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Étienne Roda-Gil, Lion abolisseur d’ennui

Mai 68 à Paris. Vous avez l’oreille collée à votre transistor branché sur Europe 1. Entre deux reportages-flashs bruissant des explosions des cocktails Molotov et des grenades lacrymogènes, des bruits de pavés martelant l’asphalte, des vociférations des manifestants estudiantins et des C.R.S. qui les chargent en arrière-fond sonore des commentaires survoltés des journalistes, vous ne pouvez pas échapper au pétaradant tube du printemps complètement dans l’air du temps : La cavalerie, chanté par un tout jeune homme, Julien Clerc. Ses paroles ont été écrites par Étienne Roda-Gil, un des plus grands poètes de la chanson francophone. Il est mort le 30 mai 2004 : « Un jour je prendrai la route vers ailleurs coûte que coûte, je traverserai la nuit pour rejoindre la cavalerie… »



Héritage terrestre :

Étienne Roda-Gil est né le 1er août 1941 à 13 h 00 à Montauban. Son père, ouvrier typographe et militant communiste devenu commissaire politique, avait été, pour survivre, contraint de fuir avec sa femme la dictature de l’Espagne franquiste. Le couple a connu divers camps de transit pour émigrés et réfugiés avant d’atterrir à Montauban, puis à Antony, en banlieue parisienne, où Étienne a passé la majeure partie de son enfance. Dans les appartements en H.L.M. où vivait la famille, on croisait des réfugiés politiques de gauche, espagnols avant tout bien entendu, mais aussi de tous les coins du monde, dans une ambiance chaleureuse, alcoolisée et militante qui convient tout-à-fait à son tempérament de révolté curieux, sociable et écorché-vif.

Il fait des études littéraires, puis décroche une licence de lettres et se destine à l’enseignement tout en caressant le rêve de devenir écrivain. La guerre d’indépendance algérienne va en décider autrement. Il est appelé sous les drapeaux et refuse de faire son service militaire au service d’une cause qu’il estime injuste. Et ce faisant, l’apatride qu’il est renonce au certificat de nationalité française que l’armée lui aurait accordé : son espoir de devenir enseignant s’envole, et il fuit en Angleterre où il survit de petits boulots.

La guerre finie, il revient en France et gagne sa vie en devenant représentant en produits pharmaceutiques, tout en continuant à militer dans divers mouvements d’extrême-gauche, fréquentant les bistrots estudiantins et écrivant son premier roman, qui est refusé par tous les éditeurs à qui il le soumet. Fin 1967, il a vingt-six ans et tous ses rêves de jeunesse semblent envolés : il ne sera jamais prof, et c’est très mal parti pour une carrière littéraire. Son père est mort, il vit en H.L.M. à Antony avec sa mère et sa femme Nadine, une jeune peintre issue de la grande bourgeoisie française qui découvre par amour le charme discret des banlieues ouvrières.

L’avenir semble bouché. C’est alors qu’un miracle se produit. Étienne est alors près de la Sorbonne, dans un bistrot enfumé, le Café de l’Écritoire, où il picole sec en refaisant le monde avec des amis. À la table d’à côté, un beau jeune homme brun aux longs cheveux bouclés âgé de vingt ans se met à bêler à tue-tête : « Je compose des musiques, qui peut m’écrire des paroles de chansons ? ». Ce jeune étudiant s’appelle Julien Clerc. Tout semble les opposer : d’un côté, un rejeton d’immigré rebelle, militant d’extrême-gauche, hirsute et mal fagoté et de l’autre, un fils de bourgeois séduisant, ambitieux, élégant, lisse et apolitique. Étienne lui propose pourtant ses services de parolier, espérant ainsi trouver une occasion de faire vivre sa fibre poétique. Julien accepte. Ils se mettent au travail. Leur improbable duo accouche quelques mois plus tard de l’énorme tube français de Mai 68, La cavalerie, pleinement en phase avec le climat insurrectionnel de l’époque. Quelques mois auparavant, l’éditorialiste du journal Le Monde constatait que « la France s’ennuie » et prophétisait que ça ne pouvait pas longtemps continuer ainsi. Réponse d’Étienne par la voix de Julien : « …et j’abolirai l’ennui dans une belle chevalerie… ».

Pendant dix ans, ils aligneront ensemble une belle collection de tubes : Le Patineur, Ce n’est rien, La Californie, Le Cœur volcan, Niagara, Si on chantait, Yann et les dauphins, Je sais que c’est elle, La Petite Sorcière malade, Le Caravanier, Elle voulait qu’on l’appelle Venise, This Melody, etc.

