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1. Astrologie et Bouddhisme, un dialogue Vous êtes ici : Accueil Documents Pour connaisseurs Astrologie & spiritualité
Publié le : 30 janvier 2004
1. Astrologie et Bouddhisme, un dialogue
1ère partie



Le Bouddhisme se réfère à l’action et à l’enseignement de Siddharta Gautama (autour de 560/480 av. J.C.) qui, après son "éveil" se nomme lui-même "Bouddha" (l’Eveillé). Le Bouddhisme fait partie des religions non-théistes, puisqu’il ne connaît pas de Dieu éternel. Selon le Bouddhisme, il n’y a pas d’être stable, mais tout est conçu comme devenant et disparaissant. C’est pourquoi Bouddha récuse le concept du soi (atman), puisqu’il n’existe pas de substance durable. Les éléments derniers qui sont au fondement du monde ne sont pas des substances matérielles ou spirituelles, mais des propriétés ou états inconsistants. Ces facteurs d’existence (dharmas) forment cinq groupes : le corporel, les sensations, les distinctions, les forces motrices, les actes de conscience. A partir d’eux se composent tous les phénomènes existants (pierres, animaux, hommes). Leur apparition et disparition est réglée par une dépendance causale. Le Bouddha représente la doctrine des réincarnations et de l’expiation des actes par le karma. Comme il n’y a pas de substance spirituelle permanente, le nouvel être vivant qui naît des actions d’un précédent n’est pas identique au corps ni à l’esprit de celui-ci. C’est plutôt la seule chaîne causale des actes qui subsiste après la mort et même à une nouvelle vie. Le but du Bouddhisme est l’accès au nirvâna (extinction). On désigne par là l’état de totale extinction de la pulsion de vie et l’arrêt des réincarnations. L’éveillé peut déjà, de son vivant, se libérer de tout désir et accède après sa mort au nirvâna parfait. Après la mort du Bouddha, sa doctrine fut développée dans différentes directions".

Pascale, adhérente d’ARIANA, a souhaité établir un dialogue entre astrologie naturelle et Bouddhisme. Pour être précis, notons qu’elle est adepte du Bouddhisme mahahyâna ("Grand Véhicule"), qui se "tourne vers les couches les plus larges. La vénération du Bouddha adopte des traits théistes, l’individu peut, sur le chemin du salut, s’assurer de l’aide de boddhisattvas. Ceux-ci sont des éveillés qui par amour pour l’Homme, renoncent à entrer dans le nirvâna". Il existe aussi un Bouddhisme hynayâna ("Petit Véhicule"), "représentant le Bouddhisme monastique, qui s’emploie au salut d’un petit nombre d’élus". Afin que tout soit clair, je tiens à préciser que je suis moi-même, Richard Pellard, complètement agnostique à l’heure qu’il est (mais ça peut toujours changer d’un instant à l’autre, et je n’en fais nullement un dogme définitif), et que je m’exprime donc avant tout en tant qu’astrologue.

Pascale : Depuis des années, je me pose des questions à propos des rapports astrologie-spiritualité, psychologie-spiritualité, conditionnements divers-spiritualité. Plus précisément, en tant que bouddhiste, je me suis interrogée sur les liens entre le "terrain" des individus et "l’idéal bouddhique" à atteindre. Mais si je peux facilement parler du Bouddhisme, j’avoue mes lacunes en astrologie. Je crois qu’il serait intéressant de baser la réflexion sur une comparaison entre les principales notions du Bouddhisme et des structures psychologiques, comportementales, etc., tirées de différents thèmes astraux, ces thèmes se différenciant par le degré d’"évolution" de la personne : de la plus "existante" à la plus "transcendante".

