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Patrice Alègre, le Gémeaux psychopathe

Les tueurs en série ont-ils un ciel de naissance caractéristique, un profil zodiaco-planétaire-type ? Si la réponse est oui, alors ce Thème pourrait être celui de Patrice Alègre, psychopathe notoire, serial killer doublé d’un tueur à gages qui défraie la chronique judiciaire française depuis cinq ans. Mais ce pourrait être aussi le vôtre, ou le mien. Ce n’est pas dans le ciel que se forgent les pulsions criminelles et les déviances psychopathologiques, mais sur la Terre, dans le creuset brûlant des conditionnements sociaux et familiaux, ce qui n’élude pas la question du Mal, qui est peut-être d’essence métaphysique. Ceci dit, quel regard l’astrologie peut-elle porter sur un tel cas ? Le Thème natal de Patrice Allègre nous apprend-il quelque chose sur son monstrueux mode de fonctionnement ?



Le portrait informatisé

Commençons par une diversion. Notre logiciel Astrosoft propose, outre une méthode de hiérarchisation des éléments du Thème, des interprétations pour l’instant très simplifiées. Elles sont basées sur les textes d’interprétation des Aspects (tirés de mon Manuel d’astrologie universelle) et de ceux que j’ai consacrés aux familles R.E.T. en Signes qui ont été publiées dans le Fil d’Ariana.

Avant de commencer la rédaction de cette étude, j’ai entré les coordonnées natales de Patrice Alègre et cliqué sur le bouton « Interprétation » (vous pouvez le faire également) pour obtenir son mini-portrait astrologique. Résultat : c’est un charmant garçon extraverti, sociable, aimant attirer l’attention sur lui, curieux, communicatif, séducteur, affectif, etc. mais risquant de pécher par désinvolture, légèreté, insouciance, etc. Normal : le programme a sélectionné la famille ‘R’ dominante en Gémeaux et les cinq premiers Aspects, qui sont tous considérés comme consonants. Les premières dissonances n’apparaissent qu’au delà de la dixième place du classement des Aspects (carrés de Vénus, Mars, Soleil et Mercure à Uranus et Pluton).

Difficile de reconnaître dans ce portrait celui d’un dangereux psychopathe hanté par une irrépressible pulsion de meurtre. N’importe quel anti-astrologue primaire ou secondaire en conclurait avec satisfaction que l’astrologie est dans ce cas précis incapable de décrire réalistement un profil psychologique.

En passant, je rappelle que cette expérience avait été réalisée en 1968 par Michel Gauquelin. Il avait fait passer dans la presse l’annonce suivante : « Totalement gratuit ! Votre horoscope ultra-personnel. Un document de 10 pages. Bénéficiez d’une expérience unique. Envoyez nom, adresse, date et lieu de naissance : Astral Electronic ». À chacun des 150 premiers correspondants, il a fait parvenir la même étude de Thème tirée du programme informatique Ordinastral, dont les textes avaient été écrits par André Barbault. Ce Thème était celui du docteur Petiot (né le 17/01/1897 à 2 h 51 TU à Auxerre), célèbre tueur en série qui avait assassiné une cinquantaine de personnes au cours de la IIe Guerre Mondiale. 94 % des personnes se sont reconnues dans ce portrait et 80 % de leurs proches ont confirmé ce jugement favorable à l’astrologie. Gauquelin, qui n’a pas mentionné dans son compte-rendu d’enquête le niveau intellectuel et socioculturel des individus ayant participé à cette expérience, en a conclu 1) que les gens se reconnaissent dans n’importe quel portrait psychologique et 2) que l’astrologie avait été prise en défaut.

Thème natal (à gauche, Thème d’écliptique, à droite, Thème de domitude) de Marcel Petiot.

Mais les choses sont beaucoup moins simples qu’il n’y paraît. Les textes des interprétations d’Ordinastral rédigés par André Barbault ne concernent que les positions des planètes rapides en Signes et l’Ascendant. Les éléments du Thème ne sont pas hiérarchisés et les Aspects ne sont pas pris en compte. La soi-disant étude astrologique se composait donc d’une suite de six textes décrivant schématiquement, dans un registre astro-symboliste, l’AS Scorpion, le Soleil en Capricorne, la Lune en Cancer, Mercure en Verseau, Vénus en Poissons et Mars en Gémeaux. Passées à la trappe, la conjonction Saturne-Uranus opposée à Mars sur la ligne d’horizon, l’opposition Jupiter-Vénus angulaire et toutes les autres configurations… dans lesquelles il est probable que des gens « normaux » sachant à peu près comment ils fonctionnent auraient eu du mal à se « reconnaître » aussi massivement et aussi facilement.

En dépit de ces profondes différences entre les interprétations conditionalistes d’Astrosoft et celles d’Astroflash, le problème demeure entier. On ne saurait rendre les dissonances majeures du thème de Petiot, pas plus que les consonances majeures du thème d’Alègre, responsables de leurs comportements criminels. Quantité de gens sont nés avec le même Thème que Petiot et Alègre, et il est évident que presque tous ne sont pas devenus des serial killers. Gauquelin est tombé dans le piège de l’horoscope absolu, tout comme les astro-symbolistes qu’il pourfendait. Le thème de naissance ne peut être interprété qu’à la lueur des conditionnements extra-astrologiques tels que l’hérédité, le sexe, l’éducation, etc.

Même le meilleur logiciel « conditionaliste » n’est pas vraiment conditionaliste s’il n’intègre pas ces paramètres dans son programme. C’est difficile à faire, mais pas impossible dans le cadre de l’intelligence artificielle.

De ce fait les interprétations comme celles que délivrait un logiciel comme Ordinastral ne peuvent concerner que des individus « normaux » — entendez, ceux dont les conditionnements héréditaires, familiaux et sociaux ne revêtent pas un caractère extrême et n’obèrent pas leur aptitude à réaliser aussi harmonieusement et aussi totalement que possible la « proposition d’être » contenue dans leur Thème natal.

