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Une présidence « jupitérienne » pour Emmanuel Macron ?

Depuis la marche solitaire et triomphale du nouveau président de la République Emmanuel Macron sur l’esplanade du Louvre, la plupart des commentateurs politiques évoquent une « présidence jupitérienne », sans toujours bien savoir de quoi il s’agit réellement. Il faut dire que depuis quelques années, l’expression « alignement des planètes » est couramment utilisée à tort et à travers par la médiasphère pour décrire n’importe quel événement non-astronomique se présentant sous des auspices favorables.



« Pour ma part, je ne crois pas au président ‘normal’ »

Ici, on ne doute pas que l’utilisation de ces termes ne fait aucunement référence à l’astrologie, vilipendée, censurée et ignorée par la plupart des média. Il n’est pourtant pas inutile de chercher ce que peut signifier l’adjectif « jupitérien » accolé à la présidence Macron.

Commençons par remonter à la source : c’est dans un entretien accordé en octobre 2016 à Challenges, qu’Emmanuel Macron évoque la conception qu’il a de la fonction présidentielle. Voici ce qu’il en pense : « François Hollande ne croit pas au ‘président jupitérien’. Il considère que le Président est devenu un émetteur comme un autre dans la sphère politico-médiatique. Pour ma part, je ne crois pas au président ‘normal’ ». Jupiter n’était effectivement pas, dans la mythologie romaine, un dieu « normal », puisque non content de gouverner la Terre, le Ciel et tous leurs habitants, il était aussi le maître de tous les dieux. Emmanuel Macron se rêve donc en président « jupitérien », dans la droite ligne de Charles de Gaulle et de François Mitterrand, qui avaient selon lui « une capacité à éclairer, une capacité à savoir, une capacité à énoncer un sens et une direction ancrés dans l’histoire du peuple français »

Bigre ! De Gaulle « et en même temps » Mitterrand sont donc les modèles présidentiels de Macron. Mais que signifie exactement ce terme ? Si l’on s’en tient à la définition qu’en donne le dictionnaire Larousse, « jupitérien » signifie « qui tient de Jupiter, en a le caractère impérieux, dominateur ». Le dieu Jupiter exerçait effectivement un pouvoir vertical qu’il voulait sans partage, à mille lieues de toute démocratie participative. Nimbé d’éclatante lumière céleste et armé de la foudre, il édictait, tranchait, décidait souverainement et tempétueusement, et à l’occasion jouait aussi les diplomates pour calmer les bisbilles - parfois celles-là mêmes qu’il avait lui-même provoquées (« Divide ut regnes », « Diviser pour régner ») - entre ses dieux féaux. Bref ce n’était pas un social-démocrate mollasson comme François Hollande. Il disposait souverainement des instruments visibles de la puissance et il les affichait ostentatoirement.

La définition du Larousse insiste avant tout sur l’aspect psychologique, comportemental du statut « jupitérien », en omettant de décrire à quelle fonction correspond cet adjectif. Il s’agit ici du pouvoir représentatif unificateur des dualités, qui se manifeste par ses emblèmes, oriflammes, totems, médailles, parures de plumes ou de lauriers, pavois et autres véhicules prestigieux qui démontrent la puissance et la souveraineté manifeste de celui qui les arbore. Il s’agit donc d’une mise en scène de la puissance de celui qui est aux commandes.

De ce point de vue, la mise en scène de l’intronisation d’Emmanuel Macron n’a pas mégoté sur la symbolique « jupitérienne »... adaptée à son Mars dominant. Il y a d’abord eu ces quatre longues minutes de lente marche solitaire et hyper-verticale sur l’esplanade du Louvre. De prétendus experts l’ont comparée à celle de Mitterrand au Panthéon. Ce n’est pourtant qu’une illusion : les pas du président socialiste étaient ceux, presque statiques, d’un vieil homme se rendant dans un tombeau, c’est-à-dire dans le passé. Les pas de Macron étaient ceux, dynamiques et assurés, d’un homme jeune se dirigeant vers un avenir qu’il s’est lui-même forgé avec l’appui de la chance, avec en arrière-plan, une pyramide éclairée ultra-moderne du haut de laquelle, symboliquement « quarante siècles » vous contemplaient quand même. Une marche « marsienne », synonyme de mouvement, d’avancée corporelle, de mise en contact charnelle avec les événements qui viennent. L’inverse presque exact de la marche « plutonienne » de Mitterrand, qui était avant tout témoignage et remémoration.

