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Le monde selon Claude Ptolémée, astronome-astrologue et phare d’Alexandrie

Cette longue étude sur le monde selon Claude Ptolémée a été écrite en contrepoint de la série d’animations vidéo en quatre épisodes qui la suivent et qui traitent du même thème, mais dans le langage des images. Ce texte éclaire ces animations pédagogiques, à la fois astronomiques et astrologiques, en leur donnant une perspective historique et épistémologique que les seules images n’auraient pas pu tracer.

Du début du Moyen Âge central (XIIe siècle) à la Renaissance (XVe-XVIIe siècles), l’Europe redécouvre les sciences et savoirs grecs antiques, ignorés ou perdus de vue depuis très longtemps, par l’intermédiaire de la traduction latine de textes des savants musulmans et byzantins qui en avaient assuré la transmission.

Deux personnages majeurs émergent alors, éclipsant de leur renommée leurs innombrables prédécesseurs : Aristote (– IVe siècle) et Ptolémée (+ IIe siècle). Comme presque toujours dans l’antiquité, leurs savoirs respectifs concernaient de très nombreux domaines des connaissances théoriques et pratiques, de la physique à la métaphysique incluse. Cependant l’œuvre d’Aristote était surtout celle d’un philosophe et d’un penseur embrassant tous les champs des savoirs, alors que celle de Ptolémée était davantage celle d’un scientifique cherchant à élucider les lois physiques de la nature.

Parmi ces savoirs hellénistiques redécouverts figuraient l’astronomie et l’astrologie auxquels Ptolémée, à la fois astrologue et astronome, avait consacré deux ouvrages, l’Almageste pour l’astronomie et la Tétrabible pour l’astrologie. L’un et l’autre devinrent alors les références dominantes dans leurs domaines respectifs jusqu’à la fin du XVIIe siècle, soit pendant une durée d’environ 1500 ans à partir de leur première publication et de 500 ans à partir de leur redécouverte.

Aristote et Ptolémée en duel astronomique

Au sujet de l’astronomie, Aristote et Ptolémée n’étaient d’accord que sur trois points : l’univers était géocentrique, la Terre était immobile, et les orbites du Soleil, de la Lune et des planètes étaient parfaitement circulaires, ce en quoi ils se trompaient l’un et l’autre, comme cela fut démontré formellement par Johannes Kepler au XVIIe siècle. Sur tous les autres points leurs conceptions étaient divergentes et inconciliables. Le système théorique d’Aristote était en effet si éloigné de ce qui pouvait être observé que Ptolémée, à la suite d’Hipparque qui découvrit la précession des équinoxes et dont il était un fidèle continuateur, fut obligé de le réformer radicalement. Ce furent donc les méthodes de calcul et les conceptions astronomiques exposées dans l’Almageste (dont le nom original est d’ailleurs “Syntaxe mathématique”) qui furent adoptées par les savants européens à partir du Moyen Âge, et non celles d’Aristote.

D’un point de vue plus philosophique mais concernant toujours les théories astronomiques, les conceptions d’Aristote et de Ptolémée divergeaient aussi très fortement.

Pour Aristote, l’univers était constitué de deux sphères concentriques et mutuellement étanches, dont le centre exact était celui de la Terre. La première constituait le monde sublunaire, incluant à l’intérieur de l’orbite lunaire la Terre et son atmosphère. Il était le lieu des changements permanents et de l’imperfection et gouvernée par les 4 Éléments Terre, Eau, Air et Feu en perpétuelles mutations. La seconde constituait le monde supralunaire, incluant la Lune, le Soleil, les planètes et les étoiles, ces dernières étant considérées comme fixes. Ce monde était pour Aristote celui de l’immuabilité et de la perfection, reflets de la nature divine du cosmos. Entre ces deux mondes il y avait séparation : la Lune, le Soleil et les planètes qui tournaient à l’intérieur des 55 sphères de cristal emboîtées qu’Aristote avait imaginées au-delà des 3 sphères d’Eau, d’Air et de Feu qui enveloppaient la sphère Terrestre ne pouvaient avoir aucune influence directe sur les métamorphoses terrestres, aquatiques, aériennes et ignées du monde sublunaire et de ses habitants, à l’exception bien entendu du Soleil dont il lui était difficile d’ignorer les effets. Cela d’autant plus que ces astres n’étaient pas (surtout pas !) faits de Terre, d’Eau, d’Air ou de Feu mais d’une matière éthérique dont Aristote ne précisait pas la nature. De ces conceptions il découlait qu’Aristote était contre l’astrologie.

La conception de Ptolémée était toute autre. Pour lui, la frontière entre les mondes sublunaire et supralunaire n’était pas étanche, puisque les deux participaient de la même unité cosmique. Les planètes n’étaient pas enfermées dans des sphères cristallines mais décrivaient des orbites immatérielles dans un éther fluide, et le point fixe autour duquel s’effectuaient leurs rotations était situé à l’extérieur du globe terrestre. Les astres avaient une influence directe sur le monde sublunaire et ses habitants par l’intermédiaire des 4 Qualités physiques fondamentales qu’étaient le chaud, l’humide, le sec et le froid qu’elles partageaient avec lui. Enfin, les effets humidifiants des océans et de l’atmosphère terrestre s’étendaient pour lui jusqu’à l’orbite de Vénus, donc bien au-delà de la frontière lunaire. Ptolémée fait bien une brève référence (obligée ?) aux sphères élémentales aristotéliciennes au tout début de la Tétrabible : “Le feu et l’air sont entourés et mus par les mouvements de l’éther ; et le feu et l’air à leur tour entourent et meuvent tout le reste : la terre, l’eau, les plantes et les animaux” (Livre I, 2.). Mais dans sa longue démonstration des influences planétaires qui suit, il élimine de fait la sphère de Feu, incompatible avec la conception qu’il a des effets humidifiants de l’Eau et de l’Air : son existence aurait eu pour effet de vaporiser l’humidité propre à ces dernières avant que celle-ci atteigne l’orbite de Mercure puis celle de Vénus. Le savant d’Alexandrie n’était pas un béni-oui-oui des dogmes aristotéliciens.

Aristote et Ptolémée en duel astrologique

Passons maintenant aux rapports qu’entretenaient Aristote et Ptolémée avec l’astrologie elle-même. Si les conceptions astronomiques et cosmologiques de l’un et de l’autre divergeaient fortement, leurs opinions respectives à propos de l’astrologie étaient diamétralement opposées : Aristote était contre et Ptolémée était pour.

Dans cette affaire il est d’usage de penser, chez les exégètes anachroniquement hostiles à l’astrologie, que l’opinion d’Aristote sur ce sujet était le fruit de sa très grande sagesse rationaliste de très éminent philosophe toujours étudié dans les universités. Inversement, le fait que le très grand astronome que fut Ptolémée se doublât d’un très grand astrologue passe selon les mêmes pour une sorte d’incongruité, de dévoiement irrationaliste d’un éminent esprit, dont l’étude de la pensée hérétique ne franchit heureusement que très rarement les portes des amphithéâtres du savoir officiel.

La réalité est toute autre. Dans cette affaire, l’opinion d’Aristote n’était fondée que sur des présupposés métaphysiques et spiritualistes, alors que les arguments de Ptolémée étaient ceux d’un savant qui considérait l’astrologie comme une science naturelle. Mais avant d’exposer cette affaire, contextualisons un peu pour éclairer ces conceptions du monde opposées.

Quand Aristote émet au – IVe siècle son opinion défavorable à l’influence des astres, la philosophie grecque n’a que deux siècles d’existence, au cours desquels elle a progressivement et laborieusement conquis son statut de discipline de la pensée autonome distincte à la fois de la religion et des sciences dites naturelles. Mais à l’époque même où Aristote s’efforce d’imposer à l’esprit humain les lois du raisonnement déductif qui permettraient, croyait-il, d’en finir avec les antiques croyances, la puissante vague de l’astrologie-astronomie babylonienne, mâtinée de superstitieuse astrolâtrie égyptienne, déferle sur la Grèce et suscite un très grand engouement. Pire encore, elle est l’un des fruits des conquêtes d’un de ses élèves, à savoir Alexandre le Grand ! Or il faut savoir qu’au – Ve siècle, celui de Périclès, l’astronomie et l’astrologie étaient encore inconnues en Grèce.

Cet engouement astral suscita évidemment maintes vocations de prophètes et d’escrocs vendeurs d’avenir, tandis que les esprits les plus savants s’attelaient à la tâche de rationaliser l’astrologie chaldéenne abâtardie de superstitions égyptiennes pour la rendre compatible avec les canons de la pensée grecque frayant sa voie vers la rationalité. Dans ce contexte historico-cognitif, on peut en partie entrevoir l’une des raisons de la condamnation d’Aristote, même si ce n’est pas la plus décisive : comme toujours, la plupart de ceux qui se prétendaient dépositaires du savoir astrologique n’ont été que des usurpateurs et des profiteurs de la crédulité des masses.

Quand au contraire Ptolémée argumente au IIe siècle en faveur de l’astrologie, le contexte historico-cognitif a bien changé. L’astrologie-astronomie hellénistique est née, charriant son lot de rares grands savants et de multiples charlatans et, dans l’empire romain du Ier siècle, on assiste à une vraie astromania. Dans un contexte d’astro-charlatanerie généralisée, savants pro-et anti-astrologie se déchirent sur fond d’astrolâtrie populaire, tant et si bien que l’empereur Tibère, qui connaissait assez bien l’astrologie et lui était plutôt favorable, finit par faire expulser de Rome tous les “Chaldéens (c’était l’appellation courante pour désigner les astrologues) et interdire de propager les ouvrages d’astrologie et de consulter les astrologues. Cette mesure s’étant révélée assez inefficace, un autre empereur ordonna à nouveau, en l’an 52, l’expulsion de Rome de tous les astrologues, à l’exception de ceux qui étaient de véritables savants et/ou qui étaient bien en cour dans la haute société romaine.

Au IIe siècle donc, la vague astromaniaque romaine est retombée même si les astro-charlatans pullulent toujours. De 117 à 180, sous les règnes éclairés des empereurs Hadrien, Antonin et Marc Aurèle, l’hellénisme refleurit à Rome, et avec lui une astrologie savante qui reconquiert ses lettres de noblesse. C’est dans ce contexte que Ptolémée naît à Thèbes, en Égypte à la fin du Ier siècle et qu’il passe la plus grande partie de sa vie à Alexandrie, ville fondée en l’an –331 par Alexandre le Grand, élève d’Aristote. Bien que citoyen romain, ce Grec n’a probablement jamais mis les pieds dans la capitale de l’empire. Du point de vue intellectuel, il n’y perd rien : Alexandrie est alors l’un des plus grands centres culturels hellénistiques méditerranéens. Certes, un nombre considérable de manuscrits de sa fameuse bibliothèque est probablement parti en fumée lors d’un incendie vers l’an – 50, privant sans doute Ptolémée de nombreux textes antiques grecs ou traduits en grec ; mais de par sa position géographique, il était en contact direct avec les traditions astrologiques chaldéenne et égyptienne.

Si on ne connaît avec certitude que les grandes lignes de la vie d’Aristote qui fut extrêmement célèbre et adulé en son temps, en revanche on ne sait strictement rien de celle de Ptolémée qui semble s’être volontairement effacé derrière son œuvre. Celle-ci est composée de deux ouvrages majeurs, l’Almageste, traité de calculs astronomiques et catalogue d’étoiles et de constellations reprenant et améliorant les travaux d’Hipparque, et la Tétrabible, sorte d’encyclopédie de l’astrologie où il expose les théories, croyances et pratiques traditionnelles augmentées de ses propres conceptions et découvertes. Il y critique aussi impitoyablement qu’Aristote les délires, les superstitions et autres charlataneries de la majorité des astrologues et pseudo-astrologues anciens et contemporains mais, contrairement à Aristote, ses critiques sont celles d’un homme de l’art convaincu qui se désole et se révolte devant les agissements et conceptions de ceux qui usurpent cette fonction ou n’en sont pas à la hauteur.

Aristote : contre l’astrologie

On pourrait penser que l’opposition d’Aristote à l’astrologie était le fruit d’une réflexion rationnelle fondée sur ce qu’il connaissait des lois de la nature, réflexion qui l’aurait amené à douter de la possibilité d’une influence des astres sur les êtres vivants et les objets terrestres. Or il n’en est rien. L’anti-astrologisme aristotélicien repose en fait sur un présupposé métaphysique platonicien.

Pour Aristote en effet, l’astrologie est “Une tradition venue de l’antiquité la plus reculée et transmise à la postérité sous le voile de la fable [qui] nous apprend que les astres sont des dieux et que la divinité embrasse toute la nature ; tout le reste n’est qu’un récit fabuleux imaginé pour persuader le vulgaire et pour servir les lois et les intérêts communs. Ainsi on donne aux dieux la forme humaine, on les représente sous la figure de certains animaux ; et mille inventions du même genre qui se rattachent à ces fables”.

Voilà un jugement péremptoire et lapidaire qui ne déparerait pas dans le vocabulaire d’un membre de l’Union Rationaliste. Dans cet écrit, Aristote condamne effectivement sans appel non seulement les affabulations et superstitions astrologiques, mais aussi l’astrologie elle-même. Mais ce texte anti-astrologique comporte une seconde partie qui n’a strictement rien à voir avec les raisons et déraisons des rationalistes modernes.

“Si l’on sépare du récit le principe lui-même”, poursuit Aristote, “et qu’on ne considère que cette idée, que toutes les essences premières sont des dieux, alors on verra que c’est là une tradition vraiment divine. Une explication qui n’est pas sans vraisemblance, c’est que les arts divers et la philosophie furent découverts plusieurs fois et plusieurs fois perdus, comme cela est très possible, et que ces croyances sont pour ainsi dire des débris de la sagesse antique, conservés jusqu’à notre temps. Telles sont les réserves sous lesquelles nous acceptons les opinions de nos pères et la tradition des premiers âges”.

Traduction : le récit astrologique est bien une vulgaire supercherie et la croyance dans l’influence des astres une erreur, mais l’idée ou le principe qui les sous-tendent sont fondamentalement justes et vrais, bien qu’ils aient été altérés au cours des millénaires par la décadence d’une sagesse d’une tradition originelle “vraiment divine”. En effet Aristote, à l’instar de Platon, identifiait la théologie à l’astronomie et soutenait que les astres mobiles, en rotation à la surface de leurs sphères de cristal dans l’éther parfait, incorruptible et immuable, avaient des âmes qui reflétaient le principe du premier et immobile moteur divin.

