valeur d’une hypothèse, et comme les hypothèses ou prétendues telles sont inépuisables, sa recette était précieuse. À l’époque, il était question des Maisons égales et de leur avantage sur tous les autres systèmes de domification. Pour trancher, H. Beer m’a étalé deux douzaines de thèmes caractérisés par des amas planétaires et, par conséquent, des Maisons fortement occupées. Sa méthode, dans la ligne d’un aphorisme de Ptolémée (aux vocations exceptionnelles, configurations exceptionnelles), paraît sélective (il ne retient que les cas extrêmes) mais elle est radicalement comparative. J’en ai retenu l’esprit et assoupli la pensée en introduisant le « bagage terrestre » (conditionnement social, hérédité, éducation, époque) pour expliquer aussi bien les cas exceptionnels conformes aux configurations que les thèmes qui « auraient pu mieux faire ». La variation des effets est une résultante, en qualité et amplitude, des conditionnements terrestres et célestes traités par une transcendance (l’être) qui échappe aux deux. Il vient, de cette position non-déterministe, que les statistiques sont les moins indiquées pour comprendre l’astrologie si les conditionnements socioculturels sont ignorés (les statistiques que mettent en avant les écoles symbolistes et, certaines, spiritualistes, sont calquées sur des modèles industriels de comptages de pièces). Je ne suis pas anti-statistiques, je suis pour des statistiques qui tiennent compte des conditions, ici, humaines, de la réception des structures cycliques et rythmiques du ciel.

Dans les Cahiers, quelques signatures sous des textes intelligibles ou intelligents émergeaient : Hiéroz, Gouchon, Barbault, Reverchon… La théorie des dominantes d’Armand et André Barbault contrastait par sa simplicité d’avec toutes les méthodes en rivalité. A. Barbault enseignait comment utiliser pratiquement un thème à partir des configurations les plus fortes. En quelques années, par ma propre pratique, je me suis rendu compte que la réduction du thème à ses lignes de force valait mieux que l’interprétation en vrac et fourre-tout mais qu’elle présentait des lacunes : elle permettait des choix arbitraires, des justifications de dominantes après-coup, elle ne débouchait sur aucune synthèse. Enfin, si elle prenait sens pour des thèmes simples en raison même de leur simplicité, les thèmes complexes lui échappaient, c’est-à-dire la majorité des cas que l’on rencontre en consultation.

La synthèse d’un thème n’étant possible ni par l’interprétation qui brasse le Multiple sans en sortir, ni par l’interprétation réduite à Une ou quelques dominantes qui supprime des données, j’allais consacrer mes années de recherche à la mise au point de concepts et formules qui articulent les différents plans d’un thème : Signes, Maisons, Planètes des premières aux dernières, aspects consonants et dissonants. Aux astrologues qui le pratiquent, en matière d’interprétation ce langage équivaut au passage de l’âge où l’on juxtapose des mots à celui où l’on commence à faire des phrases. Je dis bien commence parce que je n’ai jamais présenté nos méthodes comme un dogme inébranlable et que ma recherche continue est axée sur l’âge suivant… celui qu’auront nos continuateurs.

Notes :

- 1. Comme le père Noël, ils entraient par la cheminée. Sur les lieux, ayant consommé de fines bouteilles, au retour ils se faisaient repérer par leur incapacité à respecter un alignement. Lorsqu’ils m’en parlé, après coup, de leur expédition, j’ai compris qu’ils seraient vite coincés ; ils étaient trop naïfs, trop bêtes face aux adultes intégrés à un système dont ils n’ont rien à faire mais qu’ils ne peuvent changer. Les astrologues qui descendent par la cheminée du prévisionnisme pour se griser de catastrophes ne sont pas des naïfs. La publicité de leurs prophéties augmente leur clientèle en diminuant le crédit de l’astrologie par leurs échecs offerts sur un plateau à l’anti-astrologie.
- 2. Il s’agit de la Carline acaule, autrement dénommée : chardon doré, Caméléon blanc, artichaut sauvage.
- 3. Transits : Uranus sur Mercure natal (7° Gémeaux) sextile Pluton céleste en Lion et trigone Neptune céleste en Balance. Du « grand T » sur une fonction « petit t ». SUITE

Cet article vous a été proposé par : Jean-Pierre Nicola

Voir aussi :

- Jean-Pierre Nicola, astrologue-découvreur
- Interview de Jean-Pierre Nicola
- Un entretien avec Jean-Pierre Nicola


Les Significations planétaires

par Richard Pellard. 620 pages. Format PDF. Illustrations en couleur.

La décision de ne traiter dans ce livre que des significations planétaires ne repose pas sur une sous-estimation du rôle des Signes du zodiaque et des Maisons. Le traditionnel trio Planètes-Zodiaque-Maisons est en effet l’expression d’une structure qui classe ces trois plans selon leur ordre de préséance et dans ce triptyque hiérarchisé, les Planètes occupent le premier rang. La première partie de ce livre rassemble donc, sous une forme abondamment illustrée de schémas pédagogiques et tableaux explicatifs, une édition originale revue, augmentée et actualisée des textes consacrés aux significations planétaires telles qu’elles ont été définies par l’astrologie conditionaliste et une présentation détaillée des méthodes de hiérarchisation planétaire et d’interprétation accompagnées de nombreux exemples concrets illustrés par des Thèmes de célébrités. La deuxième partie est consacrée, d’une part à une présentation critique des fondements traditionnels des significations planétaires, d’autre part à une présentation des rapports entre signaux et symboles, astrologie et psychologie. Enfin, la troisième partie présente brièvement les racines astrométriques des significations planétaires… et propose une voie de sortie de l’astrologie pour accéder à une plus vaste dimension noologique et spirituelle qui la prolonge et la contient. Vous pouvez dès maintenant le commander à la boutique.

L’astrologie, la nanification de Pluton & les astres transplutoniens

par Richard Pellard. 117 pages. Format PDF. Illustrations en couleur.

Pluton ne fait plus partie des planètes majeures de notre système solaire : telle est la décision prise par une infime minorité d’astronomes lors de l’Assemblée Générale de l’Union Astronomique Internationale qui s’est tenue à Prague en août 2006. Elle est reléguée au rang de « planète naine », au même titre que les nombreux astres découverts au-delà de son orbite. Ce livre récapitule et analyse en détail le pourquoi et le comment de cette incroyable et irrationnelle décision contestée par de très nombreux astronomes de premier plan. Quelles sont les effets de cette « nanification » de Pluton sur son statut astrologique ? Faut-il remettre en question son influence et ses significations astro-psychologiques qui semblaient avérées depuis sa découverte en 1930 ? Les « plutoniens » ont-ils cessé d’exister depuis cette décision charlatanesque ? Ce livre pose également le problème des astres transplutoniens nouvellement découverts. Quel statut astrologique et quelles influences et significations précises leur accorder ? Enfin, cet ouvrage propose une vision unitaire du système solaire qui démontre, chiffes et arguments rationnels à l’appui, que Pluton en est toujours un élément essentiel, ce qui est loin d’être le cas pour les autres astres au-delà de son orbite. Après avoir lu ce livre, vous saurez quoi répondre à ceux qui pensent avoir trouvé, avec l’exclusion de Pluton du cortège planétaire traditionnel, un nouvel argument contre l’astrologie ! Vous pouvez dès maintenant le commander à la boutique.





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