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Saturne, Franquin et Lagaffe : Gaston n’était pas à l’heure…

Gaston Lagaffe apparaît pour la toute première fois le 28/02/1957, alors que Saturne commence son transit à l’Ascendant du Thème natal de Franquin. C’est alors un personnage complètement secondaire, un « homme sans qualités » comme disait Musil. Grand dadais, adolescent gauche et filiforme, il entre comme par effraction dans les aventures de Spirou et des Marsupilamis. Pour ses premières apparitions, il est vêtu d’un costume sobre, porte un nœud papillon et arborre une posture un peu raide : un personnage subalterne, anodin, banal, anonyme, à mille lieues du gaffeur-expérimentateur indiscipliné, anarcho-écologiste qu’il deviendra plus tard.

La saga des D.N. fausses ou imprécises se poursuit : après le cas de Pierre Mendès-France (voir le n° 23 du Fil d’ARIANA), celui de Michel Houellebecq (voir le n° 24), voici celui du dessinateur André Franquin, génial créateur de de Gaston Lagaffe et du Marsupilami. Tout a commencé en octobre 1984…

« L’astrologie par la bande »

C’est à cette époque que paraît le n° 8 des Cahiers Conditionalistes. Jean-Pierre Vézien tient dans le bulletin interne du COMAC une rubrique où il analyse les Thèmes des auteurs de bandes dessinées. En octobre 1984 est donc publiée celle consacrée à André Franquin ; c’est le Thème ci-dessous que Vézien a interprété. La mention de la D.N. était la suivante : « 03 janvier 1924, 6 h 25, Bruxelles ».

À l’époque, sans même penser à vérifier quoi que ce soit, étant encore débutant en conditionalisme et n’étant pas un grand connaisseur de B.D. (précision : pendant mon enfance, j’avais quand même dévoré presque toutes les désopilantes aventures de Gaston), j’avais pris pour argent comptant le Thème de Franquin et son interprétation.

Ce Thème se caractérisait par l’angularité d’une conjonction de Jupiter en Sagittaire à Lune-Mars en Scorpion et l’extrême faiblesse de Saturne. Jean-Pierre Vézien en tirait l’interprétation suivante :

« Je ne me suis jamais demandé ce que j’allais faire dans la vie. Je vivais comme un légume, sans penser à l’âge adulte ». Le petit Franquin, on le voit, n’a pas attendu le nombre des années pour montrer le bout du gros nez lunaire en patate de son héros sans emploi. Grâce aux dieux de la B.D., les potentialités rigolotes de la Lune franquinesque, puissamment stimulées par la synthèse hyper-adaptée de Jupiter-Sagittaire, se sont bien vite employées à germer tous azimuts. Témoin le célèbre Marsupilami, mammifère à tout faire et à queue polyvalente, amphibie, ovipare, omnivore et quadrumane de surcroît… Mais revenons à notre Gaston.

Blotti au plus douillet d’un monceau d’archives, avec son chat dingue, sa mouette, ses conserves et sa musique douce, il ronronne aux anges, communiant dans un même rêve avec M’oiselle Jeanne qui s’est assoupie à l’étage au-dessus. Comme le fait judicieusement remarquer son chef, on hésite à interrompre un bonheur si parfait… Des virtualités lunaires pareilles, en effet, ça ne s’actualise qu’avec moult précautions, sous peine de très très gros ennuis. Car le bien nommé Lagaffe, c’est une vraie mine d’idées fracassantes, dans tous les sens du terme. Une fois réveillé, son diable de Mars va-t-il exploser, inonder, enfumer, faire écrouler les plafonds ? Nul ne saurait le dire, et surtout pas Gaston lui-même : Saturne est bien trop anémique pour lui permettre d’envisager raisonnablement les conséquences de ses actes. Les déferlements incontrôlés du ‘T’ neptunien dans son vécu ont dès lors beau jeu de lui arracher les suaves « M’enfin ! » de stupéfaction qui font tout son charme.

Lunairement homogène à son végétatif inventeur, l’improbable instrument nommé gaffophone, laissé assoupi dans un coin de remise, finit lui-même par bourgeonner, pousser des rameaux, puis héberger toute une faune pittoresque, réalisant ainsi — Spirou dixit — « un bel exemple d’équilibre écologique ». Mais si vous titillez son Mars en frôlant ses cordes, les avions de chasse qui le survolent ne résisteront pas aux ondes de choc. Avec ce frôlement-là, nous touchons du doigt les effets d’un « E extensif » en phase paradoxale, et s’il fallait faire l’inventaire des catastrophiques erreurs de dosage dans la saga de notre gaffeur, ce numéro entier n’y suffirait pas. Car une fois émergé de ses ronflantes méditations, il se démène sacrément, cet endormi de Gaston ! En bon Jupiter-Sagittaire, soucieux de faciliter la vie de ses collègues ou d’améliorer leur rendement, il est toujours au premier rang pour leur asséner ses idées géniales. Par la grâce de Neptune et par celle du Scorpion, idéal empêcheur d’associer en rond et de signer les contrats avec De Mesmæker, on sait ce qu’il en advient. Et le gros Jupiter et l’apoplectique P.D.G. sont chaque fois torpillés en beauté.

Mais tant d’actes manqués avec une telle constance ne sont, peut-être, que l’espèce qui se rebiffe, le grain de sable salvateur enrayant nos mécaniques folles de prétendus civilisés. Gaston, qui n’est pas bête, s’en rend de plus en plus compte au fil des albums : non content de poursuivre avec brio son illustration du Droit à la paresse, le voilà saboteur conscient des parcmètres, dénonciateur en douce de la barbarie militaire, défenseur actif des baleines et des hirondelles… Franquin est bien mûr pour nous livrer, hors presse enfantine, les féroces griffures de ses « Idées noires », logique amplification scorpionnesque des incessants petits coups de canif de Gaston dans le contrat social ».

