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en Astrologie Naturelle

La théorie conditionaliste des Aspects
Histoire des Aspects

Pendant plus de 2500 ans les astrologues n’ont eu qu’une notion intuitive et empirique de ce qu’est la réalité objective d’un Aspect. Ils se bornaient à en constater empiriquement certains effets réels et à en imaginer d’irréels. Très rares et très embryonnaires ont été les tentatives de conceptualisation et donc de théorisation, comme celle exposée par Ptolémée au IIe siècle et celle proposée par Kepler au XVIIe. Toutes deux ont débouché sur des explicatives erronées et des échecs. Ce n’est qu’au XXe siècle que le concept d’Aspect a commencé à être véritablement élaboré, permettant de distinguer le vrai du faux dans les antiques et traditionnelles notions et de formuler une théorie explicative rationnelle à travers une conception d’ensemble de l’astrologie. La conception et la représentation graphique contemporaines des Aspects sont le produit d’une longue histoire, et l’idée même d’Aspect a évolué au cours des millénaires.

Jean-Pierre Nicola et la première théorie des Aspects

C’est entre autre en retournant aux préoccupations et observations des premiers astronomes-astrologues mésopotamiens et en méditant sur l’échec de Kepler que, dans la seconde moitié du XXe siècle, l’astrologue Jean-Pierre Nicola (1929) a refondé la conception des Aspects, inchangée depuis Ptolémée voire Kepler, ce qui a constitué une véritable rupture épistémologique. Depuis son livre fondateur La Condition solaire (1964), il a solidement établi que les Aspects sont les phases d’un cycle dynamique, et non les angles d’un cercle statique, retenu l’idée qu’ils auto-définissent prioritairement leurs orbes, et ce faisant, il en a formulé la première théorie mathématique cohérente.

La vidéo ci-dessous (9’57") est une animation commentée de la notion d’Aspect chez les sumériens et babyloniens.

On ne s’étendra pas ici sur les détails de cette théorie mathématique, puisqu’elle est exposée ailleurs sur ce site. Pour brièvement commenter la figure ci-dessus, cette explication de Nicola suffira : “En résumé : Il y a la conjonction qui contient dans sa marge d’effet tous les harmoniques des aspects dissonants et consonants, et il y a la suite des dissonants obtenus par les diviseurs 2, 4, 8 puis la suite des consonants obtenus par les diviseurs moyens des précédents : 3 (trigone) étant la moyenne de 2 plus 4, comme 6 est la moyenne arithmétique de 4 plus 8”. Cette théorie astronomique, au plan de l’émetteur, est complétée au plan du récepteur humain par une théorie sur les fondements réflexologiques des Aspects.

Dans le cas de la conjonction, on voit dans le diagramme ci-dessus que cette théorie mathématique des Aspects comprend aussi une théorie des orbes, “la conjonction et sa marge d’action étant déterminée à la fois par le diviseur 1 (synergie) et par toute la suite des diviseurs au-delà de 16 (360°/16 = aspect de 22,5°, 360°/24 = aspect de 15°, etc.), correspond à la phase d’accumulation des potentialités qui s’exprimeront à l’occasion des différentes phases du développement des aspects”. La question qui se pose alors est de savoir quel est l’orbe d’une conjonction, qui est le lieu de l’accumulation d’une infinité d’Aspects mineurs. N’étant ni consonante ni dissonante, on gagne à penser que la frontière ce cet orbe pourrait être la moyenne arithmétique de deux harmoniques contigus, l’un consonant et l’autre dissonant. L’observation et la pratique montrent alors que cette limite peut se situer, soit entre 22,5° et 15°, donc à 18,75°, soit entre 15° et 11°5, donc à 13,125°.

