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Association pour la Recherche et l’Information
en Astrologie Naturelle

Les contrôles critiques de Suitbert Ertel et Geoffrey Dean
Un siècle d’expériences & de recherches

La nature des effets astrologiques est avant tout conjecturale, stochastique et chaotique. Il n’existe par conséquent pas de déterminisme astrologique mécanique dont une étude statistique pourrait montrer, et non démontrer, la probabilité ou l’improbabilité. Ce fait n’a pas empêché partisans et adversaires de l’astrologie de s’y livrer pour le meilleur (rarement) et le pire (presque toujours). Pourtant, des études statistiques sérieusement conduites pourraient mettre en relief et détecter quelques-uns des effets astrologiques les plus saillants et donc les plus visibles. Mais celles-ci n’ont encore jamais été réalisées, bien que tous les éléments soient réunis pour qu’elles puissent être faites. Pour des chercheurs audacieux, un vaste territoire inconnu reste donc à explorer, sachant qu’il se limiterait à la partie émergée de l’iceberg astrologique, dont environ 90 %, en filant cette glaciale métaphore, resteraient donc hors de portée de toute statistique…

Le cas Suitbert Ertel, allié encombrant des Gauquelin

En 1992, Suitbert Ertel a fait paraître dans le Skeptical Inquirer une étude confirmant la réalité statistique de “l’effet Mars” et qui de plus faisait apparaître un nouvel élément très intéressant. Elle a en effet montré que “l’effet Mars” était indépendant de toutes les variations astronomiques telles que la distance entre Mars et la Terre, sa taille apparente et sa magnitude, sa déclinaison et son ascension droite, sa position orbitale et sa distance au Soleil, sa position derrière le Soleil, et qu’enfin il ne variait pas en fonction de l’activité géomagnétique terrestre. De cette surprenante découverte on ne pouvait tirer que deux conclusions : soit “l’effet Mars” n’avait aucune base physique, soit il relevait de lois et propriétés physiques encore inconnues - ce qui est l’hypothèse la plus probable. Le mystère s’est donc épaissi.

Dans le même article, Suitbert Ertel a confirmé que ses réplications des études sur les corrélations entre “traits de caractère” et planètes avaient montré que les statistiques de Michel Gauquelin sur ce sujet, puis après sa mort celles de Françoise, souffraient de trop importants biais de confirmation pour que leurs résultats positifs puissent être validés. Mais les réplications de Suitbert Ertel portaient sur des échantillons extrêmement réduits (un peu plus de 100 Thèmes natals), ce qui n’a pu que rendre aléatoire leur pertinence. Il a utilisé pour contester ces résultats la même méthode que Michel Gauquelin, exclusivement basée sur le dépouillement lexical de biographies. Il a néanmoins affirmé que ces biais de confirmation étaient indubitables : “Gauquelin, en tant qu’extracteur de traits, a été grandement influencé par sa connaissance des positions en secteur des personnes sur les biographies desquelles il a travaillé”. Michel Gauquelin est mort en 1991 avant d’avoir plus argumenter contre ces conclusions. C’est aussi sa propre mort en 2007 qui a empêché Françoise Gauquelin d’objecter à une nouvelle réplication de Suitbert Ertel réalisée au début des années 2000 et qui avait produit les mêmes résultats.

Ces biais de confirmation tardivement apparus dans les études des Gauquelin montrent surtout qu’après environ 40 ans de recherche, ils étaient suffisamment convaincus de la pertinence de leurs statistiques qu’ils ont alors commencé à se comporter comme des astrologues sachant d’avance, à tort ou à raison, ce qu’ils devaient découvrir. En ce sens ils ont là commis une grave erreur : ils auraient du changer de méthode et passer des statistiques fréquentistes à des bayésiennes. Néanmoins on peut objecter à Suitbert Ertel que les corrélations significatives entre célébrités professionnelles et positions de certaines planètes dans les secteurs-clés de la sphère locale étaient implicitement fondées sur une hypothèse de nature astro-psychologique.

Des métiers caractérologiques et des planètes caractéristiques

Dans son premier livre L’influence des astres, Michel Gauquelin niait vigoureusement avoir a priori inclus des paramètres caractérologiques dans son hypothèse initiale de recherche. Il prétendait n’avoir choisi les professions qu’il a sélectionnées que parce qu’elles avaient un caractère durable, que leurs finalités étaient précises et qu’à ce titre elles engageaient fortement ceux qui s’y dédiaient. Mais dès qu’il s’est agi de tirer des conclusions de ses résultats, il ne s’est pas privé de faire appel à des notions purement psychologiques.

Voici ce qu’il écrivait à ce propos : “Il apparaît chaque fois entre ces groupes […] une particularité fondamentale commune, et cette particularité se décrit en termes de caractère (c’est lui qui souligne). Il décrit ensuite ces traits de caractère : Mars : l’énergie, la lutte, l’activité concrète (sportifs, médecins, militaires) ; Jupiter : le goût de représenter, l’esprit tourné vers l’aspect extérieur et public des choses (acteurs, militaires, députés) ; Saturne : le désir de méditer, de réfléchir, l’esprit tourné vers l’aspect profond des choses (savants, prêtres)”. Or il ne faut pas ici négliger le fait que Michel Gauquelin a été astrologisant dans ses jeunes années, qu’il connaissant bien la littérature astrologique traditionnelle et qu’il avait pratiqué l’astrologie. Il ne pouvait donc ignorer que la littérature astrologique attribuait à chaque planète une propension à exercer certaines professions en fonction des dispositions caractérologiques que celles-ci requéraient préférentiellement. C’est donc au moins en partie guidé par cette hypothèse qu’il a fait appel au critère des professions pour ses premières astro-statistiques. Il est remarquable qu’aucun des critiques détracteurs de ses travaux n’ait jamais évoqué ce fait. Mais sans doute faut-il être un astrologue convaincu pour pouvoir la remarquer.

Aucune recherche statistique ne peut faire l’économie d’une hypothèse de départ, si farfelue ou hérétique soit-elle. Il ne peut donc être question de critiquer le fait que Michel Gauquelin ait choisi celle-ci plutôt qu’une autre. Il s’en explique en écrivant que ce qu’il voulait établir “en examinant de tels groupes professionnellement liés était […] une caractéristique inhérente à l’Homme et durable. Assez durable et caractéristique pour arriver à se manifester dans un concept objectif et extérieur à lui comme la profession, qui n’en serait que le reflet approximatif et mouvant. On comprend donc à quel point il nous était nécessaire de rechercher les professions les plus stables à travers les époques ; et d’autre part, ceci explique pourquoi nous avons choisi les individus les plus représentatifs de ces professions. […] Quelle que soit l’interprétation que nous tenterons de donner des résultats obtenus, la profession ne nous aura été qu’un prétexte pour faire apparaître des facteurs simples, stables et inhérents aux hommes de tous les milieux et de toutes les époques”.

Ainsi exposé, le critère professionnel semble être un choix sensé et apparemment vierge de tout a priori, que ce soit dans un sens favorable ou défavorable à l’astrologie. C’est tout au moins ce que Gauquelin veut faire croire. Pourtant nous avons vu qu’il n’en était rien : cette hypothèse était en réalité très fortement orientée. Elle l’était au sens où il savait d’emblée qu’à chaque profession correspond pour l’astrologie une planète privilégiée ou inversement, qu’à chaque planète sont associés des métiers en accord avec les significations et “traits de caractère” qui lui sont accordés. Il ne se lance donc nullement en terrain inconnu. Cela non plus ne saurait lui être reproché : ce type d’hypothèse est tout-à-fait courant dans le domaine de la recherche, qu’elle soit statistique ou autre.

Il est par contre nettement moins courant de savoir d’avance sur quels résultats positifs ou négatifs cette recherche statistique va très probablement déboucher. Et il est encore moins courant qu’un chercheur se donne l’opportunité de pouvoir jouer sur les deux tableaux, c’est-à-dire d’avoir la possibilité de se déclarer très satisfait des résultats de sa recherche, que ceux-ci confirment ou infirment son hypothèse initiale, en considérant que dans les deux cas il avait raison. Or en général, un chercheur expérimenté n’a pas de temps à perdre à tester de faibles hypothèses dont il sait qu’il est très probable qu’elles seront presque à coup sûr invalidées. Il préfère tester des hypothèses fortes, qu’il considère comme valables étant donné son expertise, avec l’espoir mais pas la certitude qu’elles seront confirmées. Ces hypothèses fortes peuvent être positives (le chercheur teste alors une éventuelle confirmation) ou négatives (il teste dans ce cas une invalidation qu’il estime probable). Il ne teste pas à la fois une hypothèse positive et négative et s’il le fait, il prend bien soin de ne pas mélanger les deux, sous peine de ne pouvoir obtenir aucun résultat significatif et par conséquence de ne pouvoir tirer aucune conclusion de son étude.

Miser sur pile et face pour gagner à tous les coups

Ce n’est pas ainsi que les choses sont passées dans le cas de Michel Gauquelin. Il jouait certes à pile ou face, mais en misant à la fois sur l’envers et l’endroit de la pièce qu’il lançait dans le maquis statistique. De ce probable biais initial, on peut inférer deux hypothèses quant à l’objectif qu’il a poursuivi en se lançant dans ses recherches. Soit il entendait démontrer la fausseté des assertions astrologiques en rapport avec le caractère et le métier, soit il pensait avoir trouvé avec le domaine professionnel un terrain soi-disant “neutre” permettant de confirmer au moins partiellement celles-ci. Il a donc fait un pari qui paraissait risqué, puisqu’il ne pouvait a priori être certain des résultats qu’il obtiendrait. Mais dans les deux cas il jouait gagnant à tous les coups d’un point de vue personnel, étant donné qu’il n’a jamais caché que dès l’adolescence il entendait se faire un nom, entrer dans la légende et accéder à la célébrité dans le domaine de l’astrologie.

▶ Dans le premier comme dans le deuxième cas, il savait d’emblée qu’en confrontant les positions planétaires dans la sphère locale aux assertions astrologiques concernant les orientations professionnelles, il partait gagnant étant donnée la très forte corrélation entre les deux. Pile, il gagnait une célébrité destructrice des assertions astrologiques et face, il en gagnait une autre en devenant le hérault-héros d’une néo-astrologie. La seule chose qu’il ne pouvait pas d’emblée savoir avec certitude, c’est de quel côté la pièce qu’il avait lancée tomberait. Il se trouve qu’elle est tombée du côté face, le côté qui a fait de lui un “néo-astrologue”. Il s’en est évidemment satisfait, étant donné que dans cette perspective il pouvait continuer sur sa lancée puisque s’ouvrait devant lui un boulevard de recherches à venir. La retombée côté pile lui aurait probablement moins convenu, au sens où elle mettait rapidement fin aux mêmes recherches et qu’il aurait du alors consacrer sa vie à autre chose que l’astrologie.

▶ Si l’on adopte ce point de vue, le pari qu’il a fait ne lui faisait courir aucun risque. S’il infirmait les assertions astrologiques traditionnelles par de rigoureuses enquêtes statistiques, il devenait le premier à avoir enfin scientifiquement terrassé le dragon astrologique, et à ce titre il était certain de se bâtir une renommée. Si au contraire il confirmait ne serait-ce que partiellement les mêmes assertions astrologiques relatives aux “traits de caractère” et aux professions qui leur conviennent, Michel Gauquelin devenait le premier à avoir établi comme un fait statistique l’existence d’une corrélation significative entre les astres et les hommes, et pouvait à se titre prétendre à la reconnaissance et à la gloire scientifique. Il est très probable que c’est à jeu-là qu’il a très habilement joué, et comme il ne pouvait pas perdre, il y a gagné la célébrité astrologique à laquelle il aspirait.

▶ Cette motivation très personnelle et très probable n’est pas condamnable en tant que telle. Les diverses motivations subjectives des découvreurs importent peu quand sont objectivement actées leurs petites ou grandes découvertes. Seuls comptent les résultats obtenus.

Il n’en reste pas moins que dès que ses astro-statistiques ont produit leurs premiers résultats, Michel Gauquelin s’est empressé d’en tirer des conclusions astro-psychologiques en dressant pour chaque profession un profil caractérologique, qui était la seule explication possible des tésultats obtenus, et qui ressemblait en tous points à aux profils qu’on peut trouver dans les manuels d’astrologie dont il connaisssait très bien le contenu depuis ses jeunes années.

La pseudo-variable indépendante des “traits de caractère

De cette caractéristique fondamentale de l’hypothèse initiale, Suitbert Ertel n’a pas tenu compte dans sa réfutation des biais de confirmation à propos des “traits de caractère” associés par les Gauquelin aux planètes, ce qui est un considérable aveuglement de sa part. Dans toutes ses contre-enquêtes statistiques, Suitbert Ertel a toujours fait comme s’il considérait les “traits de caractère” comme une variable indépendante de l’hypothèse de départ de Michel Gauquelin, qu’il pouvait en tant que telle traiter et tester isolément. Or nous avons vu qu’Ertel se trompait. Il ne s’agit pas d’une variable indépendante. Les “traits de caractère” se situent au cœur même du dispositif hypothétique de Gauquelin. Sans eux, ses astro-statistiques se réduisent à la découverte d’une corrélation entre des professions, des astres et des êtres humains, que rien ne relie hormis le fait que l’écart significatif à la moyenne attendue sur lequel elle se fonde n’est pas un effet du hasard. Aucune interprétation rationnelle des résultats n’est possible si l’on n’opère pas la jonction entre les métiers et les planètes par la médiation des “traits de caractère”.

En ne considérant cette médiation que comme une variable indépendante que l’on pouvait négliger, et dont il estimait à tort qu’il avait testé l’invalidité statistique, Suitbert Ertel ne pouvait avoir qu’une seule conception de “l’effet Mars”. Et c’est précisément celle-ci qu’il a toujours développée : celle d’un effet mystérieux et irrationnel, indubitable mais inexplicable, associant des astres et des métiers pour une raison inconnue, et qui ne concernerait étrangement que des populations de “champions” professionnels, c’est-à-dire une infime partie de l’humanité. Il s’agit là d’une conception délirante des astro-statistiques Gauquelin. Et ce qui explique cette non-interprétation délirante n’est rien d’autre que le fait qu’il considère les “traits de caractère” comme une variable indépendante, ce qu’ils ne sont pas. Ce qui est pour le moins curieux de la part de Suitbert Ertel, professeur émérite de psychologie à l’université de Göttingen.

Après les avoir longtemps accompagnés dans leurs études dont il fut toujours un soutien critique, Suitbert Ertel se présentait après leur mort comme le successeur des Gauquelin et le continuateur de leurs recherches. En un sens, il ne s’agissait pas d’une usurpation, étant donné qu’il ne remettait pas en question la validité de la partie de celles-ci ne concernant que les professions. Mais il a par ailleurs, en ne considérant les “traits de caractère” que comme une variable indépendante dont il croyait avoir démontré expérimentalement l’inanité, toujours soigneusement évité et critiqué le glissement de ces astro-statistiques vers quelque forme de “néo-astrologie” que ce soit. Contrairement aux Gauquelin, il les considérait comme une sorte de phénomène paranormal de nature indéterminée et étranger au fonctionnement psychologique humain. Ce qui n’était pas du tout la conception qu’en avaient les Gauquelin. De ce point de vue les études de Suitbert Ertel souffraient de ce que l’on pourrait appeler un “biais d’infirmation”, en ce qu’elles avaient pour motivation la contestation systématique des “traits de caractère”.

Une erreur caractérisée des Gauquelin

L’erreur majeure des Gauquelin dans leur décision de tester l’hypothèse des “traits de caractère” associés directement aux planètes, sans passer par les professions, a été de ne pas changer de méthode pour ne pas être suspectés de biais de confirmation. Ils auraient du faire un virage méthodologique à 180°, en partant cette fois de l’hypothèse selon laquelle il existait une corrélation entre certaines professions et certaines inclinations caractérologiques, et qu’ils étaient donc légitimement fondés à faire de nouvelles statistiques en se basant sur un autre critère que celui des professions, c’est-à-dire passer des statistiques fréquentistes aux bayésiennes. Bien entendu ils auraient alors évolué sur un terrain astro-psychologique flou et complexe (ce qui est aussi le cas de toutes les statistiques à propos des faits psychologiques). En effet si un individu peut être mono-professionnel, il ne peut être mono-caractériel : son fonctionnement psychologique ne peut être réduit à un ou deux “traits de caractère”.

Ces “traits de caractère” ne sont pas par ailleurs des entités stables qui se manifestent systématiquement de concert et qui pourraient ainsi décrire son fonctionnement quel que soit le contexte. Ils peuvent apparaître alternativement, en fonction des situations auxquelles l’individu est confronté, de son âge, de son équilibre ou déséquilibre général, etc.. On entre là sur un terrain miné par la possibilité de multiples biais de confirmation conscients ou inconscients, et pour tout dire rétif au réductionnisme qualitatif de la plupart des données biographiques et au réductionnisme quantitatif que produisent des statistiques non-bayésiennes.

Mais Suitbert Ertel, qui était décidément un “allié” bien encombrant pour les Gauquelin, a lui aussi commis une erreur majeure en se basant sur les mêmes données biographiques qu’eux. Son statut professionnel de professeur émérite de psychologie aurait du l’inciter à davantage de prudence et de sagacité. En effet, il ne pouvait ignorer que la complexité du fonctionnement humain ne peut qu’en grande partie échapper au simple dépouillement de biographies de qualités diverses, dont les notations psychologiques qu’elles contiennent sont souvent d’une pertinence faible ou aléatoire.