Il se trouve que cette brillante analyse du fonctionnement de Gaston-Franquin en tant que jupitéro-lunaire était basée sur un faux Thème… alors même que Vézien avait donné la bonne D.N., à ceci près que Franquin n’est pas né à Bruxelles, mais à Etterbeek, qui se trouve dans sa toute proche banlieue. L’État-Civil belge fait bien naître le créateur de Gaston Lagaffe à 6 h 25… J’ignore donc pourquoi Vézien a monté son Thème pour 4 h 50. Gaston lui aurait-il inspiré cette monumentale gaffe ?

Dans le faux Thème de Franquin, le trio Jupiter-Lune-Mars domine et le « petit t » est très faible. Dans le vrai Thème, le « petit t » domine et le trio Jupiter-Lune-Mars n’est pas dominant. Une petite différence…

Avant de continuer, je tiens à préciser que cette étude ne vise nullement à faire le procès de la grosse gaffe de Vézien. Avant qu’un concours de circonstance ne m’incite à approfondir le cas Franquin quelques années plus tard, j’ai d’ailleurs moi-même contribué à perpétuer cette image du Gaston « lunaire » dans une bande dessinée que je réalisais pour la revue Astrologie pratique : je serais donc bien mal placé pour jouer l’accusateur ou le redresseur de torts.

Pour que les choses soient bien claires, j’irai même encore plus loin dans l’autocritique en évoquant une erreur similaire que j’ai commise dans L’astrologie universelle présentée par Françoise Hardy, ouvrage collectif paru chez Albin-Michel en 1986. Voici ce que j’écrivais à propos de Jean-Paul Sartre (p. 209) : « Sartre, le « pape » de l’existentialisme. Existence, avez-vous dit ? Eh oui… Toutes les planètes d’Existence extensive (Mars-Jupiter-Saturne) et intensive (Mars, Vénus, Neptune) sont au rendez-vous des dominantes. Ce qui valorise Mars en premier lieu, dont la formule est « existence d’Existence ». De quoi faire dire à Antoine Roquentin, héros de « La Nausée » : « Exister, c’est être là, tout simplement » ».

À l’époque, la version du Thème de Sartre qui circulait était effectivement celle qui lui faisait de lui un marsien du Scorpion. La fonction de Mars dans le R.E.T. étant « existence de l’Existence » et Sartre étant le créateur de la philosophie « existentialiste », je dois reconnaître, étant donné que je n’avais pas du tout approfondi la philosophie sartrienne, que je n’ai pas cherché plus loin, bêtement satisfait du référentiel « Existence » commun à sa dominante planétaire n° 1 et au mot désignant sa philosophie. Quelques années plus tard, j’ai pris connaissance du Thème de Raymond Aron, principal adversaire idéologique de Sartre à la même époque. Stupeur : il avait un Mars en Scorpion dominant au Milieu-du-Ciel !

Jusqu’alors, je ne m’étais jamais trop posé de questions sur la fiabilité des dates et heures de naissances, et je ne m’étais pas non plus intéressé à la pensée de Aron. Je n’étais pas non plus de la clique des sartriens-gauchistes fanatiques qui pensaient stupidement qu’il vallait mieux « avoir tort avec Sartre que raison avec Aron ». J’étais pire que ça : j’avais énormément lu Sartre (ses romans et son théâtre, mais très peu ses textes philosophiques) et jamais Aron. Je me suis donc documenté sur Aron… et là, je me suis rendu compte que le marsien du Scorpion (le réaliste discriminateur), c’était Aron et pas Sartre. Quelque temps plus tard, j’ai pris connaissance des DN officielles de Sartre et Aron. Côté Sartre, il y avait deux versions, les deux excluant une dominante Mars-Scorpion ; côté Aron, il n’y en avait qu’une, celle qui donnait une dominante Mars-Scorpion. Du coup, j’ai revisité l’œuvre philosophique de Sartre… pour m’apercevoir que son « existentialisme » était en fait un « essentialisme » fondé sur les fonctions planétaires ‘E’ (dont Mars), les moins valorisées de son ciel de naissance : une sorte d’aveuglement qui l’incitait à survaloriser la fonction de l’existant pur en quelque sorte… ou de sublimation si l’on veut. Mais revenons à Gaston Lagaffe et à Franquin.

Une relecture tardive de Gaston

Quelques années plus tard, donc, j’ai eu l’occasion de relire l’ensemble des albums de Gaston Lagaffe, plus celui consacré aux « Idées noires » de Franquin. À la suite de cette relecture, j’ai alors commencé à douter sérieusement à propos de sa conjonction Lune-Jupiter dominante. Le côté fainéant de Gaston pouvait à la rigueur être mis sur le compte de la Lune, mais nulle part je ne parvenais à détecter en quoi cet éternel adolescent en perpétuelle recherche, ce marginal ne respectant aucune règle sociale pouvait être « jupitérien ». Il avait plutôt un profil « saturnien ». Je me suis alors redemandé si un personnage devait nécessairement ressembler à son auteur : ce n’est évidemment pas toujours le cas. À l’époque, mes interrogations se sont arrêtées là et je n’ai pas eu la curiosité de relire l’étude de Vézien. J’aurais dû : en refaisant le Thème de Franquin, je me serais aperçu de l’erreur dans la D.N.

Quelques années passent encore. Franquin meurt en 1997 et le quotidien Libération lui consacre une édition complète. En lisant sa biographie et les témoignages de ses proches, mes doutes refont surface : l’ensemble désigne nettement un profil « saturnien » et « petit t ». Je n’ai toujours pas la curiosité de relire l’étude de Vézien, mais je fais la démarche pour obtenir la DN officielle de Franquin. Lorsque j’en prends connaissance, je ne suis pas déçu : Saturne est au MC au carré de Mercure, Pluton au DS et Jupiter n’est pas dominant… On est loin du « Saturne bien trop anémique pour lui permettre d’envisager raisonnablement les conséquences de ses actes » décrit par Vézien.