On a vu que certains astrologues du XIXe siècle admettaient un orbe maximal de 15°, mais uniquement pour les conjonctions au Soleil. Ceux du siècle suivant, et ils sont très divisés sur ce sujet, l’évaluent généralement à un chiffre compris entre 10° et 15°, limite au-delà de laquelle la plupart commencent à produire des sueurs d’angoisse devant l’inconnu. La limite pourrait ainsi être théoriquement fixée à 13,125°. Une pratique non-indexée sur les restrictions mentales imposées par l’astrologie classique sur ce sujet épineux plaide pourtant pour une extrême limite de 18,75°. Presque tous les astrologues estimeront cet orbe excessif. Ils sont donc invités à le tester systématiquement et sans préjugés. Ils s’apercevront peut-être alors, comme les conditionalistes, qu’il n’a rien d’excessif.

La deuxième figure ci-dessus est une illustration de la même méthode des moyennes arithmétiques, cette fois appliquée aux autres Aspects. On peut certes contester les orbes ainsi admis en les estimant trop étendus. Mais si par exemple on veut réduire ces orbes à (7,5° + 5,625°/2 = 6,5625°) pour les carrés-trigones, il faut alors accepter que l’orbe du sextile soit réduit à (5,625° + 3,75° = 3,18°), ce que les mêmes contestataires jugeront insuffisant. Dans la pratique il est donc conseillé, si l’on se réfère à cette théorie cohérente, d’admettre des orbes de 18° pour les conjonctions-oppositions, 9° pour les carrés-trigones et 5° pour les sextiles, ces chiffres pouvant éventuellement être pondérés et réduits en fonction des planètes impliquées dans un Aspect. Une bonne théorie est là pour guider la pratique, et non pour s’y substituer et l’inverse est aussi vrai : les observations nourrissent la théorie et permettent de d’améliorer ses orientations.

Le tableau suivant récapitule les formules mathématiques des Aspects majeurs & mineurs, ainsi que les valeurs hautes, moyennes et basses de leurs orbes. Il vaut mieux ne prendre en compte les Aspects mineurs qu’entre planètes dominantes. Parmi ceux-ci, les Aspects kepleriens ne sont mentionnés qu’à titre indicatif et parce qu’ils font partie de la même famille harmonique que les autres. Les valeurs maximales des orbes sont conseillées pour les Aspects entre planètes rapides (Lune à Mars inclus) et pour ceux entre planètes angulaires. Les valeurs moyennes conviennent aux Aspects entre planètes rapides et lentes, et les valeurs minimales aux Aspects entre planètes lentes.

La possibilité d’attribuer des valeurs hautes, moyennes et basses aux orbes en fonction des planètes paraît légitimée par les observations tirées de la pratique. Elle signifie que si les effets des orbes propres aux Aspects en soi prédominent nettement, ceux-ci peuvent être pondérés par des orbes déterminés par les planètes elles-mêmes, selon qu’elles aient des durées cycliques plus ou moins courtes ou longues. Ces pondérations font partie des recherches en cours : les valeurs données par le tableau ci-dessus ne doivent par conséquent pas être prises pour des dogmes éternels, mais pour des guides d’étape.

Enfin, signalons que cette seule et unique théorie des Aspects conséquente et cohérente exclut le sesquicarré et le quinconce, Aspects mineurs qui ne font pas partie de la même famille harmonique que les Aspects majeurs et que deux autres Aspects mineurs, le semi-carré et le semi-sextile. Le sesquicarré de 135° et le quinconce de 150° ne sont en effet que le résultat d’additions d’autres Aspects : celui d’un carré et d’un semi-carré pour le premier, et celui d’un carré et d’un sextile pour le second.

Aspects & Signes, phases associées et distinctes d’un même cycle

Dans cette conception, les Aspects et les Signes sont considérés comme deux modalités distinctes d’un même cycle planétaire. Et en intégrant les Signes dans ce cycle, les latitudes écliptiques sont cette fois prises en compte, non pour définir les Aspects, mais pour définir précisément lors de quelles phases zodiacales ils se produisent. Cette interaction Aspect-Signe à l’intérieur du cycle est ainsi une parfaite illustration de l’usage pertinent ou impertinent qu’on peut faire des latitudes. Impertinente dans le cas des Aspects, leur prise en compte est pertinente dans celui des Signes.