« Jupitérienne », mise en scène donc, était aussi la décision, pour le premier Président de la République à n’avoir jamais servi dans les forces armées mais néanmoins « marsien » et donc d’âme combative sinon guerrière, de se rendre en « command car » militaire blindé pour aller se recueillir devant la tombe du soldat inconnu : qu’on se le dise, il n’est pas général comme De Gaulle ou lieutenant-colonel de réserve comme Hollande, mais il n’hésitera pas à se servir de la force « marsienne » et il le montre « jupitériennement », c’est-à-dire dans une mise en scène guerrière...

La fonction « jupitérienne » en astrologie

D’un point de vue strictement astro-psychologique, le portrait qu’on peut faire d’un « jupitérien » en « représentation intensive » est celui-ci : « Vous savez ce que vous voulez, et vous vous donnez les moyens qu’il faut pour l’obtenir. Ambitieux, plein d’autorité, impérieux, soucieux de votre impact social, vous entendez pleinement jouer le rôle qui est le vôtre dans la société à laquelle vous appartenez. Vous êtes toujours prêt à prendre l’initiative pour échanger, négocier, coopérer avec autrui, vous rendre utile pour vous mettre en valeur. Vous avez des talents de pédagogue, d’avocat, de diplomate, de meneur d’hommes et possédez au plus haut point l’art du langage : vous savez avec aisance et clarté communiquer vos volontés, expliquer vos intentions, convaincre vos interlocuteurs du bien-fondé de votre vision du monde. Vos jugements sont impérieux, frappés au coin du bon sens. Travailleur, gestionnaire, volontaire, doué du sens de l’organisation, vous vous imposez comme homme d’expérience et êtes doué pour mettre du classement, de la logique et de l’ordre dans tout ce que vous faites. Vous voulez être reconnu pour vos compétences concrètes, pour votre aptitude à vous plier à la règle du jeu social, à vous rendre utile si ce n’est indispensable ».

De Gaulle, Mitterrand et Macron correspondent-ils à ce portrait ? Avaient-ils tous trois un Jupiter dominant dans leur ciel de naissance ? Étaient-ils tous trois « jupitériens » ? La réponse est non. Il n’était dominant que dans le Thème natal de De Gaulle (en compagnie de Mars et Uranus). Il n’était pas dominant dans celui de Mitterrand, et il l’est encore moins dans celui de Macron (c’est même l’une des planètes les plus faibles !).

Thème natal (à gauche, écliptique ; à droite, domitude) de Charles De Gaulle, 22/11/1890, 4 h 00 HO, Lille.

Mais il n’est pas nécessaire d’avoir un Jupiter dominant pour exercer la fonction présidentielle (ou managériale) de façon « jupitérienne ». Il suffit d’en comprendre les nécessités propres et la dimension symbolique et, même si l’on n’est pas impératif, dominateur et autoritaire comme le Jupiter romain ou le Zeus grec, de se parer des attributs de la puissance visible : la majesté, le pouvoir de décision et d’arbitrage ultime et souverain.

De ce côté-là, De Gaulle était gâté : astrologiquement « jupitérien », il assumait pleinement cette dimension « jupitérienne » du pouvoir présidentiel français. Normal, le costume de ce pouvoir en fait très monarchique avait été taillé à sa mesure par la Constitution de la Ve République. Mitterrand, lui, n’était pas « jupitérien » mais « plutonien » : plutôt du genre énigmatique, obscur, indéchiffrable… mais il avait compris, contrairement à Hollande et plus encore à Sarkozy, qu’il lui fallait endosser un costume présidentiel « jupitérien » pour régner. En sera-t-il de même pour Macron ?