À partir de 1978, leur relation se défait. Julien veut collaborer avec d’autres paroliers, changer de style. Ils se brouillent. « Étienne supporte très mal que je travaille avec d’autres paroliers. C’est un sentiment comparable à celui que vous pouvez ressentir lorsque votre femme couche avec d’autres mecs ; ça vous est insupportable. On se situe à ce niveau-là, avec Étienne. Il pense que je me galvaude avec certains auteurs », relatait Julien Clerc en 1997.

Pourtant, Étienne avait alors déjà commencé à mettre ses talents de poète au service d’autres artistes comme par exemple Claude François pour qui il a écrit Alexandrie Alexandra et Magnolias for ever, faisant ainsi entrer sa poésie mystérieuse dans l’univers frénétique du disco. Puis il enchaîne les collaborations : il écrit entre autres pour Mort Shuman, Alain Chamfort, Barbara, France Gall, Catherine Lara, Gérard Lenorman, Françoise Hardy, Richard Anthony, Vanessa Paradis, Juliette Gréco ou Johnny Halliday. Tout ce qu’il touche se transforme en or et il aligne les tubes comme Joe le Taxi, Le Lac majeur, Cadillac, Mirador. Il est désormais riche et reconnu, récompensé par plusieurs prix dont le Grand Prix de la SACEM en 1989. Entre-temps, il a écrit plusieurs romans et comédies musicales consacrés à des révolutions, et fait le scénario du film de pour Zulawski L’amour braque. La mort de sa femme Nadine, en 1990, est l’occasion d’une réconciliation avec Julien Clerc, à qui il écrit alors parmi ses plus belles chansons : Utile, La Belle est arrivée, Blanche.

De 1996 à 1999 il devient administrateur à la SACEM, où il se bat pour que les artistes touchent de justes droits d’auteurs, sans jamais cesser de militer dans diverses associations contre l’exclusion et le racisme, de fumer des cigares à la chaîne et de boire sans retenue des doubles whisky à la Closerie des Lilas pour noyer son chagrin des révolutions et illusions perdues en compagnie de ses amis célèbres comme Renaud, ou de militants inconnus de causes diverses.

L’héritage céleste :

- Configuration dominante : Soleil-Pluton en Lion conjoints à Mercure en Cancer au MC ; Mars en Bélier au DS, carré à Mercure et trigone au Soleil, soit les familles ‘t’, ‘R’ et ‘P’.
- Aspects de médiation : Lune en Scorpion et Neptune en Vierge au trigone et au sextile de Mercure ; Jupiter en Gémeaux au sextile de Mars.
- Configuration non-dominante : Saturne-Uranus opposés à la Lune et trigone à Neptune ; Vénus en Vierge carré à Jupiter et Uranus.
- Fonctions d’appel : Vénus (appel de la famille ‘R’), Saturne (appel de la famille ‘t’), Uranus (appel de la famille « non-E »).

Mercure-Puton en Lion-Cancer

Maîtres-mots de Mercure-Pluton : pluralité, complexité, esprit critique et hermétisme. La pluralité s’exprime dans la créativité foisonnante et la pluralité et la variété des collaborations artistiques de Roda-Gil, dont le champ va de France Gall, Richard Anthony ou Gérard Lenorman (chanteurs « yé-yé » pas spécialement transcendants) à Barbara, Françoise Hardy ou Juliette Gréco (« grandes dames » de la chanson qui ont une toute autre pointure) en passant par Johnny Hallyday (à qui il réussit le tour de force de faire chanter des chants « révolutionnaires » comme Mirador), Vanessa Paradis (lolita qu’il prend plaisir à façonner et à vampiriser) ou encore Claude François qu’il métamorphose en porte-parole de la poésie dans l’univers tapageur du disco. Roda-Gil a tâté avec bonheur à tous les genres et s’est adapté à tous les styles sans jamais se renier.