Un personnage ressemble-t-il nécessairement à son auteur ?

Je ne vais pas me lancer ici dans une longue et systématique étude des rapports des personnages et les auteurs qui les ont créés. Entre le « Madame Bovary, c’est moi » de Flaubert et la cohorte des créateurs qui pourraient dire : « J’ai imaginé un personnage qui est aux antipodes de ce que je suis », il y a tout un vaste et complexe nuancier que les écrivains et artistes divers n’ont jamais cessé de parcourir. Toutes les combinaisons sont possibles : dans une même œuvre, un créateur peut faire coexister différents personnages représentant autant de facettes de sa propre personnalité telle qu’il pense la connaître, ou qu’il l’imagine ou la fantasme ; il peut aussi faire de lui-même un personnage réel ou fantasmatique parmi d’autres personnages totalement imaginaires, que ces derniers soient des projections de son inconscient et/ou des des figures qu’il a observées dans son entourage objectif. Il peut faire de lui-même un héros ou un salaud, une star ou un anonyme, et même ne rien révéler de lui-même à travers son ou ses personnages, ce qui révèle quand même un désir d’exposer sa pluralité ou son aspiration à l’impersonnel.

Bref, un personnage ne ressemble pas nécessairement à son auteur. Certes, Flaubert (né sous une opposition Lune-Vénus dominante) a probablement raison quand il affirme que « Madame Bovary, c’est moi ». Mais Flaubert n’était pas une femme, il n’était pas efféminé… et il a écrit d’autres romans, comme Salambo par exemple, dans lesquels il ne s’identifie pas à un ou des personnages. Certes, le gros et gras Alexandre Dumas ne ressemblait en rien au svelte et intrépide d’Artagnan… même si Dumas projetait en lui sa dominante solaire-Lion. Et où reconnaître la personnalité d’Émile Zola dans un seul être parmi le foisonnement des personnages des Rougon-Macquart ? Il est partout donc et nulle part…

Mais quand un auteur s’efface derrière un unique personnage, qu’il lui devient consubstantiel, on peut se poser des questions. Pour se guider dans la jungle des hypothèses qui de ce fait surgissent, la comparaison entre les fonctionnements respectifs de l’auteur et de son personnage s’impose alors.

Mais qui est donc Gaston ?

Ses albums se sont vendus à plus de 30 millions d’exemplaires : Gaston Lagaffe est aujourd’hui une super-star de la B.D. Mais il n’en a pas toujours été ainsi, et sa naissance fut aussi aléatoire, involontaire que laborieuse.

Il apparaît pour la toute première fois le 28/02/1957, alors que Saturne commence son transit à l’Ascendant du Thème natal de Franquin. C’est alors un personnage complètement secondaire, un « homme sans qualités » comme disait Musil. Grand dadais, adolescent gauche et filiforme, il entre comme par effraction dans les aventures de Spirou et des Marsupilamis. Pour ses premières apparitions, il est vêtu d’un costume sobre, porte un nœud papillon et arborre une posture un peu raide : un personnage subalterne, anodin, banal, anonyme, à mille lieues du gaffeur-expérimentateur indiscipliné, anarcho-écologiste qu’il deviendra plus tard.

À cette époque, Franquin est l’auteur de nombreuses B.D. à succès, aux personnages relativement sages et classiques. Rien n’indique alors le destin qu’aura cet anti-héros falot, terne, dépourvu d’intérêt, presque inexistant… Anti-héros ? Nous sommes bien dans la ligne de l’opposition Soleil-Pluton dominante de son créateur.

Quelques mois plus tard Gaston accède à une relative notoriété : son visage figure sur la couverture du n° 1000 de Spirou… mais perdu au milieu de 999 autres visages de Spirou, personnage créé par un autre dessinateur et repris par Franquin, qui est alors la vedette absolue du magazine du même nom. Il faudra encore attendre 25 numéros et la date du 05/12/1957 pour que Gaston passe du statut de personnage secondaire sans véritable emploi à celui de héros improbable d’une bande dessinée dont il est une figure importante. Et là encore, son statut n’est guère glorieux. Le dessinateur Jidéhem en témoigne : « Gaston est né comme bouche-trou pour le journal ; quand une publicité passait en France et n’était pas reprise en Belgique, ou le contraire, on remplissait l’espace vacant avec un dessin de Gaston. Franquin ne croyait pas beaucoup dans ce personnage et il a même voulu le remettre entièrement entre mes mains. Mais je le « sentais » moins bien que lui, et petit à petit Franquin s’est pris au jeu ».

La genèse de Gaston Lagaffe est celle d’un personnage « t non-R » : obscur, sans grade, sans importance apparente — un « bouche-trou », l’habitant provisoire d’un « espace vacant » qu’il n’occupe que d’une manière aléatoire. Témoignage de Franquin : « J’ai spécialement créé Gaston pour l’animation du journal Spirou. Je voulais un personnage trop bête pour être héros de BD et il n’était pas dans mon intention d’en faire une série au début, j’avais assez à faire avec « Spirou et Fantasio » et « Modeste et Pompon ». Mais Yvan Delporte, alors rédacteur en chef, a directement accroché à l’idée. C’est lui qui a trouvé son prénom. Car au fur et à mesure que je lui racontais tout ce que j’avais imaginé, les maladresses de ce personnage, il revoyait l’un de ses amis. Il s’est écrié : « C’est tout à fait mon ami Gaston ! ». Quand à savoir pourquoi je l’ai appelé Lagaffe, la mémoire me fait défaut… Il ne devait pas durer, mais comme le public a accroché, j’ai poursuivi, d’abord à raison d’un strip de six cases, puis d’une demi-planche en noir et blanc, puis bicolore, avant de passer à la quadri. Au fil du temps, Gaston a évolué et s’est écarté de cette forme de ‘S’ que je lui avais donnée pour accentuer le côté paresseux, à l’opposé des gens dynamiques, qui sont parfaitement droits, rectilignes. Il m’a sans doute été inspiré d’un héros de BD que j’avais vu au Mexique, lui aussi anti-héros et mou ».

