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| Publié le : 10 février 2002
John Lennon
Le rock de la Balance
Liverpool, 9 octobre 1940. Le soleil se lève, les feux d’artifice de la DCA défendant la ville et les bombardiers de la Lutwaffe qui la pilonnaient sans relâche ont fait une pause. En plein blitzkrieg, lors d’une accalmie du déluge de bombes, dans la maternité d’Oxford Street, Julia Stanley accouche de l’enfant qu’elle a conçu neuf mois plus tôt avec Alfred Lennon, peu avant le début de la 2e Guerre Mondiale. C’est un garçon, son nom sera John Winston Lennon. Entre deux bombardements, une pauvre famille ouvrière accueille un nouveau membre...
Enquête horaire... A quelle heure précise la naissance a-t-elle réellement eu lieu ? Sur ce point, les documents divergent. Selon l’American Book of Charts, John Lennon serait né à 8 h 30. Selon Albert Goldman (qui ne cite pas ses sources), auteur de la biographie de Lennon la plus récente et la mieux documentée, il aurait vu le jour à 6h30. John Lennon serait donc né, soit à 6h30, soit à 8h30, soit entre ces deux heures, ce qui fait quand même une plage de deux heures, une marge d’imprécision importante pour procéder à la hiérarchisation planétaire. Comment s’y retrouver et comment enquêter ? Dans tous les cas, John Lennon reste Balance ascendant Balance (c’est toujours ça, se réjouiront les adorateurs béats de la Balance pacifiste automno-équinoxiale du style Gandhi-Lanza del Vasto). L’American Book of Charts classe ses sources en "A", "B" et "C" selon leur degré de certitude. Les coordonnées natales de John Lennon sont classées "A" (information sûre et contrôlée, Etat-Civil ou heure déclarée par la maternité). JOHN LENNON, Albert Goldman, Stock 1988. Goldman a interviewé tous les membres de la famille Stanley encore vivants : on peut donc penser qu’il a pu ainsi recueillir une heure de naissance plus fiable que l’heure officielle. Dans cette hypothèse, il ne serait pas impossible que 8h30 corresponde à l’heure de déclaration. Mais on peut également penser que, n’étant ni astrologue ni astrologisant, il ne se soit pas donné la peine d’enquêter sérieusement à ce sujet, et cela d’autant plus qu’il ne cite pas ses sources - ce qu’il fait en ce qui concerne tous les autres éléments concrets et officiels de la biographie qu’il a consacrée à John Lennon. Information que reprend ou confirme (sans citer ses sources) le dossier que consacre à Lennon l’Événement & page 118, alors que page 28, on peut lire qu’il "pousse sers premiers cris" à 7h00. (JOHN LENNON des Beatles à Yoko, hors-série de L’Evénement du Jeudi, décembre 1990). Rappelons au passage qu’à 1/4 d’heure - 20 mn près en moyenne, une planète peut passer du rang des "dominantes" à celui des "aveugles"... Pour une naissance à 6h30 (5h30 GMT), on note qu’une conjonction Mars-Neptune vient tout juste de se lever, tandis que le Soleil, conjoint à Mars, est encore sous l’horizon. Ce sont les trois seules planètes angulaires (si l’on excepte la Lune en angularité éloignée au Fond-du-Ciel). Si l’on s’en tient à la règle des angularités, on obtient ainsi une dominante Mars-Neptune-Soleil, soit un "e" dominant, adjoint d’un Soleil "rR". Pour une naissance à 8h30 (7h30 GMT), le Soleil levant est angulaire, au milieu de la Maison XII ; Mercure sous l’horizon, carré à Pluton culminant, s’approche de son angularité ; on note aussi une opposition Pluton-Lune superposée au plan méridien. C’est ce thème qui est représenté dans cet article. D’où -selon les mêmes règles- une dominante très différente : Soleil-Pluton-Lune-Mercure, à laquelle on peut adjoindre Mars (conjoint Soleil, trigone Lune, sextile Pluton), soit un niveau "R/t-Lune" dominant. Quelle que soit l’heure, Vénus et le niveau "E" (Jupiter-Saturne) restent les plus faibles : une enquête sur les fonctions "aveugles" ne nous donnera aucune piste valable. C’est donc du côté des "dominantes" qu’il faut chercher. Le célèbre rocker narcissique, sarcastique, fragile et dépendant (cf. sa relation avec Yoko Ono) était-il "e" ou "R/t-lunaire" ? L’étude des documents biographiques et de l’œuvre de Lennon, à la lueur de l’astrologie, ne permettent semble-t-il guère de douter : la naissance aurait bel et bien eu lieu autour des 8h00 - 8h30, son fonctionnement paraissant sans ambiguité relever d’une opposition Lune-Pluton, d’un Soleil et d’un niveau "t" dominants. L’héritage terrestre Liverpool, lovée autour de l’estuaire de la Mersey, était en 1940 le deuxième port industriel britannique, ainsi qu’un important centre industriel métallurgique peuplé d’environ 500 000 habitants. Julia Lennon a vingt-sept ans lorsqu’elle accouche du futur Beatle. Immature, séduisante, espiègle, bohème, cette fille d’ouvriers s’est mariée avec Freddie, un orphelin, steward sans le sou qui rêvait, lorsqu’il était enfant, de devenir comédien. A la naissance de John, il est en mer. Julia, noceuse alcoolo, traîne les pubs et ne s’occupe guère de son enfant, qu’elle confie souvent à des baby-sitters. Lassée des absences de Freddie, elle sort avec un autre homme et se retrouve enceinte et désemparée. Elle confie alors John à sa soeur, Margaret, dite Mimi, qui l’élèvera. Elle n’abandonne pourtant pas son enfant, qu’elle continuera régulièrement à voir. Résumons : une ville industrielle, une famille ouvrière pauvre, des parents séparés, une mère lointaine mais fidèle, une tante affectueuse et un père absent. Le bagage terrestre de John Lennon évoque plus une "valise en carton" cabossée et mal ficelée qu’une luxueuse "Samsonite"... L’héritage céleste. Avant d’aborder l’analyse du thème de John Lennon, brossons synthétiquement son portrait astrologique. Solaire de la Balance, il entend être vu et reconnu, devenir un exemple et un modèle en s’associant à son époque jusqu’à s’y confondre et y noyer son identité propre. A la sociabilité volontaire et égocentrique du Soleil-Balance s’oppose le lunaire du Capricorne : besoin d’une plénitude renfermée, d’une quiétude garantie par l’installation dans une tour d’ivoire (Lune-Capricorne). Comment concilier les deux ? Cela d’autant plus que la Lune est opposée à Pluton (l’impression d’être le vilain petit canard de la couvée, le mouton noir du troupeau, l’exilé de la famille) et trigone à Uranus-Neptune (de quelles révélations, rêves et virtualités pourraient-ils accoucher ?). Pluton est carré