Dans cette perspective, l’idée astrologico-métaphysique selon laquelle “toutes les essences premières sont des dieux” ne pouvait que convenir à Aristote… pourvu qu’elle soit débarrassée de tout le récit et du réel astrologique qui l’enrobe, c’est-à-dire réduite à une pure instance métaphysique. Car si les astres avaient une influence directe sur le monde sublunaire, cela signifierait que celui-ci est perméable au monde supralunaire, ce qui ruinerait un dogme fondamental de la conception du monde aristotélicienne... Rien à voir avec les ratiocinations anti-astrologiques et pseudo-zététiques de l’Union Rationaliste, secte scientiste née au XXe siècle. Bref, pour Aristote, les astres étaient des agents du divin (même si ce dernier était pour lui le “dieu des philosophes”) qui ne sauraient se compromettre avec les corruptions et changements du monde sublunaire imparfait et imperméable à leur influence. Et c’est ainsi qu’Aristote, tout en se posant en contempteur de l’astrologie, pensait comme un véritable astrolâtre.

Ptolémée : pour l’astrologie

Aristote ne semble pas avoir pris la peine d’étudier sérieusement l’astrologie avant de la condamner aussi lapidairement et avec des arguments aussi grotesques. Sinon, il n’aurait pas écrit ce texte à propos de ce savoir. On peut donc affirmer qu’il ne savait pas de quoi il parlait et que le raisonnement astrolâtrique sur lequel se fondait sa condamnation ne tenait pas debout. De plus le système astronomique qu’il avait imaginé n’avait qu’un très lointain rapport avec les données d’observation des mouvements et positions des astres.

Á la fois astronome et astrologue, Ptolémée, lui, savait de quoi il parlait et, contrairement à Aristote, il bénéficiait des progrès continus de l’astronomie, des mathématiques et de l’astrologie depuis la mort de ce dernier. Nulle trace d’astrolâtrie paraphilosophique chez lui. Dans son esprit, les astres ne sont pas de divines essences premières, mais des corps célestes matériels orbitant autour de points qui ne peuvent qu’être extérieurs au centre de la Terre si l’on veut que la théorie qu’on fait de leurs mouvements corresponde aux observations qu’on peut faire de ceux-ci.

Dans l’introduction au Livre Ier de sa Tétrabible, il expose clairement la différence entre astronomie et astrologie, et il le fait de la manière la plus rationnelle : l’astronomie, “la première, par le rang et l’efficacité, nous permet de connaître les positions relatives que le Soleil, la Lune et toutes les planètes adopteront à tout moment entre eux et par rapport à la Terre, du fait de leurs mouvements” ; l’astrologie, “la seconde, par l’analyse des caractères naturels propres à ces configurations relatives, nous fait détecter les changements qu’elles provoquent dans le ‘contenu’ qu’elles englobent”.

Mais s’il expose cette différence, il opère aussitôt le lien qu’il considère comme quasi-organique entre les deux : dans l’Almageste, “j’ai exposé […] de la manière la plus démonstrative possible la première de ces méthodes, qui possède sa propre théorie et qui est valable par elle-même. Mais ses résultats ne sauraient pourtant rivaliser avec ceux que l’on obtient en la combinant avec la seconde”.

Ptolémée avertit ensuite que la seconde méthode (l’astrologie) n’est “pas aussi autonome que la première” (l’astronomie). Elle dépend en effet d’autres influences multifactorielles propres aux choses et êtres terrestres. Aussi estime-t-il nécessaire de procéder à un second avertissement : “quiconque a à cœur la recherche de la vérité devra éviter ce que l’esprit peut saisir par cette seconde méthode avec le savoir inaltérable et sûr qu’offre la première”. Traduction : l’astronomie relève pour lui de l’absolu, de la simplicité et de la prévisibilité des certitudes mathématiques déterminant la course des astres, et ses effets astrologiques du conditionnel, des probabilités, de la diversité et de la complexité du vivant.

En effet, écrit Ptolémée, “C’est assurément la différence entre les semences qui a la plus grande influence sur la spécificité des espèces. Si, à la naissance, le ciel qui tout englobe ainsi que l’horizon sont identiques… chaque type de semence prévaut en imprimant son modèle général approprié : ici un homme, là un cheval, et de la même façon pour tout autre être vivant”. Et au sein d’une même espèce - en l’occurrence, l’espèce humaine - il ne manque pas de souligner la nécessité de prendre en compte la diversité des lieux de naissance qui “sont également à l’origine des différences qui sont loin d’être infimes entre les créatures […]. Enfin, quand toutes ces conditions évoquées seraient les mêmes, l’éducation et les mœurs ne manquent pas de déterminer en partie le cours individuel d’une vie”. Traduction : les influences astrales ne s’exercent qu’à l’intérieur des déterminismes propres à chaque espèce et aux diverses sociocultures humaines, et leur expression est donc conditionnée par ceux-ci.

Ptolémée expose ainsi clairement la ligne de démarcation entre ce qu’il est convenu d’appeler depuis le XXe siècle les “sciences dures” (par ex. l’astronomie et les mathématiques) et “sciences molles” (comme toutes les sciences dites “humaines”). Mais il définit en même temps l’astrologie, non comme une “science humaine”, mais comme un savoir se situant exactement à l’articulation entre “sciences dures” et “sciences molles”, ce qui lui donne un statut très particulier et rend son étude extrêmement complexe.

Il trace également une autre ligne de démarcation : celle qui sépare la prédiction fataliste de la prévision conditionnelle : “Évitons de croire que tout ce qui arrive aux hommes est l’effet d’une cause venue d’en haut comme si, dès l’origine, en fonction de quelque irrévocable et divin décret, tout avait été réglé par avance pour chaque individu et se produisait par nécessité, sans qu’aucune autre cause soit en mesure d’y faire obstacle. En vérité, si le mouvement des corps célestes s’accomplit de toute éternité en vertu d’un destin divin et immuable… le changement des choses terrestres est, quant à lui, soumis à un destin naturel et variable, tirant d’en haut ses causes premières selon le hasard, ou par voie de conséquence naturelle”. Traduction : le ciel est un émetteur qui propose mais n’impose pas tout, et l’homme est un récepteur qui dispose mais peut aussi proposer des réponses originales aux propositions célestes, dans le cadre de ses conditionnements terrestres.

L’appréhension de cette complexité inhérente au savoir astrologique n’est pas à la portée de tout le monde et encore moins à celle des anti-astrologie qui ne savent pas de quoi ils parlent. En effet pour Ptolémée, celui qui cherche à comprendre le fait astrologique “ne devra pas non plus prendre prétexte de la fragilité et de la complexité d’une telle étude ni de la difficulté à appréhender la matière dans sa dimension qualitative pour reculer devant une telle investigation, puisque l’observation de la plus grande partie des événements, et des plus universels, fait clairement apparaître qu’ils tirent leur cause du ciel qui tout englobe”.

Ici Ptolémée accorde aux astres du système solaire une influence d’une ampleur qui apparaît comme nettement exagérée pour l’astrologie savante moderne. Mais si on compare ses propos avec ceux de la majorité des astrologues de son temps qui croyaient en un conditionnement astral absolu débouchant sur un fatalisme aveugle, il est d’une remarquable modération. Il faut toujours se défier des jugements anachroniques.

Quinze siècles plus tard, un autre grand astronome-astrologue, Johannes Kepler, confirmera ce caractère conditionnel du déterminisme astrologique : “Le ciel agit sur l’homme pendant sa vie comme les ficelles qu’un paysan noue au hasard autour des courges de son champ : les nœuds ne font pas pousser la courge, mais ils en déterminent la forme. De même le ciel : il ne donne pas à l’homme ses habitudes, son histoire, son bonheur, ses enfants, sa richesse, sa femme, mais il façonne sa condition”.

Á propos de citations, deux précisions : la célèbre locution latine “astra inclinant, sed non necessitant” (“les astres inclinent mais ne nécessitent pas”) et toutes ses diverses variantes est très souvent attribuée à Ptolémée et parfois à Thomas d’Aquin. Or on ne la retrouve nulle part dans leurs écrits. Une autre citation, “vir sapiens dominatur astris” (“le sage domine les astres”), très répandue depuis le XIIIe siècle, est elle aussi très fréquemment attribuée aux deux mêmes, et parfois aussi à Albert le Grand. On ne la retrouve pas non plus dans leurs œuvres.

Cela n’a d’ailleurs aucune importance sur le fond, puisque ces deux phrases expriment très bien, en de saisissants raccourcis, ce qu’ils pensaient tous les trois.

Ayant bien précisé le caractère conditionnel, relatif et probabiliste du savoir astrologique, Ptolémée lance un dernier avertissement : “Tout ce qui est, pour la multitude, difficile à comprendre prête aisément le flanc à la calomnie. Et si seuls les aveugles pourraient émettre des objections à propos de la première science (i.e. l’astronomie), la seconde, elle, pourrait alimenter les accusations faciles ; soit parce que les problèmes complexes qu’elle pose en plusieurs endroits laissent à penser qu’elle est incompréhensible dans sa totalité, soit parce que la difficulté que nous avons à nous prémunir contre les événements connus à l’avance a discrédité la finalité même de cette étude, en la faisant considérer comme superflue”.

Ptolémée est bien plus impitoyable qu’Aristote avec les imposteurs de l’astrologie, d’une part parce qu’il ne les confond pas avec les véritables savants de cette discipline, et d’autre part parce que sa critique ne se fonde pas, comme celle d’Aristote, sur des préjugés métaphysiques mais sur des constats factuels : “Beaucoup d’individus appâtés par le gain abusent le profane en exerçant sous couvert d’astrologie un autre art ; ils trompent ceux qui les consultent en feignant d’accomplir de nombreuses prévisions, même sur des questions qui, par définition, ne relèvent d’aucune connaissance anticipée, et offrent par là aux esprits les plus avertis une occasion de condamner sans discrimination toutes les prévisions, y compris celles qui sont par nature formulables. Or une telle condamnation n’est pas admissible : il n’est nul besoin, en effet, d’abolir la philosophie parce que certains qui se prétendent philosophes se comportent comme des charlatans”.

Cette dernière phrase ne visait évidemment pas Aristote… même si l’on peut considérer que l’opinion de celui-ci sur l’astrologie relevait d’une sorte de charlatanerie pseudo-philosophique, en ce qu’elle ne se fondait sur rien d’autre que sur des présupposés métaphysiques invérifiables et l’appel à un hypothétique âge d’or primordial de la connaissance qui n’a jamais existé.

Aristote, Ptolémée, l’astrologie & l’Église géocentriste

La doctrine aristotélicienne sombra dans l’oubli à la mort de son créateur. Elle n’en fut tirée qu’environ 400 ans plus tard, au Ier siècle de l’ère chrétienne, lorsque le philosophe Andronicos de Rhodes a procédé à leur réédition. Mais l’influence d’Aristote est restée discrète, étant donné que le monde intellectuel de l’empire romain lui préférait alors l’épicurisme ou le stoïcisme voire le néoplatonisme, un mélange plus mystique que philosophique des philosophies de Platon, de Pythagore et d’Aristote saupoudré de spiritualités orientales.

Un siècle après la réapparition de l’œuvre d’Aristote, Ptolémée écrivit la sienne et ce qui devait plus tard devenir l’Église commença à se former. Le destin et la postérité de ces deux conceptions antagonistes du cosmos sera longtemps lié à l’essor du christianisme et déterminé par le positionnement de l’Église vis-à-vis d’elles. En effet, celle-ci devint progressivement un vecteur important de la vie des idées et, lorsqu’elle fut proclamée religion d’État de l’empire romain, sa position hégémonique lui permit d’imposer ses standards de pensée à la place de ceux des philosophes et des autres religions.

Le christianisme originel n’est pas apparu au Vatican. Il est né et s’est d’abord développé dans l’empire romain d’Orient. C’est-à-dire au Moyen-Orient, en Mésopotamie et en Perse, régions où l’influence des croyances et savoirs astrologiques était extrêmement prégnante, étant donné que c’était là qu’ils étaient apparus des millénaires plus tôt. Les premiers chrétiens, surtout s’ils étaient non-juifs, étaient donc très perméables à l’astrologie, qui pour le meilleur et le pire faisait partie de leur paysage culturel.

La question astrologique et celle du géocentrisme firent ainsi partie des préoccupations des premiers clercs chrétiens. Il leur fallait en effet positionner les canons balbutiants de leur nouvelle foi par rapport à l’influence des astres et coordonner le géocentrisme biblique avec celui des philosophes et astronomes grecs, lesquels étaient très souvent en même temps astrologues ou astrologisants.

L’Église embryonnaire partageait avec Aristote et Ptolémée un même tropisme géocentrique, même si ce dernier n’avait pas la même source. Pour l’Église, le géocentrisme était purement métaphysique et fruit de la révélation biblique ; pour Aristote, il était astronomico-métaphysique et conséquence de la réflexion philosophico-scientifique sur la nature ; quant au géocentrisme de Ptolémée, il était tout relatif puisque pour lui le centre géométrico-mathématique des orbites planétaires était excentré par rapport à celui de la Terre même si, bon prince (des astrologues, bien entendu, puisque tel devint son surnom), il admettait que la Terre fût quand même le centre du cosmos. Ces géocentrismes d’origines différentes étaient donc à la fois complémentaires et en concurrence pour la théologie chrétienne naissante.

La toute-puissance déterminante du dieu biblique entrait également pour les premiers penseurs chrétiens en concurrence avec le déterminisme astral, que celui-ci soit considéré comme absolu (c’était l’opinion de la plupart des astrologues), relatif et conditionnel (c’était le point de vue de Ptolémée) ou inexistant dans le monde sublunaire auquel appartenaient la Terre et ses habitants (c’était la thèse anti-astrologique d’Aristote). La question qui se posait alors était la suivante : le dieu biblique ayant créé le cosmos, penser que les cycles et rythmes cosmiques imprégnaient la vie des humains était-il conforme à sa volonté et à ses desseins, ou était-ce une croyance qui s’inscrivait à leur encontre ? Ou en d’autres termes : le libre-arbitre offert aux humains par le dieu des évangiles était-il compatible avec le déterminisme astral, qu’il fût considéré comme relatif ou absolu ?

Les clercs lettrés et savants de l’Église naissante étaient donc partagés entre ceux qui, à l’instar d’Aristote, étaient hostiles à l’astrologie pour des raisons métaphysiques, et ceux qui, dans le sillon de Ptolémée, y étaient favorables pourvu que l’influence des astres respectât le libre-arbitre et n’interférât pas avec la volonté divine. La question astrologique occupa donc une place importante dans les préoccupations et disputes internes de l’Église.

