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Publié le : 22 décembre 2001
Introduction aux bilans comparés des astrologies



Après la parution de la Tétrabible (Denoël 1974), il devenait impossible de nier l’orientation, conditionaliste avant la lettre, de Claude Ptolémée, mathématicien, cosmographe et géographe d’Alexandrie, mort selon P. Couderc (1), en 150 après JC.

A-t-il lu l’ouvrage du Prince des astrologues, ce directeur de collection qui, présentant l’œuvre maîtresse, fait état d’un savoir traditionnel ésotérique et symbolique l’article ? Ou bien ce savoir est-il, de toute époque, dans le respect des connaissances acquises, traitées selon les normes et méthodes de la logique de son temps ? En ce cas, notre savoir, semence de demain, est une tradition permanente, et, à l’inverse d’un ésotérisme passéiste, nous pratiquons un symbolisme vivant en partant du savoir contemporain pour entrevoir celui qui en émergera.

A propos de Manilius (29 avant JC, 14 après), Max Lejbowicz a signalé, en une page d’histoire (Astrologique n° 8), quelle part de raison attachée au réel inspirait le poète de Les Astrologiques (Denoël 1970) : quel "traditionaliste" citera jamais ce Manilius déclarant : "La raison ne connait point d’obstacles ; l’immensité des objets, leur obscurité, rien ne l’arrête ; tout cède à sa force et son activité s’étend jusqu’au ciel". Mais ce n’est pas non plus Couderc ou E. Schatzman qui s’en réclameront.

Jérôme Cardan (1501-1576), comme Ptolémée, a énoncé quelques prémisses conditionalistes en soumettant l’interprétation aux us et coutumes, à la condition des père et mère, à l’éducation. Toutes choses sur lesquelles il faut faire réflexion, et même sur l’âge. Cardan est allé jusqu’à lier chaque thème à ceux du groupe formant le milieu d’évolution. Une intuition dont P. Couderc se moque, remise à l’honneur par l’école conditionaliste497, la théorie des âges impliquant la formation et la révélation du caractère par la vie relationnelle et les rapports de générations.

Lancée dans les années 64-65, la formule d’astrologie conditionelle apparait en début 1979 sous la plume de Gérard Simon, maître de conférence de philosophie à l’université de Lille III. Son ouvrage sur Képler, astronome-astrologue (Gallimard), constitue désormais une référence de premier ordre quant à la pensée conditionaliste de J. Kepler : "Je ne transfère pas dans le ciel le gouvernement des choses humaines, et il y a d’énormes différences entre mon observation philosophique et leurs sottises (aphorismes astrologiques), ou si l’on préfère leur folie. Car pour reprendre mon exemple, je connais une femme née presque sous les mêmes aspects que moi, certes d’une humeur des plus inquiètes, mais à qui cela ne sert à rien pour l’étude (ce qui n’est pas étonnant chez une femme) et même perturbe complètement son ménage, et fait d’elle-même l’auteur de ses déplorables malheurs. Il s’ajoute donc aux aspects des planètes l’imagination de ma mère quand elle me portait... il s’ajoute encore que je suis né homme et non femme (car c’est en vain que les astrologues cherchent à distinguer le sexe dans le ciel) ; en troisième lieu, je tiens de ma mère son tempérament physique, plus apte à l’étude qu’à tout autre genre de vie ; et quatrièmement, mes parents n’étant pas riches, ils n’avaient pas de terre à laquelle je puisse me destiner et m’attacher ; cinquièmement, il y avait des écoles, il y avait des exemples de la libéralité des magistrats en faveur des enfants doués pour les études" (2).

G. Simon, commentant ce texte de Kepler, a justement situé le problème que le fondateur de l’astronomie moderne - et l’astrologie - s’appliquait à résoudre : établir une distinction sûre entre un conditionnement naturel et une fatalité surnaturelle, l’horoscope témoignant de l’un plus que de l’autre.