Thème natal (à gauche, écliptique ; à droite, domitude) de François Mitterrand, 26/10/1916, 4 h 00 HO, Jarnac.

Une présidence Macron “marso-uranienne”, donc plus “gaullienne” que “mitterrandienne”

Possible… mais la configuration planétaire qui domine au premier chef le Thème natal d’Emmanuel Macron, c’est un carré Mars-Uranus. Lorsque cette dissonance est vécue de manière équilibrée, « le sujet passe alternativement d’un activisme impatient et imprudent (Mars) à un volontarisme intransigeant (Uranus), sans pouvoir se résoudre à choisir » ou en ne le faisant que par à-coups et brusques rectifications successives. Ce qui signifie que le nouveau président de la République française n’est pas un type cool, béat, arrangeant et souriant comme on pourrait le croire, mais avant tout un guerrier très individué et individualiste qui n’aime guère qu’êtres et situations lui résistent et ne se plient pas à sa volonté de puissance. En ce sens, il ressemble bien plus à De Gaulle (« urano-marsien » comme lui) qu’à Mitterrand, beaucoup plus tortueux et calculateur, donc « plutonien » (ce que n’est pas du tout Macron) dans sa façon de faire face à l’adversité. L’angularité de Saturne au Descendant fait aussi de Macron un « saturnien » méthodique et réfléchi, ce qui tempère un peu le volontarisme activiste et volontiers intransigeant qu’il doit à sa dominante Mars-Uranus dissonante.

Emmanuel Macron nous affirme que sa présidence sera « jupitérienne ». Mais en fait, son profil astrologique signale qu’elle sera « marso-uranienne ». Les deux ont un point commun selon le système R.E.T., puisque la fonction jupitérienne est « représentation de l’Existence » et que le duo Mars-Uranus associe « l’existence de l’Existence » (Mars) et la « représentation de la Transcendance » (Uranus).

Thème natal (à gauche, écliptique ; à droite, domitude) de Emmanuel Macron, 21/12/1977, 10 h 40 HO, Amiens.

En dépit de son tempérament impérieux, dominateur et irritable, le Jupiter romain savait faire des compromis. Ce n’était pas le cas de l’impérieux Mars et encore moins Uranus-Ouranos si l’on en croit la mythologie : « Ouranos symbolise une prolifération créatrice aveugle et anarchique qui détruit tout ce qu’elle engendre abondamment. Seul l’anime un besoin viscéral et insensé de créer, sans aucun respect pour le devenir de ses créations, qui n’ont droit à aucune liberté. Il s’enivre de puissance en produisant quelque chose à partir de rien, et cela lui suffit. Sans cesse il lui faut faire apparaître du neuf, sans qu’il s’interroge jamais, pris dans son élan de démiurge passionné, sur les conséquences de ses actes, de ses projets, de ses décisions. Tyran dominateur dépourvu de tendresse, d’affectivité, de compassion envers ses créatures dont l’existence tangible, matérielle lui était au fond indifférente, il se contente d’imposer son ordre sans se soucier du malheur et de l’anarchie qu’il produit. Sa fécondité est dangereuse : c’est pourquoi le sage et prévoyant Chronos-Saturne fut contraint de lui interdire définitivement toute création en l’émasculant. Grâce à Chronos-Saturne, les créatures d’Ouranos-Uranus purent enfin vivre leurs propres existences et les inscrire dans la durée. Est-ce pour cela qu’aujourd’hui encore, Uranus est généralement dominant dans les thèmes de dictateurs, alors que c’est Saturne qui domine ceux des grands réformateurs, révolutionnaires ou anarchistes ? ».

