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| Publié le : 16 août 2003
Jacques Salomé
Psychosociologue de formation, conférencier, conseiller en relations humaines, auteur de nombreux livres traitant des problèmes de l’amour, de la communication conjugale tels que Parle-moi j’ai des choses à te dire ou Eloge du couple, adulé par des centaines de milliers de lecteurs, Jacques Salomé est en outre chroniqueur dans de nombreux magazines (Psychologies, Clés, etc.). En plus de tout cela, il trouve encore le temps d’être potier et de planter inlassablement des arbres... Pour ceux qui l’aiment, c’est un formidable pédagogue de la relation, mais sa grande médiatisation et ses succès éditoriaux en agacent plus d’un. Rencontre avec un jardinier des cœurs.
Jacques Salomé, né le 20/05/1935 à 23h30 HO à Toulouse Richard Pellard. Vous êtes né au lever de la Lune, ce qui fait en fait l’une de vos Planètes dominantes. Une dominante "[lunaire>17]" incite à rechercher une relation d’osmose, de fusion, d’intimité avec le monde extérieur et les êtres qui l’habitent, à privilégier en toutes choses le calme, l’harmonie, la paix, la tranquillité. Y-a-t-il effectivement une part importante de vous-même qui fonctionne ainsi ? Jacques Salomé. Tout-à-fait, tout-à-fait, j’éprouve le besoin, effectivement, d’une recherche de plénitude. Je fais de la méditation, j’essaie de prendre de la distance par rapport à l’agitation. Je vis dans un coin magique dans le Lubéron, où je suis très tranquille, et quand je viens à Paris, par exemple, je me sens stressé, agressé. Enfant, à la maison, j’étais très silencieux, très rêveur, je lisais beaucoup. Je me sens effectivement assez rapidement en osmose avec quelqu’un. Il y a en moi une forme de spontanéité naïve, j’accorde vite ma confiance, mais c’est tempéré par une solide dose de bon sens. Dans votre ciel de naissance, la Lune est en Capricorne. Une telle position implique un certain besoin de se replier dans sa tour d’ivoire, de fréquemment couper le contact pour préserver votre cohésion interne, votre équilibre global. Avez-vous un côté "ermite" prononcé ? Il y a en moi un côté ermite, un côté solitaire. Avec ma compagne actuelle, nous vivons depuis vingt ans sur deux territoires différents. Je vis seul, je vais chez elle, elle vient chez moi, mais je vis seul, j’ai besoin de me rencontrer moi-même. Ce n’est pas du repli, de l’auto-privation, mais des retrouvailles avec moi-même dans une bulle d’intimité, surtout après les périodes où je suis très extraverti, où je rencontre beaucoup de monde dans le cadre de mes activités. Finalement, la personne avec laquelle nous passons le plus de temps, c’est avec nous-même, et c’est très important. Je me suis beaucoup occupé des autres en tant que formateur, jusqu’à oublier d’être avec moi-même, à l’écoute de mes propres besoins. J’ai fini par réaliser que c’était là une chose essentielle. Il y a là une forme de narcissisme assez positive, c’est ce que j’appelle l’amour de soi, qu’il ne faut pas confondre avec l’amour-propre, l’égoïsme ou l’égocentrisme. Il s’agit de bienveillance vis-à-vis de soi-même. Dans la Théorie des âges astrologique, la Lune, dont la durée de révolution est d’environ un mois, est en rapport avec le premier mois de la vie, celui au cours duquel le nouveau-né vit toujours une relation d’osmose profonde avec sa mère qui prolonge la relation utérine. En tout "lunaire" survit ainsi un tout petit bébé en quête de fusion. Votre mère a occupé une très grande importance dans votre vie. Pouvez-vous nous parler de vos rapports avec elle ? Et en quoi vous sentez-vous toujours comme un nouveau-né (naïf, confiant, rêveur) ? Ma mère a été la personne la plus importante dans ma vie. Elle m’a eu très jeune, à dix-sept ans, et mon père était un adolescent de quinze ans qui a aussitôt disparu. Pendant quatre ans, j’ai été son enfant unique, et elle m’a nourri au sein jusqu’à l’âge de trois ans et demi ! Ma phase symbiotique et fusionnelle a donc duré très longtemps. Grâce à elle, j’ai été dans un environnement chaud, porteur, bienveillant. C’était une très brave femme, qui m’a offert une très grande sécurité affective, beaucoup d’amour et la qualité d’une présence inconditionnelle. J’ai donc vécu les trois premières années de ma vie dans un état de grâce paradisiaque. Après, à quatre ans, l’arrivée