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Voyage au cœur de la Pataphysique ou les avatars de la Transcendance

Oyez, oyez, Satrapes, Gidouilles et autres Curateurs, la Pataphysique a maintenant plus de cent ans mais elle n’est pas morte ! Créée par Alfred Jarry en 1898, elle a compté dans ses rangs d’illustres membres qui se sont tous distingués par de « savantes recherches inutiles ». Vian, Queneau, Pérec, par exemple, ont versé dans cette « science des solutions imaginaires à des problèmes imaginaires ». Mais quelles étaient les motivations profondes de ces pourfendeurs des absurdités ubuesques de l’existence ? Et comment l’étude de leurs thèmes peut-elle nous aider à y voir plus clair dans toute cette « merdre » ? Patastrologisons donc.

Jarry : « Les cieux sont vides »

En ouvrant l’Encyclopédie Universalis à son nom, on tombe sur ces drôles de lignes, qui ont du faire se retourner Diderot dans sa tombe : « Jarry naît à Laval, le jour de la Nativité de la Vierge, le Soleil, l’Ascendant, Mercure, et Jupiter étant précisément logés dans le signe de la Vierge, mais Mars dominant au Fond du Ciel. Ce curieux des sciences oubliées, cet inspecteur assidu du ciel nocturne obéira contradictoirement à des sollicitations ennemies répondant soit au thème de la Vierge, soit de Mars ». L’interprétation christique que fait ensuite l’auteur de ces lignes, de ce pauvre Alfred mort à 34 ans et de son « chemin de croix humoristique », laisse quant à elle un peu sceptique…



Qui était donc ce fameux Jarry ? Un provocateur ? Un prophète ? Un dénonciateur de tous les pouvoirs, quels qu’ils soient ? Le démiurge d’un Dieu grotesque qu’il portait en lui (cet immonde Ubu) ? Sûrement un peu tout ça à la fois, tant il semble difficile de résumer le bonhomme en une formule lapidaire et définitive.

Ce qui est sûr, c’est qu’avec Mercure-Jupiter-Soleil en Vierge trigone à Pluton, il n’eut de cesse de faire coïncider son œuvre avec la recherche intérieure d’un Ordre, d’une Loi qui prennent en compte l’absurdité et le chaos de l’univers. « Destin n’est qu’un mot et les cieux sont vides, s’il était des cieux autres que mes yeux ».

Chez Jarry, l’identité s’oppose toujours à une réalité qu’il défie ou qu’il nie avec violence. Ubu lui-même n’est qu’invectives, menaces de coups plus ou moins courageuses : « de par ma chandelle verte, je vais vous assommer de côtes de rastrons », « je suis d’avis d’empoisonner simplement le roi en lui fourrant de l’arsenic dans son déjeuner. Quand il voudra le brouter il tombera mort et ainsi je serai roi ». À travers Ubu, Jarry a exploré jusqu’au dégoût, le délire narcissique d’un moi qui se gonfle jusqu’à en exploser, le fantasme de la Vierge étant de faire déborder les limites de son ego pour qu’il finisse par engloutir le monde extérieur, et l’incorporer, purement et simplement.

Mais tout commence, et tout finit par la « merdre ». L’hypertrophie du moi, chez Jarry, aboutit forcément au trop-plein de merde, à l’absurde. Les règles, les codes, les lois (Soleil-Jupiter), ne sont que l’expression d’un désordre, d’une anarchie (Pluton) qui s’en sert pour mieux en rire. « Et si vous ne vous taisez pas, comme les grandes douleurs sont muettes, afin de vous faire très mal, je vais vous marcher sur les pieds ». Mercure-Soleil-Jupiter : les mots eux-mêmes impliquent la réalité qu’ils recouvrent, la conditionnent, la déterminent par la seule force de l’absurde. Le jeu de mots ne fait plus seulement rire, il est la clé du délire, la seule réalité du fou. La logique, forme rassurante qu’utilise l’intelligence pour se convaincre d’une compréhensibilité du monde, n’est, elle aussi, qu’une sorte de serpent qui se mord la queue : « Germanie, ainsi nommée parce que les habitants sont tous cousins germains ». « S’il n’y avait pas de Pologne, il n’y aurait pas de Polonais ! ». Dans le monde clos de la Vierge, tous les éléments se cherchent et se trouvent, s’agrègent et s’additionnent pour mieux affirmer leur existence face à l’Existence, et ainsi la nier. La logique du particulier vient bouleverser, ébranler l’ordonnancement du monde. Le moi devient plus fort, plus consistant, tout aussi digne d’intérêt que le monde extérieur. « Il n’y a pas de raison pour que je n’appelle pas l’aube le moment où je me lève aussi bien que celui où c’est le soleil qui se lève ».

