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Michel Onfray ou le Capricorne prêcheur athéiste

Son Traité d’athéologie a été un énorme et inattendu best-seller en 2005 : plus de 200 000 exemplaires vendus en France et des traductions dans de multiples langues. Tout en adoptant une posture de rebelle insoumis, Michel Onfray est le philosophe français le plus médiatique… et donc évidemment l’un des plus controversés, tout comme Luc Ferry, autre Capricorne Ascendant Capricorne surfant sur la demande de sens d’une société déboussolée.



Introduction

Qu’est-ce que la philosophie ?

Selon la définition du Larousse, c’est le « domaine d’activité de la pensée qui s’assigne pour fin une réflexion sur les êtres, les causes et les valeurs envisagées au niveau le plus général ; ensemble des recherches et réflexions menées dans ce domaine ».

Les ressorts de la pensée philosophique se ramènent aux fondamentaux suivants : la question du sens, le doute, la conscience de la mort, les conséquences de la réduction de l’instinct, la volonté de savoir et l’étonnement. Là-dessus, tous les philosophes sont à peu près d’accord.

Si l’on se penche sur les questions élémentaires de la philosophie, ce consensus disparaît. Impossible, dans le cadre de cette analyse de passer en revue tous les systèmes philosophiques. Je ne prendrai que deux exemples. Pour Platon, ces questions élémentaires se réduisent au Vrai, au Beau, au Bien et à leurs rapports, tandis que pour Kant elles se réduisent au Savoir (la métaphysique), à l’Espoir (la religion) et à l’Agir (la morale), les trois étant centrés sur l’Homme (l’anthropologie, qui pour lui enveloppe la métaphysique, la religion et la morale).

On ne saurait concevoir deux visions du monde plus dissemblables : la première se réfère essentiellement à des principes abstraits, alors que la seconde se focalise sur l’homme concret.

La division des disciplines philosophiques

Il en est de même en ce qui concerne la division des disciplines philosophiques. Je prends à nouveau deux exemples. Pour Aristote, la logique est le plus haut niveau de la philosophie, qui se divise en philosophie première (métaphysique), philosophie théorique (physique, cosmologie, psychologie, zoologie) et philosophie pratique (éthique, politique, rhétorique, poïetique et poétique). Pour Jean Scot Erigène, ces divisions sont fort différentes : la limite de la connaissance rationnelle se situe à l’intérieur de la doctrine des pères de l’Église ; au delà de celle-ci, « en haut », se situent la Révélation divine et la Physiologie ; en deça, « en bas » de la doctrine des pères de l’Église se situe la philosophie qui la fonde et qui se subdivise en Science (grammaire, rhétorique, dialectique, arithmétique, géométrie, musique, astronomie) et en Sagesse.

Ici encore, on ne saurait concevoir deux visions du monde plus dissemblables : la première est athée et prétend que la logique et la raison permettent de tout comprendre, la seconde est théiste et prétend que la raison s’arrête là où commence la Révélation divine.

La conception contemporaine de la philosophie propose encore d’autres systèmes de divisions. En son cœur se trouve la Métaphysique, qui se divise en Cosmologie, Ontologie, Théologie philosophique et Psychologie philosophique. Savoirs limitrophes à ce noyau dur, la Philosophie de la nature se fonde sur la Cosmologie ; la Théorie de la science se fonde à la fois sur la Cosmologie et sur l’Ontologie ; les Théorie de la connaissance et du langage se fondent exclusivement sur l’Ontologie ; la Théologie se fonde à la fois sur l’Ontologie et sur la Théologie philosophique ; la Philosophie de la religion se fonde exclusivement sur la Théologie philosophique ; l’Anthropologie se fonde à la fois sur la Théologie philosophique et sur la Psychologie philosophique ; l’Ethique se fonde exclusivement sur la Psychologie philosophique, tout comme la Philosophie du droit et les Sciences juridiques.

Et pour finir, on aboutit aux savoirs limitrophes de ces savoirs limitrophes : la Science de la nature se fonde à la fois sur la Philosophie de la nature et la Théorie de la science ; la Mathématique se fonde à la fois sur la Théorie de la science et sur la Théorie de la connaissance ; la Logique se fonde à la fois sur la Théorie de la connaissance et sur la Théorie du langage ; la Science du langage se fonde à la fois sur la Théorie du langage et sur la Théologie ; l’Art se fonde sur la Philosophie de la religion ; l’Esthétique à la fois sur la Philosophie de la religion et sur l’Anthropologie ; la Pédagogie et la psychologie se fondent exclusivement sur l’Anthropologie ; la Philosophie du social se fonde à la fois sur l’Anthropologie et sur l’Éthique, tandis que la Philosophie politique ne se fonde que sur l’Éthique ; la Philosophie de l’Histoire se fonde à la fois sur l’Éthique et la Philosophie du droit ; enfin, aux confins extérieurs de ce système, les Sciences économiques se fondent à la fois sur la Philosophie du droit et sur les Sciences juridiques ; la Sociologie se fonde à la fois sur la sur la Philosophie du social et sur la Philosophie politique ; et pour terminer l’Histoire se fonde à la fois sur la Philosophie politique et sur celle de l’Histoire. Ouf.

Bien entendu, l’astrologie ne figure nulle part dans ce vaste panorama officiel, à l’intérieur duquel il est par ailleurs difficile de la situer. De par ses fondements biophysiques, elle relève à la fois de l’Ontologie et de la Cosmologie ; mais du fait de sa dimension psychologique, elle relève également de la Psychologie philosophique et de l’Anthropologie, ce qui la connecte fatalement à la Théologie philosophique. On ne saurait mieux souligner la dimension transversale de l’astrologie… dans sa version conditionaliste bien entendu !

Et encore ne s’agit-il que de la version « occidentale » de la philosophie. Mais étant donné que Michel Onfray s’inscrit dans ce cadre, il est inutile d’aller plus loin.

En principe, un « bon » philosophe est censé être capable de construire un système cohérent à partir de tous ces éléments. Idéalement, il ne devrait y avoir qu’une seule philosophie qui mettrait tout le monde d’accord sur le statut ultime des êtres, causes et valeurs à l’intérieur du système ci-dessus décrit. Mais en réalité, il y a presque autant de philosophies que de philosophes, ce qui amène à se poser la question suivante :

La philosophie ne serait-elle qu’un savoir subjectif ?

Ce n’est pas si simple. La conception générale de la philosophie contemporaine que j’ai présentée ci-dessus est une structure vide, une matrice. Avant que d’être remplie par la vision du monde de tel ou tel philosophe, elle va l’être par de grands courants idéologiques tels que le théisme ou l’athéisme, le spiritualisme ou le matérialisme, etc. L’introduction de ces contenus idéologiques à l’intérieur de cette matrice va modifier sa structure et les dosages entre les différentes divisions et subdivisions. Pour un philosophe théiste, croyant, la Théologie philosophique va fatalement occuper une place décisive à l’intérieur de la métaphysique, ce qui ne sera pas le cas pour un philosophe athée qui axera sa réflexion plutôt sur l’Ontologie s’il n’est pas matérialiste, et plutôt sur la Cosmologie s’il l’est, etc.

Ces grands courants idéologiques qui apportent un contenu à la matrice philosophique abstraite ont une réalité qu’on pourrait dire « objective » ou extra-personnelle : depuis que l’Homme s’est mis à s’interroger sur son être au monde et sur la réalité extérieure dans laquelle il est plongé, ils ont toujours existé sous des formes variées à l’exception du Scientisme, qui est apparu très récemment dans l’Histoire de l’Humanité, et qui n’est malgré tout qu’un visage moderne du matérialisme.

Tout philosophe insère donc sa pensée, sa vision du monde personnelle à l’intérieur de la matrice générale de la philosophie après avoir consciemment ou inconsciemment, volontairement ou non, opté pour l’un de ces grands courants idéologiques. De ce point de vue, la démarche philosophique a bien une relative dimension impersonnelle.

En fin de compte, nous en arrivons au personnage singulier qu’est le philosophe, qui ne surgit pas ex nihilo : il est le produit d’une lignée génétique, d’une famille, d’une socioculture, d’une éducation qui vont conditionner et modeler la vision du monde qu’il va élaborer en philosophant. Et parmi tous ces conditionnements, il y a bien entendu le conditionnement astrologique, dont nous savons qu’il est un très important prisme par lequel passent nos perceptions et idéations.

En effet, la configuration du système solaire au moment de la naissance d’un individu l’incite à développer une « grille de lecture » sélective et spécifique du monde au sein duquel il est plongé. De ce point de vue, chaque Thème natal est virtuellement porteur d’une philosophie originale en fonction de la hiérarchisation planétaire et des dominantes zodiacales.

Cette « grille de lecture », à son niveau le plus élémentaire et donc le plus commun, est celle de la pure subjectivité inconsciente d’elle-même, illustrée par l’adage « chacun voit midi à sa porte ». À ce niveau, il n’est évidemment pas question d’élaborer quelque philosophie que ce soit. L’adhésion aux grands courants idéologiques se fait par croyance aveugle, généralement en résonance avec les conformismes socioculturels qui ont conditionné l’individu dès son enfance, et l’idée même de la possibilité d’une réflexion philosophique est impensée et impensable.