Bien des gens ont du mal à être eux-mêmes. Certains n’y parviennent jamais. Parfois, la Terre est plus lourde que le ciel. Dans le cas de Patrice Alègre, c’est particulièrement évident. Et pourtant, en dépit des lourdeurs terrestres, il reste toujours quelque chose du ciel. Tordu, dévié, écrasé, mais bien réel.

Les violences originelles

L’enfance dans une « atmosphère invivable »

Il vaut mieux être un enfant désiré que pas désiré, c’est bien connu. Pour Patrice Alègre, ça démarre mal avant même qu’il ne naisse : ses parents ne voulaient pas de lui, et cela ne semble pas dû à une mystérieuse prescience de ce qu’il allait devenir. Sa mère Michelle était une enfant de l’Assistance Publique. À 17 ans, elle couche avec Roland, un bidasse âgé de 20 ans. Évidemment, elle se retrouve enceinte. « C’est l’état de sa compagne qui l’a amené à l’épouser, contre son gré, car il avait le sens du devoir… ils n’en voulaient pas », se rappelle la mère de Roland. Patrice naît donc peu avant le solstice d’été 1968.

Ensuite ? Il grandit, selon lui, « dans une atmosphère invivable ». Son père, qui devient CRS, est un homme rigide et violent, souvent absent du fait de ses déplacements professionnels. Il tabasse régulièrement son fils afin qu’il « marche droit ». « Il n’y a pas de bon en lui, il ne rentrait que pour taper et gueuler », résume Patrice, qui assiste aussi à de nombreuses « soirées bagarres » entre ses parents, au cours desquelles il tente de protéger sa mère, ce qui lui vaut de recevoir de nouvelles « branlées » de la part de son beauf de père très porté sur la bouteille.

Sa mère est une jolie coiffeuse délurée qui échouera dans la gestion de ses trois salons de coiffure successifs. Pendant les absences de son mari, elle boit beaucoup, sort beaucoup et multiplie les amants de passage. Patrice l’adore et la mène par le bout du nez avec gentillesse : elle lui passe tous ses caprices, lui pardonne tous ses excès, bref n’a aucune autorité. Il la considère comme « une grande sœur » adorée avec qui « tout allait bien ». Un rapport psychiatrique note que « Patrice Alègre a vu sa mère saoule très souvent. Cela lui faisait mal. Il l’a même vue s’effondrer en plein salon de coiffure, dans le coma. »

Selon le même rapport, Alègre était placé « en position de complicité avec sa mère qui se livrait à des ébats sexuels avec des amants qu’il percevait comme des copains ». Elle lui demandait même parfois de « faire le guet » quand elle les recevait. En général, il ne voyait pas leurs ébats, mais il entendait leurs gémissements et les grincements du sommier, qui l’empêchaient souvent de dormir.

De scènes violentes en scènes violentes, le couple essaye plusieurs fois de se séparer, sans réussir. Deux autres enfants naissent. Lorsque Patrice a 10 ans, sa mère fait une tentative de suicide. Ratée, comme sa vie. À la même époque, Roland revient d’un méchoui un peu trop arrosé, rosse une fois encore sa femme et manque de la tuer, l’accusant d’envoyer des « gâteries à Patrice qui était en colonie ». À cette occasion, Patrice promet à sa mère de tuer son père. « Il l’aurait peut-être fait, si elle avait dit oui, par respect pour elle », notent les psychiatres. Elle dit non. Alègre attendra dix ans encore avant de se transformer en serial killer qui ne tuera pas son père.

Une adolescence tourmentée

Évidemment, une telle ambiance familiale influe sur les résultats scolaires de l’enfant, qui ne cesse de redoubler et de changer d’établissements, sans résultats. Dès la 5e, il commet ses premières « bêtises » : vols de mobs, bagarres, découverte de l’alcool et du haschisch. Son beauf de CRS de père trouve que décidément, son fiston ne marche pas droit, mais il tient à sa réputation et abuse de sa situation de policier : aucune plainte ne sera jamais déposée. Le père couvre, s’arrange, rembourse cash les vols du fils quand il n’est pas en déplacement professionnel. Mais voilà : « A chacune de ses absences, Patrice commet une bêtise et la situation se dégrade davantage, observe un éducateur qui s’est occupé de Patrice adolescent. Profitant du mode de vie de sa mère, il obtient tout ce qu’il désire pour son silence ».

Ayant perdu toute autorité sur son fils, Roland le fait placer dans un foyer éducatif d’où Patrice fugue un mois plus tard. « Patrice est en train de gâcher son avenir. Il finira soit voyou, soit en hôpital psychiatrique, conclut l’éducateur, qui juge « indispensable » de lui suivre une psychothérapie à cet adolescent qu’il juge « inhibé et sportif ». C’est trop tard, les dés sont jetés. Il sera voyou.

À 14 ans il a « un niveau scolaire voisin du CM2, aucune motivation pour une formation ». Il ne vit plus chez ses parents, qu’il ne voit plus que de temps en temps, mais chez sa grand-mère maternelle qui le gâte et le laisse faire ce qu’il veut. Son argent de poche ne suffisant plus à financer ses frasques, il n’hésite pas, profitant de l’état de soûlerie de sa mère, à ponctionner le tiroir-caisse du salon de coiffure. De plus, « Le placement a culpabilisé la famille, constate une psychologue. Patrice Alègre se sent intouchable et le fait payer. On ne voit plus rien à proposer pour lui. Son père ne croit plus en lui et a une vision très négative tant de sa femme que de son aîné ». Il est alors un adolescent « paumé, ne sachant qui écouter », selon lui-même, passant ses journées à traîner, à boire de l’alcool et fumer du shit avec ses copains de désœuvrement. Il s’improvise dealer, voleur de voitures.