Une “blitzkrieg” urano-marsienne

La “blitzkrieg” (« guerre éclair ») audacieuse et solitaire qui a conduit Emmanuel Macron à l’Élysée en moins d’un an est révélatrice de sa nature « marso-uranienne » impatiente et décidée, combative et volontariste. Le trigone de Saturne dominant au trio Soleil-Mercure-Vénus (« Représentation extensive ») en Sagittaire sous-dominant lui permet de mettre froidement et habilement en scène les codes de communication souples, séduisants, décontractés et vastement associatifs qui font tout son charme et qui ont parfaitement fonctionné pour le faire apparaître comme moins dur et ambitieux qu’il ne l’est en réalité. Mais ne doutons pas que l’exercice du pouvoir présidentiel, très solitaire, monarchique et individualiste sous le régime urano-Gaullien de la Ve République, va très vite révéler que son aimable et souriante « coolitude » sans frontières, qui n’est qu’une composante secondaire de sa personnalité, n’a pour fonction que de masquer et/ou habilement atténuer les aspects dominants de celle-ci, autrement plus tranchants et tendus.

Emmanuel Macron, qui est loin de n’être qu’un Rastignac opportuniste, ne fait d’ailleurs pas mystère, dans un entretien paru dans le Journal du Dimanche, de sa dimension « uranienne » (dont la formule dans le système R.E.T. est, rappelons-le, « représentation de la Transcendance ») : « La politique, c’est mystique. [...] C’est tout mon combat. C’est une erreur de penser que le programme est le cœur d’une campagne (...) Comment se construit le pouvoir charismatique ? C’est un mélange de choses sensibles et de choses intellectuelles. J’ai toujours assumé la dimension de verticalité, de transcendance, mais en même temps elle doit s’ancrer dans de l’immanence complète, de la matérialité. » De là à s’imaginer être comme De Gaulle un « homme providentiel », il n’y a qu’un pas que lui-même et ses « followers » et autres « helpers » semblent avoir franchi avec allégresse dans le culte qu’ils vouent à leur « boss » ardemment combatif et célestement inspiré.

Pour être un vrai président « jupitérien », au sens psychologique, il lui faudra apprendre à modérer ses ardeurs de dynamiteur, à arrondir ses angles de réformateur radical, ou au moins à faire semblant. Dans sa phase de conquête du pouvoir, il a su habilement y parvenir. Mais vu la faiblesse de Jupiter dans son Thème natal, il va devoir sérieusement forcer sa nature pour maintenir cette souplesse qui n’est pas la caractéristique majeure de son fonctionnement. Et étant donné qu’il commence par déclarer qu’il va gouverner à coups d’ordonnances, ça s’annonce assez mal de ce côté-là. C’est peut-être nécessaire pour imposer les réformes radicalement « marso-uraniennes » qu’il entend réaliser, et qui se traduisent chez ce libéral assumé comme la libération optimale du pouvoir d’action individualisé - le sien et celui des autres qui ne se mettent pas en travers de son chemin. La gouvernance par ordonnances, cela change du 49.3 de Manuel Valls, son challenger uranien malheureux dans la course à la rupture des antagonismes traditionnels...

Une présidence « jupitérienne » pour un Macron qui ne l’est pas !

Dans le Thème natal d’Emmanuel Macron, Jupiter faible est opposé à la conjonction Soleil-Mercure-Vénus dont la mise en scène lui a si bien servi à se rendre attrayant. Il en résulte un conflit entre « Représentation extensive » (Soleil-Mercure-Vénus) et « Représentation intensive » (Soleil-Jupiter) dans l’axe Sagittaire-Gémeaux, ce qui peut l’inciter à faire exploser les limites de la mise en scène, à surestimer le pouvoir d’attraction des mots et symboles, bref à « jupitériser » outrancièrement.

C’est le moindre de ses talons d’Achille. L’autre, l’essentiel, réside dans la dissonance de la Lune en Taureau, opposée à Uranus et carré à Mars. La radicalité non négociable (Mars-Uranus) des réformes clivantes qu’il entend mettre en œuvre risque fort de le conduire, s’il ne domine pas ses propres excès, sur le refus, le rejet ou la dramatique sous-estimation de tous les liens de dépendance, de solidarité et d’homogénéité basiques et conservateurs.