Mais au plus haut niveau, c’est très différent : l’individu peut réaliser que la vision du monde qui est la sienne, et qui est notamment déterminée par son Thème natal, n’est qu’une vision du monde parmi d’autres, qu’elle est forcément partielle, partiale et incomplète tout en étant légitime et nécessaire. Dès lors, l’adhésion aux grands courants idéologiques peut être plus objective et réfléchie, et les conditions à l’adhésion ou à la construction d’une philosophie sont permises. Un philosophe peut éclore.

Étant donné qu’une philosophie est par essence une entité impersonnelle, on ne saurait déduire du Thème natal la philosophie qu’il est susceptible d’adopter ou d’élaborer ; quels que soient les caractéristiques de son Ciel de naissance, il optera pour l’un des grands courants idéologiques qui parcourent l’univers philosophique, courants qui lui préexistaient et se perpétueront après sa mort. Mais du point de vue de la psychologie philosophique — et du point de vue astrologique donc ! — il n’en reste pas moins vrai que l’individu ne peut qu’être attiré par une problématique philosophique qui valide, conforte et prolonge la vision du monde qu’il doit à ses propres caractéristiques comportementales, à la jonction du personnel et de l’impersonnel.

En résumé, si cet individu devient philosophe ou créateur de philosophie, sa philosophie sera nécessairement marquée du sceau de son empreinte personnelle, qui ne sera qu’une illustration partielle et particulière d’un courant idéologique qui le déborde de toutes parts ; mais inversement, si son apport personnel (élaboré entre autre à travers le prisme de son Thème natal) est particulièrement pénétrant et original, il est susceptible de donner à un courant idéologique impersonnel une nouvelle formulation ou même une nouvelle direction : dans ce domaine, il y a par exemple un avant-Nietzsche et un après Nietzsche…

Pour terminer, je préciserai que nul n’est obligé d’adhérer à ces grands courants idéologiques qui traversent le monde philosophique, ses divisions et subdivisions. Comme le dit très justement Jean-Pierre Nicola, « Le Logoscope, du fait de sa structure, mesure ce qui est structuré dans les significations traditionnelles des planètes. Mais il peut s’appliquer à d’autres données qu’astrologiques. Comme pour l’astrologie, les systèmes politiques, religieux, économiques, fonctionnent selon un modèle de gestion d’informations (simples, duelles, complexes) que le R.E.T. met à découvert sans référence aux planètes et au ciel de naissance. Inversement, on peut inventer des religions, des philosophies, des systèmes administratifs, politiques ou économiques, par des modèles inédits de gestion des trois niveaux d’information du Logoscope ».

Dans cette perspective, les grands systèmes philosophiques « classiques » apparaissent n’être que des contenus partiels et partiaux d’une structure, d’une matrice plus générale et plus universelle — le Logoscope, précisément — qui les organise, les transcende et les englobe dans une unité paradoxale.

Dans l’interprétation du Thème natal de Michel Onfray qui suit, il ne sera donc pas question de déduire de celui-ci ses choix philosophiques (athéisme, hédonisme, nihilisme, matérialisme) ; par contre, l’étude de son Thème permettra de préciser comment il s’inscrit personnellement à l’intérieur de ces choix.

Et puisque Michel Onfray a fondé sa réputation et son image de marque sur l’athéisme militant, il n’est pas inutile, avant d’aborder l’étude de son Thème et pour mieux comprendre son fonctionnement et sa démarche, de définir précisément ce qu’est l’athéisme.

Petit précis d’athéologie

L’athéisme est une doctrine qui nie explicitement l’existence de dieu(x) ou divinités. Il se fonde par conséquent sur une croyance, une certitude, un credo que l’on peut énoncer comme suit : « Dieu n’existe pas ». En ce sens, l’athéisme ne saurait être confondu avec l’agnosticisme, qui considère la question de l’existence ou de l’inexistence de dieu(x) comme indécidable : l’agostique vit dans l’incertitude, et ce qui relève d’une connaissance des réalités dites métaphysiques est pour lui inconnaissable.

Il existe différentes formes d’athéisme. Dans sa version la plus basique, l’athéisme se contente de nier l’existence de divinités, sans nécessairement rejeter celle de phénomènes paranormaux, irrationnels ou nons reconnus par le savoir officiel. On peut ainsi être athée et astrologue…

Dans son acception la plus moderne et la plus courante, l’athéisme se confond le plus souvent avec le rationalisme et le matérialisme : c’est ce qu’on appelle l’athéisme scientifique, qu’on peut considérer comme la religion des scientistes.

L’athéisme philosophique est sensiblement différent. Il se décline en athéisme humaniste, dont la formulation la plus célèbre est : « l’homme est la mesure de toutes choses » (Protagoras) et en diverses versions, selon les penseurs et les époques, qui toutes postulent qu’« il n’y a pas d’arguments valables pour soutenir la croyance en l’existence d’un dieu quelconque, qu’il soit conçu par l’homme (anthropomorphique) ou qu’il soit une abstraction métaphysique ».

Notons enfin qu’il existe un athéisme dit « passif » ou « faible » : il n’est pas dicté par la raison, mais par l’indifférence à l’égard de la métaphysique, et est souvent conditionné par le milieu familial ou culturel : comme on embrasse la religion de ses parents ou de sa socioculture, on peut aussi, sans réflexion personnelle, embrasser leur athéisme.

Enfin, dans sa forme la plus extrême et la plus active, l’athéisme devient l’antithéisme : c’est ce qui caractérise la démarche de Michel Onfray.

L’héritage terrestre

Michel Onfray est issu d’une famille de paysans normands. Son père était ouvrier agricole, sa mère femme de ménage. Fait important de son enfance : sa mère, abandonnée par ses parents, fille de la DDASS, a elle-même renoncé à son fils quand il a eu dix ans. C’est ainsi qu’il se retrouvera interné pendant quatre ans dans un immense orphelinat agricole religieux de 600 élèves. Cette épreuve l’a profondément marqué : « C’est très violent d’être mis en oprhelinat quand on a ses deux parents […] J’ai très vite su que rien ne pourrait me faire davantage souffrir que ce que je vivais dans cet orphelinat », se souvient-il, tout en précisant que ce n’est pas ce séjour chez les pères salésiens qui a fait de lui un athée : « Athée, je l’étais déjà avant d’entrer à l’orphelinat, car je n’ai jamais eu un tempérament doué pour la transcendance ».

Devenu adolescent, il se passionne pour la philosophie : « tout simplement parce qu’elle me parlait : Marx m’évoquait l’exploitation de mes parents, Freud abordait la masturbation adolescente, Nietzsche m’enseignait à vivre… ».

Il a survécu à un infarctus à 27 ans (alors qu’il mène une vie d’ascète), à un accident vasculaire cérébral à la Pâque 2004, suivi quinze jours plus tard d’un nouvel accident coronarien.

Devenu docteur en philosophie, il enseigne cette matière un lycée technique de Caen de 1983 à 2002, date à laquelle il démissionne de l’Éducation Nationale (et date à laquelle Luc Ferry en a été nommé ministre…), au motif qu’il refusait désormais l’enseignement officiel et scolaire de la philosophie. La même année, il crée l’Université populaire de Caen où il enseigne la philosophie à sa manière.

Il est l’auteur de très nombreux livres où il développe une théorie de l’hédonisme matérialiste qui propose de réconcilier l’homme avec son corps et sa sensualité, et une éthique fondée sur l’esthétique. Athéiste convaincu et radical, ennemi déclaré et sans concessions de toutes les religions (et en particulier des trois monothéismes), se définissant comme « freudo-marxiste, « rebelle », « anticonformiste » et « nietszchéen de gauche », la philosophie est pour lui un art du mieux-vivre qui permet de se débarrasser de ses illusions.

L’héritage céleste

Le ciel de naissance de Michel Onfray (né le 01/01/1959 à 07 h 50 TU à Argentan) se caractérise par :
- un amas planétaire se levant à l’horizon composé de Soleil-Vénus en Capricorne et de Saturne-Mercure en Sagittaire, Saturne étant conjoint au Soleil ;
- une opposition de Neptune à Mars en Scorpion-Taureau dans le plan méridien au sextile-trigone de Soleil-Vénus, Mars étant opposé à Jupiter, carré à Uranus et trigone à la Lune ;
- la Lune, qui semble être en Vierge en longitude écliptique, a en réalité un rythme Balance du fait de son importante latitude écliptique ; elle est au double carré de Saturne-Mercure et au trigone de Vénus ;
- Pluton est au double trigone de Saturne-Soleil.

