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Philippe Chatel Vous êtes ici : Accueil Pratique Les astro-entretiens de Françoise Hardy Chanson
Publié le : 29 octobre 2003
Philippe Chatel



Philippe Chatel, chanteur et créateur de "Emilie Jolie", est né le 23/02/1948 à 0h55 TU à Paris.

Françoise Hardy : Une triple conjonction Lune-Pluton-Saturne prédispose à se sentir plus ou moins exclu de sa famille d’origine, plus ou moins insécurisé par elle. Cela a-t-il été ton cas ?

Philippe Chatel : Tout à fait. Sans tomber dans le misérabilisme, mon enfance n’a pas été très joyeuse et je n’y retournerais pour rien au monde. Je suis un enfant de divorcés, je n’ai donc jamais su ce que c’est que la famille, au sens où on l’entend généralement, et dès que j’ai pu partir, je suis parti.

On peut être enfant de divorcés et se sentir aimé par ses deux parents...

Je me sentais aimé par mon père, mais je le voyais peu, et je ne me suis jamais vraiment entendu avec ma mère.

Il y a évidemment plusieurs façons de compenser un complexe d’exclusion...

Faire des enfants soi-même...

Justement, cette solution parmi d’autres qui consiste à créer la famine que l’on n’a pas eue, ne s’accompagne-t-elle pas chez toi de la tendance, inconsciente celle-là, à se porter au-devant d’une partenaire tellement différente de soi, que la relation qui en résulte va réactualiser plus ou moins le sentiment initial d’être étranger chez soi ?

Tu insinues qu’en essayant de faire cette famille, ce clan, qui comptent tellement pour moi et qui rattrapent sûrement un manque, je réinstalle le style de communication que j’avais quand j’étais petit ?... La famille et le quotidien étant liés, je te dirai que ça dépend des jours : le lundi ça va, mais le mardi ça ne va plus...

Ce que symbolisent les planètes non valorisées d’un ciel a l’attrait de ce qui manque. En ce qui te concerne, ce rôle est tenu par Vénus et Neptune, et tu pourrais donc être "ébloui", "aveuglé" par tout ce qui évoque l’amour. N’as-tu pas tendance à te "foutre dedans" dès que le cœur ou les grands sentiments sont en jeu ?

J’aurais du revisser mon cœur avant de venir. En gros : je pars, je m’emballe assez vite. Si je rencontre quelqu’un qui me plaît, je le mets tout de suite sur un piédestal, et je suis par conséquent souvent déçu, puisque, bien évidemment, les gens sont des êtres humains et pas des statues. Les déceptions qu’il m’arrive d’éprouver sont donc entièrement de ma faute.

Mars, planète du réel concret, qui porte à la confrontation directe, est en position de force par sa situation en Lion et en haut de ton ciel. Mais il est lié à Saturne et Pluton qui portent à une distance qui peut aller jusqu’au défaitisme, jusqu’à l’aquoibonisme, surtout avec l’apport Poissons. Qu’est-ce qui l’emporte entre le besoin d’action et la peur éventuelle de l’échec ou de l’inutile ?

Jusqu’à présent le besoin d’action. Mais je suis assez cyclothymique. Les périodes d’activité excessive alternent avec des périodes exactement inverses de passivité où je pourrais, par exemple, regarder la mer toute la journée sans rien faire. J’aspire à la contemplation à certaines époques de ma vie. Quant à la peur de l’échec, elle ne me gène pas lorsque j’entreprends quelque chose. Par contre, une fois que j’ai fini un disque, que je ne peux plus rien améliorer, et que je le réécoute en n’entendant plus que ses défauts, ou que les critiques m’en parviennent, l’angoisse me prend aux tripes, et j’éprouve alors un sentiment d’échec qui me fait beaucoup de mal. Mais je pense que l’échec est beaucoup plus stimulant que le succès, car le succès engendre l’angoisse, alors que l’échec engendre une fureur qui fait agir, du moins dans mon cas...

Dans le cas de tous ceux qui ont, comme toi, une forte composante Lion..

Je peux te dire qu’Emilie Jolie a été un énorme succès et que j’ai pédalé dans la semoule pendant toute l’année qui a suivi. Je ne savais plus ou donner de la tête. Du jour au lendemain, les gens te renvoient une image de toi qui est fausse, et à laquelle tu n’as pas eu le temps de t’habituer. Tu es demandé de toutes parts alors qu’avant tu ne l’étais pas tellement, ou même pas du tout. Et, subitement, il y a tout un ballet que tu n’as pas réglé, qui n’arrête pas de se faire autour de toi. Chez moi cela a engendré l’angoisse. Je me suis considéré comme un has-been. Je me suis demandé ce que j’allais faire après ça. J’avais envie de laisser tomber, de faire autre chose, de rentrer dans une banque...