À 16 ans, il mène une vie de marginal. Pour ses copains, c’est un petit caïd. L’été 1984 voit l’apparition de son premier passage à l’acte meurtrier : lors d’une fête au cours de laquelle il était « pas mal saoul », il tente d’étrangler une jeune fille, sans qu’il poursuive son étreinte. Elle l’avait repoussé et cela l’avait « sûrement énervé », expliquera-t-il plus tard aux psychiatres.

À 18 ans, malgré leurs mauvaises relations, son père lui trouve un contrat emploi-solidarité comme barman à la buvette de l’ancien commissariat central de Toulouse. Patrice y reste six mois, puis enchaîne les petits boulots dans l’hôtellerie ou ailleurs. Il a peu d’amis, vit avec sa compagne Cécile, qu’il tabasse régulièrement. Ils ont ensemble une petite fille, Anaïs, qui naît le 23 juillet 1989. Sept mois plus tard, le 21 février 1989, il commet son premier meurtre sur la personne de Valérie, une collègue de travail devenue une amie qui avait refusé ses avances.

L’entrée dans la grande délinquance

Cécile est alors la seule à travailler. Lui passe de la petite à la moyenne délinquance, ce qui lui permet d’avoir un train de vie de plus en plus dispendieux. Il s’achète de belles voitures et motos qu’il casse les unes après les autres. Interpellé à de multiples occasions pour violences en état d’ivresse ou sous l’emprise de la drogue, il passe sept mois en prison en 1994. Il est casseur, dealer, maquereau, homme de main du milieu toulousain. Et il tue.

Ce n’est qu’en septembre 1997 que les flics qui sont sur la trace du serial killer parviennent à l’arrêter. Pour cinq meurtres avérés, Alègre est condamné en 2002 à la prison à perpétuité. Mais il a depuis avoué d’autres meurtres. Et les gendarmes ont exhumé 191 dossiers « poussiéreux » concernant des meurtres non élucidés, suicides douteux, morts naturelles « suspectes » ou disparitions de femmes susceptibles d’avoir croisé le chemin du tueur entre 1990 et 1997… La saga Alègre n’est sans doute pas finie.

Gémeaux « R extensif »

« Prends deux petits chiots qui viennent de naître. On en met un dans une famille où il va avoir à manger, recevoir de la chaleur, des câlins. L’autre, on le met dans une cage, noire, sans lumière, on le tape tous les jours, on ne lui donne pas à boire et à manger. Au bout d’un an, on laisse les deux chiens libres dans un parc où il y a beaucoup de monde. Tu verras les réactions. Le premier va jouer avec tous les enfants, il va être sociable ; l’autre va mordre toutes les personnes qui vont s’approcher de lui ». (confidence de Patrice Alègre à un codétenu).

Soleil, Mercure et Vénus, les trois planètes de la « Représentation extensive », sont donc dominantes, et en Gémeaux s’il vous plaît ! Le tueur en série à la sociabilité spontanée tous azimuts n’aurait-il pas le « Thème de l’emploi » ? Certains argueront de la conjonction de Mars (un Aspect ambivalent, pas nécessairement consonant) aux planètes ‘R’ au double carré d’Uranus-Pluton pour justifier son agressivité sournoisement meurtrière. Pourquoi pas ? Mais on pourra objecter que ce même Mars est aussi au double sextile de la Lune et de Jupiter, et que ces deux planètes passent avant le duo Uranus-Pluton dans la hiérarchie natale. Et de toute façon, le ‘R’ en Gémeaux est dominant.

Le niveau ‘R’ est en rapport avec l’importance des premiers modèles, qui sont presque toujours les modèles parentaux. Dans le cas d’Alègre, ces premiers modèles ont été profondément déficients : un père alcoolique et violent incapable d’exercer une réelle autorité — et de surcroît représentant de la loi, de l’ordre et de la norme de par sa profession ! — et une mère alcoolique, volage et complice de son enfant. Pas de quoi, a priori, se forger de nobles idéaux et des valeurs structurantes. Ceci d’autant plus que le niveau ‘R’ est aussi en rapport avec nos premiers systèmes d’attente : avec un niveau ‘R’ dominant, on a plus que d’autres besoin d’être d’emblée attendu, reconnu, estimé. Or Alègre n’était ni attendu ni désiré par ses parents. Il n’était pas spontanément le bienvenu : une expérience, un conditionnement extra-astrologique profondément traumatisant pour un ‘R’, et plus précisément un solaire.

Pour son père il n’était qu’un déchet irrécupérable tout juste bon à être battu comme plâtre ; pour sa mère, qui a fini par l’aimer bien qu’elle ne l’ait pas désiré, c’était un enfant-roi capricieux auquel elle ne refusait rien ; plus tard, sa grand-mère adoptera la même attitude vis-à-vis de lui. Déchet irrécupérable et martyrisé d’un côté, enfant-roi complice de frasques érotiques de l’autre : difficile de se construire une identité solaire « normale » dans un tel contexte, qui ne pouvait qu’optimiser les pires effets de la dissonance natale d’un Soleil très dominant à un Pluton faible : loin de céder à la tentation de jouer à l’anti-modèle paternel (ce qu’un Pluton plus valorisé lui aurait peut-être permis, Alègre a au contraire imité ce modèle dans ses pires travers : machisme, violence et toxicomanie.