L’ensemble valorise les éléments suivants :

Pour les planètes :

- 1) Le « R extensif » (Soleil-Vénus angulaires, Mercure sous-dominant) ;
- 2) La famille « hyper-E » (Vénus-Neptune-Mars angulaires, Saturne-Mars angulaires, Jupiter sous-dominant en aspect majeur à Mars) ; la puissance des niveaux ‘e’ et ‘E’ souligne l’importance de la fonction marsienne ‘eE’ ;
- 3) la famille ‘P’ (trigone Soleil-Mars angulaire, Pluton trigone Soleil) ;
- 4) le ‘t’ intensif (Saturne angulaire conjoint Mercure)
- 5) faiblesse du ‘p’ (Lune non-angulaire et dissonante), du ‘r’ (Jupiter-Uranus non-angulaires dissonants à Mars dominant) et du ‘T’ (Uranus-Pluton non-angulaires).

Pour les Signes :

- 1) Le sens des Ensembles ou la phase ultraparadoxale du Capricorne et du Sagittaire ;
- 2) Le sens des Dosages ou la [phase paradoxale (Taureau-Scorpion-Lion dissonants) ;
- 3) Force d’inhibition ou faiblesse d’excitation (Capricorne, Scorpion, Taureau dominants) ;
- 4) Faiblesse du sens des Contraires.

Soleil en Capricorne

Implication, passion, identification, foi, violence des a priori : telles sont quelques-unes des caractéristiques principales de la fonction solaire. Sur un mode capricornien, tout ce qui n’est pas l’objet de ces certitudes se voulant absolues est radicalement boycotté, proscrit, éliminé par l’inhibition extinctive. Ainsi se présente l’athéisme militant et intransigeant de Michel Onfray : comme une croyance d’une totale évidence, une référence invariable, une conviction unique et indiscutable, un dogme marmoréen que la lenteur d’excitation rendent inébranlables, inaltérables, imperméables aux fluctuations du milieu, aux critiques des contemporains et aux érosions du temps. Dans la vision du monde, dans la philosophie de Onfray, tout découle d’un postulat central qui ne saurait faire l’objet d’aucune discussion : Dieu n’existe pas, point.

À partir de cette intangible pétition de principe, de ce véritable credo anti-religieux, cet ambitieux et implacable capricornien a décidé de construire une pensée philosophique totalisante qui recouvre tous les domaines du savoir dans une claire et rigoureuse cohérence. On voit ici à l’œuvre le Sens des Ensembles fermés du premier Signe d’hiver : il s’agit rien moins que de rendre compte de l’Ordre unitaire du monde en se basant sur une axiomatique hyper-structurée où tout se tient, tout s’emboîte comme dans un puzzle parfait. C’est ainsi que Onfray illustre jusqu’à la caricature cette description du Sens des Ensembles dans La Condition solaire : « La combinaison d’extinction et composition nous révèle d’autres traits capricorniens. Elle nous place au centre d’une conscience pour laquelle l’ordre existe a priori, (scientifique, social ou cosmique). à suffit de le chercher, de le vouloir, de l’affranchir des apparences et des signes éphémères. Cette conscience hante le type « monolithique ». La dialectique du rigide et du mouvant apparaît dans le cas d’une situation opposant la conscience, forte de son unité, à un milieu affaibli par ses divisions. On imagine situation plus complexe des l’instant où la conscience, portée par son besoin de composition s’identifie à un ordre supérieur. Elle rassemble sous le chef de « corps mystique », « personne morale », « cause sociale », des centaines et des milliers d’adhérents. Dans ce cas, l’armature s’étale dans le temps et l’espace comme une nasse, son unité est celle d’un réseau tendu dans les eaux du multiple. Les sentiments d’emprise du Capricorne obéissent à ce schéma ».

Chez Onfray, cette emprise est totale : moderne croisé de la croyance inconditionnelle dans les vertus de l’incroyance (effet de la phase ultraparadoxale), il ne se contente pas d’être athée, il se veut le héros-hérault d’un athéisme pur et dur, si totalement identifié à la cause de son humanisme abstrait qu’il en forge lui-même sa propre caricature, celle d’un ayatollah de l’incroyance intolérante, d’un gourou autoproclamé qui guerroie fanatiquement (trigone de Mars-Taureau dominant au Soleil oblige) contre tous ceux qui ne partagent pas ses opinions tranchées : croyants de toutes les religions avant tout, certes, mais aussi les simples agnostiques qu’il accuse d’inconsistante tiédeur, et encore la multitude des philosophes qui récusent son matérialisme, son rationalisme, son hédonisme en trompe l’œil, ses amalgames entre nietszchéanisme, marxisme et psychanalyse qui paraissent d’un autre âge, rejetons figés des dérives de la pensée scolastique du XXe siècle.

Il faut dire que l’idéalisme solaire (donc astrologique) de Onfray se fonde sur un rejet radical de l’idéalisme platonicien (donc philosophique) qu’il accuse de tous les maux, et surtout du plus grave selon lui : avoir dématérialisé le monde, rendu honteux le corps en l’amputant de l’expérience sensible, ce qu’il résume dans une formule qu’il ne cesse de marteler : « le corps est porteur de la pensée ». Il faut évidemment y voir un effet de l’importance des familles ‘e’ et ‘E’ dans son Thème natal, ce qui met la focale sur ce Mars-Taureau angulaire au FC (trigone Vénus, opposé Neptune et Jupiter). Pour Onfray, le vécu est central (trigone Soleil-Mars), il est l’alpha et l’oméga de tout savoir. On ne badine pas avec le « matérialisme hédoniste » sur lequel il a fondé son Pouvoir extensif et son emprise sur les consciences déboussolées par la mort de Dieu et la faillite des repères classiques. Nous y reviendrons.

Un festival d’ultraparadoxes

Pour l’instant, auscultons le revers de la médaille onfrayienne. Nous y voyons tous les effets d’une phase ultraparadoxale qui procède à de grossiers amalgames sous couvert d’un Sens des Ensembles qui prétend tout réunir. C’est ainsi que Michel Onfray prétend qu’il n’y a pas de philosophie possible sans référence à la psychanalyse et qu’il se définit comme un « freudo-marxiste » tout en définissant sa philosophie comme celle d’un rebelle anticonformiste, admirateur fanatique de Nietzsche. Quand on sait que Freud et Marx n’avaient aucune affinité idéologique — au minimum, ils se regardaient en chiens de faïence, ce qui peut s’expliquer, en dépit du fait qu’ils étaient tous deux des uraniens du Taureau, par l’étanchéité des référentiels du S.O.R.I., Freud ne sortant pas du Sujet Moi-Je alors que Marx privilégiait l’Objet économique — et qu’on peut penser que Nietszche (qui se situait, lui, plutôt dans la Relation) aurait certainement dénoncé autant l’imposture psychanalytique que l’illusion communiste. Amalgame bric-à-brac que le Poissons Michel Houellebecq, nanti d’un puissant Sens des Contraires, résume en une phrase assassine : « Il faut vraiment être con pour être un nietszchéen de gauche ». Et ne disons rien de l’hédonisme freudien : un pur oxymore.

Ainsi Onfray croit-il dur comme fer dans la pertinence théorique et les vertus pratiques de la psychanalyse… sans l’avoir jamais étudiée et pratiquée, mais tout en invitant régulièrement des conférenciers psychanalystes dans son Université Populaire de Caen, ce qui dans son cas est un effet de la phase ultraparadoxale qui va très loin dans l’incohérence. En témoigne cet entretien qu’il a eu avec la cinéaste et actrice Nicole Garcia, entichée de freudaines. Alors qu’elle lui faisait remarquer qu’elle avait le sentiment qu’il majorait le pouvoir que l’on a sur soi-même : « C’est une philosophie du ’Y a qu’à’ que vous décrivez là. Vous dites : « Trouve ton indépendance, trouve ta distance’ », il lui répondit : « Je ne majore pas le pouvoir de la volonté. Je dis seulement que les gens n’essaient pas. Ils ne savent pas assez qu’on peut vouloir, et préfèrent prendre des médicaments ou consulter un psychanalyste ». Ce à quoi elle objecta que « la psychanalyse parle de pouvoir sur soi, de travail sur soi. Il ne s’agit en aucun cas de délégation de pouvoir ». Il lui fit alors cette réponse stupéfiante : « C’est le paradoxe de la psychanalyse qui affirme que le travail, c’est le patient qui le fait, en parlant à un être qui n’ouvrira pas la bouche neuf fois sur dix et en n’oubliant pas d’acquitter le prix de la séance. Je ne nie pas l’efficience psychanalytique. Je vis en Normandie où il y a des exorcistes qui produisent aussi d’excellents effets… ».