de mon frère a déstabilisé tout ça. La maman fusionnelle s’est transformée en mère exigeante. Quelque part, je suis effectivement resté un bébé naïf, confiant, rêveur qui a tendance à faire une foncière confiance aux gens, à les percevoir comme chaleureux, bienveillants à mon égard. La Lune est dissonante à Vénus dominante en Cancer et à Mars co-dominant en Balance. Sous une telle configuration, il a pu vous être difficile, douloureux d’intégrer vos élans affectifs dans votre vie quotidienne : les affects peuvent être perçus comme des perturbations déclenchant le désordre et le stress dans votre "bulle", votre cocon protecteur. Et pourtant, du fait de la puissance du carré Vénus-Mars, vous êtes bel et bien un affectif aux désirs intenses et impatients. Comment gérez-vous cette contradiction ? Désirs intenses et impatients : c’est tout-à-fait cela. D’un côté, j’ai besoin d’une relation affective stable et bien inscrite dans le temps, et en même temps, je tomberais facilement amoureux de toutes les femmes. Je suis "séductible", je trouve les femmes merveilleuses, mais il y en a trop. Et en même temps, ces désirs, ces attirances que je ne peux pas tous réaliser me mettent en état de désarroi, ils me perturbent intimement. J’ai fini par comprendre la différence entre le désir et sa satisfaction, donc je m’autorise à avoir des désirs, même s’ils ne sont pas tous satisfaits. C’est vrai qu’il y a parfois de la violence dans mes désirs, mais je passe rarement à l’acte. Un carré Lune-Mars dominant implique une grande sensibilisation aux situations conflictuelles. Par votre forte dominante lunaire, vous devez essayer d’y échapper, de suivre les lignes de moindre résistance. Vous arrive-t-il pourtant de "péter les plombs", de créer du conflit malgré votre aspiration à l’harmonie ? Je ne crains pas le conflit. Je n’hésite pas lorsqu’il le faut à rentrer dans le lard de quelqu’un. Mais pour que j’en arrive là, il faut vraiment que je me sente violé dans mon intimité, dérangé dans ma tranquillité, que quelqu’un porte atteinte d’une manière ou d’une autre à mon cadre de vie, à ma "bulle". Il m’arrive d’avoir des fantasmes de violence, par exemple si quelqu’un agressait un de mes enfants. Mais je me contrôle, je me retiens, je préfère la paix et l’harmonie, mais c’est vrai que je peux devenir très désagréable si on s’en prend à ma quiétude. Je suis un personnage connu, un auteur célèbre, et quantité de gens cherchent à pénétrer ma sphère intime, et cela, je ne le supporte pas. Quand ils exagèrent, je réagis : c’est de ma part une mesure de protection, et non une agression. L’opposition de la Lune à Mercure en Gémeaux donne à penser que s’il vous est relativement facile de vous abandonner, de vous laisser aller, il vous est plus difficile de communiquer spontanément, pour le simple plaisir de la rencontre décontractée... Effectivement, je me suis toujours perçu comme un handicapé de la communication spontanée. Si je n’ai pas une relation immédiatement chaleureuse, affective, privilégiée, je me sens incapable de trouver les mots anodins qui permettent d’établir le premier contact. J’ai un mouvement de gratitude pour les êtres qui m’abordent et qui me permettent d’entrer spontanément en communication. Je reste un peu infantilisé sur ce plan là. La conjonction Vénus-Pluton dominante vous sensibilise à la complexité (Pluton) des relations affectives (Vénus) qu’il faut absolument protéger (Cancer), mais aussi à la pluralité des désirs et la multiplicité des sentiments amoureux. Elle implique aussi la quête d’une lucidité maximale pour tout ce qui concerne l’amour... C’est tout-à-fait ça. Je suis dans une quête amoureuse, mais c’est complexe. Je déclenche beaucoup vers moi, mais moi, je suis beaucoup plus sélectif. Quelque part, c’est comme si j’attendais le grand amour, l’amour magicien, l’amour absolu qui va réparer toutes les blessures, apaiser toutes les angoisses, qui va m’accepter inconditionnellement tel que je suis, même quand je suis moche, même quand je suis désagréable. Sans fausse pudeur, je suis l’objet de beaucoup de manifestations amoureuses, d’autant plus que je suis célèbre, que je fais rêver les gens. Je suis irrésistiblement attiré par les femmes en général. Je suis comme un papillon attiré par la tendresse, la charnalité de certaines femmes. Je suis quelqu’un qui