Par exemple, à propos du thème de Francis Cabrel (le Fil d’ARIANA n° 2), on évoque une "sociabilité naturelle, fluide, et empathique certes (trigone à la Lune) mais aussi ultra-sélective (F- différentielle du Scorpion). L’homme se montre extrêmement attentif, à l’écoute... mais seulement avec ceux qui sont parvenus à franchir les frontières hermétiques (Cancer-Scorpion) qui verrouillent son intimité (Lune)". Les termes "ultra-sélective" et "mais seulement avec ceux" s’opposent à l’un des quatre "Illimités" du Bouddhisme : l’équanimité illimitée. Le Bouddhisme nous montre le chemin vers un bonheur de tous les instants, l’équanimité est l’une des vertus à acquérir pour atteindre ce bonheur. En effet, comment être heureux complètement, si je ne "supporte" et si je ne suis ouvert qu’à une certaine catégorie de personnes (sélectivité). A chaque fois que je serai en présence de personnes ne correspondant pas à cette catégorie, je ne serai pas à l’aise. L’équanimité nous permet d’aller au-delà de cet attachement à certaines personnes. Mais après avoir effectué cette comparaison, me vient une réflexion : peut-être cette phase de sélectivité est-elle nécessaire ? Le Scorpion pousse à l’analyse, à la compréhension, à la lucidité, il me semble. Pour arriver à la tolérance, à l’acceptation inconditionnelle (équanimité) de tous, peut-être, et même j’en suis sûre, qu’il faut passer par une phase de compréhension de la nature humaine...

R.P. : S’il y a comme tu le notes à tort ou à raison contradiction absolue entre la Lune/Cancer trigone à Mercure-Vénus/Scorpion et "l’équanimité illimitée" qu’enseigne et recommande le Bouddhisme, on peut être tenté d’en tirer deux hypothèses logiques. Selon la première et en simplifiant, Cabrel n’est pas mûr pour le Bouddhisme et devra attendre sa prochaine et éventuelle incarnation pour espérer naître sous des cieux plus favorables à la fin du samsara (cycle de migration des âmes) et de l’illusion pour son âme. Dans ce cas, tous les individus (sans exception) ayant des structures zodiaco-planétaires identiques dans leur thème natal sont frappés d’impossibilité de se libérer de la chaîne des souffrances du temps de leur vivant. Si tant est que cela soit possible, cela signifie que l’aptitude à suivre le chemin spirituel de la libération bouddhique leur est interdit, à moins qu’ils ne contreviennent systématiquement aux lois astrales qui organisent leur psyché... ce qui, crois-en mon expérience, se traduit quasi inévitablement par des névroses plus ou moins graves. Au fond, on est ce qu’on est, et pas autre chose.

Selon la seconde hypothèse, tous les individus, quels que soient leur mode de fonctionnement astralement prédéterminé par leurs lieu, date et heure de naissance, seraient spirituellement capables de gommer absolument toutes leurs spécificités individuelles pour éteindre leurs désirs, pour parvenir à un état d’"équanimité illimitée". Pourquoi pas ? Mais il faut vraiment avoir la foi (bouddhiste ou autre) chevillée au corps pour croire qu’un comportement spirituel modèle peut s’appliquer d’une manière linéaire et unique à la diversité des fonctionnements astropsychologiques. On revient à l’hypothèse première : d’après ce que j’en sais, un "marsien", un "solaire" ou un "plutonien", même évolué, reste toujours marsien, solaire et plutonien dans ses comportements. L’observation montre que l’accession à une dimension qualifiée de "spirituelle" ne modifie en rien son fonctionnement fondamental, elle lui donne une autre qualité, une autre amplitude et/ou une autre intensité, c’est apparemment tout... et c’est quand même énorme.

Admettons que le chemin bouddhiste soit le meilleur (c’est pour moi une pure hypothèse) pour parvenir à réaliser le soi universel qui sommeille dans le moi individuel. Dans ce cas se posent à nouveau au moins trois hypothèses basiques : selon la première, les configurations particulières de l’ego individuel qui se manifestent sous forme de comportements spécifiques, que le thème natal permet entre autre de définir et de prévoir, ne sont, si on en croit le Bouddhisme, qu’une pure illusion de continuité sécurisante dans l’impermanence fondamentales des choses. Pourquoi pas ? Mais dans ce cas, ne parlons plus d’influence astrologique : ce n’est qu’une illusion de plus, qui se diluera dans la standardisation "spirituelle" d’un rapport au monde exemplairement équanime et illimité. Cette hypothèse comporte une certaine forme de sagesse : il est en effet stupide d’identifier formellement le soi à son horoscope... ou à n’importe quoi d’autre.