L’importance de la question astrologique s’effaça pourtant progressivement au fur et à mesure de l’affirmation d’une théologie chrétienne de plus en plus enfermée dans ses certitudes dogmatiques, intolérante vis-à-vis des autres savoirs et traditions, et par conséquent de plus en plus hostile à l’astrologie, celle-ci étant considérée comme une croyance paganiste et impie incompatible avec la nouvelle foi en plein essor. Augustin, évêque d’Hippone (IVe-Ve siècles), éminent théologien, Père de l’Église et auteur notamment des Confessions, de la Cité de Dieu et de De la Trinité, illustre bien cette nouvelle orientation.

Augustin d’Hippone, astrologisant honteux et renégat

En effet, ce lettré romain originaire d’Algérie fut au début de sa vie passionné d’astrologie avant d’opérer un virage à 180° et de la rejeter brutalement. Cet extrait de ses Confessions, écrites entre 397 et 401, illustre bien ce retournement : “[La vraie piété chrétienne] rejette ces pratiques [l’astrologie] et les condamne. C’est à vous, Seigneur, qu’il est bon d’adresser ses aveux, de dire : ‘Ayez pitié de moi, guérissez mon âme, car j’ai péché contre vous’ ; et au lieu d’abuser de votre indulgence pour se donner la licence de pécher […] À tous ces avis salutaires, [les astrologues] s’efforcent de porter le coup de mort quand ils disent : ‘C’est du ciel que viennent d’irrésistibles raisons de pécher’, ou encore ‘C’est Vénus qui a fait cela, ou Saturne, ou Mars’, tout cela, bien entendu, pour exonérer de sa responsabilité l’homme – qui n’est que chair, sang, orgueilleuse pourriture – et la rejeter sur le Créateur, sur l’Ordonnateur du ciel et des Astres”.

Comme par hasard (mais ce n’en est pas un), ce quasi-anathème fut écrit quelques années seulement après que l’empereur romain Théodose eut proclamé le christianisme religion d’État (en 380), interdit le paganisme et le polythéisme (en 392) puis mis fin aux Jeux olympiques, qui étaient la principale manifestation religieuse de l’antiquité gréco-romaine (en 394). Païens et astrologues furent dès lors l’objet de féroces persécutions.

On peut dire qu’Augustin a eu un revirement anti-astrologique aussi rapide qu’opportuniste, étant donné qu’il s’est produit en 386, exactement en même temps que sa conversion soudaine au christianisme, six ans seulement après que sa foi toute neuve fut devenue religion d’État. Il ambitionnait en effet de quitter Carthage, où il fut neuf ans durant un fervent adepte du manichéisme, une religion où l’astrologie occupait une place importante - et un astrologue avéré. Il y enseignait alors la grammaire et la rhétorique, et projetait de faire une grande carrière à Rome. Ce en quoi il a parfaitement réussi en s’insérant rapidement dans les circuits du nouveau pouvoir ecclésiastique : en 395, il devient évêque.

Astrologue avéré, Augustin ? Cela ne fait aucun doute. Il n’en fait d’ailleurs pas mystère dans ses Confessions, en témoigne ce court extrait parmi d’autres. Il y relate qu’un de ses amis carthaginois, Vindicianus, avait évoqué avec lui la possibilité que le futur saint et Père de l’Église devienne comme lui un astrologue professionnel : “Mais toi, me disait-il, pour gagner ta vie en société, tu as ta profession de rhéteur, et, si tu poursuis ce faux savoir, c’est librement et par goût, et non par besoin impérieux de ressources. Raison de plus pour t’en remettre à moi sur ces questions que j’ai laborieusement étudiées au point d’en vouloir vivre exclusivement”. Admirez au passage l’hypocrisie anachronique d’Augustin : à l’époque où cet échange a eu lieu (s’il n’est pas une pure fiction augustinienne), ni lui ni Vindicianus ne pensaient bien évidemment que l’astrologie était un “faux savoir”

Ses ambitions assouvies et sa carrière faite, Augustin était trop lettré pour ne pas se reposer au moins partiellement sur la philosophie grecque qu’il avait apprise dans ses jeunes années pour développer sa théologie christique, mais il préféra pour ce faire se reposer sur l’absolutisme transcendantal de Platon plutôt que sur le savoir par abstraction d’Aristote. Et de toutes façons, il ne croyait pas au pouvoir de la raison pour cerner l’être divin. Ce en quoi c’était un anti-philosophe : Augustin n’était définitivement pas aristotélicien. Quant à Ptolémée, dont il ne pouvait ignorer l’œuvre, il s’abstint tout simplement de l’évoquer, ce qui en dit long sur son retournement de veste anti-astrologique opportuniste : aucun lettré de son époque et de son milieu, surtout s’il était comme Augustin astrologisant, ne pouvait ignorer la Tétrabible

Finalement, Augustin, qui toute sa vie aura été obnubilé par la question astrologique, fera mine de ne retenir d’elle que l’astronomie, et encore, uniquement dans la mesure où elle sert de base naturelle à l’établissement du calendrier liturgique comme en témoigne cette phrase : “Beaucoup de gens, certes, connaissent le cours de la Lune qui sert à déterminer, pour le le célébrer solennellement, l’anniversaire de la Passion du Seigneur”. En effet, le jour de Pâques doit se placer après la pleine Lune qui suit l’équinoxe de printemps. Devenir l’ordonnateur des messes chrétiennes valait bien l’abjuration équivoque et crucifiante de l’astrologie, sans doute…

Peu de temps après la mort d’Augustin, au Ve siècle, l’empire romain s’effondra et les monastères chrétiens, qui abritaient les meilleures et plus grandes bibliothèques de l’époque, jouèrent un rôle de premier plan dans le transfert des textes astrologiques en Europe médiévale, sans se préoccuper de ce qu’Augustin en aurait pensé. S’ensuivirent huit siècles pendant lesquels l’Église officielle, désormais instance culturelle hégémonique en Europe, s’enfonça dans une ignorance intolérante recroquevillée autour du noyau dur de ses dogmes théologiques imperméables aux savoirs antiques comme à toute science indépendante de ses diktats métaphysiques.

Pendant ce même temps, les manuscrits philosophiques ou astrologiques moisissaient dans les bibliothèques des monastères et n’étaient plus consultés que par quelques clercs secrètement dissidents chez lesquels les obscurités de la foi n’avaient pas totalement éteint les lumières des astres, de la raison et des sagesses grecques.

Thomas d’Aquin, astrologisant subtil et décomplexé

L’astrologie revint pourtant sur le devant de la scène théologique chrétienne au XIIIe siècle avec la redécouverte des savoirs grecs, en particulier à travers les écrits d’Aristote et de Ptolémée. Il ne fallut pas longtemps aux théologiens - et surtout à Thomas d’Aquin, le plus important d’entre eux - pour s’emparer de la pensée aristotélicienne et la combiner avec la conception chrétienne du monde pour en faire son corpus de savoir central, dont la particularité était d’essayer d’associer la raison et la foi. Par une cruelle ironie du sort, c’est à la fin du même siècle que l’Église décida, en 1298, de canoniser Augustin, alors même que la théologie de Thomas d’Aquin allait commencer à supplanter celle du Rastignac carthaginois qui faillit bien devenir astrologue professionnel

Très favorable à une conception non-fataliste et non-déterministe de l’astrologie, et néanmoins aristotélicien alors qu’Aristote s’inscrivait lui-même en faux contre toute influence des astres, le dominicain Thomas d’Aquin est une figure centrale de l’Église dont il est un des principaux docteurs. Cet italien, astrologisant notoire, a même été canonisé en 1323 et, en 1962, le décret Optatam Totius sur la formation des prêtres, n° 16 du Concile Vatican II a expressément demandé que la formation théologique des prêtres se fasse “avec Thomas d’Aquin pour maître”.

Thomas d’Aquin, tout fervent aristotélicien qu’il fût dans sa pensée sinon dans sa foi, avait une opinion sur l’astrologie beaucoup plus nuancée que celle d’Aristote et des clercs de l’Église qui, tels l’antique philosophe, y étaient hostiles. Et contrairement à Augustin, il n’était ni fanatique, ni carriériste, ni hypocrite. Il écrivait certes dans son De judiciis astrorum (Lettre sur la légitimité du recours à l’astrologie) qu’il faut “absolument maintenir que la volonté de l’homme n’est pas sujette à la nécessité propre aux astres, sans quoi c’en serait fini du libre arbitre. Et sans celui-ci, les bonnes actions ne seraient pas méritoires pour l’homme et il n’y aurait pas de culpabilité à commettre le mal. C’est pourquoi tout chrétien doit tenir avec une totale certitude que ce qui dépend de la volonté de l’homme - toutes les œuvres humaines sont de cette espèce - n’est pas soumis à la nécessité propre aux astres. Voilà pourquoi on peut lire chez Jérémie : ‘Ne redoutez pas les phénomènes du ciel que craignent les nations’ […] Il faut donc tenir pour certain que le recours à la consultation des astres au sujet de ce qui dépend de la volonté de l’homme est un péché grave”.

Mais si Thomas d’Aquin condamnait ainsi toute forme d’hyper-déterminisme astral, il n’en restait pas moins ouvert, contrairement à Aristote, à une influence naturelle des astres ainsi qu’en témoigne cet autre extrait du De judiciis astrorum : “la force brute des corps célestes s’étend à la motion des corps inférieurs. Saint Augustin dit en effet, dans le cinquième livre de la Cité de Dieu : ‘Il n’est pas absolument absurde de dire que certains souffles des astres peuvent parvenir à opérer des changements physiques (corporels)’. C’est la raison pour laquelle il semble n’y avoir aucun péché dans le cas où quelqu’un recourt au jugement des astres pour connaître à l’avance certains effets sur les corps, comme par exemple une tempête ou un temps serein, la santé ou la faiblesse d’un corps, la fécondité ou la stérilité des fruits ainsi que d’autres choses de cette sorte et qui tombent sous le coup de causes physiques et naturelles”, ou encore cet extrait de sa Somme théologique : “La plupart des hommes sont à la remorque de leurs impressions corporelles. Leurs actes n’ont donc couramment d’autre règle que le penchant que leur impriment les corps célestes. Un tout petit nombre, les sages, gouvernent ces penchants par la raison. Aussi, dans bien des cas, les prédictions des astrologues se vérifient”. Ce qui somme toute était la conception de l’astrologie qu’avait Ptolémée, qui n’était pourtant pas chrétien.

Thomas d’Aquin a néanmoins choisi Aristote, qui refusait toute influence astrale, contre Ptolémée qui était d’avis contraire. Il n’ignorait pourtant pas l’œuvre de Ptolémée, ainsi qu’en témoigne son texte In libros de Caelo et mundo. Dans ce Commentaire du Livre du ciel et du monde d’Aristote, l’un de ses écrits tardifs, il confesse sa perplexité de croyant crucifié entre les conceptions astronomiques contradictoires d’Aristote et de Ptolémée. Il y compare le mouvement qu’Aristote appelait “circa medium”, qui était celui par lequel le philosophe désignait celui d’un corps céleste, à celui d’une roue qui ne tournerait pas autour d’un centre quelconque, mais autour de celui de l’univers, qui ne saurait selon Aristote n’être que le centre de la Terre. Il en était de même pour un chrétien pour lequel il ne saurait à l’époque être question que le Christ, fils unique du dieu chrétien, se fût incarné en quelque lieu désolément excentrique de la création divine.

Mais tout christiano-centré qu’il fût, Thomas d’Aquin n’en était pas moins un lettré et un savant qui n’ignorait donc pas que Ptolémée, à la suite d’Hipparque et en violation absolue d’un dogme central de l’astronomie aristotélicienne, défendait une théorie astronomique hérétique. Celle-ci prétendait que les mouvements des planètes étaient déterminés par un point équant excentrique (et non-géocentrique) autour duquel les astres tournaient sur des micro-orbites appelées épicycles, elles-mêmes greffés sur un cercle appelé déférent. Ce système ingénieux, fondé sur des astuces géométrico-mathématiques, était ce que les astronomes de l’antiquité avaient trouvé de mieux pour rendre compte et prévoir les positions planétaires observées.

Á la fin de sa vie donc, Thomas d’Aquin se demandait s’il avait fait le bon choix en soutenant le système astronomique d’Aristote, conforme aux enseignements géocentriques bibliques mais incapable de prévoir correctement les mouvements planétaires, contre celui de Ptolémée, hérétique pour cause d’excentrisme mais cohérent avec les données d’observation. Il écrivit alors cette phrase absurde : “Aristote ne fut pas de cette opinion” : pour lui, l’homocentrisme des rotations planétaires n’était donc pas ou plus une doctrine démontrée de la science de la nature, mais une simple opinion…

Voici ce qu’il écrit exactement à ce propos : “Hipparque et Ptolémée ont plus tard imaginé leur théorie des excentriques et épicycles, pour sauver les mouvements apparents des astres. Ce n’est pas une doctrine démontrée, c’est une certaine supposition. Si pourtant c’était vrai, tous les corps célestes se mouvraient cependant autour du centre de l’univers selon le mouvement diurne, qui est le mouvement de la sphère suprême entraînant tout le ciel”. Ce texte démontre clairement que Thomas d’Aquin n’a pas compris ou pas voulu comprendre à quel point le système de Ptolémée ébranlait celui d’Aristote, puisqu’il signifie en gros “qu’importe le centre, pourvu qu’il y en ait un”. Et en passant, il commettait une grosse erreur puisque le sens du mouvement diurne géocentrique est inverse du mouvement réel en raison de la rotation de la Terre sur elle-même.

Devant le dilemme astronomique Aristote-Ptolémée, Thomas d’Aquin a donc fait le choix de ne pas choisir, tel un vulgaire Ponce-Pilate, ce qui est un comble pour un chrétien. Cela peut paraître d’autant plus surprenant qu’il était un grand lecteur d’Averroès (médecin et philosophe musulman pro-aristotélicien connaissant bien l’œuvre de Ptolémée) et d’Albert le Grand (théologien dominicain partisan de Ptolémée), les deux étant astrologisants, le second très clairement en faveur de l’astrologie pourvu qu’elle fût conditionnelle et respectueuse du libre-arbitre - ainsi que le professait Ptolémée.

Mais si Thomas d’Aquin a fait le choix intime de ne pas choisir entre Aristote et Ptolémée, montrant ainsi son dédain pour un savoir scientifique conforme aux données d’observation, il a aussi fait celui de ne pas se dédire au risque de renier l’aristotélisme qui parcourt et fonde toute sa Somme théologique. Le refus subjectif de choisir est toujours le choix objectif d’une option conservatrice. Ce qui ne change rien au fait que quatre siècles plus tard, les observations de Tycho Brahé, l’héliocentrisme de Copernic, les orbites excentriques et elliptiques de Kepler, la lunette de Galilée et la gravitation universelle de Newton rendront caduc le système de Ptolémée et pulvériseront celui d’Aristote.