Qu’a pu être le processus d’intégration des deux autres planètes ‘R’, Mercure et Vénus, dans un tel contexte ? Commençons par la première année, qui est celle pendant laquelle, selon la Théorie des âges, s’actualisent préférentiellement les virtualités de la « Représentation extensive ». N’ayant pas été un enfant désiré, et étant donné l’irresponsabilité de ses parents et en particulier de sa mère, il est probable que le petit bébé Alègre ne devait pas être l’objet d’une attention soutenue et que sa mère ne devait guère s’occuper de la nécessaire stimulation de sa curiosité naturelle (Mercure) et de l’éveil de sa sensorialité (Vénus). Les bonnes fées de la communication et de l’affection ne devaient pas souvent se pencher sur son berceau, d’où il ne pouvait que contempler le terrible spectacle de bagarres d’ivrognes et qu’écouter des cris de colère ou de douleur. Un drôle d’apprentissage de la sociabilité…

Pendant les années suivantes de l’enfance, il ne fut sans doute pas mieux loti. Mercure et Vénus en lui ne pouvaient s’intéresser qu’à la valse pornographique que des amants de passage dansaient avec sa mère. De quoi éveiller des curiosités mercuriennes malsaines et une affectivité vénusienne trouble et équivoque dans le cadre de modèles solaires non-structurants et même déstructurants. Ajoutons en toile de fond l’extrême suggestibilité du Gémeaux (forcément inadapté à une vie « normale ») en toile zodiacale de fond (difficulté à couper le contact, à échapper à l’ambiance, à dire « non » aux excitants négatifs, ce qui peut favoriser un très faible pouvoir de résilience), et nous pouvons commencer à comprendre en quoi et comment Alègre est effectivement bien un Gémeaux ‘R’.

Gémeaux ‘R’ à sa manière, il le fut aussi pendant son adolescence délinquante et vagabonde. Frimeur, drôle, séducteur, il est déjà un petit caïd, centre d’attraction de sa bande de copains avec lesquelles il partage désœuvrement, alcoolisme et polytoxicomanie. Vivant chez sa grand-mère, il bénéficie alors d’une totale liberté, d’une absence absolue de contraintes. En bon Gémeaux ‘R’, il s’en souviendra plus tard comme de la « période plus heureuse » de son existence. « La plus libre », corrigeront les psychiatres.

Au sortir de l’adolescence, il est toujours aussi Gémeaux ‘R’ inadapté à une vie sociale « normale »… mais hyper-adapté à la délinquance. Fanny, l’une de ses compagnes, le décrit ainsi lorsqu’il avait 22 ans, qu’il était dealer-cambrioleur, déjà père et criminel en secret : « Patrice était plein de thunes, flambeur et bien sapé. C’était le loup blanc de Toulouse, le roi dans la rue. Il était beau mec et en a beaucoup joué sur les filles. Tout le monde lui léchait les pieds ». Il n’était « pas fidèle et pas sentimental, pas le genre à raconter sa vie. Patrice a toujours été manipulateur ». Pour un de ses amis rencontré en prison, « C’était quelqu’un de connu dans le milieu, il y était quelqu’un de correct. C’est pour ça qu’il a du mal à être une balance ». Alègre : un type sympa, « correct », un Gémeaux ‘R’ doué pour se mettre au centre de multiples réseaux de relations et en tirer gloire, profit et reconnaissance : « Je sais que Patrice Alègre connaît aussi le secteur de Sète et surtout le Cap d’Agde. Pendant la période estivale, il y a beaucoup de monde interlope qui travaille là-bas, avec les casinos, l’échangisme, le camp naturiste le plus grand d’Europe ».

Là, on commence à approcher du Alègre « e intensif »

Gémeaux « e intensif »

« Comment t’expliquer ? C’est comme une plante : avec du soleil, de l’eau et beaucoup d’amour, elle pousse droit. Si elle prend la grêle, des coups, trop d’eau, alors elle va pousser tordue anormalement. Comprends-tu, tout le reste de sa vie va s’en trouver changé. C’est ce qui s’est passé avec moi » (lettre de Patrice Alègre à sa fille).

Avec une conjonction Vénus-Mars dominante, Alègre est également très marqué par l’« existence intensive ». C’est un affectif qui réagit avec ses tripes, un réagissant en quête de sensations fortes, un être qui vit dans l’urgence de ses désirs. Mais cette affectivité frémissante, à fleur de peau, cette sensorialité toujours prête à réagir au moindres stimuli a elle aussi été gravement perturbée par le climat pathogène de la cellule familiale. Sa mère aimante comblait certes ses besoins vénusiens, mais son apprentissage des réalités marsiennes fut des plus brutaux avec son père à qui il arrivait, en sus des « branlées » ordinaires à coups de pied, de poing ou de ceinture, de le « battre dans son lit à coups de rondin ». C’est plutôt « duel » dur que « duo » doux. Et pas du « duel » à la régulière : le plus fort massacre le plus faible. Et pas non plus du « duo » épanouissant : complice des frasques sexuelles de sa mère nymphomane, cette « grande sœur » qu’il « adore ».

Chez lui, les affects étaient infects. Les corps étaient de la viande qu’on vendait, qu’on défonçait et qu’on tabassait. À un compagnon de cellule, Constantin Davidof, Patrice Alègre a beaucoup parlé de son père : « Quand il avait 10 ou 11 ans, il avait fait une petite connerie d’enfant, il a été attaché avec une chaîne en métal et tabassé d’une manière qui n’est pas digne d’un père. Mais il y a une autre chose plus grave qui a déclenché cette folie d’ordre sexuel : son père tabassait sa mère. C’est arrivé plusieurs fois que sa mère soit ensanglantée et qu’une heure ou deux heures après, son père revienne lui faire l’amour. Le petit enfant qu’était Patrice Alègre a surpris plusieurs fois cette scène… ça l’a marqué à vie. Il a évoqué ces scènes comme le motif qui a déclenché cet espèce de sadomasochisme qu’il a dans sa tête ». « L’enfant qu’il était autrefois a subi des traumatismes désorganisateurs dans le contexte des débordements sexuels maternels, affirment de leur côté les psychiatres qui l’ont examiné. Excité et terrorisé autrefois par les gémissements maternels, il est devenu l’adulte tout-puissant et terrorisant qui supprime ces gémissements en étranglant ses victimes ».

