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| Publié le : 14 février 2005
Synchronicité jungienne et astrologie
La Fédération Des Astrologues Francophones (FDAF) a organisé, fin avril 2001 à Paris, un séminaire autour de la Synchronicité et l’astrologie animé par Michel Cazenave, écrivain, directeur de programme à France-Culture et directeur de la traduction des œuvres de Carl-Gustav Jung en français. En tant que tel, Cazenave est un très orthodoxe “gardien de la mémoire” de Jung.
Pour introduire le concept de synchronicité, Cazenave a raconté une anecdote : “Jung recevait une patiente, dotée d’une structure rationnelle poussée à l’extrême, avec laquelle il n’arrivait à rien, parce que ces défenses rationnelles se mettaient immédiatement en place. Au bout de six mois de cure, il envisageait de mettre fin aux entretiens, lorsque la patiente vint le voir et lui relata un rêve dans lequel intervenait un scarabée doré, insecte commun dans les contrées d’Afrique du Nord mais totalement inconnu en Suisse. Alors que le récit du rêve se poursuivait, un grand bruit attira Jung à la fenêtre, qu’il ouvrit puis il se retourna vers sa patiente et lui tendit un scarabée doré. A partir de ce moment, confronté à cet événement relevant du “miracle”, le système de défense craqua et la cure put se poursuivre”. C‘est en notant ce genre de coïncidences étranges que Jung a été amené à imaginer sa théorie de la synchronicité, selon laquelle des événements apparemment sans liens de cause-à-effet mais se produisant simultanément auraient un sens d’une très grande portée symbolique. Voilà ce qu’en disait Cazenave lors du séminaire de la FDAF : “La synchronicité suppose l’existence d’un monde symbolique, non matériel, d’un monde d’images, d’éléments constitutifs du discours mythique, espace intermédiaire entre notre monde et l’origine de notre existence... Selon son mode propre, tout symbole entraîne d’autres symboles avec lui dans une chaîne signifiante selon les lois internes de la signification, ce qui entraîne nécessairement la notion d’âme du monde...”. Plus tard il déclare (au grand ravissement des astro-symbolistes de la FDAF) qu’une astrologie “qui se définit dans sa dimension poïetique se pose comme antérieure et fondatrice du discours astronomique, ce qui suppose une vue du monde qui peut-être facilement déconnectée de l’état des sciences”. Pire encore, il affirme que “Morin de Villefranche aurait dû tenir compte de la différence introduite par Kepler entre astrologie et astronomie, au lieu de s’épuiser à démontrer que l’astrologie est une science”. Enfin, dernière cerise sur cet immangeable gâteau ; il n’a pas oublié de rappeler doctement que “Lorsqu’une planète existe dans le macrocosme et le mésocosme, ce n’est pas la même chose, seulement le même nom”. Voilà un discours qui ne peut que ravir certains anti-astrologues et qui justifie en même temps les pires errances irrationalistes des astro-symbolistes. Super-Gémeaux, Cazenave a un Sens des Ensembles très proche du grand méli-mélo. Si la synchronicité jungienne n’est qu’un espace purement symbolique sous-tendu par aucun signal, ce n’est jamais qu’un moyen commode pour justifier a posteriori des coïncidences que l’on estime signifiantes. Les conditionalistes ne mangent pas de ce pain (béni ?)-là. Le vrai problème qui se pose est celui de la nature du Temps.
Dans la conception diachronique, chronologique du Temps, les événements s’enchaînent selon la loi de cause à effet. S’il existe un temps synchronique où opèrent des phénomènes simultanés selon des causalités complexes ou des a-causalités, et nous le pensons, alors il faut s’interroger sur la nature et les différentes modalités de la temporalité, et non se réfugier avec couardise dans un “espace symbolique” qui échapperait à tout déterminisme physique... et astrophysique. Des expressions creuses comme “l’âme du monde” n’expliquent rien... sauf pour les étourdi(e)s de la FDAF. L’une d’entre elles n’hésite d’ailleurs pas à s’exclamer : “Moi qui ai toujours eu des difficultés à affirmer que je ressens l’astrologie comme une matière littéraire plutôt que scientifique, je me sens d’emblée réconfortée en entendant Michel Cazenave déclarer haut, fort et clair : “Je n’ai jamais considéré l’astrologie comme une science”. Formidable : l’astrologie serait une “matière littéraire” ! Dans le genre connerie monstrueuse, il est difficile d’aller plus loin. Cette astro-symboliste a dû apprendre à lire dans les éphémérides, faire ses premières dissertations sur le roman bien connu des lois de Kepler, ce célèbre romantique hugolien, et passer sa thèse de doctorat en littérature comparée sur les systèmes de domification de Placidus et de Régiomontanus (deux grands poètes élégiaques que Lagarde et Michard ne citent pas assez souvent, de mon point de vue...) Bilan : avec Cazenave et la FDAF, l’anti-astrologie a encore de beaux jours devant elle, et peut parfaitement se passer des rationalistes des diverses Académies des Sciences. Misère ! Voir aussi : Carl-Gustav Jung et l’astrologie
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Richard Pellard
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