Un problème ne se résout pas par un bon énoncé. De Ptolémée à Kepler les solutions sont restées ébauchées. De nos jours, le surnaturel, la pratique divinatoire ont repris le dessus. Au plan historique, la "tradition", pour les plus grands astrologues, était conditionaliste. Il n’y aurait pas lieu d’insister si les tendances magistes, également liées aux origines de l’astrologie n’avaient, dans leur triomphalisme, grossièrement étouffé la voie naturelle. Ces tendances tiennent avec morgue le haut du pavé, soutenues par le mercantilisme qui déteste tout ce qui rebute l’acheteur et complique l’argument de vente.

Etre conditionaliste, c’est retourner aux préoccupations des Ptolémée, Manilius, Cardan, Kepler, quant aux fondements rationnels, réels, astrométriques pour le ciel, biophysiques pour l’homme.

En dehors de ces préoccupations, toutes sortes de spéculations astrologiques sont possibles. Elles amalgament symboles et signaux dans une soupe d’analogismes où quelques ingrédients astrométriques se donnent caution d’objectivité. Ces astrologismes bénéficient d’une mode prétendument irrationnelle. Je dis prétendument, parce que la créativité de la pensée propre à l’enfant, au poète comme au penseur original et originels, ne saurait se comparer aux singeries d’adultes qui, ayant échoué dans la raison, se composent des songes plus illogiques que les vrais et font dogme de leurs fantasmes. Les sources, naturelle et surnaturelle, autrefois réunies, s’écoulent maintenant en scientisme borné et zozotérisme simpliste. Les faiseurs de soupe comprenant qu’il n’existe aucune ou bien peu de possibilité de cohérence doctrinale dans le magico-symbolisme contemporain, font fi de toute théorie logique : seuls les résultats pratiques (entendons bien les leurs) comptent. Le "système", tel qu’il est, "marche", et votre serviteur n’est qu’un jobard... dans la ligne de Kepler.

J’ai pu dire, en guise de boutade pessimiste, qu’en supposant des résultats égaux pour deux systèmes en concurrence, il faudrait de toute façon retenir celui qui dispose d’une théorie non absurde à l’égard du réel astrométrique. Après avoir pratiqué l’astro-psychologie puis l’astrologie conditionaliste, j’affirme aujourd’hui qu’en dépit de résultats dont nous verrons les limites, l’astro-psychologie magiste est un produit funeste pour le consultant non-averti. Il est loin de donner l’interprétation optimale des facteurs célestes, son bric-à-brac et son psychanalysme sauvage sont le plus souvent pernicieux. Les publications du COMAC le démontreront.

Pour l’heure, les bilans comparés portent sur les conceptions et les résultats généraux. La comparaison permet de faire le point : où en est l’astrologie conditionaliste en vingt-cinq années de recherches, où en sont les astrologies depuis le renouveau ouvert par Choisnard ?

Puisqu’il existe deux voies d’explicative, la naturelle et la surnaturelle, une classification sommaire situe, dans le naturel : les scientifiques, les statisticiens et les conditionalistes et, dans le surnaturel : les traditionalistes se disant tels, les psycho-symbolistes, les ésotéristes et spiritualistes. Comme il n’est guère possible et avantageux de passer en revue de détails chaque école et celles, plus récentes, que j’ignore, je retiens trois courants : astro-psychologie, astro-statistique, astro-conditionaliste. A des nuances près, ils suffisent à couvrir l’ensemble des écoles. De même, pour ne pas allonger inutilement mon étude, je n’ai retenu que les grands chapitres du Zodiaque, des Planètes, des Maisons et des Aspects. Mon intention est de donner aux élèves conditionalistes un premier document de base pour juger, comparer et contrôler, l’absence de document semblable conduisant à des redites, des polémiques qui retardent des tâches plus urgentes. Bref, pour l’avenir, je souhaite ne plus avoir à rabâcher, la question des gravités planétaires est autrement plus pressante. Pour le panorama touristique sur les doctrines et leurs rapports, ces bilans comparés rendront quelque service. SUITE

Article paru dans le n° 1 des Cahiers conditionalistes (avril 1980).

Cet article vous a été proposé par : Jean-Pierre Nicola



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