J’ai beau savoir qu’une composante Poissons-Scorpion prédispose à beaucoup d’ambivalence vis-à-vis du succès, il me semble qu’un échec commercial est plus pénible que des mauvaises critiques ?

Les critiques arrivent avant, dès la sortie du disque. On se donne entièrement à un disque, c’est un peu comme un enfant que l’on sort de soi et auquel il ne faut surtout pas toucher. Si on te dit que ton enfant n’est pas beau, c’est terrible. Une fois que le temps a commencé à passer, tu es moins vulnérable...

On pense déjà au disque suivant...

Si, au moment ou je sors un disque, on ne me dit pas que c’est vraiment le disque le plus génial du monde, si ce n’est pas à ce niveau la, je ne suis pas content. Après je m’en fous. Il faudrait pouvoir partir sur une île et faire de la contemplation pendant deux mois, chaque fois qu’on sort un disque.

Précisément, le mécanisme de défense habituel des Poissons est la fuite. As-tu tendance à disparaître, à te cacher, quand les choses ne vont pas comme tu le souhaites ?

Oui, mais je n’ai pas besoin d’aller très loin : les plus beaux voyages sont intérieurs. Il suffit de couper le téléphone et de se mettre au piano, ou de rêver... et les voyages se font par la fenêtre...

L’importance du Lion dans ton ciel, du Lion porte à dépasser ses limites, à vaincre ses faiblesses. Quelles sont à tes yeux tes plus grandes faiblesses et de quelle façon arrives-tu à les dépasser ?

Toutes mes faiblesses proviennent d’une angoisse viscérale. Alors dès que je fais quelque chose pour dépasser cette angoisse, que ce soit anecdotique ou plus profond, j’ai l’impression d’avancer. Un exemple idiot : j’ai peur de l’avion. C’est une angoisse parce que ce n’est pas explicable : chaque fois que je devais prendre l’avion, je me mettais dans des états pas possibles, jusqu’au jour où j’en ai eu marre et où j’ai décidé de passer mon brevet de pilote pour avoir moins peur. Il y a là une ambivalence qui frise un peu la perversion : j’ai peur de monter dans l’avion, mais quand je suis dedans et que je le pilote, je suis très content... La réalisation d’Emilie Jolie m’a également obligé à dépasser mes limites, car je suis très timide et j’ai dû aller voir beaucoup d’artistes, pour leur demander de participer à mon histoire. C’était un effort absolument fou, car l’admiration génère la timidité chez moi. J’ai du massacrer pas mal des chansons que j’ai montrées aux artistes que j’ai contactés, car je n’étais pas en pleine possession de mes moyens, et je me demande encore comment ils ont pu accepter. Faire ma première émission de télévision, c’était aussi dépasser mes limites : j’aurais vraiment préféré être ailleurs. En fait, je dépasse mes limites à peu prèss tous les jours.

Une triple conjonction Lune-Pluton-Satume est la plupart du temps génératrice d’angoisse. Cette angoisse se manifeste-t-elle par autre chose que la peur de l’avion ou des gens que tu admires ?

Je me lève dans des ruines tous les matins : je me demande ce que je fais là, j’ai envie de mourir, je ne crois plus en rien, ni en ce que je fais, ni en ce que je suis... et puis je reconstruis mon monde jusqu’au soir, où, vers huit-neuf heures, je commence à dominer mon sujet, à habiter ma peau, à être à peu près à l’aise et à pouvoir parler aux autres. Le cycle de la journée, c’est ma vie entière.

Parce que la durée du jour et celle de la nuit s’équivalent dans ce morceau d’écliptique, ce morceau d’espace-temps qu’on a baptisé Poissons, et parce que ce Signe appartient à l’hiver qui a une fonction de déconditionnement, le sens des contraires des natifs de ce Signe est particulier : relatif, flou... Penses-tu qu’il faille très peu de choses pour basculer du plus au moins ?

Très peu. Tout tient à un fil, je suis un équilibriste. Il aurait fallu peu de choses pour que je sois clochard. Il aurait fallu peu de choses pour que je n’aie pas mes enfants. Et si je ne les avais pas eus, je n’aurais sûrement pas la carrière que je mène. Je ne suis pas ambitieux, j’adore faire ce que je fais et je le fais vraiment pour mon plaisir, ce qui est fantastique, mais je n’ai pas d’ambitions d’ordre social. Le peu d’ambition que je peux avoir sur ce plan est fonction de mes enfants.