Anti-héros mou et paresseux : Gaston serait-il quand même lunaire ? Ressemblerait-il à son créateur ? Réponse de Franquin : « C’est un personnage qui me ressemble, mais il n’a rien d’autobiographique. La rédaction, par exemple, est totalement imaginaire, quoi qu’en disent certains membres qui s’y sont reconnus. Mais Gaston, il est évident qu’il tient de moi. Même si je ne l’ai pas voulu, on ne réalise pas autant de pages, on ne vit pas autant de temps avec un personnage sans y mettre une partie de soi, de ses émotions, de son enfance. En plus, sa paresse congénitale me reposait de tous ces héros agités que je dessinais. J’avais besoin de détente, j’étais fatigué et il exprimait magnifiquement cela. De tous les personnages que j’ai créés, c’est celui qui me ressemble le plus, celui dont je suis le plus proche ».

Voilà qui a le mérite d’être clair. À l’instar de Gaston piquant de nombreux roupillons et remettant toujours au lendemain les tâches administratives urgentes, Franquin se définit comme un « paresseux congénital ». Faut-il le croire ? Cela n’a absolument rien d’évident. La lecture des biographies des grands travailleurs montre qu’au moins la moitié d’entre eux se considèrent comme des paresseux. Paradoxe ? Oui et non. Oui en apparence et en logique binaire : on ne peut pas être à la fois un bourreau de travail et un fainéant. Non dans le fond et en logique du tiers inclus — en logique paradoxale donc : de ce point de vue, un gros travailleur est quelqu’un qui s’arrache en permanence à sa flemme.

On peut aussi voir dans cette propension des gros travailleurs à se décrire comme paresseux une forme de coquetterie ou de compensation illusoire, comme s’ils voulaient s’excuser de leur activisme boulimique, comme s’ils voulaient dire aux travailleurs « normaux » (ceux qui s’adonnent sereinement à la flemme donc) : « Si je travaille tant, c’est parce que je suis aussi flemmard que vous, et peut-être même encore plus, donc je suis obligé de mettre les bouchées doubles pour ne pas succomber à ma fainéantise basique ». Dans cette optique, on peut aisément faire l’économie d’une dominante lunaire.

Subjectivement, Franquin se définissait comme un paresseux. La réalité objective était toute différente : il travaillait comme un forcené, toujours au bord de l’épuisement, menant de front plusieurs séries et en enchaînant de nouvelles dès que l’une d’entre elles était finie. Aucun laisser-aller lunaire chez lui : comme le souligne un de ses biographes, « Franquin était un maniaque : pour chaque dessin, il faisait une multitude de croquis et de brouillons. Ceci est une très bonne habitude car le geste et le mouvement sont très importants en B.D. De plus, les personnages doivent être très expressifs et manifester des sentiments visibles ».

De même, une vision superficielle du personnage de Gaston pourrait faire penser que c’est un fainéant, un parasite, un inutile, bref un lunaire « non-E non-r ». Une étude plus approfondie montre exactement l’inverse : si Lagaffe rechigne effectivement à s’atteler aux ingrates tâches administratives auxquelles le vouent son statut de modeste employé de bureau, il passe en revanche la plupart du temps qu’il libère ainsi à… travailler d’arrache-pied, inventant sans cesse des machines infernales, s’adonnant à toutes sortes d’expérimentations aussi ingénieuses que complexes et dangereuses. Gaston est un chercheur, un fouineur, un inventeur, bref Gaston est un saturnien, comme son créateur : « Lorsque Gaston inventait une machine, Franquin l’étudiait avec soin afin que le lecteur ne puisse rien détecter qui l’empêche de fonctionner ». Un vrai travail de mécanicien, de technicien, d’ingénieur saturnien : tous les rouages sont démontés et remontés dans un esprit de réalisme « tE non-R » sans esbrouffe mais efficace qu’il appliquait aussi dans son travail approfondi, minutieux et et méticuleux sur les bruits et onomatopées. Franquin : « Lorsque l’on doit mettre un bruit sur le papier, on l’imite soi-même. Puis on l’écrit de différentes façons pour s’en approcher au mieux. C’est un véritable travail de précision, très complexe, à mettre au point soigneusement […]. Il y a mille façons d’imiter un bruit. Moi, je suis un lettreur de lettres rigolotes, je ne pourrais pas dessiner de lettres sérieuses ». Méthode bien saturnienne : on commence par le niveau ‘E’ (on part du bruit existant), puis on tâtonne, on multiplie les hypothèses et voies de recherche (‘t’) pour tenter d’en extirper la « substantifique mœlle », la structure abstraite qui, une fois identifiée, permettra un rendu réaliste.

Jupitéro-lunaire, Franquin ? Pas du tout, selon son ami Jidéhem qui le décrit ainsi : « C’est quelqu’un de très secret, de très compliqué, qui est perpétuellement en doute. Sa jovialité apparente est toute superficielle ». On ne saurait mieux décrire un « petit t » dominant (Pluton, Saturne angulaires, Saturne carré Mercure).