Les effets des latitudes écliptiques sur les Signes sont un autre problème. Les graphiques ci-dessous vont nous permettre, en le visualisant, de mieux comprendre ce phénomène. Le graphique de gauche représente l’association Aspects-Signes selon la conception de l’astrologie classique. Les Signes y sont des espaces statiques de 30° chacun, chacun d’entre eux étant défini par son appartenance à l’un des 4 Éléments Feu-Terre-Air-Eau. Les Aspects-cercle purement géométriques associent ces Éléments sur un mode “bénéfique” (conjonction, sextiles, trigones) ou “maléfique” (carrés, opposition).

Le graphique de droite représente la même association Aspects-Signes, mais selon la conception de l’astrologie conditionaliste développée par Jean-Pierre Nicola. Ce sont bien entendu les Aspects-cycle dynamiques qui ont été retenus. Quant aux Signes, ils sont ici représentés sous l’angle chronologique de leur photopériodicité pour 45° de latitude terrestre Nord, c’est-à-dire du rapport de leurs durées diurnes (temps de présence d’une planète au-dessus de l’horizon) et nocturnes (temps de présence sous l’horizon), rapport induit par leurs déclinaisons. Phases aspectales et zodiacales sont simultanées et coordonnées : la dynamique des Aspects dicte, en fonction de la position zodiacale d’une planète à un moment donné, la phase zodiacale qui la caractérisera lors d’un Aspect à cette position.

Le fait que la conjonction et le 0° Bélier ou point vernal, origine conventionnelle des longitudes écliptiques, soient situés sur le même point dans le graphique de droite ne doit pas faire illusion : il ne s’agit là aussi que d’une convention. Les deux graphiques ci-dessus en sont une illustration. Celui de gauche est celui qui figurait à droite de la précédente illustration. Le cycle des phases aspectales et zodiacales y commençait à 0° Bélier. Mais le graphique de droite montre que le couple aspecto-zodiacal peut démarrer en n’importe quel point de l’écliptique - celui, précisément, où une planète se situe lorsqu’elle débute son cycle. Ici ce point est le 25° Cancer. Cette origine implique chronologiquement que le premier Aspect sera un sextile fin Vierge, le second un carré fin Balance, le troisième un trigone fin Scorpion, etc., pour peu que la planète concernée ait toujours une latitude écliptique nulle à très faible lors de ces Aspects dans les Signes.

L’importance des latitudes zodiacales

Dans le cas contraire, la planète en question peut se trouver, de part son importante latitude, dans un autre Signe que celui indiqué par sa longitude. Une planète ayant commencé son cycle d’Aspects à 25° Cancer exactement sur l’écliptique peut ainsi, lorsqu’elle forme son premier trigone et qu’elle a une forte latitude Sud lorsqu’il se produit, ne pas être en Scorpion comme le fait croire la projection de sa position sur l’écliptique, mais en Sagittaire. Les latitudes, à raison négligées dans la mesure des Aspects, sont donc réintégrées dans le cycle planétaire par l’intermédiaire des Signes : chaque élément est à sa juste place, tous sont en interférence et tout se tient.

Le graphique suivant est un exemple des effets des latitudes écliptiques. Il s’agit d’une représentation du Thème des déclinaisons d’Arthur Rimbaud. La sinusoïde bleu foncé représente l’écliptique, entourée de la bande écliptique bleu clair (9° de part et d’autre, mais ici très exagérée). On observe que toutes les planètes ont une très faible latitude et sont donc très proches de l’écliptique ou sur elle, à l’exception de la Lune qui a une importante latitude Nord (+ 3°45’ N), et de Pluton (– 16°59’ S), à la latitude Sud très élevée. De ce fait la Lune, apparemment en Balance si l’on ne se fie qu’à sa longitude, est en fait au-dessus de l’équateur, donc avec une déclinaison Vierge (+ 1°01’ N) : elle n’est donc pas en Balance, mais en Vierge.

Dans ce même graphique, Pluton est en Taureau si l’on en croit la projection de sa position sur le plan écliptique. Mais en raison sa latitude Sud maximale, il est en fait très en-dessous de la bande écliptique, et sa déclinaison (– 3°34’ S) est identique à celle du Soleil à 21° Poissons. Pluton n’est donc pas en Taureau, mais en Poissons... malgré sa longitude Taureau.