Selon la deuxième hypothèse, le Bouddhisme ne serait qu’une idéologie pourvoyeuse de modèles au pire illusoires et au mieux relatifs : comment demander par exemple à un "Vierge-r" d’accéder à une attitude d’"équanimité illimitée" alors que tout, dans l’organisation astrale de son psychisme l’invite et l’incite à adopter naturellement une attitude contraire à cette infinie tolérance-indifférence ? Dans ce cas, l’individu a raison, pour le maintien de son intégrité personnelle, de refuser et nier ce dogme bouddhiste. Si la "loi d’équanimité illimitée" ne peut être acceptée par chaque individu comme une structure universelle de sa psyché, le Bouddhisme n’est plus qu’une forme particulière d’adhésion ou de croyance, qui ne peut convenir qu’à certains tempéraments astro-psychologiques.

Selon la troisième hypothèse, le Bouddhisme aurait découvert les lois universelles du spirituel, et le conditionnement astrologique n’agirait que comme un filtre précis forçant chaque individualité à répondre à sa manière spécifique et à traduire comme il le peut ces lois. Dans ce cas, chacun pratiquerait "l’équanimité illimitée" en fonction de ce qu’il est, de ce qu’il a été et de ce qu’il peut devenir, et surtout de la manière dont il fonctionne naturellement (c’est la base). Il y aurait ainsi les parcimonieux et les généreux, les pressés et les lents, les extravertis et les introvertis de ce genre d’attitude spirituelle, et l’hypothèse bouddhiste serait ainsi parfaitement compatible avec les réalités astrologiques. Nous y reviendrons plus tard.

Je pense donc que la meilleure manière (selon moi) d’aborder le domaine des relations entre astrologie et Bouddhisme reposerait sur les formulations suivantes : "De quelle manière et dans quelle mesure la diversité des modes de fonctionnement individuels tels qu’ils sont définis par l’astrologie permettent-ils l’intégration des axiomes de la loi et de la foi bouddhistes ?". Ou encore "De quelle manière et dans quelle mesure les postulats fondamentaux du Bouddhisme sont-ils compatibles avec les théories de l’astrologie naturelle et leurs implications métaphysiques ?".

Pascale : Moi aussi, je me pose très souvent la question que tu as formulée ainsi : "Dans quelle mesure l’attitude spirituelle idéale est-elle compatible avec la diversité fondamentale des comportements humains ?". Les réponses que j’ai à celà... La diversité fondamentale des comportements humains est-elle source de bonheur total ? Les passions quelles qu’elles soient (pour le jeu, pour l’art, etc.) nous donnent-elles un bonheur durable ? Nos différences, nos spécificités, astrologiques ou autres, ne sont-elles pas plutôt une limitation, une orientation de la conscience, une polarisation, que je ne rejette pas mais que je considère comme une étape, comme à vivre, à intégrer et à dépasser ? Je crois comprendre que tu tiens beaucoup à la diversité des comportements humains et qu’une attitude spirituelle unique et idéale te dérange...

R.P. : Ce n’est pas que j’y tienne beaucoup d’un point de vue personnel, subjectif. En tant qu’astrologue, je ne peux objectivement que constater cette diversité, qui est une réalité incontournable.

Pascale : Dans le Bouddhisme, nous recherchons le bonheur total et la cessation de la souffrance, souffrance que nous expérimentons tous, qui peut être minime ou forte, et se situer sur le plan physique, émotionnel, intellectuel, etc., et qui peut aussi être une simple frustration. Si tu regardes bien, personne n’est vraiment complètement heureux, ou en tout cas ça ne dure pas, et le moindre événement peut faire évoluer un bonheur en mal-être. Je ne crois pas que les spécificités de l’ego individuel soient source de bonheur, mais je ne les rejette pas non plus, car je les considère comme karma, c’est-à-dire comme résultat d’une action, comme effet de la cause. Elles sont à comprendre, à dépasser ou transcender. Pour certains, cela prendra une vie ou deux, pour d’autres moins. Je crois en une attitude spirituelle idéale, plus qu’une attitude, elle consiste en une réalisation totale de l’être, réalisation des qualités.

R.P. : Tu as posé la question suivante : "La diversité fondamentale des comportements humains est-elle source de bonheur total ?". L’astrologie naturelle aurait tendance à répondre : au fond, ça n’a aucune importance. Cette diversité fondamentale des comportements humains est un fait objectif, qu’on s’en réjouisse ou qu’on le déplore, qu’on le veuille ou non, et elle est dans une très large mesure structurée par notre sensibilité aux cycles et rythmes cosmiques. C’est une loi universelle. On peut certes s’y opposer au nom de présupposés idéologiques, philosophiques ou spirituels (et la possibilité même de cette opposition est encore un élément de la diversité fondamentale des tempéraments : il y en a qui s’y opposent ou qui l’acceptent pour diverses raisons). Tu vois le paradoxe...