On imagine la stupéfaction de Nicole Garcia en entendant le rationaliste Onfray, implacable ennemi de tous les irrationalismes, déclarer tranquillement que la psychanalyse, qu’il considère comme une thérapeutique rationnelle et efficace et par conséquent enseignable dans son Université personnelle, peut dans son esprit être confondue avec les opérations magiques d’exorcistes ruraux. Nous nageons là en plein ultraparadoxe. La cinéaste ne s’y est pas trompée. Elle lui rétorqua que « La psychanalyse n’est pas un exorcisme ou un chamanisme, elle convoque la rationalité de la parole. L’avènement de la psychanalyse, avec les premiers travaux de Freud sur l’hystérie, est l’une des grandes inventions et l’une des grandes libérations du XXe siècle. Qu’il y ait des dérives, c’est sans doute vrai. Mais je ne peux pas laisser comme cela assimiler la psychanalyse à l’exorcisme normand ! ». Évidemment, l’opinion de Nicole Garcia est parfaitement discutable : il est maintenant avéré que la psychanalyse est une des plus grandes impostures intellectuelles des deux siècles derniers, bâtie sur les mensonges et dissimulations de Freud, lequel écrivait lucidement, en 1906 : « J’ai considéré comme plus prudent de ne pas m’appuyer trop sur le succès thérapeutique, sinon on aura vite rassemblé un matériel apte à montrer que le résultat thérapeutique est très mauvais, ce qui ferait du mal à la théorie également ». Bon. Ceci étant précisé, Nicole Garcia est libre de croire que la psychanalyse freudienne est basée sur la « rationalité de la parole » (comme si la parole était un parangon de rationalité !) et qu’en ce sens, elle ne saurait être confondue avec un exorcisme rural.

L’objection de la cinéaste, fondée d’un point de vue freudien, n’embarrasse pas le moins du monde le péremptoire et ultraparadoxal Onfray qui lui fait cette incroyable réponse : « Je ne nie pas cela, mais je considère néanmoins que la psychanalyse est devenue l’exorcisme des temps postmodernes. Le principe qui anime la psychanalyse est le même que celui qui anime les désenvoûteurs. N’oublions pas que la parole est constitutive de la pensée magique et qu’elle a un pouvoir d’envoûtement, donc de désenvoûtement. L’irrationnel produit des effets rationnels. Les sorciers d’un village africain sont capables de guérir des gens qui sont objectivement malades. Ce n’est pas rabaisser la psychanalyse que de l’assimiler à la sorcellerie et à la pensée magique ».

Notons que dans l’absolu Onfray n’a pas tort. On peut effectivement assimiler les rares réussites thérapeutiques de la psychanalyse à des exorcismes ou désenvoûtements involontaires ; et quand il dit que « L’irrationnel produit des effets rationnels », c’est sans doute un effet de son sextile Saturne-Neptune dominant. Nous y reviendrons plus tard. Pour l’heure, de son propre point de vue, Onfray nage dans l’incohérence ultraparadoxale : dans le Temple de la Raison Matérialiste et Athéiste qu’est son Université Populaire de Caen, il favorise l’enseignement de la psychanalyse freudienne fondée sur une « rationalité de la parole » qu’il ne « nie pas » mais qu’il assimile quand même aux pratiques animistes de désenvoûteurs normands ou de sorciers africains. Ce que l’on pourrait résumer par cette fulgurance ultraparadoxale : « La rationalité de la parole, c’est de la pensée magique » voir même : « La pensée rationnelle, c’est la pensée magique ». Cherchez l’erreur…

Côté politique, l’ayatollah de l’intégrisme athéiste est tout aussi incohérent et ultraparadoxal. En effet, il affirme être marxiste : « Quant à Marx, mon père était ouvrier agricole, ma mère femme de ménage, l’exploitation, à la maison, on connaissait et il y avait là un philosophe qui me disait que ce n’était pas acceptable, que l’on pouvait faire autrement ». Apôtre de Mai 68 (il avait neuf ans à l’époque), il déclare se rebeller contre le règne de la raison économique en pariant sur la « puissance du principe de plaisir et sa capacité à informer le réel contre le triomphe impérieux et sans partage assuré par la droite au principe de réalité », estime qu’il est possible de réunir « les conditions de possibilité d’un individualisme qui ne soit pas un égoïsme », et va même jusqu’à se réclamer d’une « mystique de gauche » qui aurait quand même « les pieds par terre ». Pourquoi pas ? Même si pour un rationaliste comme lui, il est pour le moins ultraparadoxal de se réclamer d’une mystique politique. Mais il est vrai que tout en prétendant vouloir, par sa philosophie, déconstruire l’idéal ascétique qui est selon lui le fondement des sociétés occidentales chrétiennes et bâtir un matérialisme hédoniste en explorant l’histoire de la philosophie antique, celle des rapports sexués et le bestiaire dans la philosophie, tout en articulant cette vaste somme autour de trois temps : le désir, le plaisir et les agencements, il n’hésite pas à dire très clairement : « D’une certaine manière j’aspire à la sainteté ». Une sainteté athée, bien entendu…

Mais revenons à la politique. Onfray s’affirme marxiste (alors que Marx, en parlant de lui-même, affirmait qu’il ne l’était pas…) et ne fait pas mystère de ses votes pour l’ultragauche. Logiquement, d’un point de vue « Sens des Contraires », il devrait donc être pour la collectivisation des moyens de production. Selon un texte signé de lui dans Rouge, la revue de la Ligue Communiste Révolutionnaire, on pourrait le croire : « Cette insoumission individuelle [Onfray parle de lui] au capitalisme dans sa version libérale n’interdit pas l’action contractuelle avec des amis — ceux qui, à gauche, se reconnaissent les mêmes ennemis politiques que moi […] Je voterai Olivier Besancenot parce qu’il parle à gauche, vraiment, et incarne une alternative à cette gauche de droite qui fait du marché la solution à tous les problèmes ; parce qu’il envisage, au-delà des perspectives électorales d’actualité, la construction d’un mouvement d’opposition politique au libéralisme — celui qu’appelait de ses vœux Pierre Bourdieu dans ses dernières années ; parce qu’il se soucie des citoyens non rentables dans la perspective d’une consultation électorale, ceux dont on ne parle jamais : pas seulement les mythiques et introuvables travailleurs et travailleuses, mais les sans-visage sur lesquels pèse violemment et au quotidien le poids de cette brutalité libérale. La précarité, le chômage, la violence, la pauvreté, la misère, les taudis, l’endettement, les crédits, la rue, les licenciements, les plans de restructuration, l’exploitation concernent probablement ceux qui vont grossir le rang des abstentionnistes, des votes blancs ou nuls, voire des votes protestataires grand-guignolesques s’ils n’étaient tristes ! ».

On ne saurait effectivement être plus gauchiste… même si on peut s’interroger ce que signifie « insoumission au capitalisme dans sa version libérale ». Y aurait-il un « bon » capitalisme selon Onfray ? Un capitalisme qui ne serait pas libéral ? Encore un oxymore ultraparadoxal dont il est familier. Passons. Cette vertueuse profession de foi gauchiste ne l’empêche nullement, dans son livre L’Archipel des comètes, de s’en prendre avec la même violence aux gauchistes et autres « gardiens du temple anarchiste » : « De sorte que s’entendent encore et toujours aujourd’hui les vieilles scies militantes d’hier et d’avant-hier : cosmopolitisme des citoyens du monde, fraternité universelle, abolition des classes et des races, disparition du travail et du salariat, suppression du capitalisme, pulvérisation de toutes les aliénations, égalitarisme radical, suppression des différences, uniformité généralisée, construction d’une société naturelle d’hommes heureux de vivre ensemble, avènement de loisirs généralisés, réalité purifié des scories haineuses et mortifères ; autant dire — s’en aperçoivent-ils — instauration du paradis chrétien sur terre laïque… ». Bref, Onfray est à la fois contre le capitalisme exploiteur et contre les gauchistes aspirant à le supprimer, tout en appelant à voter pour les plus extrémistes d’entre eux : nous sommes là au cœur de l’ultraparadoxe.

« C’est plutôt le père de Foucauld que l’Aretin »

Quittons la politique selon saint Onfray et abordons maintenant (tout en restant dans l’ultraparadoxe capricornien) l’un des autres piliers de sa philosophie : l’hédonisme. L’ayatollah athéiste aime à citer cette phrase de Chamfort : « Jouir et faire jouir, telle est la seule morale ». Jouissive profession de non-foi. Mais encore ? En quoi consistent les jouissances onfrayiennes ?

Pour en connaître la nature, une anecdote : iI y a quelques années, Beaux-Arts Magazine eut l’idée de susciter des relations épistolaires entre Michel Onfray et l’écrivain Gérard Oberlé, connu pour son goût du sexe, de l’alcool et de la bonne chère, sur le thème : « La cuisine fait-elle partie des Beaux-Arts ? ». Suite à cette correspondance un brin décevante d’un point de vue épicurien, le gay Oberlé — qui entre autre a écrit : « Le cul des bouteilles m’a servi de lorgnette et le verre à cocktail de kaléidoscope. Disons que ma vision du monde est un peu trouble » décide d’organiser chez lui une rencontre entre l’amer Michel et lui-même, c’est-à-dire selon les propos d’Oberlé (né le 27/111/1945 à Saverne), entre « l’épicurien en chef et le pourceau, c’est-à-dire moi ». L’hôte est fort marri : « J’ai découvert un garçon qui fait profession d’épicurisme, qui n’a que ça à la bouche, mais qui se couche à jeun ».