On voit ici l’importance des latitudes écliptiques. Une Lune en Vierge n’a pas les mêmes effets qu’une Lune en Balance. Et par ricochet, une conjonction Lune-Vénus en Balance produit des effets différents de ceux du même Aspect entre Vierge et Balance : par l’intermédiaire du zodiaque, les latitudes ont donc un effet sur les Aspects. Une conjonction Lune-Vénus en Balance peut être considérée a priori comme plutôt consonante, alors que le même Aspect en Vierge-Balance est plutôt un indice de dissonance, étant donné que ces deux Signes sont l’inverse l’un de l’autre... Les latitudes écliptiques ont donc un effet indirect sur les Aspects.

Les Thèmes ci-dessous sont aussi des cartes du ciel natal de Rimbaud. Celui de gauche est le classique Thème d’écliptique, qui ne permet pas la représentation des latitudes zodiacales mais autorise celle des Aspects. Celui de droite est le Thème de domitude, fondé à la fois sur les latitudes et longitudes zodiacales, qui donne les positions réelles en Maisons selon la domification placidienne, mais ne permet pas une représentation fidèle des Aspects, puisque ceux-ci ne se fondent que sur les longitudes. On y observe qu’effectivement Pluton est plus bas au-dessus de l’horizon. Mais contrairement au Thème des déclinaisons ci-dessus, aucune de ces deux cartes du ciel ne permet de directement voir que la Lune a une déclinaison Vierge et Pluton une déclinaison Poissons. Chaque représentation a ses avantages et inconvénients.

À titre indicatif, le tableau ci-dessous résume l’ensemble des coordonnées zodiaco-planétaires du même Thème. Toutes n’ont pas la même importance : les longitudes, latitudes & déclinaisons, coordonnées écliptiques relevant de la sphère céleste, sont les plus déterminantes en ce qui concerne les Aspects & Signes. Les latitudes, les hauteurs et les azimuts renseignent, eux, sur les positions planétaires dans la sphère locale et donc en Maisons. Quant aux ascensions droites, elles peuvent par exemple éviter de mal évaluer les effets astronomiques des rétrogradations. Ce tableau montre qu’il ne faut pas se fier qu’aux seules longitudes.

Une telle conception intégrative et dynamique des Aspects et des Signes dans le cadre des durées des cycles et intercycles planétaires est une innovation conceptuelle considérable. Du point de vue externe, astronomique, longitudes et latitudes écliptiques y sont associées et coordonnées, ce qui ne s’était jamais encore produit dans l’histoire de l’astrologie. Et du point de vue interne, réflexologique, une corrélation rationnelle a été établie entre les Aspects et le fonctionnement du système nerveux supérieur. On peut bien sûr continuer à penser et pratiquer une astrologie symboliste dont les préoccupations sont très éloignées de ces considérations astrométriques et cosmographiques. Mais un tel bilan rigoureux, qui est celui de l’astrologie conditionaliste initiée par Jean-Pierre-Nicola, ne saurait être ignoré, et ses conséquences sous-estimées : il rénove en profondeur les fondements de l’astrologie de toujours.

La vidéo ci-dessous (7’03") est une animation commentée des bases de l’interprétation traditionnelle & moderne.

Conclusion... provisoire

Ce document ne prétend pas être une étude exhaustive de la très longue histoire des Aspects astrologiques. N’étant ni historien ni universitaire, je n’ai pu qu’utiliser les ressources de ma bibliothèque et faire des recherches sur Internet pour le rédiger. Une étude plus approfondie réalisée par des chercheurs ayant accès aux ressources des grandes bibliothèques d’archives permettrait probablement, par exemple, de préciser les dates des principaux développements de la notion d’Aspect entre le IIe et le XVIIe siècle, dont je n’ai fait ici que signaler les principales étapes.

Il est néanmoins ici démontré que le concept actuel d’Aspect interplanétaire est le fruit d’une évolution de plus de deux millénaires. Au regard de cette longue durée, c’est tout récemment que ce concept a réellement émergé de la notion initiale de distance zodiacale privilégiée qui a longtemps été la seule façon d’envisager les rapports angulaires entre planètes.