La complexité et l’hermétisme sont inhérentes à sa poésie : « ce sont des images qui se développent autour de couleurs vives au parfum romantique baroque, surréaliste, halluciné » (L. Perrin). Quelques citations illustrent cette caractéristique majeure de son œuvre : toujours selon Ludovic Perrin dans Libération, « Julien Clerc avoue ne pas toujours avoir bien compris les textes de Roda-Gil. C’est peut-être cet hermétisme militant enflammé qui leur a donné vie jusqu’à aujourd’hui » un autre journaliste évoque des « textes chargés d’ambiances poétiques, mais laissant entre parenthèses les significations premières des phrases » ; lorsque Claude François a fait appel à Roda-Gil pour l’écriture les textes d’Alexandrie Alexandra et de Magnolias for ever, Cloclo déclara : « Pour la première fois, je chante des phrases que je ne comprends pas ». Plus tard Johnny Hallyday reprit la même formule lorsque Roda-Gil lui amena des textes comme Cadillac ou Mirador. Nul doute qu’Étienne prenait un plaisir pervers, ludique et iconoclaste, bien dans la veine de Mercure-Pluton à faire chanter ses poésies tourmentées et souvent vénéneuses à des chanteurs qui n’y comprenaient rien. Il faut bien reconnaître qu’un texte comme « J’ai plus d’appétit qu’un barracuda, je boirai tout le Nil si tu ne reviens pas » (écrit pour Claude François) est d’une toute autre facture que « Le téléphone pleure », chanté par le même mais pas écrit par Roda-Gil, alors que la thématique est la même : celle de la séparation. De même, « Mon cœur volcan devenu vieux, qui bat lentement la chamade ; la lave tiède de tes yeux coule dans mes veines malades… » (écrit pour Julien Clerc) a peu à voir avec « Femmes je vous aime », chanté par le même mais écrit par un autre auteur.

N’étant pas chanteur, il pouvait à loisir jouer l’homme de l’ombre et même le thaumaturge : chacune de ses collaborations avec un chanteur ou une chanteuse les a obligés à se « transcender », à chanter quelque chose de radicalement nouveau, insolite, original par rapport à leur répertoire habituel.

Quant à l’esprit critique, Roda-Gil n’en manquait pas, y compris à propos de ses propres œuvres : « Le tube c’est comme les soviets, c’est la médiocrité plus l’électricité. »

D’un point de vue zodiacal, les mécanismes du Lion et du Cancer sont également prégnants : grâce à l’excitation débloquante du premier, Roda-Gil n’hésite pas à faire exploser les limites des genres musicaux, tout en restant, de par l’inhibition protectrice du Cancer, fidèle à sa propre veine inventive et imaginative, et, par la Lenteur d’excitation, obstiné à creuser le même sillon : cet homme-là savait se disperser dans se perdre, être éclectique tout en poursuivant avec acharnement la même voie. Enfin, avec un Mercure en Cancer, ses textes surprenants et insolites ressemblaient à un capharnaüm poétique, un grenier où s’entassaient toutes sortez de souvenirs et de bizarreries où sa fantaisie puisait à loisir…

Soleil-Pluton en Lion

Par Mercure-Pluton, Roda-Gil était certes un homme de l’ombre, qui s’avançait masqué sous les visages et les voix des artistes à qui il confiait ses textes. Mais avec un Soleil en Lion également dominant, il était un des rares paroliers connus du public. L’ombre et la lumière : lumière dans l’ombre, ombre dans la lumière. Complexité du personnage : toute sa vie, il a été du côté des parias, des exclus, des réprouvés, des ratés, des anars ou des révolutionnaires manqués. Et en même temps, devenu riche et célèbre, il vivait comme un bourgeois bohème, cantinait à la très élitiste et snob Closerie des Lilas, fumait de coûteux cigares et s’alcoolisait à haute dose avec les whiskys les plus chers. Dans le camp des vaincus et des marginaux, il lui fallait tenir les premiers rôles : « Comme souvent chez lui, remarque L. Perrin, régnait la philosophie d’une chose gagnée pour une chose perdue. On ne comprenait pas toujours ce qu’il racontait de sa voix lente, grave, se ressourçant de bouffées de tabac. Cela ne l’empêchait pas de convaincre, autant par ses commentaires que par ses textes dont la force tient aux points de suspension ». D’autres son plus cruels et se demandent s’il ne jouait pas un paradoxal double-jeu : « Évidemment il serait facile de se moquer de Roda-Gil qui vient de nous quitter, faire la fine bouche, parler de son surréalisme de pacotille, de récupération commerciale, de son anarchie de salon ou de bistrot ». Mais c’est pour constater in fine : « Mais ne fut-il pas l’un des rares représentants d’un psychédélisme à la française ? ». Ailleurs, il a été un très officiel administrateur de la SACEM tout en continuant de revendiquer son statut de marginal inintégrable…

Ces paradoxes du pouvoir solo-plutono-léonins, Roda-Gil les assumait avec une belle lucidité ostentatoire : « C’est un monde, soit il te mange, soit t’es content d’être mangé. Tu deviens un fournisseur. Affectivement, intellectuellement tu fais que dalle, tu fais du blé. J’ai rien contre, je veux vivre ici, je veux que mes enfants, mes potes, soient heureux. Je suis un piètre marchand, tout le monde vous dira le contraire, mais c’est mon témoignage qui compte ».