Le "bonheur total" que tu évoques n’est-il pas une idée, une projection, un souhait, un projet, une espérance, une représentation de ce que devraient être les êtres et les choses, et non ce qu’ils sont ? D’un côté, il y a une constatation incontournable que quiconque a étudié sérieusement l’âme humaine et le fonctionnement psychologique ne peut nier : chaque être est différent des autres dans ses comportements et ses aspirations, et les régimes politiques ou religieux totalitaires qui ont décidé de faire table rase des spécificités individuelles pour tenter de bâtir une "humanité nouvelle" aux comportements unifiés ont toujours grossièrement échoué. De l’autre côté, on peut effectivement se poser la question : "La diversité des comportements est-elle source de bonheur total ?". Vu le caractère souvent tragique et malheureux de la destinée humaine, on pourrait se dire que cette diversité est source de malheur... mais c’est aller un peu vite en besogne. On ne peut inférer aucune relation de cause à effet entre cette diversité et les malheurs individuels. Même si on parvenait à en finir avec cette diversité des comportements, parviendrait-on pour autant au bonheur total ? Et d’ailleurs, pourquoi chercher ou vouloir le bonheur total ? N’est-ce pas qu’une illusion ?

"Les passions quelles qu’elles soient (pour le jeu, pour l’art, etc.) nous donnent-elles un bonheur durable ?". C’est encore une question qu’on peut légitimement se poser. Mais "pourquoi un bonheur devrait-il être durable ?" est une question tout aussi légitime et pertinente. Les structures astrales dont nous héritons à la naissance se vivent entre autres à travers nos inclinations passionnelles. Pourquoi le fait de vivre ses passions individuelles serait-il incompatible avec un hypothétique "bonheur durable" ?

Le Dalaï-Lama comme Krishnamurti ont en commun la passion de la mécanique. Je ne sais pas quelles sont les autres passions du Dalaï-Lama, mais je sais que Krishnamurti avait également une passion pour les romans policiers qu’il dévorait à hautes doses. Ces passions humaines, bien humaines, et surtout bien spécifiques, bien individuelles, empêchent-elles le Dalaï-Lama ou Krishnamurti de vivre des états bouddhiques de félicité totale ? Les "bonheurs passagers" qu’ils doivent à leurs passions sont-ils contradictoires avec le "bonheur durable", ou bien s’agit-il de deux formes de "bonheur", de deux états d’être de nature si différente qu’ils peuvent très bien coexister sans problème et sans contradiction à des niveaux différents de l’organisation psychique ? Et enfin, pourquoi les mystiques et autres instructeurs spirituels manifestent-ils eux-mêmes une si grande diversité de comportements, qui se traduisent entre autre par le développement par chacun d’entre eux d’un point de vue spécifique et original sur ce qu’est le divin, point de vue qui dépend toujours, entre autre, de l’organisation du système solaire au moment et au lieu de leur naissance ? La connaissance de la diversité objective des temps due aux fuseaux horaires est-elle compatible avec le fait que chacun voit quand même midi à sa porte ?

Tu dis aussi que tu "crois en une attitude spirituelle idéale. Plus qu’une attitude, elle consiste en une réalisation totale de l’être, réalisation des qualités". "Je crois..." : tout est dit. Nous sommes dans le domaine de la foi, du pari sur l’inconnu, de l’invérifiable. Pourquoi pas ? Ce qui est sûr, c’est que les attitudes spirituelles ont toujours été d’une incroyable diversité selon les époques, les cultures et les individus. Tu évoques une "réalisation totale de l’être, réalisation des qualités". Mais la "réalisation totale de l’être" implique selon l’astrologie (mais aussi la psychologie jungienne) de vivre activement et lucidement toute sa Terre et tout son Ciel, avec ses forces et faiblesses, qualités et défauts. Et en dépassant le cadre strictement astrologique, ne crois-tu pas qu’être pleinement soi-même au sens jungien, c’est se vivre comme totalité avec ses lumières et ses ombres, ses anges et ses démons, qu’ils soient issus de la Terre ou du Ciel ? Une "réalisation totale" n’englobant que les "qualités" ne serait qu’une réalisation partielle. Nos "qualités" ne sont que l’ombre lumineuse de nos "défauts" ou "manques". Ton approche du Bouddhisme me paraît manquer de dialectique !