L’hégémonie culturelle de l’Église & l’astrologie

Pourquoi avoir fait, vous demandez-vous peut-être, cette longue digression sur l’impact de l’astronomie aristotélicienne et de l’astronomie-astrologie ptoléméenne sur la théologie chrétienne à la fin de l’empire romain et au Moyen Âge ? Réponse : parce qu’à ces époques c’étaient en majorité les ecclésiastiques de haut rang qui étaient suffisamment instruits pour apprécier les sciences grecques à leur juste mesure et les diffuser dans l’espace culturel européen. Les clercs de la richissime et influente Église faisaient au plus haut point partie de la classe dirigeante et profitèrent donc jusqu’à la Renaissance d’une hégémonie culturelle presque absolue.

Le concept d’hégémonie culturelle a été fondé par le philosophe et théoricien marxiste italien Antonio Gramsci (1891-1937). Il désigne et décrit la domination sur les esprits qu’exerce la classe sociale dominante, par l’intermédiaire des savoirs dont elle est dépositaire, qu’elle crée, censure ou véhicule, sur les pratiques et croyances collectives. Il est donc tout à fait adéquat pour comprendre comment et pourquoi les idées d’Aristote se diffusèrent au détriment de celles de Ptolémée.

On peut ainsi légitimement se demander si la conception du monde de Ptolémée n’aurait pas eu une toute autre ampleur et une considérable influence sur la théologie chrétienne - et sur le développement de l’astrologie - si Thomas d’Aquin avait opté pour Ptolémée l’astrologue plutôt que pour Aristote l’anti-astrologie. Qui sait ce qui se serait passé si elle avait été pleinement reconnue par l’Église comme une science naturelle acceptable ? Il est très probable que son devenir dans la société post-chrétienne qui a commencé à naître à partir du XVIIe siècle aurait été très différent, puisque l’hypothèque sur son caractère hyper-déterministe et fataliste aurait été levée, et qu’ainsi cette conception conditionnelle de l’astrologie aurait été diffusée pendant au moins trois ou quatre siècles, irriguant le champ des pratiques et croyances collectives.

En effet, il faut savoir qu’entre le milieu du Moyen Âge et la fin de la Renaissance, l’astrologie était couramment étudiée et pratiquée, plus ou moins discrètement, par un grand nombre d’éminents ecclésiastiques, y compris des papes. Et pour ce faire, ils ne pouvaient se fonder que sur les conceptions et calculs astronomiques de Ptolémée, lesquels à l’époque étaient les seuls à permettre de connaître les positions planétaires avec une bonne marge de précision. Ce qui revient à dire que si la théologie était irriguée par Aristote, l’astrologie pratiquée par les clercs était placée sous la tutelle objective de Ptolémée.

Et en passant, notons que l’astrologie en tant que science naturelle n’a jamais été officiellement condamnée par l’Église depuis Augustin. Les condamnations ecclésiastiques portées contre l’astrologie divinatoire et fataliste, qui entrait en conflit avec le libre-arbitre prôné par ce qui deviendra le catholicisme après l’apparition du protestantisme, ne concernaient pas son approche comme science naturelle traitant des influences astrales sur les corps, les esprits et les tempéraments. Sur ce point savoir (l’astrologie) et croire (en un dieu) pouvaient s’accorder. Mais on ne refait pas l’Histoire avec des “si”. Et quand l’Église a progressivement perdu son pouvoir d’hégémonie culturelle à partir du XVIIe siècle, celui des Lumières et donc aussi des ombres de la Raison, c’est la science triomphante qui en a hérité, donnant à son tour le “la” de ce qu’il est permis de croire ou de ne pas croire. L’hégémonie culturelle est un contenant vide dont les contenus varient au fil des siècles et des pensées et croyances que ceux-ci charrient… mais ceci est une autre histoire.

Comme vous pouvez le constater, quand il est question d’astronomie, l’astrologie n’est jamais loin, et vice-versa. On ne sépare pas facilement ces savoirs siamois, n’en déplaise à l’Église ou à la modernité scientiste ignare. Thomas d’Aquin n’avait rien contre l’astrologie considérée comme une science de la nature telle que la concevait l’astronome Ptolémée, mais il a préféré la philosophie et donc l’astronomie d’Aristote qui, lui, était contre pour des raisons métaphysiques qui n’étaient pas exactement celles de Thomas d’Aquin. Comprenne qui peut et, comme ce dernier aurait pu le confesser… “credo quia absurdum” (“je crois parce que c’est absurde”, citation pseudépigraphique attribuée à Tertullien, contemporain de Ptolémée, et considéré comme le premier auteur chrétien à énoncer sa foi en latin).

Introduction à la Tétrabible

Tétra- est un préfixe numérique tiré du grec signifiant quatre, et biblos signifie livre dans la même langue. La Tétrabible de Ptolémée est donc à la fois un traité et une encyclopédie astrologique composé de quatre livres (le lien hypertexte précédent renvoie à la fiche de Wikipedia anglophone étant donné que l’article francophone est absolument lamentable). D’abord écrit en grec par son auteur au milieu du IIe siècle, il fut ensuite traduit en arabe pendant le très bref âge d’or intellectuel de l’islam (VIIIe-XIIe siècle), consécutif à son appropriation des savoirs grecs au fil de ses conquêtes territoriales.

Il n’existe aucune copie du manuscrit original, mais la Tétrabible a été fréquemment citée en totalité ou en partie par divers auteurs au cours des siècles et le croisement concordant de la plupart des sources sérieuses a permis d’attester de son authenticité. Le plus ancien manuscrit grec fiable, complet et connu date du XIIIe siècle. Après avoir sombré dans l’oubli dans l’occident chrétien, la Tétrabible fut l’objet de diverses retraductions, pas toujours très fidèles, de l’arabe au latin lors de la redécouverte des savoirs grecs au début du Moyen Âge central (XIIe siècle).

La première édition imprimée date du XVIe siècle (en 1535 exactement). Elle était l’œuvre de Joachim Camerarius, helléniste allemand, qui l’avait accompagnée d’une traduction latine et a longtemps été considérée comme la plus proche du texte original. Et ce n’est qu’au cours du XXe siècle que furent réalisés des traductions de l’original grec vers d’autres langues européennes contemporaines, en allemand (1940 et 1998) puis en anglais (1994) et enfin en français (2000).

Ce n’est donc qu’au XXIe siècle (en octobre 2000 très précisément) que fut éditée pour la première fois, par Nil Éditions et sous le curieux titre de Livre unique de l’astrologie, une traduction française réalisée directement à partir de l’original grec. Elle est l’œuvre de Pascal Charvet, linguiste, helléniste et agrégé de lettres classiques qui n’est ni astrologue ni astrologisant. C’est de cette traduction très récente et très scrupuleuse que sont tirées la plupart des citations de Ptolémée contenues dans cet article et dans la série d’animations vidéo en 4 épisodes qui lui est jointe.

La qualité remarquable et incontestable de ce travail est attestée par l’astrophysicien, poète et romancier Jean-Pierre Luminet, qui démontre dans le compte-rendu qu’il en a fait sur son blog que tout en étant un très grand scientifique, il n’est ni scientiste ni sectaire. Je le cite in extenso :

“Il aura fallu attendre jusqu’à l’an 2000 pour que le livre fondateur de l’astrologie occidentale, Tetrabiblos, écrit au IIe siècle de notre ère par l’immense savant que fut Ptolémée, soit enfin livré au public dans une traduction intégrale, faite à partir de l’original grec. Cet ouvrage mythique ne fut jusqu’à aujourd’hui connu en France qu’au travers d’une traduction de seconde main qui interprétait des versions latines du texte. La présente traduction française rend donc ce livre unique à sa clarté et à sa rigueur, et cela dans un style accessible à tous, voulu par Ptolémée.

Cet ouvrage est l’œuvre d’un grand scientifique – féru d’astrologie mais surtout astronome, géographe, physicien, mathématicien, musicien et philosophe. Soucieux de comprendre la complexité du cosmos et d’en restituer l’unité et l’ordre, ce Grec, qui vivait sous l’empereur Hadrien, n’a rien d’un superstitieux. Dès les premières pages, il distingue nettement la science exacte qui produit des certitudes astronomiques et l’art des probabilités astrologiques, désignant, avec une lucidité critique, les limites qu’il convient de poser à la conjecture astrale. Héritier des savoirs égyptiens et chaldéens, Ptolémée en fait la synthèse pour enrichir le vaste système astrologique qu’il propose et qu’il semble, défiant le temps, bâtir pour l’éternité. Sa lecture permet de dépasser tous les sectarismes”.

Le “prince des astrologues” & les 4 Éléments aristotéliciens

La Tétrabible est le plus remarquable, ancien, sérieux et exhaustif traité d’astrologie théorique et pratique connu. Il ne date pas de la très haute antiquité, mais du milieu du IIe siècle et, en ce qu’il est pour partie une encyclopédie des savoirs, techniques et croyances astrologiques anciennes, il peut être considéré comme l’un des piliers de ce qu’il est d’usage d’appeler la “tradition astrologique”. C’est donc à juste titre que son auteur Claude Ptolémée a été qualifié par ses pairs et impairs de “prince des astrologues”.

Il existe cependant un énorme malentendu. Alors que la conception de l’astrologie la plus courante depuis le XVIe siècle, et qui se prétend donc faussement “traditionnelle”, se fonde pour justifier l’influence du zodiaque et des Planètes sur le dogme théorique des 4 Éléments qui est l’un des piliers de la conception du monde aristotélicienne, on n’en trouve aucune trace dans la Tétrabible. Nulle part Ptolémée ne fait appel aux instances que sont le Feu, la Terre, l’Air et l’Eau pour fonder son explicative naturaliste des influences zodiaco-planétaires.

Il est facile d’illustrer ce fait en listant les occurrences respectives des mots Feu (2), Air (3), Eau (6) et Terre (26) dans la Tétrabible. Le mot Terre domine largement, non parce que c’est l’un des 4 Éléments, mais parce c’est à la planète Terre que Ptolémée fait alors allusion. Par contre, si on liste les occurrences des mots désignant les 4 Qualités, qui sont les propriétés des 4 Éléments, le résultat est très différent : en effet, les occurrences respectives des mots Chaud (23), Humide (25), Froid (21) et Sec (18) sont considérablement plus nombreuses. Certes, Aristote usait lui aussi des 4 Qualités, mais en les associant systématiquement aux 4 Éléments Terre, Eau, Air et Feu, ce que Ptolémée ne fait jamais.

De ce fait incontournable on peut tirer deux hypothèses explicatives : ou bien la “tradition astrologique” est absente de l’œuvre de Ptolémée, ou bien la conception dominante de l’astrologie qui se réclame des 4 Éléments n’a strictement rien de “traditionnel”. La première hypothèse étant exclue, puisque dans sa Tétrabible Ptolémée se réfère constamment à la tradition, c’est la seconde qui doit être retenue. Et les recherches historiques montrent que c’est bien le cas.

Il n’existe en effet aucun document fiable et de source sûre attestant de l’utilisation de la théorie des 4 Éléments dans les textes astrologiques antérieurs à la Tétrabible.

Le premier texte connu faisant mention des 4 Éléments dans l’astrologie est de Vettius Valens (+120, +175), un contemporain de Ptolémée. Il ne fait qu’une brève mention de l’affectation des 4 Éléments aux 4 grands trigones qui structurent le zodiaque, sans la développer et sans que cette affectation porte aussi sur les 12 Signes et les 7 Planètes. Cet astrologue très médiocre ne l’a probablement pas lui-même imaginé. Plus tard, au IVe siècle, l’astrologisant et compilateur Firmicus Maternus évoque à nouveau les 4 Éléments dans son livre Mathésis, mais d’un point de vue philosophique aristotélicien, et sans jamais les relier aux Planètes ni au zodiaque. L’attribution des 4 Éléments au zodiaque et aux Planètes ne se serait donc produite au plus tôt qu’à la fin du Moyen Âge, voire seulement au XVe siècle avec la redécouverte des savoirs antiques gréco-romains suscitée par la Renaissance. Ce n’est en tout cas qu’à partir du XVIe siècle que commence à émerger de plus en plus fréquemment la conception de l’astrologie fondée sur les 4 Éléments.

Mais la croyance selon laquelle l’astrologie se fonde sur les 4 Éléments est devenue si évidente et courante que même Pascal Charvet, pourtant auteur de cette nouvelle traduction, y succombe aussi en dépit du fait qu’il avait sous les yeux le texte grec original. Voici en effet ce qu’il écrit dans sa présentation personnelle de la Tétrabible : “Le trait de génie de l’astronome fut de regrouper les effets matériels [du pouvoir des astres] sous l’égide des quatre Éléments qui sont supposés composer le monde à l’époque : le Feu, la Terre, l’Eau et l’Air. Certes, Ptolémée n’invente pas ces Éléments, mais il les transpose pour la première fois dans le champ de l’astrologie”. Cette monumentale et stupéfiante bourde de ce par ailleurs très talentueux traducteur démontre par l’absurde à quel point les esprits même les mieux informés sont préconditionnés à croire que les Éléments sont consubstantiels à l’astrologie

Les quatre livres de la Tétrabible

Comme son nom l’indique, la Tétrabible est composée de quatre livres traitant chacun d’un aspect particulier de l’astrologie. Le style à la fois vivant et dépouillé de Ptolémée est très bien rendu par une traduction fluide. Mais s’il écrit dans une langue simple, il n’est pas toujours facile à suivre tant sa manière de penser et de rationaliser est souvent étrangère à celle d’un lecteur du XXIe siècle. Il faut le lire avec une extrême attention analytique pour parvenir à décrypter l’unité très réelle de certaines de ses théories sous-jacentes.

Livre I : Les principes de l’astrologie, théorie et pratique. Ptolémée y expose les fondements de l’astrologie selon la tradition et selon ses propres conceptions. C’est exclusivement sur ce premier livre, sauf mention contraire, que je me suis basé pour réaliser cette série de quatre animations vidéo, en privilégiant systématiquement les théories personnelles de Ptolémée.

Livre II : Astrologie mondiale et thèmes universels : prévisions par les éclipses, les comètes et autres phénomènes célestes. Ptolémée y expose les croyances traditionnelles ainsi que ses propres conceptions générales et prévisionnelles en matière d’astrologie collective et d’astro-météorologie et d’astro-anthropologie géographique.

Livre III : Thèmes de naissance individuels : prévisions concernant la naissance, la durée de vie, le corps et le tempérament, les maladies et les caractéristiques de l’âme. Ptolémée y expose les croyances traditionnelles ainsi que ses propres conceptions générales et prévisionnelles en matière d’astrologie individuelle.