À la fin de sa vie, dans sa nouvelle maison près du Panthéon (eh oui, « ça le fait ! »), il était attelé à un grand projet, une comédie musicale relatant les amours de Che Guevara et Marilyn Monroe, bel exemple du manque d’inhibition différentielle léonin et gros effets garantis : marier, en un improbable dosage, des êtres aussi dissemblables que le farouche révolutionnaire d’extrême-gauche et la très « people » actrice hollywoodienne, il fallait oser. Le Lion Roda-Gil a osé. Mais nous ne saurons jamais ce qu’aurait donné cet étrange attelage…

Mars en Bélier

Avec ce Mars-Bélier angulaire au DS, la famille « Pouvoir extensif » du R.E.T. est au grand complet dans le Thème de Roda-Gil. Si ses textes poétiques s’épanouissent dans l’hermétisme, la nuance, la complexité et l’ambiguïté, ses engagements politiques sont sommaires, radicaux, extrémistes, marqués du sceau du sens des contraires du Bélier renforcé par la mythologie familiale de la guerre civile espagnole. Les bons sont d’un côté, les méchants de l’autre, et il ne faut pas se tromper de camp ni de combat : sus aux capitalistes, aux fascistes et aux exploiteurs !

Dans le registre littéraire, sa première irruption dans la chanson porte d’ailleurs le sceau de ce Mars-Bélier furieux, fougueux et impatient : « Quand je vois les motos sauvages qui traversent nos villages, venues de Californie, de Londres ou bien de Paris. Quand je vois filer les bolides, les cuirs fauves et les cuivres qui traversent le pays dans le métal et le bruit, moi je pense à la cavalerie ». Plus tard, il parviendra même à faire chanter à Julien Clerc Adelita, une ode à la mitrailleuse des révolutionnaires mexicains !

Notons au passage que chez Julien Clerc, Mars en Lion est très faible (et conjoint à Soleil-Pluton dans le thème d’Étienne), alors que le Mars-Bélier dominant d’Étienne est opposé à la conjonction Soleil-Vénus-Neptune en Balance de Julien. D’où ce quiproquo, ce malentendu avec ce premier tube qui lance la carrière du chanteur : par le texte d’un autre qu’il interprète, on le prend au début pour un jeune révolté bouillonnant, alors qu’en réalité c’est un chanteur de charme. D’où sans doute aussi les relations entre les deux hommes, qui ont souvent été orageuses, marquées par une incompréhension mutuelle, un duo-duel sur fond de vécu non-partagé : « On se connaît depuis tant d’années sans se connaître, même si on se connaît très bien… On n’est jamais partis ensemble en vacances par exemple », confie Julien Clerc, qui ajoute : « on se parle peu, en fait. Les fois où nous nous sommes parlé, ça a été si violent que depuis on évite de s’affronter, comme s’il y avait entre nous accord tacite ».

Thème de Julien Clerc

Thème natal (à droite : Thème d’écliptique ; à gauche : Thème de domitude) de Julien Clerc, 04/10/1947, 17 h 50, Paris.

En 1990, lorsqu’ils se retrouvent et se réconcilient, Étienne offre à Julien un de ses plus beaux textes marsiens, Utile, qui illustre bien le carré de Mars-Bélier à Mercure-Cancer : « A quoi sert une chanson si elle est désarmée ? ». Il y exprime, d’un côté le dérisoire (mercurien) d’une rengaine qui ne change pas l’existence, et de l’autre sa nostalgie des combats perdus ou devenus inutiles depuis l’effondrement des grandes idéologies qui permettaient de choisir clairement son camp. Et cette chanson marsienne en manque d’inhibition extinctive (Étienne ne parvient pas à éteindre, à faire son deuil des héroïques luttes gauche-droite), Julien la chantera avec beaucoup de charme et d’émotion : les charges furieuses de Cavalerie ne sont plus de mise et les temps ont changé : « On était moins jeunes, plus raisonnables. Ça a été une aventure humaine à forte densité émotionnelle ». Et le duel est redevenu duo…