Le privilège des longitudes écliptiques

On constate qu’au cours de ces siècles, les astrologues ont toujours privilégié les longitudes écliptiques pour le calcul des angles zodiacaux et des Aspects planétaires. Rares sont ceux qui ont fait mention des latitudes écliptiques des planètes, et plus rares encore ont été ceux qui ont été partisans de leur prise en compte pour la mesure de ces distances angulaires. Et c’est probablement pour un mélange de bonnes et de mauvaises raisons que les longitudes ont été la seule coordonnée écliptique retenue.

Commençons par inventorier ces raisons. La première n’est ni bonne ni mauvaise mais tient à la contrainte inhérente la notion initiale d’angle zodiacal. Cet angle relevant de la géométrie plane, c’est-à-dire en deux dimensions, il excluait logiquement la troisième dimension que fait intervenir la latitude écliptique. Ptolémée n’inscrivait pas des polyèdres dans une sphère, mais des polygones dans un cercle.

Bonnes ou mauvaises, les autres raisons sont implicites plutôt qu’explicites, puisqu’elles n’ont jamais fait l’objet d’explications jusqu’au XXe siècle. La plus évidente est que la mesure des longitudes est beaucoup plus simple et plus rapide que celle des latitudes qui demandait de très longs et fastidieux calculs. Mais cette raison n’a pu commencer à être crédible qu’à partir du moment ou les Aspects planétaires n’ont plus été confondus avec les angles zodiacaux, donc très tardivement. Et par ailleurs, les astrologues conscients de ce problème et ne l’éludant pas étaient tous, soit également astronomes, soit férus en astronomie à l’époque concernée. S’ils ont fait consciemment ou inconsciemment ce choix implicite, ce n’était certainement pas en raison de leur ignorance des latitudes et des effets éventuels ou avérés de celles-ci sur les angles d’écliptique qu’ils mesuraient. Il est très probable que la pratique et les observations qui en découlaient ont incité les plus perspicaces d’entre eux à ne retenir que le seul critère des longitudes pour calculer les Aspects. Quant aux autres, ils n’ont probablement fait que reproduire la tradition.

Enfin, parmi les bonnes et/ou mauvaises raisons de cette préférence pour les longitudes, on peut penser à la confusion longtemps entretenue entre cercle et cycle, entre les phases du temps cyclique cinématique du réel des Aspects planétaires et l’espace géométrique statique de leur représentation instantanée dans les cartes du ciel.

L’apparition des éphémérides imprimées n’a fait que renforcer cette tendance. Leur relative simplicité d’utilisation se fondait sur l’exclusion des latitudes. Mais la persistance de la notion d’angle zodiacal a probablement été une des raisons de ce choix implicite des longitudes. Elle incitait en effet ceux des astrologues qui utilisaient ces tables astronomiques sans se poser de questions (la majorité) à ne considérer les rapports entre les planètes que dans leur projection sur le plan de l’écliptique et à se désintéresser d’une coordonnée absente, la latitude. C’est d’ailleurs toujours le cas dans les éphémérides modernes, qui ne renseignent que sur les longitudes, et accessoirement sur les déclinaisons. Ce n’est qu’en consultant les chiffres de ces dernières qu’on peut, par déduction, repérer les latitudes.

Une sagacité accidentelle ou inconsciente

Mais le réel est paradoxal, et les découvertes à son sujet sont très fréquemment le résultat d’un dosage de bonnes et mauvaises raisons entremêlées, les bonnes s’avançant parfois masquées sous le couvert des mauvaises. Il ne faut en effet pas sous-estimer le rôle de la sérendipité qui est, avec celui de sa compagne occasionnelle l’intuition, essentiel dans l’histoire des découvertes scientifique. L’inventeur de ce concept, Horace Walpole, le définissait comme synonyme de “sagacité accidentelle”. La définition qu’en donne Wikipédia est conforme à ce sens strict originel et original : “conjonction du hasard heureux qui permet au chercheur de faire une découverte inattendue d’importance ou d’intérêt supérieurs à l’objet de sa recherche initiale, et de l’aptitude de ce même chercheur à saisir et à exploiter cette ‘chance’”.