à Mercure/Scorpion : le pôle contestataire, secret, inquisiteur, sarcastique de Lennon, rendant toute communication difficile et laborieuse. Enfin, du côté des dominantes, Mars est conjoint au Soleil, sextile à Pluton, trigone à la Lune : tout cela doit déboucher sur une action commune, une présence directe au monde, une confrontation, un combat. Du côté des faibles, Jupiter et Saturne en Taureau ne lui confèrent, ni talent gestionnaire, ni pragmatisme, ni bon sens. Et pour finir, avec une Vénus-Vierge "aveugle", il a bien du mal à comprendre quoi que ce soit à toute relation de tendresse et d’affection. Soleil/Mars en Balance :"C’est sacrément dur quand tu es César, que les gens n’arrêtent pas de te dire que tu es merveilleux et qu’ils te couvrent de cadeaux et de filles, c’est sacrément dur de rompre avec tout ça pour dire : bon, je ne veux pas être roi, je veux être réel". (John Lennon). Image "in"... Pour un Soleil-Balance dominant, paraître, c’est paraître ensemble et dans l’union, s’afficher comme une image représentative de son milieu et de son époque. Pas question de s’auto-suffire : l’identité s’affirme dans le liant, et l’on se doit d’être un modèle de dialogue, un intermédiaire exemplaire, à mille lieues et en réaction aux verrouillages sécurisants du Moi virginien. Solaire de la Balance, Lennon s’est voulu sans aucun doute représentatif de sa classe sociale : le prolétariat ("C’est quelque chose que d’être un héros de la classe ouvrière") ; de sa génération (les mythes hippies-pacifistes) ; et de son milieu (les rock-stars). Il a si parfaitement introjecté et reproduit ("rR") ces valeurs, il s’y est si totalement identifié qu’il en est devenu le phare, la figure emblématique, la photographie prise au polaroïd. Problème typiquement Balance : comment rester soi-même lorsqu’on se veut le reflet fidèle de son époque ? L’excitation associative abolit les frontières entre le Moi et le monde et dissout l’isolationisme virginien, se libère de tout contenant (faiblesse de la F- bloquante) au risque de n’avoir plus de contenu. Lennon est ainsi prêt à toutes les associations et compromissions susceptibles de lui assurer reconnaissance et célébrité : il sera "toute sa vie obsédé par l’image de lui qu’il donne aux autres... En signant son pacte avec le diable, il pensait pouvoir tricher, jouir des plaisirs de la gloire tout en conservant son âme intacte. Mais il a vite compris qu’il avait surestimé ses forces". Dès ses débuts, John le sombre et violent rebelle marso-plutonien, le fragile et dépendant poète lunaire s’est avancé masqué, s’est caché derrière une image flatteuse de "gentil Beatle" à la mode, bien propre sur lui : "Ayant, pour réussir, enfilé le masque du Beatle John, il découvre maintenant qu’il ne peut plus s’en défaire. Il est sous le pouvoir de l’image qu’il offre et à laquelle il doit se conformer". Un solaire anxieux de son image donc, souhaitant être son propre modèle tout en oscillant sans cesse (sens des contraires) entre des admirations contradictoires : "J’ai toujours été déchiré entre deux modèles : Marlon Brando et le poète fragile, ma facette Oscar Wilde, avec ce côté féminin, refoulé". Mais aussi, en 1967 : "J’essaie de vivre comme le Christ, et c’est dur, je peux vous le dire". Un solaire soucieux de son unicité, jaloux du leadership et du talent de Paul Mc Cartney au sein des Beatles, de la stature d’un Bob Dylan ou d’un Jim Morrisson qui lui disputent la vedette et le titre -qu’il voudrait incontesté et incontestable - de rock-star n°1. Mais un Soleil-Balance, même s’il entend être LE seul, comme tout Soleil qui se respecte, est contraint de nouer des alliances, de fonctionner en partenariat, bref de s’associer à autrui. Témoignage d’un copain d’enfance, Pete : "Je n’ai jamais rencontré chez quelqu’un d’autre une personnalité aussi forte, un tel individualisme. Pourtant, il a constamment besoin d’un allié". Lors de la création des Beatles, "Non que John ait eu un sens communautaire très développé ou qu’il ait manqué des qualités requises pour faire un leader : il ne se sent tout simplement pas assez sûr de lui pour se poser en vedette solo. Lennon ne peut exister que s’il fait partie d’une bande, derrière laquelle il se cache". On s’en doute, la Lune dominante est aussi de la partie. Nous évoquerons plus tard cet aspect de sa personnalité. Le "dérèglement de tous les sens"... La conscience solaire en phase Balance refuse toute frontière. Comme Rimbaud, autre solaire de la Balance, John Lennon aspire à l’illimité. Le Moi doit se diluer dans l’infini, dépasser les bornes, dans une fuite en avant où l’imprudence le dispute à l’impudence. Ainsi, pour lui, "La folie de Van Gogh, l’alcoolisme suicidaire de Dylan Thomas n’étaient que des tentatives pour briser le carcan de leur esprit. J’y inclus l’"abus des drogues" propre à ma génération. L’abus de soi-même serait une expression plus juste". Une expression qui traduit parfaitement, en un raccourci fulgurant, une fonction solaire en manque de blocage. Rimbaud cherchait ses illuminations dans l’absinthe. Lui les trouvera dans toutes les drogues possibles. Ivresse de la Balance en inertie d’excitation : "Vous ne vous sentez vivre que... dans des échappées perpétuelles, qu’elles soient réelles ou imaginaires". Entre autres drogues, il a tout particulièrement abusé du LSD, dont l’une des propriétés essentielles est d’abolir la frontière protectrice (virginienne) séparant le conscient (solaire) de l’inconscient (plutonien). Solaire, plutonien, réagissant aux fermetures de la Vierge, notre Balance se confie : "J’ai compris sous acide que je devais détruire mon moi... et je l’ai fait... je me suis détruit... Le LSD, c’est la connaissance de ce que l’on est, ce qui montre la voie", dira-t-il jusqu’à la fin de sa vie. Soleil inadapté aussi, halluciné par la l+ : "à l’extrême limite -ou illimite plus exactement, votre révolte peut aller jusqu’au refus d’intégrer toute structure sociale, jusqu’au rejet de toute forme de structuration. Au total, votre existence risque de n’être qu’un chapelet de fuites successives, une suite de déséquilibres". Avec un Jupiter faible et dissonant, Lennon est bien allé jusque là... Give peace a chance... John Lennon, le chantre de la paix, le héraut du pacifisme, le héros de la concorde universelle était Balance. Comme Gandhi, comme Lanza del