Mais revenons à la flemme soit-disant « lunaire » supposée de Franquin et approfondissons-là à travers le personnage de Gaston. Il est incontestable que Lagaffe préfère nettement piquer un gros roupillon plutôt que de classer le courrier, tâche pour laquelle il est officiellement payé. Est-ce de la vraie flemme ? Étant donné qu’il passe très nettement beaucoup plus de temps à bricoler, expérimenter, inventer des machines infernales qu’à faire la sieste, il est évident que la réponse est non : dans les deux cas, il s’agit plutôt d’une stratégie défensive lui permettant d’échapper à son rôle social officiel, à sa fonction jupitérienne. Il ne dort que quand il n’a pas d’autres choses à faire… des autres choses « tE non-r », des expérimentations et inventions improbables qui défient les règles du jeu de la vie de bureau, qui pulvérisent l’autorité, rendent impossible la signature des contrats lucratifs du très jupitérien De Mesmæker. Le « droit à la paresse » que s’octroie Gaston est exactement de la même nature que son génie inventif anarchiste et iconoclaste : ce sont les deux faces d’une même rébellion contre l’ordre établi, un refus obstiné et implacable (Capricorne) de faire ce qu’on attend de lui, une critique et un rejet forcené (‘t’, Scorpion) de tous les conformismes.

Le droit à la paresse : de Lafargue à Lagaffe

Cette paresse-là n’a rien de lunaire : elle ne procède pas d’une nonchalance, d’un laisser-aller personnel, d’une inertie amorphe. Elle est insoumission et en celà sœur de l’invention. Si j’ai utilisé (comme Vézien) l’expression « droit à la paresse », c’est en référence au titre du livre de Paul Lafargue, socialiste français inspiré entre autre par Proudhon et Marx.

Paul Lafargue est né le 15/01/1842 à Santiago de Cuba (tiens tiens, encore un Capricorne…). Son heure de naissance est inconnue mais sa vie, ses actes et ses œuvres témoignent du fait qu’il n’avait rien d’un mollasson rêvasseur sublunaire. Après des études de médecine à Paris, il fait la connaissance de Proudhon. Exclu de l’université pour activités socialistes séditieuses, il émigre à Londres où il se lie à Friedrich Engels et Karl Marx, dont il épouse la fille. Rentré en France, il devient membre de la Première Internationale, participe à la Commune de Paris puis fonde en Espagne une section marxiste de la Première Internationale. De retour à Londres, il y rencontre Jules Guesde, avec qui il fonde en France le parti ouvrier français en 1880, date à laquelle il publie son Droit à la paresse. Ses activités politiques lui valent d’être incarcéré en 1883, de devenir député de Lille en 1885 et d’y être réélu en 1891 alors qu’il était à nouveau emprisonné suite à des émeutes ouvrières. Il se suicide avec sa femme en 1911 en laissant une courte lettre : « Sain de corps et d’esprit, je me tue avant que l’impitoyable vieillesse qui m’enlève un à un les plaisirs et les joies de l’existence et qui me dépouille de mes forces physiques et intellectuelles ne paralyse mon énergie, ne brise ma volonté et ne fasse de moi une charge à moi et aux autres ». Un épitaphe qui n’a rien de lunaire…

Quel rapport avec Gaston et Franquin ? Le Capricorne bien sûr, mais surtout la conception éminemment politique et très peu lunaire que Lafargue avait de la flemme. D’ailleurs, si c’est par Le droit à la paresse qu’il est devenu célèbre, il est aussi l’auteur d’autres livres qui n’ont rien à voir avec les petits roupillons : Cours d’économie sociale (1884), Du Communisme et l’Évolution économique (1892), et Du Socialisme et la Conquête des pouvoirs publics (1899).

Le Droit à la paresse est un texte de 1880, un véritable manifeste social dont le propos est centré sur la dénonciation de la valeur du travail et l’idée que les hommes se font de celle-ci (rappelons que le mot « travail » vient du latin « tripalium », nom d’un instrument de torture…). Dans ce petit livre dense et riche qui reste d’actualité en ce début de XXIe siècle ultralibéral, capitalistique, exploiteur, esclavagiste et consommateur, Lafargue proposait de beaucoup moins travailler dans une optique certes marxiste-machiniste typique du début de l’ère industrielle, mais pas du tout dogmatique : « Nos machines au souffle de feu, aux membres d’acier, infatigables, à la fécondité merveilleuse, inépuisable, accomplissent docilement d’elles-mêmes leur travail sacré ; et cependant le génie des grands philosophes du capitalisme reste dominé par le préjugé du salariat, le pire des esclavages. Ils ne comprennent pas encore que la machine est le rédempteur de l’humanité, le Dieu qui rachètera l’homme des « sordidoe artes » et du travail salarié, le Dieu qui lui donnera des loisirs et la liberté ».

Le « droit à la paresse » que réclame Lafargue n’est pas synonyme d’indolence individuelle. C’est un programme politique ancré dans un projet collectif qu’on peut résumer ainsi : « puisque les machines peuvent travailler à notre place, pourquoi continuerions-nous à perdre notre temps en tâches fastidieuses et répétitives alors que nous pourrions l’occuper à d’autres activités conviviales, ludiques, culturelles et imaginatives ? ».

Vous ne voyez toujours pas le lien avec Gaston ? Mais si : les machines. Loin d’être un fainéant, Gaston passe son temps à imaginer des machines qui permettraient d’en faire le moins possible. Certes, presque toutes ses inventions débouchent sur des catastrophes, mais l’intention y est, et nul doute que Gaston serait d’accord avec Lafargue lorsque ce dernier écrivait que « la morale capitaliste, piteuse parodie de la morale chrétienne, frappe d’anathème la chair du travailleur ; elle prend pour idéal de réduire le producteur au plus petit minimum de besoins, de supprimer ses joies et ses passions et de le condamner au rôle de machine délivrant du travail sans trêve ni merci […] Une étrange folie possède les classes ouvrières des nations où règne la civilisation capitaliste. Cette folie traîne à sa suite des misères individuelles et sociales qui, depuis des siècles, torturent la triste humanité. Cette folie est l’amour du travail, la passion moribonde du travail, poussée jusqu’à l’épuisement des forces vitales de l’individu et de sa progéniture. Au lieu de réagir contre cette aberration mentale, les prêtres, les économistes, les moralistes, ont sacro-sanctifié le travail ».