Mais après tout, cet homme est très fortement influencé par le Sagittaire et le Lion (où se trouve Mars dominant), deux Signes incitant à transgresser les limites, les frontières et les blocages. En témoigne ce qu’il disait à l’hebdomadaire Le 1 en 2016, juste après avoir démissionné du ministère de l’Économie pour entreprendre la blitzkrieg qui allait l’amener à devenir Président de la République : « la seule chose qui pourrait m’arrêter serait de voir qu’à un moment donné, je devienne un danger ou un obstacle pour que les idées que je porte puissent accéder au pouvoir (...) Tant que ce n’est pas le cas, sky is the limit ».

Il s’est affranchi de toutes limites et sous le trigone Mars-Neptune dominant, il a su créer autour de sa volonté d’agir concrètement (Mars) une puissante dynamique collective (Neptune). La composante Mars-Saturne de sa personnalité fait aussi de lui un pragmatique réfléchi, capable d’une « grande rigueur dans sa manière d’agir et de se confronter aux êtres, choses et circonstances. Il est réaliste et méthodique, combatif et organisé, volontaire et réfléchi. Son sang-froid n’a d’égal que sa pugnacité. La distance stratégique qu’il prend à l’égard de ses luttes et expériences le rend très efficace dans le travail concret en profondeur, les œuvres de longue haleine qui demandent de l’endurance, de la ténacité, de la résistance physique et cérébrale. Les situations difficiles, ingrates ou complexes, loin de le décourager, stimulent sa combativité. Chercheur entreprenant et esprit pratique, il s’interroge sur les énigmes et mystères du monde matériel, sonde, teste et creuse êtres et choses pour perfectionner ses moyens d’action et en découvrir les ressorts cachés. Cet homme d’action est aussi un sage, un méditatif, soucieux de donner à son vécu et à ses expériences une dimension extra-personnelle ».

Il lui reste à savoir, maintenant qu’il a accédé aux cieux élyséens, jusqu’où ne pas aller trop loin, présidence « jupitérienne » ou pas.

Brigitte Macron, « jupitérienne » pour deux ?

Si l’on en croit ce qu’eux-mêmes en disent et ce que les média en racontent, Emmanuel et sa femme Brigitte forment un couple « fusionnel » aussi atypique qu’inséparable. Astrologiquement, ils ont en commun une même dominante « marsienne » mais alors que Jupiter est très faible dans le Thème natal d’Emmanuel, il est très fort dans celui de Brigitte, puisque celui-ci se caractérise par la culmination supérieure angulaire d’une conjonction Mars-Jupiter.

On sait qu’ils se sont rencontrés alors que Brigitte, alors la prof de français d’Emmanuel, animait des ateliers de théâtre auxquels participait son futur époux. On sait aussi que statistiquement, Jupiter est sur-représenté dans les angles du ciel des grands comédiens de théâtre ou de cinéma. Il est donc très probable que Brigitte soit assez douée pour la mise en scène « jupitérienne ». On peut être sûr qu’elle sera de bon conseil dans ce domaine...

Thème natal (à gauche, écliptique ; à droite, domitude) de Brigitte Macron, 13/04/1953, 15 h 00 HO, Amiens.

L’élection d’Emmanuel Macron était-elle prédictible ?

L’astrologie ne permet pas ce genre de prévisions ou prédictions. Chacun des candidats à la présidence de la République en 2017 avait ses propres échéances célestes (transits planétaires) favorables (consonantes) et/ou défavorables (dissonantes). Elles ne renseignaient que sur son type de motivation et son degré d’implication. La probabilité pour l’un ou l’autre d’être élu ne dépendait pas de ces caractéristiques astrologiques, mais de l’adéquation de leur offre politique avec la demande.

Il est néanmoins intéressant de noter qu’Emmanuel Macron, qui a eu beaucoup de culot et de détermination (ce qui était astrologiquement prévisible) et encore plus de chance (ce qui ne l’était pas), a gagné cette élection sous les auspices d’un trigone Saturne-Uranus (deux de ses planètes dominantes), Saturne transitant en conjonction de son amas Soleil-Mercure-Vénus-Neptune en Sagittaire pendant toute la campagne électorale. Il n’est donc pas exagéré de dire qu’il se trouvait et se trouve toujours dans une échéance majeure de son calendrier planétaire.