Vasto... trop beau pour être vrai ? Oui et non. Non : tous les pacifistes ne sont pas Balance et, plus encore, toutes les Balance ne sont pas pacifistes -ou alors, Clémenceau, Himmler et Bonnot étaient de doux hippies - ; de plus, Lennon était un être extrêmement violent et agressif. Oui : plus que d’autres, la conscience Balance recherche le terrain d’entente, l’abolition des conflits dans le partenariat. Il faut donc examiner à la loupe le "pacifisme" de Lennon, qui n’était d’ailleurs pas indemne d’un solide "passifisme" lunaire... Tout d’abord, le consensus (solaire) qui régnait dans les milieux politico-artistiques de la contre-culture des "seventies", milieux où Lennon était immergé, était un consensus pacifiste, en réaction à l’horrible guerre du Viêt-Nam. John, Balance solaire, modèle sensible aux modes, s’est donc tout naturellement mis à la page en calquant sa représentativité sur le goût du jour. En faisant de la publicité pour la paix, il entretenait son image : "La publicité a mauvaise réputation, mais je pense que c’est une bonne chose. Si on pouvait obtenir la paix mondiale grâce à la publicité, je serais d’accord. Je me moque de son côté commercial. Je suis prêt à faire un compromis. Vous savez, vous pouvez vendre de l’eau, du savon ou de la paix". La paix se réduit ici à une image, un discours, un slogan. En ce sens, Lennon s’est tout bonnement aligné sur le consensus pour mieux promouvoir son image de marque. Mais ce n’est pas si simple : la fonction solaire est également pourvoyeuse d’idéalismes en tout genres. Sur un mode Balance, l’idéalisme est égalitaire, associationniste, niveleur de conflits. On retrouve là Gandhi et Lanza del Vasto : notre rock-star était AUSSI fervent idéaliste pacifiste, qui s’investissait totalement dans sa foi, sa croyance, son propos. Avec une Lune dissonante à Pluton et branchée sur le niveau "T", il ne pouvait manquer d’être intimement sensibilisé aux grands déséquilibres collectifs. Quelles sont ces forces obscures qui nous empêchent de vivre en harmonie ? "On se tue partout, et le monde s’amuse et se disperse. On ne peut être heureux que si tous les peuples le sont", disait-il en 1968. Gageons que, quelque part, il était sincère... Le Soleil-Balance s’est alors fait le porte-parole à la fois idéaliste, sincère, transparent, médiatique et narcissique de plus intimes et profondes blessures dans une gênante, obscure et troublante ambiguité. N’oublions pas que ce solaire est aussi un plutonien qui déclarait peu de temps avant de se faire assassiner, alors que Pluton finissait son transit en conjonction du Soleil et transitait au carré de la Lune : "C’est la peur de l’inconnu qui fait courir les gens après les rêves, les illusions, les guerres... Tout est illusion. Acceptez l’inconnu et vous voguerez sur une mer d’huile. Tout est inconnu ; si vous acceptez ça, vous passerez à la tête de votre propre fin. Voilà mon message". Là, nous sommes très, très loin de toute auto-publicité et de tout narcissisme : le discours pacifiste a les fondements profonds et la lucidité sans faille d’un Soleil plutonisé. Lennon le pacifiste était un individu extrêmement violent. Très jeune, il a dû apprendre la dure loi des rues. Le voyou agressif qu’il a été, il l’est toujours resté. N’oublions pas que le Soleil était conjoint à Mars à sa naissance : se faire reconnaître et faire reconnaître les causes auxquelles on s’identifie est une âpre et sourde lutte, un combat de tous les jours, une implacable confrontation (Mars sextile Pluton). Le solaire narcissique et idéaliste n’ignorait rien du maniement des rapports de force : marsien aussi, il déclarait la guerre à la guerre, en mettant tous les moyens médiatiques dont il disposait pour parvenir à ses fins. En ce domaine comme dans de nombreux autres, il était sans illusions sur lui-même : "Je suis aussi violent que n’importe qui, et Yoko aussi. Mais je m’aime mieux quand je suis non-violent... ce sont les gens les plus violents qui défendent l’amour et la paix... Je suis un homme violent qui a appris à ne pas l’être et qui regrette sa violence". Avec une conjonction Soleil-Mars dominante en Balance, il lui fallait marier les contraires, associer les autres à ses combats en gardant le beau rôle, fédérer les énergies impulsives en essayant d’en garder, sinon le leadership, du moins la fonction représentative. Au mieux, on peut penser qu’il était motivé par un associationnisme volontaire, réaliste et sans (trop d’illusions). Au pire, on l’accusera d’être l’objet manipulateur-manipulé et paranoïaque d’une phase égalitaire en inertie d’excitation : le Lennon poursuivant obstinément et aveuglément ses chimères pacifiste, s’identifiant au Christ. La réalité, comme toujours ambiguë, se trouve probablement des deux côtés. Ce qui n’empêche pas d’observer que Lennon avait vraiment des tendances paranoïdes accentuées : "Cette paranoïa va s’amplifier d’année en année jusqu’à envahir toute la vie de John Lennon. Il analyse chaque jour tout ce qui a pu être écrit sur lui ou sur sa femme, et contre-attaque à la moindre critique en envoyant des lettres ou des coups de téléphone insultants, ou en faisant à la radio ou à la télévision des remarques odieuses sur ceux dont il s’estime être la victime. Persuadé que tout le monde lui en veut, il est décidé à ne pas se laisser faire". Lune/Capricorne opposée Pluton"Vous n’êtes au fond de vous qu’un petit malheureux. Alors pourquoi ne pas le reconnaître et laisser s’exprimer votre tristesse" (Arthur Janov). Aux antipodes du Soleil-Balance ascendant, la Lune-Capricorne à son minuit. Le héros vaniteux, paranoïaque, crispé sur son image de marque, avide de gloire et de reconnaissance, habile metteur en scène de ses idéaux, est aussi un petit enfant solitaire, souhaitant vivre dans une bulle paisible qui lui permettrait de radicalement se soustraire (F- extinctive) aux turbulences du monde extérieur, comme une sorte de "couffin à isolation socialo-sensorielle". Dès 1963, alors que la glorieuse carrière des Beatles démarre, il se rend à New-York devant l’immeuble-bunker où s’était retiré le célèbre, excentrique et isolationniste milliardaire américain Howard Hugues et confie : "Voilà ce qu’il me faudrait : un endroit où rester pour toujours, au lieu d’aller et venir constamment. Un coin secret, où personne ne pourrait plus m’emmerder". Mais comment