La Pataphysique : le rêve est au cœur du réel

La Pataphysique est « la science du particulier. Elle étudie les lois qui régissent les exceptions », d’après Jarry lui-même. Kézako ? En fait, et le plus sérieusement du monde, la pataphysique se situe au-delà de la métaphysique en ce sens qu’elle intègre la notion d’« indétermination au centre de l’explication du monde, ce qu’Heisenberg, Planck et le prince de Broglie chercheront à traduire mathématiquement dans l’appareil de la microphysique. Indétermination dans notre connaissance et non dans l’univers pour Heisenberg, mais Jarry ne la voyait pas autrement, pour qui l’objet n’est à l’homme que ce qu’il en connaît. Ainsi le clinamen, aberrance infinitésimale — et décisive —, est au principe et au cœur de toute réalité, de toute pensée, de tout art et de toute science » (Encyclopédie Universalis).

L’autre définition de la Pataphysique, celle des « solutions imaginaires » s’éclaire ainsi : la réalité n’étant jamais complètement compréhensible et appréhendable (nous sommes tous condamnés à errer dans le particulier, le contingent, le « conditionnel »…), elle ne peut être considérée que par rapport à ce qui s’en échappe : l’imaginaire, l’inconscient, le rêve (cf. l’une des dernière paroles de Jarry avant de mourir : « le Père Ubu, qui n’a pas volé son repos, va essayer de dormir. Il croit que le cerveau, dans la décomposition, fonctionne au-delà de la mort et que ce sont ses rêves qui sont le Paradis »).

On le voit mieux maintenant, la Pataphysique n’est plus la simple blague de potache qui lui a donné naissance, dans le lycée de Rennes que Jarry fréquentait. C’est l’une des plus rigoureuses tentatives de réconcilier philosophie, art, et science. L’astrologie conditionaliste est pataphysique dans son souci de poser le conditionnel au cœur de toute connaissance… À quand la satrapisation du conditionalisme ?…

Science de l’indéterminé, du renversement des valeurs et de leur soi-disant hiérarchie, la Pataphysique est plus que jamais d’une incroyable modernité. Nul doute que les rationalistes de notre temps n’y accorde aucun crédit, comme ils n’accordent aucun crédit à l’astrologie…

Hiérarchie planétaire de la Pataphysique

En se basant sur les thèmes de 17 pataphysiciens « officiels » (Alfred Jarry, Erik Satie, Raymond Queneau, Boris Vian, Raymond Roussel, Georges Pérec, Gilles Deleuze, Jean-Christophe Averty, Franck Ténot, Jean Dubuffet, Eugène Ionesco, René Clair, Jacques Prévert, Francis Ponge, Henri Salvador, Guillaume Apollinaire, Paul-Émile Victor), nous nous sommes amusés à rechercher la hiérarchie moyenne condensant celle de tous ces thèmes (occupation vaine mais hautement pataphysique…). Nous avons abouti à la hiérarchie suivante : Pluton, Uranus, Vénus, Neptune, Jupiter-Soleil-Lune ex-æquo, Saturne, Mercure, Mars. Soit la hiérarchie R.E.T. suivante : T-e-r-P-R-p-t-E.

Sans surprise, le niveau ‘T’ arrive en tête, et l’Existence est en queue de peloton… Pas étonnant, pour des êtres venus tous de milieux artistiques ou scientifiques différents, mais tous réunis pour tenter de proposer une vision du monde qui tienne compte de dimensions étranges, ténues, inconscientes, propres à Pluton, Neptune ou Uranus. La réalité basique, palpable, brute de décoffrage de Mars est quant à elle traitée comme portion congrue. La sensibilité vénusienne n’est pas exclue des systèmes pataphysiques, ce qui n’est pas étonnant quand on sait qu’ils étaient aussi des tentatives de bouleverser l’esthétique, par le biais notamment de la poésie, de la peinture et de la musique.