Voici une interprétation de cet aspect consonant entre Saturne et Uranus lorsqu’il est dominant : « Le sujet est un fin stratège, un calculateur subtil et précis à la cérébralité hyper-rigoureuse et ultra-organisée. Il tire de ses recherches expérimentales approfondies et de ses silencieuses méditations des intuitions fulgurantes et des idées fortes qu’il impose avec une prudente mais ferme conviction. Il hésite d’autant moins à imposer puissamment ses raisonnements et décisions, longuement mûris et ruminés, qu’il les a auparavant systématiquement passés au crible de son scepticisme vigilant. Il sait d’autant mieux ce qu’il veut qu’il a parfaitement analysé ce qu’il ne pouvait pas. Ses subtiles analyses accouchent de synthèses surprenantes et rigoureusement logiques. Il manifeste son indéniable autorité avec des ruses de sioux et un imperturbable flegme. Ses objectifs ambitieux sont froidement calculés : les surprises qu’il sait créer ne sont nullement le fruit du hasard. On loue sa sagacité et ses audaces conceptuelles ».

Il disposait au plus haut point, pendant cette période, de cet atout astrologique. Il a su en jouer avec maestria en l’adaptant aux circonstances extra-astrologiques (l’épuisement des fausses divisions entre gauche et droite libérales), et il a été accompagné d’une incroyable baraka (le Front National au second tour). Rien ne lui sera facile, mais comme écrivait un autre « marso-uranien », Antoine de Saint-Exupéry dans Terre des hommes, « L’homme se découvre quand il se mesure avec l’obstacle ».

Thème natal (à gauche, écliptique ; à droite, domitude) de Antoine de Saint-Exupéry, 29/06/1900, 09 h 15 HO, Lyon.

Les traîtrises des Maîtrises

La majorité des astrologues, qui est astro-symboliste, s’est bruyamment réjouie du fait que Macron ait décidé d’avoir une présidence « jupitérienne » et que les commentateurs-journalistes reprennent à qui mieux mieux cette allusion astrologico-mythologique. La raison en est extrêmement simple : selon un des dogmes momifiés (la doctrine des Maîtrises planétaires) de l’astrologie traditionaliste à laquelle tous adhèrent, chacun des douze Signes du zodiaque est censé être sous la gouverne du Soleil, de la Lune ou d’une des planètes. Or Emmanuel Macron est né sous le Signe du Sagittaire (Soleil à 29°24 de ce Signe), Signe dont le « Maître » est Jupiter. C’était d’ailleurs ric-rac : s’il n’avait pas vu le jour en fin de matinée, à 10 H 40, mais en fin de nuit, à 23 H 24 très précisément, il n’aurait pas été Sagittaire, mais Capricorne, et le « Maître » de son Signe solaire n’aurait alors plus été le tonitruant Jupiter mais le renfrogné Saturne, ce qui aurait tout changé.

Pour ces astrologues barbotant dans les amalgames et les analogismes irrationnels véhiculés par une astrologie désuète, ce qualificatif de « jupitérien » accolé au nouveau président, serait une preuve éclatante (et même foudroyante !) que l’astrologie, ça marche puisque c’est « En Marche » avec la Maîtrise jupitérienne du Sagittaire, leur raisonnement étant du genre « Y a pas de hasard : si Macron se réfère à la nature “jupitérienne” de sa présidence, c’est bien parce qu’en tant que Sagittaire, il est automatiquement jupitérien ». Emballez, c’est pesé...

Le problème pour ces astrologues ignares, c’est que ce raisonnement de pot de chambre (des députés en l’occurrence, bien entendu) ne tient pas la route, même « En Marche » arrière. Si le terme « jupitérien » a été choisi pour qualifier l’exercice du pouvoir macronien, ce n’est pas du tout pour des raisons astrologiques - en tout cas pas directement.