aime toucher, je prends facilement les gens dans mes bras. La dimension charnelle, sensuelle est très forte chez moi. J’ai même parfois trop tendance à érotiser le contact. Et en même temps, j’ai aussi parfois un regard très lointain, très froid, très lucide sur tout cela. Il y a plusieurs phases dans l’amour. D’abord une phase d’aveuglement, d’éblouissement, de surdité. Puis une phase de dépendance à l’autre, puis une prise de distance, presque une effroyable lucidité, un regard suraiguë. Le chanteur Charles Aznavour est né comme vous sous une opposition de la Lune-Capricorne à Vénus-Pluton en Cancer. Il a écrit une très belle chanson, "Tu te laisses aller", sur les difficultés à vivre l’amour au jour le jour, à faire coexister désir et quotidien, passion et routines. Pouvez-vous commenter le texte de cette chanson ? Je connais bien cette chanson, elle m’a toujours heurté, presque sur un mode réactionnel, et je ne l’ai jamais aimée, parce que moi, je serais parti avant. J’ai besoin de me respecter et de respecter la personne que j’aime. Dans ma vie affective, je ne supporte pas la dépendance, le laisser-aller. Dès que la relation s’installe dans la routine, je me sens mal. Je me laisse aller tout seul, mais pas dans la relation amoureuse. J’ai senti très tôt que l’osmose, la fusion amoureuse, le "nous" était trop ravageur pour moi, qu’ils tuaient le désir. Passons maintenant à une tout autre facette de votre personnalité : il s’agit du Salomé homme public, pédagogue, orateur. Elle est dûe à la présence de Jupiter en Scorpion au Milieu-du-Ciel, opposé à Uranus au Fond-du-Ciel, et fait de vous un être expert dans l’art du langage, de la représentation intensive, du paraître. Reconnaissez-vous qu’il y a en vous un acteur, un comédien ? Acteur, certainement. C’est vrai que je suis capable, quand je raconte des faits concrets, de jouer toutes sortes de rôles avec diverses intonations. Je crois que je suis un conteur-né, j’ai cette habileté-là. Je me sers de mon talent d’acteur pour faire passer mes idées, et non pas convaincre... Avec une dominante Jupiter-Uranus, vous êtes quand même un homme ayant de fortes convictions, et un tel homme veut nécessairement convaincre... Oui, finalement, vous avez raison. Je veux convaincre. Par exemple, je voudrais bien convaincre le ministre de l’Education Nationale de faire en sorte qu’on puisse enseigner la communication à l’école comme une matière à part entière. Mais je n’y suis encore malheureusement pas parvenu... Un Jupiter dominant est l’indice d’une grande subtilité (Scorpion) dans le maniement des règles du jeu social, d’une grande habileté manœuvrière pour parvenir à ses fins, assouvir ses ambitions, réaliser ses projets... Il y a de ça, oui. Je sens bien que quand je veux faire passer quelque chose, j’essaie de mettre tous les éléments de mon côté. Et à côté de cela, je suis capable des pires maladresses qui peuvent tout saboter... Effectivement, sous une dissonance Jupiter-Uranus s’opposent le sens du compromis et le goût de la négociation tout en nuances (Jupiter-Scorpion) et l’intransigeance jusqu’au-boutiste et sans concessions (Uranus-Taureau)... Tout-à-fait, je peux m’embarquer dans des systèmes réactionnels outranciers, avoir des exigences intenses qui peuvent tout faire capoter, par exemple, je suis très strict pour les histoires de contrat, d’édition, de droits audiovisuels. C’est vrai également pour les questions d’argent : je suis assez généreux, je prête et je donne facilement, mais je peux être très dur si je me sens floué, trahi. Je suis un hyper-organisé obsessionnel qui ne supporte pas les à-peu-près, les négligences. Jupiter et Uranus ont en commun le goût des formules simples et percutantes, des affirmations et certitudes fortes qui se voudraient définitives. Ces deux Planètes sont très fréquemment dominantes chez les leaders, les décideurs qui ont pour vocation de trancher, décider, indiquer la voie, exercer ouvertement un pouvoir. Comment vivez-vous votre "gouroutisation" ? Effectivement, quand on se met comme moi en position d’indiquer une voie, on est en situation de pouvoir, et la gouroutisation est un risque. C’est la raison pour laquelle j’ai arrêté toute intervention publique, il y a trois ans, alors que j’étais adulé, en pleine gloire, que je remplissais des salles de mille places avec écrans