Nouvel ultraparadoxe : Onfray glose à longueur de centaines de pages sur la jouissance, mais lui-même ne jouit à peu près de rien (même pas des revenus colossaux de ses énormes ventes, il s’auto-limite à environ 2000 euros par mois versés par son éditeur), sinon de sa propre renommée. Il admet même volontiers qu’il s’agit là d’un « grand malentendu » à son sujet : « Mon hédonisme, je le conçois comme une ascèse, une construction. Ce n’est pas un abandon du désir, mais une sculpture du désir ». Sans doute les très graves accidents de santé dont il a été l’objet comptent-ils dans sa très timorée approche des jouissances de la vie… et dans son sentiment d’être un « miraculé » athéiste pour avoir à trois fois réchappé de peu à la mort. Mais quand même : la phase ultraparadoxale justifie et réunit très bien tout ça. L’ayatollah de l’hédonisme ne jouit pas. Le gauchiste déclaré est furieusement contre les contempteurs du capitalisme. L’apôtre du rationalisme psychanalytique assimile sa croyance à de la pensée magique. Comment un tel guignol peut-il être pris pour un maître à penser ? Ou à panser peut-être ? Ne dit-il pas à Nicole Garcia : « Le philosophe thérapeute, j’y crois. […] Et je procède du lignage des thérapeutes — du moins j’essaie ! ». À quoi l’incroyant déclaré Michel Onfray ne croit-il pas ?

Les grands airs de la philosophie

Avant d’entrer dans l’étude des niveaux Existence intensive et extensive du Thème de Michel Onfray (et même, je vous le promets, de cette conjonction Soleil-Saturne dominante sur laquelle j’aurais du me précipiter au premier chef étant donné son statut de « philosophe médiatique », sans parler des autres configurations de son Ciel de naissance), je vais m’appesantir un peu sur le pôle « grand R » de notre ayatollah athéiste. Avec une conjonction Soleil-Vénus dominante et un Mercure co-dominant, cela s’imposait… même si je ne m’appesantirai pas trop là-dessus : c’est trop facile.

Comme le dit l’écrivain Charles Dantzig qui l’aime bien, « Michel Onfray possède une séduction naturelle, à la fois naturelle et physique » ; ou comme l’écrit Gérard Oberlé (voir plus haut) qui l’apprécie nettement moins, « Il ne fera pas école. C’est juste un professeur — Queneau disait « pauvre fesseur » — qui s’est fait un fonds de commerce avec de vieilles Lunes qu’il recycle comme de nouvelles manières de penser. Et, pour un athée, je le trouve un peu trop prêcheur. Mais bon, c’est quelqu’un de très cultivé. Dans un monde qui l’est peu, ou de moins en moins, un type qui a beaucoup lu fait forcément de l’effet ».

Sans aucun doute, Michel Onfray est un as de la Représentation extensive et de la séduction fondée sur l’admiration. Lisez plutôt ce qu’en dit Oscar Brenifier, docteur en philosophie qui a eu l’occasion d’assister à l’un des shows de l’ayatollah athéiste, c’est un portrait vivant de ce que peut donner une conjonction Soleil-Vénus sur le plan social de la communication : « D’ailleurs il n’est qu’à voir le « grand ami » de M. Onfray, celui qui sur le podium entretient théoriquement le dialogue avec lui : il a des trémolos dans la voix lorsqu’il lui parle. Pas étonnant que M. Onfray l’apprécie, il correspond tout à fait à son genre de public, béat d’admiration. Il pose de gentilles questions, écoute poliment les réponses, et notre animateur patenté ne fait strictement rien pour permettre à son interlocuteur de sortir de sa ouate mentale. Pas plus que Michel Onfray n’essaie de faire émerger la pensée de son ami : il le flatte plutôt. On se croirait chez Pivot, en plus « cool » peut-être. La seule personne qui se verra d’ailleurs demandée par « l’ami animateur » d’interrompre son discours sera la fameuse inspectrice qui ose critiquer M. Onfray, seul moment où un semblant de confrontation semblera pourtant émerger. Car pour le reste, les échanges sont ceux, typiques, de ceux qui souhaitent surtout pouvoir se valoriser en entamant un « dialogue avec une pointure ». Le public est gentil : peut-être ne veut-il pas s’exposer. Peut-être est-il séduit : une femme explique en privé comment « je le trouve mignon, son discours est plutôt séduisant… même s’il n’apporte pas grand-chose à la discussion ». Une autre ajoute que « mignon à quarante cinq ans, cela l’agace plutôt », mais tout cela reste de l’ordre du ressentiment. Mais cela a aussi trait au public de ces colloques, les tenants de ces « nouvelles pratiques » se veulent « ouverts », à l’écoute de toutes les sauces, et la critique y est relativement bannie. Ainsi, si de nombreuses personnes ne trouvent pas leur compte dans le discours de M. Onfray, il ne le saura jamais. Sauf s’il était à l’écoute et apercevait dans les silences ou les discours convenus l’absence de véritable discussion, ou s’il tentait de faire émerger des enjeux autres que ceux qu’il a prévus. Mais comme nous le craignons, il a sans doute dû plutôt apprécier l’approbation tacite ».

Univers typiquement « grand R » de la connivence. On parle plus pour les convaincus d’emblée que pour ceux qu’il faudrait convaincre. Le très perspicace Oscar Brenifier en remet une couche sur ce sujet : « Ainsi l’exigence est celle de la connaissance préalable et reconnue, celle des vérités établies, et non pas celle de l’invention, du risque, de la création, de la tentative, de l’erreur et du tâtonnement. C’est clair : pour Michel Onfray, il y a les bons, et les mauvais. Comme le monde est bien organisé ! Comme le monde est bien organisé ! D’ailleurs bon nombre de personnes des quatre coins de la planète savent que M. Onfray est un prédicateur de vérité. Il fait salle comble à chaque conférence ! Il nous cite avec une jouissance toute hédoniste une personne venue spécialement de Rome — quel symbole criant de vérité ! — pour le rencontrer, voire pour le toucher ! Mais que savent-ils donc de lui pour être ainsi fascinés ? Qu’il fait des cours destinés au grand public ? Mais il existe de nombreux lieux à travers la France où se tiennent des cours de philosophie destinés à tous, universités ouvertes ou autres structures municipales. Qu’il soutient une thèse hédoniste ? C’est à la rigueur plus original pour un philosophe, mais quoi de si extraordinaire par rapport à d’autre courants de pensée ? D’autant plus que cet hédonisme convient tout à fait à l’esprit du temps, à cette adolescence perpétuelle mise en scène à la télévision, le ’c’est mon choix’ archétypal. Tout comme avec l’esprit de L’antimanuel de philosophie, on relève bien ici de l’air du temps, prise de position néfaste en ce sens qu’elle joue le rôle de la facilité : celle de plaire à l’immédiateté, sans apprendre à se mettre en position critique face à sa propre pensée. L’autorité ’light et sympa’, qui succède à l’autorité ’vache’. Certes, contrairement à bien des collègues philosophes, il ne souffre pas de cette crainte du présent, de la nostalgie passéiste si ’philosophiquement correcte’. Mais rappelons-lui à tout hasard la phrase de Schiller, qui concerne autant l’artiste que le philosophe : ’L’artiste est certes le fils de son époque, mais malheur à lui s’il est aussi son disciple, ou, qui plus est son favori’ ».

Onfray a incontestablement un énorme pouvoir de séduction dont il use et abuse. Il sait mieux que ses confrères faire vénusiennement toucher du doigt le vécu des philosophes qu’il a élus parce qu’ils lui correspondent, et ainsi les rendre vivant, les leur faire aimer…

Sur un plan plus philosophique, la conjonction Soleil-Vénus en Capricorne est très symptomatique de ce que Onfray appelle la « sculpture du désir ». Il ne s’agit pas pour lui que le désir soit en soi, mais aussi qu’il se fige dans un modèle idéal, marmoréen, quasi-éternel. Et l’un de ses objectifs les plus ambitieux est rien moins que de « bâtir une éthique fondée sur l’esthétique ». Et pour finir sur une note humoristique, il a même été jusqu’à écrire un bouquin intitulé Pour une érotique solaire… Ça ne s’invente pas et ça n’a rien à voir avec l’astrologie, puisqu’il est anti-astrologue.

Soleil-Vénus-Saturne : le faux hédoniste sceptique

D’un point de vue purement technique, la conjonction Soleil-Saturne de Michel Onfray peut être considérée comme dissonante. En effet, elle se situe de part et d’autre de l’axe sosticial. Alors que l’arc nocturne dominant en durée de Saturne en Sagittaire est toujours en phase de croissance, il est décroissant pour le Soleil en Capricorne ; de plus, la conjonction Saturne-Mercure en Sagittaire est dissonante à la Lune.