concilier la fuite en avant illimitée vers la gloriole du Soleil-Balance avec l’intimisme quiet, paisible, ronronnant et strictement verrouillé, la vie quotidienne simple et dépouillée de tout artifice qu’exige la Lune-Capricorne ? D’un côté, l’activisme effréné et médiatique, les implications sans frontières d’une conjonction Soleil-Mars en faiblesse d’inhibition ; de l’autre un Lennon qui reconnaît ses faiblesses lunaires : "Je suis paresseux. Physiquement paresseux. Je veux bien écrire, lire, regarder ou parler, mais les relations sexuelles sont l’unique activité qui m’intéresse encore". Un Lennon lunaire qui aimerait bien contempler passivement le monde environnant depuis l’intérieur de sa tour d’ivoire et qui, tout au début de sa carrière de rock-star, se refuse (est incapable) d’accepter et de vivre cette part essentielle de lui-même. Comme s’il portait en lui une intime blessure, une secrète faille qui lui interdisaient de s’abandonner, de se laisser-aller, d’être naturel. Un Lennon qui ne s’est jamais remis du déchirement du cocon familial dans sa plus tendre enfance, qui n’a jamais accepté la mort de sa mère (lorsqu’elle est morte, Pluton dominant transitait en conjonction avec Vénus "aveugle"...), qui fut élevé par une tante Mimi hyper-maternelle, couveuse et sécurisante : "J’ai toujours été marqué par les fortes femmes... Je suis né dans une maison remplie de femmes fortes". De là à toujours rechercher des présences féminines fortes et protectrices et à remettre sa vie entre leurs mains, il n’y avait qu’un pas, qu’il a allégrement franchi avec Yoko Ono. Et puis la Lune est opposée à Pluton. Se replier dans son intimité, c’est se retrouver confronté à l’inconnu, en face-à-face tendu et angoissé avec cet être profond qu’il a choisi de fuir en devenant le Beatle John, avec ses pulsions inavouables, avec le vide, le terrifiant néant, une lucidité suraiguë qui lui montre sans pitié la vanité de ses rôles et de ses masques. Un tel aspect, mal vécu, fait de lui un rêveur qui ne fait que des cauchemars, et lui rappelle douloureusement les abandons de son enfance ; Lennon le solaire mythifié de son vivant cache mal Lennon le plutonien-lunaire, le vilain et malheureux petit canard anorexique et abandonique, le mouton noir qui se vit comme à jamais exclu, irréductiblement marginal, incapable d’appartenir à quelque famille que ce soit en dépit de ses efforts désespérés pour y parvenir. A ses débuts, John le rebelle, l’anti-modèle solaro-plutonien niait ses besoins et tendances lunaires. Mais dès la fin des harassantes et démentielles tournées des Beatles, lorsque les "quatre garçons dans le vent" décident d’arrêter de faire de la scène, quand s’éteignent les projecteurs, "il se transforme en zombie, se mure dans le silence et se réfugie dans le sommeil... c’est l’époque du "gros Beatle", où il exhibe un visage de Lune et un ventre rebondi que ses costumes Cardin ne parviennent pas à cacher". C’est l’époque où il compose Help (au secours !), I’m a loser (je suis un perdant, un raté) et Nowhere man (l’homme de nulle part). Extraits des paroles de ces chansons : "Quand j’étais jeune, bien plus jeune qu’aujourd’hui, Je n’avais jamais eu besoin de l’aide de personne ; Mais les temps ont changé et je me sens si désécurisé, J’ai changé de vision, j’ai ouvert les portes. Aidez-moi si vous pouvez je dégringole, J’apprécierais vraiment que vous m’entouriez ; Aidez-moi à me remettre les pieds sur terre ; S’il vous plaît, aidez moi" (HELP !) "C’est un vrai homme de nulle part, Assis dans son monde de nulle part, Faisant ses plans de nulle part pour personne ; Il n’a pas de point de vue, Il ne sait pas où il va ; Est-ce qu’il ne ressemble pas à vous et à moi ?" (NOWHERE MAN) Le héros solaire tapageur est bien loin... perdu dans un "nulle-part" plutonien, déréférencé, déboussolé, désorienté derrière ses masques et ses frasques. N’existe plus, au quotidien, dans l’immense manoir à l’intérieur vide et dépouillé qu’il s’est acheté, qu’un individu vulnérable, boulimique, alcoolique, drogué et désespéré, aspirant à trouver "Quelqu’un qui me caresserait la tête quand j’étais fatigué, malade ou déprimé. Quelqu’un qui ressemblerait aussi à une mère". Ce quelqu’un, ce sera Yoko Ono, lunaire comme lui, mais aussi née lors d’une forte conjonction Jupiter-Mars-Neptune à l’Ascendant. Mais en attendant cette rencontre, comment "Réconcilier ses tendances apathiques (Lune) avec son besoin de créativité (Pluton) ?" Une dissonance Lune-Pluton peut rendre difficile un rapport harmonieux et équilibré à son propre corps. Ainsi Lennon a-t-il toujours souffert d’une quasi-impossibilité à maîtriser et contrôler son rapport à la nourriture. Cet aspect, lorsqu’il est mal vécu, incite souvent, soit à l’anorexie, soit à la boulimie. Comme on peut s’y attendre, il n’y a pas coupé : "John Lennon est un artiste de la faim (...) on pourrait écrire des livres entiers sur les régimes draconiens qu’il a suivis, les périodes de jeûne auxquels il s’astreint, les punitions qu’il s’inflige pour avoir cédé à l’envie d’une tasse de café sucré ou d’une tartine en trop". Le sombre, lucide, plutonien et rimbaldien John est en guerre avec le "pauvre Lélian" lunaire et verlainien qu’il couve comme un oeuf pourri dans les labyrinthes obscurs de son âme malade et cache derrières les forfanteries de son ego démesuré. En 1968 commence le transit de Pluton-Uranus conjoints à Neptune, trigone Lune, et Lennon, avec les Beatles, se retrouve en Inde, à Rishikesh au bord des sources du Gange, dans l’ashram du guru-escroc Maharishi Mahesh Yogi, victime du virus hindouisant qui sévissait à l’époque. Très vite, le lucide et rebelle John Lennon s’apercevra que le guru en question cherche avant tout à se faire du fric et de la pub sur le dos des Beatles. Pourtant, "John aime énormément l’ashram, car il lui offre tout ce dont il a toujours rêvé. Il peut s’y isoler, se sent protégé sans qu’on exige rien de lui en échange, et jouit de cette atmosphère propice aux états mentaux". Un lieu tout-à-fait Lune-Capricorne, une paisible pouponnière pour célébrités en mal d’âme et d’authenticité, où il parvient, pendant une quinzaine de jours, à décrocher de l’alcool et des drogues, à se remettre à l’écoute muette de son être profond (Pluton). Bien entendu, cela ne dure pas. John s’est amouraché de Yoko. On remarquera que, dans les