Ce « droit à la paresse » commun à Lafargue et à Lagaffe n’est pas un abandon nonchalant, mais une insurrection du corps et de l’esprit. D’ailleurs, c’est par un artifice polémiste que Lafargue prône le « droit à la paresse » ; ce qu’il réclame en fait, c’est le droit pour chacun de faire ce qu’il veut quand il le veut, y compris de travailler si cette activité n’est pas une obligation sociale, mais l’expression d’une libre volonté. Exactement comme Gaston, qui invente sans cesse des machines (infernales certes, mais peu importe, « petit t » oblige) sans que personne ne l’y oblige, ne l’y contraigne, ne le lui ordonne. La différence entre Lafargue et Lagaffe, c’est que le premier était un anarchiste discipliné, et le second un anarchiste indiscipliné. Point commun entre les deux : l’anarchisme. Point commun entre les thèmes des grands anarchistes : Saturne dominant. La boucle est bouclée. Gaston n’est pas un paresseux lunaire et encore moins un Monsieur Bons-Offices jupitérien du Sagittaire : c’est un insoumis radical pour lequel le roupillon n’est jamais qu’une forme mineure de désobéissance civile. La paresse n’est pas toujours ce que l’on croit…

Les déprimes de Franquin

« J’ai spécialement créé Gaston pour l’animation du journal ‘Spirou’. Je voulais un personnage trop bête pour être héros de B.D. et il n’était pas dans mon intention d’en faire une série au début, j’avais assez à faire avec ‘Spirou et Fantasio’ et ‘Modeste et Pompon’ » (Franquin).

Là, Franquin s’est majestueusement planté : non seulement Gaston s’est révélé être un éternel adolescent saturnien très intelligent, mais en plus il est devenu une star de la bande dessinée : l’opposition Soleil-Pluton, source inépuisable d’anti-modèles, a encore frappé, et l’anti-héros voulu s’est métamorphosé en héros involontaire.

Les transits qui ont présidé à la naissance de Gaston sont à cet égard très instructifs : en février 1957, Saturne transitait sur l’Ascendant tandis que Pluton était au carré de la Lune en Scorpion : une occasion rêvée pour faire surgir un adolescent maladroit et gaffeur hyper-doué pour semer le désordre et la panique au sein du groupe lunaire hyper-soudé de la rédaction imaginaire de Spirou… En ajoutant à celà le transit de Neptune (autre planète de non-représentation et de surcroît « aveugle » dans le Thème natal de Franquin) sur Saturne natal, on comprend (presque) tout : lorsque le premier album de Gaston paraît en 1960, il ne fait que reprendre les premières B.D. bouche-trou du « héros sans emploi » (cf. Lafargue !) et n’est utilisé que comme objet publicitaire. Notons aussi au passage que c’est lors du transit de Saturne sur le Soleil natal et du carré de Pluton à Jupiter natal que Franquin crée Zorglub, l’un des grands êtres noirs de la bande dessinée : « C’est un personnage plus gaffeur que méchant, qui commet une gaffe énorme à chacune de ses tentatives mégalomanes. C’était un dictateur en puissance, mais sa maladresse en fait un Gaston Lagaffe bis » (Franquin). Le « petit r » n’était pas à la fête en ces temps-là…

Nous l’avons vu, Franquin a reconnu sans barguigner qu’il était à Gaston ce qu’Emma Bovary était à Flaubert : « De tous les personnages que j’ai créés, c’est celui qui me ressemble le plus, celui dont je suis le plus proche ». Mais l’inverse est-il vrai ? Franquin était un grand dépressif. Gaston, pas du tout. Mais nous allons le voir, ce n’est pas si simple…

D’un tempérament chroniquement anxieux et angoissé, Franquin fait sa première dépression nerveuse en 1960–61. Saturne transite alors son Soleil natal en Capricorne, et son anti-héros a pris son envol vers le succès. La baisse d’énergie et d’implication est si sévère qu’elle l’oblige à interrompre la réalisation de l’album des aventures de Spirou sur lequel il travaillait : « La déprime. J’ai progressivement ralenti et, tout à coup, j’ai coincé au niveau du dessin d’un meuble. Je ne sentais plus ce que je devais faire. Je tournais en rond. J’étais dans l’impossibilité psychologique de continuer. J’ai donc arrêté de dessiner. Une hépatite virale m’a achevé. Durant un an, je n’ai plus rien produit. Sauf Gaston que, miraculeusement, je parvenais à poursuivre quoi qu’il arrive ».

« Miraculeusement » ? Probablement pas. Gaston le saturnien inventif, imaginatif et en perpétuelle bonne santé psychique suppléait aux défaillances de Franquin tout aussi saturnien mais dépressif, mélancolique, hanté par ses doutes et ses incertitudes. La créature adapté soutenait le créateur désadapté. En continuant de dessiner Gaston, Franquin maintenait un lien entre adaptation et inadaptation, entre les forces et le faiblesses de la fonction saturnienne. Le dépressif étant un anti-héros, il était logique que ce dernier lui vienne en aide.

Au sortir de cette dépression, sous le transit de Saturne sur Vénus natale, Franquin crée le personnage de « M’oiselle Jeanne », la secrétaire-complice-amoureuse de Gaston : « Il y avait peu de femmes dans la bande dessinée, à l’époque, et j’avais envie d’en dessiner une. Créée pour un gag unique, elle est restée. Je l’ai embellie progressivement, car je ne l’avais pas gâtée, au début. Gaston est bien sûr devenu conscient qu’elle est amoureuse de lui, mais au départ, il avait surtout été séduit par sa queue de cheval ». Les amoureux maintiendront toujours une relation vénuso-saturnienne d’attirance et de distance, d’impossible mais authentique amour.