Les astrologues-astronomes savants du passé ont-ils fait preuve de sérendipité, de “sagacité accidentelle” en privilégiant les longitudes écliptiques dans le calcul des Aspects ? Cela semble très probable. Leur “recherche initiale” dans ce domaine était de nature géométrique et conditionnée par leur croyance en des angles zodiacaux qui correspondaient avec des intervalles musicaux et qu’ils confondaient avec les Aspects planétaires. Or ces savantes hypothèses initiales se sont révéles erronées… mais elles ont débouché malgré eux sur une découverte majeure : ce sont bien les longitudes écliptiques qui comptent dans la mesure des Aspects, mais pas du tout pour la raison géométrique qui les avait guidés. Dans leur cas, on pourrait ainsi diagnostiquer une “sagacité accidentelle inconsciente”, au sens où ils n’ont jamais réalisé ce qu’ils avaient découvert. Ce qui est un cas particulier de sérendipité probablement plus fréquent qu’on ne l’imagine, cette notion polysémique recouvrant diverses interprétations du rôle du hasard dans les découvertes.

La sérendipité déjoue toujours les hypothèses initiales et le plan initialement déterminé du chercheur. Celui-ci cherche une chose et ce faisant en découvre accidentellement ou “par hasard” une autre qui a ou n’a pas de lien direct avec la chose initialement recherchée. Le talent du découvreur réside alors dans son aptitude à “saisir et à exploiter cette ‘chance’”. On ne peut pas dire que les astrologues du passé aient eu cette aptitude. Ils n’ont jamais compris qu’ils avaient découvert la primauté des longitudes sur les latitudes pour de bonnes raisons.

Certains en ont-ils néanmoins eu l’intuition ? Si c’est le cas, il n’en reste aucune trace documentée, sauf chez Kepler, qui a tardivement réalisé que “les lois et périodes des cycles devraient faire l’objet d’une investigation en collectant des observations faites sur de nombreuses années”. Par cette formulation, il ouvrait le champ à une conception temporelle, cyclique des Aspects qui légitimait le recours aux seules longitudes pour les mesurer, comme on l’a démontré. Et ce n’est que trois siècles plus tard que le chercheur-astrologue Jean-Pierre Nicola a enfin su mettre à profit cette “sagacité accidentelle” des astrologues du passé et en donner enfin une interprétation pertinente.

En conclusion et en résumé, cet aperçu historique au sujet des Aspects et de leurs orbes, ainsi que des angles zodiacaux de déclinaison (antisces et contre-antisces) nous a permis de déterminer l’influence ou la non-influence des latitudes écliptiques sur ces éléments, à savoir que :

1) Les latitudes écliptiques ne sont pas une coordonnée pertinente pour mesurer les Aspects, lesquels ne sont pas des angles géométriques dans un espace statique comme les astrologues l’ont longtemps cru et pensé, mais les moments caractéristiques des phases d’un cycle ou intercycle planétaire dans une temporalité dynamique ; en conséquence de quoi les Aspects sont exclusivement mesurés sur le plan écliptique et en rapport avec les longitudes déterminées par celui-ci ;

2) Les latitudes écliptiques sont une coordonnée pertinente pour mesurer les antisces et contre-antisces, qui ne sont donc pas des Aspects, mais les plus petites unités de mesure, exprimées en degrés, du caractère antiscial ou contre-antiscial qui qualifie les paires de Signes en miroir de part et d’autre des axes équinoxial ou solsticial dans le zodiaque des déclinaisons.

3) Les Aspects et les déclinaisons des Signes, lesquelles induisent les photopériodes de ceux-ci, sont les deux caractéristiques périodiques d’un même cycle ou intercycle planétaire. En associant ainsi Aspects et Signes, les deux coordonnées écliptiques que sont la longitude et la latitude sont également prises en compte. Le trio Planète-Signe-Aspect, dont il faut dissocier analytiquement les éléments afin de déterminer les coordonnées propres à chacun d’entre eux, constitue ainsi une réalité synthétique.