deux thèmes, Vénus est faible... une faiblesse commune qui scellera la relation et le destin de ce drôle de couple. Le duo infernal sombre bientôt corps et âme dans l’héroïne au cours d’une lune de miel fusionnelle et destructrice : la drogue crée "un bain chimique dans lequel deux êtres se fondent en un... l’héroïne agit aussi comme un facteur de régression". Lennon confirme cette régression lunaire : "comme un bébé, enveloppé de coton et flottant dans l’eau tiède". C’est pendant cette période plutono-lunaire qu’il compose Julia, la première chanson qu’il consacre à sa mère. "La moitié de ce que je dis n’a pas de sens Mais je ne le dis que pour t’atteindre Julia Julia, Julia, enfant de l’océan, m’appelle Alors je chante une chanson d’amour pour Julia" Sous le trigone d’Uranus-Pluton à la Lune, l’inconscient se dévoile enfin ("T"), l’indicible s’exprime dans une infinie tristesse : "Par la résurrection du petit enfant enterré depuis des années sous la chape du mauvais garnement... puis de la star triomphante mais profondément malheureuse, John inverse le cours de sa vie". Il s’agit bien là d’une initiation dans la douleur, d’une renaissance plutonienne : "Alors que jusque-là il n’a eu que mépris pour les femmes, il abandonne soudain ses prétentions de macho pour adopter un rôle de bébé dépendant ou s’identifier au sexe opposé, en l’occurence à Yoko, une femme qui hait les hommes". A-dualisme lunaire : ne faire plus qu’un avec l’autre. Nudité et naturel lunaires : peu de temps plus tard paraît le disque Two virgins, sur la couverture duquel John et Yoko s’affichent à poil, dans une nudité que les médias ont estimée obscène et scandaleuse (il est vrai que deux flasques corps de junkies, qui ne sont en plus ni l’un ni l’autre des prix de beauté n’offrent pas une imageragoûtante). Mais l’authenticité plutono-lunaire est à ce prix : le naturel n’a pas à faire l’économie de l’obscène, à effacer le dérangeant. Ne négligeons pas non plus un noir narcissisme plutono-solaire qui pousse à se montrer sous son jour le plus imbuvable... En 1969, la tumultueuse, pathétique et grotesque campagne de "Bed-in" sur fond de "Peace and love" qui accompagnera leur mariage officiel démontre bien les effets d’une Lune-Capricorne branchée sur le "T" d’Uranus-Neptune-Pluton, alors qu’Uranus-Pluton sont toujours au trigone de la Lune, tandis que Neptune lui envoie un sextile : la configuration natale est totalementréactivée.Traduction de "bed-in" : littéralement, "au lit". Et quel objet est plus lunaire qu’un lit, lieu d’intimité, de repos et de sereine quiétude par excellence. Dans les palaces internationaux, au fond des lits où il se fond et se confond avec Yoko dans une relation fusionnelle et osmotique, Lennon, prophète inspiré ("T") de l’Amour absolu et de la Paix universelle a un grand message à délivrer à l’Humanité souffrante : "La guerre est finie -si vous le voulez". Pacifisme idéologique du "T" et passifisme lunaire se synchronisent avec une très solaire mise en vedette. A cette occasion, John invente aussi le concept de "bagism", que l’on pourrait traduire par "sac-isme" : nus, John et Yoko s’enfermaient ensemble dans un sac blanc pour répondre aux questions des nuées de journalistes -jusqu’à 150 par jour ! - qui venaient enregistrer leur message infantile et transcendental. Comment ne pas reconnaître les effets d’une Lune-Capricorne : ne faire qu’un à deux (a-dualisme) dans une enveloppe qui isole du monde extérieur ? Mais le tapage médiatique et les slogans simplistes ne doivent pas faire illusion : la silencieuse souffrance d’une dissonance Lune-Pluton mal vécue était l’ultime réalité de cette époque de transit : "je restais couché toute la journée, sans parler, sans manger, je me retirais en moi-même. Et il se passait un drôle de truc. Je commençais à voir différentes parties de moi. Je me sentais comme un temple vide hanté par de nombreux esprits qui me traversaient tour à tour, m’habitaient un moment, puis s’en allaient pour être remplacés par un autre". Fantômes plutoniens dans le temple vide de la Lune-Capricorne, multiplicités inconscientes, angoissantes et fourmillantes dans le cocon incohérent : "Toute sa vie, il n’a eu qu’un but, réduire cette incohérence au minimum par une éternelle course en avant. Mais dès qu’il s’immobilise, dès qu’il se laisse aller à rêver, il commence à partir en morceaux". C’est en mars 1970 qu’il rencontre Janov, l’inventeur de la thérapie du "cri primal". Pluton et Uranus transitent toujours la conjonction Mars-Neptune au trigone de la Lune. Philosophie du "cri primal" selon son créateur : "Vous n’êtes au fond de vous qu’un petit bébé malheureux. Alors pourquoi ne pas le reconnaître et laisser s’exprimer votre tristesse ?". Et Lennon, à cette époque, n’est vraiment plus rien d’autre qu’un bébé malheureux, enseveli sous le poids écrasant de ses multiples dépendances, de ses non-dit, de ses angoisses existentielles. Ne reste plus qu’à exprimer cette douleur muette et informulable par des vagissements et hurlements basiques, primitifs, originaires, fondamentaux, expressions d’un manque absolu : celui du bébé au stade lunaire en état d’incomplétude... De cette terrible thérapie - qu’il n’achèvera pas (pour son plus grand malheur ? La réponse n’est pas évidente.), il tirera son disque le plus achevé, le plus personnel, le plus puissant, le plus universel aussi, parce que la douleur d’être et le sentiment de l’abandon sont parmi les états d’âme les mieux partagés. "Mère tu m’as eu mais je ne t’ai jamais eue. Je te voulais, tu ne voulais pas de moi. Alors il faut que je te dise adieu, adieu. Père tu m’as quitté mais je ne t’ai jamais quitté. J’avais besoin de toi, tu n’avais pas besoin de moi. Alors il faut que je te dise adieu, adieu. Enfants, ne faites pas ce que j’ai fait. Je ne pouvais pas marcher et j’ai essayé de courir. Alors il faut que je te dise adieu, adieu". (MOTHER) Lennon se met à nu, sans plus aucune tricherie. Il met bas les masques. Il exhibe sans pudeur une nudité plutono-lunaire, dans une insupportable crudité, une insoutenable lucidité : l’authenticité d’un nourrisson apeuré, désécurisé, égaré dans un monde hostile dans le sens Lune-Pluton, mais aussi le "point de vue de Sirius" de l’initié qui en a marre d’être un informe nourrisson, dans le sens Pluton-Lune cette fois. Pluton transitant au trigone de la