Pour confirmer ou infirmer statistiquement la pertinence des “traits de caractère” associés aux planètes, Suitbert Ertel aurait du se fonder, en toute rigueur scientifique, sur la comparaison entre ceux-ci et les résultats de divers tests psychométriques standards auxquels il aurait du soumettre chaque “champion” professionnel. C’était bien entendu une tâche impossible à réaliser pour des raisons évidentes qu’il est inutile de toutes énumérer. On se contentera d’observer qu’il aurait fallu que tous acceptent de se soumettre à ces longs et fastitieux tests, ce qui est une hypothèse si improbable qu’elle ne mérite aucune statistique, et que la plupart d’entre eux étaient morts, ce qui constitue une raison rédhibitoire.

Une expérience en imagination astro-psychométrique

Néanmoins rien n’interdit de procéder à ce que les chercheurs appellent une “expérience de pensée”, ce que Suitbert Ertel n’a pas fait et qu’il aurait du faire, tout comme les Gauquelin qui avaient comme lui des diplômes universitaires de psychologie. Ce type d’expérience imaginaire, qui supplée au fait que les conditions d’une expérimentation concrète ne sont pas réalisables, se fonde sur la question suivante : “que se passerait-il si... ?”. Imaginons donc que tous les “champions” professionnels issus des échantillons aient accepté et pu se soumettre à ces tests psychométriques standards.

▶ Il faut d’abord considérer que la plupart de ces tests mesurent des aptitudes ou inaptitudes différentes, identifiées sur la base de critères qui n’ont rien de standard d’un test à l’autre, et qu’ils peuvent produire, appliqués au même individu, des résultats contradictoires voire antagonistes, étant donné que le fonctionnement humain est complexe et que la psychologie appliquée est très loin d’être une science exacte. Il faut prendre en compte le fait que chaque type de test standard a un champ de pertinence limité, que ce champ peut croiser ou non celui des autres, et qu’il a ses partisans et adversaires qu’agitent de nombreuses et souvent byzantines controverses. Admettons néanmoins qu’il soit possible d’en faire une improbable synthèse. Ou encore qu’on puisse déterminer, parmi le grand nombre de ces tests standards, celui ou ceux qui sont probablement les plus adéquats pour cerner et déterminer objectivement des “traits de caractère” identiques à ceux qui sont associés à chaque planète.

▶ Les conditions seraient alors réunies pour que chaque individu soit doté d’un profil psychologique standardisé. Avant de commencer à comparer les résultats de ces tests psychométriques aux “traits de caractère” associés à chaque planète, il faudrait passer à la seconde étape. Elle aurait pour objet de procéder à une évaluation de l’impact multifactoriel des déterminismes extra-astrologiques qui auront contribué à modifier très sensiblement ces “traits de caractère” en fonction de paramètres tels que l’hérédité, le sexe, le niveau intellectuel, moral, socioculturel, etc.. Cette indispensable tâche ayant été accomplie, il faudrait encore déterminer dans quelles situations et selon quelles fréquences ces “traits de caractère” se manifestent conjointement ou alternativement, etc. Et enfin, il faudrait procéder de même pour l’échantillon-témoin d’environ 25 000 “non-champions” des données Gauquelin. Ce n’est qu’une fois toutes ces conditions réunies que des statistiques comparatives sérieuses pourraient débuter.

▶ Au terme de cette “expérience de pensée”, on comprend mieux pourquoi Suitbert Ertel a préféré négligemment éplucher les mêmes biographies que les Gauquelin. C’est beaucoup plus simple et réalisable, et après tout “à l’impossible nul n’est tenu”. Il existe néanmoins une alternative qui, elle, appartient au champ du possible. Elle consisterait dans le fait de tester au moyen de statistiques bayésiennes une théorie astrologique rigoureuse et cohérente pourvue de solides méthodes d’interprétation. Avec de solides hypothèses a priori et d’un protocole d’expérimentation strict et bien adapté à l’objet qu’il prétend mesurer, on obtiendrait de tout autres résultats que les Gauquelin et Suitbert Ertel. Jamais cette expérimentation, pourtant faisable, n’a été réalisée.

Suitbert Ertel, principal successeur des Gauquelin, est mort en 2017. On ne sait pas qui a pris ou prendra sa relève, ni même si cela se fera. Et si cela se fait, il faut espérer que ce ou ces continuateurs se fonderont sur de toutes autres hypothèses et sur des statistiques bayésiennes subtiles et conditionalistes. L’avenir le dira... ou pas.

Le cas Geoffrey Dean, ex-astrologue devenu anti-astrologiste

En 2002 un acteur majeur de l’anti-astrologisme intervient avec un nouvel argument sur la scène de “l’effet Mars”. Il s’agit de Geoffrey Dean, un chimiste analytique australien. Son cas est particulièrement intéressant, étant donné qu’il fut un temps astrologue hyper-traditionnel avant de devenir un féroce contempteur de l’astrologie. À ce titre il publia en 1977 Recent Advances in Natal Astrology : A critical review 1900-1976, livre compilant toutes sortes de recherches critiques, des plus débiles-simplistes aux plus pointues, dont il faut reconnaître qu’un grand nombre est pertinent et justifié. Cet ouvrage est devenu une véritable bible à l’usage des anti-astrologistes du monde anglophone. Geoffrey Dean a fini par rejoindre le CSICOP, dont il a créé le site web consacré à l’astrologie, et écrit régulièrement dans le Skeptical inquirer, revue de cette association pseudo-sceptique.

Geoffrey Dean est un cas à part dans la nébuleuse anti-astrologiste anglophone. Ex-astrologue (et président de la Fédération des Astrologues Australiens de l’Ouest jusqu’en 1983 !) devenu anti-astrologiste, à bien des égards il est l’anti-symétrique, l’inverse de Michel Gauquelin, astrologisant, puis astro-sceptique devenu “néo-astrologiste”. L’un comme l’autre ne se réfèrent obsessionnellement qu’à une conception archaïque et hyper-déterministe de l’astrologie, l’un pour la démolir systématiquement, l’autre pour n’en extirper statistiquement que quelques rares éléments qui apparaissent comme valables. Dans ce trompeur jeu de miroir, leurs positions apparemment opposées se rejoignent ainsi sur un point fondamental : il n’est pas question pour eux de tester des hypothèses autres que celles suggérées par leur conception réactionnaire de l’astrologie.

“Taille d’effet” contre “effet Mars”

Geoffrey Dean n’a pas participé aux fraudes du CSICOP concernant “l’effet Mars”. Il n’a d’ailleurs été élu "compagnon du CSICOP" qu’en 2003. Mais il s’est évidemment beaucoup intéressé aux statistiques Gauquelin dont il a impitoyablement traqué les possibles divers biais astronomiques et démographiques. Ayant échoué à en trouver de suffisamment significatifs pour les invalider, il eut le premier l’idée de leur appliquer la notion de “taille d’effet”, qui est très différente de celle d’écart à la moyenne. On a vu que les écarts à la moyenne de ces statistiques étaient de l’ordre de 10 à 25 %, ce qui n’est pas énorme mais est considéré comme significatif. Le mot “significatif” en statistique ne veut pas dire qui “a une signification”, mais “qui n’est pas dû au hasard”, c’est à dire qui présente une déviation à la normale qui est trop élevée pour pouvoir être expliquée par la variabilité naturelle de la composition du groupe testé. Ces écarts à la moyenne étaient différents pour chaque profession concernée et dépendaient de la taille de chaque échantillon, les aléas de ces échantillonnages pouvant nettement affecter la valeur des estimations. On estime qu’un écart à la moyenne est significatif si la mesure de la significativité statistique est inférieure au seuil de significativité qu’on s’est fixé, en général 5 % ou 1 %.

Mais sur un grand échantillon (par ex. supérieur à 1000 personnes), les écarts à la moyenne peuvent être estimés avec plus de précision, ce qui permet de mieux distinguer celles des corrélations qui sont réellement significatives. C’est ici qu’intervient la notion de “taille d’effet”, qui est une mesure de la puissance de l’effet observé d’une variable à une autre, ici sur d’importants échantilllons de populations de célébrités professionnelles, toutes les professions (les variables) étant alors considérées comme appartenant à un unique échantillon. La taille d’effet se mesure selon diverses échelles standardisées. Celle que Dean a retenue va d’une graduation de 0 (effet nul) à 1 (parfaite corrélation). Plus la taille d’effet est forte, plus l’écart à l’hypothèse nulle (= pas “d’effet mars”) est grand et inversement, l’hypothèse nulle correspondant à une taille d’effet égale à zéro. La taille d’effet permet donc ici de quantifier l’amplitude d’un écart à la moyenne, sans préjuger de sa significativité statistique, l’importance d’une corrélation significative au sein d’un vaste échantillonnage (les professions en général) rassemblant plusieurs sous-échantillonnages d’effectifs plus réduits (chaque profession en particulier).

Geoffrey Dean a calculé que sur cette échelle de 0 à 1, la taille d’effet de l’ensemble des statistiques Gauquelin concernant les professions se situait à environ 0,045. Cela ne remettait pas en question la significativité statistique de ces résultats mais confirmait que la corrélation était très faible, faiblesse qui n’était pas pour déplaire à Dean, même s’il aurait évidemment préféré une taille d’effet égale à zéro... qu’il va essayer d’obtenir par un autre moyen, en usant de l’argument quasi-psychédélique des “artefacts sociaux” qu’on va disséquer plus loin.

Exemple concret de ce qu’implique la taille d’effet : imaginons que le DRH (Directeur des Ressources Humaines) d’une entreprise se fonde exclusivement sur les statistiques Gauquelin pour décider de l’embauche d’un candidat professionnel non-célèbre (ce qui est généralement le cas) pour un poste ayant un profil “marsien”. Ce DRH n’aurait alors que 50.0001 % de probabilité (1 chance sur 1 million) de tomber sur la bonne personne, ce qui est très proche des lois du hasard. Et si ce candidat appartenait aux 0.006 % de la population considérés comme célèbres, cette probabilité serait de 52 %. C’est un peu mieux, mais toujours nettement insuffisant pour décider de l’embauche sur un critère rationnel, c’est-à-dire avec un maximum de certitude d’avoir trouvé le profil “marsien” idéal pour le poste à pourvoir. Il va donc sans dire que les résultats des statistiques Gauquelin ne seraient d’aucune utilité pratique pour la décision que ce DRH doit prendre.

Cela implique aussi que les statistiques Gauquelin ne servent à presque rien pour un astrologue devant déchiffrer un horoscope natal. Il ne peut en retenir que deux résultats positifs pour sa pratique. Le premier est une confirmation expérimentale de l’importance traditionnellement accordée aux levers, couchers et culminations comme facteurs essentiels des valorisations planétaires. Le second est une réévaluation de l’étendue et de la situation des zones à l’intérieur desquelles les Planètes qui s’y trouvent peuvent être considérées comme dominantes. C’est tout, c’est très peu et c’est néanmoins décisif.

En arguant de la ténuité de la taille d’effet pour minimiser la significativité observée des statistiques Gauquelin, le but de Dean est avant tout, et avec beaucoup de mauvaise foi, de créer un… effet de taille impressionnant dans l’esprit de ceux qui le lisent. En d’autres termes, il cherche à jeter de la poudre anti-astrologiste aux yeux. Un effet faible est tout simplement un effet qu’il est difficile d’observer. C’est le cas de très nombreux effets physiques qui n’en sont pas moins réels. Cette difficulté d’observation nécessite donc avant tout de faire de nouvelles études, par exemple sur de plus grands échantillons de Thèmes natals. Elle peut aussi demander d’affiner l’hypothèse de départ ou d’en modifier certains paramètres afin de vérifier si ces changements initiaux ont un impact sur la significativité statistique et par conséquent sur la taille des effets. Cependant ces nouvelles études se heurteraient à deux difficultés inhérentes à leur objet, à savoir :

▶ Le critère de célébrité corrélatif à de très grandes réussites professionnelles en rapport avec les positions planétaires dans la sphère locale sur lequel se fondent les astro-statistiques Gauquelin ne peut par définition concerner que des échantillons de population très réduits. Tout le monde ne peut pas être un “champion” dans son domaine. Les nouveaux échantillonnages devraient donc être réalisés à partir des populations nées après 1950, afin de renouveler le stock de “champions” dans les mêmes professions. Il serait alors possible d’appliquer la mesure de taille d’effet aux données cumulées entre 1800 et par exemple 2010, et d’observer si cette taille augmente ou diminue ; cependant on se heurterait à une autre difficulté : sauf dans le sport, l’âge moyen à partir duquel on peut observer une indubitable célébrité en rapport avec une réussite professionnelle peut être situé au minimum à 30 ans.

▶ Ce qui signifie qu’une étude hypothétiquement menée en 2020 ne pourrait porter que sur la classe d’individus nés entre 1950 et environ 1990. Dans une aussi courte période, le nombre probable de “champions” professionnels célèbres sera nécessairement hyper-réduit par comparaison avec ceux de 1800-1950 (on peut l’estimer à environ 425). Ce faible échantillon affecterait la significativité, mesurée en taille d’effet, des nouvelles statistiques qui seraient ainsi réalisées. En outre l’ajout de ces nouveaux “champions” ne modifierait qu’à la marge la taille d’effet cumulée de toutes ces statistiques. Il faudrait donc réaliser une nouvelle étude en 2100 pour obtenir un chiffre comparable à celui obtenu pour 1800-1950. Et il est probable que le nouvel échantillonage 1800-2100 ainsi obtenu, qui ne porterait somme toute que sur environ 3200 Thèmes natals, ne ferait pas varier très significativement la taille d’effet, eu égard à la ténuité relative de ses effectifs.

▶ Les chercheurs qui s’attèleraient à cette tâche seraient néanmoins confrontés à deux difficultés majeures. La première réside dans la précision des heures de naissance : de moyenne-faible avant 1950 dans les pays disposant d’un état-civil performant et d’un accès libre (ce qui n’est par exemple plus le cas dans de très nombreux États des USA), elle est devenue très forte après cette date. Il faudrait tenir compte de ce paramètre. La seconde difficulté s’origine dans le fait que le développement exponentiel de la sphère médiatique depuis 1950 a très probablement eu un effet important sur la mesure de la célébrité. Cet autre paramètre, difficile à quantifier objectivement, devrait lui aussi être pris en considération.

▶ Quant à l’affinage de l’hypothèse de départ, il demanderait bien entendu de refaire intégralement les statistiques de 1800-1950 et de faire celles de 1950-2010 ou de 1950-2100 sur cette base modifiée. Mais on ne voit pas trop de quelle nature pourrait être cet affinage, sauf à déplacer le curseur de la célébrité en rapport avec la réussite professionnelle et/ou de prendre en compte les nouveaux métiers apparus depuis 1950 en leur appliquant le même affinage, et ce toujours avec des échantillons nécessairement réduits.

▶ On en revient ainsi au problème fondamental posé par l’hypothèse de départ, qui est celle de la corrélation supposée entre les “champions” professionnels que leur réussite dans leur domaine a rendus célèbres, et les positions planétaires dans la sphère locale. C’est celle-ci qui qui a été validée en tant que statistiquement significative bien qu’avec une faible taille d’effet, et non un fait de nature astrologique en soi. C’est bien le caractère simpliste et implicitement hyper-déterministe - et en ce sens, astro-fataliste - de cette corrélation supposée qui a abouti à l’observation statistique d’un signal faible, et qui est par conséquent la cause première de la faiblesse de ce signal. Il ne pouvait pas en être autrement. Si Geoffrey Dean avait été un chercheur critique sérieux plutôt qu’un ex-astrologue fataliste déçu et revanchard, il aurait émis cette objection et développé cet argument plutôt que de se focaliser sur la taille d’effet et, nous allons le voir plus loin, sur de pseudo-artefacts sociaux.

▶ Le problème de la faible taille d’effet du signal observé a ainsi un caractère paradoxal. En effet, pour que ce signal faible ait quand même pu significativement émerger du bruit de fond de la multitude des autres signaux, et donc apparaître en dépit du brouillage qui l’affectait du fait du caractère hyper-déterministe de l’hypothèse de départ, il fallait que le signal initial soit singulièrement fort mais de nature hypo-déterministe, ce qui est conforme à une conception conditionaliste des effets astrologiques. Car n’en déplaise à Dean, Gauquelin et à la plupart des astrologues traditionnels, les effets astrologiques sont d’une nature faiblement déterministe. Cette citation de Johannes Kepler, astronome-astrologue, l’illustre bien en une saisissante comparaison agricole : “De quelle manière la configuration du ciel au moment de la naissance détermine-t-elle le caractère ? Elle agit sur l’homme pendant sa vie comme les ficelles qu’un paysan noue au hasard autour des courges de son champ : les nœuds ne font pas pousser la courge, mais ils déterminent sa forme. De même le ciel : il ne donne pas à l’homme ses habitudes, son histoire, son bonheur, ses enfants, sa richesse, sa femme… mais il façonne sa condition”.