Pascale : Je veux d’abord parler de mon expérience. J’ai adhéré très facilement au Bouddhisme, car j’avais un état d’esprit bouddhique. Déjà, pour commencer, j’avais faite mienne une recommandation du Bouddha de ne pas croire en quoi que ce soit, même en ses paroles, avant de l’avoir expérimenté. Cela je l’applique à tous les aspects de la vie et donc aussi à la spiritualité... Les vérités du Bouddhisme, "l’attitude spirituelle idéale", j’y adhère car je les ai expérimentées comme bonnes. Exemple : la Noble Vérité de Souffrance. Je l’ai constatée dans la vie de tous les jours et c’est ce qui m’a fait m’intéresser à la spiritualité. L’équanimité : dans ma jeunesse, je ne fréquentais qu’un certain type de personnes et j’étais très sélective. Cela ne m’a pas rendue heureuse, car en l’absence de ces personnes je n’étais pas bien. Depuis que j’essaie d’être équanime, je suis beaucoup plus épanouie. L’attitude spirituelle, on y vient petit à petit. C’est la vie qui nous y porte. C’est l’intersection entre nos prises de conscience intellectuelles, émotionnelles, énergétiques. Il ne faut pas idéaliser cette attitude spirituelle, on la découvre comme le fruit mûrit sur l’arbre. La philosophie bouddhique nous y aide, mais ce que nous apprenons intellectuellement est toujours à intégrer à son propre cas. C’est toute une alchimie, délicate, et toutes les erreurs sont possibles. Mais le centre de référence est toujours soi-même, sa propre conscience. On peut entendre de précieux enseignements bouddhiques et traîner avec soi des complexes psychologiques qui font qu’on aura des difficultés à les mettre en pratique. Au contraire, on peut ne pas être bouddhiste et en avoir les qualités.

R.P : J’aimerais reprendre les deux exemples que tu donnes d’une "attitude spirituelle idéale selon le Bouddhisme" : "La Noble Vérité de la Souffrance". Je ne sais pas si c’est une noble vérité, mais c’est certainement une incontournable réalité : c’est la souffrance et l’insatisfaction qui nous poussent à évoluer. On peut éventuellement en faire un principe universel, une "noble vérité". L’attitude spirituelle qui en résulte n’est nullement incompatible avec la diversité des comportements humains telle que l’astrologie la postule, la démontre et la décrit. Rien de tel qu’un bon petit carré ou une superbe opposition pour provoquer éventuellement de salutaires et "heureuses" ( !?) prises de conscience psychologiques, sinon spirituelles. Les gens heureux n’ont pas d’histoire, comme dit justement la sagesse populaire, et les sextiles et trigones n’expriment au fond qu’un repos entre deux périodes de transformation possible.

Reste que chacun a ses souffrances spécifiques, et que pour y mettre fin (les masos ne le souhaitent pas), chacun doit faire avec les moyens qu’il a et imaginer des solutions d’une incroyable diversité ! L’extraverti, le solitaire ou l’actif par nature vivra cette "attitude spirituelle idéale devant la souffrance" d’une toute autre façon que l’introverti, le sociable ou le contemplatif. L’attitude spirituelle idéale me semble n’être qu’une chimère si elle ne s’inscrit pas au cœur même du vécu et des structures psychiques originales de chaque être.