Artiste en Représentation extensive

Avec une dominante Soleil-Mercure, Roda-Gil n’était pas qu’un sombre homme de l’ombre, un extrémiste vindicatif, un révolté à la fois viscéral (Mars-Bélier) et cérébral (Pluton). C’était aussi un artiste en représentation extensive, un être sociable, joyeux et déconneur qui tenait table ouverte à la Closerie des Lilas, table dont il était à la fois le roi magnanime et généreux et le bouffon drolatique et souvent emporté et belliqueux. Il y jouait son rôle d’anarchiste officiel sans trop y croire, étalait sa culture immense et ses purs idéaux et « pratiquait le ping-pong intellectuel et politique ». Philippe Sollers, un qui était souvent à sa table, se souvient : « Personne n’était plus cultivé en histoire, de façon philosophique. Parfois, ses connaissances très étendues m’échappaient, sur tel ou tel mouvement de la guerre d’Espagne par exemple, qui lui tenait par-dessus tout à cœur. Il gardait sans aucun doute la nostalgie profonde et informée de l’action libertaire révolutionnaire ». Ce qui nous amène au Pouvoir extensif.

Le pouvoir révolutionnaire extensif

« Makhnovtchina, Makhnovtchina, tes drapeaux noirs sont dans le vent, ils sont noirs de notre peine, ils sont rouges de notre sang » : quand Étienne Roda-Gil n’accouchait pas de textes à la poésie hermétique, il écrivait des chansons violemment engagées. Dans celle-ci, Makhnovtchina, il rendait hommage à l’anarchiste Nestor Makhno, meneur des paysans ukrainiens en lutte entre 1917 et 1921 à la fois contre l’Armée Rouge communiste et l’armée blanche tsariste. Une situation très complexe donc. Côté Mars-Bélier, Étienne aimait bien les positions tranchées, mais côté Soleil-Pluton, il était aussi sensibilisé à la subtilité des basculements de pouvoirs et contre-pouvoirs. Comme disait Jean Yanne (lui aussi né sous une conjonction Soleil-Pluton dominante) : « Je suis pour ce qui est contre, et contre tout ce qui est pour ». Roda-Gil, lui, se déclarait « contre tous les pouvoirs constitués ou en voie de constitution »… ce qui ne l’a pas empêché d’exercer un énorme pouvoir occulte dans le monde de la chanson et d’être administrateur de la SACEM pour contrecarrer le pouvoir des marchés financiers, mais aussi de publier chez Albin-Michel (un éditeur pas très réputé pour son anarchisme), un ouvrage intitulé Paroles libertaires (sous-titré À bas tous les pouvoirs) recensant des textes de Thoreau, Proudhon, Darien, Malatesta, Pouget, Durruti, Vian, Prévert, Césaire, Renaud, les Canuts de Lyon ou le groupe Makhno de Rennes. Mais il est vrai que rares sont ceux qui exercent un contre-pouvoir à se rendre compte que ce contre-pouvoir est encore une forme de pouvoir… et il est vrai aussi que, dans la préface qu’il a écrit pour cette compilation, Roda-Gil prévenait ses lecteurs : « La pensée libertaire n’est pas un fourre-tout où n’importe quel médiocre peut trouver un onguent pour les plaies que la société autoritaire lui inflige. C’est une forme de messianisme sans Dieu qui croit que l’homme est capable de se reconnaître dans son semblable et d’établir par là une communauté solidaire capable d’en finir avec toutes les idéologies ». Traduction conditionaliste : ce n’est pas parce qu’on est anti-‘r’ primaire (faiblesse de Jupiter-Uranus) qu’on ne peut pas aussi être pas un « grand P » utopiste et un brin naïf qui ne manquait jamais de défiler dans le cortège anarchiste du 1er mai et continuait désespérément à vouloir croire à des lendemains qui pourraient malgré tout chanter un jour, et qu’il a exposés dans la comédie musicale 36, Front populaire, dans l’opéra sur la Révolution française Ça ira et dans autre opéra qu’il terminait juste avant sa mort, La Commune de Paris.

