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Publié le : 24 octobre 2003
Albert Camus
ou la flexibilité de l’absurde



Le niveau "petit t" ou transcendance intensive (Saturne-Pluton au Milieu-du-Ciel opposés Mercure) est nettement prépondérant dans le thème d’Albert Camus, né le 07/11/1913 à Mondovi en Algérie : problématique du doute, de l’absurde, de l’universel, de la distance.

On ne s’implique pas à fond (faiblesse absolue de Soleil-Jupiter-Uranus ou "non-r"), on a du mal à se sentir pleinement exister, à prendre directement et concrètement aux émotions et aux combats (faiblesse relative de Vénus-Mars-Neptune ou "non-e"). Rien ne fait clairement sens, et surtout pas le propos commun. L’on cherche ses références ailleurs. Pas de dogmatisme, pas de certitudes intangibles : "Ce qui fait sa force, c’est sa flexibilité. Ce n’est pas une philosophie en forme que l’on trouve dans les livres. C’est une pensée qui s’articule autour de mots-clefs - absurde, révolte" (Le Clech). Rien n’est jamais acquis, rien n’est jamais sûr : "Tout ce qui exalte la vie accroît en même temps son absurdité" : sous le trigone de Vénus en Balance à Saturne, les affects vécus et partagés s’évident de tout sens. Difficile dans ce cas de vivre les émotions (niveau "e") à bout portant. Pourtant, "bien que Meursault soit privé de toute sensibilité, une passion profonde, parce que tacite, l’anime, la passion de l’absolu et de la vérité". Camus : un passionné à froid.

La lucidité et la révolte

Si rien ne fait sens, si tout est absurde, à quoi bon vivre ? Le suicide est tentant, pour L’Homme révolté en discordance avec lui-même et avec le monde extérieur, pour cause de non-conformité. Scorpion "petit t", Camus plaide pourtant pour la lucidité et la révolte. Il faut vivre, les yeux fixés sur l’absurde, ce grand relativiseur des passions chaudes et aveugles, ce transcendant mesureur de nos pauvretés et inanités. Paradoxe de l’Homme seul dans un univers insensé, cherchant un impossible sens : "Il est le seul à en exiger un".

En négatif, le niveau "petit t" est tenté par le non-sens intégral, le nihilisme. Lorsqu’il se "positive", il tourne à la révolte contre toutes les chimères, tous les discours fumeux, tous les réductionnismes (niveau "r" faible). Je suis marginal, non-conforme, zonard de la communauté humaine ? Mon non-sens individuel et subjectif prend tout son sens et fait sens si je me révolte : "Je me révolte, donc nous sommes". Ma révolte est le fondement même de mon appartenance à la communauté des hommes. Après tout, comme Pluton le très lointain fait partie du système solaire, le plutonien hanté par l’ailleurs appartient quand même au système humain et social : Albert Camus ou la transcendance intensive faite homme, c’est-à-dire complexité et paradoxe.

Le malentendu

De par la dissonance Saturne-Mercure, il ne peut rien prendre à la légère, et communiquer en profondeur est difficile. De par le trigone Lune-Pluton, il s’agit d’habiter pleinement l’inconnu et l’absurde. Le grand trigone Saturne-Pluton-Lune-Vénus se révèle dans la phrase suivante de Camus : "L’écrivain diagnostique et exorcise les passions meurtrières non plus sur le plan individuel mais sur le plan collectif. L’art corrige le réel sans l’éliminer, il est communicable à tous, donc incitation au dialogue et à la liberté". L’"esthétique de l’absurde", donc. Et puis qu’il faut bien vivre (niveau "e" sous-dominant, Mars-Neptune dissonants Jupiter-Uranus), il faut se battre contre toutes les formes d’autoritarismes, légaux ou soit-disant légitimes. Enfin, avec un niveau "r" faible (Soleil, Jupiter et Uranus sont les planètes les moins valorisées de son Thème natal), Camus a montré dans "Le malentendu" à quel point le langage pouvait être dangereux. Le voyageur meurt, faute d’avoir trouvé les mots justes pour se faire comprendre.

Camus, "la belle âme", comme disait Sartre. Cela va bien avec la désincarnation qu’implique un niveau "t"->191] archi-dominant. Vers la fin de sa vie, Camus s’acheminait vers un "cycle de l’amour", un amour lucide, froid, universel, impersonnel de l’humanité perdue dans une existence absurde, tourmentée par des passions insensées. Dur de descendre dans l’arène du vivant sans "salir son âme" en la frottant au mal, de s’engager dans les affaires de la cité quand, comme lui, on se méfie comme de la peste des implications à long terme des choix immédiats.

Article paru dans le n° 5 du Fil d’ARIANA (avril 1996 et dans Astrologos n° 6, août 2001. ).

Cet article vous a été proposé par : Richard Pellard



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