L’aspect parfois pompeux, célébratif du culte de l’apparat inhérent aux cérémonies de la société pataphysique (remises symboliques de « gidouilles »), les références renouvelées à la linguistique, aux jeux oulipiens se retrouvent quant à eux dans le niveau ‘r’. Et tant pis pour ceux qui auraient bien voulu déceler une note mercurienne dans l’apparente déconnade inconséquente de la Pataphysique : ils peuvent se rhabiller, car Mercure est très faible, ce qui nous conforte dans l’idée que, derrière la rigolade de façade, on parle de choses sérieuses (sérieuses comme doit toujours l’être l’humour : un art réservé à tout ceux que la connerie des adultes a rendu gravement désespérés). Raymond Queneau le disait lui-même : « Je n’aime pas rire, je suis un mélancolique. Je me morfonds ». Ou Noël Arnaud, le créateur de l’Oulipo : « on aura beau se pencher sur la « merdre » et contempler « mon cul », on n’y découvrira pas une once d’humour. Chez Queneau, comme dans Jarry et Allais, on rencontre fréquemment des jeux de mots sinistres, des calembours ratés, des plaisanteries atterrantes. Et de la grossièreté, de la trivialité ».

Pascal Pia et Noël Arnaud l’ont très bien défini : « La Pataphysique étudie les lois qui régissent les exceptions et elle s’attache à expliquer un univers que l’on peut voir et que peut-être l’on doit voir à la place de l’univers traditionnel ».

Une illustration : Raymond Queneau

Le cas de Queneau mérite qu’on s’y attarde, pour creuser un peu plus cette question de la prédominance du niveau Transcendance dans la Pataphysique.



Connu surtout pour avoir écrit Zazie dans le métro ou les Exercices de style, Raymond Queneau est souvent réduit à un simple « agitateur de mots », mêlant constamment écriture et mathématiques. Mais son œuvre, en apparence dénuée de chair et de sensibilité, se creusait d’un questionnement permanent au sujet de la transcendance. Pour un écrivain, une illustration communément admise de la transcendance est « l’inspiration ». Mais Queneau, fort d’une opposition Lune-Uranus à Neptune-Pluton dominante, ne l’entendait pas de cette oreille. Il n’eut en effet de cesse, toute sa vie, de chercher à bâtir de nouvelles règles littéraires, à la fois novatrices (Verseau) et vierges de toutes références (Poissons). Son obsession pour les structures chiffrées l’a amené à y voir la base d’une homogénéité immuable, luno-uranienne, qui puisse dépasser l’inanité apparente, plutonienne du réel. Le tout, en se défiant bien de croire en quelque recours à un hypothétique au-delà neptunien. « C’est en écrivant que l’on devient écriveron », et pas en se raccrochant à une soi-disant « inspiration ». Il lui fallait une structure, des contraintes, une méthode (conjonction Soleil-Jupiter) pour ne pas se fourvoyer dans le sentimentalisme ou la tentation de trop laisser pleurer son cœur (Vénus fortement dissonnée). Comme tous les pataphysiciens qui se respectent, pour Queneau, la réalité est creusée d’un vide qui la nourrit, et n’existe que par rapport à un univers fantôme qui lui serait parallèle (trigone Mars-Pluton). Il faut donc tout détruire pour pouvoir espérer voir émerger un autre monde. Comme l’expliquait Paul Valéry (pataphysicien oublié) : « que serions-nous sans le secours de ce qui n’existe pas ? Les mythes sont les âmes de nos actions et de nos amours. nous ne pouvons agir qu’en nous mouvant vers un fantôme. nous ne pouvons aimer que ce que nous créons ». On le voit, la définition pataphysicienne de la transcendance, fortement uranienne, est plutôt celle d’un invisible à révéler (représentation de la transcendance), que celle d’une immanence immuable, absolue, inconnaissable (celle de la religion, par exemple).

Équivalence des contraires

« Quand j’énonce une assertion, je m’aperçois tout de suite que l’assertion contraire est tout aussi intéressante », confiait Queneau, illustrant ainsi un principe fondamental de la pataphysique : celui des équivalences. « Ce que la pataphysicien soutient, c’est que le signe + et le signe — s’annulent et se fécondent ». (Encyclopédie Universalis).