Revenons maintenant à "l’équanimité illimitée". Nous ne sommes pas égaux devant l’équanimité. Certains le sont spontanément, cela fait partie de leur nature, ils n’ont donc aucun mérite et on ne saurait considérer leur équanimité comme une attitude spirituelle idéale, à moins de considérer qu’on hérite de cette qualité à la naissance. D’autres ne le sont pas : ont-ils obligatoirement un "mauvais karma" ? Pour sortir de ce qui n’est peut-être qu’un malentendu sémantique, la question qui se pose pourrait être la suivante : "Existe-t-il deux types différents d’équanimité, dont l’une serait purement psychologique et l’autre purement spirituelle ?". Admettons que la réponse soit "oui" et tentons alors de définir aussi précisément que possible ces deux types d’équanimité, en rappelant au passage que ce mot signifie "égalité d’humeur, sérénité". De multiples facteurs astro-psychologiques peuvent concourir à des comportements marqués par l’équanimité. Au plan des influences zodiacales, la phase égalitaire (pôle faible des Signes équinoxiaux Bélier, Vierge, Balance, Poissons) s’impose : par ses réactions unilatérales à des excitants considérés comme d’intensité et d’importance exactement équivalente (jour = nuit), l’individu réagit par des comportements qui égalisent et nivellent les contraires. En étant encore plus précis, l’état d’équanimité présuppose une sorte d’indifférence ou de refus de réaction qui ressemble à s’y méprendre aux caractéristiques de l’axe Vierge-Poissons : tout m’est égal, rien ne suscite en moi la moindre excitation. Les individus fortement marqués par la Vierge et/ou les Poissons pourraient ainsi être définis comme les "rois de l’équanimité" astro-psychologique. Au plan des influences planétaires, la fonction lunaire paraît s’imposer, en ce qu’elle demande de maintenir un état d’homogénéité, de bien-être et de sérénité relativement passive. En simplifiant à l’extrême, une Lune dominante en Vierge ou en Poissons et en manque d’excitation (f+) constituerait le meilleur profil astro-psychologique de l’équanimité.

Quelle pourrait être la définition de "l’équanimité spirituelle" ? Si elle respecte la diversité des comportements individuels tout en la dépassant, il me semble qu’elle inviterait chacun de nous à sortir sans y renoncer tout à fait de l’étroitesse de son point de vue personnel, même s’il paraît fondé, pour accepter (ou s’ouvrir à) la pluralité (encore elle) de tous les autres points de vue, en admettant d’emblée qu’à un certain niveau de l’être, tous sont équivalents au sein de l’infinité des possibles, qui est l’un des visages de l’universel. Dans cette hypothèse, qui du point de vue de l’astrologie naturelle ressemble énormément à un passage du référentiel "Sujet" au référentiel "Objet", on peut vivre pleinement ses tendances astropsychologiques individuelles. Et cela y compris en combattant éventuellement les points de vue que l’on estime incompatibles avec le sien propre, sans pour autant jamais perdre de vue que, du point de vue de "l’équanimité spirituelle", "l’ennemi" n’a pas forcément tort de réagir comme il le fait, c’est-à-dire en conservant finalement une certaine forme de sérénité dans les pires affrontements.

Mais me diras-tu, l’affrontement, ce n’est pas très recommandé d’un point de vue spirituel. Je ne sais pas ce qu’en pensaient les guerriers tibétains qui ont combattu l’arme au poing les envahisseurs chinois, mais mon expérience d’astrologue m’a appris qu’il y a des gens qui, vue leur constitution astropsychologique, ne seraient pas capables de supporter longtemps un état d’équanimité spirituelle dépourvu d’action offensive. Les guerriers n’auraient-ils pas droit à l’équanimité d’âme, à combattre impitoyablement l’ennemi du moment sans lui en vouloir, en se disant sereinement que ce n’est jamais que l’ennemi du moment ? Ce guerrier-là, n’en doutons pas, serait plus accessible à la pitié et à la miséricorde que le guerrier dépourvu d’équanimité spirituelle...

Si "l’équanimité spirituelle" prétend nier ou dépasser radicalement la diversité des comportements astropsychologiques, c’est une autre paire de manches. Il faut écraser les egos (sauf par exemple-hypothèse les egos Lune/Poissons ou Vierge vécus dans l’inertie à un haut niveau de réalisation spirituelle) pour que chacun ait "l’attitude spirituelle vraie". Advenir à la dimension spirituelle revient pour l’homme à faire une croix définitive sur ce qui fait l’originalité, la spécificité de ses comportements. D’un certain point de vue "oriental" comme celui du Bouddhisme, cela peut se concevoir tant il est vrai que la notion d’"individualité" a peu d’importance dans les cultures orientales (comme dans les civilisations primitives d’ailleurs).

Pascale : Cela t’intéressera peut-être de connaître l’avis d’un lama, directeur spirituel d’un centre de préservation de la tradition mahayâniste. Au cours d’une session "questions-réponses", lui a été posé la question de l’astrologie. Il a répondu : "Le Bouddha n’a rien à faire de l’astrologie"). Ce n’est sans doute pas à considérer comme vérité absolue. Quoi qu’il en soit, j’aime à croire qu’à un certain niveau on dépasse les conditionnements astrologiques. A un certain niveau... restons modestes et surtout restons nous-mêmes. Il n’est pas question de nier nos émotions par exemple, mais de les accepter sans jugement. Ainsi, pour reprendre ton exemple, si un Vierge "r" ne peut accéder à une attitude d’équanimité illimité, qu’il vive ce qu’il a à vivre, c’est-à-dire peut-être le contraire. Le jour où il aura assez souffert, il évoluera.