Ce sont également tes enfants qui t’aident à surmonter ton sentiment Lune-Pluton de précarité ?

Je ne m’intéresse pas beaucoup à ma propre vie, à ma propre existence. Je n’ai pas l’angoisse de la mort pour moi. Je trouve que la vie ce n’est pas mal, mais je n’en suis pas fou. S’il y a quelque chose de mieux, je veux bien connaître. II n’y a donc que mes enfants pour me raccrocher au quotidien, à la réalité, aux contingences matérielles, dont je me foutrais autrement...

Tu as finalement à un degré élevé l’aptitude Poissons au détachement ?

J’ai une sorte de distance. Je suis souvent debout en train de me regarder assis. J’ai l’impression de me dédoubler dans des tas de situations de ma vie. Si je suis en situation de pouvoir, par exemple, je me vois faire : je regarde un type qui porte mon nom et qui me ressemble, jouer le pouvoir ou le succès. Je ne suis pas "entier" là-dedans. J’ai toujours le sentiment que ce n’est pas à moi que l’on demande de chanter une chanson à la télé ou un autographe dans la rue...

Le Soleil, qui concerne l’apparence, le personnage social, est, dans ton ciel, opposé à Mars qui concerne le réel tangible, ce qui devrait te sensibiliser à toute distorsion entre le paraître, le dire, et l’agir, le faire, entre le vêtement et la chair qu’il couvre ou recouvre... En élargissant, tes valorisations planétaires avec, d’un côté, le Soleil et, de l’autre, la Lune, Pluton, Mars et Saturne, de même que tes valorisations zodiacales avec, d’un côté, le Lion et, de l’autre, les Poissons et le Scorpion, mettent en relief une double et paradoxale sensibilisation au paraître et à l’au-delà du paraître. Qu’y a-t-il pour toi de plus illusoire dans le monde extérieur et de plus essentiel dans le monde intérieur. Quelle question compliquée !

En tout cas tu parles là mon langage. Je pense que l’apparence des choses est illusoire et systématiquement trompeuse. On rejoint Pluton. Le monde sensible est beaucoup plus intéressant que le monde intelligible. On vit avec des codes. On dit que quand il y a le Soleil, ça s’appelle le jour, et que quand il y a la Lune, ça s’appelle la nuit. C’est un code. On aurait pu convenir de l’inverse. C’est ça le monde extérieur : un jeu d’apparences dont on n’a pas défini les règles et qu’il faut accepter, où il faut entrer. Ainsi, on dit d’une femme blonde platine qu’elle est décolorée et ce n’est peut-être pas vrai, peut-être que sa vraie couleur c’est justement le blond platine, parce qu’elle l’a choisi et que ça correspond à quelque chose de profond chez elle. Mais on va dire qu’elle est décolorée, autrement dit qu’elle est fausse en surface, alors qu’elle est peut-être bien plus vraie que quelqu’un qui a gardé sa teinte naturelle parce qu’il ne s’est pas trouvé. Dans mes chansons, j’essaie de trouver un monde de rêve ou d’enfance, parce que les enfants sont des mutants qui ont bien plus facilement accès au monde sensible qu’au monde intelligible.

Tu dis ne pas avoir d’ambition sociale. En as-tu d’autres ?

J’ai l’ambition d’être heureux, ce qui est beaucoup plus difficile que de gagner de l’argent. C’est même, vu le monde peu paisible ou nous vivons, pratiquement impossible. II n’y a donc que deux solutions : la révolution ou le rêve. J’ai choisi le rêve. On arrive vite à la schizophrénie, mais recréer un monde plus conforme à I’image idéale qu’on porte en soi, c’est déjà un pas de fait vers la paix intérieure. Si j’étais employé de banque, ce ne serait pas possible, mais j’ai un métier artistique où I’on me paye pour réinventer le monde, pour m’échapper de la réalité. Je pense que le monde que j’invente avec la musique et les mots, a autant d’existence que le monde réel. Je me sens bien en écrivant des chansons et des histoires, parce que ça me permet de recréer un monde plus satisfaisant pour moi que le vrai, un monde auquel je crois, même si les apparences en sont fausses.

Texte paru dans Entre les lignes, entre les Signes, éd. RMC.

Cet article vous a été proposé par : Françoise Hardy



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