Livre IV : Thèmes de naissance individuels : prévisions concernant les richesses, la famille, les amis, les voyages, le genre de mort et les âges de la vie. C’est en fait un prolongement du livre III, mais plus axé sur le prévisionnel et ses diverses méthodes (transits, directions primaires, etc.). Je n’en ai retenu que la section consacrée aux âges de la vie, étant donné qu’elle a un rapport direct et organique avec les théories exposées dans le livre I.

Il faut un œil averti et une bonne connaissance de l’astrologie et de son histoire pour parvenir à distinguer les textes de nature encyclopédique, qui présentent des éléments traditionnels que Ptolémée expose sans nécessairement les approuver, des textes où il propose ses conceptions originales et novatrices. Et même dans ce cas, ce n’est pas toujours aisé tant les deux sont mélangés et tant Ptolémée semble à la fois faire corps avec la tradition et vouloir s’en démarquer. Parfois même, la référence aux “anciens” accompagne des propositions qui n’ont rien à voir avec le passé, comme s’il cherchait ainsi à ne pas trop se couper de la tradition à force de hardiesses novatrices.

Des analogies à la logique

Dans un autre registre, le caractère authentiquement scientifique de l’approche de Ptolémée ne fait aucun doute. Dans les limites des savoirs de son époque, il s’efforce de pousser le plus loin possible une explicative rationnelle et causale de l’astrologie, qu’il considère comme étant ni plus ni moins une science naturelle qu’il connecte avec les autres. Mais sa rationalité n’est pas la nôtre. Sa logique, réelle et rigoureuse, s’exerce à l’intérieur d’un cadre cognitif caractérisé par la pensée analogique qui était alors dominante. Le principe d’identité, propre à la pensée logique, coexiste chez lui avec le principe de similitude qui caractérise la pensée analogique. Concepts et symboles s’entremêlent en des tissages qui souvent produisent de déroutants paralogismes.

Cette juxtaposition et cet entremêlement entre rationnel et irrationnel, flou et précision, quantitatif et qualitatif, induction et déduction, explication causale et compréhension intuitive ne sont pas propres à la pensée personnelle de Ptolémée. Ils caractérisent aussi celle de tous les penseurs et savants de son époque et des siècles qui la précèdent et la suivent jusqu’au XVIIe siècle : on retrouve par exemple les mêmes amalgames chez Aristote ou chez Kepler. Nous sommes en présence d’une pensée différenciatrice qui cherche sa voie à l’intérieur d’une conception de la nature cosmique à l’unité organique où tout se tient, où chaque élément fait écho à tous les autres, où “tout ce qui est en haut est comme ce qui est en bas” et vice-versa. Cela peut évidemment conduire à des errances et à ce que la pensée moderne, à la rationalité qui se veut définitivement aboutie, peut considérer, souvent à juste titre, comme des délires d’interprétation là où le penseur antique ne fait que suivre le fil d’Ariane d’une raison qui se cherche obstinément dans une “forêt de symboles” (Baudelaire). Mais les modernes rationalistes, aux raisonnements trop souvent marqués par les exclusions et la stérilité d’une conception du monde morcelée et desséchée, devraient se rappeler que c’est de cet étrange alambic qu’a jailli la pensée moderne et dont sont issues toutes les sciences contemporaines.

On retrouve en effet le même type de pensée 14 siècles plus tard chez Johannes Kepler, fondateur de l’astronomie héliocentrique moderne. Comme Ptolémée, il était en même temps astronome et astrologue. Certes, en environ 1400 ans, la pensée logique a encore fait du chemin dans le maquis des analogismes, mais on reste globalement dans le même cadre cognitif. S’il n’était pas fertile, si l’irrationnel n’avait pas irrigué le rationnel, Kepler n’aurait pas pu découvrir et énoncer les lois astrophysiques qui portent son nom.

De ce point de vue, ce qu’écrit à propos de Kepler l’historien des sciences Gérard Simon (1931-2009) vaut aussi pour Ptolémée : “La distance entre ses normes et les nôtres apparait ici en toute clarté : comment pouvons-nous lire en Kepler exactement le contraire de ce qu’il a écrit ? Le voir délirer quand il expliquait, être mystique quand il démystifiait, céder à la superstition quand il la combattait ? Il faut que la raison occidentale ait subi de singulières mutations pour que nous ne puissions même plus nous représenter les relations conceptuelles qui le poussaient à séparer le certain de l’incertain, le croyable de l’incroyable, et aboutir en toute rigueur aux conclusions qu’il défendait” (Gérard Simon, Kepler astronome, astrologue, Gallimard 1979).

Pour bien lire et comprendre Ptolémée, il faut donc se garder de céder aux anachronismes rétrospectifs d’une raison moderne triomphante qui a trop tendance à jauger et juger les rationalités antérieures à la sienne à l’aune de la sienne, comme si elle n’en était pas l’héritière, le produit, le fruit, la descendance. On évite ainsi de faire de grossiers contresens et des erreurs de diagnostics épistémologiques car, comme l’écrit très bien Gérard Simon à propos de Kepler, “Même s’il critique la crédulité de ses contemporains et l’arbitraire des astrologues de son temps, jamais il ne remit en cause le bien-fondé de la possibilité de tirer des prédictions du mouvement des astres. Bien au contraire, il s’attacha à préciser leurs fondements théoriques, et il traite simultanément et sur un plan de dignité équivalent de problèmes astronomiques et de problèmes astrologiques”.

Astrologie généthliaque et prévisionnelle

Une partie considérable de la Tétrabible est en effet consacrée à l’astrologie prévisionnelle individuelle ou collective. C’est même l’un des sujets principaux de son introduction. Ptolémée y distingue soigneusement l’aptitude de l’astrologie généthliaque à faire des pronostics relatifs au tempérament, au caractère, aux caractéristiques psychologiques humaines en rapport avec la configuration du ciel de naissance, de celle consistant à prévoir ou prédire des événements postérieurs à celle-ci en se fondant sur les cycles planétaires très souvent réels (transits) et trop souvent fictifs (directions, progressions).

Pour un scientiste anti-astrologie, les deux types de pronostics sont à mettre dans le même sac, puisqu’il dénie à l’astrologie toute possibilité prévisionnelle, qu’elle ait trait au tempérament inné ou aux échéances post-natales. Mais pour un astrologue moderne, l’importance que Ptolémée accorde à l’astrologie prévisionnelle, c’est-à-dire non relative au thème de naissance, apparaît comme exagérée, excessivement déterministe et beaucoup trop focalisée sur les pronostics d’événements à venir.

En effet, au fil des siècles il a fini par apparaître (du moins pour les astrologues savants, observateurs, rationnels et expérimentés) que la prévision astrologique proprement dite ne concernait pas la pronostication événementielle. Pour ces astrologues avertis, la prévision - et non la prédiction - ne porte que sur des tendances, des climats tempéramentaux induits par les cycles et intercycles planétaires post-natals, en accord ou désaccord avec la configuration du ciel de naissance. De ce point de vue moderne, c’est la réaction adaptée ou non avec laquelle l’individu réagira à ces tendances, compte tenu de son ciel natal et en fonction des autres paramètres extra-astrologiques qui le déterminent, qui sera productrice ou non d’événements dont les influences planétaires seront partiellement la cause. L’individu est de fait sans cesse confronté à une multitude d’événements et de situations aléatoires, prévisibles ou non, qui s’originent ailleurs que dans le cours des planètes et qui le déterminent pourtant. Ainsi, on peut affirmer que s’il existe une fatalité, celle-ci est beaucoup plus terrestre (géographique, génétique, socioculturelle, économique, etc.) que céleste.

Mais si Ptolémée prenait bien soin de souligner le caractère conditionnel, relatif de tout pronostic astrologique, son conditionalisme et son relativisme affichés peuvent sembler excessivement déterministes pour un esprit moderne. Cela apparaît nettement dans les trois derniers livres de la Tétrabible, où il développe et illustre les principes théoriques et pratiques qu’il se contente d’exposer et expliquer dans le premier. Á le lire, on pourrait croire que tout semble écrit dans l’horoscope natal d’un individu : non seulement son tempérament inné, mais aussi sa morphologie, ses prédispositions à la bonne santé ou aux maladies et même à quels types de pathologies il sera exposé, le type de métier qu’il sera appelé à exercer, ses rapports familiaux, etc.

Puisqu’il est ici question d’horoscope individuel et donc d’heure de naissance, j’en profite pour rectifier un grossier mensonge proféré par Henri Broch, biophysicien et pseudo-zététicien qui ne doute de rien quand il s’agit de s’adonner à son dada, l’anti-astrologisme scientiste le plus obtus. Dans le chapitre consacré à l’astrologie de son livre Au cœur de l’extraordinaire (Book-e-Book, éd. Zététique), ce très ordinaire désinformateur écrit que “pour bâtir un horoscope, Ptolémée préconise… la date de conception plutôt que la date de naissance”. C’est parfaitement faux. Ou bien Broch n’a pas lu Ptolémée, et dans ce cas il raconte n’importe quoi. Ou bien il l’a lu, et alors il ment sciemment.

Voici très exactement ce que Ptolémée écrit sur ce sujet dans le Livre III : “Le point de départ chronologique de l’homme est par nature le moment où la conception a lieu, mais, potentiellement et nécessairement, c’est le moment de la naissance […]. On pourrait appeler la conception la genèse de la semence humaine, et la naissance le début de l’homme, […] point de départ potentiellement égal et même plus important que le précédent”. Contrairement à ce qu’écrit Broch, Ptolémée établit une nette distinction entre le moment de la conception et celui de la naissance, et écrit en toutes lettres que le second est plus important que le premier. Concernant l’horoscope de conception, il est même encore plus précis sur les informations qu’on peut éventuellement en tirer : “Mais si l’on veut établir un examen plus approfondi, des caractéristiques qui surviennent au moment de la conception, l’examen de ces propriétés, conduit avec le même raisonnement, ne contribuera qu’à la connaissance des seules propriétés de la combinaison elle-même”. Ce qui signifie sans aucune ambiguïté, traduit en langage contemporain, que le thème de conception ne donnerait d’informations que sur l’embryogenèse et la vie du fœtus.

Revenons maintenant aux informations qu’on peut tirer d’un thème natal. Il est absolument évident, pour tout astrologue praticien rationnel et expérimenté, que l’ensemble des données que Ptolémée pense pouvoir extraire de l’horoscope individuel ne peut en aucun cas être déduit et extrait de l’étude du ciel natal d’un individu, et ne peut par conséquent faire l’objet d’aucune prévision et encore moins de prédictions.

Ici intervient une nouvelle fois cette caractéristique fondamentale de la pensée analogique et unitaire antique, pour laquelle il est difficile de différencier une tendance prévisible des événements, prévisibles ou non dont elle est susceptible d’accoucher. Et ici intervient aussi un autre paramètre : dans les sociétés essentiellement agricoles qui étaient celles de l’antiquité, il était absolument vital de pouvoir prévoir et même si possible prédire précisément quelles seraient les futures conditions climatiques et météorologiques. L’agriculture a les incertitudes de l’avenir en horreur et cherche à s’en prémunir : rien de plus logique et fondamentalement naturel. C’est l’une des raisons presque raisonnable pour laquelle astrologie et météorologie ont été couplées pendant des millénaires, même s’il s’agissait d’une erreur. Si l’on associe cette “pensée agricole” avec la pensée analogique, on comprend que la distinction entre prévision (pronostic d’une forte probabilité future) et prédiction (pronostic d’une certitude à venir) était très floue chez les anciens, savants ou non.

Ptolémée avait donc quelques excuses. Il accordait certes aussi à la prévision astrologique une dimension philosophique, morale et consolatrice en écrivant que “La connaissance de l’avenir accoutume et apaise l’âme en la préparant à accepter le futur comme s’il était présent, et l’amène à accueillir avec calme et sérénité quelque événement que ce soit”. Mais il n’en reste pas moins qu’il a également accordé à la prévision astrologique beaucoup plus que ce dont elle est réellement capable. Et ce qui vaut pour l’astrologie généthliaque, individuelle (Livre III de la Tétrabible) vaut aussi pour l’astrologie mondiale, collective (Livre II), où ses techniques prévisionnelles fondées, en sus des cycles et intercycles planétaires réels et/ou imaginaires, sur les éclipses et les passages de comètes, apparaissent comme de purs délires - ce qu’elles sont effectivement. Il en est de même quand il s’acharne, dans le Livre IV, à vouloir prévoir ou prédire la date de la mort à l’aide de techniques à la fois rationnelles dans leurs procédures et irrationnelles dans leur finalité, puisqu’il est impossible de prédire cette date à partir d’un thème natal.

Ptolémée, théoricien plutôt que praticien

En lisant et relisant la Tétrabible avec les yeux d’un astrologue averti plutôt qu’avec ceux d’un helléniste, d’un astrolâtre pseudo-traditionnel ou d’un anti-astrologie obsessionnel, il n’est pas très difficile de constater que Ptolémée était avant tout un théoricien de l’astrologie, dont il est probable que sa pratique était très réduite.

Pour s’en apercevoir et le comprendre, il faut ici rappeler une fois de plus que la Tétrabible est à la fois une compilation des savoirs astrologiques du passé et l’exposé des théories personnelles et très originales de Ptolémée. Il est donc essentiel de savoir les distinguer, ce qui n’est pas à la portée du premier venu.

On repère sans peine les théories personnelles et originales de Ptolémée : elles se fondent toujours sur des données astronomiques précises qui sont en quelque sorte la “marque de fabrique” du savant puisqu’on ne les trouve que dans la Tétrabible et dans aucun écrit astrologique antérieur ou contemporain.

Pour définir et justifier les propriétés et influences planétaires, il se réfère à l’ordre des distances des planètes à la Terre coordonné avec la combinaison rationnelle et dosée des 4 Qualités Chaud, Humide, Froid et Sec. Pour définir et justifier les propriétés et influences zodiacales, il se réfère au cycle diurne-nocturne concret et réel des variations saisonnières et journalières induit par les déclinaisons intertropicales du Soleil autour de l’équateur dans le plan écliptique, coordonné avec la dualité diurne-nocturne abstraite et symbolique quand il s’agit de justifier l’alternance des Signes.

Une fois équipé de cette boussole ptoléméenne, il est relativement facile de se repérer dans le maquis compilatoire qu’est aussi la Tétrabible. Quand Ptolémée fait l’encyclopédiste et qu’il expose alors des pratiques, croyances, dogmes ou théories traditionnels donc antérieurs à ses propres conceptions, dans la plupart des cas il annonce la couleur par une locution en préambule comme “Les anciens disent que…” ou “La tradition dit que…” ou, plus vague, “On dit que…”.