▶ Conservons cette image keplerienne pour illustrer le caractère paradoxal du problème de la faiblesse du signal mesuré par la taille d’effet. Dans cette optique astro-cucurbitacéenne, l’hypothèse fondatrice des statistiques Gauquelin - c’est-à-dire ce qu’elles prétendent mesurer - n’est pas la ficelle avec son poids, son diamètre, sa longueur, les fibres dont elle est faite, la résistance de ses nœuds, etc.. Ce qu’elles prétendent mesurer en réalité, c’est un amalgame de fait entre la courge et la ficelle qui lui a donné une certaine forme. Et cela sans se soucier de la qualité de la variété et de la qualité des semences initiales, du terrain sur lequel ces plantes ont poussé et du jardinier qui les a cultivées, ou encore des agressions dont elles ont pu être l’objet de la part des punaises des citrouilles, qui attaquent aussi les courges et nuisent gravement à leur développement.

▶ Cette grossière confusion entre ficelles célestes nouantes et courges terrestres nouées n’a rien d’une bissociation créative. Les ficelles et les nœuds qu’elles font ne devraient en principe pas peser lourd si l’on compare ce poids à celui des courges qu’elles enserrent. Et c’est là que réside le paradoxe : le très faible poids des ficelles aurait du être statistiquement noyé dans celui des courges au point que l’hypothétique action des ficelles sur leurs formes ne puisse être identifiable en tant que telle. Or ce n’est pas ce qui s’est produit. En dépit du signal très fort constitué par le poids des grosses courges, le signal très faible du poids, et donc de l’action apparemment marginale des minces ficelles sur les courges, a quand même été détecté. De ce fait on ne peut tirer qu’une conclusion : ce signal très faible ne peut qu’avoir produit un très fort effet. Le poids énorme des courges professionnelles et de leurs “champions” célèbres n’a pas pu faire totalement écran à celui des ficelles planétaires qui les déterminent ténument mais efficacement. Le signal faible masque paradoxalement un signal fort dont la taille de l’effet n’a pas été directement mesurée par les statistiques Gauquelin et qui est indifférent aux grosses ficelles des arguments courgesques de Dean.

▶ Ce sont ces ficelles planétaires dont de futures statistiques authentiquement soucieuses d’appréhender le réel astrologique devront mesurer les effets et la taille de ceux-ci. Ces expériences auront donc à l’avenir l’obligation de s’abstenir de confondre ces ficelles avec les objets, humains ou autres, dont elles déterminent partiellement la forme. Et ce en contextualisant ces effets planétaires à l’intérieur des autres déterminismes terrestres, extra-astrologiques, qui en modifient l’ampleur, l’intensité et les qualités. Autant dire que ce genre d’étude est totalement hors de portée des statistiques classiques, mais pas de statistiques bayésiennes, qui pourraient serrer de plus près le réel astrologique sans pour autant pouvoir le saisir dans toute son irréductible complexité.

L’application de la mesure de taille d’effet n’aura ainsi apporté à Geoffrey Dean qu’une maigre consolation, celle de mettre en perspective les statistiques Gauquelin en rendant apparemment le signal astrologique encore plus faible… mais toujours aussi statistiquement factuel. Et nous avons vu à quel point il ne fallait pas sous-estimer la puissance des signaux faibles rythmiques, cycliques et répétitifs comme ceux des astres du système solaire.

“Artefacts sociaux” contre “effet Mars”

L’invocation de l’effet de taille auprès des dieux statisticiens n’ayant pas suffi à Geoffrey Dean pour terrasser le dragon astrologique, il eut une nouvelle idée : celle de se concentrer sur ce qu’il appela les “social artefacts”, les “artefacts sociaux”. Ceux-ci peuvent être définis comme la tendance que peuvent avoir certains parents à attribuer à leurs enfants une fausse date et/ou heure de naissance en fonction de croyances, de superstitions, de conditionnements culturels ou religieux, d’habitudes, d’intérêts ou de commodités sociales. Dean a rassemblé cet ensemble disparate de prédispositions à la fraude à l’état-civil sous le terme générique d’“attributions”. Cette notion sous-entend explicitement que les hypothétiques influences astrologiques gauqueliniennes pourraient en fait être “attribuées” à ces artefacts sociaux que les divers comités tricheurs auraient négligés.

▶ Parmi les croyances affectant la validité de l’heure ou de la date déclarée, on peut par exemple citer le vendredi 13, les jours de sabbat des sorcières (superstitions), le jour de Noël ou d’autres dates du calendrier liturgique chrétien (foi religieuse). Dans le premier cas on constate effectivement un léger déficit de naissances les vendredi 13 (il y en eut environ 190 entre 1800 et 1950), lors des jours de sabbat, lesquels varient largement selon les lieux, les jours considérés comme “malchanceux” et les jours de nouvelle lune, et de légers surcroîts de naissances les jours de fêtes chrétiennes, les jours considérés comme “chanceux”, les jours de pleine Lune et les jours des équinoxes & sostices.

▶ Dans le second cas, il a été observé par Suitbert Ertel que sur une population de 2390 prêtres et moines nés dans la même période, 39 % montraient un excédent de naissances les jours de fêtes chrétiennes. Cet écart à la moyenne théorique est bien un artefact social à impact réel sur les données Gauquelin… mais il n’explique pas du tout la raison des fréquences anormales de prêtres nés aux heures fortes de Saturne relevées par les statistiques.

▶ La croyance astrologique pure peut aussi intervenir, un certain nombre de géniteurs pouvant être tentés faire officiellement naître leur enfant avant ou après la date véritable, ce que Geoffrey Dean ne mentionne pas alors que les Signes zodiacaux sont plus faciles à connaître que les positions planétaires. Un bon indicateur de ces genres d’artefacts sociaux sera donc le nombre de naissances déclarées avant ou après minuit. Et Dean a effectivement trouvé qu’il y avait un déficit de naissances à ces heures-là.

▶ En dehors des artefacts sociaux fondés sur les croyances, on peut citer ceux qui s’originent dans des intérêts économiques (dates de modifications des régimes fiscaux par exemple). Ils existent très probablement, mais il est pratiquement impossible d’en évaluer les effets sur les statistiques Gauquelin, faute de données fiables. On ne peut donc à leur sujet que conjecturer dans le vide, ce que Dean ne s’est pas privé de faire.

Les problèmes posés par l’imprécision ou la fausseté des heures natales peuvent avoir de multiples causes involontaires (dans la très grande majorité des cas) ou volontaires (la petite minorité sur laquelle s’est focalisé Geoffrey Dean). Avant de les examiner, il est nécessaire de présenter brièvement les trois systèmes de découpage de la sphère locale auxquels a procédé Michel Gauquelin pour établir ses statistiques. En effet, heures natales réelles ou faussées et division en secteurs sont deux phénomènes étroitement liés.

Les trois systèmes de découpage de la sphère locale

La sphère locale est structurée par les plans horizontal (axe Ascendant/Descendant) et méridien (axe Milieu-du-Ciel/Fond-du-Ciel). Dès le début de ses recherches, Michel Gauquelin a décidé de la diviser en 12, 18 et 36 secteurs, d’étendues et de durées égales, afin de calculer quelle était la fréquence de répartition des planètes dans chacun d’entre eux en 24 heures.

Ces différents découpages obéissent à une loi statistique commune. Elle peut s’énoncer ainsi : plus le nombre de secteurs est réduit, et plus grande est la probabilité d’observer des fréquences très supérieures ou très inférieures à la moyenne théorique attendue. Inversement, un nombre de secteurs plus grand fera baisser ces fréquences en les diluant, ce qui peut les rendre statistiquement moins significatives, mais peut aussi faire apparaître des fréquences significatives qui ne pouvaient être observées dans un découpage en un nombre se secteurs réduit. Il s’ensuit qu’un découpage en 48 secteurs, par exemple, demanderait des écarts à la moyenne attendue extrêmement élevés pour qu’un quelconque effet planétaire puisse être statistiquement observé.

Il s’ensuit également que pour des phénomènes astronomiques identiques, des découpages différents induisont des répartitions par secteurs différentes, et feront apparaître ou non des fréquences positives ou négatives différentes, qui vont du plus schématique (12 secteurs) au plus nuancé (36 secteurs). Si des effets sont observés, c’est-à-dire des écarts significatifs à la moyenne attendue, ils seront ainsi plus forts et donc plus spectaculaires dans la division en 12 secteurs, plus faibles et donc moins impressionnants dans la division en 36 secteurs. Le réel, lui, ne se situe pas dans ces arbitraires zooms avant ou arrière imposés par l’outil statistique. Il ne peut s’observer que dans la comparaison raisonnée des effets de ces diverses sectorisations. Et les plus spectaculaires ne sont pas les plus réels.

▶ Le premier diagramme ci-dessous montre les effets de fréquences obtenus pour la division en 12 Maisons numérotées en chiffres romains dans le sens sénestrogyre (inverse des aiguilles d’une montre). Il a été réalisé par Michel Gauquelin en compilant les résultats obtenus pour chaque planète. Le cercle représente la moyenne théorique de répartition. La figure rouge en forme de croix ou d’étoile est caractéristique car régulièrement observée, avec des variantes induites par la taille des échantillons concernés. Elle représente les fréquences de répartitions observées. Les parties qui débordent du cercle représentent les fréquences en excès statistiquement significatifs. Indépendamment du critère quantitatif de la significativité forte, faible ou nulle, cette forme illustre l’existence d’un critère qualitatif : elle montre qu’il se produit un effet caractéristique à proximité de l’horizon et du méridien. On observe que cet effet est environ 2 fois plus important à l’Ascendant (AS) et au Milieu-du-Ciel (MC) qu’au Descendant (DS) et au Fond-du-Ciel (FC). Ce que l’on peut traduire par : AS/MC > DS/FC. La formule indique également que les effets planétaires sont plus remarquables au-dessus (hémisphère diurne) qu’en-dessous de l’horizon (hémisphère nocturne).

▶ Dans le diagramme panoramique ci-dessous, la référence aux 12 Maisons astrologiques numérotées dans le sens sénestrogyre a été abandonnée. Elle a été remplacée par la division en 12, 18 & 36 secteurs numérotés cette fois dans le sens dextrogyre (sens des aiguilles d’une montre), qui est celui du mouvement journalier des planètes autour de l’horizon. Les nuances de bleu indiquent la puissance valorisatrice relative des secteurs. Les “secteurs-clés” sont en bleu foncé. La division centrale en 12 secteurs ne fait apparaître comme significatives que les fréquences des planètes dans ses secteurs 1 & 4. La division périphérique intérieure en 18 secteurs fait apparaître des fréquences également significatives, mais plus faiblement, dans ses secteurs 10 et 14. Enfin la division périphérique extérieure en 36 secteurs, plus nuancée fait apparaître des fréquences significatives qui ne pouvaient être repérées par le découpage en 12 ou 18 secteurs.

▶ Les diagrammes qui suivent illustrent les résultats comparés, et l’analyse qu’on peut en faire, selon qu’on divise la sphère locale en 12, 18 ou 36 secteurs. Dans tous les cas il ne faut jamais oublier d’associer le critère quantitatif (fréquences par secteurs) au critère qualitatif (modèle général en forme de croix-étoile se superposant aux axes horizontal et vertical). Ainsi par exemple, même quand les planètes ont des fréquences inférieures à la moyenne à proximité de leur coucher (DS) ou de leur culmination inférieure (FC), cette forme de croix-étoile demeure. Elle indique qu’il se passe quelque chose de spécifique dans ces zones, et que cet effet qualitatif est irréductible à sa dimension quantitative.

Nous allons voir plus loin que Geoffrey Dean s’est exclusivement fondé sur la division en 12 secteurs pour conjecturer sur les artefacts sociaux qui seraient selon lui une cause déterminante des statistiques Gauquelin. C’est un choix délibéré et ad hoc qui lui permet de faire l’impasse sur les secteurs du coucher et de la culmination inférieure, dont les fréquences en secteurs infirment ses hypothèses.

▶ Le tableau panoramique ci-dessous récapitule les forces & faiblesses relatives comparées des planètes selon qu’on répartit leurs fréquences de positions en 12, 18 & 36 secteurs. Ces forces et faiblesses sont codées en “+” (forces) et “–” (faiblesses). Les zones de couleur brune représentent les zones de force. On observe que la division en 12, très sommaire, donne l’impression que la dynamique des forces et faiblesses semble produite par une fonction non-linéaire produisant des alternances brutales. Cette impression est contredite par la division en 36, qui laisse à penser, elle, que cette dynamique est le produit d’une fonction linéaire : le passage du fort au faible (et inversement) ne se produit pas brutalement, mais graduellement, progressivement. Il est possible que la courbe générale soit produite par la combinaison paradoxale d’une fonction linéaire et d’une non-linéaire, la seconde introduisant des effets de seuil à l’intérieur de la première. Mais ce n’est là qu’une conjecture, une hypothèse dont la pertinence reste à vérifier.

La situation réelle des “secteurs-clés” définis par les statistiques Gauquelin dépend directement de l’exactitude des heures de naissance. Les diagrammes et le tableau précédents sont directement indexés sur cette donnée fondamentale. Or pour la période (1800-1950) sur laquelle se basent ces études, l’exactitude est l’exception plutôt que la règle. En témoigne la très haute fréquence des heures “rondes”, qui est d’environ 80 % alors qu’elle devrait être de 17 %, ce qui signifie que la plupart de ces heures “rondes” sont en réalité des heures arrondies. De 1930 à 1960, cette proportion passe à environ 35 %, et ce n’est qu’à partir de 1960 qu’elle atteint son seuil normal de 17 %.

Dans les cas les moins imprécis, donc environ après 1900, on sait que cet arrondissement horaire s’effectuait généralement à l’unité horaire (par ex. 8h00 au lieu de 7h45) ou semi-horaire (par ex. 7h30 au lieu de 7h15) supérieure. Dans les cas les plus imprécis, donc environ avant 1900, on ne connaît pas la marge de cette imprécision. Mais on peut estimer qu’elle était très probablement et la plupart du temps beaucoup plus grande. On peut alors poser comme hypothèse très probable et raisonnable que dans ces cas l’heure déclarée était généralement postérieure plutôt qu’antérieure à l’heure exacte, ce qui va dans le même sens que l’arrondissement à l’unité horaire supérieure. Il s’ensuit qu’on gagne à penser que le début réel des “secteurs-clés” se situe environ 10° avant le début donné par les statistiques Gauquelin 1800-1950. C’est le résultat produit par les mêmes statistiques postérieures à cette période, et cela est confirmé par les données d’expérience non-statistifiables qui ont aussi leur valeur, qualitative plus que quantitative.

La résolution du problème complexe posé par ces incertitudes et imprécisions horaires est donc très aléatoire, et se prête ainsi à toutes sortes d’hypothèses et conjectures dont un très grand nombre se fondent sur des suppositions faites à partir de données pour la plupart invérifiables. Il faut impérativement avoir ce panorama général à l’esprit pour juger de la pertinence et de la rationalité de quelques-uns des arguments de Geoffrey Dean, et surtout de l’impertinence et de l’irrationalité de la plupart d’entre eux.

Des heures de naissance imprécises, donc suspectes ?

L’imprécision des heures de naissance déclarées constitue une autre forme d’artefact social, très longtemps associé à la source d’artefacts techniques que constituait la précision des horloges. Ce problème est développé plus loin dans la section consacrée au “problème de la précision de l’heure de naissance”. On se limitera à signaler qu’au XIXe siècle l’imprécision des heures déclarées était assez grande et variable selon que les naissances avaient lieu dans les villes ou dans les villages. Mais même au début du XXe siècle, la précision était très loin d’être la règle, ainsi qu’en atteste une grande étude entreprise par Françoise Gauquelin en 1959.

Elle a ainsi comparé, sans donner la taille de son échantillon, les heures enregistrées entre 1928 et 1950 dans des hôpitaux parisiens et les registres d’état-civil. Elle constata qu’environ deux tiers des naissances entre 1928 et 1934 montraient une différence moyenne de 19 minutes, la plupart étant dues à un arrondissement de l’heure. L’heure de l’hôpital était enregistrée à 5 minutes près, alors que les mairies arrondissaient 80 % des naissances à l’heure ou à la demi-heure. 5 % des différences étaient inférieures à 15 minutes, et 15 %, donc 1 sur 7, se situaient entre 1 et 3 heures. Françoise Gauquelin remarqua aussi qu’à partir de 1935 on n’observait plus qu’une différence d’environ 10 minutes.

La plupart des données Gauquelin concernant les professionnels étant antérieures à 1928 et beaucoup plus rurales, donc comportant un nombre beaucoup plus important de naissances extra-hospitalières, on peut raisonnablement conjecturer que l’imprécision des heures de naissance était sensiblement plus élevée. Cela d’autant plus que les naissances rurales n’étaient pas toujours déclarées le jour même, que ceux qui les déclaraient n’avaient pas toujours été des témoins de la naissance et que la précision de l’heure dépendait de celle des horloges. Cela fait beaucoup de variables et d’inconnues.

Geoffrey Dean s’est bien entendu engouffré dans cette brêche horlogère. Les 15 % de naissances parisiennes de 1928-1934 ont focalisé son attention. La différence de 1 à presque 3 heures entre l’heure de déclaration hospitalière et celle de déclaration à l’état-civil ne peut en effet entrer dans la catégorie des heures heures arrondies en raison d’un souci irrationnel mais très administratif de standardisation. Il s’agit clairement d’un autre phénomène. Avant de verser dans des conjectures complotistes à base de parents tricheurs, on peut en rechercher les causes dans de très probables erreurs ou négligences de transcription et probablement aussi dans le fait que dans un certain nombre de cas l’heure pouvait être déclarée à l’état-civil par un “déclarant qui n’avait même pas été témoin” (Françoise Gauquelin, autre étude en 1993) de la naissance. Dans les deux cas, ces très grandes imprécisions ou faussetés horaires peuvent indifféremment jouer avant ou après l’heure déclarée à l’hôpital. Il n’en est pas de même pour les 80 % des naissances dont les heures sont arrondies à l’heure ou à la demi-heure : on sait d’expérience que cet arrondissement se fait presque systématiquement en faveur de l’unité supérieure (par ex. 15h00 au lieu de 14h50).