Quel type autre de sensorialité pouvait-il développer dans un tel contexte ? Pour Alègre, une relation affective est une relation de violence sanglante. Rien ne doit s’interposer entre ses pulsions et les objets de ses désirs. Sinon au mieux il frappe, au pire il tue. Sa sexualité sera très précoce : à douze ans, c’est déjà un chaud lapin qui a une petite amie de 16 ans. Mais à 13 ans, lors d’une fugue, il est pris en stop par des hippies, qui lui proposent un joint, puis un shoot d’héroïne. « Il s’est senti devenir comme un légume, écrivent les experts qui l’ont entendu en prison. Ils en ont profité pour abuser de lui. Il aurait été sodomisé dans une Ami 8. Il n’en a parlé à personne. Il pense avoir ressenti de la haine ». Pour les psychiatres, « on peut penser que ce viol a puissamment réactivé les traumatismes infantiles ». Ce viol a certes été traumatisant, mais en bon Gémeaux ‘e’ inadapté, Alègre en a quand même profité pour ajouter l’homosexualité à sa panoplie d’expériences sexuelles et, évidemment, il ne s’agira pas d’une homosexualité « normale », mais de relations sadomasochistes avec des travestis. Ceux-ci en témoignent : « Il restait parfois longtemps à nous observer et il faisait peur à certains d’entre nous… Il avait avec chacun de multiples relations passives et actives ».

Le « e intensif » de Vénus-Mars en Gémeaux, c’est aussi la recherche de sensations fortes en totale désinhibition. Sensations fortes de la drogue et de l’alcool dès le début de l’adolescence : « Cette consommation s’associait à une alcoolisation massive, notent les psychiatres. Par la suite, la recherche d’un état second lui a fait préférer l’association avec la cocaïne et l’ecstasy à l’héroïne. Cette polytoxicomanie plus ou moins anarchique le fait rechercher un état de désinhibition au cours duquel il se montre particulièrement agressif et violent. » Gémeaux ‘R’ et ‘e’ adulte, « Il ne prenait pas de la cocaïne tous les jours, parce que c’est cher, mais des fois, en fin de semaine, il faisait des folies, un mixage de tout. Le truc que je sais, c’est qu’il se procurait de la bonne cocaïne pour du beau monde. Il jouait l’intermédiaire ». Il fréquentait les bars de nuit. « Vous savez, disait-il, quelqu’un qui a une bonne coke, il se balade. » Il « recherchait cette espèce d’excitation qui remonte à son enfance. Il m’a expliqué qu’au moment où il commettait ses crimes, il prenait une espèce de « cocktail Molotov » de différentes drogues. De la cocaïne, mais aussi de l’ecstasy, du haschisch, de l’alcool ». Sensation forte du meurtre aussi : Alègre racontait à son compagnon de cellule qu’« avec l’adrénaline que cela lui procurait, ça le mettait dans une autre dimension, ça lui donnait envie de passer à l’acte. Il m’a fait comprendre qu’il avait une espèce d’extase ».

Et l’amour dans tout ça ? « Et la tendresse, bordel ? » Alègre en était-il capable ? Oui, pour sa mère, avec lequel il se comportait comme un enfant adorable, qu’il menait « par le bout du nez », et toujours avec gentillesse, a-t-elle raconté à une psychologue : « Il proposait par exemple de faire le ménage au lieu d’aller en classe, et elle acceptait ». Patrice, lui, comparait sa « jolie » mère à « une grande sœur » adorée avec qui « tout allait bien », et à qui il pardonnait tous ses excès… parce qu’elle pardonnait tous les siens. Oui aussi, dans une certaine mesure et à sa manière très particulière pour Cécile, la mère de son enfant, l’une de ses relations de couple les plus longues : lorsqu’il avait failli l’étrangler (alors qu’il avait déjà commis plusieurs meurtres) parce qu’elle refusait une relation sexuelle, il s’était repris en la voyant à demi-évanouie, lui disant « pas toi, pas toi ». Oui encore pour sa fille : entre deux deals ou casses, il « restait à la maison, où il aime faire le ménage et la cuisine et s’occuper de sa fille ». Il a avoué aux psychiatres avoir pleuré à cette époque en pensant à sa fille. Ses premières larmes depuis son enfance. Mais il lui arrivait surtout de « quitter la maison pour plusieurs jours et de rentrer en pleine nuit, de tout casser, surtout vers la fin » de leur relation, en 1995, raconte son ancienne compagne.

« Il a beaucoup de regrets pour sa fille, explique son codétenu Constantin Davidof. Il n’est pas fier de ce qu’il a fait. […] J’ai vu des larmes dans les yeux de Patrice Alègre quand il me parlait de sa fille. Mais il a un grand regret : ne pas avoir tué son père ». Le psychopathe avait parfois le cœur tendre… mais toujours la rancune tenace.

Gémeaux « P extensif »

Avec une conjonction Soleil-Mars dominante au carré de Pluton, Alègre est aussi très marqué par le « Pouvoir intensif ». Roitelet frimeur de la pègre, guerrier brutal des bas-fonds, certes… mais pas très « sorcier », pas très « Transcendant ». Il ne connaît qu’une loi : celle de la violence dominatrice. Nous avons vu, grâce au témoignage de son codétenu, que son côté Gémeaux ‘e’ prenait un sensuel plaisir à violer et à tuer. Du côté ‘P’, c’est une autre histoire, une histoire de Pouvoir, et son désir de toute-puissance a frappé les psychiatres qui l’ont approché : « S’il y a plaisir, c’est essentiellement celui de la toute-puissance, qui décide de la vie ou de la mort, analysent-ils. Il est bien plus qu’un pervers sexuel. Se sentant victime de violences injustes,il estime qu’il a désormais tous les droits, qu’il a déjà payé ».

Et le carré de Pluton ? Il est bien tentant de le survaloriser pour expliquer le comportement défiant de ce voyou marginal… mais ce serait céder à la facilité. Alègre était certes une voyou marginal, mais un voyou marginal solaro-marsien : frimeur, soucieux de son image, brutal, violent, pas très sophistiqué, pas très complexe finalement. Il s’est plus construit sur un rejet de Pluton par Soleil-Mars que l’inverse. Il cherchait avant tout la gloire, l’argent et la satisfaction de ses désirs primaires. Il n’était ni révolté ni anarchiste. C’était un dealer mondain, pas une éminence grise. Un être incapable de remettre en question ses modèles et ses façons d’agir.