L’analyse du fonctionnement du philosophe confirme le caractère dissonant de cette conjonction Soleil-Vénus-Saturne. Mal vécue, elle peut rendre difficile, voire même impossible une véritable estime de soi. Michel Onfray se définit lui-même comme un « hédoniste sceptique ». C’est du moins la théorie qu’il a bâtie et l’image (solaire) de lui-même à laquelle il cherche pathétiquement à s’identifier. L’un de ses critiques a très bien résumé ce douloureux et pathétique dilemme Soleil-Vénus-Saturne : « Onfray a bâti une théorie de l’hédonisme pour rechercher une valorisation personnelle que son enfance ne lui a probablement pas donnée […]. Même ’Onfray l’hédoniste’ est faux. Ses livres sont une façon de se rendre important, de lutter contre un complexe d’infériorité, de bâtir […] des théories globales au lieu de se contenter de vivre. Car Onfray, dans son malheur, ne sait pas vivre, ne peut pas vivre sans intellectualiser. Au point que même le mot ’hédoniste’ est perverti par l’emploi qu’il en fait. Michel Onfray n’est pas un être enviable. Il est complexé, et doit alterner phases de prétentions et phases de doutes extrêmes. Dans ses phases négatives, il en veut à la terre entière comme jadis, lorsqu’il quitta l’Éducation Nationale […] Dans ses phases positives, il se gargarise d’un hédonisme intellectuel, en rêvant de le vivre comme les anciens, ’pour de vrai’, en dehors des livres […] Jamais il ne soigna cette petite névrose d’enfance, cette absence de reconnaissance qui se pervertit au fil du temps en mégalomanie délirante. Aujourd’hui, il projette. La Contre-histoire de la philosophie est le fruit de cette projection : il voit de l’hédonisme partout. […] Hier la philosophie classique était inepte à ses yeux, aujourd’hui la religion est un tissu de bêtises, demain, autre chose sera la cible de sa rancœur et de sa haine de lui-même. La pulsion de mort qu’il voit dans le christianisme est encore une projection : elle n’est que sienne. Onfray projette encore et encore son pathos, n’étant jamais sorti de son adolescence ».

La conjonction Soleil-Vénus-Saturne n’est vraiment pas à la joie dans le Thème de Michel Onfray. D’un côté (Soleil-Vénus en Capricorne), une quête éperdue et monolithique de reconnaissance et d’amour, le désir de vivre dans un monde clair et simple, hyper-structuré autour d’un idéal mariage entre éthique et esthétique ; de l’autre, le vertige du scepticisme saturno-mercurien en manque d’inhibition bloquante sagittarienne, les interrogations sans fin, les doutes illimités. Crucifié par ces deux impératifs contradictoires, il s’efforce de philosopher à coups de marteau pour s’en sortir… et s’en sort très mal. Il vit très mal la médiatisation dont il est l’objet et qu’il alimente sans discontinuer, adresse d’acerbes critiques aux autres philosophes médiatisés (Ferry, Comte-Sponville, etc.) en leur reprochant leur surexposition ‘R’, bref il externalise l’autocritique à laquelle il devrait s’atteler.

Ses violentes critiques des religions participent de la même dissonance saturno-solaire. Mona Chollet, l’une de ses critiques les plus implacables, ne s’y est pas trompée : « il est surtout dommage que Michel Onfray consacre l’essentiel de son essai à fustiger les religions (ce en quoi il risque de ne faire que prêcher des convertis, si l’on ose dire), au lieu de développer et de préciser davantage la vision du monde qu’il leur juge préférable. Et celle-ci, telle qu’il la présente, est un peu courte. À la croyance obscurantiste, il se contente d’opposer la ‘tradition rationaliste occidentale’ : la raison, la science, la culture… Il manifeste même un rationalisme exacerbé : il fustige par exemple la pratique religieuse des ’exercices de mémoire’, de la récitation et de la répétition, parce que, écrit-il, ‘psalmodier, réciter, répéter n’est pas penser’. Évidemment que l’exercice de la pensée critique est une absolue nécessité ; mais doit-on pour autant ne faire que penser ? N’a-t-il jamais pris plaisir, par exemple, à apprendre par cœur un texte ou un poème qu’il aimait et à se le répéter ? La récitation et la répétition sont critiquables lorsqu’elles servent à l’endoctrinement religieux, mais, en elles-mêmes, elles sont loin d’être dénuées de sens : elles permettent de s’approprier un texte admiré, de se l’incorporer, de s’en imprégner, de savourer ses sonorités ; elles relèvent autant de l’univers musical que du domaine intellectuel. Elles ne font pas obstacle à la compréhension du sens, mais, au contraire, le soulignent et le renforcent — l’étude des sonorités d’un texte, et de ce qu’elles ‘disent’ de plus à notre inconscient, ne fait-elle pas partie intégrante de l’analyse littéraire ? ».

Oui, de par cette dissonance Soleil-Vénus-Saturne très mal vécue, Onfray s’est enfermé dans un rationalisme dogmatique et exacerbé tout en prêchant l’hédonisme, ultraparadoxe oblige. Le grand démythificateur serait-il un vulgaire mystificateur qui s’auto-illusionne ? C’est ce que pense — avec raison — Mona Chollet : « Les termes dont il se sert de façon récurrente pour qualifier les textes religieux laissent également perplexe : ‘fictions fabriquées’, ‘fables’, ‘mythes’, ‘arrière-mondes’, ‘histoires pour enfants’…, représentent apparemment à ses yeux les pires des abominations, alors qu’aux oreilles de beaucoup de gens, il est vraisemblable qu’elles ont des résonances plutôt agréables ».

Michel Onfray n’a certes pas tort de dénoncer saturniennement les constructions mythiques (solaires) que sont les religions… Mais si c’est pour mieux se prosterner devant les divinités du scientisme rationaliste, on ne voit pas trop où est l’intérêt. Mona Chollet a bien saisi la pusillanimité de cette posture — ou plutôt de cette imposture — saturno-solaire : « dans sa critique des religions, il se comporte comme un médecin qui amputerait le bras de son malade pour lui soigner une blessure à la main. La vision qu’il esquisse d’un monde entièrement peuplé de philosophes raisonneurs n’est ni très convaincante, ni très enviable. On ne peut qu’acquiescer à son idéal de connaissance, mais la vision idyllique qu’il donne de la science moderne, la foi candide dans un ’progrès’ vertueux et sans tache dont elle témoigne, laissent pantois. Comment nier qu’en laissant libre cours à son fantasme de toute-puissance et de maîtrise absolue de la nature, l’homme moderne joue à l’apprenti-sorcier, et cause d’incalculables dégâts ? Comment nier les ravages de la réification du monde, de sa réduction à une série d’utilitaires inertes considérés le plus souvent comme autant de sources de profit ? ».

Et son athéisme radical ? Comment l’analyser sous l’angle de la dissonance Soleil-Saturne ? Nous avons déjà vu que cet athéisme était essentiellement d’essence solaire dans le référentiel Sujet : c’est au fond une foi, une conviction, une passion, et non le fruit d’une réflexion. Mais puisque le rôle de Saturne n’a pas encore été évoqué dans la genèse de cet athéisme ayatollesque, il est temps de le faire. On peut donc y voir une critique ‘t’ radicale de la croyance en des dieux mythiques. Mais on peut aussi y voir l’abdication radicale de tout esprit critique saturnien au nom de la croyance solaire absolue dans la non-existence de dieu(x). On peut même, comme Nolla Cholet, y voir un pathétique ultraparadoxe de plus, comme lorsqu’elle évoque l’anti-nihilisme contemporain dont Michel Onfray prétend être le chantre : « Onfray prend acte, pour le déplorer, du ’nihilisme’ qui caractérise notre époque, de sa ‘passion pour le néant’, de son ‘culte du rien’ — bref, de la « négativité contemporaine ». Il l’attribue à l’influence encore trop faible d’un athéisme assumé : ‘L’athéisme seul rend possible la sortie du nihilisme’. Or, il est peu probable que la vision du monde alternative qu’il esquisse — le rationalisme comme unique mode d’appréhension des choses, l’acceptation de la ‘cruauté du réel qui contraint à supporter l’évidence tragique du monde’ — soit à même de contrer le nihilisme […] Il a raison de s’inquiéter de la ‘montée de l’irrationnel’ que l’on constate aujourd’hui, mais on peut se demander si celle-ci ne relève pas largement d’une réponse confuse et maladroite à ce que les gens pressentent d’insuffisance dans le ‘n’est que’ ultrarationaliste et nihiliste — et si, du coup, les remèdes de cheval qu’il lui propose ne seraient pas plutôt de nature à aggraver le mal ».

Notez que c’est le même ultraparadoxal Michel Onfray qui s’inquiète de la « montée de l’irrationnel » et qui dit que « ce n’est pas rabaisser la psychanalyse que de l’assimiler à la sorcellerie et à la pensée magique ». Et je ne vous parle pas de toutes les conneries rationnelles ou irrationnelles qu’Onfray raconte dans son Traité d’athéologie : c’est hors-sujet…

Existence intensive et extensive : « Le plaisir est dans le frottement et le désir de se répandre »

Les niveaux ‘e’ et ‘E’ dominent nettement dans le Thème natal de Michel Onfray ; les planètes qui les composent sont de surcroît reliées entre elles par de multiples aspects associant fonctions dominantes et sous-dominantes : Mars trigone Vénus, opposé Neptune et Jupiter ; Neptune sextile Saturne ; Vénus sextile Jupiter. La totale, quoi. Il n’est donc pas surprenant de voir le vécu, le ressenti, le corps agissant et réagissant au cœur de sa philosophie résolument anti-platonicienne.