L’usage de la latitude écliptique est donc pertinent dans le cas des antisces et contre-antisces, et non-pertinent dans le cas des Aspects. Nombre d’astrologues du passé auraient été ravis de savoir qu’ils ont eu une intuition juste débouchant malgré eux sur un savoir qu’ils n’ont jamais formulé. L’unité astronomico-astrologique de ce trio Planète-Signe-Aspect en tant que cycle structuré par des phases périodiques n’avait jusqu’au XXe siècle jamais été démontrée. C’est maintenant chose faite et l’aventure cognitive continue dans ce domaine de l’astrologie comme dans tous les autres.

Cet article vous a été proposé par Richard Pellard

Voir aussi :

▶ Théorie et pratique des aspects
▶ Les aspects, phases d’un cycle
▶ Aspects : Existe-t-il un modèle traditionnel ?
▶ Aspects : Théorie et Bilan Conditionaliste
▶ Introduction à l’interprétation des aspects
▶ Les Aspects planétaires et leurs orbes
▶ Les Aspects kepleriens
▶ Les « aspects » aux Angles
▶ Chronologie des Aspects et Transits
▶ Les Aspects planétaires


Les significations planétaires

par Richard Pellard

620 pages. Illustrations en couleur.

La décision de ne traiter dans ce livre que des significations planétaires ne repose pas sur une sous-estimation du rôle des Signes du zodiaque et des Maisons. Le traditionnel trio Planètes-Zodiaque-Maisons est en effet l’expression d’une structure qui classe ces trois plans selon leur ordre de préséance et dans ce triptyque hiérarchisé, les Planètes occupent le premier rang.

La première partie de ce livre rassemble donc, sous une forme abondamment illustrée de schémas pédagogiques et tableaux explicatifs, une édition originale revue, augmentée et actualisée des textes consacrés aux significations planétaires telles qu’elles ont été définies par l’astrologie conditionaliste et une présentation détaillée des méthodes de hiérarchisation planétaire et d’interprétation accompagnées de nombreux exemples concrets illustrés par des Thèmes de célébrités.

La deuxième partie est consacrée, d’une part à une présentation critique des fondements traditionnels des significations planétaires, d’autre part à une présentation des rapports entre signaux et symboles, astrologie et psychologie. Enfin, la troisième partie présente brièvement les racines astrométriques des significations planétaires… et propose une voie de sortie de l’astrologie pour accéder à une plus vaste dimension noologique et spirituelle qui la prolonge et la contient.

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Pluton planète naine : une erreur géante

par Richard Pellard

117 pages. Illustrations en couleur.

Pluton ne fait plus partie des planètes majeures de notre système solaire : telle est la décision prise par une infime minorité d’astronomes lors de l’Assemblée Générale de l’Union Astronomique Internationale qui s’est tenue à Prague en août 2006. Elle est reléguée au rang de « planète naine », au même titre que les nombreux astres découverts au-delà de son orbite.

Ce livre récapitule et analyse en détail le pourquoi et le comment de cette incroyable et irrationnelle décision contestée par de très nombreux astronomes de premier plan. Quelles sont les effets de cette « nanification » de Pluton sur son statut astrologique ? Faut-il remettre en question son influence et ses significations astro-psychologiques qui semblaient avérées depuis sa découverte en 1930 ? Les « plutoniens » ont-ils cessé d’exister depuis cette décision charlatanesque ? Ce livre pose également le problème des astres transplutoniens nouvellement découverts. Quel statut astrologique et quelles influences et significations précises leur accorder ?

Enfin, cet ouvrage propose une vision unitaire du système solaire qui démontre, chiffes et arguments rationnels à l’appui, que Pluton en est toujours un élément essentiel, ce qui est loin d’être le cas pour les autres astres au-delà de son orbite. Après avoir lu ce livre, vous saurez quoi répondre à ceux qui pensent avoir trouvé, avec l’exclusion de Pluton du cortège planétaire traditionnel, un nouvel argument contre l’astrologie !

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