R.P : D’après ton lama, le conditionnement astrologique individuel est sinon nié par le Bouddhisme ("le Bouddha n’a rien à faire de l’astrologie", du moins radicalement relativisé (alors que le Dalaï-Lama a son astrologue). Dans cette optique, le fait d’être un individu aux comportements spécifiques ne serait plus qu’une illusion que crée l’ego pour légitimer le "moi-je" en l’illustrant dans des attitudes caractéristiques. Il va de soi qu’un tel point de vue est totalement antinomique avec celui que développe l’astrologie naturelle. Mais ce n’est qu’une hypothèse, une question. Comment y réponds-tu ? "Il ne faut pas idéaliser cette attitude spirituelle", dis-tu, et tu as bien raison. Mais alors, pourquoi parles-tu en même temps "d’attitude spirituelle idéale" ? J’avoue que je ne comprends pas. Enfin, je ne crois pas, contrairement à toi, qu’à "un certain niveau on dépasse les conditionnements astrologiques"... Sinon peut-être lors de notre passage dans l’au-delà. Qu’on le veuille ou pas, nous sommes tout au long de notre vie en symbiose, corps-âme-esprit confondus, avec notre environnement cosmique qui nous conditionne. Est-ce que tu as déjà rencontré deux lamas psychologiquement identiques (si tant est que le fait d’être lama est une référence en termes de réalisation spirituelle) ? N’y en a-t-il pas des vifs et des lents, des plus ouverts et des plus inaccessibles, des très doués pour l’enseignement et d’autres pas du tout ?

Je pense, je crois que l’état de "félicité bouddhique", de "nirvâna" existe. J’ai déjà expérimenté des états de non-dualité. Je pense et je crois aussi qu’existent des êtres "réalisés", ceux qui font en permanence l’expérience de leur soi cosmotellurique. Le problème est de savoir si ces "réalisés" diffèrent entre eux. Réponse de Uppalari Gopala Krishnamurti, un "réalisé" (rien à voir avec le Jiddhu Krishnamurti bien connu) : selon lui (la manière dont il évoque son expérience de réalisation ne peut faire douter de cette "réalisation"), les "réalisés" diffèrent entre eux "parce que leur arrière-plan est différent. L’arrière-plan seul a la faculté de s’exprimer... La manière dont je me rends compte du mien est déterminée par mon passé de luttes, par la voie que j’ai suivie, par mon rejet de la voie suivie par d’autres. Un point, c’est tout... La personnalité ne change pas quand vous assumez l’état naturel. Vous êtes, après tout, un ordinateur qui réagit comme il a été programmé. En fait, c’est votre effort actuel pour vous transformer qui vous éloigne de vous-même et vous empêche de fonctionner de manière naturelle. La personnalité ne changera pas. Ne vous attendez pas à ce qu’un tel homme un être "réalisé" se libère de la colère ou de ses idiosyncrasies. Ne vous attendez pas à le voir faire preuve de quelque humilité "spirituelle". Cet homme-là peut très bien être la personne la plus arrogante que vous ayez jamais rencontrée parce qu’il est en contact avec la vie au seul point qu’aucun autre n’a pu toucher. C’est pour cela que chacun de ceux qui parviennent à cet état s’expriment d’une manière unique dans le langage de son temps. C’est également pour cette raison que deux personnes vivant cet état à la même époque ne communiqueront jamais. Elles ne danseront jamais dans les rues main dans la main : "nous sommes des réalisés, nous sommes en communion".

Pascale : J’ai lu U.G. et je ne partage pas ton avis ! Je me permets de douter de sa "réalisation" : c’est un aventurier de la conscience certes, et à ce titre on peut s’intéresser à son expérience. Mais sa réfutation du Bouddhisme ne m’apparaît pas solidement argumentée. Son "état naturel" ne paraît pas mener bien loin. Il semble être dans un état où il subit les choses sans but. Bizarre... SUITE

Cet article vous a été proposé par : Richard Pellard



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