De ces locutions marquant une distance par rapport à ce qu’il va exposer, on ne peut jamais inférer explicitement qu’il l’approuve ou le désapprouve. Ptolémée n’est pas un polémiste. Dans tous les cas, il s’efforce de rationaliser ces propositions - ce qui est aussi sa marque de fabrique - en les dotant d’une logique astronomique externe s’il le peut, ou d’une logique interne de son cru si c’est impossible, ce qui est fréquemment le cas. Il peut ainsi se lancer dans de très longs exposés rationalisants pour tenter de trouver coûte que coûte une logique interne à des propositions qui en semblent apparemment dépourvues et qui sont très éloignées de ses propres conceptions. Et cela, semble-t-il, pour le pur plaisir de rationaliser et de logifier ce qu’il expose.

Ce mode de fonctionnement intellectuel s’exerce aussi dans les techniques d’interprétation qu’à la fois il expose et propose. Il ne paraît jamais s’interroger sur leur pertinence et n’en rejette explicitement aucune, pas même les plus délirantes, absurdes et surtout déterministes alors qu’elles peuvent être contradictoires avec sa conception conditionnelle et relativiste des influences zodiaco-planétaires. Mais il semble prendre un immense plaisir à y appliquer systématiquement une sorte de théorie abstraite des ensembles qui leur donne une puissante organisation interne dont il donne l’impression qu’elle se suffit à elle-même. Et ce faisant, il semble dans le même temps assez indifférent aux pratiques concrètes sur lesquelles cette théorisation abstraite débouche nécessairement.

Tout cela laisse donc à penser que Ptolémée se souciait très peu de la pratique astrologique et même que s’il pratiquait, il ne le faisait que de manière occasionnelle et épisodique. Cette expérience du terrain l’aurait probablement amené à faire le tri dans ses exposés compilatoires et contradictoires.

Ptolémée et le zodiaque des constellations

L’un des problèmes que pose la Tétrabible est celui de la position réelle de Ptolémée vis-à-vis du zodiaque des constellations. Il est, en tant qu’astronome, un disciple et continuateur résolu de l’astronome Hipparque de Nicée, qui est probablement celui qui découvrit au – IIe siècle le mécanisme de la précession des équinoxes. Ce mécanisme explique pourquoi les groupes d’étoiles en arrière-plan de l’écliptique et donc du zodiaque effectuent une rotation apparente totale tous les 25 760 ans environ, ce qui induit que tous les 2147 ans environ, le décor stellaire (les constellations) change derrière chaque section du parcours géocentrique apparent des astres sur ou à proximité de l’écliptique entre les tropiques (les Signes).

C’est à la suite de la découverte d’Hipparque que les savants distinguèrent l’année tropique, intervalle de temps séparant deux équinoxes de printemps, et l’année sidérale, intervalle de temps au bout duquel les étoiles et le Soleil retrouvent à l’identique leurs positions relatives antérieures.

Le zodiaque tel que le conçoit et l’explique très clairement Ptolémée n’est pas celui des constellations (zodiaque sidéral) mais celui des Signes (zodiaque tropical). On peut même affirmer qu’il est un des très rares astrologues de son temps, et même des siècles passés depuis la découverte d’Hipparque, à considérer, et à raison, que le vrai zodiaque est le tropique.

De ce point de vue Pascal Charvet, le traducteur de l’édition de la Tétrabible à laquelle nous nous référons ici, commet une grossière erreur en écrivant dans son introduction que “Pour éviter ce décalage continuel entre les Signes du zodiaque et les constellations zodiacales, Ptolémée détache de ce zodiaque des constellations (ou zodiaque sidéral) un zodiaque ‘fictif’ qu’il amarre au point de l’équinoxe de printemps, dans la marche cosmique qui fait tourner l’axe terrestre […]. Ce zodiaque des Signes, insensible à la précession des équinoxes, est indépendant des constellations : les Signes ne tireront plus, comme les constellations, leur nom directement des récits mythologiques, ainsi qu’on le lit chez Ératosthène, mais des caractéristiques des cycles temporels et surtout des saisons”.

En effet, le zodiaque auquel se réfère Ptolémée n’a rien de “fictif”. C’est au contraire le zodiaque réel, car aucune autre réalité astronomique ne peut justifier l’existence du zodiaque hors celle des déclinaisons intertropicales qui est à l’origine du cycle de variation en durée des arcs diurnes et nocturnes des Planètes (jours et nuits pour le Soleil), les constellations en arrière-plan n’étant que le décor stellaire de ce cycle qui s’origine dans la rotation de la Terre sur son axe incliné sur son plan orbital.

Mais il est vrai que Pascal Charvet était conseillé par un astronome (et ceux-ci sont généralement anti-astrologie) et que lui-même a une vision de l’astrologie plus poétique que technique : “En ôtant au zodiaque astrologique sa riche substance mythologique”, écrit-il dans son introduction, “le savant sans nul doute l’appauvrit, mais en l’inscrivant dans les rythmes profonds de l’univers, il lui donne à la fois une permanence indépendante de toutes les cultures et une fécondité sans cesse renouvelée”. De tels appauvrissements, on en demande tous les jours !

Ptolémée est certes un défenseur éclairé du zodiaque tropical des Signes propre à l’inclinaison de la Terre sur son orbite contre le zodiaque sidéral des constellations. Mais il n’en propose pas moins, dans le Livre I de la Tétrabible, un catalogue des étoiles et des constellations, auxquels il accorde une certaine influence, qu’il compare d’ailleurs à celle des Planètes et non à celle des Signes, ce qui est très significatif, et qu’il ne parvient cependant pas à expliquer et justifier. Il se sert même en catimini du zodiaque des constellations pour tenter aussi d’expliquer et justifier l’antique et absurde doctrine des Maîtrises Planétaires sur les Signes. Je ne m’étendrai pas longuement sur les raisons de ces contradictions flagrantes, puisqu’elles sont illustrées dans le quatrième épisode des animations vidéo consacrées à ce sujet et que, pour paraphraser Napoléon Bonaparte, “un bon croquis, surtout s’il est animé, vaut mieux qu’un long discours”.

Notons seulement que Ptolémée ne cherche jamais à expliquer l’influence qu’il veut bien encore prêter aux constellations par des considérations astronomiques en rapport avec les déclinaisons ou relatives aux 4 Qualités élémentaires. C’est un… signe (!) qui ne trompe pas, cela d’autant plus que dans son explicative personnelle, naturelle et rationnelle du zodiaque tropique, il ne fait jamais mention du zodiaque sidéral.

C’est ainsi que, dans la section du Livre I consacrée au zodiaque, Ptolémée écrit que “Le Bélier et la Balance, Signes équinoxiaux, tirent leur nom de ce que le Soleil, lorsqu’il est au début de ces Signes, rend partout les nuits égales aux jours”, faisant ainsi clairement référence au zodiaque tropique comme fondement naturel de sa conception des Signes.

Par contre, c’est à la fin de la section de ce même Livre consacrée aux Planètes qu’il évoque les constellations zodiacales, mais aussi certaines étoiles situées au nord ou au sud de celles-ci (donc en-dehors de la bande zodiacale entourant l’écliptique), en préambule à un catalogue d’étoiles figurant aussi dans l’Almageste, son traité d’astronomie. On notera donc, et c’est très important et significatif, que Ptolémée a décidé de situer le rôle et l’influence prêtés à la sphère stellaire dans la section “Planètes” et non dans la section “Zodiaque”. Étant donné que tous ses exposés sont très ordonnés et organisés, il ne peut pas s’agir d’une erreur de classement.

Il commence ainsi la présentation de ce catalogue : “Comme il convient de traiter les étoiles fixes selon la nature des effets qu’elles produisent, […] voici les caractéristiques observées chez elles selon le mode suivi pour la nature des Planètes. Nous commencerons par les étoiles qui occupent les figures situées tout autour du cercle écliptique”. Et à la fin du catalogue il écrit la phrase suivante : “Voici donc les pouvoirs individuels des étoiles fixes d’après les observations faites par mes prédécesseurs”.

Les formulations introductive et conclusive de ce catalogue stellaire nous renvoient à une caractéristique déjà évoquée du style de Ptolémée lorsqu’il fait l’encyclopédiste et expose des traditions qu’il relate honnêtement sans nécessairement y adhérer, et qu’il le signale subtilement en utilisant certaines locutions suggérant une mise à distance. Ici, le début de la phrase introductive et la fin de la phrase conclusive, “Comme il convient de traiter…” et “…observations faites par mes prédécesseurs” font évidemment partie du même type de tournure stylistique.

Toujours très prudent et réfléchi, Ptolémée prend même une précaution supplémentaire. Dans l’exposé de ce catalogue stellaire, s’il fait expressément référence aux constellations zodiacales, il se garde bien d’attribuer à chacune d’entre elles une signification, une propriété ou une influence globales en tant que telles. Le cas de chaque étoile ou groupe d’étoile appartenant à une même constellation zodiacale ou situés en dehors de la bande zodiacale est ainsi traité isolément, en fonction de leurs positions au début, au milieu ou à la fin de cette constellation.

Lorsqu’il expose le “pouvoir des étoiles fixes” à la fin de la section consacrée aux Planètes et non au zodiaque, Ptolémée n’évoque donc pas le pouvoir des constellations, mais celui prêté par la tradition à chaque étoile prise isolément, ce qui est très différent. De plus, pour exposer cet éventuel pouvoir, il utilise deux locutions qui, comme d’autres déjà mentionnées, signalent que ce qu’il expose ne fait pas partie de sa conception de l’astrologie mais qu’il en signale le caractère traditionnel. De cet ensemble il découle une conclusion sans aucune ambiguïté : le vrai zodiaque pour Ptolémée n’est pas celui des constellations, mais bien celui des Signes tropiques. D’ailleurs, dans la section suivante consacrée d’abord aux saisons puis au zodiaque tropique, il ne fait plus mention des étoiles fixes.

Précisons qu’à l’époque de Ptolémée, le débat entre partisans du zodiaque tropical et du sidéral faisait rage (il continue d’ailleurs au XXIe siècle), et que la distinction entre les deux était encore floue dans bien des esprits (mais pas, nous venons de le voir, dans celui de Ptolémée). Or les périodes de transition entre deux systèmes induisent toujours, chez les acteurs concernés, des positionnements temporaires oscillant entre flottements indécis et amalgames. C’est une constante bien connue de l’histoire des sciences : l’installation d’un nouveau paradigme ne se fait que progressivement et coexiste un temps variable avec l’ancien avant que ce dernier ne soit réformé ou définitivement abandonné. Dans cette perspective on peut comprendre que Ptolémée, à la fois encyclopédiste et concepteur original, ait honnêtement voulu rendre compte des deux systèmes.

Bilan mesuré de la Tétrabible

Ptolémée est une référence majeure dans la longue histoire de l’astrologie, mais aussi des très nombreuses autres sciences et arts qu’il maîtrisait, telles que l’astronomie, les mathématiques (il existe même un théorème géométrique qui porte son nom), la géographie, la philosophie, la musique et même l’optique. Réduire son œuvre immense à sa seule partie astrologique serait faire injure à sa vaste conception de l’univers. L’astrologie occupait certes pour lui une place déterminante dans les sciences de la nature, en ce qu’elle était celle qui opérait la jonction concrète entre le macrocosme et le microcosme, mais elle n’était aussi qu’un élément d’une chaîne de connaissances relatives aux interactions entre le vivant et le non-vivant, l’espèce humaine et le cosmos.

La Tétrabible n’est pas l’œuvre d’un spiritualiste, d’un occultiste ou d’un philosophe éthéré comme son époque en a tant produit. Bien au contraire, elle est celle d’un scientifique rigoureux et exigeant qui s’efforçait de bâtir un véritable rempart rationnel pour contenir toutes les dérives et délires mystico-religieux et/ou pseudo-philosophiques qui caractérisaient la majeure partie des conceptions astrologiques de son temps.

Pas de référence nominative aux astrologues

Il est frappant de constater qu’il ne fait aucune référence à d’autres astrologues ou écoles d’astrologie anciens ou contemporains, alors que dans la partie purement astronomico-mathématique de son œuvre, il ne manque jamais de citer Hipparque et se se placer dans son sillon. Un Hipparque qui fut pourtant l’astronome le plus déstabilisant pour l’astrologie traditionnelle en démontrant la mécanique de la précession des équinoxes. Cette découverte ruinait en effet ce que les anciens considéraient comme la parfaite adéquation entre la sphère des étoiles fixes et le parcours du Soleil sur l’écliptique qui déterminait le cycle des saisons et par conséquent celui du zodiaque sidéral.

Cette absence absolue de référence aux astrologues des 2 premiers siècles du 1er millénaire s’explique en majeure partie par ce fait. En effet, la plupart d’entre eux étaient des ignares et des charlatans (c’est toujours le cas au XXIe siècle) pour lesquels les calculs et lois astronomiques dont ils ignoraient tout ou presque ne servaient que de base à des pratiques superstitieuses pseudo-ésotériques, hyper-déterministes, et surtout très mercantiles. Et les rares astrologues honnêtes et vaguement savants qui se tenaient à l’écart de ce troupeau continuaient obstinément à fonder leurs pratiques elles aussi fatalistes sur le zodiaque sidéral, en ignorant ou faisant mine d’ignorer qu’Hipparque en avait sapé les bases trois ou quatre siècles plus tôt.

Si Ptolémée ne fait aucune référence nominative aux uns et aux autres, ce n’est donc pas l’effet d’une arrogance qui l’aurait incité à se considérer comme le seul et unique détenteur d’un savoir astrologique authentique. Le simple fait qu’il se soit effacé derrière son œuvre, qui n’a rien de celle d’un pontife, et qu’il n’ait pas constitué d’école suffit pour éliminer cette hypothèse. En réalité, s’il ne cite aucun astrologue, c’est parce qu’il n’y a aucun astrologue qui avant lui qui ait légué à la postérité une œuvre astrologique organisée, structurée et charpentée, appuyée sur un système cohérent de lois astronomiques et répondant de près ou de loin à ce que doit être une science de la nature. Il n’a donc pas d’astrologue de son acabit et de son envergure à nommer. Y en eut-il un seul, nul doute que dans la Tétrabible, qui rappelons-le est aussi un ouvrage encyclopédique, Ptolémée l’aurait cité.