Les deux thèmes de Jarry et de Queneau se distinguent par une structure de conflit entre les phases égalitaires et paradoxales (duel Vierge-Sagittaire chez Jarry et dissonances Gémeaux-Poissons-Sagittaire chez Queneau). « En phase égalitaire, l’individu perçoit les caractéristiques abstraites de la polarité. Le blanc égale le noir, une chose vaut son opposé ». « En phase ultra-paradoxale, il confond le noir et le blanc et se montre confus par excès d’abstraction généralisatrice : pour lui, une chose et son opposé ne sont ni antagonistes, ni contradictoire ». (Richard Pellard, Manuel d’astrologie universelle).

Pas étonnant qu’ils aient tous deux, en tant que fondateurs de la pataphysique, insisté sur l’illusoire opposition des valeurs. Georges Bataille (axes Vierge-Poissons, Gémeaux-Sagittaire dominants) écrivait à propos d’un roman de Queneau : « la valeur y est mise au niveau de ce qui manque de valeur » ; « il se rapprochait du pataphysicien qui n’attribue de valeur à aucune valeur ou, mieux encore et selon nous, valorise toute chose, tant il est vrai que nul n’est plus positif que le pataphysicien ». (Noël Arnaud)



Si le monde de l’imaginaire s’oppose au monde réel, ils doivent également pouvoir s’unir par le fruit d’une dialectique qu’on peut appeler poésie, rêve, transcendance ou Intégration

Pataphysiciens en vrac :

Parmi tous les pataphysiciens « officiels » ou « probables », on trouve toujours une planète ‘T’ dans les dominantes, de Raymond Roussel à Georges Pérec, en passant par Desproges, Jean-Christophe Averty, Jacques Prévert, etc. Éclairons les thèmes de quelques morceaux choisis pour leur exemplarité pataphysicienne :

- Erik Satie (Neptune) : L’auteur des Gymnopédies et des Gnossiennes fut canonisé en tant que « Grand Parcier et Maître de chapelle de l’Église métropolitaine d’art de Jésus conducteur » le jour de sa naissance, en calendrier vulgaire (soit : non pataphysique), le 17 mai. Il illustre lui aussi très bien la dualité qui est au cœur du « système » pataphysicien. Était-ce un drôle, un provocateur, un de ces bouffons occupés à bouffer du bourgeois par mépris de la bonne cuisine, ou plutôt un triste que l’esbroufe irritait (un artiste, quoi) ? Il nous donne lui-même la réponse : « Les critiques me représentent comme étant drôle… ce n’est pas vrai… Je ne suis pas drôle… ni ne désire l’être… Je suis un triste… un mélancolique… un « pleureur » — comme le saule — ce qui est assez bien pour moi ».



Il s’agissait donc bien d’un vrai pataphysicien, dans le sens ou la pataphysique induit l’humour, mais dans un sens désespéré, et dénué de référence à quelque transcendance que ce soit. Un humour qui broie du noir, donc et qui n’épate ou n’amuse les galeries que pour mieux les dynamiter ensuite. L’auteur des Préludes flasques ou des Embryons desséchés était un énervé, un marsien destructeur qui aimait trop la musique pour la cantonner à n’être qu’une sorte de machin vénusien à brosser dans le sens du cœur (Vénus faible). Petit ‘e’ dominant, Satie avait une vision marso-neptunienne de la musique dans le sens où celle-ci guide l’auditeur vers une forme de rêve intérieur, mais toujours dans un souci d’induire un climat qui ne soit déterminé par rien. Un climat qui ne doit rien à l’existence et qui ne soit redevable qu’aux délires qu’elle nous inspire.

Pour Satie, la transcendance pataphysicienne s’inscrivait dans la revendication d’un humour radicalement anarchique, pour mieux appuyer le sentiment de la mort de Dieu.