Jupiter/Vierge consonant

Eh oui, il faut s’y faire : Alègre est né sous un magnifique Jupiter angulaire et consonant aux autres planètes dominantes, ce qui aurait dû faire de lui, si l’on en croit les légendes concernant cette fonction planétaire, un individu hautement socialisé, respectueux des normes, pragmatique et organisé. Ce n’est pas vraiment le cas. Et pourtant, Alègre est bel et bien jupitérien.

Revenons donc à la Théorie des âges. C’est au stade jupitérien (entre 2 et 12 ans) que l’on fait l’apprentissage du langage officiel et des codes, règles, lois et normes qui visent à discipliner le vécu pour rendre possible la vie collective. Dans le cadre d’une enfance « normale », c’est grosso modo ce qui se passe. Dans une enfance pathogène comme celle qu’a vécue Alègre, il se passe la même chose… mais autrement : le contenu jupitérien reste identique, pas le contenant. Alègre n’a pas été « éduqué ». Pour discipliner son turbulent vécu marsien, son père n’a trouvé qu’une règle : l’extrême violence. La violence est ainsi devenue l’instance régulatrice, normative du tueur en série. La nature des normes ‘r’ jupitériennes dépend des standards du milieu d’évolution.

On retrouve une façon plus banale de vivre la fonction jupitérienne dans le goût du luxe d’Alègre, son amour des grosses bagnoles et grosses motos, son train de vie dispendieux, son ambition de se tailler une grosse part du gâteau de la pègre. Et après tout, les sextiles qu’envoie Jupiter au « R extensif » en Gémeaux devaient être bien utiles pour ce VRP multi-cartes de la défonce et de la chair fraîche : bagout, sens de la négociation, aptitude à saisir les bonnes opportunités, charme intéressé, aptitude à vendre et à se vendre, à démontrer son savoir-faire crapuleux et à le faire savoir…

Reste qu’Alègre est à la fois « r intensif » (Soleil sextile Jupiter, carré Uranus) et « E extensif » (Jupiter sextile Mars, trigone Saturne). En ‘r’, c’est un chef, un leader soucieux de son prestige et de son image de marque. En ‘E’ c’est finalement et dans son genre un bon « biznessman », un être concret et réaliste doué pour arrondir sa cagnotte et accéder à la promotion sociale par ses qualités d’homme de terrain… et surtout de main : « Je suis persuadé qu’il a été un intermédiaire », juge son ex-codétenu. En tous genres : « Il y avait une demande de filles pour les soirées sadomasochistes, il connaissait du monde pour faire ce boulot, et ça rapporte aussi de l’argent, il en avait besoin ».

C’est peut-être aussi grâce à ce Jupiter-Vierge dominant et consonant qu’il a bien voulu reconnaître des crimes qu’il avait commis, mais pas les autres (inhibition bloquante en sens des contraires, « faut pas exagérer quand même ! »). Il a expliqué à son codétenu que « les enquêteurs cherchaient à lui mettre sur le dos beaucoup de crimes non résolus qu’il n’a pas commis ». « Il avait des regrets d’avoir reconnu ce qu’il a fait, parce qu’il a été honnête avec les gendarmes  : pour certains des cinq crimes qu’il a commis, ils n’avaient pas beaucoup de preuves ». Où va se loger le respect de la loi ! Enfin, notons, toujours d’après son codétenu, que « dans la période où il était en cavale, il avait arrêté un peu la consommation des drogues, parce qu’il avait peur de faire des conneries. C’est pour ça qu’il n’est pas de nouveau passé à l’acte ». En bon jupitérien de la Vierge, Alègre était donc capable de gérer prudemment et pragmatiquement ses désirs et besoins quand il le fallait…

Lune-Saturne en Bélier

Cet Aspect n’est pas dominant. Par contre, de part les sextiles qu’il forme avec les planètes dominantes, il mérite d’appartenir à la catégorie des « sous-dominantes », c’est-à-dire ce que nous sommes « parfois » (alors que les dominantes correspondent à ce que nous sommes « souvent » et les non-dominantes à ce que nous sommes « rarement ou jamais »).

« Parfois » donc, Alègre fonctionnait sur le mode Lune-Saturne/Bélier : une intimité inquiète et turbulente en quête de détachement, le besoin de se retirer dans une « bulle » solitaire et méditative, le pôle Bélier ne pouvant par ailleurs que renforcer l’hyper-excitation et la faiblesse d’inhibition du pôle Gémeaux. Même quand il voulait se retirer dans une intimité tranquille, Alègre restait agité.

Dans tout ce que j’ai lu sur le tueur en série, rares sont les allusions à cette facette, il est vrai non-dominante, de sa personnalité. Il semble qu’elle devait être de la partie dans ces brèves périodes où, entre deux mauvais coups, il « restait à la maison, où il aime faire le ménage et la cuisine et s’occuper de sa fille ». Mais ce rôle de papa-poule inquiet de sa progéniture n’était quand même vraiment pas fréquent.

Faiblesse du « T extensif »

Uranus, Pluton et Neptune sont les trois planètes les moins valorisées du Thème natal de Patrice Alègre. La famille « Transcendance extensive » se trouve ainsi entièrement à « l’Ombre ». Une Ombre perturbée-perturbante : les trois planètes forment des carrés avec les dominantes du « Héros ». Il y a interaction dissonante entre le fort et le faible, le dominant et le non-dominant, le conscient et l’inconscient. Les forces du « Héros » sont sans cesse en contact avec les faiblesses de l’Ombre. Une Ombre qui ne peut donc se laisser oublier ou refouler aisément.