Lune exige la recherche d’une relation harmonieuse entre ces deux planètes dissonantes à sa naissance. L’accouchement se fait dans la souffrance et la violence : "Une fois mise à nu, la rage qui couvait en lui depuis son enfance va le pousser à s’attaquer à tous ses proches, sans que jamais ses victimes l’aient provoqué". Il a envie de tuer son père. "La star est morte, John Lennon renaît en avouant qu’il ne peut plus conduire les autres où que ce soit car il ne sait lui-même ni où il va ni où va le monde". Le prophète halluciné et narcissique se découvre faible, indigent et anéanti. Lui qui deux ans plus tôt a dépensé des centaines de millions de Livres pour tapisser les murs des capitales internationales de ses affiches proclamant que "La guerre est finie -si vous le voulez", accepte désormais humblement les faits : il est complètement paumé, il a besoin de calme, d’anonymat et de quiétude, bref, besoin d’enfin s’approprier cette fonction lunaire qu’il a toujours niée ou rejetée jusqu’à présent, pour se retrouver. Dans les années 1974-1975, alors que le transit Pluton-Lune est terminé mais que commence le transit de Pluton en conjonction du Soleil, et que les Beatles viennent de se séparer définitivement, "Lennon est un homme pour qui toute vie sociale empiète sur un calme indispensable à son équilibre, et que la fréquentation du milieu rock risque d’entraîner à nouveau sur la pente de l’autodestruction... Il a tant de mal à résister à la tentation qu’il doit mettre entre lui et le monde quelqu’un qui sache dire non à sa place, qui joue devant lui le rôle d’un écran protecteur". La Lune-Capricorne est sortie provisoirement victorieuse se son combat contre le Soleil-Balance. Mais pour ce faire, Lennon est devenu complètement dépendant et soumis à maman-Yoko, dans une relation d’osmose orageuse, démissionnaire et désespérée. Mercure-Scorpion carré Pluton."-Etes-vous des Mods ou des Rockers ? -Ni l’un ni l’autre, nous sommes des moqueurs" (John Lennon). Après le Lennon Solaire de la Balance en quête éperdue de reconnaissance, le Lennon Lunaire du Capricorne cherchant un nid pour fuir le monde et se retrouver dans son authenticité, voici le Lennon "t" : sarcastique, infernalement lucide, inquisiteur, fantaisiste, décapant, le Lennon qui, au fond, ne s’est jamais fait d’illusions sur rien, y compris sur lui-même, y compris aux temps les plus forts et les plus mégalomaniaques de sa gloire. Cet homme savait à merveille brouiller la communication, jouer des doubles ou triples langages, manier la distance, l’ironie et la provocation déstabilisante. Alors même qu’il avait encore l’image du "gentil Beatle John", ne déclarait-il pas en 1964 qu’"Il vaut mieux être stupide et riche qu’intelligent et fauché"... alors que ses chansons plus personnelles et ultérieurs montrent bien la permanence de son attachement à la classe ouvrière dont il est originaire, comme par exemple Working class hero : "Ils vous blessent à la maison et vous battent à l’école, vous haïssent si vous êtes intelligent et méprisent l’imbécile, jusqu’à ce que vous soyez si cinglé que vous ne puissiez suivre leurs règles... C’est quelque chose que d’être un héros de la classe ouvrière (un héros de la classe ouvrière est encore à venir)". C’est ce qui s’appelle du sens de la dérision et de l’iconoclastie... En 1963, les Beatles sont en pleine gloire, et John joue à fond le jeu du Beatle propret et présentable, antithèse absolue des "affreux" Rolling Stones sales et débraillées. Cela ne l’empêche pas de balancer à un journaliste flatteur qui l’interviewait : "une bouche qui rit, voilà tout ce que tu es. Un trou béant qui vomit des rires. Pauvre idiot, pauvre beatlemaniaque ! Vos couilles vont tomber comme des fruits trop mûrs. Vous allez vous transformer en charogne ! Voilà ce que nous avons fait de vous, fans des Beatles !". Autant dire que Lennon ne s’est jamais, au fond, fait d’illusions : manipulateur-manipulé par le masque qu’il avait accepté de revêtir pour assurer sa gloire et son succès, il ne perdait pourtant rien de son esprit mordant, de son humour au vitriol. Il adorait d’ailleurs les farces sinistres, les quiproquos d’un goût douteux et, à vrai dire, était un véritable expert dans l’art de l’intoxication des masses. Un vrai Goebbels (Mercure-Scorpion dominant) du rock-system, n’hésitant pas à jouer sans vergogne, avec un cynisme d’autant plus total qu’il se planquait derrière le visage de l’angélisme pacifiste, mais aussi un "t" ouvert à la multitude des possibles : "Je crois en tout jusqu’à ce qu’on m’ait prouvé que ça n’existe pas. Je crois aux fées, aux mythes, aux dragons. Tout existe, même si c’est seulement dans la tête. Qui peut affirmer que les rêves et les cauchemars ne sont pas aussi réels que ce qui est ici et maintenant ? La réalité laisse une large part à l’imagination". Mercuro-plutonienne -"t"- aussi est la façon dont il a été un musicien original, un créateur par effraction. Les Beatles en général, et surtout lui en particulier, qui les a réunis, ont en effet éhontément "piqué" tous les refrains du blues et du rock américains pour se les approprier en les adaptant au goût du jour et de l’âme britannique. A tel point que la presse musicale de l’époque les a qualifiés d’"imitateurs de génie". Avec un Mercure-Scorpion, perspicace et concentré dans la recherche de la nouveauté, différenciant finement les genres musicaux tout en restant ouvert aux influences multiples, soutenu par un puissant Soleil-Balance apte à non seulement marier, mais aussi à unir dans un seul style les contraires, Lennon était persuadé qu’"il n’y a rien de mal à voler, à condition de voler ce qu’il y a de mieux". Ici se mêlent l’imitation spontanée (mercurienne) et l’imitation intentionnelle (solaire), dans un total cynisme et une profonde lucidité (Pluton). Et, bonne Balance malgré tout, "pickpocket aux proches trouées... tout en pillant la musique américaine, il a installé dans cette dernière une âme typiquement britannique". Une association particulièrement réussie au plan musical... Il fallait également une bonne dose de "t" irrévérencieux et désacralisateur pour déclarer en public, lors du concert du Royal Variety Show qui se déroulait en présence de la famille royale britannique et de tous les corps constitués, et alors que les Beatles, enfin reconnus par l’establishment : "Tapez dans