Il est en effet le seul en son temps à aborder l’astrologie avec l’état d’esprit des premiers savants et philosophes grecs épris de logique et de raison - c’est son côté aristotélicien, en dépit du fait que sa conception du monde soit hérétique par rapport aux canons théoriques d’Aristote. On peut ainsi considérer la Tétrabible comme l’aboutissement de cinq siècles durant lesquels l’astrologie, après avoir été découverte en Chaldée et s’être répandue et vulgarisée en Égypte, s’est vue fécondée par sa pénétration dans le monde grec qui a greffé sur elle sa philosophie.

Ces cinq siècles ont été une longue période d’ébullition et d’élaboration progressive d’un savoir qui se constituait au carrefour de la religiosité pragmatique mésopotamienne, du mysticisme astral égyptien et de la philosophie naturaliste et pré-scientifique hellénistique. De ces sources multiples et souvent contradictoires ont émergé quantité de courants astrologiques reflétant autant de conceptions différentes de celle-ci. Tous avaient en commun d’amalgamer arbitrairement à l’astrologie la magie superstitieuse, l’occultisme et diverses traditions spiritualistes ou ésotériques dans un foisonnement à la fois créatif et anarchique qui faisait le plus souvent peu de cas de la logique, de la raison et des lois astronomiques. Les quelques manuels d’astrologie ce cette époque témoignent de ce mélange de rationalité et d’irrationalité.

La “rupture épistémologique” ptoléméenne

L’œuvre astrologique de Ptolémée est en quelque sorte à la fois un inventaire raisonné de cette période, son aboutissement mais aussi sa réforme radicale. Avec sa serpe d’observateur, de théoricien pragmatique de la nature et de physicien, il taille, élimine, élague les branches mortes, malades ou inutiles dans cette forêt de symboles et de croyances. Il met de l’ordre réfléchi dans le désordre de ces mélanges. Il fait office de refondateur et de bâtisseur. Il opère ainsi dans le champ des savoirs astrologiques quelque chose de proche de ce que le philosophe des sciences Gaston Bachelard (1884-1962) a appelé une “rupture épistémologique”.

Une “rupture épistémologique” désigne en effet, dans l’approche d’une connaissance, le phénomène de la scission entre des conceptions antérieures et de nouvelles, lesquelles demandent de faire table rase des acquis du passé pour accéder à une appréhension des phénomènes alors considérée comme plus proche de la réalité que la précédente. Ptolémée ne va certes pas jusque là, mais il ne respecte de l’héritage traditionnel que ce qui de son point de vue ne constitue pas un “obstacle épistémologique” (autre concept bachelardien) à l’élaboration d’une astrologie scientifique.

Bien sûr, sa conception de la scientificité est bien différente de celle qu’elle était au XIXe-XXe siècles, période pendant laquelle Bachelard vécut. En adepte zélé de l’idéologie scientiste, ce dernier aurait dénié à Ptolémée la qualité de scientifique. La preuve en est dans ce qu’il écrivait dans son livre La Psychanalyse du feu, sans se demander d’ailleurs vraiment si la psychanalyse n’était pas qu’une théorie non-scientifique mystificatrice (ce qui a pourtant été démontré après la mort de Bachelard) : “L’Astrologie repose sur la phénoménologie primitive qui est une phénoménologie de l’affectivité : elle fabrique des êtres objectifs avec des fantômes projetés par la rêverie, des images avec des désirs, des expériences matérielles avec des expériences somatiques, et du feu avec de l’amour”. Notons à ce sujet que Bachelard était plus proche de la psychanalyse selon Jung que de sa version freudienne (qu’il critiquait un peu mais pas trop). Bachelard était ainsi un scientiste très ambigu, puisque Carl Gustav Jung avait, lui, une toute autre opinion de l’astrologie, qu’il n’était pas loin de considérer comme une science… mais passons, ce n’est pas le sujet. En tout cas, nul doute que Ptolémée aurait eu du mal à reconnaître le savoir qu’il s’efforçait de rationaliser dans cette description affective si ce n’est affectueuse de l’astrologie, qui doit bien peu à une épistémologie objective et éclairée, une philosophie des sciences non-dogmatique et non-anachronique.

Bref, compte tenu du contexte cognitif de son époque à la scientificité primitive et balbutiante, Ptolémée était un scientifique et c’est avec un esprit scientifique, observateur et rationnel, et non en se vautrant dans une “phénoménologie de l’affectivité” n’en déplaise à Bachelard, qu’il a accompli sa rupture épistémologique d’avec les conceptions astrologiques des siècles passés. Et c’est précisément ce qui le rend unique en son temps.

Si on abandonne les œillères scientistes de Bachelard, on constate d’ailleurs que les ruptures épistémologiques radicales ne sont pas si fréquentes et donc pas des phénomènes systématiques. Les nouvelles approches scientifiques du réel objectif - ou changements de paradigmes - n’abolissent même que rarement les anciennes dans leur totalité, puisqu’en général elles s’appuient sur elles pour les dépasser et qu’elles en sont donc des conséquences paradoxales. L’héliocentrisme de Copernic et à sa suite la découverte de la loi des aires des orbites elliptiques et excentrées de Kepler n’abolissent pas la justesse, certes approximative, des calculs astronomiques géocentriques de Ptolémée. De même les lois de Newton, qui n’abolissent pas celles définies par Kepler, ne sont-elles pas abolies par la relativité d’Einstein : elles sont toujours fonctionnelles, mais resituées dans un cadre physique plus vaste. Tous ces découvreurs sont les héritiers de leur domaine de savoir. On peut certes accepter ou refuser un héritage, on n’en reste pas moins objectivement et juridiquement un héritier.

En fait, les ruptures épistémologiques radicales ne concernent que les “sciences dures” et ne se produisent que quand la découverte de nouvelles lois physiques rend irrémédiablement caduques les anciennes. Dans le domaine des sciences humaines, considérées comme plus souples dans leur approche du réel et de sa connaissance, les solutions de discontinuité, les superpositions et amalgames sont plus fréquents, et par conséquent les changements de paradigmes ne se font que très progressivement. L’astrologie étant au carrefour des sciences dures et des souples ou dites “humaines”, ses changements de paradigmes relèvent des deux domaines.

Les trois héritages de Ptolémée

De plus, le scientifique Ptolémée devait, dans son approche naturaliste de l’astrologie, se débattre avec quantité de problèmes totalement étrangers à un scientifique du XXIe siècle. Il était le récepteur de trois lourds héritages dont il lui appartenait de faire l’inventaire afin de déterminer ce qu’il en acceptait et ce qu’il en rejetait.

Chronologiquement, le premier héritage était chaldéen, du nom du peuple mésopotamien fondateur de la civilisation sumérienne, qui fut à l’origine des savoirs astronomico-astrologiques plus d’un millénaire avant Ptolémée. L’approche sumérienne de l’astrologie était à la fois mystico-religieuse tout en se basant sur les calculs que ses prêtres-savants tiraient de l’observation du réel astronomique et de ses cycles, mais aussi résolument pragmatique, descriptive et par conséquent non-fataliste.

Le deuxième héritage était égyptien, et il était bien différent. L’astrologie égyptienne n’était en fait qu’une astrolâtrie magico-religieuse qui avait amalgamé les connaissances sumériennes à ses propres croyances. En dehors de préoccupations avant tout calendaires en rapport avec le rythme des crues et décrues du Nil et les dates de célébrations des divers cultes, l’approche égyptienne ne se préoccupait aucunement de développer une astronomie scientifique sérieuse. Á la savante arithmétique sumérienne les anciens égyptiens préféraient leurs graphiques et géométries sacrées. L’astrologie égyptienne était donc régressive par rapport à la chaldéenne dont elle était l’héritière. Et elle était globalement aussi très fataliste.

Le troisième héritage était bien entendu celui des sciences naturelles et philosophies grecques, dont le corps de savoir aristotélicien constituait une grande partie mais qui se mêlait à d’autres courants, par exemple platoniciens ou pythagoriciens. Les connaissances astronomiques et arithmétiques s’y mélangeaient à des considérations arithmologiques ou arithmosophiques complexes et contradictoires. Certains courants étaient résolument astro-fatalistes, d’autres plus modérés quant au déterminisme astral.

La lecture attentive de Ptolémée montre que sa conception de l’astrologie est beaucoup plus tributaire de celle des Sumériens accommodée de sciences grecques que de celle des Égyptiens, à laquelle il reprochait son irrationalisme, son absence de rigueur théorique et mathématique, sa pusillanimité astronomique et son astro-fatalisme. Et ce alors même qu’il était lui-même né en Égypte, même s’il est vrai qu’il était de souche grecque et que sa sphère culturelle était celle des Grecs, très nombreux au nord de l’Égypte et particulièrement à Alexandrie où il semble qu’il ait très longtemps vécu.

La rupture épistémologique, le changement de paradigme qu’il initia fut donc d’abord de vider l’astrologie de son temps de presque tout son contenu égyptien, qui était alors dominant chez l’immense majorité des astrologues. Ptolémée revint donc résolument aux sources chaldéo-sumériennes, en ne conservant de celles-ci que les conceptions qui étaient compatibles avec les sciences naturelles grecques et qui pouvaient donc être réinterprétées à travers la grille de lecture de ces dernières. Il fit en même temps un tri très sélectif à l’intérieur des apports grecs à l’astrologie chaldéenne, en donnant systématiquement sa préférence à ceux qui allaient dans le sens de sa vision naturaliste et quasi-matérialiste du cosmos et en n’hésitant pas à les réformer si nécessaire, ou à les éliminer afin de leur substituer sa philosophie personnelle. Et comme vous avez pu le constater, Ptolémée ne s’est pas contenté d’être un héritier hyper-sélectif. Il a aussi apporté aux deux héritages traditionnels qu’il a reçus son enrichissante et très novatrice contribution personnelle, anti-traditionaliste quand c’était nécessaire…

Bien sûr, pratiquement toutes les théories astronomiques et astrologiques de Ptolémée et de ses prédécesseurs sont désormais obsolètes. Il en est de même pour une grande partie des pratiques qu’il décrit. De géocentrique, le système planétaire est devenu héliocentrique, et le Soleil lui-même n’est plus au centre de l’univers. On est le scientifique qu’on peut être compte tenu des connaissances, des moyens techniques, des instruments de mesure et de la structuration mentale de l’époque à laquelle on vit.

Le Centiloque du pseudo-Ptolémée

Il existe un texte apocryphe qui serait apparu au cours du Xe siècle, le Centiloque, faussement attribué à Ptolémée, dont il est certain qu’il est l’œuvre compilatoire d’un pseudo-Ptolémée. C’est d’ailleurs sous ce vocable que ce texte édité plus de 800 ans après la mort du savant est connu des vrais spécialistes.

Ce texte pseudépigraphique est un recueil d’aphorismes et de sentences dans lequel on trouve quelques rares références aux 4 Éléments qui montrent bien que Ptolémée, qui les ignore dans sa Tétrabible, ne peut en être le véritable auteur. On y trouve aussi quantité d’allusions positives à la pratique divinatoire charlatanesque appelée “astrologie horaire”. Cette technique consiste dans le fait, pour un pseudo-astrologue, d’interpréter la carte du ciel du moment précis où son consultant lui pose une quelconque question sans se soucier du Thème natal dudit consultant. On ne trouve nulle trace d’une telle pratique dans la Tétrabible et pour cause : Ptolémée l’aurait considérée comme irrationnelle et superstitieuse. On y trouve également de très nombreuses références aux significations des Maisons qui sont également absentes de la Tétrabible. Enfin, le style dans lequel sont rédigés ces aphorismes ne ressemble en rien à celui de Ptolémée.

Les rares références aux Éléments que comporte le Centiloque ne concernent par ailleurs que les Signes et jamais les Planètes. Ce faux en écriture a donc au moins une utilité historique : il nous apprend qu’au Xe siècle l’attribution des 4 Éléments aux 12 Signes était encore aléatoire et balbutiante, et qu’il n’était pas question de Planètes de Feu, de Terre, d’Air ou d’Eau : ces attributions n’existaient pas. L’attribution définitive des 4 Éléments au zodiaque, puis plus tard aux Planètes, ne se serait donc produite que vers la fin du Moyen Âge, voire au XVe siècle avec la redécouverte des savoirs antiques gréco-romains suscitée par la Renaissance.

L’astrologie pseudo-traditionnelle et l’héritage ptoléméen

Ce que l’on désigne aujourd’hui couramment sous le terme d’astrologie “classique” ou “traditionnelle, et qui se caractérise avant tout par l’application systématique de la théorie des 4 Éléments à la fois au zodiaque et aux Planètes pour en définir l’identité et en expliquer les significations, est donc une invention très récente. Elle n’a en effet au mieux que 5 siècles d’existence, ce qui est peu comparé à l’histoire multimillénaire de l’astrologie.

Cette apparition tardive d’une astrologie élémentale est probablement une conséquence de la redécouverte simultanée des œuvres d’Aristote et de Ptolémée. Il est probable que peut-être un mais plus certainement plusieurs astrologues, entre le Xe et le XVe siècle, ont eu l’idée de les croiser et les mélanger, sans se soucier de leurs incompatibilités manifestes et sans aucun égard pour l’originalité des conceptions de Ptolémée et de son souci constant d’associer astronomie et astrologie.

L’identité de ce ou ces astrologues est inconnue et le restera probablement compte tenu des archives connues. C’est un indice qui incite à penser que cette invention n’est pas l’œuvre d’un unique personnage : il est presque certain que celui-ci aurait tenu à imprimer sa marque personnelle sur une telle innovation, et que les chroniqueurs contemporains s’en seraient fait l’écho. Or il n’en n’est rien.

De tout cela il découle que l’astrologie contemporaine qui se prétend “classique” ou “traditionnelle” n’est que le produit d’un bricolage dogmatique très tardif et étranger à l’authentique tradition astrologique. Elle n’a donc aucune légitimité à se réclamer de celle-ci, et encore moins de l’héritage de Ptolémée dont elle ne respecte à peu près aucune des conceptions originales. Ce qui n’empêche pas les plus cuistres et/ou les plus ignares de ses représentants - et ceux-ci sont légion - de convoquer la figure du “prince des astrologues” pour justifier leurs théories et pratiques que celui-ci n’aurait jamais cautionnées de son vivant.

Or cette conception pseudo-classique et pseudo-traditionnelle de l’astrologie est ultra-dominante et alimente au minimum 99 % de la production éditoriale. Cette hégémonie est loin d’être innocente et induit d’importants dégâts collatéraux. D’une part, ce consensus basé sur une tromperie rend difficile l’expression d’une astrologie contemporaine savante, c’est-à-dire respectueuse de l’héritage philosophique de Ptolémée. D’autre part, l’irrationalisme et le fatalisme, qui sont les traits dominants de cette astrologie pseudo-traditionnelle, n’ont rien à envier à ceux qui sévissaient du temps d’Aristote et Ptolémée, et prêtent par conséquent le flanc aux critiques de la science officielle, qui n’a qu’à piocher dans les déluges de sornettes que véhicule cette astrologie faussement traditionnelle pour alimenter son anti-astrologisme primaire.