En fait, le choix du mot « jupitérien » fait référence à l’entrée en campagne pour les élections présidentielles de 1988 de François Mitterrand face à Raymond Barre. Et ce choix n’est pas celui de l’astrologue (enfin, si on peut dire...) Elizabeth Teissier, même si elle a un temps fréquenté l’Élysée : c’est celui des deux “experts en communication” qui œuvraient alors auprès de Mitterrand, Gérard Colé et Jacques Pilhan, les deux stratèges-fils de pub qui étaient à la manœuvre pour mettre en scène l’entrée en lice électorale du candidat socialiste. Le journaliste Serge July relate cet épisode dans son livre Le Salon des artistes (éd. Grasset, 1989) : « “Jupiter”, cette référence ne doit rien au hasard, elle est signée du duo Colé-Pilhan qui anime la communication présidentielle. Pour crédibiliser cette prétention, ils lui conseillent de “jupitériser” son entrée en scène : François Mitterrand surgit protecteur et menaçant à la fois ». Les stratèges-fils de pub de Macron n’ont fait que repiquer cette idée de déification présidentielle en la transposant de Mitterrand à Macron. De surcroît, Mitterrand n’était pas né avec un Soleil en Sagittaire, mais en Scorpion, et n’était par conséquent pas placé sous la « gouverne » mythique de Jupiter : les astrologues traditionalistes racontent vraiment n’importe quoi, un peu comme les journalistes quand ils évoquent à tout bout de champ « l’alignement des planètes » pour qualifier n’importe quel événement favorable...

“L’alignement des planètes” : un mythe médiatique moderne

Il faut le dire : en raison des inclinaisons différentes de leurs orbites et des caractéristiques de leurs périodes synodiques (temps mis par une planète pour revenir à la même configuration Terre-planète-Soleil), il est astronomiquement, et donc astrologiquement impossible que toutes les planètes du système solaire puissent rigoureusement s’aligner.

L’Institut de Mécanique Céleste et de Calculs des Éphémérides de l’Observatoire de Paris a néanmoins calculé - en excluant Pluton, pour cause de nanification - au bout de combien de temps les 8 planètes restantes pouvaient s’aligner à peu près correctement en fonction du plus petit commun multiple des périodes synodiques. Résultat : théoriquement, les 8 planètes officielles de notre système solaire ont une possibilité de s’aligner environ au moins une fois tous les 147 milliards d’années. Si l’on inclut Pluton, c’est encore beaucoup, beaucoup plus long. Le problème, c’est que l’espérance d’existence du système solaire, et donc des planètes susceptibles d’alignement, est liée à l’espérance d’existence du Soleil, qui est d’environ 10 milliards d’années selon les connaissances actuelles. Étant donné que le Soleil en est déjà à la moitié de son existence, il est évident que l’alignement des 8 planètes officielles est quasi-impossible, et encore plus impossible si l’on inclut Pluton.

En guise de lot de consolation, sachez qu’on peut se rabattre sur le cas des alignements imparfaits et partiels des planètes visibles à l’œil nu, ce qui se produit relativement fréquemment, un certain nombre de celles-ci se trouvant alors regroupées dans une même région du ciel. Le prochain alignement-amas les réunissant toutes en conjonction serrée (moins de 10° d’angle) aura lieu le 8 septembre 2040. La figure ci-dessus représente cet événement astronomique calculé pour 21 H 30 HO : en bas à droite, vous pouvez observer un alignement de Lune (qui n’est pas une planète, mais le satellite de la Terre), Mercure, Vénus, Mars, Jupiter et Saturne regroupés (conjonctions successives) dans un orbe de moins de 10° dans le Signe de la Balance. Au moment où il se produira, Neptune viendra de se lever, dédaigné par l’Institut de Mécanique Céleste et de Calculs des Éphémérides de l’Observatoire de Paris, et pour une fois, les journalistes pourront parler d’alignement partiel et imparfait (puisqu’elles ne sont pas toutes sur la même ligne en raisons de leurs latitudes écliptiques) de quelques planètes regroupées sans raconter n’importe quoi comme de vulgaires astrologues traditionalistes.

Cet article vous a été proposé par : Richard Pellard

Élections présidentielles 2017 : des candidats et des astres

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