Georges Pérec (Pluton-Uranus) : L’auteur de La disparition, plus belle tentative à ce jour d’écriture en lipogramme (« œuvre littéraire dans laquelle on s’astreint à ne pas faire entrer une ou plusieurs lettres de l’alphabet », Larousse) fut un éminent « oulipien » (Ouvroir de Littérature Potentielle, désigné sous le sigle Oulipo et créé en 1960). L’Oulipo s’est créé dans l’optique de donner un grand coup de pied dans le langage et « d’ouvrir de nouvelles voies inconnues de nos prédécesseurs » (François Le Lionnais, créateur du mouvement). Pour ce faire, le recours aux mathématiques ou aux recherches de la physique quantique fut utilisé, notamment par Queneau, Roubaud ou Pérec. Afin de créer une représentation « transhumaine » de l’existence, la fonction plutonienne de Pérec a trouvé dans l’ordonnancement uranien, parfait, irréfutable des mathématiques une sorte de « voie royale et idéale ». En suivant des contraintes apparemment absurdes, comme celles du lipogrammes ou de l’écriture en algorithmes, les écrivains oulipiens n’ont rien fait d’autre que de ne pas suivre les règles apprises, imposées par l’habitude, de la littérature. La méfiance à l’égard de tout psychologisme ou de culte excessif en ce dieu incertain qu’on appelle « Inspiration » a guidé ce choix de suivre des règles arbitraires, au mépris de toute logique moutonnière. L’esprit Poissons et la faiblesse de Mars achevèrent de l’amener à créer un univers déconnecté (en apparence seulement) du réel et de nos représentations simplistes pour aboutir à l’établissement d’un mode d’emploi radical et décalé à ce que l’on appelle communément « la vie »



Boris Vian (Uranus) : La seule planète ‘T’ que l’on retrouve dans les dominantes du thème de Vian est Uranus (Neptune est en milieu de tableau et Pluton est « dans les choux »). Bannissant à la fois la psychanalyse (impuissante selon lui à déchiffrer le langage de nos rêves) et la religion (impuissante à quoi que ce soit…), Vian avait un rapport exclusivement pataphysicien à la transcendance : elle se crée plus qu’elle ne se vit. En uranien acharné, son œuvre n’est que destruction violente des formes mortes que nous ont léguées les anciens (en littérature, en musique, en physique, en tout) pour en créer de nouvelles, et des vivantes, cette fois… Marqué comme Queneau par les signes du Verseau et du Poissons, la recréation passait chez lui par une nécessaire déconstruction.



Uranus versus Vénus : Marqué par une enfance trop douce, trop couvée, trop maternelle (« Je ne pouvais pas me pencher aux fenêtres, je ne traversais pas la rue tout seul, il suffisait qu’il y ait un peu de vent pour qu’on me mette ma peau de bique et, hiver comme été, je ne quittais pas mon gilet de laine ». « On ne peut pas passer sa vie avec une mère trop affectueuse, à la sensiblerie, sans être comme du flan au lait, mou et blanc. il fallait sortir de ça, il fallait filer de la couveuse »), Vian tua à grands coups d’Uranus cette Vénus trop molle pour son rêve d’héroïsme. « Peu à peu, je me suis construit un monde à ma mesure… sans cache-nez, sans parents. Vide et lumineux comme un paysage boréal et j’y errais, infatigable et dur, le nez droit et l’œil aigu… sans jamais cligner les paupières. Je m’y entraînais, des heures, derrière une porte et il me venait des larmes douloureuses que je n’hésitais pas à répandre sur l’autel de l’héroïsme ; inflexible, dominateur, méprisant, je vivais intensément ».

De la même manière, Vian cherchait à travers la pataphysique un système qui ne fasse pas honte au réel, qui puisse le toiser avec fierté, sans subjectivité ni mollesse. Un système assez intelligent pour placer le particulier à la hauteur de l’universel, le bien à la hauteur du mal, le jour à la hauteur de la nuit, etc. Un système, rappelons-le, totalement conditionaliste…

Références :

- Magazine littéraire n° 388 ; « La Pataphysique »
- Magazine littéraire n° 228 ; « Raymond Queneau »
- Magazine littéraire n° 270 ; « Boris Vian »
- Raymond Queneau ; Bâtons, chiffres et lettres
- Oulipo ; La littérature potentielle

Article paru dans le n° 15 du Fil d’ARIANA (avril 2001).

Cet article vous a été proposé par : Rémi Valet




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