Bref, l’astrologie pseudo-traditionnelle, qu’elle se réclame directement d’une tradition imaginaire, qu’elle la farde d’oripeaux psychanalytiques ou qu’elle l’associe avec divers courants pseudo-ésotériques ou néo-spiritualistes pour feindre une illusoire modernité, est une véritable calamité pour l’astrologie savante.

Une précision s’impose : cette critique de la pseudo-traditionalité de la conception hégémonique de l’astrologie ne prend pas sa source dans la défense à tout prix d’une vraie tradition antérieure qui serait considérée comme meilleure ou plus légitime. Il s’agit seulement ici de rétablir une vérité historique. La traditionalité n’a pas de valeur en soi. Une tradition n’a de valeur que tant qu’elle est vivante et donc qu’elle évolue, et le pire ennemi d’une tradition vivante est le traditionalisme qui sclérose idées et pratiques. La traditionalité n’est donc ni un critère de vérité, ni un critère de qualité. La durée, l’influence et l’étendue d’une tradition quelconque dans l’espace culturel sont sans rapport avec la vérité ou la qualité de son contenu. Elle n’est en effet qu’une fiction rétrospective, en ce sens que la chaîne des acteurs qui se transmettent un savoir et/ou une pratique, en les modifiant ou non, n’a pas originellement conscience d’initier ce que l’on appellera plus tard une tradition. En d’autres termes, une tradition n’en est pas une au moment de sa naissance, elle ne devient traditionnelle que dans l’acte de durer, de se transmettre et éventuellement de se perpétuer.

Une tradition implique nécessairement la notion d’héritage. Chacun a la possibilité et le droit d’en disposer comme il l’entend. Un legs peut être accepté ou refusé pour de bonnes ou mauvaises raisons diverses. Si on l’accepte, on peut en jouir en le dilapidant, en faire une rente personnelle, le thésauriser pour le transmettre intact aux générations futures, ou encore l’investir dans quelque chose de totalement nouveau… qui deviendra alors peut-être un nouvel héritage et initiera une nouvelle tradition.

De ce point de vue on peut admettre que les astrologues et courants d’astrologie qui se rattachent à la tradition née à la fin du Moyen Âge ont légitimement le droit de dire ou d’écrire qu’ils se réclament d’un héritage traditionnel, même si celui-ci est une invention très récente à l’échelle historique qui n’est pas celle des modes passagères. En revanche, ils n’ont pas celui de déclarer que la conception de l’astrologie qu’ils véhiculent est conforme à une tradition multimillénaire, étant donné que ce n’est absolument pas le cas.

La modernité de l’héritage ptoléméen

Ptolémée a bien légué un héritage philosophique et conceptuel à la postérité, mais existe-t-il une tradition ptoléméenne ? Rien n’est moins sûr. Si cette tradition était vivante, on en retrouverait les traces dans les publications astrologiques sous la forme d’un courant se définissant comme “ptoléméen”, dont la caractéristique serait de penser et pratiquer ce savoir en se fondant explicitement sur les théories et méthodes de la Tétrabible.

Cela est particulièrement évident dans le champ de l’astrologie contemporaine. On peut définir celle-ci par l’ensemble des publications d’astrologie dite “savante”, ainsi désignée pour la différencier de l’horoscopie superstitieuse et commerciale, qui ont émergé depuis le début du XXe siècle. En effet, cette date a vu, pendant une brève période d’environ 70 ans, le retour en pleine lumière de l’astrologie dans le champ culturel, dont elle avait été exclue et absente depuis la fin du XVIIe siècle.

Or force est de constater que dans tous les courants et écoles qui sont alors apparus, on n’en trouve aucun qui creuse un sillon exclusivement ptoléméen. Certes le nom de Ptolémée est très souvent cité : il sonne en effet dans l’imaginaire astrologique dévoyé comme un label ultime de qualité. Mais la plupart des astrologues qui le font n’ont pas lu sa Tétrabible ou n’en connaissent que des morceaux choisis, des extraits de seconde main voire de simples phrases réelles ou pseudépigraphiques. L’infime minorité qui l’a effectivement lue et qui cite le nom de “Ptolémée, prince des astrologues” ne l’a généralement ni comprise ni admise puisque ses références pratiques et théoriques, c’est-à-dire l’astrologie fondée sur les 4 Éléments, sont presque toutes étrangères à celles de la Tétrabible.

Les moins ignares saupoudrent parfois le Feu, la Terre, l’Air et l’Eau qui sont leurs références absolues de ce qu’il faut de Chaud, d’Humide, de Froid et de Sec pour “faire ptoléméen”. Mais ils considèrent les 4 Éléments et les 4 Qualités comme des instances métaphysiques, alors que pour Ptolémée, les Qualités étaient des propriétés naturelles lui permettant d’expliquer et de justifier les significations et influences zodiaco-planétaires et que les 4 Éléments sont absents de son œuvre.

Les mêmes ne font aucune référence aux théories astronomiques qui selon Ptolémée fondent la réalité de l’astrologie : pour les Planètes, l’ordre croissant de leurs orbites circumterrestres et la division du système géocentrique en trois champs respectivement humide, chaud et froid, et pour le zodiaque le cycle réel des variations jour-nuit induit par les déclinaisons superposé au couple symbolique diurne-nocturne pour définir l’alternance des Signes. Par contre les mêmes ne sauraient concevoir l’interprétation d’un Thème natal sans utiliser les Maisons, alors que celles-ci sont absentes de la présentation des fondements théoriques de l’astrologie dans la Tétrabible.

Et les mêmes encore ont généralement de l’astrologie une approche hyper-déterministe que les moins fatalistes, les plus observateurs et donc les moins infidèles à l’esprit résolument conditionaliste de Ptolémée assaisonnent de la récitation du pieux mantra “astra inclinant, non necessitant” pour relativiser un peu la portée de leurs prédictions dont la plupart ne se réalisent jamais.

Il n’y a donc pas de tradition ptoléméenne stricto sensu, c’est-à-dire dans l’esprit et dans la lettre, dans l’astrologie contemporaine. Les véritables héritiers de l’approche de Ptolémée existent pourtant, mais ils se situent radicalement en marge de la conception hégémonique de l’astrologie. Ils sont fidèles à son esprit plutôt qu’à sa lettre en ce qu’ils ont su distinguer le contenant du contenu de son œuvre. Par contenant on entend la référence permanente à des lois astronomiques justifiant les assertions astrologiques, une approche naturaliste de l’astrologie et le caractère conditionnel et relatif des influences zodiaco-planétaires. Ce contenant est toujours d’actualité et il peut donc être qualifié de moderne. Le contenu, par contre, est tributaire des connaissances et des techniques, mais aussi d’une vision du monde souvent analogique, qui sont celles d’une époque révolue. Il est donc essentiel de les réactualiser pour les rendre compatibles avec les progrès des connaissances.

Ce n’est que dans cette perspective et à ce prix l’esprit de Ptolémée peut continuer à s’incarner dans la modernité.

Tradition et modernité astrologique

Tradition et modernité s’opposent, mais il s’agit d’une dichotomie complexe. Une tradition de naissance récente peut être qualifiée de moderne, et une tradition ancienne constituer le nec plus ultra de la modernité d’une époque révolue. Comme la tradition, la modernité n’a pas de valeur ni de qualité en soi : elle ne désigne que ce qui est actuel, c’est-à-dire composé d’événements, d’idées ou de pratiques assez récents pour être considérés comme toujours immédiatement présents. Une tradition tombée en désuétude devient inactuelle, donc anti-moderne, et une modernité sans consistance n’est qu’une mode passagère vouée à un tout aussi rapide oubli.

Entre tradition et modernité toutes sortes de combinaisons sont donc possibles, mais certaines sont actuellement plus fréquentes. Cela s’explique par le fait qu’en notre époque moderne et même post-moderne (car une modernité insuffisamment immédiate passe vite pour une vieillerie), c’est le critère de l’actualité la plus récente qui donne le "la" de ces dosages.

On peut par exemple habiller une tradition morte ou sclérosée de vêtements neufs, donc présumés modernes, pour tenter de lui redonner vie sans en modifier le fond. Il ne s’agit alors que d’une illusion de modernité, d’une actualité de pure apparence et de pacotille masquant un foncier et trompeur conservatisme. Ce genre de travestissement sournois peut avoir son efficacité si le lifting est bien fait, mais comme un lifting il n’a qu’une durée limitée. Une momie bien maquillée reste une momie et sa durée de conservation n’est pas proportionnelle à l’épaisseur et à la qualité du fond de teint dont on lui a enduit le visage pour le rendre plus jeune et plus avenant - plus moderne donc. Dans le domaine de l’astrologie, cela revient à plaquer des concepts modernes sur de vieilles lunes. On peut ainsi mesurer instantanément le taux de Feu, de Terre, d’Air ou d’Eau de son horoscope natal grâce à une application informatique dernier cri.

On peut aussi trouver dans un traditionalisme sans fard un refuge rassurant, reposant et foncièrement conservateur. Cette attitude réactionnaire a pour unique finalité de se protéger d’une modernité perçue à tort et bien souvent à raison comme trépidante et épuisante tant elle exige toujours plus d’innovation et de progrès imaginaires ou réels dont on ne perçoit ni la pertinence ni l’utilité. C’est une position qui peut se défendre, mais la nostalgie d’un ordre pérenne ne débouche que sur la rumination stérile d’un passé le plus souvent idéalisé donc mythifié. Dans le domaine astrologique, on se drape dans la sagesse des grands anciens détenteurs d’une autorité incontestable car primordiale et que l’on veut croire vieille comme le monde. La tradition se pare alors d’un “T” majuscule qui fait d’elle une instance sacrée et intouchable.

On peut enfin ne jurer que par la dernière mode de la modernité, qui de nos jours est forcément techno-scientiste, et ne se servir de tout ce qui se rattache de près ou de loin à une tradition que comme un repoussoir, un épouvantail, un obstacle passéiste s’opposant à la marche d’un progrès mythifié qui doit sans cesse se réactualiser sous peine de révéler son insondable vacuité. Les traditions, forcément ancrées dans le passé, sont alors ce dont il faut en permanence faire table rase pour justifier cette aveugle fuite en avant dans une modernité dont le présent ne peut se conjuguer qu’au futur vers lequel elle tend et qui semble sa seule raison d’être. Cette attitude est bien entendu incompatible avec l’astrologie traditionnelle ou non, et ce pour une raison évidente : la culture hégémonique techno-scientiste est fondamentalement hostile et aveugle à l’astrologie, qu’elle considère comme une pseudo-science, une scorie du passé et une superstition persistante, et lui dénie de ce fait toute prétention ou possibilité de s’inscrire dans le champ de la modernité contemporaine.

Mais cet ostracisme ignare n’empêche nullement une astrologie résolument moderne d’exister quand même et de continuer à creuser dans l’actualité un sillon ouvert il y a plusieurs millénaires et réensemencé par Ptolémée au IIe siècle. Elle a été initiée au XXe siècle par Jean-Pierre Nicola, continuateur et rénovateur de la tradition des grands astronomes-astrologues tels que Claude Ptolémée et Johannes Kepler. Elle s’appelle l’astrologie conditionaliste.

Voir aussi :

▶ Ptolémée et l’erreur des Maisons sénestrogyres
▶ Astrologues du passé

Je passe maintenant le relais à mon collègue Yves Ouatou, qui vous présente les bases théoriques et pratiques de l’astrologie selon Ptolémée en quatre épisodes d’animations vidéo.

L’astrologie selon Ptolémée en vidéo

Premier épisode : la philosophie

Deuxième épisode : le zodiaque

Troisième épisode : les Planètes

Quatrième épisode : les Maîtrises


Dijon, le 16 février 2019, XXIe siècle.


Cet article vous a été proposé par Richard Pellard

Les significations planétaires

par Richard Pellard

620 pages. Illustrations en couleur.

La décision de ne traiter dans ce livre que des significations planétaires ne repose pas sur une sous-estimation du rôle des Signes du zodiaque et des Maisons. Le traditionnel trio Planètes-Zodiaque-Maisons est en effet l’expression d’une structure qui classe ces trois plans selon leur ordre de préséance et dans ce triptyque hiérarchisé, les Planètes occupent le premier rang.

La première partie de ce livre rassemble donc, sous une forme abondamment illustrée de schémas pédagogiques et tableaux explicatifs, une édition originale revue, augmentée et actualisée des textes consacrés aux significations planétaires telles qu’elles ont été définies par l’astrologie conditionaliste et une présentation détaillée des méthodes de hiérarchisation planétaire et d’interprétation accompagnées de nombreux exemples concrets illustrés par des Thèmes de célébrités.

La deuxième partie est consacrée, d’une part à une présentation critique des fondements traditionnels des significations planétaires, d’autre part à une présentation des rapports entre signaux et symboles, astrologie et psychologie. Enfin, la troisième partie présente brièvement les racines astrométriques des significations planétaires… et propose une voie de sortie de l’astrologie pour accéder à une plus vaste dimension noologique et spirituelle qui la prolonge et la contient.

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Pluton planète naine : une erreur géante

par Richard Pellard

117 pages. Illustrations en couleur.

Pluton ne fait plus partie des planètes majeures de notre système solaire : telle est la décision prise par une infime minorité d’astronomes lors de l’Assemblée Générale de l’Union Astronomique Internationale qui s’est tenue à Prague en août 2006. Elle est reléguée au rang de « planète naine », au même titre que les nombreux astres découverts au-delà de son orbite.

Ce livre récapitule et analyse en détail le pourquoi et le comment de cette incroyable et irrationnelle décision contestée par de très nombreux astronomes de premier plan. Quelles sont les effets de cette « nanification » de Pluton sur son statut astrologique ? Faut-il remettre en question son influence et ses significations astro-psychologiques qui semblaient avérées depuis sa découverte en 1930 ? Les « plutoniens » ont-ils cessé d’exister depuis cette décision charlatanesque ? Ce livre pose également le problème des astres transplutoniens nouvellement découverts. Quel statut astrologique et quelles influences et significations précises leur accorder ?

Enfin, cet ouvrage propose une vision unitaire du système solaire qui démontre, chiffes et arguments rationnels à l’appui, que Pluton en est toujours un élément essentiel, ce qui est loin d’être le cas pour les autres astres au-delà de son orbite. Après avoir lu ce livre, vous saurez quoi répondre à ceux qui pensent avoir trouvé, avec l’exclusion de Pluton du cortège planétaire traditionnel, un nouvel argument contre l’astrologie !

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