Lune en Scorpion

La Lune n’est pas dominante dans le ciel natal d’Étienne Roda-Gil ; mais étant au trigone de Mercure dominant et opposée à Saturne-Uranus faibles, elle joue en quelque sorte un rôle de charnière, une fonction de médiation complexe entre le pôle fort et le pôle faible. Notons aussi que la Lune en Scorpion de Roda-Gil est en opposition avec la Lune en Gémeaux de Julien Clerc, dans le thème duquel elle joue le même rôle de médiation entre pôle fort (trigone à Soleil-Vénus-Neptune dominants, et pôle faible (opposée à Jupiter, sextile à Mars non-valorisés). Nous y reviendrons.

Roda-Gil était certes un marginal, mais pas un solitaire, bien au contraire : très sociable à sa manière rugueuse et ombrageuse, friand de rencontres, toujours prêt à communiquer (même en étant souvent incompréhensible tant son Mercure en Cancer conjoint à Pluton amalgamait souvenirs, nostalgies et ténébreuses fulgurances). Il passait son temps dans les bistrots en compagnie de sa bande, de son gang d’anarcho-révoltés du showbiz comme Renaud (dominante Saturne-Pluton). Une bande bien Scorpion donc, soudée par ses refus idéologiques, son rejet de la tyrannie, des contraintes, de l’autoritarisme, des dures disciplines imposées (dissonance de Saturne-Uranus), mais aussi par le simple plaisir de communiquer gratuitement (consonance de Mercure).

Nous avons déjà vu que le couple Roda-Gil-Clerc était en conflit sur la question marsienne ; il l’est aussi sur la question lunaire : aux exigences d’osmose étroite jusqu’à en être étouffante de la Lune en Scorpion s’oppose la souplesse adaptative de la Lune en Gémeaux ouverte tous azimuts sur le milieu environnant. On peut donc aussi comprendre les relations difficiles entre les deux hommes sous l’angle lunaire : Étienne Roda-Gil voulait maintenir une relation serrée et exclusive avec son interprète, alors que ce dernier souhaitait des collaborations plus variées. La rupture interviendra d’ailleurs en 1980, au début du transit d’Uranus dissonant leurs Lunes respectives, à l’initiative de l’uranien Julien Clerc qui ne supportait plus d’être enfermé dans la bulle scorpionnesque de son parolier…

Vénus-Vierge dissonant Jupiter-Uranus

Nous arrivons maintenant dans la configuration « aveugle » du ciel natal de Roda-Gil, dans sa part d’« ombre ». Et vue la manière dont s’est établie sa relation avec Julien Clerc, il semble bien qu’Étienne ait été victime d’aveuglement et de fascination vis-à-vis de son interprète, dans le ciel duquel Vénus et Uranus sont dominants. À un chanteur apollinien, sensuel, séducteur et romantique aspirant à plaire à de larges publics (conjonction Soleil-Vénus-Neptune dominants en Balance), il avait réussi à imposer un style décalé, ses textes étranges et hermétiques, et n’a pas compris qu’il était inévitable qu’un jour Julien ressente la nécessité de chanter des textes plus en rapport avec sa propre sensibilité et son envie d’être reconnu par un plus large public. Le Cœur volcan est certes une très belle chanson d’amour : « Mon cœur volcan devenu vieux bat lentement la chamade, la lave tiède de tes yeux coule dans mes veines malade », mais le message et l’émotion que véhicule ce texte ne passe pas nécessairement bien auprès de toutes les oreilles. Avec une Vénus en Vierge faible et dissonante, Roda-Gil ne pouvait comprendre les besoins d’une Vénus en Balance forte et consonante (rappelons que Vierge et Balance sont deux Signes inverses). Il ne savait pas écrire de simples chansons d’amour avec les mots de tous les jours qui touchent et émeuvent par eux-mêmes, sans avoir besoin, pour charrier la simple émotion, du canal de la voix chaude et sensuelle de Julien.

Quant à ce Jupiter faible… Étienne ne supportait pas qu’on le taxe de « parolier commercial » sous prétexte qu’il multipliait les tubes, y compris avec les chanteurs les plus commerciaux. Et il est vrai qu’il n’a jamais fait de compromissions pour se vendre où s’adapter à ses interprètes. Et par ailleurs, il vomissait tout ce que représente Jupiter (la loi, les normes sociales, le conformisme, etc.). Mais sous l’influence du discret sextile de Jupiter à Mars dominant, il se trouve qu’il savait quand même discrètement y faire pour se « vendre » sans avoir l’impression de le faire, « ombre » oblige…

Article paru dans le n° 22 du Fil d’ARIANA (octobre 2004).

Cet article vous a été proposé par : Richard Pellard


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