Si Geoffrey Dean s’est focalisé sur les 15 % de naissances parisiennes de 1928-1934 ayant une différence de 1 à presque 3 heures entre l’heure de déclaration hospitalière et celle de déclaration à l’état-civil, c’est pour deux raisons bien précises. La première est qu’un “secteur-clé” de Gauquelin défini par la division de la sphère locale en 12 parties égales correspond à une durée de 2 heures, qui est le temps de présence moyen d’une planète dans ce secteur. Une différence de 1 à 3 heures suffit donc pour que cette planète puisse passer d’un secteur “fort” à un autre “faible”, ce qui affecterait inévitablement le profil général des statistiques puisque cela concernerait 1 cas sur 7.

Or Dean a calculé qu’il suffisait de 1 cas volontairement ou involontairement frauduleux sur 30 pour que, compte tenu de leur taille d’effet, les statistiques Gauquelin puissent être réduites à un pur artefact social causé à la fois par l’imprécision des heures de naissance, leurs arrondissements et dans 15 % des cas leur fausseté. Mais de 1/7 à 1/30 il y a encore de la marge. 23 restent à trouver avant de pouvoir ruiner toute relation entre les hommes et les astres. Ces 23, Dean pense les avoir dénichés en conjecturant que ce manque de précision général créerait un contexte favorable aux tricheries d’un nombre hypothétique et indéterminé de parents souhaitant faire naître leurs enfants aux heures de puissance de certaines planètes plutôt que d’autres. Nous allons démontrer plus loin que cette hypothèse est non seulement spécieuse, mais aussi irrationnelle et démentie par les faits : il s’agit là d’une conjecture qui prend sa source dans un biais cognitif anti-astrologiste caractérisé.

Mais avant cela il faut examiner attentivement la pure conjecture invérifiable de Geoffrey Dean. Par un tour de passe-passe tendancieux, il prétend qu’un écart moyen d’environ 2 heures entre l’heure réelle et l’heure déclarée pourrait faire passer une planète d’un secteur fort à un secteur faible de la sphère locale divisé en 12. Or cela n’est exact que lorsque cette planète se trouve exactement à la fin d’un secteur fort dans le mouvement journalier (donc entre les secteurs 1-2 & 4-5), et pour les secteurs 7-8 & 10-11 cet écart moyen est d’environ 40 minutes). Mais si cette planète se trouve au début d’un secteur fort (donc entre les secteurs 12-1 & 3-4), elle y restera pendant environ les 2 mêmes heures (environ 40 minutes pour les secteurs 6-7 & 9-10)… et les fréquences de distribution resteront alors les mêmes, ce que Dean omet bien de préciser. Il en est de même pour une planète située exactement au centre d’un secteur fort 1-2 & 4-5 : même avec un écart d’un peu moins de 1 heure, elle sera toujours dans ce même secteur, mais à sa fin.

Contrairement à ce qu’il prétend, un écart de 2 heures ou même de 1 heure ne suffit pas pour ruiner les statistiques Gauquelin en les réduisant à une mesure d’artefacts sociaux. Il en va de même si l’on divise la sphère locale en 18 secteurs de 20° (1 heure 20 minutes) ou 36 secteurs de 10° (40 minutes) dans les 15 % de cas qui l’intéressent au plus haut point, et quelque soit la cause des imprécisions ou faussetés, qu’elles soient involontaires (erreur de déclaration et/ou de transcription) ou volontaires (très hypothétique et douteuse proportion élevée de parents tricheurs pour cause de connaissances astrologiques pointues). De plus il aurait pu et même du, pour être aussi rationaliste qu’il prétend l’être, appliquer les mêmes arguments aux 80 % des naissances arrondies à l’heure ou à la demi-heure, étant donné que statistiquement, on ne devrait observer que 17 % d’heures rondes, ce qui correspond à leur fréquence réelle. Mais s’il avait poursuivi ce raisonnement spécieux jusqu’au bout, il aurait été obligé d’en conclure que les statistiques Gauquelin ne portaient que sur des erreurs massives et qu’elles ne mesuraient que celles-ci tout en débouchant quand même sur d’étranges distributions planétaires dans la sphère locale constituant un indubitable fait statistique, ce qui est une hypothèse qu’on peut qualifier d’irrationnelle et charlatanesque.

Il est d’ailleurs intéressant de remarquer que Michel Gauquelin, en 1979, se désolait de constater, en faisant de nouvelles études statistiques, que “l’effet Mars” semblait diminuer pour les naissances après 1950, période lors de laquelle la fréquence des heures rondes est passée de 35 % à 17 %. Il mettait ce phénomène sur le compte des naissances “non-naturelles”, c’est-à-dire médicalement provoquées. Or la cause en était autre : elle résidait avant tout dans la plus grande précision des heures de naissance, qui induisait un changement des “secteurs-clés”, lesquels se déplaçaient désormais à cheval sur l’horizon et le méridien. Suitbert Ertel a effectué un contrôle statistique de ce nouveau phénomène, portant sur la comparaison entre un échantillon de 117 champions sportifs nés après 1946 avec un autre de 319 nés avant. Bien que les tailles de ces échantillons soient faibles, les résultats ont été selon lui significatifs et l’ont amené à constater que “l’effet Mars” ne disparaissait pas, mais qu’il ne restait repérable que dans la division en 36 secteurs. Ce qui signifie qu’il se concentrait davantage au début des Maisons I, X, VII & IV, et beaucoup moins à la fin des Maisons XII, IX, VI & III, effet logique d’heures de moins en moins arrondies à l’unité supérieure… et beaucoup moins éloigné des assertions de la tradition astrologique que Gauquelin ne le désirait !

Des almanachs statistico-prophétiques ?

De toute façon, ces problèmes d’horlogerie périnatale n’expliquaient pas pourquoi différentes planètes étaient statistiquement reliées à différentes professions. Geoffrey Dean s’est alors penché sur le cas des almanachs, qui étaient encore très populaires dans les campagnes européennes et étasuniennes pendant la période de naissance d’une grande partie des individus relevant des données Gauquelin. Certains de ces almanachs donnant les heures approximatives des levers, couchers et culminations supérieures de la Lune, du Soleil et (parfois) des planètes, il s’est demandé si nombre de parents n’auraient pas décidé de déclarer des heures de naissance coïncidant plus ou moins avec le caractère bénéfique ou maléfique attribué à ces astres afin d’éviter à leur progéniture de naître sous une “mauvaise étoile”.

Cette hypothèse d’attribution, que Dean a appelée le “contrôle périnatal” parental, est tout simplement invérifiable, anachronique et grotesque. Mais avant de le démontrer, il est nécessaire de se pencher sur le phénomène des almanachs, sur le contenu réel de ceux-ci et sur les services qu’en attendaient les populations majoritairement rurales et peu éduquées qui les lisaient ou se les faisaient lire par les voisins.

D’une piètre qualité à tous points de vue, c’étaient des volumes de 100 à 150 pages. Ils étaient effectivement très populaires puisqu’ils étaient tirés à environ 4 à 6 millions d’exemplaires toutes maisons d’édition confondues, pour ne prendre que l’exemple de la France. Leurs ventes étaient en rapport direct avec leur contenu “astrologique”. Les almanachs sans référence aux astres ne dépassaient pas les 2000 à 10 000 exemplaires vendus, ceux ayant une couverture affichant un contenu astral et/ou prophétique quelconque atteignaient des ventes de 50 000 à 200 000 exemplaires. L’astrologie ou ce qui en tenait lieu était donc un argument de vente essentiel… jusque dans les années 1850. En effet, à partir de cette décennie il y eut un assez large mouvement général de reflux progressif des références et prédictions astrologiques ou pseudo-astrologiques, souvent remplacées par des “proverbes et des recommandations morales ou de bon sens”, tandis que se maintenaient les prévisions météorologiques et astro-météorologiques qui avaient une fin clairement utilitaire même si irrationnelle et illusoire. Si le XIXe siècle a bien été un âge d’or de l’almanach prophétique à défaut d’être réellement astrologique, ce ne fut donc essentiellement que pendant sa première moitié.

Les citations qui suivent sont extraites sauf mention contraire de l’étude Prophéties et prédictions astrologiques dans les almanachs populaires du XIXe siècle réalisée par Arnaud Baubérot, maître de conférences en histoire contemporaine à l’université Paris-Est Créteil (UPEC) et chercheur au Centre de recherche en histoire européenne comparée (CRHEC). Voici comment il présente ces productions éditoriales : “Ces almanachs s’adressent aux couches populaires des campagnes, c’est-à-dire à un groupe social qui ne recourt jamais à l’écrit pour parler de lui-même, et à plus forte raison de ses pratiques de lecture. En outre, sa consommation de volumes édités en masse, de piètre qualité formelle, sans valeur littéraire et qui semblent recycler des contenus archaïques est toujours décriée par les élites culturelles, lorsqu’elles daignent l’évoquer”.

Cette distinction entre élites culturelles et couches populaires rurales est essentielle pour notre propos, et nous y reviendrons. Contentons-nous pour l’instant de noter que les classes supérieures n’étaient pas lectrices de ces almanachs qui ne leur étaient par ailleurs pas destinés. Or comme le remarquait Michel Gauquelin dans son Dossier des influences cosmiques à propos des “champions” astro-professionnels, “en termes généraux, deux tiers des célébrités étaient issus des 5 % de la population constituée avant tout des personnes les plus fortunées et les plus intellectuelles. Une propension professionnelle est transmise de génération en génération”. Si l’on considère le fait que les champions sportifs se recrutent essentiellement dans les classes inférieures et les champions intellectuels ou artistiques dans les supérieures, et que l’échantillon des premiers ne représente qu’environ 1/6e du total des professions, on peut conjecturer qu’environ 90 % des “champions” Gauquelin appartenaient à une population riche et éduquée qui ne lisait pas ou très peu les almanachs. La précision est d’importance, cela d’autant plus que depuis la fin du XVIIe siècle, l’astrologie était considérée par ces élites comme une vulgaire superstition. Elles préféraient s’adonner à de nouvelles croyances pseudo-scientifiques.

Ces almanachs ne traitaient évidemment pas que d’astrologie ou de prophéties et les nombres de pages qui leurs étaient consacrées variait selon les titres d’environ 1/10e à 1/5e. Ils indiquaient jusqu’à environ la moitié du XIXe siècle “le tableau des jours et des lunaisons, l’indication des fêtes mobiles du calendrier liturgique, parfois la liste des familles régnantes et des membres du gouvernement, mais surtout des pronostications météorologiques, des prophéties pour l’année à venir et pour chacun de ses mois, l’indication des jours favorables pour entreprendre certains travaux, pour débuter un voyage, pour saigner ou médicamenter… le tout mêlé à des chapitres instructifs ou distrayants. La signature que porte la couverture ne désigne plus un auteur authentique mais le nom d’une célébrité astrologique, réelle ou imaginaire, citée dans le but d’appâter le chaland. Les prédictions se limitent le plus souvent à des formules stéréotypées que des employés d’imprimerie vont puiser dans le fond de la littérature prophétique des époques antérieures ou plagier dans d’autres éditions”. Cette forme caricaturale d’astrologie était donc essentiellement un produit d’appel, un argument de vente qui répondait cependant à une réelle attente des lecteurs en quête de récits fabuleux ou merveilleux. De quoi se distraire des durs travaux ruraux pendant les longues soirées d’hiver et non pour s’instruire à propos des phénomènes astronomiques qui sous-tendent le discours astrologique. La partie astronomique se réduisait d’ailleurs le plus souvent à l’indication des phases lunaires, des dates d’éclipses et à l’observation du ciel nocturne.

Cette croyance astrale populaire n’avait qu’un très lointain rapport avec l’astrologie savante. Elle n’était que l’une des manifestations parmi d’autres d’un “paganisme” rural dont les composantes majeures étaient la magie, la sorcellerie, la croyance aux revenants, aux jeteurs de sorts et la pratique de diverses formes de divination. Ce sont d’ailleurs essentiellement ces phénomènes extra-astrologiques qui sont relatés par la littérature consacrée aux croyances rurales populaires de cette époque. Il apparaît ainsi comme très peu probable que ces ruraux aient accordé une grande importance à leur Signe solaire de naissance ou à ceux de leurs voisins. Or le Signe solaire est le marqueur astro-identitaire le plus simple et le plus accessible à chacun. Comment peut-on alors imaginer que ces populations aient pu se soucier de connaître les planètes dominantes à la naissance de leur progéniture ?

Arnaud Baubérot avance trois hypothèses pour expliquer la présence de l’astrologie dans les almanachs, et elles sont tout-à-fait fondées et rationnelles. Il considère ainsi que cette présence relève de trois registres distincts : celui de l’association naturelle entre les cycles saisonniers et la succession des Signes zodiacaux, celui de l’astro-météorologie et enfin celui de la pure littérature d’imaginaire et de distraction.

▶ Voici comment il décrit le premier registre : c’est “l’association des signes du zodiaque aux mois et aux saisons, qui inscrit le déroulement du temps dans un rythme scandant à la fois les cycles du cosmos et ceux de la nature. […] Toutefois, l’association des principales constellations et planètes à différentes parties du corps, aux tempéraments ou à la destinée des individus, fréquente dans les almanachs de la fin du Moyen-Âge et du début de l’Époque moderne, a disparu des publications du XIXe siècle”. Cette précision est d’une extrême importance pour le sujet qui nous concerne ici, à savoir l’impact possible que les artefacts sociaux auraient selon Geoffrey Dean sur les données Gauquelin. Les almanachs du XIXe siècle ne donnaient en général pas d’indications à propos des tempéraments et de la destinée des individus. Cette absence rendait quasi-impossible le développement d’une astrologie généthliaque rudimentaire. Pour qu’elle ait pu le faire, il aurait fallu que ces populations puissent avoir accès à des manuels d’astrologie savante, ce qui n’était pas le cas. Baubérot en conclut à juste raison que “L’almanach témoignerait ainsi d’un renouvellement partiel des cultures populaires rurales : le zodiaque resterait un répertoire de signes permettant d’appréhender le déroulement du temps et le cycle de la nature à l’échelle d’une année, mais il aurait cessé d’être une clé d’identification des correspondances entre la vie terrestre et le cosmos”.

▶ Le deuxième registre est celui de la croyance en l’astro-météorologie : “La croyance en une influence des astres, et tout particulièrement de la lune, sur l’évolution du temps est à la fois ancienne et profondément ancrée dans la culture populaire rurale. Les almanachs s’en font parfois les véhicules lorsqu’ils associent leurs pronostics aux phases de la lune, voire même font de celles-ci les causes des variations de temps”. Notons que l’astro-météorologie n’a rien à voir avec l’astrologie individuelle. Elle vise à une utilité agricole, et non psychologique, “caractérologique”. “Dans la plupart des cas, les almanachs se contentent de pronostiquer le temps sans se préoccuper d’en justifier les variations. […] La météorologie des almanachs pourrait alors répondre à une attente qui serait moins adossée sur des croyances anciennes que sur le désir croissant, de la part d’un monde rural qui rationalise peu à peu ses modes de production agricole, de disposer d’un moyen de prévoir le temps”.

▶ Le troisième registre, enfin, envisage l’astrologie des almanachs comme une sorte de genre littéraire ou romanesque : “il est possible d’avancer l’hypothèse que la présence de l’astrologie dans les almanachs ressort du registre de l’imaginaire et de la distraction. En effet, rien n’indique que les lecteurs tiennent pour véridiques les pronostics météorologiques qui leur sont proposés. La lecture de ces pages peut être distancée, intégrer une part de jeu et inciter le lecteur à vérifier, a posteriori, l’exactitude ou non des prévisions. L’expression ‘menteur comme un almanach’, qui inspire même le titre de certaines publications, […] suggère que cette lecture à distance peut faire l’objet d’une connivence implicite entre l’éditeur et le lecteur. Les chapitres de prophéties se prêtent tout particulièrement à cette interprétation. Leur ton impersonnel et stéréotypé n’annonçant jamais des faits précis ou localisés, peut offrir un support à l’imagination, à la rêverie”. Les almanachs n’existent plus, mais les rubriques horoscopiques leur ont succédé dans la plupart des journaux populaires (ou non). Très peu de gens croient aux balivernes qu’elles racontent, mais très nombreux sont quand même ceux qui jettent un œil amusé (ou plus rarement intéressé) sur les prédictions concernant leur Signe solaire ou celui de leurs proches. On peut penser qu’un très grand nombre des lecteurs d’almanachs faisaient de même, sans se soucier le moins du monde de ce que Geoffrey Dean conjecturerait à leur propos un siècle à un siècle et demi plus tard.