Que peut signifier le « T extensif » faible ou « aveugle » ? Dans le cas d’Alègre, avec un « R extensif » hyper-dominant, peut-être une extrême difficulté, une impuissance ou une incapacité à auto-advenir en profondeur à soi-même au-delà de ses premiers modèles, de ses premiers conditionnements. Difficulté absolue à être en soi dans son ego réfractaire (Pluton), à s’affirmer en toute indépendance (Uranus), à écouter ses aspirations profondes et mouvantes (Neptune).

Alègre était prisonnier de ses réseaux relationnels, de son rôle social, de ses désirs impulsifs, de sa faim de gloriole, bref, vu du point de vue de l’Ombre, de ses dominantes : la recherche d’une vie facile, clinquante, superficielle, dans un hédonisme psychopathologique. Quels rapports entretenait-il avec son Ombre si proche ? Difficile à évaluer : c’est de l’ordre de l’intime, du mystère de sa personnalité, des pactes secrets qui, à l’intérieur de lui-même, lui permettaient de maintenir un semblant d’équilibre dans sa psyché perturbée. Se rendait-il obscurément compte que dans sa quête éperdue de reconnaissance, dans sa volonté de se rendre unique, indispensable dans son milieu social, il se fourvoyait en fait dans un voyage au bout d’une nuit dont il risquait de ne jamais revenir ?

Rien de tel que l’étude des transits pour étudier l’impact des fonctions planétaires non-valorisées. Et dans le cas d’Alègre, il faut évidemment s’intéresser à ses périodes meurtrières. Cela d’autant plus qu’il avouait lui-même que la plupart du temps, il était l’objet de forces qui le dépassaient lorsqu’il passait à l’acte criminel.

C’est en été 1984 qu’il manque de commettre son premier meurtre. Pluton est alors opposé à sa conjonction Lune-Saturne natale et Neptune opposé à son amas en Gémeaux. Puis, le soir du 21/02/1989, il tue pour la première fois : Uranus est alors opposé opposé à son amas en Gémeaux. Enfin, il commettra ses derniers meurtres avoués entre 1992 et 1997, alors que Pluton est au carré de Jupiter natal. Dans les trois cas, on le voit, les planètes ‘T’ forment des Aspects majeurs avec les dominantes…

Mais revenons à la date de son premier meurtre. L’opposition d’Uranus faible à Soleil-Mars natals forts peut bien sûr être à l’origine de ce passage à l’acte dans un sentiment halluciné de toute-puissance illusoire et subjective. Mais il est également intéressant de considérer les transits des planètes plus rapides. En l’occurence, une conjonction Soleil-Vénus qui transitait sur le MC natal à l’opposé de Jupiter natal, Vénus étant au carré de Mars-Jupiter. L’une des configurations dominantes majeur était alors réactivée. La mortelle synergie dissonante entre conscient et inconscient fonctionnait à plein…

Alègre et le S.O.R.I.

Un soir, après avoir longuement évoqué avec lui son enfance, sa vie et ses crimes, Patrice Alègre a confié à son codétenu Constantin Davidof : « Tu sais, ma vie, elle est foutue ». En une seule phrase, tout est dit : le tueur en série est incapable de sortir du référentiel Sujet. Ni remords ni regrets pour ses victimes objectives : l’Objet, l’Autre n’existe pas pour lui. Lors de son procès en 2002, le juge l’apostrophe : « Vous avez devant vous la seule des six victimes qui a survécu, j’aimerais que vous fassiez l’effort de nous dire ce que vous ressentez à cet instant ». « Patrice Alègre, écrit un journaliste assistant à cette scène, paraît ne pas comprendre ». Il n’est pas concerné par la présence de cet Autre. Alègre bafouille : « Ce que j’aimerais lui dire ?… » Lourd silence. Va-t-il exprimer un remords, un regret, ce qui serait une reconnaissance du mal qu’il a fait à cet Autre ? Non. Il se contente de lâcher cette phrase : « J’ai honte de ce que j’ai fait ». Ni remords ni regrets : le seul sentiment qu’il parvient à exprimer est ultra subjectif : la honte, « sentiment pénible provoqué par une faute commise, par une humiliation, par la crainte du déshonneur » selon le Larousse.

Confronté à sa victime, il n’est capable que de se lamenter narcissiquement sur son propre sort. Il n’a pas commis objectivement des crimes, il a fait des fautes personnelles auxquelles il est confronté dans le ghetto de son hyper-subjectivité. Peut-être reconnaît-il ainsi, en son for intérieur, que « ça ne se fait pas » de tuer, de violer et de voler. Mais il s’agit de valeurs purement internes, d’une délibération, d’un jugement entre lui-même et lui-même.

« Tu sais, ma vie, elle est foutue… J’ai honte de ce que j’ai fait » : seule compte sa propre vie, seuls sont pour lui signifiants ses propres sentiments et ses propres malheurs. Alègre est aveugle à l’Autre que lui, à l’Objet. De ce fait, il s’est révélé incapable de nouer de véritables Relations avec ses semblables. Ce genre de comportement ne lui est pas propre, il est tout-à-fait courant, il est même largement majoritaire chez les humains, et dans la grande majorité des cas, l’introjection « normale » par l’individu-Sujet des valeurs morales transmises et héritées (« Tu ne tueras pas, tu ne voleras pas ») conjuguée à la « peur du gendarme » suffit pour limiter les dégâts objectifs que peut induire l’hyper-subjectivité.

Mais dans le cas d’Alègre, vu son milieu familial pathogène, cette déficience est devenue l’un de ses pousse-au-crime majeurs. L’introjection des valeurs morales s’est faite sous les coups de ceinturon d’un père gendarme qui lui faisait peur et ne maniait que le bâton, jamais la carotte. Pas de gratifications narcissiques pour Alègre : juste des coups. Devenu adulte et incapable de résilience, il n’a pas ressenti la « peur du gendarme » en général… mais perpétué la haine subjective de son gendarme de père, image de tous les gendarmes futurs.

Sans reconnaissance de l’altérité, de l’Objet, pas de Relation. Et sans Relation, pas d’Intégration. Alègre s’est désintégré dans sa psychopathie en inflation de Sujet.