« Il faut partir du réel et construire avec celui-ci », affirme Onfray. Entendez par là le réel ‘E’, le réel vécu, le réel du corps traversé de sensations, celui qui vibre, palpite et frémit loin des cavernes platoniciennes tapissées d’apparences trompeuses, reflets d’insaisissables transcendances. Il s’oppose ainsi, comme son maître Nietszche (Mars, Vénus, Jupiter dominants lui aussi) à l’idéalisme platonicien qui a selon lui colonisé la pensée philosophique depuis des siècles ; au nom de l’Existence par lui sacralisée, il s’en prend furieusement à « un ciel d’idées pures qui échappe au temps, à l’entropie, aux hommes, à l’histoire », à « un arrière-monde peuplé de songes crédités de plus de réalité que réel » qui nous invite « à se détourner de l’ici-bas, de la vie, de ce monde, de la matière du réel, au profit de fictions ». Il en rend responsable le « triomphe officiel du christianisme » — dont il rappelle au passage qu’il était pour Nietzsche « un platonisme à usage de la populace ». Haro donc sur « Platon, les stoïciens et le christianisme » qui « imposent leurs logiques : haine du monde terrestre, détestation des passions, des pulsions, des désirs, discrédit jeté sur le corps, le plaisir, les sens, sacrifice aux forces nocturnes, aux pulsions de mort ».

Ici — et ici seulement, et en partie seulement — le message de Michel Onfray devient intéressant, libérateur et sympathique, dans la lignée d’un Épicure qui écrivait à propos de la mort et des métaphysiques qu’elle inspire : « Tant que nous sommes, elle n’est pas et lorsqu’elle est, nous ne sommes plus ! » — ou d’un Pierre Desproges (opposition Neptune-Jupiter dominante) qui conseillait de « vivre heureux en attendant la mort ». On sait que la philosophie conditionaliste place la fonction marsienne au centre du réel. Que le psychédélico-quantique chat du physicien Schrödinger soit ici et/ou ailleurs en même temps, que les religieux nous promettent paradis ou enfers post-mortem, peu importe lorsqu’on considère les choses de ce point de vue central extra-solaire : « nous sommes au monde, n’en déplaise à la littérature », comme le chantait le très marsien Léo Ferré qui s’en prenait dans cette phrase au Mars « aveugle » de Rimbaud qui professait que « nous ne sommes pas au monde ».

Nous sommes au monde donc, dans le monde existant, et selon Michel Onfray il faut jouir sans entrave de cette jouissance, en un sensuel festin de chaque instant, libérés de tout carcan moral et de toute contrainte bigote : Il « propose un art de vivre hédoniste axé sur l’existence, la culture des arts et du savoir, l’épanouissement, le plaisir, le rapport à soi et le rapport à autrui » et de replacer l’individu-Sujet au centre de son existence où il pourrait librement « penser sa vie et vivre sa pensée »… ce qui est pour lui le « principe d’une éthique solaire et souveraine ». Quand il évoque cette « éthique solaire », il ne fait bien entendu aucune référence à l’astrologie, et par conséquent ne sait pas que c’est probablement sous l’effet de son trigone Soleil-Vénus-Mars dominant qu’il a écrit cette phrase.

Arc-bouté sur ce Mars en Taureau dissonant au « grand T » d’Uranus-Neptune (l’existant pur qui mobilise toutes ses défenses naturelles contre les intrusions de l’imaginaire métaphysique) se veut donc le chantre, le héros-hérault solaire d’une existence vécue au ras des pâquerettes, profondément ancrée dans les réalités concrètes et sensorielles et qui se voudrait libre de toute norme morale ou sociale (Mars dominant opposé Jupiter non-dominant).

Je viens d’évoquer la dissonance Mars-Neptune angulaire. Tiens, oui : Neptune culmine dans le Ciel de cet athéiste militant et convaincu. Ceux (généralement des astrosymbolistes) pour qui cette planète est celle de la spiritualité ne manqueront pas d’être surpris ; cela d’autant plus qu’elle se trouve en Maison IX, traditionnellement significative de la spiritualité. Du point de vue conditionaliste en revanche, pas de problème : on peut très bien être neptunien et incroyant. Reste à analyser comment un athée comme Onfray peut vivre sa fonction neptunienne.

D’un point de vue technique, étant donné la faiblesse du niveau ‘T’ et la force du niveau ‘e’, et les dissonances de Mars aux planètes ‘T’, ce Neptune est plus ‘e’ (immanent) que ‘T’ (transcendant). C’est probablement ce qui lui fait dire qu’on n’a « pas besoin d’aller chercher Dieu, le ciel et une vie post-mortem pour justifier le bien. Il suffit simplement de dire que le bien, c’est mieux que le mal parce que ça permet la jubilation dans la communauté… L’homme a besoin d’une sagesse immanente et non d’une spiritualité transcendante » : une sagesse saturnienne ancrée dans le vécu doublée d’une « jubilation » neptunienne à se sentir exister au sein du collectif. Et puis à sa manière, Onfray est un mystique quand même, « mystique de gauche » comme il dit aspirant à une ultraparadoxale « sainteté » athée… qui lui inspire un très « petit e »… et très chrétien sentiment vis-à-vis des pauvres croyants en Dieu : « Dès lors je ressens ce qui toujours monte du plus profond de moi quand j’assiste à l’évidence d’une aliénation : une compassion pour l’abusé doublée d’une violente colère contre ceux qui les trompent avec constance. Pas de haine pour l’agenouillé, mais une certitude de ne jamais pactiser avec ceux qui les invitent à cette position humiliante et les y entretiennent. Qui pourrait mépriser des victimes ? Et comment ne pas combattre leurs bourreaux ? ».

Dans sa Théorie du corps amoureux, Onfray plaide pour une philosophie saturnienne capable de rendre l’existence moins pénible grâce à ce qu’il appelle l’« eumétrie, la bonne distance ». Certes, l’existence n’est a priori que douleurs, peines et combats (Mars-Saturne « grand E »), mais c’est aussi la faute à l’éducation jupitérienne (rejet de Jupiter par Mars) qui nous incite à nous soumettre au principe de réalité (qui est pour lui fondamentalement opposé au principe de plaisir) et de n’avoir que des plaisirs sociaux, alors qu’il existe de purs plaisirs qui rendraient possible de traverser la vie avec joie et jubilation. Oui mais voilà : Saturne dominant est dans son Thème au carré de la Lune non-dominante…

Dissonance Lune-Saturne : l’allergie à la procréation

Pour jouir vraiment de l’existence, encore lui faudrait-il être capable de la considérer comme cool, sympa, porteuse, amicale, enrobante, englobante, bref : lunaire. Cela, Onfray semble incapable de le faire. C’est fondamentalement un inquiet, c’est-à-dire un être incapable de s’abandonner à la quiétude lunaire, celle du bébé de moins d’un mois qui s’endort, repus et confiant, contre le sein de sa mère en rêvant. Cette inaptitude se traduit chez lui par une véritable « métaphysique de la stérilité » qu’en bon jusqu’auboutiste il pousse jusqu’à ses dernières extrémités : « Michel Onfray compose des pages très lucides sur le désir d’enfant. Sa position reste très explicite : par amour des enfants, on ne devrait pas en faire. Car en infligeant la vie, on voue sa progéniture à l’inéluctabilité de la mort, on la soumet à l’intérêt qui mène le monde, on l’oblige au travail salarié dur et contraint, on l’expose à la précarité et au chômage. Dès que l’enfant paraît, on « bricole dans l’incurable » (Cioran), c’est-à-dire qu’on fait avec. Par ailleurs, dès qu’on devient père ou mère, on cesse d’être un individu pour devenir une fonction ».

Et nous retombons là en pleine phase ultraparadoxale : « par amour des enfants, on ne devrait pas en faire ». La vie vaut d’être vécue pour les plaisirs qu’elle peut apporter, mais il vaudrait quand même mieux ne pas exister. On ne s’en sort pas… Et en plus, foncièrement anti-lunaire, Onfray est incapable de considérer la paternité et la maternité comme un statut naturel, banal, spontané : devenir parent n’est pour lui qu’une soumission à un ordre social jupitérien que son Mars rejette frontalement. La faiblesse de son sextile Lune-Jupiter l’aveugle.

Le pouvoir extensif et l’Université Populaire de Caen

Ce rejet de Jupiter nous renvoie à son rapport plus général à l’autorité, au pouvoir, aux institutions. Un rapport extrêmement complexe. D’une part, il les rejette au nom d’un anarchisme viscéral et indiscipliné (Mars dominant dissonant au ‘r’ de Jupiter-Uranus), mais d’autre part, avec un Soleil dominant au trigone de Mars et de Pluton, il se veut lui même source de pouvoir ‘P’ et d’autorité ‘r’.