Le 17/03/1977, alors que Pluton transite au carré de son Soleil natal et Saturne au carré de Mars-Lune natals paraît, au centre du journal Spirou, un supplément pirate où Franquin publie pour la première fois ses premières « idées noires ». Des dessins noirs, noirs de chez noir, peuplés de monstres, hantés par une vision du monde sombre et désespérée : « Il était impossible d’aborder certains thèmes dans Spirou. Or, j’avais évolué, j’en avais besoin. On glorifiait, à l’époque, les actes guerriers, on nous expliquait comment monter des maquettes d’avions de combat, on publiait des publicités pour l’armée. Moi, je voulais qu’on y aborde des sujets comme l’écologie, le féminisme […]. Mais le ton du journal a entraîné des réactions virulentes à l’intérieur même des Éditions Dupuis […]. Cette ambiance négative, ajoutée à des tentatives de censure (à cause d’articles sur les publicités et les sectes), nous ont contraints à arrêter les frais ».

Et tandis qu’il égrenait ses « idées noires », il poursuivait inébranlablement la réalisation des planches loufoques de Gaston Lagaffe. Paradoxe ? Pas du tout : « Les Idées noires, c’est un peu Gaston trempé dans de la suie », expliquait-il au journaliste Francis Matthys, tant il est vrai que les loufoqueries de Gaston sont aussi un combat désespéré et perdu d’avance contre la bêtise et les conformismes. Saturne a l’humour grinçant. Quand il est en forme « anti-r » les autorités en prennent pour leur grade. Quand la forme baisse, l’insoumission se transforme en conscience exacerbée de l’impuissance à changer les choses et la dépression guette.

La deuxième grande dépression nerveuse de Franquin se déclenche en 1982, alors qu’une conjonction Saturne-Pluton transite son Saturne natal, et durera deux ans. Elle est si grave qu’il en arrête de dessiner Gaston et les « Idées Noires ». Au sortir de cette grave crise, en 1984, il perdra pendant longtemps sa complicité avec Gaston, dont il dit que désormais il ne le « sent » plus. Une page est tournée. Dans les années qui suivent, Franquin publie La Mite railleuse, recueil d’idées noires anti-papistes, collabore à divers projets audiovisuels tout en essayant de maintenir Gaston en vie, mais le cœur n’y est plus, et tandis que Gaston devient une vedette de la télévision belge, son créateur attelé à d’autres créations s’en désintéresse, comme il le dit en 1989, lors du transit de Saturne sur son Soleil natal et de Pluton sur son Mars natal : « Gaston l’a payé cher, car j’ai beaucoup de difficultés à le reprendre maintenant. C’était une erreur de ma part. Je le dessine encore, j’ai des idées de gags, de ‘En direct de la rédaction’, mais le rythme n’y est plus ».

Le 26 juin 1991, alors que Saturne transite Vénus natale, l’ultime planche de Gaston Lagaffe paraît dans le journal Spirou. Ça a dû être un vrai crève-cœur pour Franquin. En 1992, alors que Saturne au carré de Pluton transitent sa conjonction Lune-Mars natale, il cède ses droits sur Gaston, ses monstres, ses idées noires à Marsu-Productions, une société à qui il avait déjà vendu les droits du Marsupilami. Franquin n’est désormais plus propriétaire de Gaston Lagaffe. Une immense page est tournée. En février 1996, alors que Jupiter transite le Soleil batal de Franquin, la statue de Gaston Lagaffe est inaugurée à Bruxelles. Amère consécration ?

Mais la loufoque créature ne s’est pas laissé plaquer comme ça. Le 27 novembre de la même année paraît l’album n° 15 de Gaston Lagaffe, attendu depuis dix ans. 650 000 exemplaires sont épuisés en moins de six semaines. Un de ses plus grands succès. Le vieil homme s’en réjouit : « J’aime encore tellement dessiner », avoue-t-il à La Nouvelle Gazette. « Faire de la bande dessinée m’a vraiment excité très fort. J’ai été un maniaque, mais vraiment excessif, pendant des années. Pour chaque dessin, je faisais une multitude de brouillons. C’est une bonne habitude parce que le geste, l’attitude sont très importants en bande dessinée. Le personnage doit être bon acteur, expressif. J’aime encore le gag, trouver des idées. J’aime dessiner ces brouillons de mises en scène de chaque image. Chaque étape est une sorte de recommencement. Quand la planche au crayon était terminée, j’essayais encore de voir ce qui était moins bon. L’encrage m’amusait aussi. Je ne me suis jamais fatigué de l’univers de Lagaffe. Peut-être que demain, par surprise, je me mettrai à faire un petit bout de bande dessinée. Je dessine maintenant ce que j’appelle des ‘doodles’. Ce sont des petits dessins abstraits. J’en fais beaucoup et cela m’amuse énormément. Quand on dessine, on trouve toujours des trucs pour s’amuser soi-même, tenter des choses ».

Saturnien jusqu’au bout : chercheur inlassable, jamais satisfait. Et inquiet jusqu’au bout : jusqu’à la fin de sa vie, la dépression n’a jamais été loin, et ses proches essayaient autant que possible de le protéger pour éviter qu’il ne sombre encore une fois. « Comme Gaston, j’aime dormir, disait-il peu avant de mourir d’un infarctus en janvier 1997. Mais je dors de moins en moins bien. Je fais des cauchemars. Je me suis toujours beaucoup servi de mon imagination. Maintenant, je fais moins mon métier, mais mon imagination continue. Elle me revient sous forme de cauchemars extrêmement complexes. Ce sont des histoires qui durent des heures. Je suis perdu dans des impasses, dans des labyrinthes. Je suis en bagarre contre mon imagination ». « Idées noires » de Saturne-Pluton, manque d’excitation débloquante du Scorpion, désabusement du Capricorne.