Épilogue : l’opposition de Pluton

Actuellement, Pluton transite à l’opposé de l’amas en Gémeaux. Le détenu va-t-il enfin passer à table, dénoncer les hautes personnalités qui ont été complices de ses crimes, bref, changer de modèle(s) ? Il est en tout cas à un carrefour de sa misérable existence, cela d’autant plus qu’Uranus transite le MC. À suivre…

Article paru dans le n° 21 du Fil d’ARIANA (avril 2004).

Note du 16/12/2004

Je viens de lire l’article « Stéphane Krauth, le drame de Bitch » écrit par Hubert Brégent dans le n° 36 (solstice d’hiver 2004) de la Lettre des Astrologues, bulletin interne de la F.D.A.F. (Fédération Des Astrologues Francophones).

Depuis quelques temps et dans cette même revue, cet astrologue « analyse » — si l’on peut dire — des Thèmes natals de tueurs. Son point de vue est ultra-traditionnaliste et ultra-fataliste : à l’en croire, les pulsions psychopathologiques et le destin anti-social des criminels dont il « étudie » le cas seraient entièrement inscrites dans leurs ciels de naissance. Jusqu’à présent, je me contentais de lire en diagonale ses délires interprétatifs avec un certain… fatalisme (je l’avoue). Mais dans le cas de Stéphane Krauth, il a passé toutes les bornes de la dangerosité fataliste. Je me sens obligé de réagir.

Rappelons l’affaire Krauth. Stéphane Krauth est né le 02/01/1978 à 10 h 20 TU à Mulhouse. Né d’une relation incestueuse entre sa mère, une enfant adoptée, et un membre de la famille de celle-ci, il est confié par elle à une famille adoptive dont le père alcoolique qui le bat à coups de bâton… n’est autre que son père biologique qui ne l’a pas reconnu. À l’âge de 4 ans, il est adopté par une nouvelle famille, cette fois tout à fait normale, qui essaie de l’élever de son mieux. Mais le mal est déjà fait. Adolescent, il apprend tout celà et devient presque forcément un marginal angoissé et coléreux. Il malmène ses nouveaux parents adoptifs et tente à plusieurs reprise de les tuer. Devenu délinquant et alcoolique, il se met en ménage avec une jeune femme, Péroline Garino (née le 02/04/1982 à 0 h 20 TU à Belfort) qu’il bat et viole à tour de bras. Il accède à la sinistre célébrité des faits divers en renversant avec sa voiture une adolescente de 16 ans qui se rendait à vélo chez une amie. Plutôt que de lui porter secours, il l’enlève, la viole et la tue avec la complicité de sa compagne. Pour ce meurtre, il a été condamné à la réclusion criminelle à perpétuité, sans circonstances atténuantes et avec une peine de sûreté de 22 ans le 22 octobre 2004.

Voilà l’exposé des faits. Devant un héritage terrestre aussi accablant, inutile pour un astrologue sensé d’aller chercher dans l’héritage céleste de Krauth les causes de ses malheurs et de ceux qu’il a infligés à autrui : je pense l’avoir démontré dans l’étude du Thème natal de Patrice Alègre.

Ce n’est pas l’opinion d’Hubert Brégent. Dans son avant-propos à l’étude du Thème natal de Krauth, il cherche certes à tempérer son ultra-fatalisme : « Mais il n’est pas le seul à être venu au monde ce jour-là et à cette heure-là en France ! ». Ouf, on croit respirer… mais le soulagement est de courte durée, puisqu’il écrit ensuite la scandaleuse phrase suivante : « Et si, en tant qu’astrologue, vous tombiez sur le thème d’un enfant ou d’un adolescent présentant des caractéristiques identiques, il vous appartiendrait, en votre âme et conscience, d’essayer d’attirer l’attention des parents ou des éducateurs sur les difficultés psychologiques que risque de rencontrer le porteur du thème. Car ces mêmes configurations astrales peuvent provoquer des dégâts similaires. En évitant cependant de dramatiser, car tous les individus ayant des astralités comme celles de Stéphane Krauth ne deviendront pas forcément des meurtriers. Cependant, ces personnes risquent d’empoisonner sérieusement leur existence ainsi que celles de leurs proches ».

Traduction en clair : « si vous avez le même thème ou genre de thème qu’un meurtrier connu, vous ne serez pas nécessairement un tueur (quoique…), mais vous serez au minimum très nuisible dans vos relations humaines ». Tout cela est faux, archi-faux, c’est du délire d’interprétation astro-symboliste et fataliste que l’astrologie sérieuse combat et récuse de A à Z.

Je tiens à rassurer ceux qui seraient nés le même jour et à la même heure que Krauth et leur famille : vous n’êtes pas des pestiférés ni des tueurs-nés, sinon dans l’imaginaire tourmenté et fasciné par le crime d’un astrologue traditionaliste à tort persuadé que tout est écrit dans le Thème natal d’un individu.

Avec le même Thème et un milieu socioculturel et familial favorable, vous pouvez écrire des dizaines de scénarios de vie différents. La psychopathologie extrême est une exception qui ne dépend pas du Ciel, mais des conditions de vie terrestres. Qu’on se le dise.

Cet article vous a été proposé par : Richard Pellard


Le petit livre des Gémeaux par Richard Pellard

49 pages. Illustrations en couleur. Format PDF.

Ce livre présente et explique les trois zodiaques : celui du décor des constellations, celui de l’astrologie traditionnelle basé sur les Quatre Éléments symboliques (Feu, Terre, Air & Eau) et celui de l’astrologie naturelle basé sur les phénomènes astronomiques objectifs.

Interprétation des Gémeaux selon la symbolique classique et selon ses réflexes dans le zodiaque naturel (force, vitesse, équilibre) ; interprétation des Gémeaux en fonction des planètes dominantes ; le Signe solaire & le Signe Ascendant.

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