vos mains, les gens du fond, ceux qui n’ont pas les moyens de se payer les places les plus chères ! Les autres, essayez de faire vos bruits avec vos putains de bijoux !". Et c’est sans doute ce niveau "t" dominant, froid et distant malgré tout, qui le fit déclarer, peu avant sa mort -et a posteriori- qu’il n’avait "jamais prétendu être une divinité ou un exemple de pureté spirituelle. Je n’ai jamais prétendu détenir les réponses aux questions que pose la vie. Je me contente de faire des chansons et de répondre à des questions aussi honnêtement que possible, ni plus ni moins. Je ne veux pas vivre en fonction de ce que les gens attendent de moi, parce que c’est totalement illusoire". Il faut dire qu’à cette date, le transit Pluton-Soleil était en phase terminale... Jupiter/Saturne-Taureau faibles :"John refuse d’assumer la moindre responsabilité. Et parce qu’il ne veut plus entendre parler d’argent, il signe à Yoko une procuration par laquelle il la laisse maître de toute sa fortune" (Albert Goldman) ; John Lennon était tout ce qu’on veut, sauf un pragmatique, un prévoyant et un réaliste de niveau "E". Il ne savait gérer, ni sa vie, ni son argent (plusieurs fois, il a frôlé la ruine en jetant aveuglément de l’argent par les fenêtres sans se soucier, ni de la gestion de sa fortune, ni de l’organisation de sa carrière, ni des conséquences de ses actes. Sous la dissonance (opposition) d’un Mercure plus puissant que Jupiter-Saturne, il dépensait au gré de sa fantaisie, de ses envies du moment. A titre anecdotique et néanmoins hautement significatif, il a dépensé des sommes folles en... jouets et jeux de société (mais si, Messie, même si c’est trop beau pour être vrai !). Les hommes d’affaires auxquels il confiait ses intérêts l’ont abondamment et généreusement escroqué. Il avait en eux une foi... aveugle et ne s’apercevait des escroqueries matérielles qu’a posteriori, jusqu’au moment où la très "E" Yoko Ono s’est chargée -avec le brio et la compétence d’une fille de banquiers. Ailleurs, ont peut voir dans la faiblesse du niveau "E" une difficulté ou une impuissance à accepter de s’adapter au monde concret dans sa version raisonnable, institutionnalisée, exploitable (extensivité du "E) : "J’ai toujours refusé de devenir un adulte, mais je suis las d’exprimer ce refus comme je l’ai fait jusqu’ici. Je trouverais bien un autre moyen de ne pas grandir, un meilleur moyen... sans pour cela rentrer dans la normalité... la normalité me terrifie... je veux éviter de m’installer dans le compromis, et je dois pour ça trouver autre chose que la violence". De la difficulté d’être marsien lorsque les autres planètes du niveau "E" ne suivent pas. De la difficulté aussi d’être solaire quand Jupiter est à son étiage : "J’ai toujours eu peur d’être normal. Tu sais, les gars qui ont passé leurs examens, qui se sont trouvé un travail, qui se sont rangés, qui ont accepté le compromis !". Taureau "E" faible, l’anti-portrait de John Lennon, cet homme aux semelles de vent" (Rimbaud), relève clairement de la description suivante : "Pas question pour vous de subir les événements en attendant des jours meilleurs. Pas question non plus d’être le jouet impuissant des circonstances. D’une façon ou d’une autre, vous entendez bien prendre en main la situation pour y imprimer la torsion de votre volonté. Solidement ancré dans l’ici et maintenant, vous n’acceptez un présent donné que pour mieux le façonner, le domestiquer, le mettre au travail". Vénus-Vierge "aveugle""Comment pourrais-je ressentir quelque chose alors que je ne sais même pas comment ressentir ? Comment pourrais-je donner de l’amour alors que je ne sais pas comment donner ? Comment pourrais-je donner de l’amour alors que l’amour c’est quel que chose que je n’ai jamais eu ?" (John Lennon, "HOW"). A l’évidence, Lennon n’est pas un tendre, doux, sensuel et gentil vénusien : cela se déduit de l’ensemble des analyses qui précèdent. Il ne tient pas compte avec tact de la susceptibilité d’autrui. Les émotions que l’autre ressent à son contact ("eR") l’indiffèrent, ou lui restent indifférentes. S’il veut à tout prix être admirable, il ne fait rien pour être aimable. La tendresse ne l’étouffe visiblement pas. Et pourtant, dans le genre chansons d’amour gnangnan et mièvres à souhait, il a quand même commis, pendant les années qu’il a passées et dépassées avec Yoko Ono, des bluettes affligeantes et incontournables, du style : "L’amour est le réel, le réel c’est l’amour, l’amour c’est ressentir, ressentir l’amour, l’amour c’est vouloir être aimé. L’amour c’est toucher, le toucher c’est l’amour, l’amour c’est atteindre, atteindre l’amour, l’amour c’est demander d’être aimé. L’amour c’est toi, toi et moi, l’amour c’est savoir que nous pouvons être. L’amour est libre, libre est l’amour, l’amour c’est vivre, vivre l’amour, l’amour c’est avoir besoin d’être aimé". (LOVE). Ce qui, on en conviendra, est parfaitement vénusien, mais n’est ni solaire, ni vraiment "t". On pourrait se dire, au niveau "Relation", que Yoko Ono, vénusienne, lui aurait permis de réaliser et d’intégrer plus où moins sa fonction planétaire la plus faible. Mais c’est impossible, nous l’avons vu : Yoko a, comme John, une Vénus faible. Un transfuge provocateur du conditionalisme arguerait du fait qu’un Soleil - voire un Mercure - dominant suffirait à expliquer cette aspiration à l’amour absolu. Ce que dément absolument le besoin de toucher et d’être touché, de ressentir et d’être ressenti, dont témoigne le texte de cette chanson. Alors, que se passe-t-il ? Avant de tenter de répondre, évoquons la folle rencontre de John Lennon avec Brigitte Bardot, son modèle, son idole, son idéal féminin, en mars 1968. La belle star cinématographique des années 60/70, émouvante vengeuse des bébé-phoques assassinés, est née au moment de la culmination supérieure du Soleil en Balance et de Vénus en Vierge. Vénus-Vierge "aveugle" en contact avec Vénus-Vierge dominante : la rencontre peut être instructive, surtout en tenant compte du fait qu’alors, Vénus en Poissons transitait à l’opposition de leurs Vénus respectives, non ? Elle l’est effectivement. Lennon apprend par l’attaché de presse d’Apple, sa maison de disques, que "B.B." est à Londres et souhaite rencontrer les Beatles. Normal, entre stars au top-niveau. Première réaction : "où sont les autres ?" (traduction : le groupe lunaire