La création de son « Université Populaire » suite à sa démission de l’Éducation Nationale, et le rôle qu’il joue dans cette très personnelle université illustrent très bien cette problématique.

En 2002, alors que Saturne fin Gémeaux transite au carré de sa Lune natale et en opposition à sa conjonction Mercure-Saturne natale, il décide de démissionner de l’Éducation nationale, reprochant à celle-ci d’enseigner magistralement l’histoire officielle de la philosophie plutôt que d’apprendre à philosopher (ce qui est absolument vrai), et fonde sa propre université « libertaire » et gratuite pour y enseigner une « contre-histoire » de la philosophie.

Le problème, c’est que cette université très personnelle est tout sauf populaire, contrairement aux intentions de son créateur : « Il m’a fallu batailler pour imposer le mot « populaire ». On m’a dit « l’université populaire, c’est gauchiste, c’est communiste, c’est démagogue, c’est de la pub. Vous aurez du mal à trouver les fonds ». J’ai dit « tant pis ! ». Je propose le mot populaire au sens que lui donne Michelet, parlant du sort du peuple, c’est-à-dire ceux qui exercent le pouvoir minoritairement dans la société ». Fort bien… mais en fait seule les classes moyennes fréquentent les cours de l’athéiste en chef, qui est bien obligé de le reconnaître : « Il se fait que le prolétariat n’est pas là. Je n’y peux rien. Même les syndicalistes, si enthousiastes au début, ils ne sont pas venus me voir en me disant : « Ça marche, qu’est-ce qu’on pourrait faire ensemble ? ». Ils avaient sans doute mieux à faire sur le front des luttes sociales que de l’entendre pérorer sur l’hédonisme athée marxisto-freudien pré-platonicien. Le grand homme se console comme il peut devant ses étudiants des classes moyennes : « Ce n’est déjà pas mal de pouvoir renouer avec elles, alors que la culture, d’ordinaire, est plutôt réservée à la bourgeoisie… ».

Mais le pire dans cette entreprise, c’est que Onfray a reproduit à l’identique l’enseignement magistral qu’il dénonce : nouvel ultraparadoxe solaire. Mais il est vrai que, selon le webphilosophe 1001nuits, « Michel Onfray a malheureusement subi cet enseignement et, qu’il le veuille ou non, il peut apparaître comme un pur produit de ce dernier, n’ayant pas remis en cause en lui un héritage lourd à porter. La manière dont la psychanalyse est enseignée en cours de philosophie est d’ailleurs tout à fait symbolique de ce décalage entre les mots et soi, car la psychanalyse est trop souvent encore utilisée par les apprentis philosophes comme une caution, comme un moyen de lire des choses cachées dans la conscience des autres, mais en aucun cas de se remettre en question et de lire des choses cachées en soi-même. D’une manière générale, l’establishment de la philosophie française use de cette caution comme d’un argument de pouvoir (ce qui n’est pas le cas de l’ensemble du monde de la psychanalyse, voir psychanalyse et morale) et donc de protection, usant de cette technique de manière asymétrique vers le monde, comme argument préscientifique de poids. Cette démarche est d’ailleurs parfaitement identique entre Michel Onfray et le milieu de la philosophie dont il est issu : on parle psychanalyse mais on est loin d’avoir un jour tenté de faire la sienne ».

Ultraparadoxe solaire : tout change parce que rien ne change. 1001nuits a bien saisi les enjeux saturno-solaires de cette période : « Dans la construction de cette université, de cette « école », on peut analyser l’acte de sécession fait par Michel Onfray comme un acte adolescent, un acte de rupture usant d’une symbolique à la fois révolutionnaire — lutte contre le système — et réactionnaire — retour à des vraies valeurs comme celles de la tradition grecque. Onfray professe dans cette université « pour assouvir le besoin de sens » (sic) de ceux qui y viennent. Pour un révolté contre le système de professorat classique, la démarche est déjà étonnante. Que ce dernier se soit contenté d’écrire des livres aurait eu une certaine cohérence, celle de refuser l’enseignement en tant que tel de la philosophie et de poser la question de la possibilité même d’un tel enseignement. Mais le positionnement de Michel Onfray est plus pernicieux, car il prétend faire mieux que l’enseignement classique tout en faisant en quelque sorte contre l’enseignement classique. Loin de moi l’idée cependant de défendre un enseignement classique qui a ses défauts mais seulement de noter la démarche quelque peu mégalomaniaque résultant de l’opposition de type adolescente ».

La mégalomanie solaire-Capricorne (« moi-je, sinon rien ») de Onfray ne connaît alors plus de limites. Il prêche devant un auditoire captif et conquis : « L’orateur se positionne en donneur de leçons, en tant que celui qui apporte du sens, prêchant ses ouailles et leur permettant à la fin de réagir sur le canevas que lui a tissé. Le cours doctoral est transformé en cours doctoral avec débat, mais avec le sous-entendu supplémentaire que le conférencier Onfray fait mieux que ses collègues, qu’il apporte plus de sens, qu’il comble un vide, qu’il répond à un public. La démarche est donc loin d’être neutre car elle est à la fois une reproduction du modèle classique avec une légitimité auto-proclamée beaucoup plus revendicative qui est d’apporter des solutions, de combler le vide de sens […] Le travail d’Onfray, en voulant combler le vide, se place sur le plan des solutions et non des problèmes. Il y a donc une démarche comparable à une doctrine religieuse ou politique : venez me voir et vous saurez comment être heureux en pensant. Le jeu sur le bonheur de penser est typiquement du ressort des grands mécanismes des sectes ».

Nageant toujours dans l’ultraparadoxe, Onfray condamne « ceux qui surfent sur la vague philosophique » (sic). Nous sommes ici en présence d’une projection tout ce qu’il y a de plus banale car Onfray condamne ceux qui surfent sur la vague philosophique alors qu’il est un champion du surf sur la vague philosophique ». Voudrait-il être le seul, unique et incomparable philosophe solaire ? Lui-même qualifie son succès de « suspect » : ultraparadoxe toujours…

Le webphilosophe 1001nuits dresse un saisissant portrait d’un solaire du Capricorne prisonnier du référentiel « Sujet » : « La structure sectaire tente d’utiliser les médias pour la glorification de son gourou et c’est ce qu’Onfray fait à l’aide de son université ainsi que l’aide des médias publics. Il s’est construit l’image d’un gourou isolé, en dehors du brouhaha parisien et du système, mais il reste très sensible à ce qu’on parle de lui, très sensible aux prêches, et très sensible au fait d’attirer quantité de gens à chacune de ses messes ».

Au cours de ses prêches, il oppose « les gens qui dérangent » (à savoir lui-même et sa cour sectaire) aux « autorités », et à « l’establishment » qui comploteraient contre la seule, l’unique, la vraie, la meilleure philosophie : la sienne : « Force est de constater que présupposer une théorie du complot est à la fois un argument de vente extrêmement courant mais aussi contribue à renforcer l’identité du groupe qui se constitue autour de Michel Onfray […] Or qui dit renforcement de l’identité d’un groupe, dit aliénation des singularités de ses individus ». Nous sommes là en plein « miroir à plusieurs » solaire.

En conclusion…

Le prêcheur athéisto-hédoniste Michel Onfray jouit d’une réputation tout-à-fait usurpée. Le sait-il ? Probablement, puis qu’il juge lui-même son propre succès « suspect ». Mais dans son narcissisme, son orgueil et sa démesure solaires, ce faux démystificateur ne peut s’empêcher de s’automystifier. Il est un pur produit de son milieu et de son époque, quoi qu’il en dise, ce que l’excellent webphilosophe 1001nuits décrit avec maestria : « L’université est anti-fasciste » nous dit Onfray, cela résume beaucoup de ce discours creux, trendy, en opposition adolescente avec le reste de la société. Le sillon que creuse Onfray, c’est l’épicurisme moderne, un genre de développement personnel à la sauce anglo-saxonne, à la fois égoïste mais plein d’une bonne conscience à la française, inscrite dans la droite lignée de notre héritage catholique et de notre tradition communiste ». Tout ça pour ça !

Article paru dans le n° 26 du Fil d’ARIANA (octobre 2006).

Cet article vous a été proposé par : Richard Pellard

Voir aussi :

- Qui sommes-nous ?
- Anar-show en hommage à Paul Feyerabend
- Paul Feyerabend, un épistémologue contre l’anti-astrologisme


Le petit livre du Capricorne

par Richard Pellard. 49 pages. Illustrations en couleurs

Ce livre présente et explique les trois zodiaques : celui du décor des constellations, celui de l’astrologie traditionnelle basé sur les Quatre Éléments symboliques (Feu, Terre, Air & Eau) et celui de l’astrologie naturelle basé sur les phénomènes astronomiques objectifs.

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