En conclusion de son étude très documentée, Arnaud Baubérot écrit que “Finalement, l’astrologie des almanachs populaires du XIXe siècle ne se présente pas comme un système établi de prévision du futur pas plus qu’elle n’invite le lecteur à croire positivement dans la possibilité de lire l’avenir dans les astres. Elle s’apparente plutôt à un genre littéraire, une forme rustique de littérature d’anticipation, possédant ses codes, son style propre et ses personnages récurrents ; un genre qui vise à piquer la curiosité du lecteur pour stimuler son imagination, ses craintes ou ses espoirs, ou plus simplement à le distraire et à l’amuser. Son succès repose à la fois sur la diffusion large du proto-média de masse qui la porte, et sur le fait qu’elle mobilise un répertoire de signes – le zodiaque, les grandes figures d’astrologues, l’emphase prophétique… – qui renvoient à un mode de représentation du monde qui tend à disparaître, mais dont les signifiants trouvent encore un écho dans la culture populaire rurale”. Et il a raison. De ce point de vue cette forme d’astrologie populaire n’était qu’un élément parmi d’autres d’un récit anticipateur plus général qui la débordait de toutes parts et au sein duquel elle était noyée.

Revenons maintenant à l’artefact social remettant en cause les données Gauquelin, dont Geoffrey Dean justifie la plausibilité par la prégnance culturelle de l’astrologie dans les almanachs du XIXe siècle. Il va vous falloir momentanément mettre entre parenthèses tout ce que vous venez d’apprendre sur cette littérature populaire, car cet anti-astrologiste forcené a des almanachs une toute autre vision, qu’on peut qualifier au mieux de très orientée, ad hoc, et au pire de frauduleuse, voire charlatanesque. Allons-y.

▶ Sur la seule base de 56 almanachs européens et étasuniens qu’il a consultés (alors que rien qu’en France, il en existait environ 400 différents vers 1850), Dean a évalué que la plupart d’entre eux donnaient les positions de la Lune et du Soleil ainsi que les dates d’entrée du Soleil dans les Signes du zodiaque, qu’un tiers donnaient les Aspects de la Lune avec les planètes à des fins astro-météorologiques et un autre tiers les heures de lever, coucher et culmination planétaires, ces deux tiers se recoupant.

Pour ces derniers le critère retenu était celui de la visibilité, donc pour les levers la présence des planètes en Maison XII, "secteur-clé" Ascendant de Gauquelin, ce qui selon Dean expliquerait en grande partie les fréquences anormales dans ce secteur. Mais il omet de signaler que le même critère devrait alors produire des fréquences anormales en Maison VII (zone des couchers visibles des planètes), alors que les statistiques Gauquelin font apparaître ces fréquences en Maison VI sous l’horizon (donc quand les planètes ne sont plus visibles) et pas du tout en Maison VII. On se demande par ailleurs pourquoi, dans cette hypothèse, les populations tricheuses concernées auraient décidé de faire naître leurs progénitures environ une à deux heure après les culminations supérieure et inférieure au méridien (“La culmination signifiait quelque chose à son plus haut pouvoir, tout comme ‘le point culminant de nos efforts’ le fait aujourd’hui”, note à ce sujet Geoffrey Dean) plutôt qu’au moment exact de ces culminations. Et concernant les fréquences en excès à proximité du méridien inférieur (Fond-du-Ciel), on se demande aussi pourquoi ces populations tricheuses auraient déclaré des naissances favorisant des planètes à leur minuit, alors qu’elles sont alors absolument invisibles… et que minuit est une heure bien aimée des sorcières, donc en principe mal-aimée des paysans. L’argument de Dean ne vaut que pour les levers et partiellement pour les culminations supérieures, ce qui signifie qu’il ne vaut rien.

▶ Ces almanachs, qui avaient essentiellement une vocation calendaire agricole et religieuse et très accessoirement et rudimentairement astrologique, étaient surtout populaires dans les zones de peuplement rurales, alors majoritaires. On peut imaginer sans beaucoup de probabilité de se tromper que ces populations rurales, dans leur grande majorité faiblement éduquées voire analphabètes, se souciaient peu de vérifier les positions planétaires dans leur sphère locale. Seules celles qui savaient lire pouvaient vaguement les préciser - si toutefois les almanachs en faisaient mention, ce qui n’était le cas que d’une partie d’entre eux - à tous ceux qui ne le savaient pas, pour autant que les uns et les autres n’aient pas été trop occupés aux travaux des champs pour se soucier de ce genre de considérations savantes. Il faut être un anti-astrologiste obsessionnel du XXe siècle pour avoir de telles idées anachroniques.

▶ On a vu précédemment que l’argument du critère de visibilité était irrecevable. Reste à tester une autre hypothèse, celle de l’impact des croyances astrologiques théoriques. De ce point de vue, l’absurde hypothèse d’attribution par “contrôle périnatal” parental fondée sur les almanachs est également anachronique. En effet, pendant la période concernée, presque tous les astrologues se basaient (parmi d’autres critères) sur les “Maisons angulaires” telles que définies par Ptolémée dans sa Tétrabible pour évaluer les puissances planétaires. Or les étendues de ces Maisons angulaires ptoléméennes ne coïncident que très partiellement ou pas du tout avec les “secteurs-clés” de Gauquelin. Pour complaire à l’anti-astrologisme obsessionnel de Geoffrey Dean au début du XXIe siècle, il aurait donc fallu que la majorité des astrologues du XIXe et de la première moitié du XXe siècle soient au courant des résultats des statistiques Gauquelin menées pendant la seconde moitié du XXe siècle. Il aurait aussi fallu que des populations rurales peu éduquées ou analphabètes soient au courant de cet anachronisme providentiel. Et ce tout en ayant les connaissances astronomiques et mathématiques leur permettant de calculer les latitudes écliptiques des planètes sous l’horizon, alors que les almanachs ne renseignaient au mieux (quand ils le faisaient, ce qui était rare) que sur d’imprécises longitudes écliptiques.

▶ Pour qu’une telle hypothèse d’attribution par “contrôle périnatal” parental ait eu la moindre probabilité d’avoir affecté quand même les statistiques Gauquelin en dépit de son absurdité charlatanesque et anachronique, au point d’en invalider les résultats, il aurait aussi fallu que des documents d’archives attestent qu’entre 1800 et 1950 aurait existé une réforme profonde et généralisée de la tradition astrologique portant sur la redéfinition des zones d’angularité ptoléméennes. Cette tradition aurait du être omniprésente en Europe et par conséquent franchir les frontières linguistiques entre les pays qui la constituent. Elle aurait même du franchir l’océan Atlantique et se propager dans toute l’Amérique du Nord, étant donné les nombreuses réplications à partir d’échantillons de populations locales faites par les anti-astrologistes étasuniens. Or aucun document d’archive - et ils sont très nombreux - n’atteste de l’existence de ce type de vaste réforme. Ce qui s’en rapprocherait le plus sont les travaux de Choisnard au début du XXe siècle, qui n’ont eu qu’une diffusion confidentielle et francophone dans des milieux astrologiques très restreints, la majorité conservatrice de la plupart des astrologues français qui en avaient eu connaissance leur étant hostile ou indifférente.

▶ Pour que cet absurde, invérifiable, anachronique et grotesque cercle vicieux anti-astrologiste concocté par Geoffrey Dean à la seule fin de ruiner les astro-statistiques Gauquelin ne recèle ne serait-ce qu’une once de réalité, il aurait bien entendu aussi fallu que les populations rurales européennes et étasuniennes majoritairement peu éduquées ou analphabètes aient été au courant de cette grande réforme astrologique transcontinentale qui n’a jamais eu lieu. Et dont l’inexistence avérée, dont ils ne pouvaient avoir connaissance, aurait néanmoins incité un pourcentage non négligeable d’entre eux à faire enregistrer auprès de l’état-civil de fausses heures de naissance de leur progéniture. Une proportion suffisante pour invalider un siècle à un siècle et demi plus tard les résultats des statistiques Gauquelin en transformant magiquement d’hypothétiques influences planétaires en attributions par “contrôle périnatal” parental avérées.

▶ On voit qu’aucun des arguments de Geoffrey Dean ne tient la route. L’argument de la visibilité des planètes ne s’applique qu’à leurs levers, et c’est tout. Il est donc spécieux. S’il n’était pas ad hoc, on devrait observer dans les statistiques Gauquelin un excès de fréquences planétaires en Maison VII, ce qui n’est pas le cas. Et nous avons vu que si les populations tricheuses s’étaient fondées sur les passages planétaires au méridien (dont seules environ un tiers d’entre elles auraient pu avoir éventuellement connaissance), elles auraient probablement “décidé” de “choisir” les culminations supérieures et inférieures à peu près exactes. Ce qui aurait provoqué, dans les statistiques Gauquelin, des fréquences anormales autour du Milieu-du-Ciel et du Fond-du-Ciel, et non environ une à deux heures après le passage au méridien comme c’est le cas. Les arguments de la visibilité et des culminations ne valent donc rien. Et dans ce cas, la seule autre hypothèse possible est celle de la connaissance par ces populations tricheuses de la réforme des Maisons post-ptoléméennes, qui ne vaut rien non plus.

▶ Si les fraudes horaires étaient aussi importantes que Dean le suspecte pour étayer son délire conspirationniste, les registres d’état-civil auraient du comporter un nombre significatif d’heures de naissances très précises à la minute près. En effet, ceux des almanachs renseignant sur les levers, culminations et couchers planétaires mentionnaient les heures et minutes précises de ces phénomènes. Or on n’observe rien de tel. Si un grand nombre de parents fraudaient sur l’heure, pourquoi l’auraient-ils fait en arrondissant celle-ci alors que les almanachs à l’origine de cette tromperie donnaient l’heure et les minutes précises ?

▶ Un dernier argument achèvera de ruiner les pseudo-attributions par “contrôle périnatal” parental de Dean. Il est de type conditionaliste et porte sur les différentes professions concernées par les statistiques Gauquelin. On peut classer celles-ci en deux groupes : celui des métiers à dominante “physique” (les sportifs) et à dominante “intellectuelle” (acteurs, députés, généraux, écrivains, scientifiques et prêtres). Il est avéré qu’une grande majorité de ceux qui deviennent des “champions” sportifs est issue des classes sociales inférieures de la société. Non parce que celles-ci seraient plus douées pour le sport, mais parce que la plupart des sports ne demandent pas pour y réussir professionnellement d’avoir a priori un réseau relationnel, un niveau socio-culturel et des moyens financiers élevés. C’est exactement l’inverse pour les classes sociales supérieures, dans la progéniture desquelles les métiers des “champions” intellectuels sont sur-représentés. Par ailleurs, entre 1800 et 1950, ces classes supérieures étaient très majoritairement urbaines.

▶ Or ce sont précisément ces classes supérieures, généralement bien éduquées, qui pouvaient avoir accès aux connaissances de l’astrologie savante, et plus exactement la très petite fraction de ses membres qui s’intéressait à ce genre de sujet. En toute logique, ç’aurait donc été dans la progéniture de ces classes favorisées, donc parmi les “champions” intellectuels, qu’auraient pu être observées les plus nombreuses fraudes à l’heure et/ou au jour de naissance. Et pour que ces fraudes aient pu avoir une quelconque influence sur les statistiques Gauquelin, il aurait aussi fallu que ces privilégiés aient eux aussi eu connaissance de la grande réforme post-ptoléméenne qui n’a jamais eu lieu en leur temps. Ce en quoi ces classes supérieures urbaines étaient sur un pied d’égalité, du point de vue de l’ignorance d’un événement inexistant, avec les classes inférieures. Or Geoffrey Dean n’a pas produit la moindre étude statistique pour tester cette hypothèse conditionaliste, qui seule pourrait confirmer ou infirmer ses affirmations quant au rôle déterminant de ces artefacts sociaux. Il en résulte que ces affirmations ne sont que des opinions.

▶ Il faut par ailleurs savoir qu’au XIXe siècle et pendant le premier tiers du XXe siècle, soit la période de référence des données Gauquelin, l’astrologie était tombée en désuétude chez les classes sociales supérieures européennes. Depuis le siècle des Lumières et l’avènement du matérialisme scientifique, elle n’était plus considérée par ces classes que comme une superstition moyennâgeuse indigne de leur niveau d’éducation. Les publications d’astrologie savante étaient alors très rares et réservées à une minorité, qui seule avait par ailleurs les moyens financiers de se payer les services des rares astrologues savants qui subsistaient dans les villes à cette époque.

▶ En admettant qu’une infime proportion de ces membres des classes supérieures ait quand même fraudé sur les heures de naissance de sa progéniture pour des raisons astrologiques, ces fraudes auraient donc eu pour fondement la doctrine des angularités transmise par Ptolémée, qui seule faisait autorité. Elles auraient donc eu pour conséquence d’inciter à faire naître les enfants à des heures pendant lesquelles les planètes considérées comme dominantes se situaient dans les Maisons I, X, VII & IV. Et dans ce cas on aurait du pouvoir statistiquement observer une sur-fréquence des planètes dans ces Maisons en rapport avec les professions correspondantes (donc toutes sauf les sportives). Or rien de tel n’apparaît : les “secteurs-clés” Gauquelin sont à peu près les mêmes pour toutes les professions.

▶ De ce fait on peut tirer deux hypothèses explicatives : soit le nombre de fraudeurs des classes sociales supérieures a été extrêmement réduit au point d’avoir un effet négligeable, soit ces fraudeurs appartenant à l’élite éduquée ont eu recours aux mêmes almanachs que le peuple très peu éduqué. La seconde hypothèse apparaît comme très peu probable : quant on a les ressources culturelles permettant de se procurer un des rares manuels d’astrologie savante alors édités et/ou qu’on a les moyens financiers de se payer les services d’un astrologue savant, il semble évident qu’on ne va en général pas faire appel aux frustres almanachs populaires. C’est donc la première hypothèse qui semble la plus rationnelle en terme d’intérêt. Et celle-ci ruine définitivement l’argument de Geoffrey Dean sur son propre terrain : celui des artefacts sociaux relatifs aux almanachs. L’anti-astrologisme n’est décidément pas une science.

La folle hypothèse des “auto-attributions” psycho-planétaires

Admettons malgré tout qu’un nombre significatif de parents ait pu tricher sur les heures de naissance de sa progéniture afin de la faire naître sous l’influence de planètes propices à l’exercice d’une profession. Même si cette conjecture avait une probabilité significative d’être vraie, ce qui n’est pas le cas, il faudrait ensuite expliquer comment ces parents tricheurs se seraient comportés dans l’éducation de leurs enfants pour les persuader qu’ils avaient un caractère en rapport avec ladite profession et la planète qui lui est associée. Pas de problème, estime Geoffrey Dean : par le mécanisme qu’il appelle “auto-attribution”, “nous nous percevons comme ayant les qualités auxquelles quelque chose (ici l’astrologie) nous dit ce que nous pouvons en attendre”. Dans ce cas précis, “l’auto-attribution” telle qu’il la définit est donc équivalente à une sorte de “prophétie auto-réalisatrice”.

Le mécanisme par lequel s’effectue ce genre “l’auto-attribution” est par exemple le suivant : si l’astrologie définit un individu comme “jupitérien” et que celui-ci sait qu’il est “jupitérien”, il pourra développer une tendance significative à se comporter en “jupitérien”, ou tout au moins à adopter une telle image de lui-même, même si rien dans son comportement naturel ne correspond aux standards astrologiques jupitériens. C’est un effet d’apprentissage de jeu de rôle. Pour étayer cette conjecture, Geoffrey Dean s’appuie sur le prétendu “fait”, qu’il impose comme une évidence, qu’il est “connu que les gens aujourd’hui” font de même pour les Signes solaires.

Cette hypothèse peut sembler raisonnable en ce qu’elle peut être assimilée à un conditionnement social comme on en trouve dans de très nombreuses familles. Bien des parents projettent en effet sur leurs enfants une image idéale de ce qu’ils voudraient qu’ils deviennent et de la profession qu’ils souhaiteraient leur voir exercer quand ils seront adultes, et les éduquent en essayant de modeler leur personnalité dans ce sens. Dès lors, pourquoi des parents qui ont fait le pari de faire naître leur enfant sous les auspices de Mars, Jupiter ou Saturne, en espérant ainsi favoriser leur carrière professionnelle, n’auraient-ils pas tenté de faire en sorte qu’ils se comportent en petits “marsiens”, “jupitériens” ou “saturniens” ? Cette tentative de conditionnement familial pourrait être opératoire que des influences de type astrologique existent réellement ou non : il suffirait que les parents croient qu’elles existent pour qu’ils agissent ainsi.

Admettons donc que cette conjecture ait un rapport avec la réalité. Quel serait alors l’impact de ce conditionnement social de type astro-psychologique, sachant que selon les statistiques Gauquelin il ne s’exercerait qu’à l’intérieur de l’échantillon des 0,006 % d’individus qui accèdent à la célébrité professionnelle ? Pas de problème, affirme encore une fois Geoffrey Dean : “L’auto-attribution n’est pas nécessaire pour expliquer les effets de l’éminence simplement parce que l’éminence a tendance à s’exercer dans les familles, de sorte que les enfants auraient tendance à l’avoir déjà”. Ce qui signifie que pour lui, “l’auto-attribution” de qualités astro-psychologiques ne porterait, pour leurs enfants, que sur la pré-sélection par les parents d’une profession donnée à l’intérieur de leur famille déjà célèbre, sachant qu’ainsi il y aurait une forte probabilité de voir l’enfant accéder lui aussi à la célébrité dans son domaine.