et sécurisant des Beatles). Horreur : il apprend qu’aucun des Beatles ne peut l’accompagner. Le tête-à-tête (la rencontre -"e" avec l’image -"R") l’affole complètement. Il prend une pastille de LSD et, prenant son manque de courage vénusien à deux mains, se rend au rendez-vous, après avoir exigé de la direction de l’hôtel où doit se dérouler la rencontre que le salon où elle se tiendra soit décoré à la mode ashram-indienne, et sonorisé par la musique de Ravi Shankar. B.B. en est su-phoquée. Elle n’est pas au bout de ses surprises. Sitôt arrivé, Lennon, complètement paniqué et défoncé, s’asseoit en position du Lotus, ferme les yeux et se met en méditation pendant une demie-heure. Un vrai moine-zombie, pas le genre de la très vénusienne Brigitte. Elle essaie quand même de nouer le contact, façon vénusienne : "Votre séjour en Inde semble vous avoir beaucoup marqué". Lennon grogne qu’il ne faut pas interrompre sa méditation, qu’elle ferait mieux de s’imprégner de "bonnes vibrations". En réalité, il est mort de trouille et espère que, dans l’intervalle de sa pseudo-méditation, sa famille lunaire, les Beatles, arrivera enfin pour le tirer de ce mauvais pas vénusien. Peine perdue : personne ne vient. Lennon fini, au bout de deux heures, par lui conseiller d’aller manger au restaurant, l’assurant qu’à son retour, il aurait écrit une chanson pour elle. Elle agrée mais, à son retour, elle le retrouve affalé au milieu de son décor hindouiste, entouré de canettes de bière, ivre-mort... Avec Yoko et sa Vénus faible, il ne risquait certes pas ce genre de problème. May Pang, secrétaire particulière de Lennon, l’une des dernières femmes à avoir partagé sa vie lors d’une brouille entre John et Yoko, l’a observé au quotidien, en témoigne et en convient : "ils passaient un temps incroyable dans leur lit, mais s’embrassaient ou se touchaient rarement. A mon avis, il n’y avait rien de sensuel dans leurs rapports". John et Yoko, par delà leur fonctionnement commun et identique (Soleil, Lune, mars dominants dans les deux thèmes), communiaient dans un semblable aveuglement : proposer l’image absolue et fascinante (fonction "aveugle"...) du couple parfait. Image qui ne trompait personne ou presque : leur relation était, de toute évidence, bien plus fusionnelle et osmotique que réellement amoureuse... La rencontre avec Brigitte Bardot montre bien à quel point Lennon (Soleil-Mercure dominants) lançait un appel à la fonction vénusienne, et à quel point, cette fonction étant "aveugle-aveuglante", cet appel n’était pas entendu. D’où la fascination et l’aveuglement, qui expliquent sans doute que John ait écrit des chansons d’amour vénusiennes dans l’absolu. En guise de conclusion :Dans les années 1976-1977, Lennon était au cœur du transit de Pluton en conjonction au Soleil. Que disait-il, qu’écrivait-il pour décrire ses états d’âme de l’époque ? Ce texte, décrivant le rapport de l’unique solaire au multiple plutonien, ainsi que la nécessité absolue de changer de références, se passe de commentaires : "j’avais l’impression d’être fait de strates superposées de moi-même... Après les avoir dissociées, j’imaginais toutes ces parties de moi-même comme des formes fantomatiques... j’avais peur qu’un être invisible, connu ou inconnu, peut-être mon père, fasse irruption dans ma chambre et me fasse mourir de peur... je restais au lit sans parler, sans manger. Je me retirais de tout. J’ai alors compris le problème que j’avais à résoudre : je devais être tous ces hommes en même temps. Chaque fois que j’aborde une de ces personnalités, j’oublie les autres. Je ne sais pas comment m’arrêter, comment ne plus passer d’une part de moi-même à une autre. Et il le faut, oui, il faut que je change". En 1977, au prix d’un effort surhumain, il parvient à décrocher de l’héroïne et envisage de se détacher de Yoko : Pluton commence son carré à la Lune en Capricorne et "il nourrit une telle haine envers lui-même qu’il ne craint pas la souffrance et va utiliser toute sa volonté pour décrocher... Pour ne pas replonger, John utilise un caisson à isolation sensorielle". le temps est venu de prendre le maximum de distance (Pluton) par rapport à ses dépendances (Lune). La description qui suit illustre bien la fonction lunaire en inhibition extinctive : "Installée au dernier étage, sa chambre est celle d’un reclus qui aurait choisi de se retirer du monde, de ne plus voir naître ni tomber le jour, de ne plus entendre les bruits de la vie. Ne plus veiller et dormir que selon son rythme intérieur... Il dort presque tout le temps, par tranches de deux à quatre heures. Et quand il ne dort pas, il s’assied en position du lotus, noyé dans la fumée des cigarettes ou des joints, lit, médite, écoute de la musique, ou des cassettes intitulées "J’aime mon corps" ou "La colère est inutile"... John a trouvé abri au sein de l’antre familial, et il vit pourtant très éloigné des siens". Au printemps 1980, "il semble enfin sortir de son hibernation", date fixée par les oracles comme celle de la nouvelle naissance de John Lennon" (les Lennon étaient très branchés astrologie et tarots à cette époque), et se tient prêt à recommencer une nouvelle vie, une nouvelle carrière. Le 4 juillet 1980, Pluton est toujours en orbe de conjonction avec le Soleil, et au carré de la Lune ; pour la première fois de sa vie, il part avec des amis en long voyage à bord d’un bateau. Au milieu de la traversée, la tempête se lève en mer, tout le monde est malade et incapable d’assurer le pilotage... sauf lui, qui n’y connait à peu près rien. Ultime métamorphose plutonienne du temps de son vivant : il assure. "Devant la mer démontée, John pousse des cris de joie... Pendant cinq heures, le matelot Lennon tient son quart et garde le cap. Et lorsqu’il redescend, il est un homme nouveau. Mieux, pour la première fois de sa vie, il se sent vraiment un homme". Manque de bol, quelques mois plus tard, il se fait descendre par un fan qui l’idolâtrait et qui n’avait pas compris et ne pouvait pas savoir que John Lennon s’était enfin libéré de ses démons solaires... La gloire est dangereuse pour les solaires qui n’en mesurent pas assez tôt les effets et la vanité. Article paru dans le n° 17 des Cahiers conditionalistes (1er semestre 1991). Cet
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Richard Pellard
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