géants et tout le tralala. Mais cela me plaisait énormément de pouvoir passer mes idées avec succès. Mais je suis aussi allergique aux idéologies, je me méfie des "maîtres". C’est un côté paradoxal chez moi : d’un côté j’étais très heureux, très touché d’occuper le devant de la scène, de faire partager mes idées et expériences, et de l’autre, j’étais gêné devant la monstruosité de l’adulation dont j’étais l’objet, comme si j’étais une secte à moi tout seul... Mais je reconnais volontiers que j’ai un côté autoritaire. Quand je sais ce que je veux, je l’énonce clairement. Sous une opposition Jupiter-Uranus, s’opposent en vous un pragmatique qui ne croît qu’aux leçons de l’expérience, au bon sens raisonnable, et un théoricien qui entend, lui, expliciter ses intuitions et certitudes intimes. Comment les deux cohabitent-ils à l’intérieur de vous ? Je n’enseigne que ce que j’ai concrètement découvert. Avec beaucoup de simplicité, je dirais que j’enseigne du Salomé. Bien sûr, j’ai été influencé par toutes sortes de gens et de lectures, mais au fond, tout mon enseignement est tiré de ma propre pratique d’homme, d’amant, de père, et surtout de professionnel en formation aux relations humaines. Pensez que j’ai formé environ 62 000 personnes ! Il y a là un extraordinaire gisement d’expériences vécues. Freud, il a vu quelques malades, certainement pas plus de trois cent, vous voyez la différence ? Dans un premier temps, je n’étais pas du tout un théoricien. J’improvisais pragmatiquement. Ce n’est qu’ensuite que j’ai commencé à théoriser mes expériences, en me disant, mais quand même, où tu vas chercher tout ça ? Je me suis dit alors que ce que j’avais découvert sur le terrain, dans ma pratique, pouvait être généralisé et être transmis. Et en même temps, dans tout ça, il y a un immense besoin de reconnaissance sociale. Vous savez, je n’ai pas été reconnu par mon père... J’avais besoin d’être reconnu par mes pairs, les autres thérapeutes. Vous vous rendez compte, à la Bibliothèque de France, je suis référencé cinquante-cinq fois ! Dans votre Thème, Uranus est au trigone de la Lune, ce qui implique une certaine facilité pour piloter ou diriger un groupe, avec une certaine force de douce autorité, de souplesse persuasive, de décontraction exigeante. Est-ce bien cela ? C’est tout à fait cela, je n’ai rien à ajouter. Une dominante Lune-Jupiter-Vénus est l’indice d’un certain goût du confort, d’une grande aptitude à se donner les moyens de satisfaire ses désirs et ambitions... Elle est aussi l’indice d’un tempérament plutôt convivial et bon vivant, tendre et opti-miste, sociable et affectueux... Tout-à-fait. Je suis un voluptueux qui fait tout ce qu’il peut, dans la mesure du possible, pour satisfaire ses désirs. ... alors qu’avec Uranus, vous pouvez être exigeant, dur, sec, très autoritaire... Exactement. Je peux être aussi chaleureux, bon vivant et bienveillant que pète-sec comme c’est pas permis. La Planète la moins valorisée dans votre ciel natal est le Soleil en Taureau. Une telle faiblesse la fonction solaire, qui est en rapport avec les normes, les idéaux et repères absolus, donne à penser que vous devez dû avoir du mal à intégrer vos premiers modèles... Je n’ai pas eu beaucoup de modèles, surtout masculins, puisque né de père inconnu. Je me suis beaucoup construit par moi-même... Mercure et Saturne sont également peu valorisés dans votre ciel. Avez-vous tendance à fuir les gens munis d’un trop grand esprit critique, les ironistes, les froids, les distants, les sarcastiques ? Ils me sont insupportables. J’y suis allergique. D’ailleurs, ce sont en général ceux qui me critiquent parce que, à leur avis, je simplifie excessivement les choses. Vue la force de Jupiter-Uranus est la faiblesse de Mercure-Saturne, pourrait-on dire que vous préférez nettement simplifier choses et idées que les complexifier ? Devant la complexité, j’ai la tête qui me tourne. Quand il y a trop d’information, je me perds. Je déteste les problèmes. Je ne laisse pas les gens trop complexificateurs dans ma sphère de proximité. Je sais bien que j’enfouis et refoule mes tendances complexificatrices, mais je ne peux pas faire autrement. Texte paru dans Astrologos n° 2, décembre 2000. Cet
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Richard Pellard
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