Geoffrey Dean se garde bien d’expliquer par quelles méthodes d’éducation, et par quel tour de force dans le cadre de celles-ci, ces parents tricheurs parviendraient à ces résultats psychédéliques. S’agit-il d’un hyper-conditionnement à base d’entraînement physique et mental intensif, forcené et systématique, comme par exemple celui auxquels sont soumis les enfants dont les parents veulent qu’ils deviennent des joueurs de tennis de très haut niveau ? Ou bien s’agit-il, plus sagement et modérément, de favoriser chez l’enfant le développement privilégié de ses propres dispositions caractérologiques naturelles qui sont en accord avec les qualités astro-psychologiques requises ? Geoffrey Dean n’en dit rien et pour cause : il n’en sait rien. Il ne dispose d’aucun moyen statistique pour calculer les probabilités d’existence et d’effet de cette variable. Il ne s’agit là que de l’effet d’une dissonance cognitive qui s’origine dans son anti-astrologisme.

Admettons quand même que cette proportion significative de parents tricheurs ait réussi à conditionner sa progéniture de la sorte. Il faut en effet admettre beaucoup de postulats invérifiables pour suivre le fil des “raisonnements” anti-astrologistes de Geoffrey Dean. Admettons donc et poursuivons un raisonnement plus raisonnable que les siens. On se retrouve alors confronté à deux grands types de possibilités. Soit l’enfant a des dispositions naturelles qui sont plus ou moins en accord avec le conditionnement astro-psychologique qu’il a subi : il n’a alors pas trop de difficulté à endosser le rôle que ses géniteurs ont choisi pour lui. Soit ce conditionnement astro-psychologique s’est opéré à rebours de ses dispositions naturelles, et il lui faudra alors accepter de jouer un rôle social décidé par ses parents et totalement étranger à sa propre nature, avec toutes les probabilités de dysfonctionnement psychologique profond inhérentes à un tel dispositif.

Programmation astro-parentale et paradoxe du comédien

Dans le premier cas, l’enfant est programmé par ses parents pour jouer un rôle social qui n’est pas très éloigné de celui qu’il aurait joué en suivant ses tendances naturelles. Il n’est donc pas obligé de jouer une comédie - ou une tragédie - qui n’est pas la sienne. Dans le second cas, il en va tout autrement : l’enfant astro-psychologiquement et astro-professionnellement conditionné se retrouve alors fatalement confronté à ce que Denis Diderot a appelé le paradoxe sur le comédien. Selon la thèse de Diderot, le meilleur acteur ne serait pas celui qui met le plus de sa personnalité dans ce qu’il joue, donc en projetant sa propre sensibilité dans ses rôles, mais celui qui joue de “sang froid”, c’est-à-dire qui étudie son personnage, qui s’informe à son sujet, qui se l’approprie par l’intermédiaire de l’imagination. Au XVIIIe siècle qui est celui de Diderot, on n’écrivait d’ailleurs pas jeu de “sang froid”, mais de “sens froid”, c’est-à-dire en gardant une distanciation (qui n’était pas encore brechtienne) vis-à-vis du personnage qu’on incarne. Contrairement à l’enfant du premier cas, celui du second cas aurait ainsi toutes les dispositions “deanesques” requises pour devenir un grand acteur dans son domaine… et d’accéder par conséquence à une hyper-célébrité à laquelle son appartenance à une famille très probablement elle-même célèbre le prédisposait.

Dans un vrai théâtre, le comédien émérite au sens de Diderot est celui qui est capable de reproduire indéfiniment, avec talent et distanciation, un rôle qui a été pré-élaboré. Cette pré-élaboration a un caractère quasi-scientifique, au sens où elle est fondée sur de strictes lois dramaturgiques qui laissent peu de place au hasard. Mais la vraie vie ne se réduit pas à une scène de théâtre ou à un plateau de cinéma. On peut certes y être l’objet de comédies ou de tragédies, mais on n’en est pas toujours l’acteur volontaire comme peut l’être un comédien qui a décidé (ou non) d’en faire sa profession. Passe encore que dans les familles de comédiens on puisse être comédien de père (et/ou de mère) en fils (et en filles) comme c’est fréquemment le cas : il y a alors un conditionnement socioculturel qui prédispose à d’évidents jeux de rôles, qui sont considérés comme tels par ceux qui les exercent. Mais qu’en est-il par exemple dans une famille de scientifiques ?

Programmation astro-parentale scientifiquement correcte

Il existe de fortes probabilités pour qu’un scientifique célèbre soit né dans une famille de scientifiques elle-même renommée. Il s’agit là d’un banal phénomène de reproduction, par atavisme socioculturel et économique, de ce qu’il est convenu d’appeler les “élites”. À ce déterminisme d’origine terrestre les statistiques Gauquelin en ajoutent un autre, d’origine céleste, selon lequel une proportion significative des scientifiques les plus célèbres naît aux heures fortes de Saturne. Sans nier la véracité de ce fait statistique, Geoffrey Dean prétend qu’il n’a pas pour cause une quelconque influence de Saturne, mais qu’il serait le résultat statistiquement avéré d’une tricherie sur l’heure de naissance d’une proportion significative de parents eux-mêmes scientifiques dans une autre proportion significative. Les vocations ataviques dans les familles de scientifiques ne pouvant être confondues avec celles des familles de comédiens, les buts sociaux étant extrêmement différents, voire opposés, examinons de plus près les arguments de l’anti-astrologiste Geoffrey Dean. Nous allons ainsi observer qu’ils tiennent du délire.

Commençons par le commencement, c’est-à-dire par l’élément déclencheur de cette tricherie sur l’heure de naissance d’un futur putatif académicien des sciences. Qui a décidé de tricher ? Probablement le père, étant donné que dans la période considérée l’écrasante majorité des scientifiques renommés ou non était constituée de mâles. Un père très probablement lui-même scientifique, donc façonné par la rationalité matérialiste héritée du siècle des Lumières, et par conséquent ennemi déclaré de toutes les formes de superstitions et croyance populaires. Pourquoi ce père scientifique du XIXe siècle aurait-il décidé de tricher ?

Ne cherchez pas, Geoffrey Dean a la réponse : c’est parce qu’il lisait un ou plusieurs almanachs populaires bourrés de références à l’astrologie. Que pense-t-il de ces almanachs ? Très probablement qu’il s’agit d’une exécrable littérature populacière véhiculant des superstitions débiles. Quel crédit accorde-t-il à l’astrologie ? Très probablement aucun, tant il est convaincu que ce n’est qu’une pseudo-science archaïque. Mais alors, pourquoi aurait-il quand même pris le parti de tricher sur l’heure de naissance de son enfant ? La cause (si ce n’est la raison) est évidente, répond Geoffrey Dean : ce père scientifique anti-almanachs et anti-astrologiste a froidement, tel un acteur émérite selon Diderot, décidé de faire naître son enfant à une heure forte de Saturne parce qu’il estimait qu’étant donné que cette planète prédispose au recul et à l’approfondissement, cet enfant aurait davantage de probabilité de devenir comme lui-même un grand scientifique.

Une autre hypothèse est possible, et elle est tout aussi délirante, nous l’avons déjà évoquée mais elle mérite d’être à nouveau présentée ici. Ce digne père académicien des sciences aurait aussi pu tricher, tel un vulgaire membre de comité anti-astrologiste, parce qu’il était en même temps un astrologisant convaincu. Mais dans ce cas la source d’information qui aurait déterminé son choix n’aurait pas été un vulgaire almanach populaire, mais un des rares livres d’astrologie savante qui étaient encore édités au XIXe siècle. Et dans ce cas toujours, il n’aurait évidemment pas choisi une heure de naissance conforme aux “secteurs-clés” des statistiques Gauquelin de la seconde moitié du siècle suivant. Il se serait décidé pour une heure conforme à la tradition astrologique post-ptoléméenne, qui est en grande partie contradictoire avec les résultats des statistiques en question.

Et d’ailleurs, si par un miracle rationaliste il avait fait siennes les pires élucubrations des astrologues traditionalistes qui étaient à cette époque la seule source d’information dans ce domaine, il n’aurait peut-être même pas fondé sa fraude sur le critère des angularités planétaires. Il aurait peut-être préféré celui des Maîtrises planétaires, critère considéré par l’astrologie “traditionnelle” comme au moins aussi important que celui des angularités pour sélectionner les dominantes planétaires. Il aurait alors décidé de faire naître sa progéniture avec un Signe solaire et/ou un Ascendant Capricorne, la planète Saturne étant considérée selon cette doctrine comme la “Maîtresse” de ce Signe zodiacal. Un Saturne qui aurait alors très bien plu se trouver très fréquemment en-dehors des “secteurs-clés” de Gauquelin, ruinant ainsi par l’absurde la conjecture irrationnelle de Geoffrey Dean.

L’existence d’un tel père tricheur selon la seconde hypothèse est possible, mais très peu probable. C’est probablement la raison pour laquelle Geoffrey Dean ne la mentionne pas. Mais la première conjecture, elle, tient presque de l’impossible, et pourtant il la retient comme la plus probable. Il estime donc qu’il est rationnel et même rationaliste de conjecturer, sans avancer le début de la moindre preuve, qu’un échantillon significatif de pères scientifiques ne lisant pas les almanachs et ne croyant pas en l’astrologie ait pu tricher sur les heures natales de sa progéniture sur la seule base de croyances astrologiques véhiculées par les mêmes almanachs. Et que cette proportion significative de pères tricheurs aurait pu avoir une taille suffisante pour expliquer à elle seule les fréquences anormales de présence de Saturne dans les “secteurs-clés” de Gauquelin.

Le paradoxe psychédélique du scientifique superstitieux

Il n’est pas besoin d’être astrologue ou pro-astrologiste pour considérer que ce genre de raisonnement n’est pas autre chose que du pur délire produit par une (comique ou dramatique ?) dissonance cognitive dans le cerveau de Geoffrey Dean. À moins bien entendu d’accepter l’hypothèse qu’une fraction non négligeable des académiciens des sciences soit constitué d’individus très superstitieux. Car dans la première hypothèse, seules la folie ou la superstition peuvent expliquer ces comportements fraudeurs. On peut raisonnablement conjecturer que le nombre de fous (au sens médical du terme) est très réduit dans les académies des sciences. Or l’hypothèse d’un taux élevé de superstition est peu probable dans une population de scientifiques.

Cela paraît tomber sous le sens, mais pour s’en assurer statistiquement et pour contrer l’argument de Dean qu’il estime à juste titre irrationnel et invérifiable, Suitbert Ertel s’est amusé le plus sérieusement du monde à constituer à aréopage de 13 scientifiques et/ou diplômés universitaires auquel il a envoyé le courriel suivant : “S’il vous plaît, classez par ordre les professionnels suivants en rapport avec leur degré de susceptibilité à adopter des croyances populaires et superstitieuses”. Les professions en question étaient comédien, champion sportif, peintre, écrivain, musicien, politicien, haut gradé militaire, journaliste, médecin et scientifique. Afin qu’il n’y ait aucune équivoque, il avait joint un texte décrivant ce qu’est une superstition, et leur posait la question suivante : “Êtes-vous au courant de l’affirmation selon laquelle les effets planétaires sont dus à la superstition ? Et la soutenez-vous ou pas ?”. 12 ont répondu que ces effets étaient dus à la superstition. Un seul s’est abstenu. Geoffrey Dean ayant lui-même établi une classification du même ordre, Suitbert Ertel a ensuite comparé puis fusionné leurs résultats respectifs et ils étaient clairs : les professions les plus exposées à la superstition seraient celles des comédiens et des champions sportifs, et les moins exposées celles des médecins et des scientifiques. Pour donner une échelle, les comédiens étaient considérés comme presque 5 fois plus susceptibles d’être superstitieux que les scientifiques. Il s’agissait évidemment d’une statistique qui ne sert à rien et aux résultats en principe insignifiants puisque portant sur un minuscule échantillon, mais pour ces statisticiens, il fallait quand même la faire pour se battre à égalité et selon les mêmes règles du jeu sur le ring des fréquences et des probabilités…

On remarque avec intérêt que Geoffrey Dean est d’accord avec les conclusions de ces 13 diplômés universitaires : les scientifiques sont les moins exposés à la superstition dans l’ensemble des professions testées par les statistiques Gauquelin, et de très loin. Il est alors d’autant plus comique (ou tragique) de constater qu’il se repose sur le fait qu’une proportion significative d’entre eux - la même qu’il conjecture chez les comédiens - aurait quand même sciemment triché pour faire naître sa progéniture sous l’influence de Saturne.

Revenons maintenant au mécanisme de “l’auto-attribution” astro-psychologique selon Dean, en nous focalisant cette fois sur les lignées de scientifiques renommés. Pour analyser ces mécanismes, il faut bien évidemment admettre au préalable que l’hypothèse des pères scientifiques “modernes” tricheurs pour cause de superstition “moyenâgeuse” ait une infime probabilité de correspondre à quelque chose s’approchant d’une réalité objective. L’enfant de l’illustre académicien des sciences est donc frauduleusement né à une heure forte de Saturne parce que son père en a superstitieusement décidé ainsi. Mais admettons qu’en réalité il soit né à une heure forte de Jupiter et à une heure faible de Saturne. Comment l’hypothétique et chimérique père scientifique tricheur et superstitieux s’y est-il pris pour dresser son enfant afin qu’il se comporte quand même comme un “saturnien”, c’est-à-dire qu’il en arrive à “s’auto-attribuer” un caractère “saturnien” alors que son caractère serait “jupitérien” ?

Nous sommes là en présence d’un très grand mystère, d’une insondable énigme. Un enfant de comédien tricheur d’heure a encore la ressource de pouvoir apprendre dès sa plus tendre enfance à jouer un ou plusieurs rôles, même s’il n’est pas très doué pour ça, même s’il préfèrerait éventuellement être un scientifique qui s’absente pour réfléchir plutôt qu’un comédien condamné à manifester sa présence pour paraître et jouer. Mais un enfant de scientifique tricheur d’heure n’a pas cette ressource à moins qu’il ne soit par exemple en réalité “jupitérien”. Il se doit de se conformer au modèle idéal du scientifique “saturnien” que lui a imposé son père, que cela lui plaise ou non. S’il ne se rebelle pas contre cette imposition, il n’aura pas d’autre choix que de devenir un “fantôme” de ce qu’il est réellement. Pourquoi un “fantôme” ?

On revient là au “paradoxe sur le comédien” de Diderot. Dans ce texte l’encyclopédiste file constamment l’image du “fantôme” en jouant sur le double sens de ce mot. En effet le mot “fantôme” est synonyme de “spectre”, mais il est tiré du grec “phantasma” qui désigne à la fois une pure représentation, un modèle idéal, mais aussi un “trompe-l’œil”. L’enfant pseudo-saturnien de l’hypothétique père scientifique tricheur, lui-même né de l’imagination anti-astrologiste de Geoffrey Dean, serait ainsi condamné à errer tel un spectre, un personnage en “trompe-l’œil” dans les laboratoires et académies des sciences, en trichant lui-même s’il est parvenu à “s’auto-attribuer” une personnalité et un caractère saturniens qui ne sont pas les siens. Peut-être alors sera-t-il victime d’un autre “effet Mars”, celui que décrit Fritz Zorn dans son formidable livre Mars, récit autobiographique où il relate ce qu’il peut arriver à quelqu’un qui a été éduqué à mort… ou à tort. Ou peut-être lâchera-t-il un jour son microscope, stéthoscope ou télescope pour devenir comédien, car c’est plus proche de sa nature… ou encore deviendra-t-il peut-être le plus comédien des académiciens de science au grand désespoir de son tricheur de père.

Vous pensez probablement que toutes ces conjectures sont de purs délires. Et vous avez raison. Mais ces délires sont dans le droit fil des conjectures délirantes auxquelles se livre Geoffrey Dean pour tenter de nier l’existence d’un réel fait astrologique. Ces délires ne font qu’imaginer des conséquences et des implications de ces conjectures “deanesques”, et en tirer des scénarios possibles sinon probables. Il est certainement plus réaliste et rationnel de conjecturer que l’hypothèse de “l’auto-attribution” astro-caractérologique et anti-astrologiste de Dean n’est qu’une foutaise et de le démontrer autrement que par l’absurde comme cela vient d’être fait.

“Auto-attribution” astro-psychologique et attribution causale

Il faut d’abord faire le point sur un délicat problème de terminologie. Le processus nommé “auto-attribution” relève à l’origine (c’est-à-dire avant que Geoffrey Dean ne s’en empare pour le dévoyer) du domaine de la psychologie sociale. “L’auto-attribution” est une modalité de ce que cette branche de la psychologie appelle l’attribution causale, laquelle désigne un ensemble de processus cognitifs permettant à un individu d’inférer des causes de comportements, d’états psychologiques (par ex. dispositions subjectives, traits de caractère, intentions ou efforts) ou d’événements (situations objectives, contexte extérieur, existence d’autrui). Lorsque le processus d’attribution d’un individu porte sur ses propres dispositions et circonstances, on le qualifie “d’auto-attribution”. Lorsqu’il porte sur autrui et ses circonstances ou sur tout autre événement extérieur, on le qualifie “d’hétéro-attribution”.

Les psychologues estiment généralement que le processus “d’auto-attribution” permet à un individu d’avoir accès à un certain nombre de données utiles à son adaptation à autrui et aux circonstances. Il faut pour cela qu’il se (re)connaisse un minimum, c’est-à-dire qu’il soit capable de faire une auto-évaluation correcte et aussi objective que possible de ses propres traits de caractère, de son mode de fonctionnement le plus fréquent et du contexte dans lequel il se situe. Mais si le même individu se (re)connait très peu, il ne fera que projeter sur le monde extérieur et sur autrui sa propre subjectivité ignorante d’elle-même, ce qui ne lui sera d’aucune utilité adaptative et sera même contre-adaptatif.