Ça ne l’empêchait pas de rester drôle. À la fin de sa vie, il était devenu selon sa propre expression « collectionneur de phrases ». Par exemple celle d’un sculpteur belge, Pierre Caille : « Je suis un pessimiste profond qui à chaque instant s’émerveille », ce qui résume assez bien le meilleur parti qu’on peut tirer d’un carré Saturne-Mercure. Lui-même ne dédaignait pas d’en inventer, des phrases : « Dans l’estomac d’un requin, on n’est pas mordu », ou encore « La vie a mis longtemps à devenir courte ».

Retour sur le faux Thème de Gaston-Franquin

Nous pouvons à présent revenir sur l’interprétation que Vézien a faite du Thème de Franquin.

Gaston lunaire : Il ne suffit pas d’avoir un gros nez rond pour être lunaire, surtout pour un personnage de B.D. La citation de Franquin pourrait donner à penser (« un légume ») qu’il y a du lunaire chez Franquin… mais ce n’est qu’une citation parmi d’autres. En voici justement une autre qui concerne aussi son enfance, qui n’a rien de lunaire ni non plus, d’ailleurs, à voir avec les stéréotypes de « tristesse » accolés à Saturne : « Je suis né dans une famille où on ne faisait pas beaucoup d’humour. J’avais une énorme envie de rire, j’aurais pu en acheter, me droguer au rire. Je ne riais pas selon mon âge. Mon père était très sérieux, il travaillait dans la banque et il aurait voulu que son fils fasse le métier qu’il avait voulu faire : ingénieur agronome. Ça a certainement déçu mon père que je devienne dessinateur mais, à la longue, on m’a laissé faire ». Une citation isolée, extraite de son contexte, ne peut en aucun cas justifier ou légitimer des assertions astrologiques.

Par ailleurs, on peut certes interpréter les très fréquentes siestes de Gaston comme un indice lunaire. Mais, comme nous l’avons vu, en fait Gaston passe beaucoup plus de temps à faire des expérimentations désastreuses et à imaginer des machines infernales, ce qui n’est pas du tout lunaire. Dans le bureau où il est employé, Gaston ne passe pas pour un doux rêveur, un mec à la coule, mais pour un inventeur démoniaque à l’imagination trop fertile dont on se demande toujours quelle catastrophe il va inventer. Ici, Vézien, sans doute influencé par l’angularité de la Lune dans le faux Thème, s’est trompé dans l’évaluation des fréquences respectives des périodes de roupillons et de celles des bricolages aventureux…

Gaston marsien : Vézien met les expérimentations catastrophiques de Gaston sur le compte de Mars. C’est effectivement tentant vu que Mars, sans être angulaire, est conjoint à la Lune considérée comme dominante. Mais si l’on étudie attentivement les albums de Gaston, on peut aussi noter que celui-ci est tout sauf un rentre-dedans, un être de conflits et de confrontations. Ce serait plutôt un solitaire qui vit à l’écart, isolé dans son propre monde où il imagine sans cesse de nouvelles machines, ce qui est nettement plus saturnien. Pourtant, il est vrai que Gaston ne semble que rarement capable « d’envisager raisonnablement les conséquences de ses actes ». Mais une telle attitude peut-elle avec certitude attribuée à un Saturne faible ? Tous les saturniens ne sont pas raisonnables. Et puis quand on cherche, quand on innove, qu’on teste de nouveaux possibles, on ne sait en fait jamais exactement ce que l’on va trouver. Dans le cas de Gaston, il est évident que toutes ses expérimentations saturniennes tournent à la catastrophe… mais peut-être faut-il y voir un effet du tempérament foncièrement inquiet et dépressif de Franquin ?

Gaston jupitérien : là, Vézien se livre à une évaluation complètement erronée du fonctionnement de Gaston… mais puisque Jupiter est angulaire, il faut bien l’expliquer ! En fait, dans ses comportements les plus fréquents, Gaston n’a strictement rien de « jupitérien ». Il ne respecte pas les règles de la vie de son bureau. Il fait bisquer et rager toutes les autorités, flics ou supérieurs hiérarchiques. Il n’a aucune motivation sociale, aucune ambition affichée, aucune volonté de réellement coopérer : il n’en fait qu’à sa tête. Vézien en est conscient, et pourtant il attribue le pôle Jupiter-Sagittaire à la fois au biznessman De Mesmæker et au désintéressé Gaston, ce qui est totalement contradictoire. Pour justifier l’attribution de Jupiter à De Mesmæker, il en appelle à Neptune et au Scorpion contre le « gros Jupiter »… alors que Gaston, lui aussi considéré comme « jupitérien », est filiforme !

Idées noires : vu le Thème de Franquin qu’il avait sous les yeux, Vézien ne pouvait attribuer au « petit t » très faible les « féroces griffures de ses « Idées noires ». Il s’est donc rabattu sur les stéréotypes du Scorpion réfractaire, critique, etc. Avec un « petit t » dominant, le problème ne se pose plus.

Mais comme je l’écrivais au début de cet article, je suis moi aussi tombé dans le panneau du Gaston « lunaire » dans une case d’une B.D. que j’avais dessinée pour la revue Astrologie pratique. Je rappelle qu’à l’époque je n’avais pas étudié d’une manière approfondie le cas Franquin. J’ai eu tort.

Article paru dans le Fil d’Ariana n° 25 (avril 2006).

Cet article vous a été proposé par : Richard Pellard


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