Cette définition scientifique de “l’auto-attribution”, pour autant que l’on considère la psychologie comme une science, diffère considérablement de celle que Geoffrey Dean en donne (“nous nous percevons comme ayant les qualités auxquelles quelque chose (ici l’astrologie) nous dit ce que nous pouvons en attendre”) pour justifier les comportements astro-psychologiques induits par des croyances et des artefacts sociaux. En effet, pour la psychologie sociale, les qualités (ou les défauts) qu’un individu “s’auto-attribue” ne sont pas induits par un objet extérieur (“quelque chose”) de qui il attendrait mystérieusement tout ou partie de ce qui constitue ses “auto-attributions”. Cela ne peut exister que si cet objet extérieur est autrui, c’est-à-dire un autre individu capable de faire ses propres “auto-attributions”, et que dans le cadre d’un processus “d’hétéro-attribution” de sa part, celui-ci projette sur l’autre des attentes auxquelles ce dernier se sente tenu de répondre par des comportements appropriés ou non. Dans le monde réel, le “quelque chose” astrologique ne nous dit rien que nous puissions attendre de lui, pas plus et pas moins que tout objet concret ou savoir abstrait. Il ne nous dit d’ailleurs rien du tout, à moins de considérer que les astres auraient une âme douée de parole. La conception que se fait Geoffrey Dean de “l’auto-attribution” relève donc bien d’une pure charlatanerie.

La réalité est toute autre. Ce que Dean appelle à tort “l’auto-attribution” astro-psychologique n’est dans les faits rien d’autre qu’un hypothétique processus d’identification de l’individu à des schèmes comportementaux qui lui sont extérieurs. Ce processus l’inciterait à “s’auto-attribuer” des qualités qui ne sont théoriquement pas les siennes, mais qui pratiquement peuvent l’être totalement, partiellement ou pas du tout selon que ces schèmes correspondent ou non à ses propres dispositions naturelles. Geoffrey Dean, qui fut probablement un piètre astrologue dans la première partie de sa vie, se révèle ici comme un aussi piètre psychologue pour se tromper et tromper autrui en dévoyant le processus “d’auto-attribution” de sa signification véritable. En effet sa conception dévoyée de “l’auto-attribution” astro-psychologique ne peut pour un individu être d’aucune utilité générale dans son adaptation au monde extérieur, puisque ce processus pourrait lui interdire, poussé à l’extrême, toute (re)connaissance de ses propres traits de caractère, de son mode de fonctionnement le plus fréquent et du contexte dans lequel il se situe.

Admettons quand même que sa définition de “l’auto-attribution” soit correcte (encore une fois, il faut beaucoup admettre avec Geoffrey Dean). Il décrit ce processus comme identique selon qu’un individu s’identifierait aux caractéristiques astro-psychologiques de son Signe solaire, de son Signe Ascendant ou de l’une de ses planètes dominantes. Il faut cependant soigneusement distinguer les uns des autres, ce que Dean ne fait pas. En effet, l’hypothétique identification aux qualités d’un Signe du zodiaque n’a pas exactement les mêmes caractéristiques que celle à une planète dominante.

Mon” Signe solaire et “moi

Rappelons ici que Geoffrey Dean s’appuie sur le prétendu “fait”, qu’il impose comme une évidence, qu’il est “connu que les gens aujourd’hui” se livrent à des “auto-attributions” des schèmes de comportement attribués a leurs Signes solaires. Concrètement, cela signifie que “les gens” nés sous le Signe solaire du Bélier auraient une propension à agir et réagir comme des Bélier par conditionnement parental (ex. : “ma fille, tu es Bélier, tu dois donc te comporter comme un Bélier”) et/ou par une décision d’identification mimétique aux qualités attribuées à ce Signe dans les magazines populaires, en l’occurrence surtout ceux destinés au lectorat féminin (ex. : “j’ai lu que les Bélier se comportent généralement ainsi, donc je vais faire de même”). Or cette assertion ne repose sur aucune vérification ni preuve expérimentale, statistique ou autre. C’est une chose pour un individu de se dire “j’ai lu que les Bélier sont des gens dynamiques, donc je me décris et me présente comme une personne dynamique”. C’en est une autre d’être une personne réellement dynamique et de le démontrer par la haute fréquence de comportements dynamiques. On peut très bien être né sous le Signe solaire du Bélier et avoir la plupart du temps un comportement apathique, en fonction d’autres variables astrologiques (par ex. influence d’autres Signes, facteurs planétaires) et extra-astrologiques (par ex. pathologie physique et/ou mentale génétique ou non), ces variables se combinant entre elles selon des schèmes complexes.

Voyons donc ce qui peut être observé sans faire de statistiques inadaptées à leur objet, ce que de toute façon Geoffrey Dean n’a pas fait pour étayer son assertion arbitraire. Dans la réalité, la plupart des gens connaissent le Signe solaire sous lequel ils sont nés, mais il en existe qui l’ignorent et auxquels cette ignorance ne fait ni chaud ni froid. Parmi ceux qui le connaissent, une majorité des gens (et non pas tous “les gens”) accepte en général volontiers de se définir partiellement par des phrases comme : “Je suis Bélier”. Le Bélier est alors considéré par la plupart de ces personnes comme un marqueur identitaire superficiel et social comme un autre, mais un peu différent des autres en raison de son caractère “magique”. Ce marqueur identitaire ne présuppose alors aucun processus d’identification profond et déterminant comme peut l’être un processus “d’auto-attribution” tel qu’il est défini par Dean, et encore moins une croyance astrologique persistante.

L’important échantillon de population qui accepte de se définir par le marqueur identitaire “Bélier” a par ailleurs des réactions très différenciées. Il y a ceux qui disent “Je suis Bélier, et alors ?”, ce qui signifie que cela n’a aucune importance pour eux et même qu’ils refusent d’aller plus loin que cette reconnaissance qu’ils sont nés juste après l’équinoxe de printemps. Il y a ceux qui disent “Je suis Bélier, et vous ?”, ce qui signifie qu’ils acceptent d’inscrire ce marqueur identitaire à l’intérieur de leurs relations sociales mais ne signifie pas qu’ils lui accordent une importance et une signification déterminante et encore moins qu’ils ont procédé à une “d’auto-attribution” : ce peut n’être qu’un jeu ou une manière bénigne et courante d’amorcer une conversation en parlant d’autre chose que de la pluie et du beau temps, ou par ex. de leur passion pour les cactées ou de leur appartenance à un cercle d’amateurs de Scrabble. Ce ne sont là que deux exemples des positionnements les plus fréquents de cet échantillon de population. Il en est d’autres à l’intérieur d’un vaste nuancier. Tous se caractérisent par une absence d’adhésion profonde à une croyance astrologique, voire même la rejettent (cas fréquent des “Je suis Bélier, et alors ?”).

Seule une faible minorité semble faire preuve d’une adhésion superficielle (le plus souvent) ou profonde (rarement) à une croyance astrologique. L’adhésion superficielle ne peut provoquer que des processus “d’auto-attribution” eux-mêmes superficiels. L’individu se persuade alors qu’étant Bélier, il est “quelque part” forcément quelqu’un de dynamique et il manifeste une tendance forte à se définir verbalement et/ou à se percevoir comme tel, que cela soit vrai ou non. L’adhésion profonde, qui est très rare dans le cas de l’identification au Signe solaire, est la seule qui soit susceptible d’engendrer un véritable processus “d’auto-attribution”. Celui-ci se manifestera alors par un effort pathétique et pathologique ayant pour but de se comporter en Bélier dynamique, que l’individu soit réellement dynamique ou non. S’il est réellement et le plus souvent dynamique, il sur-jouera alors jusqu’à la caricature les comportements Bélier. S’il est au contraire et la plupart du temps apathique, son “auto-attribution” des qualités Bélier se manifestera alors sous la forme rare et clignotante de poussées d’activisme désordonné et inadapté. Sauf dans de très rares cas de pathologies mentales très graves, cela ne modifiera en rien les dispositions foncières de sa personnalité. Ajoutons pour finir qu’il en est de même pour le Signe Ascendant.

Ces quelques exemples tirés de très longues et nombreuses observations montrent que le processus “d’auto-attribution” astro-psychologique dont Geoffrey Dean affirme qu’il est courant chez les “gens d’aujourd’hui” et donc “connu” n’est bien qu’une foutaise. Une foutaise qui n’a par ailleurs pas grand-chose à voir avec le réel processus “d’auto-attribution” tel qu’il est défini par la psychologie sociale. Il serait d’ailleurs parfaitement possible et facile d’en établir statistiquement l’insignifiance au moyen d’un questionnaire fermé destiné à mesurer, dans un vaste échantillon de gens ordinaires, cet hypothétique phénomène et rien d’autre.

Ce panorama des croyances zodiacales serait en outre incomplet si on n’y ajoutait pas un fait majeur et incontestable : si une faible proportion de parents a bien triché pour des raisons spécifiquement astrologiques (et non en référence aux calendriers de la sorcellerie et de la religion) sur les données natales de sa progéniture, elle aurait aussi et même prioritairement du le faire à propos de leurs Signes solaires, puisque c’est la croyance astrologique la plus répandue. C’est en outre la tricherie la plus simple à réaliser, puisqu’elle ne demande pas de connaissances astronomiques minimales, contrairement à celle portant sur l’heure natale. Et c’est aussi une fraude très simple à repérer. Il suffit en effet de vérifier s’il existe ou non des fréquences de naissances anormales avant et après minuit les jours de changement de Signe. Et enfin, ce phénomène objectif est totalement indépendant du très hypothétique, pour ne pas dire charlatanesque processus “d’auto-attribution”, donc tout-à-fait mesurable grâce à une étude statistique.

Or les résultats des statistiques Gauquelin ne montrent rien de tel, pas plus que les contrôles de Geoffrey Dean, et par ailleurs la distribution des Signes pour chaque profession est conforme à la moyenne théorique. Les chefs militaires ne naissent pas plus souvent sous le Signe solaire du Bélier réputé agressif, et l’on n’observe aucun excédent de scientifiques nés sous le Signe solaire du Capricorne considéré comme réfléchi. La conjecture de Dean est là encore mise en échec.

Mon” Signe solaire, sa planète Maîtresse et “moi

Il faut par ailleurs revenir sur l’importance de la doctrine des Maîtrises planétaires sur les Signes du zodiaque. On l’a brièvement évoquée dans la section consacrée aux “scientifiques superstitieux” chers à Geoffrey Dean. Il importe ici de la développer afin de montrer quels auraient pu et même du être ses effets sur les statistiques, un point essentiel qui a échappé à la sagacité anti-astrologiste de Dean.

Cette doctrine est, avec celle des 4 Éléments et celle des “angularités” planétaires, l’un des piliers de l’astrologie “traditionnelle”. Elle postule qu’il existe un lien quasi organique et indissoluble entre chaque Signe et l’unique ou les deux planètes sensées le “gouverner”. Elle postule aussi qu’une planète est à son maximum de puissance lorsqu’elle se trouve dans un de “ses” Signes, et qu’elle est très faible lorsqu’elle est située dans l’un des Signes opposés à ceux-ci. Mars est ainsi considéré comme “très fort” quand il se trouve dans “son” Signe, le Bélier, et “très faible” quand il est situé dans le Signe opposé, la Balance. Pour l’immense majorité des astrologues de la période concernée par les statistiques Gauquelin, ces puissances planétaires en rapport avec les Maîtrises était considérée comme équivalentes, voire pour de nombreux auteurs supérieure, à la puissance que les planètes tiraient de leur présence dans les Maisons “angulaires” I-X-VII-IV.

Telle était la croyance diffusée par tous les manuels d’astrologie du XIXe et de la première moitié du XXe siècle. Le critère de présence dans des “secteurs-clés” de la sphère locale, qu’ils soient ceux dont faisait état l’astrologie ou ceux mis en évidence par les statistiques, n’était donc pas le seul pour évaluer les puissances planétaires. Et ces Maîtrises des planètes sur les Signes étaient très probablement assez fréquemment signalées dans les almanachs. Il s’ensuit que les parents trichant sur l’heure de leur progéniture l’auraient probablement aussi fait en tenant compte de cette croyance. Et en conséquence, les statistiques Gauquelin auraient du montrer une sur-fréquence de Mars en Bélier chez les chefs militaires ou de Saturne en Capricorne chez les scientifiques. Or elles n’ont rien permis d’observer de tel.

À cela on peut objecter qu’il est difficile pour un rural du XIXe siècle de décider de programmer 15 mois à l’avance, dans le cas le plus favorable à cette hypothèse (2 ans de cycle marsien moins 9 mois de gestation) la naissance d’un enfant ayant un Mars en Bélier pour avoir une bonne probabilité d’en faire un général de corps d’armée. Et c’est encore plus difficile, voire impossible, pour Saturne qui ne se trouve en Capricorne que tous les 30 ans environ. Et cette objection est évidemment valable : de telles tricheries élaborées à moyen ou long terme sont difficilement imaginables.

Mais il existe une autre hypothèse qui est, elle, tout-à-fait dans l’ordre du possible. Elle consisterait, pour un parent tricheur, de décider de faire par exemple naître son enfant Bélier ou son enfant Capricorne avec Mars ou Saturne dans un “secteur-clé”. Dans ce cas très plausible, des statistiques portant sur ces phénomènes auraient du enregistrer des sur-fréquences d’enfants nés à la fois sous le Signe du Bélier et avec un Mars “angulaire”. Or aucune statistique n’a jamais mis en évidence un tel phénomène. Elles auraient pourtant du le faire si les croyances astrologiques “savantes” que Geoffrey Dean attribue aux lecteurs d’almanachs étaient aussi répandues et profondes qu’il veut le faire croire sous l’effet de sa dissonance cognitive anti-astrologiste.

Il reste à se demander pourquoi Dean n’a pas exploité ce filon pourtant prometteur. La raison en est probablement celle-ci : étant donné que les statistiques Gauquelin avaient infirmé toute corrélation entre les Signes et les professions, il s’est rabattu sur les corrélations entre professions et Planètes en négligeant de faire le lien, pourtant essentiel pour l’astrologie “traditionnelle”, entre Signes et planètes. Il s’est ainsi privé d’une belle démonstration qui aurait presqu’à coup sûr infirmé statistiquement ses conjectures.

Mes” planètes dominantes et “moi

Le processus “d’auto-attribution” astro-psychologique portant sur les planètes considérées comme dominantes à la naissance d’un individu a des caractéristiques très différentes, contrairement à ce qu’affirme Geoffrey Dean. Il ne peut hypothétiquement se manifester, comme nous l’avons vu, que dans un échantillon de population constitué de personnes ayant une croyance astrologique profonde, qu’elle soit savante ou superstitieuse. Laissons ici de côté l’alignement hypothétique du caractère d’un enfant, par la magie d’un désir parental superstitieux combinée à un hyper-conditionnement forcené, sur les significations astro-psychologiques d’une planète quelconque. Cet alignement ne serait en effet pas le résultat d’une “auto-attribution” personnelle et volontaire de cet enfant, mais le produit de l’injonction d’un parent tricheur d’heure. Et nous avons vu qu’il était très peu probable, voire quasi impossible que le caractère de cet enfant puisse être ainsi radicalement transformé. Nous avons démontré qu’une telle hypothèse n’était qu’une foutaise (fou-thèse ?). Inutile d’y revenir.

Abandonnons donc le parent superstitieux et tricheur de Geoffrey Dean à son triste sort. Et examinons le cas d’un individu qui déciderait, parce qu’il a une croyance astrologique profonde et un minimum savante, de “s’auto-attribuer” à tort ou à raison les schèmes comportementaux induits par une planète quelconque. Et le faire à un tel point que cette “auto-attribution” va constituer une part majeure de ce qu’il considère être son identité personnelle, ce par quoi il se définit et se présente à autrui. Cette adhésion volontaire s’inscrit en effet davantage dans le spectre (donc le fantôme, le “phantasma”, le “trompe-l’œil” du théâtre grec) de “l’auto-attribution” personnelle. Elle est même la seule qui puisse avoir un rapport quelconque et très lointain avec la délirante thèse anti-astrologiste de Geoffrey Dean.

Or cette “auto-attribution” personnelle et volontaire de qualités planétaires ne peut avoir aucune incidence sur l’interprétation qu’on peut faire des résultats des statistiques Gauquelin. Celles-ci portent, rappelons-le, sur des corrélations objectives précises et mesurables entre des professions et des positions planétaires dans la sphère locale, et non sur des “auto-attributions” subjectives floues et inquantifiables. L’hypothèse “auto-attributive” n’a de pertinence que si elle s’applique à l’interprétation astro-psychologique qui peut être inférée des ces résutats. Or par un habile tour de passe-passe, Geoffrey Dean fait comme si l’hypothèse “auto-attributive” était au cœur même de ces résutats, comme si elle en était l’une des causes explicatives déterminantes. Il s’agit là d’une autre foutaise.

Les corrélations faites par les Gauquelin entre professions et “traits de caractère” sont en effet, comme nous l’avons vu, le résultat de statistiques lexicographiques, tirées de biographies, de témoignages ou d’articles de presse, portant sur les mots qualifiant le plus fréquemment le fonctionnement psychologique de célébrités appartenant à une certaine profession. On a démontré le crédit limité qu’il fallait accorder à ces sources de données, mais quel qu’il soit, le processus “d’auto-attribution” ne peut avoir aucun effet sur leurs résultats. Le descripteur des “traits de caractère” d’une célébrité professionnelle ne se fonde pas pour les signaler sur les “auto-attributions” auxquelles celle-ci se livre, mais sur sa propre analyse et son observation de ses comportements dominants, confortée en général par des témoignages de proches.

On a noté que par ailleurs, Suitbert Ertel avait contesté les résultats des Gauquelin portant sur les corrélations obtenues par ces moyens entre professions et “traits de caractère”. Il avait montré, à l’aide d’une étude statistique portant sur un échantillon limité, donc faiblement significative, que ces résultats souffraient à l’origine d’évidents biais de confirmation. Dans ce contrôle, “l’auto-attribution” ne peut également avoir aucun effet et est donc une hypothèse ou conjecture inutile, puisque Ertel s’est fondé sur le même type de sources de données.

Pour que le processus “d’auto-attribution” ait eu une hypothétique valeur utile, il aurait fallu soumettre chacun des 15.942 individus célèbres ou non qui constituent l’échantillon de référence, à des tests psychométriques standards variés afin d’essayer de déterminer et mesurer si oui ou non, une proportion significative d’entre eux se livrait à des “auto-attributions” astro-psychologiques, et dans quelle proportion ils le faisaient. Si et seulement si cette enquête avait été menée, la conjecture “auto-attributive” aurait (peut-être) pu se voir statistiquement confirmée ou infirmée. Et elle n’aurait pas porté sur les corrélations entre professions et positions planétaires, dont les résultats sont incontestables, mais sur les corrélations entre “traits de caractère” et positions planétaires, dont les résultats peuvent être contestés. C’était bien entendu une étude impossible à réaliser, puisque la plupart des individus concernés étaient morts et qu’il est peu probable que les vivants auraient pour la plupart accepté d’y participer.

Les possibles “artefacts sociaux” fondées sur la superstition de parents tricheurs et/ou les “auto-attributions”, et qui expliqueraient les résultats des statistiques Gauquelin sans avoir à les attribuer à des effets astrologiques ne peuvent donc avoir qu’un effet insignifiant qui n’existe que dans l’imagination et les dissonances cognitives anti-astrologistes de Geoffrey Dean. Ce qui ne l’empêche pas de d’affirmer sous forme de suggestion insidieuse que “plus les croyances sociales sont fortes, plus les tricheries sont nombreuses, et aussi plus grand est le besoin de naissances non-falsifiées. En bref, le niveau des artefacts sociaux dans les données Gauquelin pourrait excéder le niveau de tricherie visible, mais encore une fois nous ne pouvons en être sûrs”. Il a raison sur un point : la nécessité d’avoir des heures de naissance précises et sûres. Sur tous les autres points, nous avons démontré que ses conjectures invérifiables ne sont que des balivernes irrationnelles. Et on peut en être sûr.

Les raisonnements illusoires de la “déniabilité plausible

Rendons justice à Geoffrey Dean. Il a quand même découvert l’existence d’authentiques artefacts sociaux dans les statistiques Gauquelin :

▶ Jours de sorcellerie & jours liturgiques : une petite mais significative proportion de parents au XIXe siècle trichait sur les jours de naissance lors de ces dates en faisant naître ses enfants le jour d’avant ou le jour d’après, ce qui entraînait des sous-fréquences horaires autour de minuit ces jours-là. Dean fait de cet “évitement de minuit” l’un de ses arguments majeurs pour tenter de démontrer que les effets planétaires en seraient une conséquence directe. Alors que tout ce qu’il peut établir ainsi, c’est qu’il existe un lien entre les “jours désirés” et “jours évités” par les croyants en la sorcellerie et ces effets planétaires, ces “jours de superstition” étant suffisamment nombreux en une année (une cinquantaine) pour avoir un effet général de type “artefact social” sur les statistiques Gauquelin.

Mais ce réel artefact social induit par la superstition n’explique en rien la corrélation statistiquement significative entre certaines professions et certaines planètes. Et ce tout particulièrement dans l’échantillon des médecins et scientifiques, dont on a vu qu’il était le moins exposé à la superstition. D’ailleurs Geoffrey Dean s’est bien gardé de tenter d’expliquer pourquoi les lignées familiales professionnelles les plus susceptibles de tricher pour des raisons superstitieuses (i.e. les familles d’acteurs) obtenaient les mêmes écarts à la moyenne que les lignées familiales scientifiques. Il a encore moins tenté de le démontrer par une rigoureuse étude statistique, et pour cause : celle-ci aurait infirmé ses assertions charlatanesques. L’astrologie, ce n’est pas sorcier, contrairement à ce qu’il voudrait faire croire.

▶ Heures masculines et féminines : Geoffrey Dean a aussi mis en évidence un autre artefact social qui lui est apparu en contrôlant les fréquences planétaires en “secteurs-clés” des parents et de leurs enfants dans le cadre la pseudo-“hérédité planétaire” d’abord confirmée puis définitivement infirmée par les statistiques Gauquelin. Il s’est aperçu que le nombre de fils ayant la même planète en “secteur-clé” que leur père était six fois supérieur au même ratio père-fille, mais que les ratio mère-fils et mère-fille étaient strictement conformes à la moyenne théorique et à la réalité des phénomènes de transmission génétique. Les tricheries de ce genre sont d’un nombre infime, mais à l’intérieur de celui-ci la taille d’effet est suffisamment élevée pour qu’ils soient remarquables. Dean joue évidemment dans ce cas sur sur la taille d’effet “++” à l’intérieur de ce minuscule échantillon de tricheurs pour grossir l’importance de ce dernier aux dépends de la taille d’effet des fréquences planétaires, ce qui est une charlatanerie, les fréquences n’étant pas comparables.

Dean en a néanmoins conclu à raison (car il lui arrive aussi d’avoir raison !) que, compte tenu du fait du sexisme mâle hyper-dominant au XIXe siècle, il y avait là un évident fait de tricherie sur l’heure pour favoriser la lignée mâle au détriment de la femellle. On ne peut qu’être d’accord avec Geoffrey Dean quand il conclut qu’on est ici dans la situation classique où il faut choisir entre deux hypothèses, celle d’un effet génétique anormal ou celle d’un effet social bien identifié, et que dans cette alternative, “le vainqueur est l’effet social”. Ce qui n’infirme encore une fois en rien la validité statistique des corrélations entre professions et positions planétaires, ce que Dean ne peut cependant s’empêcher de suggérer insidieusement.

Toutes les “raisonnements illusoires” fondés sur la “déniabilité plausible” de Geoffrey Dean n’ont qu’un objectif : démontrer qu’au bout de leur hameçon, les Gauquelin n’ont ramené aucun poisson astrologique en lançant leur fil de pêche dans la mer du réel statistique, mais un simulacre de poisson dont Dean prétend avoir identifié la non-matière dont il est fait. Et comme il ne peut donner l’impression d’être certain d’y être parvenu à 100 % (c’est statistiquement impossible), non content de dénier à ce poisson naturel la possibilité d’exister, il essaye de le noyer dans des considérations historico-sociologiques fumeuses. Voici en effet ce qu’il écrit : “Ironiquement, si les artefacts sociaux s’avèrent être une explication, il s’ensuit que, contrairement à ce que la plupart des critiques pensaient, il faut s’attendre à des effets planétaires dans les données historiques, de sorte que leur absence serait plus surprenante que leur présence. Enfin un bonus. L’existence d’artefacts de comportement social dans les données de Gauquelin en fait une nouvelle ressource précieuse pour les sociologues étudiant le XIXe siècle. Il semble peu probable que ces données, qui ont nécessité un effort si héroïque à collecter, puissent jamais être égalées”.

Qu’entend-il par là ? Tout d’abord que l’ensemble des données historiques pourrait être en quelque sorte contaminé par de pseudo-effets planétaires générés par des artefacts induits par les croyances astrologiques. Et qu’il faudrait par conséquent tenir compte des effets de cette contamination pseudo-astrologique pour réinterpréter l’Histoire en y intégrant ce nouveau paramètre. Geoffrey Dean passe ici des “raisonnements illusoires” fondés sur la “déniabilité plausible” au pur délire d’influence, mais c’est le prix qu’il estime devoir payer pour bien noyer le poisson astral. Quant à son allusion à d’hypothétiques sociologues qui s’intéresseraient aux parents tricheurs d’heure au XIXe siècle, il devrait lui-même savoir qu’elle est grotesque : comment ces sociologues trouveraient-ils le moindre intérêt à des effets dont la taille est aussi ridicule au point d’en être insignifiante, ainsi qu’il le prétend ? Geoffrey Dean se moque encore une fois du monde. Mais il faut lui reconnaître un véritable génie dans l’art de persuader, avec des balivernes habilement présentées comme plausibles, un public non-informé et manquant d’esprit critique.

Il n’en reste pas moins que Geoffrey Dean publia en 2002 sur son site Astrology and science son étude sur les divers artefacts sociaux. Dans un autre article paru la même année dans le Skeptical inquirer, il concluait même que ceux-ci avaient eu une incidence réelle sur les résultats des statistiques Gauquelin, au point de pouvoir faire (presque) totalement disparaître “l’effet Mars” en tant que révélateur de possibles influences planétaires. Je le cite : “La plupart, peut-être tous les effets de Mars et autres effets planétaires ne sont-ils que des effets sociaux déguisés. Ils ont toujours été dans les données. Les Gauquelin avaient trouvé un effet réel mais, contrairement à ce que tout le monde pensait, il n’y avait pas de conflit avec la science ni de besoin de scepticisme. Les deux parties peuvent maintenant se retirer avec honneur”. On peut noter le ridicule irrationnel de cette dernière phrase en regard de l’importance des enjeux. Dans une contre-étude, Suitbert Ertel contesta celle de Dean en démontrant que ces artefacts sociaux n’avaient qu’une incidence mineure et que la plupart des arguments de Dean étaient sans fondements rationnels. Comme le note très justement Suitbert Ertel, “Dans les papiers de Dean, les propositions erronées sont souvent énoncées avec des mots obscurcissants. Une grande partie peut être classée dans la catégorie de ‘déniabilité plausible’, une classe de techniques de raisonnement illusoires par lesquelles un argument est encadré de manière que cela permette à l’argumenteur d’échapper à son fardeau de preuve.

Suitbert Ertel désigne ainsi le point faible systématique et caractéristique de Geoffrey Dean dans sa tentative de réduire les effets planétaires des statistiques Gauquelin à une accumulation d’artefacts sociaux qui en seraient la cause réelle. Il serait fastitidieux et au demeurant inutile ici d’énumérer et de réfuter tous ses arguments anti-astrologistes relevant de “raisonnements illusoires” fondés sur la “déniabilité plausible”. Cette attitude (car ce n’est rien d’autre qu’une attitude) lui permet à bon compte de faire croire qu’il se comporte comme un vénérable scientifique sceptique mais sans a priori. Ce qui est à la fois une posture et une imposture. Une posture, parce que tous ses raisonnements sont viciés par les croyances qu’il doit à son anti-astrologisme de principe, à un tel point que même Suitbert Ertel, pourtant aussi anti-astrologiste que lui, les dénonce. Et une imposture, car Dean tente de faire croire qu’il est au-dessus de la mêlée alors qu’il se trouve en plein milieu, dans le camp anti-astrologiste et nulle part ailleurs.

Geoffrey Dean a répondu en 2006 aux objections de Suitbert Ertel en maintenant intégralement sa position quant aux effets des artefacts sociaux sur les statistiques Gauquelin. Il faut noter ici que la revue hollandaise Correlations, dans les pages de laquelle ce duel d’interprétation de données s’est déroulé, n’a pas été correcte en censurant, soit disant pour une raison de politique éditoriale, une partie significative des objections de Dean à Ertel. Ce dialogue de sourds concernant l’impact de ces artefacts sociaux sur des chiffres après la virgule en est resté là, et le mystère n’a toujours pas été résolu. Mais comme l’a écrit Arthur Conan Doyle, écrivain et créateur du personnage de Sherlock Holmes, “Lorsque vous avez éliminé l’impossible, ce qui reste, si improbable soit-il, est nécessairement la vérité”.

Interminable Canon de Pachelbel & signaux faibles

La scandaleuse affaire de “l’effet Mars” a enfin produit un ultime écho en 2006, date de la publication de La tentation de l’astrologie, livre dans lequel son auteur le mathématicien et biologiste David Berlinski la résume ainsi : “La controverse continua, avec une intensité décroissante, jusqu’à ressembler au Canon de Pachelbel : au bout d’un certain temps, il apparaît évident que ce morceau, comme la controverse sur ‘l’effet Mars’, ne s’arrêtera jamais. Quel que soit le fin mot de l’histoire – je ne l’ai pas et je suppose que personne ne l’a –, il reste que ‘l’effet Mars’, s’il existe, représente un signal extrêmement faible émergeant à peine du bruit de fond”.

Les signaux faibles émis par les planètes de notre système solaire en rotation autour de leur centre d’attraction ne sont effectivement pas près de prendre fin et sont très loin d’avoir dévoilé tous leurs mystères, que les astro-statistiques des Gauquelin n’ont fait qu’effleurer très superficiellement.

David Berlinski, lui-même controversé dans le monde scientifique en raison de son scepticisme concernant la théorie de l’évolution et de sa proximité “chaude mais distante” avec les partisans du dessein intelligent, n’a probablement pas tout-à-fait tort, sauf sur le dernier point : il ne faut pas sous-estimer l’efficacité effective des signaux faibles, surtout quand ils sont rythmiques, cycliques et répétitifs depuis environ 4,565 milliards d’années

Cet article vous a été proposé par Richard Pellard

Voir aussi :

▶ Astrologie, statistiques, balivernes & tricheries
▶ Tests et prétextes
▶ Astrologie canine, astrologie cynique ?
▶ L’expérience de Carlson
▶ L’affaire Petiot et « l’effet Barnum »
▶ Le problème des jumeaux en astrologie
▶ Le signal astrologique
▶ L’anti-astrologisme
▶ Cosmogonie astrologique
▶ Astrologie et astrologies
▶ Astrologie conditionaliste
▶ Astrologie traditionnelle
▶ Bilan de l’astrologie statistique
▶ Le monde selon Claude Ptolémée
▶ Ptolémée et l’erreur des Maisons sénestrogyres
▶ Introduction aux bilans comparés des astrologies
▶ Anar-show en hommage à Paul Feyerabend
▶ Yves Ouatou et l’astro-statistique


Les significations planétaires

par Richard Pellard

620 pages. Illustrations en couleur.

La décision de ne traiter dans ce livre que des significations planétaires ne repose pas sur une sous-estimation du rôle des Signes du zodiaque et des Maisons. Le traditionnel trio Planètes-Zodiaque-Maisons est en effet l’expression d’une structure qui classe ces trois plans selon leur ordre de préséance et dans ce triptyque hiérarchisé, les Planètes occupent le premier rang.

La première partie de ce livre rassemble donc, sous une forme abondamment illustrée de schémas pédagogiques et tableaux explicatifs, une édition originale revue, augmentée et actualisée des textes consacrés aux significations planétaires telles qu’elles ont été définies par l’astrologie conditionaliste et une présentation détaillée des méthodes de hiérarchisation planétaire et d’interprétation accompagnées de nombreux exemples concrets illustrés par des Thèmes de célébrités.

La deuxième partie est consacrée, d’une part à une présentation critique des fondements traditionnels des significations planétaires, d’autre part à une présentation des rapports entre signaux et symboles, astrologie et psychologie. Enfin, la troisième partie présente brièvement les racines astrométriques des significations planétaires… et propose une voie de sortie de l’astrologie pour accéder à une plus vaste dimension noologique et spirituelle qui la prolonge et la contient.

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Pluton planète naine : une erreur géante

par Richard Pellard

117 pages. Illustrations en couleur.

Pluton ne fait plus partie des planètes majeures de notre système solaire : telle est la décision prise par une infime minorité d’astronomes lors de l’Assemblée Générale de l’Union Astronomique Internationale qui s’est tenue à Prague en août 2006. Elle est reléguée au rang de « planète naine », au même titre que les nombreux astres découverts au-delà de son orbite.

Ce livre récapitule et analyse en détail le pourquoi et le comment de cette incroyable et irrationnelle décision contestée par de très nombreux astronomes de premier plan. Quelles sont les effets de cette « nanification » de Pluton sur son statut astrologique ? Faut-il remettre en question son influence et ses significations astro-psychologiques qui semblaient avérées depuis sa découverte en 1930 ? Les « plutoniens » ont-ils cessé d’exister depuis cette décision charlatanesque ? Ce livre pose également le problème des astres transplutoniens nouvellement découverts. Quel statut astrologique et quelles influences et significations précises leur accorder ?

Enfin, cet ouvrage propose une vision unitaire du système solaire qui démontre, chiffes et arguments rationnels à l’appui, que Pluton en est toujours un élément essentiel, ce qui est loin d’être le cas pour les autres astres au-delà de son orbite. Après avoir lu ce livre, vous saurez quoi répondre à ceux qui pensent avoir trouvé, avec l’exclusion de Pluton du cortège planétaire traditionnel, un nouvel argument contre l’astrologie !

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